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Full text of "Histoire des relations de la Chine avec les puissances occidentales .."

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HISTOIRE 


DES 


RELATIONS  DE  LA  CHINE 


AVEC 


LES  PUISSANCES  OCCIDENTALES 

1860-1900 


AUTRES  OUVRAGES  DU  MÊME  AUTEUR 

Catalogue  ol  the  Library  of  the  North-China  Branch  of  the 

Royal  Âsiatic  Society,  Shanghai,  187a,  gr.  in-8. 
A  Narrative  of  the  Récent  Eventa  in  Tong-King-Shanghai,  1875, 

gr.  in-8. 
Bibliotheca   Sinica.    Dictionnaire    bibliographique  des    ouvrages 
relatifs  à  l^ Empire    Chinois.   Paris,    1881-1895,  3  vol.  gr.  in-8. 
(^Prix  Stanislas  Julien  à  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles- 
Lettres  f  1880). 

Le  Conflit  entre  la  France  et  la  Chine.  Étude  d  histoire  colo- 
niale et  de  droit  international.  Paris,  i883,  br.  in-8. 
La  France  en  Chine  au  XVIIP  siècle.  Paris,  i883,  in-8. 
Le  Consulat  de  France  à  Hué  sous  la  Restauration.  Paris,  i883, 

in-8. 

Historique  abrégé  des  relations  de  la  Grande-Bretagne  |ivec  la 

Birmanie.  Paris,  1894.  br.  in-8. 
Les  origines  de  deux  établissements  français  dans  rExtréme- 

Orient.  Chang-Haï-Ning-Po.  Paris,  1896,  in-8. 

Les  Voyages  en  Asie  au  XI V«  siècle  d'Odoric  de  Pordenone. 

Paris,  1891,  gr.  in-8. 

Jean  de  Mandeville.  Lcide,  1891,  in-8. 

Situation  de  Ho-Lin  en  Tartarie.  Lcidc,  1891,  in-8. 

L'Extrême-Orient  dans  l'Atlas  catalan  de  Charles  V,  roi  de  France. 

Paris,  1891,  in-8. 

Le  Centenaire  de  Marco  Polo.  Paris,  1896,  pet.  in-8. 

Description  d'un  atlas  sino-COréen.  Manuscrit  du  British  Muséum. 

Paris,  1896,  in-fol. 
La  Révolution  en  Chine.  Les  origines.  Leidc,  1900,  in-8. 

Bibliographie  des  Œuvres  de  Beaumarchais.  Paris,  i883,  in-8. 

Stendhal  et  ses  amis.  Notes  d'un  Curieux.  1890,  in-4. 

Molière  jugé  par  Stendhal.  Paris,  1898,  in-8. 

EN    PRÉPARATION  : 

Histoire  générale  des  relations  de  l'Empire  Chinois  avec  les 

Pays  d'Occident  depuis  les  temps  anciens  jusqu  à  nos  jours. 


CHARTRES.    —  IMPRIMERIE  DUKAND,  RUE    FULBERT. 


HISTOIRE 

DES 

RELATIONS  DE  LA  CHINE 

AVEC 

LES   PUISSANCES  OCCIDENTALES 

I  860-1  900 
• 

L'EMPEREUR  TOUNG  TCHÉ 
(1861-1875) 


PAR 


Henri  CORDIER 

Professeur  à  T École  des  langues  orientales  vivantes, 
Vice-Présideol  do  la  Société  de  Géographie 


PARIS 


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FELIX  ALCAN,  EDITEUR 

A.NCIKNNE  LIBRAIRIE  GEHiMER   BAILLIÈRE   ET  C'« 

108,     BOULEVARD     S  A  I  N  T  -  G  E  R  M  A  I  N,     I08 

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Tous  droits  réservés. 

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Ithe  NEW  York] 
PUBLIC  LIBRARY 

208547 

ASTOR,  LENOX  AND 
TILOEN  FOUNDATIONa 

R       1901       L, 


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LES  RELATIONS  DE  LA  CHINE 

AVEC  LES  PUISSANCES  OCCIDENTALES 

1860- 1900 


CHAPITRE  PREMIER 
LES  CONVENTIONS  DE  PÉKIN6 

SIGNATURE    DE    LA  CONVENTION    FRANÇAISE   DE    PÉkING 

Le  jeudi  20  octobre  1860,  notre  ambassadeur  en  Chine, 
le  baron  Gros*,  se  rendait  du  quartier  général  français, 
situé  hors  de  Péking,  au  ministère  des  Rites  (^Lî  Poii)  pour 
signer  avec  le  prince  Koung  la  convention  qui  rétablissait  la 
paix  avec  la  Chine,  et  procéder  ensuite  à  rechange  des  ra- 
tifications du  traité  de  Tien-Tsin. 

n  Je  suis  sorti  de  la  .ville,  à  huit  heures  du  matin,  dit 
notre  ambassadeur,  pour  me  rendre  au  quartier  général  de 
l'armée  française,  et  rentrer  à  onze  heures  olliciellcment  dans 
Pé  King  avec  le  cortège  qui  devait  donner  à  Tacle  qui  allait 

I.  Gros,  Baron  Jean- Baptiste- Louis,  né  le  8  février  1798  à  Ivr^-sur- 

Sotne;   attaché  au  départomenl  en    i8a3  ;    accompagna,  en  juin  i8:j3, 

Hjde  de  Neuville  à  Lisbonne  ;  est  envoyé  en  mission  en  Espagne  en  août 

'  de  la  même  année,  au  quartier-général  du  Dauphin  ;    y   retourne  deux 

'  mois  après  pour  une  nouvelle  mission  ;   accompagne  en  France  Tinfant 

-   Dom  Miguel,  mai  i8a4  ;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  8  juin  iSaA; 

envoyé  en  Egypte,  au  Caire  et  à  Alexandrie,  pour  le  rachat  des  esclaves 

grecs  qu'il  rapatrie  à  Égine  et  à  Paros,  juin  182.4;   rentre  en  France  en 

juillet  1838;  créé  baron  par   ordonnance  du   i5  février  18^9  ;  secrétaire 

^  surnuméraire  à  Lisbonne,  26  avril  i83o  ;   premier  secrétaire  de  légation 

au  Mexique,    i3  mat   i83i  ;    chargé  d'affaires  à   la  Nouvelle-Grenade, 

^16  février  i838;   mis  en  disponibilité,  la  février  1860;    ministre  pléni- 

_^  potentiaire,  la  février  i85o;  commissaire   médiateur   do   la    Képublique 

'^française  entre  la  Grande-Bretagne  et  la  Grèce,  12  fo\ricr  i85o;  ministre 


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LES    CONVENTIONS    DE    PEKING 


s'accomplir  toute  la  solcnnilc  possible.  Le  général  en, chef*, 
les  deux  généraux  de  brigade,  Janiin  et  Collineau,  et  deux 
mille  hommes  à  peu  près  escortaient  TAmbassadeur  de  l'Em- 
pereur.  Le  drapeau  du  loi'^,  celui  du  102*'  et  celui  du  régi- 
ment d'infanterie  de  nîarine,  placés  l'un  auprès  de  l'autre, 
précédaient  le  palanquin  de  l'ambassadeur  porté  par  huit 
coolies  en  livrées  de  soie  grise  et  écarlate,  coiffés  de  bonnets 
chinois  recouverts  de  franges  tricolores. 

«  Le  traité  de  Tien-Tsin,  relié  en  velours  de  soie  bleue, 
auquel  le  sceau  impérial,  renfermé  dans  une  boîle  de  ver- 
meil, était  fixé  par  des  cordons  d'or  à  glands  de  même  métal, 
était  porté,  avec  le  sceau  de  l'ambassade,  par  quatre  sous- 
ofliciers  de  l'aimée,  appartenant  à  différents  corps.  Un  esca- 
dron d'artillerie  à  cheval,  mais  sans  pièces,  venait  après  le 
palanquin,  et  plusieurs  bataillons  composaient  le  cortège. 
Dans  l'intérieur  de  la  ville,  la  haie  était  formée  par  l'infan- 
terie sur  la  plus  grande  partie  du  parcours.  Les  spahis  en 
burnous  écarlate,  et  les  chasseurs  d'Afrique  ouvraient  la 
marche  ;  un  bataillon,  musique  en  tête,  les  suivait,  et  les 
trois  généraux  s'étaient  placés,  devant  l'ambassadeur,  entrî? 
les  drapeaux,  et  le  traité  porté  à  découvert  sur  un  coussin 
de  velours  pour  qu'il  fût  remarqué  par  tout  le  monde.  Sans 
uniforme,  puisque  tous  les  miens  avaient  été  perdus  dans  le 
naufrage  du  Malabar^  à  Ceylan,  je  n'ai  pu  m'habiller  que 
de  noir,  mais  avec  plaques  et  cordon*.  » 


plcnipolontiaire  pour  la  démarcalion  de  la  fronlit^rc  entre  la  France  et 
TEspagne,  i!\  juillet  i853  ;  ambassadeur  extraordinaire  en  Cliine,  a8 
avril  1857  ;  grand  officier  de  la  L<^gion  d'honneur,  9  mai  1867  ;  commis- 
saire extraordinaire  en  Chine,  i/|  mai  1857;  sénateur,  ao  septembre 
i858  ;  ambassadeur  extraordinaire  et  haut  commissaire  en  Chine,  7  mars 
1860;  grand  croix  de  la  Légion  d'honneur,  7  mars  ]8(ii  ;  ambassadeur 
à  Londres,  i4  novembre  1862  ;  relevé  de  ses  fonctions,  3o  octobre  i8G3  ; 
mort  à  Paris,  en  aoiH  1870. 

1.  Général  Cousin- Montauban. 

2.  Livre  jaune  du  Baron  Cros,  p.  i05-G. 


. 


I* 


I 


CONVENTION    FRANÇAISE    DE    PÉRING,     25    OCTOBRE    1860  3 

Le  baron  Gros  chercha  a  à  être  aussi  convenable  et  aussi 
respectueux  pour  son  Altesse  Impériale  que  Ton  avait  été, 
dil-on,  froid  et  sévère  pour  elle,  la  veille,  dans  le  même  lieu 
et  dans  des  circonstances  identiques  !  *  »  Il  ajoute  :  «  Pendant 
la  cérémonie  et  alors  que  le  prince  examinait  mon  costume, 
j'ai  du  lui  dire  qu'à  mon  grand  regret,  je  n'avais  pu  me 
présenter  devant  lui  en  uniforme,  attendu  que  j'avais  perdu 
tous  mes  effets  dans  mon  naufrage,  à  Ceylan!...  Une  légère 
rougeur  a  coloré  son  visage  ;  et  me  montrant  sa  robe  :  eh  ! 
moi  aussi,  m'a-t-il  dit,  je  n'ai  pas  mis  le  plus  beau  de  mes 
costumes,  car  si  les  vôtres  ont  péri  dans  l'eau  ,  c'est  le  feu  qui 
a  détruit  les  miens'! 

CONVETÎTION    FRA!«ÇAISE    DE    PÉKING,    25    OCTOBRE    18G0 

Convention  de  paix  additionnelle  au  traité  de  Tien-Tsin  conclue 

à  Péking,  /c  25  octobre  1860. 

Sa  Majesté  TEmpereur  des  Français  et  Sa  Majesté  l'Erapcrcur 
de  la  Chine,  voulant  mettre  un  terme  au  différend  qui  s'est 
cIcYC  entre  les  deux  Empires  et  rétablir  et  assurer  à  jamais  les 
relations  de  paix  et  d'amitié  qui  existaient  entre  eux  et  que  de 
regrettables  événements  ont  inlerronipues,  ont  nommé  pour 
leurs  Plénipotentiaires  respectifs,  savoir  : 

S.  M.  TEmpereur  des  Français,  le  sieur  Jean-Baptiste  Louis, 
baron  Gros,  Sénateur  de  l'Empire,  Ambassadeur  et  Haut  Com- 
missaire de  France  en  Chine,  Grand-Ofïicier  de  l'Ordre  Impérial 
de  la  Légion  d'Honneur,  Chevalier  Grand-Croix  de  plusieurs 
ordres,  etc.,  etc.,  etc.  ; 

El  S.  M.  l'Empereur  de  la  Chine,  le  prince  de  Koung,  membre 
de  la  Famille  Impériale  et  Haut  Commissaire  ; 

Lesquels,  après  avoir  échangé  leurs  pleins  pouvoirs,  trouvés  en 
bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles  suivants  : 

Art.  1".  —  S.  M.  l'Empereur  de  la  Chine  a  vu  avec  peine  la 

1.  Loc.  cit.  y  p.  168.  Allusion  à  Lord  Elgin. 

2.  Lac.  cit.,  p.  16S-9.  Allusion  à  l'incendie  du  Palais  d'Été. 


V 

V 


4  LES    CONVENTIONS    DE    PEKING 

< 

conduite  que  les  autorités  militaires  chinoises  ont  tenue  à  l'em- 
bouchure de  la  rivière  de  Ïien-Tsin,  dans  le  mois  de  juin  de 
Tannée  dernière,  au  moment  où  les  Ministres  Plénipotentiaires 
de  France  et  d'Angleterre  s*y  présentaient  pour  se  rendre  à 
Péking,  afin  d'y  procéder  à  l'échange  des  ratifications  des  Traités 
de  Tien-Tsin. 

Art.  2.  —  Lorsque  l'Ambassadeur,  Haut  Commissairede  Sa 
Majesté  l'Empereur  des  Français,  se  trouvera  dans  Péking  pour 
y  procéder  à  l'échange  des  ratifications  du  Traité  de  Tien-Tsin, 
il  scia  traité  pendant  son  séjour  dans  la  capitale  avec  les  hon- 
neurs dus  à  son  rang,  et  toutes  les  facilités  possibles  lui  seront 
données  par  les  autorités  chinoises  pour  qu'il  puisse  "remplir 
sans  obstacle  la  haute  mission  qui  lui  est  confiée. 

ARf.  3.  —  Le  Traité  signé  à  Tien-Tsin,  le  27  juin  i858, 
sera  fidèlement  mis  à  exécution  dans  toutes  ses  clauses,  immé- 
diatement après  l'échange  des  ratifications  dont  il  est  parlé  dans 
l'article  précédent,  sauf,  bien  entendu,  les  modifications  que 
peut  y  apporter  la  présente  Convention. 

Art.  4-  —  L'article  4  du  Traité  de  Tien-Tsin,  par  lec|uel 
S.  M.  l'Empereur  de  la  Chine  s'engage  à  faire  payer  au  Gouver- 
nement français  une  indemnité  de  deux  millions  de  taëls  est 
annulé  et  remplacé  par  le  présent  article,  qui  élève  à  la  somme 
de  huit  millions  de  taëls  le  montant  de  cette  indemnité. 

Il  est  convenu  que  les  sommes  déjà  payées  par  la  douane  de 
Canton  à  compte  sur  la  somme  de  deux  millions  de  taëls  sti- 
pulée par  le  Traité  de  Tien-Tsin  seront  considérées  comme  ayant 
été  payées  d'a>ance  et  h  compte  sur  les  huit  millions  de  taëls 
dont  il  est  question  dans  cet  article. 

Les  dispositions  prises  dans  l'article  l\  du  Traité  de  Tien-Tsin 
sur  le  mode  de  payement  établi  au  sujet  des  deux  millions  de 
taëls  sont  annulées.  Le  montant  de  la  somme  qui  reste  à  pa>er 
par  le  Gouvernement  chinois  sur  les  huit  millions  de  taëls  sti- 
pulés par  la  présente  Convention,  le  sera  en  y  alTectant  le  cin- 
quième des  revenus  bruts  des  douanes  des  ports  ouverts  au  com- 
merce étranger,  et  de  trois  en  trois  mois  ;  le  premier  terme 
commençant  au  i**"  octobre  de  cette  année  et  finissant  au  3i  dé- 
cembre suivant.  Cette  somme,  spécialement  réservée  pour  le 
payement  de  l'indemnité  due  à  la  France,  sera  comptée  en 
piastres   mexicaines  ou  en  argent  cissé'  au  cours    du  jour  du 

I.   Sycee  (soie  fine),  argent  en  lingot,  ressemblant  à  un  soulier. 


CONVENTION    KRANÇAISK    DE    PÉKING.     20    OCTOBKE     1 8()0  5 

pa\enienl,  entre  les  mains  du  Ministre  de  France  ou  de  ses 
délégués. 

Une  somme  de  cinq  cent  mille  taëls  sera  payée  cependant 
à-compte  d'avance,  en  une  seule  fois,  et  à  Tien-Tsin,  le  30  no- 
vembre prochain,  ou  plus  tôt  si  le  Gouvernement  chinois  le  juge 
convenable. 

Une  commission  mixte,  nommée  par  le  Ministre  de  France  et 
par  les  autorités  chinoises,  déterminera  les  règles  à  suivre  pour 
effectuer  les  payements  de  toute  l'indemnité,  en  vérifier  le  mon- 
tant, en  donner  quittance  et  remplir  enfin  toutes  les  formalités 
que  la  comptabilité  exige  en  pareil  cas. 

Art.  5.  —  La  somme  de  huit  millions  de  taëls  est  allouée  au 
Gouvernement  français  pour  Tindemniser  des  dépenses  que  ses 
armements  contre  la  Chine  l'ont  obligé  de  Aûre,  comme  aussi 
pour  dédommager  les  Français  et  les  protégés  de  la  France  qui 
ont  été  spoliés,  lors  de  l'incendie  des  factoreries  de  (Canton,  et 
indemniser  aussi  les  missionnaires  catholiques  qui  ont  souffert 
dans  leurs  personnes  ou  leurs  propriétés.  Le  Gouvernement 
français  répartira  cette  somme  entre  les  parties  intéressées  dont 
les  droits  ont  été  légalement  établis  devant  Lui  et  en  raison  de 
ces  mêmes  droits,  et  il  est  convenu,  entre  les  Parties  contrac- 
tantes, qu'un  million  de  tacls  sera  destiné  à  indemniser  les  sujets 
français  ou  protégés  par  la  France  des  pertes  qu'ils  ont  éprouvées 
ou  des  traitements  qu'ils  ont  subis,  et  que  les  sept  millions  de 
taels  restant  seront  affectés  aux  dépenses  occasionnées  par  la 
guerre. 

Art.  6.  —  Conformément  à  l'édit  impérial  rendu  le  30  mars 
18/46,  par  l'Auguste  Empereur  Tao-Rouang,  les  établissements 
religieux  et  de  bienfaisance  qui  ont  été  confisqués  aux  chrétiens, 
pendant  les  persécutions  dont  ils  ont  été  les  victimes,  seront 
rendus  à  leurs  propriétaires  par  fljyiJjaiHîisc/dc  Son  Excellence  le 
Ministre  de  France  en  Chine,  auquel  le  Gouvernement  impérial 
les  fera  délivrer  avec  les  cimetières  et  les  autres  édifices  qui  en 
dépendaient. 

Art.  7.  —  La  ville  et  le  port  de  Tien-Tsin,  dans  la  province 
de  Pe  Tché-li,  seront  ouverts  au  commerce  étranger,  aux  mêmes 
conditions  que  le  sont  les  autres  villes  et  ports  de  l'Empire  où  ce 
commerce  est  déjà  permis,  et  cela  à  dater  du  jour  de  la  signa- 
ture de  la  présente  Convention,  qui  sera  obligatoire  pour  les 
deux  nations,  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'en  échanger  les  ratifica- 


6 


LES    CONVENTIONS    DE    PEKING 


lions,  et  qui  aura  la  même  force  et  valeur  que  si  elle  était  insérée 
mot  à  mot  dans  le  Traité  de  Ïien-Tsin.    . 

Les  troupes  françaises  qui  occupent  cette  ville  pourront,  après 
le  payement  des  cinq  cent  mille  taêls  dont  il  est  question  dans 
l'article  4  de  la  présente  Convention,  Tévacuer  pour  aller  s'éta- 
blir à  Ta-Kou  et  sur  la  côte  nord  du  Chan-toung,  d'ovi  elles  se 
retireront  ensuite  dans  les  mêmes  conditions  qui  présideront  à 
Tévacuation  des  autres  points  qu'elles  occupent  sur  le  littoral  de 
l'Empire.  Les  commandants  en  chef  des  forces'  françaises  auront 
cependant  le  droit  de  faire  hiverner  leurs  troupes  de  toutes  armes 
à  Tien-Tsin,  s'ils  le  jugent  convenable,  et  de  ne  les  en  retirer 
qu'au  moment  où  les  indemnités  dues  par  le  Gouvernement 
chinois  auraient  été  entièrement  payées,  à  moins  cependant  qu'il 
ne  convienne  aux  commandants  en  chef  de  les  en  faire  partir 
avant  cette  époque. 

Art.  8.  —  Il  est  également  convenu  que,  dès  que  la  présente 
Convention*  aura  été  signée,  et  que  les  ratifications  du  Traité  de 
Tien-Tsin  auront  été  échangées,  les  forces  françaises  qui  occu- 
pent Chousan  évacueront  cette  île,  et  que  celles  qui  se  trouvent 
devant  Péking  se  retireront  à  Tien-Tsin,  à  Ta-Kou,  sur  la  côte 
nord  du  Chan-toung,  ou  dans  la  ville  de  Canton,  et  que,  dans 
tous  ces  lieux,  ou  dans  chacun  d'eux,  le  Gouvernement  français 
pourra,  s'il  le  juge  convenable,  y  laisser  des  troupes  jusqu'au 
moment  où  la  somme  totale  de  huit  millions  de  taëls  sera  payée 
en  entier. 

Art.  9.  —  Il  est  convenu  entre  les  Hautes  Parties  Contrac- 
tantes que,  dès  que  les  ratifications  du  Traité  de  Tien-Tsin 
auront  été  échangées,  un  édit  impérial  ordonnera  aux  autorités 
supérieures  de  toutes  les  provinces  de  l'Empire  de  permettre  à 
tout  Chinois  qui  voudrait  aller  dans  les  pays  situés  au  delà  des 
mers  pour  s'y  établir  ou  y  chercher  fortune,  de  s'embarquer,  lui 
et  sa  famille,  s'il  le  veut,  sur  les  bâtiments  français  qui  se  trou- 
veront dans  les  ports  de  l'Empire  ouverts  au  commerce  étranger. 

Il  est  convenu  aussi  que,  dans  l'intérêt  de  ces  émigrés,  pour 
assurer  leur  entière  liberté  d'action  et  sauvegarder  leurs  intérêts, 
les  autorités  chinoises  compétentes  s'entendront  avec  le  Ministre 
-de  France  en  Chine  pour  faire  les  règlements  qui  devront  assu- 
rer à  ces  engagements,  toujours  volontaires,  les  garanties  de 
moralité  et  de  sûreté  qui  doivent  y  présider. 

Art.  10  ET  DERNIER.  —  II  cst  bien  entendu,  entre  les  Parties 


w 


CONVENTION    FR\.\Ç\ISK    DE    PÉKINfi,     3 5    OCTOBHE     1 8()0  y 

Con  trac  tantes,  que  le  droit  de  tonnage  qui,  par  erreur,  a  été 
fixé  dans  le  Traité  français  de  Tien-Tsin,  à  cinq  maccs*  par 
tonneau  sur  les  bâtiments  qui  jaugent  cent  cinquante  tonneaux 
et  au-dessus,  et  qui,  dans  les  Traités  signés  avec  l'Angleterre  et 
les  États-Unis,  en  i858,  n*est  porté  qu'à  la  sommé  de 
quatre  maces,  ne  s'élèvera  qu'à  cette  même  somme  de  quatre 
maces,  sans  avoir  à  invoquer  le  dernier  paragraphe  de  l'article  27 
du  Traité  de  Tien-Tsin,  qui  donne  à  la  France  le  droit  formel 
de  réclamer  le  traitement  de  la  nation  la  plus  favorisée. 

La  présente  Convention  de  paix  a  été  faite  à  Péking,  en  quatre 
cx()éditions,  le  25  octobre  1860,  et  y  a  été  signée  par  les  Plé- 
nipotentiaires respectifs,  qui  y  ont  apposé  le  sceau  de  leurs 
armes. 

Bahon  Gros.  Prince  de  Koung. 


La  convention  de  Péking  est  muette  au  sujet  des  200  000 
laëls  réclamés  dans  Pultimatum  du  i3  octobre*  pour  être 
répartis  aux  victimes  du  guet-apens  de  Toung-tcheoa  ;  «  par 
condescendance  pour  le  prince  Koung,  il  a  été  convenu, 
entre  Lord  Elgin  et  moi,  dit  le  baron  Gros,  que  cette 
indemnité  imposée  comme  punition  au  gouvernement  chi- 
nois, et  qui  avait  déjà  été  payée  avec  exactitude,  ne  serait 
pas  mentionnée  dans  un  acte  officiel  qui  rétablissait  la  paix 
entre  la  Chine  et  les  puissances  alliées^  ». 


I.  La  dixicme  partie  du  taëU  mace  vient  du  malais  mâs^  sant^krit 
washoy  une  fève. 

2-  Le  i3  octobre  1860,  le  baron  Gros,  dans  une  dépêche  au  Prince 
de  Koung,  avait  stipule  deux  clauses  : 

«  Par  la  première,  le  gouvernement  chinois  promettra  de  payer  une 
indemnité  de  200000  tacls  aux  victimes  françaises  de  l'attentat  du  18  sep- 
tembre dernier,  et  à  verser  'de  suite  celte  somme  entre  les  mains  du  tré- 
sorier de  l'armée  française  en  Chine. 

a  Par  la  seconde,  le  gouvernement  chinois  s'efigagera  à  faire  rendre 
au  ministre  de  France  en  Chine  les  églises,  cimetières,  maisons,  terrains 
et  autres  propriétés  qui  en  dépendaient  et  dont  parle  le  décret  impérial 
de  Tao-Kouang.  »  (Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  i38-i39.) 

3.  Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  i74-5. 


8 


LES    CONVENtlONS    DE    PÉRING 


RATIFICATIONS    DU    TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,    25    OCTOBRE    1860 

Le  jour  même  (26  octobre  1860)  de  la  signature  de  la 
convention,  les  ratifications  du  traité  de  Tien-Tsin  étaient 
échangées  : 

Le  35  octobre  1860,  les  Hauts  Commissaires  des  Empires  de 
France  et  de  Chine,  munis  de  pleins-pouvoirs  trouvés  récipro- 
quement en  bonne  et  due  forme,  savoir  : 

Pour  l'Empire  de  France,  S.  Exe.  le  Baron  Gros,  sénateur  de 
l'Empire  et  Ambassadeur  Extraordinaire  de  S.  M.  l'Empereur 
des  Français  en  Chine,  Grand-Officier  de  la  Légion  d'Honneur. 
Chevalier  Grand-Croix  de  plusieurs  ordres,  etc.,  etc.  ; 

Et  pour  l'Empire  de  la  Chine,  le  Prince  de  Koung,  membre  de 
la  famille  Impériale  et  Haut  Commissaire  ; 

Se  sont  réunis  au  palais  de  Li-Pou,  dans  Péking,  à  l'effet  de 
procéder  à  l'échange  des  ratifications  du  Traité  de  paix,  d'amitié 
et  de  commerce  signé  à  Tien-Tsin  le  37  juin  i858,  ayant  avec 
eux  les  secrétaires  et  les  interprètes  des  deux  nations  ;  et  S.  Exe. 
le  Haut  Commissaire  de  France  a  remis  entre  les  mains  de  S.  A. 
Impériale  le  Prince  de  Koung  l'instrument  original  du  Traité  de 
Tien-Tsin,  transcrit  dans  les  deux  langues  et  revêtu  du  grand 
sceau  de  l'État  de  l'Empire  de  France,  et  delà  signature  de  S.  M. 
l'Empereur  des  Français,  qui  déclare  dans  cet  acte  que  toutes 
les  clauses  dudit  traité  sont  ratifiées  et  seront  fidèlement  exécutées. 

S.  A.  l.  ayant  reçu  le  traité  ainsi  ratifié,  a  remis  à  son  tour  à 
S.  Exe.  le  Haut-Commissaire  français  l'un  des  exemplaires  du 
même  traité  approuvé  et  ratifié  au  pinceau  vermillon  par  S.  M. 
l'Empereur  de  la  Chine,  et  l'échange  des  ratifications  du  traité 
signé  h  Tien-Tsin  en  i858  ayant  eu  lieu,  les  Hauts-Commis- 
saires Impériaux  ont  signé  le  présent  procès- verbal ,  rédigé  par 
leurs  secrétaires  respectifs,  et  y  ont  apposé  le  cachet  de  leurs 
armes. 

Fait  en  double  expédition,  dans  le  palais  de  Li-Pou,  à  Péking, 
le  35  octobre  1860. 


Baron  Gros. 


Koung. 


La  déclaration  suivante  a  été  apposée  sur  le  texte  original  du 
traité  de  Tien-Tsin,  que  le   Prince  Koung  a  remise  à  l'Am- 


ÉDIT    IMPÉRIAL  9 

bassadeur  de  France  en  échange  du  texte  ratifié  par  S.  M.  l'Em- 
pereur des  Français  : 

Ratification  du  traité  signé  à  Tien-Tsin  le  2']  juin  i858. 

Moi,  Prince  de  Koung,  membre  de  la  Famille  lmj)énale  et 
Haut-Commissaire,  muni  de  pleins-pouvoirs,  je  déclare  et  certifie 
que  le  sceau  de  l'Empereur  a  été  appose  sur  rcnscmblo  des  ar- 
ticles qui  précèdent,  et  qui  forment  le  traité  original  signé  à  Tien- 
Tsin,  il  V  a  deux  ans,  afin  de  prouver  clairement  que  l'Empereur 
de  la  Chine  ratifie  et  confirme  ce  traité,  et  donner  une  garantie 
qu'il  sera  mis  à  exécution  dans  toutes  ses  clauses,  sans  qu'il  soit 
nécessaire  de  le  re>ôtir  d'une  autre  ratification  Impériale. 

En  foi  de  quoi,  j'ai  écrit  la  présente  déclaration  sur  le  traité 
lui-même,  pour  qu'elle  lui  serve  de  garantie  à  perpétuité. 

Fait  à  Pé-King,  le  25  octobre  1860. 

(Suit  la  signature  du  Prince  et  son  sceau  de  Commissaire  Im- 
périal). 

Le  ministre  Wen  Siang  avoua  depuis  à  M.  Wade  que  les 
trois  points  sur  lesquels  rEnipcrcur  était  décidé  à  résister 
étaient  :  la  résidence  à  Péking,  le  système  de  passeports  et 
rouverture  du  Yang-tseu  au  commerce  étranger'. 

ÉDlT    IMPERIAL 

Le  Conseil  intime  a  reçu  le  38  octobre  dernier  un  décret 
impérial  ainsi  conçu  : 

Le  Prince  Koung,  Yi-Sin,  nous  ayant  adressé  un  rapjwrt  sur 
l'échange  des  ratifications  des  traités  qui  a  eu  lieu  le  a/i  et  le 
26  octobre  dernier,  nous  avons  décrété  que  les  traités  échangés 
par  le  Prince  Koung,  Yi-Sin,  ainsi  que  les  conventions  nouvelles 
signées  avec  la  France  et  l'Angleterre  sont  confirmés  et  ratifiés 
dans  tous  leurs  articles  et  seront  toujours  exécutés. 

A  partir  d'aujourd'hui  les  hostilités  cesseront  pour  toujours, 
la  paix  est  rétablie  et  pour  que  les  uns  et  les  autres  aient  une 
entière  confiance  dans  cette  paix,  et  ne  se  laissent  pas 'égarer  par 
des  sentiments  de  défiance,  nous  ordonnons  que  ces  trailésTsoient 

I.  Rennie,  Peking  and  the  Pekingcse^  II,  p.  67-8. 


'^'^^fii')^'^^^ 


lO 


LES    CO.NVF.NTIONS    |)K    PKKINC; 


publiés  en  entier  dans  toutes  les  provinces,  afin  que  les  vice-rois, 
les  gouverneurs  et  les  grands  mandarins  agissent  en  conséquence. 
Que  ceci  soit  respecte. 


CIRCULAIRE    DU    PRINCE    KOUNG 


1 


Moi,  Prince  de  Koung,  membre  de  la  famille  impériale, 
assisté  du  premier  ministre  Roueï-Liang,  et  du  Ministre  des 
Finances  Wen,  je  porte  à  votre  connaissance  que  dans  le  mois, 
d'octobre  de  celle  année,  j'ai  arrêté,  signé  et  scellé  avec  le  repré- 
sentant de  la  France,  une  convention  de  Paix,  et  échangé  aussi 
les  ratifications  du  traité  conclu  il  y  a  deux  ans,  et  que  je  viens 
de  Recevoir,  en  outre,  un  décret  impérial  qui  ordonne  de  publier 
le  traité  en  entier  dans  la  Gazette  de  Péking,  et  de  l'envoyer  dans 
toutes  les  Provinces  pour  qu'il  soit  rendu  public  dans  chaque 
département,  dans  chaque  arrondissement  et  dans  chaque  district, 
afin  que  partout  on  s'y  conforme. 

Il  est  donc  de  mon  devoir  de  vous  adresser,  avec  cette  dépêche, 
5o  exemplaires  du  Traité,  aoo  de  la  Gazette,  et  300  de  la  Pro- 
clamation, et  j'espère  que  le  noble  gouverneur  agira  en  consé- 
quence. 

C'est  à  cet  effet  que  j'écris  cette  dépêche  au  noble  gouverneur 
de  la  Province  des  deux  Kouang,  etc..  mois  de  novembre  1860. 

CO:<îVE>TIO?î    ANGLAISE    DE    PEKING,  2^  OCTOBRE    1860 

La  veille  (24  octobre)  le  plénipotentiaire  anglais,  Lord 
Elgin-,  avait  également  signé  à  quatre  heures  au  Li  Pou, 
la  convention  de  paix  et  était  ensuite  retourné  au  quartier 
général  anglais;  deux  mille  hommes  l'escortaient.  Son  col- 
lègue, le  baron  Gros,  écrivait  le  même  jour:  «  J'ai  su  dans 

1.  Adressée  aux  gouverneurs- généraux  des  provinces  du  Kouang- 
Toung,  du  Kiang-Sou.  du  Fou-Kien,  du  Ghan-Toung  et  du  Tchc-Kiang. 

a.  James,  huitième  comte  d'Elgin  et  douzième  comte  de  Kincardinc, 
Gis  de  l'ambassadeur  à  Condtanlinople,  dont  la  collection  de  marbres  est 
aujourd'hui  conservée  au  British  Muséum,  né  à  Londres,  20  juillet  181 1. 
Avant  ses  missions  en  Chine,  il  avait  été  gouverneur  de  la  Jamaïque  et 
gouverneur  général  du  Canada  ;  depuis  il  a  été  vice-roi  do  l'Inde  ou  il 
mourut  le  20  novembre  i863. 


k  ' 


CONVENTION    ANGLAISE    I)K    PKM.NG,    3 4    OCTOBUK     l8()0  I  | 

la  journée  que  le  prince  Koung,  exact  au  rendez-vous  donné, 
avait  attendu  pendant  deux  heures  trois  quarts  l'arrivée  do 
Tambassadeur  d'Angleterre.  Que  celui-ci  avait  montré  une 
roideur  qui  avait  effrayé  le  jeune  prince,  et  que  Tentrevue 
avait  été  plus  que  pénible  pour  lui  S). 

Par  cette  convention,  lord  Elgin  obtenait  :  dos  excusos 
pour  Tattaque  de  Ta-Kou  de  juin  1809,  le  droit  de  rcsidenre 
pour  un  ministre  anglais  à  Péking,  une  indemnité  de  huit 
millions  de  taëls  pour  frais  de  guerre  (six  millions)  et  dom- 
mages aux  rébidcnts  anglais  (deux  milhons)  au  liou  de  Tin  - 
demnité  de  l'article  séparé  du  traité  de  Tion-Tsin  ;  Tien- 
Tsin  ouvert  au  commerce,  règlement  de  l'émigration,  cession 
à  l'Angleterre  de  Kao-loung  (Kieou-louiig)  en  face  de  Hong- 
kong; exécution  immédiate  du  traité  de  Ticn-Tsin;  o>a- 
cuation  des  Chou-san,  après  la  signature  des  conventions  ; 
occupation  de  Tien-Tsin,  des  forts  de  Ta-kou,  de  la  rolc 
nord-est  du  Chan-toung  et  de  Canton  jusqu'au  paiement  de 
l'indemnité.  Les  ratifications  du  traité  de  Tien-Tsin  étaient 
échangées  le  ménie  jour. 

I.  Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  i65. 


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\ 


CHAPITRE  II 

ANCIENNES  RELATIONS  DE  L'ANGLETERRE  ET  DE  LA  FRANGE 

AVEG  LA  GHINE 

ANCIENNES    RELATIONS    DE    l/vNGLETERRE 

Lr  commerce  anglais  avec  la  Chine  commence  en  réalité 
le  16  jiiillcl  iSgC),  époque  à  laquelle  la  reine  Elisabeth  écrit 
h  Tempe reur  de  la  Chine  une  leltrc  en  faveur  des  deux  né- 
gociants et  citoyens  de  Londres,  Richard  Allen  et  Thomas 
Bromfield.  Celte  letlre  devait  être  portée  par  le  capitaine 
Benjamin  VVood,  qui  commandait  trois  navires,  the  Bear, 
llie  Bear\s  Whc/p  et  le  Benjamin,  équipés  aux  frais  de  Sir 
Robert  Dudley.  Les  trois  navires  disparurent  en  route.  La 
première  compagnie  anglaise  des  Indes  orientales  obtint  sa 
charte  de  la  reine  Elisabeth  le  3i  décembre  1600,  sous  le 
nom  de  the  Governour  and  Company  of  Merchants  of  Lon- 
don  trading  into  the  Kast  Indies.  En  f6o4,  Jacques  l*-'"" 
accorda  la  permission  de  faire  le  commerce  an  «  Cathay, 
Chine,  Japon,  Corée  et  Cambodge  »  à  Sir  Edward  Michel- 
borne;  les  elTorls  dos  Anglais  avaient  d'ailleurs  pour  objectif 
les  Indes  et  les  Moluques.  Une  autre  compagnie  connue  sous 
le  nom  de  Courten's  Association  ou  de  the  Assada^  Mer- 
dumtSy  créée  en  i635,  fut  réunie  à  la  Compagnie  de  Londres 
en  i65o.  En  i65^-i655,  Olivier  Cromwell  accorda  une 
charte  à  la  Conipany  of  Merchant  Adventnrers,  qui  fusionna 
également  avec  la  Compagnie  de  Londres  en  1 655-1  ôSy.  En 

s 

I.   A  Madagascar. 


ANCIENNES    RELATIONS    DE    l'aNGLETERHE  ï3 

1698,  une  concurrence  formidable  fut  faite  par  the  Eng- 
lish  Company  trading  to  the  East  Indies  ou  E/iglish  Com- 
pany. 

En  Chine,  nous  notons  qu'en  i634,  le  capitaine  Weddell 
explora  la  rivière  de  Canton,  où  il  fut  mal  reçu,  grâce  aux 
agissements  des  Portugais,  mais  il  obtint  par  son  énergie 
pleine  satisfaction.  En  i644,  les  Anglais  envoient  à  Macao 
le  navire  Hinde,  qui  est  obligé  de  payer  des  droits  énormes  ; 
en  1672,  on  donne  Tordre  d'établir  des  factoreries  au  Tong- 
king,  à  Tai-wan,  au  Japon  et  en  Chine  ;  ils  ne  réussirent 
d'ailleurs  à  établir  aucun  commerce  avec  Formose.  Enfin, 
en  1702-8-9,  les  compagnies  rivales  de  Londres  (i\.  Anglaise 
des  Indes  orientales  sont  réunies  en  une  seule  sous  le  nom 
de  the  United  Company  of  Mer  chants  trading  to  the  East 
Indies^  ;  à  cette  époque,  les  Anglais  avaient  cherché  à  établir 
des  factoreries  au  lûûg^kipg,  à  Poulo-Condor,  à  Macao,  à 
Amoy,  aux  Chousan,  à  Tai-wan,  à  Canton  et  à  Magindanao; 
les  deux  premières  seulement  sont  indiquées  dans  l'acte  de 
constitution  des  compagnies  comme  étant  en  activité.  .Nous 
a\ons  ailleurs*  marqué  les  difficultés  des  Anglais  en  Chine 
au  xvni^  siècle  et  la  manière  dont Jte/commerce  était  conduit 
dans  cette  ville  à  la  même  époqy<l/ iSous  ne  rappellerons  ici 
que  les  dates  principales:  1742,  arrivée  à  Canton  du  com- 
mcKiorc  Anson,  qui  obtient  avec  peine  l'autorisation  de  faire 
réparer  son  navire  ;  1704,  les  Anglais,  fatigués  dos  exigences 
des  autorités  locales,  veulent  s'établir  à  Mng-po  ;  17G2,  TAn- 
glais  Flint  est  emprisonné  pendant  trois  ans  pour  avoir  essayé 
d'aller  en  ambassade  à  Péking  ;  1778,  un  autre  Anglais, 
Scott,  est  exécuté  par  les  Chinois  pour  un  crime  imaginaire; 
1784,  un  canonnicr  de  la  Lady  Hughes,  cause  involontaire 
de  la  mort  d'un  Chinois,  est  également  mis  à  mort.  Enfin, 


I.  Désignée  sous  le  nom  de  The  Honourable  East  India  Company. 
j.   Grande  Encyclopédie. 


ia,  espérant  régulariser  une  situation  de  jour  en 
intolérable,  se  décidèrent  à  envoyer  une  ambassade 
,  sur  l'avis  de  lord  Melville  ;  l'ambassade  était 
le  demander  l'autorisation  de  faire  le  commerce  aux 

à  Ning-po  et  à  Tien-Tsin  et  d'avoir  un  entrepôt  à 
Pabolition   des  droits  de   transit   entre  Canton   et 

au  moins  une  grande  réduction  ;  enfin,  qu'aucun 
atoÎFC  ne  soit  prélevé  en  dehors  de  ceux  prescrits  par 
ticîel.  Une  première  ambassade  envoyée  avec  le  c6- 
licart  h  bord  do  la  Veslale  avait  péri  en  mer  (i  788), 

LOno    «AC*RT!SEÏ 

t  à  la  tète  de  l'ambassade  George  Macartney  ;  Ma- 
nommé  le  3  niai  1792,  quittait  Portsmoulh  1« 
nbre  de  la  même  année  ;  son  ambassade  débarqua 
oung-lcheou,  se  i-cndil  à  Péking,  fut  oUigéc  d'aller 
Icnce  d'été  de  l'empereur,  on  Mongolie,  à  Dje-bol, 
'obtint  d'ailleurs  aucun  avantage.  Arrivée  à  Péking 
t  1793,  l'ambassade  quittait  cette  ville  le  7  octobre 
.  reprenait  la  mule  du  Sud,  on  partie  jwrle  Grand 
qu'à  Hang-tcbeoii ,  de  là  aux  Chousan,  et  enfin  à 
,  i  Macao.  Macartney  quittait  la  Chine  le  17  mars 
lébarquait  A  Porlsmouth  le  5  septembre  de  la  même 
un  voyage  avait  coûté  80000  livres  sterling  et 
icn  rnpiTOrté  h  son  pays.  Au  commoncemenl  du 
signaler  les  efibrts  malheureux  des- Anglais  en  180a 
i  Macao,  et  la  déconfiture  de  l'amiral  Drury.  En 
uvclle  ambassade  anglaise,  sous  la  conduite  de  lord 
qui  s'embarqua  sur  VAlcesIe  le  8  février  ;  la  guerre 
,  pays  tributaire  de  la  Chine,  et  la  maladresse  dos 
urs  firent  de  cette  ambassade,  h  l'é[>oque  de  Kia- 
L  véritable  désastre  diplomatique.  D'année  en  année, 
illés  surgissent  à  Canton  entre  Anglais  cl  Chinois  ; 


TRAITÉ    DE    NANKING,    29    AOUT    l'842  l5 

une  mission  spéciale  de  lord  Papier,  envoyée  à  Canton  par 
Guillaume  IV  (i833-i83/|),  ne  réussit  pas  et  se  temnino  par 
la  retraite  et  la  mort  par  épuisement  de  lord  Napier  (en  oc- 
tobre i834)  ;  enfin,  la  destruction  de  20  283  caisses  d'opium 
au  mois  de  juin  1839  amena  définitivement  Tintervention 
armée  de  TAnglelerre. 

TRAITÉ    DE    NANKIPiG,     29    AOUT    l8/|2 

Inutile  ici  de  raconter  à  nouveau  cette  guerre  dite  A'' opium  ; 
disons  seulement  qu'après  la  prise  de  Chang-liaï,  la  flolto 
anglaise  remontant  le  Kiang  pour  attaquer  iN'anking,  obligea 
les  Chinois,  malgré  leur  entêtement,  à  signer  un  traité  dans 
cette  dernière  ville.  Le  traité  de  Nanking  du  29  août  ï8/|2, 
ratifié  à  Hong-kong  le  26  juin  i8/|3,  signé,  d'ime  part,  par 
le  major  général.  Sir  Henry  Poltinger,  et,  de  Tautre,  par 
les  Hauts  Commissaires  Ki-Ying  et  Ilipou  à  bord  du  navire 
de  guerre  anglais  le  ConnvalliSy  se  ccunposc  de  treize  ar- 
,tklefi^  dont  le  secopd  p&\  1p  pln^  impnHfint  ;  il  mnrqur  qur 
les  cinq  ports  de  Canton,  Amoy,  Fou-tcheou,  Ning-po  et 
Chang-Haï,  sont  ouverts  au  commerce  britannique  et  que  des 
consids  Y  seront  installés  ;  par  le  troisième,  Tile  de  Hong- 
kong est  cédée  à  TAngleterre;  une  indenmité  totale  de 
21  millions  de  dollars,  tant  pour  Topium  saisi  que  pour  les 
dépenses  de  guerre,  devait  être  payée  à  l'Angleterre  et  la 
corporation  des  marchands  hannistes*  cessait  d'exister.  On 
ne  peut  exagérer  l'importance  de  ce  traité,  qui  est  le  point 
de  départ  de  nouvelles  relations  des  étrangers  avec  la  Chine. 
Sir  John  Francis  Davis  est  le  premier  gouverneur  de  Hong- 
kong, mais  ce  port,  reconnu  colonie  anglaise  par  un  ordre 
du  Conseil,  le  5  avril    i843,  est  déclaré  libre  :  Macao   et 

I.  \je%  hannistes  ou  Hong  Merchants,  étaient,  h  Canlon,  les  mar- 
chands ayant  le  privilège  exclusif  du  commerce  avec  les  étrangers  ;  leur 
réunion  formait  le  co-ho/ig  ou  co-hang. 


l6       RELATIONS  DE  L' ANGLETERRE  ET  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

Canton  perdent  ainsi  beaucoup  de  leur  importance.  D'autre 
part,  les  Anglais  organisent  leurs  autres  établissements  con- 
sulaires et  particulièrement  celui  de  Chang-Haï. 


ANCIENNES  RELATIONS  DE  LA  FRANCE 

Les  relations  de  la  France  avec  la  Chine  ne  sont  pas  fort 
anciennes.  Une  compagnie  de  Chine,  créée  le  25  sep- 
tembre 1660,  fut  réunie  k  la  Compagnie  des  Indes  en  août 
1664  ;  celte  dernière  céda  son  privilège  pour  la  Chine  à  une 
société  Jourdan,  de  la  Coulange  et  C^°,  le  4  janvier  1698, 
qui  installa  le  commerce  de  la  France  à  Canton.  Une  troi- 
sième compagnie  créée  par  lettres  patentes  du  19  février  17 13 
envoya  des  vaisseaux'en  Chine  h  partir  de  171^  ;  lors  de  la 
réunion  de  toutes  les  compagnies  en  une  seule,  en  mai  1719, 
notre  commerce  en  Chine  prit  un  peu  plus  d'extension. 
Lors  de  la  suspension  du  privilège  delà  Compagnie  des  Indes 
orientales,  im  consulat  de  France  fut  créé  à  Canton  le  3  fé- 
vrier 1776  ;  il  ne  dura  que  jusqu'à  la  fin  du  siècle  ;  pendant 
cotte  période,  l'influence  de  la  France  ne  s'exerce  guère  que 
par  les  missions  catholiques,  et  surtout  à  Péking. 

Le  consulat  de  France  à  Canton  ne  fut  rétabli  que  sous 
la  Restauration,  en  1829;  il  se  composait  en  i843,  lorsqu'on 
se  décida  à  envoyer  une  mission  extraordinaire  en  Chine, 
d'un  consul  ;  le  comte  de  Ratti  Menton  ;  d'un  élève-consul, 
Charles- Alexandre  Cluillaye;  d'un  chancelier,  Aimé  Rivoirc  , 
et  d'un  interprèle,  J.-M.  Callery,  ancien  prêtre  des  Missions 
étrangères. 

AMBASSADE    DE    LAGRENÉ. 

Le  litre  d'envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipoten- 
tiaire fut  donné  à  M.  ïhéodose  de  Lagrené*;  le  chef  de  la 

I.  Théodose-Marie- Melchior-Josoph   de   Lagrcnc.   né  on  Picardie,  le 
i4  mars  1800.  mort  le  27  avril  i80a  ;  entré  en  1822  aux  Affaires  ctran- 


TRAÏT<%    de    N\N-KING.    34    OCTOBRE     l844  ï"^ 

mission,  accompagné  par  sa  femme  et  ses  deux  filles, 
M"**  Gabrielle  et  Olga  de  Lagrené,  avait  pour  le  seconder  : 
1®  MM.  de  Ferrière-le-Vayer,  premier  secrétaire  ;  Callery, 
interprète  ;  Bernard  d'Harcourt,  second  secrétaire  ;  Xavier 
Reymond,  historiographe  ;  Melchior  Yvan,  médecin  ;  de 
Montigny,  chancelier  ;  Macdonald  de  Tarente,  attaché  libre  ; 
Marey-Monge,  Femand  Delahante,  attachés  payés  ;  de  la 
Guiche  et  de  Charlus,  attachés  libres  ;  2°  les  délégués  du 
Ministère  du  Commerce,  désignés  par  les  Chambres  de 
commerce  de  Reims,  de  Mulhouse,  de  Saint-Etienne,  de 
Lyon  et  de  Paris  :  MM.  Auguste  Haussmann,  cotons  ; 
^ataIis  Rondot,  laines;  Isidore  Hedde,  soies;  Renard, 
articles  dits  de  Paris  ;  3"  les  représentants  du  Ministère  des 
Finances  :  MM.  Jules  Itier,  inspecteur  des  douanes,  chargé 
d'étudier  la  question  des  tarifs  et  de  la  navigation  ;  Charles 
LavoUée,  employé  des  finances. 

TRAITÉ    DE    WHAMPOA,    2 4    OCTOBRE    l844 

Le  résultat  de  cette  mission  fut  le  traité  signé  h  Tem- 
bouchure  de  la  rivière  de  Canton,  à  Whampoa,  à  bord  de  la 
corvette  française  à  vapeur,  VArchimèr/e,  le  2/1  octobre  i844 
(i3®  jour  de  la  9"  lune  de  la  24®  année  Tao-Kouang),  par 
M.  de  Lagrené  et  Ki-ying,  plénipotentiaire  chinois;  les 
ratifications  furent  échangées  à  Macao,  le  25  août  iS^b.  Le 

traîti^^     qiiî     1    rnmr|]ft    jpnHMA    Iac    rnnv^p{^^ps    anglaise     et 

américaine,  se  compose  de  trente-six  articles,  dont  l'un, 
l'article  XXII,  a  une  importance  exceptionnelle,  car  il  est 

gères  sous  le  ministère  de  Mathieu  de  Montmorency  ;  successivement 
secrétaire  d* Ambassade  en  Russie  (où  il  se  maria)  ;  ministre  plénipoten- 
tiaire en  Grèce  ;  chargé  de  sa  grande  mission  de  Chine  ;  à  son  retour  créé 
Pair  de  France,  juillet  i846;  siégea  au  Luxembourg  jusqu'en  i848  ;  élu 
en  1849  représentant  de  la  Somme  à  l'Assemblée  législative  ;  rentré  dans 
la  vie  privée  après  le  coup  d*Etat  du  a  décembre,  il  devint  l'un  des  mem- 
bres du  Conseil  d'Administration  du  Chemin  de  fer  du  Nord.  M'»*  de 
L*agroné,  née  Daubcnsky,  est  morte  en  janvier  1901. 

CORDIBR.  I.    2 


l8      RELATIONS  DE  l'aNGI.ETERRE  ET  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

cité  fréquemment  dans  les  documents  que  nous  publions 
aujourd'hui;  le  voici  : 

«  Tout  Français  qui.  conformément  aux  stipulations  de  Tar- 
tîcle  II,  arrivera  dans  l'un  des  cinq  ports,  pourra,  quelle  que  soit 
la  durée  de  son  séjour,  y  louer  des  maisons  et  des  magasins  pour 
déposer  ses  marchandises,  ou  bien  affermer  des  terrains  et  y 
bâtir  lui-môme  des  maisons  et  des  magasins.  Les  Français  pour- 
ront, de  la  môme  manière,  établir  des  églises,  des  hôpitaux,  des 
hospices,  des  écoles  et  des  cimetières.  Dans  ce  but,  l'autorité 
locale,  après  s'être  concertée  avec  le  consul,  désignera  les  quar- 
tiers les  plus  convenables  pour  la  résidence  des  Français,  et  les 
endroits  dans  lesquels  pourront  avoir  lieu  les  constructions  pré- 
citées. Le  prix  des  loyers  et  des  fermages  sera  librement  débattu 
entre  les  parties  intéressées,  et  réglé,  autant  que  faire  se  pourra, 
conformément  à  la  moyenne  des  prix  locaux.  Les  autorités 
Chinoises  empocheront  leurs  nationaux  de  surfaire  ou  d'exiger 
des  prix  exorbitants,  et  le  consul,  de  son  côté,  veillera  à  ce  que 
les  Français  n'usent  pas  de  violence  ou  de  contrainte  pour  forcer 
le  consentement  des  propriétaires.  11  est  bien  entendu,  d'ailleurs, 
que  le  nombre  des  maisons  et  l'étendue  des  terrains  à  affecter 
aux  Français  dans  les  cinq  ports  ne  seront  point  limités,  et  qu'ils 
seront  déterminés  d'après  les  besoins  et  les  convenances  des 
ayants-droit.  Si  des  Chinois  violaient  ou  détruisaient  des  églises 
ou  des  cimetières  F'rançais,  les  cou})ables  seraient  punis  suivant 
toute  la  rigueur  des  lois  du  pays.  » 

Cette  clause  était  une  nouvelle  confirmation  du  protectorat 
exercé  sur  les  missions  par  la  France  et  devait  servir  de  pré- 
cédent au  baron  Gros  à  Péking  en  i86o. 

NOUVELLES  CAUSES  DE  CONFLIT. 

Mais,  de  jour  en  jour,  les  difficultés  augmentaient;  la 
Chine  voyait  grandir  Tinduence  de  ces  étrangers  qu'elle  mé- 
prisait plus  qu'elle  ne  les  redoutait  ;  elle  ignorait,  restée  sta- 
tionnaire  elle-même,  les  progrès  faits  autour  d'elle,  et  les 
demandes  faites  par  les  Européens  n'étaient  pour  elle  que  des 
suppliques  respectueusement  présentées  au  Trône  par  des 


NOUVELLES    CAUSES    DE    CONFLIT  ig 

peuples  tributaires.  Cependant  il  devenait  nécessaire  aux 
puissances  occidentales  d'avoir  accès  aux  ports  du  Nord  et  à 
la  capitale  de  TEmpire  ;  les  jours  de  Macartney  étaient  loin- 
tains et  c'était  avec  le  Fils  du  Ciel  lui-même,  non  avec  ses 
représentants  provinciaux,  dans  son  Palais  et  non  dans  le 
Yamen  d'un  vice-roi,  que  Français  et  Anglais  désiraient  con- 
tinuer des  relations  entamées  dans  une  capitale  du  centre  ou 
du  midi  de  l'Empire.  La  communauté  des  intérêts  de  la 
France  et  de  l'Angleterre  établie  par  la  guerre  de  Crimée 
permettait  et  préparait  une  action  commune  de  ces  deux 
puissances  contre  l'Empire  du  Milieu.-  Que  de  prétextes 
n'étail-il  pas  facile  de  trouver  pour  intervenir  soit  diploma- 
tiquement, soit  militairement  ! 

Le  28  février  i856,  un  prêtre  du  séminaire  des  Missions  / 
étrangères  de  Paris,  l'abbé  Auguste  Chapdelaine*,  était  mis  • 
à  mort,  après  de  cruelles   tortures,  à   Si-lin  Hien  dans  le 
Kouang  Si  ;    le  prétexte  était  bon  pour  la  France  :  il  fut^ 
moins    bon  pour  l'Angleterre.  Le  lortcha^  Arrow  battant 
pavillon  anglais,  et  commandé   par  un  Irlandais,  Thomas 
Kennedy,  était  saisi  à  Canton  le  8  octobre  i856.  Les  Chi- 
nois prétendaient  avec  juste  raison  que  la  licence  de  ce  navire 
était  expirée  depuis  le  27  septembre  et  ne  devait  plus  par 
suite  porter  le  pavillon  anglais.  L'occasion  était  excellente 
pour   obtenir  de   la  Chine  de  nouvelles  concessions,  toute 
satisfaction  étant  refusée  par  les  autorités  de  Canton. 
/TLa  guerre  fut  donc  déclarée  et  la  France  et  l'Angleterre 
grent  choix /pour  diriger  leurs  négociations  avec  la  Chine,  du 
Baron  Gros,  et  du   Comte  d'Elgin  et  de  Kincardine.  Sans 
entrer  dans  le  détail  des  opérations  militaires,  rappelons  que 
la  barre  du  Pei  Ho  ayant  été  forcée  à  Ta-Kou  par  les  alliés 

1.  Ghapdelaine,  Auguste,  ne  à  La  Rochelle  (diocèse  de  Coutanccs), 
6  janvier  i8i4  ;  parli  [K)ur  la  Chine,  39  avril  i853. 

2.  On  appelle  iortcha  un  bâtiment  à  coque  européenne,  généralement 
commandé  par  un  Européen,  avec  une  mftture  et  un  équipage  indigènes. 


30       RELATIONS  DE  l'aNGLETERRE  ET  DE  LA  FRANCE   AVEC  LA   CHINE 

(20  mai  i858),  les  Chinois,  représentés  par  Kouei-Liang  et 
Houa  Cha-na,  se  déterminèrent  à  signer  à  Tien-Tsin  des 
traités  avec  TAngleterre  et  la  France.  Le  traité  anglais 
(26  juin  i858)  comprend  cinquante-six  articles.  Les  prin- 
cipales clauses  de  ce  traité  sont  :  le  droit  pour  l'Angleterre 
d'avoir  un  ambassadeur  ou  un  ministre  à  la  cour  de  Péking, 
de  même  que  pour  la  Chine  d'avoir  un  représentant  à  la 
^our  de  Sf^int-T^'"^";  ^'tifir^"^  "^^"  ^'ilt^;  Tchen-Kiang,  sur  le 
Yang-tseu,  est  ouvert  imm^diatpmont  mi  pnmmrrrr;  Han- 

RéoU  le   gAra  jiprps    l^j;pii>|)|i«;s^mpnf   rlfi   |p    paix.    OutrC    IcS 

)oi*ts  de  Canton,  Amoy,  Fou-tchéou,  INing-po  etChang  Haï, 
ouverts  par  le  traité  de  Nan-King,  les  étrangers  devront 
[gaiement  avoir  accès  à  :  Nieou  tchouang  (Mandchou rie), 
[-tchéou  (Tche-fou,  Chan-toung),  Tai-wan  (Formose), 
Tchao-tchéou  (Swatow,  Kouang-toung)  et  Kioung-tchéou 
(Haïnan).  D'autres  clauses  traitent  des  droits  de  douane,  de 
navigation,  etc.  Enfin  les  ratifications  devaient  être  échangées 
à  Péking,  dans  l'année  qui  suivrait  la  signature  du  traité. 
Dans  im  article  supplémentaire,  il  était  convenu  que  les 
forces  anglaises  se  retireraient  de  Canton  après  le  paiement 
d'une  indemnité  de  deux  millions  de  taëls  pour  domma- 
ges-et-inlérêts,  et  de  deux  millions  de  taëls  pour  les  frais 
d'expédition. 

TRAITÉ   DE    TIEN-TSIΫ,    27  JUlî«î   l858 

Le  traité  français  renferme  quarante-deux  articles,  diffé- 
rant peu  du  traité  anglais.  Parmi  les  ports  ouverts,  Tam- 
soui  dans  Tîle  de  Formose,  ainsi  que  Nan-King,  dans  le 
Kiang-sousont  ajoutés  (cette  dernière  stipulation  resta  lettre 
morte)  dans  le  traité  français  ;  en  revanche,  Nieou-tchouang 
n'y  figure  pas. 


TR\iTK  DK  Tn:N-TsiN,   37  J^l^    i8r)8  ai 

Traité  (Tamitié,  de  commerce  et  de  navigation  entre  la  France  et 
la  Chine,  signé  à  Tien-Tsin,  le  2']  juin  i858. 

Sa  Majesté  rEmpereur  des  Français  et  Sa  Majesté  l'Empereur 
de  la  Chine,  animés  Tun  et  l'autre  du  désir  de  mettre  un  terme 
aux  différends  qui  se  sont  élevés  entre  les  deux  Empires,  et  vou- 
lant rétablir  et  améliorer  les  relations  d'amitié,  de  commerce  et 
de  navigation  qui  ont  existé  entre  les  deux  Puissances,  comme 
aussi  en  régulariser  Texistence,  en  favoriser  le  développement  et 
en  perpétuer  la  durée,  ont  résolu  de  conclure  un  nouveau  Traité, 
basé  sur  l'intérêt  commun  des  deux  pays,  et  ont,  en  conséquence 
nommé  pour  leurs  Plénipotentiaires,  savoir  : 

Sa  Majesté  l'Empereur  des  Français,  le  sieur  Jean-Baptiste 
Louis  baron  Gros,  Grand  OfTîcier  de  la  Légion  d'honneur.  Grand 
Croix  de  l'Ordre  du  Sauveur  de  Grèce,  Commandeur  de  l'Ordre 
de  la  Conception  de  Portugal,  etc.,  etc.,  etc.. 

Et  Sa  Majesté  l'empereur  de  la  Chine,  Kouei-Liang,  Haut 
Commissaire  impérial  de  la  dynastie  Ta-Tsing,  Grand  Ministre  du 
Palais  Oriental,  directeur  général  des  affaires  du  conseil  de  jus- 
tice, etc.  ;  et  Hoûa  Cha-na,  Haut  Commissaire  impérial  de  la  dy- 
nastie Ta-Tsing.  président  du  conseil  des  fmances,  général  de 
l'armée  sino-tartare de  la  Bannière  bordée  d'azur,  etc.,  etc..  etc.  ; 

Lesquels,  après  avoir  échangé  leurs  pleins-pouvoirs,  qu'ils  ont 
trouvés  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles  sui- 
vants : 

Art.  i".  —  Il  y  aura  paix  constante  et  amitié  perpétuelle  entre 
Sa  Majesté  l'Empereur  des  Français  et  Sa  Majesté  l'Empereur  de 
la  Chine,  ainsi  qu'entre  les  sujets  des  deux  Empires,  sans  excep- 
tion de  personnes  ni  de  lieux. 

Us  jouiront  tous  également,  dans  les  États  respectifs  des  Hautes 
Parties  Contractantes,  d'une  pleine  et  entière  protection  pour 
leurs  personnes  et  leurs  propriétés. 

Art.  3.  —  Pour  maintenir  la  paix  si  heureusement  rétablie 
entre  les  deux  Empires,  il  a  été  convenu  entre  les  Hautes  Parties 
Contractantes  qu'à  l'exemple  de  ce  qui  se  pratique  chez  les  nations 
de  l'Occident,  les  Agents  diplomatiques  dûment  accrédités  par 
S.  M.  l'Empereur  des  Français  auprès  de  S.  M.  l'Empereur  de  la 
Chine  pourront  se  rendre  éventuellement  dans  la  capitale  de 
l'Empire,  lorsque  des  affaires  importantes  les  y  appelleront. 

Il  est  convenu  entre  les  Hautes  Parties  Contractantes  que,  si_ 


I 


32       RELATIONS  DE  L  AINGLETERHE  ET  DE  LA   FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

Tune  des  puissances  qui  ont  un  Traité  avec  la  Chine  obtenait, 
pour  SCS  agents  diplomatiques  le  droit  de  résider  à  poste  fixe  à 
Jching.  ia  Franrftjmiirnit  immfdiatfmpnt.  du  m^mr  droit. 

Les  Agents  diplomatiques  jouiront  réciproquement,  dans  le 
lieu  de  leur  résidence,  des  privilèges  et  immunités  que  leur 
accorde  le  droit  des  gens  ;  c'est-à-dire  que  leur  personne,  leur 
famille,  leur  maison  et  leur  correspondance  seront  inviolables, 
qu'ils  pourront  prendre  à  leur  service  les  employés,  courriers, 
interprètes,  serviteurs,  etc.,  qui  leur  seront  nécessaires. 

Les  dépenses  de  toute  espèce  qu'occasionneront  les  Missions 
diplomatiques  de  France  en  Chine  seront  supportées  par  le  Gou- 
vernement Français.  Les  Agents  diplomatiques  qu'il  plaira  à 
S.  M.  l'Empereur  de  la  Chine  d'accréditer  auprès  de  S.  M.  l'Em- 
pereur des  Français  seront  reçus  en  France  avec  tous  les  hon- 
neurs et  toutes  les  prérogatives  dont  jouissent,  à  rang  égal,  les 
Agents  diplomatiques  des  autres  nations  accrédités  à  la  Cour  de 
S.  M.  l'Empereur  des  Français. 

Art.  3.  —  Les  communications  officielles  des  Agents  diplo- 
matiques et  consulaires  Français  avec  les  autorités  chinoises  seront 
écrites  en  Français,  mais  seront  accompagnées,  pour  faciliter  le 
service,  d'une  traduction  chinoise  aussi  exacte  que  possible,  jus- 
qu'au moment  où  le  Gouvernement  Impérial  de  Péking,  ayant 
des  interprètes  pour  parler  et  écrire  correctement  le  Français,  la 
correspondance  diplomatique  aura  lieu  dans  cette  langue  pour  les 
Agents  Français  et  en  chinois  pour  les  fonctionnaires  de  l'Empire. 
Il  est  convenu  que  jusque-là,  en  cas  de  dissidence  dans  l'inter- 
prétation à  donner  au  texte  Français  et  au  texte  Chinois  au  sujet 
des  clauses  arrêtées  d'avance  dans  les  conventions  faites  de  com- 
mun accord,  ce  sera  le  texte  Français  qui  devra  prévaloir. 

Cette  disposition  est  applicable  au  présent  traité.  Dans  les 
communications  entre  les  autorités  des  deux  pays,  ce  sera  toujours 
le  texte  original  et  non  la  traduction  qui  fera  foi. 

Art.  4»  —  Désormais,  les  correspondances  officielles  entre  les 
autorités  et  les  fonctionnaires  des  deux  pays  seront  réglées  suivant 
les  rangs  et  les  positions  respectives  et  d'après  les  bases  de  la 
réciprocité  la  plus  absolue.  Ces  correspondances  auront  lieu  entre 
les  hauts  fonctionnaires  français  et  les  hauts  fonctionnaires  chi- 
nois, dans  la  capitale  ou  ailleurs,  par  dépèche  ou  communi- 
cation ; 

Entre  les  fonctionnaires  français  en  sous-ordre  et  les  hautes 


TRAITÉ    DE    TIEN-TSIX,    2"]    JUIN     l858  aS 

autorités  des  provinces,  pour  les  premiers  par  exposé,  pour  les 
seconds  par  déclaration  ; 

Entre  les  ofTiciers  en  sous-ordre  des  deux  nations,  comme  il 
est  dit  plus  haut,  sur  le  pied  d*une  parfaite  égalité. 

Les  négociants,  et  généralement  tous  les  individus  qui  n*ont 
pas  de  caractère  officiel,  se  serviront  réciproquement  de  la  for- 
mule Représentation  dans  toutes  les  pièces  adressées  ou  destinées 
pour  renseignements  aux  autorités  respectives. 

Toutes  les  fois  qu'un  Français  aura  à  recourir  à  Tautorité 
chinoise,  sa  représentation  devra  d'abord  être  soumise  au  consul, 
qui,  si  elle  lui  parait  raisonnable  et  convenablement  rédigée,  lui 
donnera  suite,  et  qui,  s'il  en  est  autrement,  en  fera  modifier  la 
teneur  ou  refusera  de  la  transmettre.  Les  Chinois  de  leur  côté, 
lors(|u'ils  auront  à  s'adresser  au  consulat,  devront  suivre  une 
marche  analogue  auprès  de  l'autorité  chinoise,  laquelle  agira  de 
la  même  manière. 

Art.  5.  —  Sa  Majesté  l'Empereur  des  Français  pourra  nom- 
mer des  Consuls  ou  des  Agents  consulaires  dans  les  ports  de  mer 
ou  de  rivière  de  l'Empire  chinois  dénommés  dans  l'article  6  du 
présent  Traité  pour  servir  d'intermédiaires  entre  les  autorités 
Cliinoises  et  les  négociants,  et  les  sujets  Français,  et  veiller  à  la 
stricte  observation  des  règlements  stipulés.  j- 


Ces  fonctionnaires  seront  traités  avec  la  considération  et  les 
égards  qui  leur  sont  dus.  Leurs  rapports  avec  les  autorités  du       / 
lieu  de  leur   résidence  seront  établis  sur  le  pied  de  la  plus     / 
parfaite  égalité.  S'ils  avaient  à  se  plaindre  des  procédés  de  ladite  / 
autorité,  ils  s'adresseraient  directement  à  l'autorité  supérieure  I 
de  la  province,  et  en  donneraient  immédiatement  avis  au  Mi-  \ 
nislre  plénipotentiaire  de  l'Empereur. 

En  cas  d'absence  du  consul  français,  les  capitaines  et  les  négo- 
ciants français  auront  la  faculté  de  recourir  à  l'inlervcntion  du 
consul  d'une  puissance  amie,  ou,  s'il  était  impossible  de  le  faire, 
ils  auraient  recours  au  chef  de  la  douane,  qui  aviserait  au  moyen 
d'assurer  à  ces  capitaines  et  négociants  le  bénéfice  du  présent 
Traité. 

Art.  6.  —  L'expérience  ayant  démontré  que  l'ouverture  de 
nouveaux  ports  au  commerce  étranger  est  une  des  nécessités  de 
l'époque,  il  a  été  convenu  que  les  ports  de  Kioung-tchéou  et 
Tchao-tchéou  dans  la  province  de  Kouang-toung,  Taï-wan  et 
Tamsoui  dans  l'île  deFormose,  province  de  Fou-kien  ;  Tang-tchéou 


7 


a4   RELATIONS  pE  l'aNGLETERRE  ET  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

dans  la  province  de  Chan-toung,  et  Nanking  dans  la  province  de 
Kiang-nan,  jouiront  des  mêmes  privilèges  que  Canton,  Chang- 
Haï,  Ning-po,  Amoy  et  Fou-tchéou. 

Quant  à  Nanking,  les  agents  français  en  Chine  ne  délivreront 
de  passeports  à  leurs  nationaux  pour  cette  ville  que  lorsque  les 
rebelles  en  auront  été  expulsés  par  les  troupes  impériales. 

Art.  7.  —  Les  Français  et  leurs  familles  pourront  se  trans- 
porter, s'établir  et  se  livrer  au  commerce  ou  à  Tindustrie  en  toute 
sécurité  et  sans  entrave  d'aucune  espèce  dans  les  ports  et  villes 
de  l'Empire  Chinois  situés  sur  les  côtes  maritimes  et  sur  les  grands 
fleuves  dont  l'énumération  est  contenue  dans  l'artide  précédent. 

Ils  pourront  circuler  librement  de  l'un  à  l'autre,  s'ils  sont 
munis  de  passeports,  mais  il  leur  est  formellement  défendu  de 
pratiquer,  sur  la  côte,  des  ventes  ou  des  achats  clandestins,  sous 
peine  de  confiscation  des  navires  et  des  marchandises  engagés 
dans  ces  opérations,  et  cette  confiscation  aura  lieu  au  profit  du 
gouvernement  chinois,  qui  devra  cependant,  avant  que  la  saisie 
et  la  confiscation  soient  légalement  prononcées,  en  donner  avis 
au  Consul  français  du  port  le  plus  voisin. 

Art.  8.  —  Les  Français  qui  voudront  se  rendre  dans  les  villes 
de  l'intérieur  ou  dans  les  ports  où  ne  sont  pas  admis  les  navires 
étrangers  pourront  le  faire  en  toute  sûreté,  à  la  condition 
expresse  d'être  munis  de  passeports  rédigés  en  français  et  en 
chinois,  légalement  délivrés  par  les  Agents  diplomatiques  ou  les 
Consuls  de  France  en  Chine,  et  visés  par  les  autorités  chinoises. 

En  cas  de  perte  de  ce  passeport,  le  Français  qui  ne  pourra  pas 
le  présenter,  lorsqu'il  en  sera  requis  légalement,  devra,  si  l'au- 
torité chinoise  du  lieu  où  il  se  trouve  se  refuse  à  lui  donner  un 
permis  de  séjour,  pour  lui  laisser  le  temps  de  demander  un  autre 
passeport  au  Consul,  être  reconduit  au  Consulat  le  plus  voisin, 
sans  qu'il  soit  permis  de  le  maltraiter  ni  de  l'insulter  en  aucune 
manière. 

Ainsi  que  cela  était  stipulé  dans  les  anciens  Traités,  les 
Français  résidant  ou  de  passage  dans  les  ports  ouverts  au  com- 
merce étranger  pourront  circuler  sans  passeport  dans  leur  voisi- 
nage immédiat,  et  y  vaquer  à  leurs  occupations  aussi  librement 
que  les  nationaux  ;  mais  ils  ne  pourront  dépasser  certaines 
limites  qui  seront  fixées,  de  commun  accord,  entre  le  Consul  et 
l'autorité  locale. 

Les  Agents  français  en  Chine  ne  délivreront  de  passeport  à 


TRAITÉ    DE    TUÎSN'-TSIX,    2"]    JUIN     |858  ^5 

leurs  nationaux  que  pour  les  lieux  où  les  rebelles  ne  seront  pas 
établis  dans  le  moment  où  ce  passeport  sera  demande. 

Ces  passeports  ne  seront  délivrés  par  les  autorités  françaises 
qu'aux  personnes  qui  leur  offriront  toutes  les  garanties  dési- 
rables. 

Art.  9.  —  Tous  les  changements  apportés  d'un  commun 
accord  avec  Tune  des  puissances  signataires  des  Traités  avec  la 
Chine,  au  sujet  des  améliorations  à  introduire  au  tarif  actuelle- 
ment en  vigueur,  ou  à  celui  qui  le  serait  plus  tard,  comme  aussi 
aux  droits  de  douane,  de  tonnage,  d'importation,  de  transit  et 
d'exportation,  seront  immédiatement  applicables  au  commerce 
et  aux  négociants  français,  par  le  seul  fait  de  leur  mise  à  exécu- 
tion. 

Art.  10.  —  Tout  Français  qui,  conformément  aux  stipula- 
tions de  l'article  6  du  présent  Traité,  arrivera  dans  l'un  des  ports 
ouverts  au  commerce  étranger,  pourra,  quelle  que  soit  la  durw 
de  son  séjour,  y  louer  des  maisons  et  des  magasins  pour  déposer 
ses  marchandises,  ou  bien  affermer  des  terrains  et  y  bâtir  lui- 
même  des  maisons  et  des  magasins.  Les  Français  pourront,  de 
la  même  manière,  établir  des  églises,  des  hôpitaux,  des  hospices, 
des  écoles  et  des  cimetières.  Dans  ce  but,  l'autorité  locale,  après 
s'être  concertée  avec  le  Consul,  désignera  les  quartiers  les  phis 
convenables  pour  la  résidence  des  Français,  et  les  endroits  dans 
lesqufilâ-pourront  avoir  lieu  les  constructions  précitées.  ^ 

Le  prix  des  loyers  et  des  fermages  sera  librement  débattu 
entre  les  parties  intéressées,  et  réglé,  autant  que  faire  se  pourra, 
conformément  à  la  moyenne  des  prix  locaux. 

Les  autorités  chinoises  empêcheront  leurs  nationaux  de  sur- 
-d'exiger  des  prix  exorbitants,  et  le  Consul  veillera,  de 
son  côté,  à  ce  que  les  Français  n'usent  pas  de  violence  ou  de  con- 
trainte pour  forcer  le  consentement  des  propriétaires. 

Il  est  bien  entendu,  d'ailleurs,  que  le  nombre  des  maisons  et 
l'étendue  des  terrains  à  affecter  aux  Français,  dans  les  ports  ou- 
verts au  commerce  étranger,  ne  seront  point  limités,  et  qu'ils 
seront  déterminés  d'après  les  besoins  et  les  convenances  des  avants- 
droit.  Si  des  Chinois  violaient  ou  détruisaient  des  églises  ou  des 
cimetières  français,  les  coupables  seraient  punis  suivant  toute  la 
rigueur  des  lois  du  pays. 

Art.  II.  —  Les  Français,  dans  les  ports  ouverts  au  commerce 
étranger,  pourront  choisir  librement,  et  à  prix  débattu  entre  les 


] 


26       nELATIOJîS  DE  l'a  VGLKl  KUIIE   KT   DE  LV  FRANGE  AVEC  LA    CHINE 

parties,  ou  sous  la   seule  intervention  des  consuls,  des  compra- 
dors,  interprètes,  écrivains,  ouvriers,  bateliers  et  domestiques. 

Ils  auront,  en  outre,  la  faculté  d'engager  des  lettrés  du  pays 
pour  apprendre  à  parler  ou  à  écrire  la  langue  chinoise  et  toute 
autre  langue  ou  dialecte  usités  dans  TEmpire,  comme  aussi  de 
se  faire  aider  par  eux,  soit  pour  leurs  écritures,  soit  pour  des 
travaux  scientifiques  ou  littéraires.  Ils  pourront  également  ensei- 
gner à  tout  sujet  chinois  la  langue  de  leur  pays  ou  des  langues 
étrangères,  et  vendre  sans  obstacle  des  livres  français  ou  aciicter 
eux-mêmes  toutes  sortes  de  livres  chinois. 

Art.  13.  —  Les  propriétés  de  toute  nature  appartenant  à  des 
Français  dans  TEmpire  chinois  seront  considérées  par  les  Chinois 
comme  inviolables  et  seront  toujours  respectées  par  eux.  Les  au- 
torités chinoises  ne  pourront,  quoi  qu'il  arrive,  mettre  embargo 
sur  les  navires  français,  ni  les  frapper  de  réquisition  pour  quel- 
que service  public  ou  privé  que  ce  puisse  être. 

Aht.  i3.  —  La  religion  chrétienne  ayantpour  objet  essentiel  de 
porter  les  hommes  à  la  vertu,  les  membres  de  toutes  les  commu- 
nions chrétiennes  jouiront  d'une  entière  sécurité  pour  leurs  per- 
sonnes, leurs  propriétés  et  le  libre  exercice  de  leurs  pratiques  re- 
ligieuses; et  une  protection  efficace  sera  donnée  aux  mission- 
naires qui  se  rendront  pacifiquement  dans  Tintérieur  du  pays, 
munis  des  passeports  réguliers  dont  il  est  parlé  dans  Tarticlc  8. 
Aucune  entrave  ne  sera  apportée  par  les  autorités  de  TEmpirc 
chinois  au  droit  qui  est  reconnu  à  tout  individu  en  Chine  d'em- 
brasser, s'il  le  veut,  le  christianisme  et  d'en  suivre  les  pratiques 
sans  être  passible  d'aucune  peine  infligée  pour  ce  fait. 

Tout  ce  qui  a  été  précédemment  écrit,  proclamé  ou  publié  en 
Chine,  par  ordre  du  Gouvernement,  contre  le  culte  chrétien  est 
complètement  abrogé,  et  reste  sans  valeur  dans  toutes  les  pro- 
vinces de  l'Empire. 

Art.  i4.  —  Aucune  société  de  commerce  privilégiée  ne  pourra 
désormais  s'établir  en  Chine,  et  il  en  sera  de  même  de  toute  coali- 
tion organisée  dans  le  but  d'exercer  un  monopole  sur  le  commerce. 

En  cas  de  contravention  au  présent  article,  les  autorités  chi- 
noises, sur  les  représentations  du  Consul  ou  de  l'Agent  consu- 
laire, aviseront  aux  moyens  de  dissoudre  de  semblables  associa- 
tions, dont  elles  s'efTorceront,  d'ailleurs,  de  prévenir  l'existence 
par  des  prohibitions  préalables,  afin  d'écarter  tout  ce  qui  pour- 
rait porter  atteinte  à  la  libre  concurrence. 


TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,    37    Jt'l!S     |858  3^ 

Art.  i5.  —  Lorsqu'un  bâtiment  français  arrivera  dans  les 
eaux  de  Tun  des  ports  ouverts  au  commerce  étranger,  il  aura  la 
faculté  d'engager  tel  pilote  qui  lui  conviendra,  pour  se  faire  con- 
duire immédiatement  dans  le  port  ;  et  de  même,  quand,  après 
avoir  acquitté  toutes  les  charges  légales,  il  sera  prêt  à  mettre  à  la 
voile,  on  ne  pourra  pas  lui  refuser  des  pilotes  pour  le  faire  sortir 
du  port  sans  retard  ni  délai. 

Tout  individu  qui  voudra  exercer  la  profession  de  pilote  pour 
les  bâtiments  français  pourra,  sur  la  présentation  de  trois  cerlili- 
cats  de  capitaines  de  navire,  être  commissionné  par  le  Consul  de 
France,  de  la  même  manière  que  cela  se  pratiquerait  pour  d'au- 
tres nations. 

La  rétribution  payée  aux  pilotes  sera  réglée  selon  l'équité, 
pour  chaqtie  port  en  particulier,  par  le  Consul  ou  Agent  consu- 
laire, lequel  la  fixera  convenablement  en  raison  de  la  distance  et 
des  circonstances  de  la  navigation. 

Art.  16.  —  Dès  que  le  pilote  aura  introduit  un  navire  de 
commerce  français  dans  le  port,  le  chef  de  la  douane  déléguera  un 
ou  deux  préposés  pour  surveiller  le  navire  et  empêcher  qu'il  no 
se  pratique  aucune  fraude.  Ces  préposés  |X)urront,  selon  leurs 
convenances,  rester  dans  leurs  propres  bateaux,  ou  se  tenir  à  bord 
du  bâtiment. 

Les  frais  de  leur  solde,  de  leur  nourriture  et  de  leur  entretien 
seront  à  la  charge  de  la  douane  chinoise,  et  ils  ne  pourront  exiger 
aucune  indemnité  ou  rétribution  quelconque  des  capitaines  ou 
desconsignataires.  Toute  contravention  h  celte  disposition  entraî- 
nera une  punition  proportionnelle  au  montant  de  l'exaction,  la- 
quelle sera,  en  outre,  intégralement  restituée. 

Art.  17.  —  Dans  les  vingt-quatre  heures  qui  suivront  l'arrivée 
d'un  navire  de  commerce  français  dans  l'un  des  ports  ouverts  au 
commerce  étranger,  le  capitaine,  s'il  n'est  dûment  empêché,  et  à 
son  défaut,  le  subrécargue  ou  le  consignataire  devra  se  rendre  au 
Consulat  de  France  et  remettre  entre  les  mains  du  Consul  les  pa- 
piers de  bord,  les  connaissements  et  le  manifeste.  Dans  les  vingt- 
quatre  heures  suivantes,  le  Consul  enverra  au  chef  de  la  douane 
une  note  détaillée  indiquant  le  nom  du  navire,  le  rôle  de  l'équi- 
page, le  tonnage  légal  du  bâtiment  et  la  nature  de  son  charge- 
ment. Si,  par  suite  de  la  négligence  du  capitaine,  celte  dernière 
formalité  n'avait  pas  pu  être  accomplie  dans  les  quarante-huit 
heures  qui  suivront  l'arrivée  du  navire,  le  capitaine  sera  passible 


aS       RELATIONS  DK  f/\NGLETKnttE  ET  DK   LA  FRANCE   AVEC  LA  CHINE 

d'une  amende  de  5o  piastres  par  jour  de  relard,  au  profitdu  Gou- 
vernement chinois;  ladite  amende,  toutefois,  ne  pourra  dépasser 
!a  somme  de  300  piastres. 

Aussitôt  après  la  réception  de  la  note  transmise  par  le  Consu- 
lat, le  chef  de  la  douane  délivrera  le  |)ormis  d'ouvrir  la  cale.  Si 
le  capitaine,  avant  d'avoir  reçu  le  jMîrmis  précité,  avait  ouvert  la 
cale  et  commencé  à  décharger,  il  pourrait  être  condamné  à  une 
amende  de  5oo  piastres,  et  les  marchandises  débarquées  pour- 
raient être  saisies,  lo  tout  au  profit  du  Gouvernement  chinois. 

Art.  i8.  -  Les  capitaines  et  négociants  français  pourront 
louer  telles  espèces  d'alloges  et  d'embarcations  qu'il  leur 
plaira  pour  transporter  des  marchandises  et  des  passagers,  et  la 
rétribution  à  payer  pour  ces  allèges  sera  réglée  de  gré  à  gré  par 
les  parties  intéressées,  sans  l'intervention  de  l'autorité  chinoise 
et.  par  conséquent,  sans  sa  garantie  en  cas  d'accident,  de  fraude 
ou  de  disparition  desdites  allèges.  Le  nombre  n'en  sera  pas  limité, 
et  le  monopole  n'en  pourra  être  concédé  à  qui  que  ce  soit,  non 
plus  que  celui  du  transport,  par  portefaix,  des  marchandises  à 
embarquer  ou  à  débarquer. 

Art.  19.  —  Toutes  les  fois  qu'un  négociant  français  aura  des 
marchandises  h  embarquer  ou  à  débarquer,  il  devra  d'abord  en 
remettre  la  note  détaillée  au  Consul  ou  Agent  consulaire,  qui 
cliargera  immédiatement  un  interprète  reconnu  du  Consulat  d'en 
donner  communication  au  chef  de  la  douane.  Celui-ci  délivrera 
sur-le-champ  un  permis  d'embarquement  ou  de  débarquement, 
il  sera  alors  procédé  à  la  vérification  des  marchandises  dans  la 
forme  la  plus  convenable  pour  qu'il  n'y  ait  chance  de  perte  pour 
aucune  des  parties. 

Le  négociant  français  devra  se  faire  représenter  sur  le  lieu  de  la 
vérification  (s'il  ne  préfère  y  assister  lui-même)  par  une  personne 
réunissant  les  qualités  requises,  à  l'eflct  de  veiller  à  ses  intérêts 
au  moment  où  il  sera  procédé  à  cette  vérification  pour  la  liqui- 
dation des  droits;  faute  de  quoi,  toute  réclamation  ultérieure 
restera  nulle  et  non  avenue. 

En  ce  qui  concerne  les  marchandises  taxées  ad  valorem,  si  le 
négociant  ne  peut  tomber  d'accord  avec  l'employé  chinois  sur  la 
valeur  à  fixer,  chaque  partie  appellera  deux  ou  trois  négociants 
chargés  d'examiner  les  marchandises,  et  le  prix  le  plus  élevé  qui 
sera  offert  par  l'un  d'eux  sera  réputé  constituer  la  valeur  desdites 
marchandises. 


TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,    27    JUIN     l858  29 

Les  droits  seront  prélevés  sur  le  poids  net  ;  on  déduira,  en  con- 
séquence, le  poids  des  emballages  et  contenants.  Si  le  néi^ociant 
français  ne  peut  s*en tendre  avec  Temployé  chinois  sur  la  fixation 
de  la  lare,  chaque  partie  choisira  un  certain  nombre  de  caisses  et 
de  ballots  parmi  les  colis  objets  du  litige  ;  ils  seront  d*abord  pe- 
sés bruis,  puis  tarés  ensuite,  et  la  lare  moyenne  des  colis  pesés 
servira  de  tare  pour  tous  les  autres. 

Si,  pendant  le  cours  de  la  vérification,  il  s*élève  quelque  dtffî- 
cullé  qui  ne  puisse  être  résolue,  le  négociant  français  pourra 
réclamer  Tintervention  du  Consul,  lequel  portera  sur-le-champ 
Tobjet  de  la  contestation  à  la  connaissance  du  chef  des  douanes, 
et  tous  deux  s'efforceront  d'arriver  à  un  arrangement  amiable; 
mais  la  réclamation  dora  avoir  lieu  dans  les  vingt-quatre  heures, 
sinon  il  n'y  sera  pas  donné  suite.  Tant  que  le  résultat  de  la  con- 
testation restera  pendant,  le  chef  de  la  douane  n'en  portera  pas 
Tobjet  sur  ses  livres,  laissant  ainsi  toute  latitude  pour  l'examen 
et  la  solution  de  la  difficulté. 

Les  marchandises  importées  qui  auraient  éprouvé  des  avaries 
jouiront  d'une  réduction  de  droits  proportionnée  à  leur  dépré- 
ciation. Celle-ci  sera  déterminée  équitablement  et,  s'il  le  faut, 
par  expertise  contradictoire,  ainsi  qu'il  a  été  stipulé  plus  liaut 
{K)ur  la  fixation  des  droits  ad  valorem. 

AaT.  20.  —  Tout  bâtiment  entré  dans  l'un  des  ports  de  la 
Chine,  et  qui  n'a  point  encore  levé  le  permis  de  débarquement 
mentionné  dans  l'article  19,  pourra,  dans  les  deux  jours  de  son 
arrivée,  quitter  le  port  et  se  rendre  dans  un  autre  port  sans  avoir 
à  payer  ni  droits  de  tonnage,  ni  droits  de  douane,  attendu  qu'il 
les  acquittera  ultérieurement  dans  le  port  où  il  effectuera  la  vente 
de  ses  marchandises. 

Art.  21  —  11  est  établi,  de  commun  accord,  que  les  droits 
d'importation  seront  acquittés  par  les  capitaines  ou  négo- 
ciants français  au  fur  et  à  mesure  du  débarquement  des  mar- 
chandises et  après  leur  vérification.  Les  droits  d'exj)ortation  le 
seront  de  la  même  manière,  lors  de  rembarquement.  Lors(|ue 
les  droits  de  tonnage  et  de  douane  dus  par  un  bâtiment  français 
auront  été  intégralement  acquittés,  le  chef  de  la  douane  déli- 
vrera une  quittance  générale,  sur  l'exhibition  de  laquelle  le 
Consul  rendra  ses  papiers  de  bord  au  capitaine  et  lui  permettra 
de  mettre  à  la  voile. 

Le  chef  de  la  douane  désignera   une  ou  plusieurs  maisons  de 


3o       RELATIONS  DE  l'aNGLETERRE  FT  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

change  qui  seront  autorisées  à  recevoir  la  somme  duc  par  les 
négociants  français  au  compte  du  Gouvernement,  et  les  récépissés 
de  ces  maisons  de  change  pour  tous  les  payements  qui  leur  au- 
ront été  faits  seront  réputés  acquits  du  Gouvernement  chinois. 
Ces  payements  pourront  s'opérer  soit  en  lingots,  soit  en  monnaies 
étrangères  dont  le  rapport  avec  Targent  sjcc*  sera  déterminé  de 
commun  a'ccord  entre  le  Consul  ou  Agent  consulaire  français  et 
le  chef  de  la  douane  dans  les  différents  ports,  suivant  le  temps, 
le  lieu  et  les  circonstances. 

Art.  23.  —  Après  l'expiration  des  deux  jours  mentionnés  dans 
l'article  20  et  avant  de  procéder  au  déchargement,  chaque  hàti- 
mcnt  de  commerce  français  acquittera  intégralement  les  droits  de 
tonnage  ainsi  réglés:  pour  les  navires  de  i5o  tonneaux,  de  la 
jauge  légale  et.  au-dessus,  à  raison  de  5  maces  (un  demi-tacl)  par 
tonneau;  pour  les  navires  jaugeant  moins  de  i5o  tonneaux,  à 
raison  de  i  mace  (un  dixième  de  taël)'*  par  tonneau. 

Toutes  les  rétributions  et  surcharges  additionnelles  antérieure- 
ment imposées  à  l'arrivée  et  au  départ  sont  expressément  suppri- 
mées et  ne  pourront  être  remplacées  par  aucune  autre. 

Lors  du  payement  du  droit  précité,  le  chef  de  la  douane  déli- 
vrera au  capitaine  ou  au  consigna  taire  un  reçu  en  forme  de  certifi- 
cat constatant  que  le  droit  de  tonnage  a  été  intégralement 
acquitté,  et,  sur  l'exhibition  de  ce  certificat  au  chef  de  la  douane 
de  tout  autre  port  où  il  lui  conviendrait  de  se  rendre,  le  capitaine 
sera  dispensé  de  payer  de  nouveau  pour  son  bâtiment  le  droit  de 
tonnage,  tout  navire  français  ne  devant  être  passible  qu'une  seule 
fois  à  chacun  de  ses  voyages  d'un  pays  étranger  en  Chine. 

Sont  exemptés  des  droits  de  tonnage,  les  barques,  goélettes, 
bateaux  caboteurs  et  autres  embarcations  françaises,  pontées  ou 
non,  employées  au  transport  des  passagers,  bagages,  lettres,  co- 
mestibles et  généralement  de  tous  objets  non  sujets  aux  droits. 
Si  lesdites  embarcations  transportaient  en  outre  des  marchan- 
dises, elles  resteraient  dans  la  catégorie  des  navires  jaugeant 
moins  de  i5o  tonneaux  et  payeraient  h  raison  d'un  dixième  de 
taêl  (un  mace)  par  tonneau. 

Les  négociants  français  pourront  toujours  affréter  des  jonques 
et  autres  embarcations  chinoises,  lesquelles  ne  seront  soumises  à 
aucun  droit  de  tonnage. 

I.  Voir  note  p.  4- 

a.  Voir  note  p.   7.  * 


TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,    2']    JUIN     l858  3.1 

Art.  a3.  —  Toutes  marchandises  françaises,  après  avoir  ac- 
quitté dans  un  des  ports  de  la  Chine  les  droits  de  douane  liqui- 
dés d'après  le  tarif,  pourront  être  transportées  dans  l'intérieur 
sans  avoir  à  subir  aucune  autre  charge  supplémentaire  que  le 
payement  des  droits  de  transit  suivant  le  taux  modéré  actuelle- 
ment en  vigueur,  lesquels  droits  ne  seront  susceptibles  d'aucune . 
augmentation  future.  , 

Si  des  agents  de  la  douane  chinoise,  contrairement  à  la  teneur 
du  présent  Traité,  exigeaient  des  rétributions  illégales  ou  préle- 
vaient des  droits  plus  élevés,  ils  seraient  punis  suivant  les  lois 
de  l'Empire. 

Art.  24-  —  Tout  navire  français  entré  dans  l'un  des  ports 
ouverts  au  commerce  étranger,  et  qui  voudra  n'y  décharger 
qu'une  partie  de  ses  marchandises,  ne  payera  les  droits  dédouane 
que  pour  la  partie  débarquée  :  il  pourra  transporter  le  reste  de 
sa  cargaison  dans  un  autre  port  et  l'y  vendre.  Les  droits  seront 
alors  acquittés. 

Dans  le  cas  où  des  Français,  après  avoir  acquitté  dans  un  port 
les  droits  sur  des  marchandises,  voudraient  les  réexporter  et  aller 
les  vendre  dans  un  autre  port,  ils  en  préviendraient  le  Consul  ou 
Agent  consulaire  ;  celui-ci,  de  son  côté,  en  informera  le  chef  de  la 
douane,  lequel,  après  avoir  constaté  l'identité  de  la  marchandise 
et  la  parfaite  intégrité  des  colis,  remettra  aux  réclamants  une  dé- 
claration attestant  que  les  droits  afférents  auxdites  marchandises 
ont  été  effectivement  acquittés. 

Munis  de  cette  déclaration,  les  négociants  français  n'auront,  à 
leur  arrivée  dans  l'autre  port,  qu'à  la  présenter,  par  rcntremise 
du  Consul,  au  chef  de  la  douane,  qui  délivrera  jx)ur  cette  partie 
de  la  cargaison,  sans  retard  et  sans  frais,  un  permis  de  débar- 
quement en  franchise  de  droits  ;  mais  si  l'autorité  découvrait  de 
la  fraude  ou  de  la  contrebande  parmi  ces  marchandises  ainsi 
réexportées,  celles-ci  seraient,  après  vérification,  confisquées  au 
profil  du  Gouvernement  chinois. 

Art.  25.  — Aucun  transbordement  de  marchandises  ne  pourra 
avoir  lieu  que  sur  permis  spécial  et  dans  un  cas  d'urgence.  S'il 
devient  indispensable  d'effectuer  celle  opération,  il  devra  en  être 
référé  au  Consul,  qui  délivrera  un  certificat,  sur  le  vu  duquel  le 
transbordement  sera  autorisé  par  le  chef  de  la  douane.  Celui-ci 
pourra  toujours  déléguer  un  emplové  de  son  administration 
pour  y  assister. 


1 

/ 


/  d^ 


Sa   RELATIQNS  DE  L*ANGLETERRE  ET  DE  LV  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

Tout  transbordement  non  autorisé,  sauf  le  cas  de  péril  en  la 
demeure,  entraînera  la  confiscation,  au  profit  du  Gouvernement 
chinois,  de  la  totalité  des  marchandises  illicitement  transbor- 
dées. 

Art.  26.  —  Dans  chacun  des  ports  ouverts  au  commerce 
étranger,  le  chef  de  la  douane  recevra  pour  lui-même  et  déposera 
au  Consulat  français  des  balances  légales  pour  les  marchandises 
et  pour  l'argent,  ainsi  que  des  poids  et  mesures  exactement 
conformes  aux  poids  et  mesures  en  usage  à  la  douane  de 
Canton,  et  revêtus  d'une  estampille  et  d'un  cachet  constatant 
coite  conformité.  Ces  étalons  seront  la  base  de  toutes  les  liqui- 
dations de  droits  et  de  tous  les  payements  à  faire  au  Gouverne- 
ment chinois.  On  y  aura  recours  en  cas  de  contestation  sur  le 
poids  et  la  mesure  des  marcliandises,  et  il  sera  statué  d'après  les 
résultats  qu'ils  auront  donnés. 

Art.  27.  —  Les  droits  d'importation  et  d'exportation  prélevés 
en  Ciiine  sur  le  commerce  français  seront  réglés  conformément 
/\m  tarif  annexé  au  présent  Traité  sous  le  sceau  et  la  signature 
de^  plénipotentiaires  respectifs.  Ce  tarif  pourra  être  revisé  de 
sept  années  en  sept  années  pour  être  mis  en  harmonie  avec 
les  changements  de  valeur  apportés  par  le  temps  sur  les  produits 
du  sol  et  de  l'industrie  des  deux  empires. 

Moyennant  l'acquit  de  ces  droits,  dont  il  est  expressément 
interdit  d'augmenter  le  montant  dans  le  cours  des  sept  années 
susmentionnées,  et  que  ne  pourront  aggraver  aucune  espèce  de 
charge  ou  de  surtaxe  quelconque,  les  Français  seront  libres  d'im- 
/  porter  en  Chine  des  ports  français  ou  étrangers,  et  d'exporter 
I  également  de  Chine  pour  toute  destination,  toutes  les  marcha n- 
dises  qui  ne  seraient  pas,  au  jour  de  la  signature  du  présent 
Traité,  et  d'après  la  classification  du  tarif  ci-an nexé,  l'objet  d'une 
prohibition  formelle  ou  d'un  monopole  spécial. 

Le  Gouvernement  chinois  renonçant  à  la  faculté  d'augmenter 
par  la  suite  le  nombre  des  articles  réputés  contrebande  ou  mono- 
pole, aucune  modification  ne  pourra  être  apportée  au  tarif 
qu'après  une  entente  préalable  avec  le  Gouvernement  français, 
et  de  son  plein  et  entier  consentement. 

A  l'égard  du  tarif,  aussi  bien  que  pour  toute  stipulation 
introduite  ou  à  introduire  dans  les  Traités  existants  ou  qui  se- 
raient ultérieurement  conclus,  il  demeure  bien  et  dûment  établi 
que  les  négociants  et  en  général  tous  les  citoyens  français  en 


TRAITÉ    DE   TIEN-TSIN,    27    JUIN    l858  33 

Chine,  auront  droil  toujours  et  partout  au  traitement  de   la 
nation  la  plus  favorisée. 

Art.  28.  —  La  publication  d'un  tarif  convenable  et  régulier 
ôtant  désormais  tout  prétexte  à  la  contrebande,  il  n'est  pas  à 
présumer  qu'aucun  acte  de  cette  nature  soit  commis  par  des  bâti- 
menls  du  commerce  français  dans  les  ports  de  la  Chine.  S'il  en 
était  auti'ement,  toute  marchandise  introduite  en  contrebande, 
par  des  navires  ou  par  des  négociants  français  dans  ces  ports, 
quelles  que  soient  d'ailleurs  sa  valeur  et  sa  nature,  comme  aussi 
toute  denrée  prohibée,  débarquée  frauduleusement,  seront  saisies 
par  Tautorité  locale  et  confisquées  au  proût  du  Gouvernement 
chinois.  En  outre,  celui-ci  pourra,  si  bon  lui  semble,  interdire 
l'entrée  de  la  Chine  au  bâtiment  surpris  en  contravention  et  le 
contraindre  à  partir  aussitôt  après  l'apuralion  de  ses  comptes. 
Si  quelque  navire  étranger  se  couvrait  frauduleusement  du  pa- 
villon de  la  France,  le  Gouvernement  français  prendrait  les  me- 
sures nécessaires  pour  la  répression  de  cet  abus. 

Art.  29.  —  S.  M.  l'Empereur  des  Français  pourra  faire  sta- 
tionner un  bâtiment  de  guerre  dans  les  ports  principaux  de  l'Em- 
pire où  sa  présence  serait  jugée  nécessaire  pour  maintenir  le  bon 
ordre  et  la  discipline  parmi  les  équipages  des  navires  marchands 
et  faciliter  l'exercice  de  l'autorité  consulaire.  Toutes  les  mesures 
nécessaires  seront  prises  pour  que  la  présence  de  ces  navires  de 
guerre  n'entraîne  aucun  inconvénient,  et  leurs  commandants 
recevraient  l'ordre  de  faire  exécuter  les  dispositions  stipulées 
dans  l'article  33  par  rapport  aux  communications  avec  la  terre 
et  à  la  police  des  équipages.  Les  bâtiments  de  guerre  ne  seront 
assujettis  à  aucun  droit. 

Art.  3o.  —  Tout  bâtiment  de  guerre  français  croisant  pour 
la  protection  du  commerce,  sera  reçu  en  ami  et  traité  comme  tel 
dans  tous  les  ports  de  la  Chine  où  il  se  présentera.  Ces  bâti- 
ments pourront  s'y  procurer  tous  les  objets  de  rechange  ou  de 
ravitaillement  dont  ils  auraient  besoin,  et,  s'ils  ont  fait  des 
avaries,  les  réparer  et  acheter  dans  ce  but  les  matériaux  néces- 
saires ;  le  tout  sans  la  moindre  opposition. 

Il  en  sera  de  même  à  l'égard  des  navires  de  commerce  français 
qui.  par  suite  d'avaries  majeures  ou  pour  toute  autre  cause, 
seraient  contraints  de  chercher  refuge  dans  un  port  quelconque 
de  la  Chine. 

Si  quelqu'un  de  ces  bâtiments  venait  à  se  perdre  sur  la  côte, 
Cordier.  L  —  3 


34       RELATIONS  DE  L* ANGLETERRE  ET   DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CflINE 

raulorité  chinoise  la  plus  proche,  des  qu'elle  en  serait  informée, 
porterait  ^ur-Ie-champ  assistance  à  Téquipage,  pourvoirait  à  ses 
premiers  besoins  et  prendrait  les  mesures  d'urgence  nécessaires 
pour  le  sauvetage  du  navire  et  la  préservation  des  marchandises. 
Puis  elle  porterait  le  tout  à  la  connaissance  du  Consul  ou  Agent 
consulaire  le  plus  à  portée  du  sinistre,  pour  que  celui-ci,  de 
concert  avec  Tautorité  compétente,  pût  aviser  aux  moyens  de 
rapatrier  Téquipage  et  de  sauver  les  débris  du  navire  et  de  la 
cargaison. 

Art.  3i.  —  Dans  le  cas  où,  par  la  suite  des  temps,  la  Chine 
entrerait  en  guerre  avec  une  autre  puissance,  cette  circonstance 
ne  porterait  aucune  atteinte  au  libre  commerce  de  la  France  avec 
la  Chine  ou  avec  la  nation  ennemie.  Les  navires  français  pour- 
raient toujours,  sauf  le  cas  de  blocus  effectif,  circuler  sans 
obstacle  des  ports  de  Tune  aux  ports  de  l'autre,  y  trafiquer  comme 
à  l'ordinaire,  y  importer  et  en  exporter  toute  espèce  de  marchan- 
dises non  prohibées. 

Art.  3a.  —  S'il  arrive  que  des  matelots  ou  autres  individus 
désertent  des  bâtiments  de  guerre  ou  s'évadent  des  navires  de 
commerce  français,  l'autorité  chinoise,  sur  la  réquisition  du 
Consul,  ou  à  son  défaut,  du  capitaine,  fera  tous  ses  cflbrts  pour 
découvrir  et  restituer  sur-le-champ,  entre  les  mains  de  l'un  ou 
de  l'autre  les  susdits  déserteurs  ou  fugitifs. 

Pareillement,  si  des  Chinois  déserteurs  ou  prévenus  de  quel- 
que crime  vont  se  réfugier  dans  des  maisons  françaises  ou  à 
bord  des  navires  appartenant  à  des  Français,  l'autorité  locale 
s'adressera  au  Consul,  qui,  sur  la  preuve  de  la  culpabilité  des 
prévenus,  prendra  immédiatement  les  mesures  nécessaires  pour 
que  leur  extradition  soit  effectuée.  De  part  et  d'autre,  on  évitera 
soigneusement  tout  recel  et  toute  connivence. 

Art.  33.  —  Quand  des  matelots  descendront  à  terre,  ils  seront 
soumis  à  des  règlements  de  discipline  spéciale  qui  seront  arrêtés 
par  le  Consul  et  communiqués  à  l'autorité  locale,  de  manière  à 
provenir,  autant  que  possible,  toute  occasion  de  querelle  entre 
les  marins  français  et  les  gens  du  pays. 

Art.  34.  —  Dans  le  cas  où  les  navires  de  commerce  français 
seraient  attaqués  ou  pillés  par  des  pirates,  dans  des  parages  dé- 
pendants de  la  Chine,  l'autorité  civile  et  militaire  du  lieu  le  plus 
rapproché,  dès  qu'elle  aura  connaissance  du  fait,  en  poursuivra 
activement  les  auteurs,  et  ne  négligera  rien  pour  qu'ils  soient 


TRAITÉ    DE    TlEN-TdlN,    27    JUIN     l858  35 

arrètéâ  et  punis  conformément  aux  lois.  Les  marchandises  enle- 
vées, en  quelque  lieu  et  dans  quelque  état  qu'elles  se  trouvent, 
seront  remises  entre  les  mains  du  Consul,  qui  se  chargera  de  les 
restituer  auï  ayants  droit.  Si  Ton  ne  peut  s'emparer  des  coupa- 
bles ni  recouvrer  la  totalité  des  objets  volés,  les  fonctionnaires 
chinois  subiront  la  peine  infligée  par  la  loi  en  pareilles  circons- 
tances ;  mais  ils  ne  sauraient  être  rendus  pécuniairement  respon- 
sables. 

Art.  35.  —  Lorsc|u'un  sujet  français  aura  quelque  motif  de 
plainte  ou  quelque  réclamation  à  formuler  contre  un  Chinois,  il 
devra  d'abord  exposer  ses  griefs  au  Consul,  qui,  après  avoir  exa- 
miné l'affaire,  s'efforcera  de  l'arranger  à  l'amiable.  De  même, 
quand  un  Chinois  aura  à  se  plaindre  d'un  Français,  le  Consul 
écoutera  ses  réclamations  avec  intérêt  et  cherchera  à  ménager 
un  arrangement  à  l'amiable  ;  mais,  si,  dans  l'un  ou  l'autre  cas, 
la  chose  était  impossible,  le  Consul  requerra  l'assistance  du  fonc- 
tionnaire chinois  compétent,  et  tous  deux,  après  avoir  examiné 
conjointement  l'affaire,  statueront  suivant  l'équité. 

Art.  36.  —  Si,  dorrnavant  des  citoyens  français  éprouvaient 
quelques  dommages  ou  s'ils  étaient  l'objet  de  quoique  insulte  ou 
vexation  de  la  part  de  sujets  chinois,  ceux-ci  seraient  poursuivis 
par  l'autorité  locale,  qui  prendra  les  mesures  nécessaires  pour  la 
défense  et  la  protection  des  Français  ;  à  bien  plus  forte  raison, 
si  des  malfaiteurs  ou  quelque  partie  égarée  de  la  population 
tentaient  de  piller,  de  détruire  ou  d'incendier  les  maisons,  les 
magasins  des  Français  ou  tout  autre  établissement  formé  par  eux, 
la  même  autorité,  soit  à  la  réquisition  du  Consul,  soit  de  son 
propre  mouvement,  enverrait  en  toute  hâte  la  force  armée  pour 
dissiper  l'émeute,  s'emparer  des  coupables  et  les  livrer  à  toute  la 
rigueur  des  lois  ;  le  tout  sans  préjudice  des  poursuites  à  exercer 
par  qui  de  droit  pour  indemnisation  des  pertes  éprouvées. 

Art.  37.  —  Si  des  Chinois,  à  l'avenir,  deviennent  débiteurs 
de  capitaines  ou  de  négociants  français  et  leur  font  éprouver  des 
pertes  par  fraude  ou  de  toute  autre  manière,  ceux-ci  n'auront 
plus  à  se  prévaloir  de  la  solidarité  qui  résultait  de  l'ancien  état 
de  choses;  ils  pourront  seulement  s'adresser,  par  l'entremise  de 
leurs  Consuls,  à  l'autorité  locale,  qui  ne  négligera  rien,  après 
avoir  examiné  l'affaire,  pour  contraindre  les  prévenus  à  satis- 
faire à  leurs  engagements  suivant  la  loi  du  pays. 

Mais  si  le  débiteur  ne  peut  être  retrouvé,  s'il  est  mort  ou  en 


f 


36       RELATIONS  DE  l/ ANGLETERRE  ET  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

faillite,  et  s'il  ne  reste  rien  pour  payer,  les   négociants  français 
ne  pourront  point  appeler  l'autorité  chinoise  en  garantie. 

En  cas  de  fraude  ou  de  non-payement  de  la  part  des  négociants 
français,  le  Consul  prêtera  de  la  même  manière,  assistance  aux 
réclamants,  sans  que  toutefois,  ni  lui  ni  son  Gouvernement, 
puissent,  en  aucune  manière,  être  rendus  responsables. 

Art.  38.  —  Si,  malheureusement,  il  s'élevait  quelque  rixe  ou 
quelque  querelle  entre  des  Français  et  des  Chinois,  comme 
aussi  dans  le  cas  où,  durant  le  cours  d'une  semblable  querelle, 
un  ou  plusieurs  individus  seraient  tués  ou  blessés,  soit  par  des 
coups  de  feu,  soit  autrement,  les  Chinois  seront  arrêtés  par 
l'autorité  chinoise,  qui  se  chargera  de  les  faire  examiner  et 
punir,  s'il  y  a  lieu,  conformément  aux  lois  du  pays.  Quant  aux 
Français,  ils  seront  arrêtés  à  la  diligence  du  Consul,  et  celui-ci 
prendra  toutes  les  mesures  nécessaires  pour  que  les  prévenus 
soient  livrés  à  l'action  régulière  des  lois  françaises,  dans  la  forme 
et  suivant  les  dispositions  qui  seront  ultérieurement  déterminées 
par  le  Gouvernement  français. 

11  en  sera  de  même  en  toute  circonstance  analogue  et  non 
prévue  j)ar  la  présente  convention,  le  principe  étant  que,  pour 
la  répression  des  crimes  et  délits  commis  par  eux  en  Chine,  les 
Français  seront  constamment  régis  par  les  lois  françaises. 

Art.  39.  —  Les  Français  en  Chine  dépendent  également,  pour 
toutes  les  difîicultés  ou  les  contestations  qui  pourraient  s'élever 
entre  eux,  de  la  juridiction  française.  En  cas  de  différends  sur- 
venus entre  Français  et  étrangers,  il  est  bien  stipulé  que  l'auto- 
rité chinoise  n'aura  à  s'en  mêler  en  aucune  manière.  Elle  n'aura 
pareillement  à  exercer  aucune  action  sur  les  navires  français  ; 
ceux-ci  ne  relèveront  que  de  l'autorité  française  et  du  capitaine. 
•  Art.  4o.  —  Si  dorénavant  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  l'Em- 
pereur des  Français  jugeait  convenable  d'apporter  des  modifica- 
tions à  quelques-unes  des  clauses  du  présent  Traité,  il  sera  libre 
d'ouvrir,  h  cet  effet,  des  négociations  avec  le  Gouvernement  chi- 
nois, après  un  intervalle  de  douze  années  révolues  à  partir  de 
l'échange  des  ratifications. 

Il  est  d'ailleurs  entendu  que  toute  obligation  non  consignée 
expressément  dans  la  présente  convention  ne  saura  être  imposée 
aux  Consuls  ou  aux  Agents  consulaires,  non  plus  qu'à  leurs  na- 
tionaux, tandis  que,  comme  il  a  été  stipulé,  les  Français  jouiront 
de  tous  les  droits,  pri>iièges,  immunités  et  garanties  quelconques 


ARTICLES    CO\IPLKME>TAÎRKS,     2"]    JUIN     1858  87 

qui  auraient  clc  accordées  par  le  Gouvernement  chinois  à  d'autres 
puissances. 

Art.  4 1 .  —  Sa  Majesté  TEmpereur  des  Français,  voulant  donner 
à  Sa  Majesté  FEmpereur  de  la  Chine  une  preuve  des  sentiments 
qui  raniment,  consent  à  stipuler,  dans  des  articles  séparés  ayant 
la  même  force  et  valeur  que  s'ils  étaient  insérés  mot  à  mot  au 
présent  Traité,  les  arrangements  convenus  entre  les  deux  Gou- 
vernements au  sujet  des  questions  antérieures  aux  événements  de 
(lanlon  et  aux  frais  qu'ils  ont  occasionnés  au  Gouvernement  de 
Sa  Majesté  TEmpereur  des  Français. 

Art.  43.  —  Lés  ratifications  du  présent  Traité  d*amitié,  de 
commerce  et  de  navigation  seront  échangées  à  Péking,  dans  l'in- 
lervalle  d'un  an  à  partir  du  jour  de  la  signature,  ou  plus  tôt  si 
faire  se  peut,  par  S.  M.  l'Empereur  des  Français  et  par  S.  M. 
l'Empereur  de  la  Chine. 

Après  réchange  de  ces  ratifications,  le  Traité  sera  porté  à  la 
connaissance  de  toutes  les  autorités  supérieures  de  l'Empire  dans 
les  provinces  et  dans  la  capitale,  afin  que  sa  publicité  soit  bien 
établie. 

En  foi  de  quoi,  les  Plénipotentiaires  respçctifs  ont  signé  le 
présent  Traité  et  y  ont  apposé  leurs  cachets. 

Fait  à  Tien-Tsin,  en  quatre  expéditions,  le  vingt-septième 
jour  du  mois  de  juin  de  Tan  de  grâce  i858,  correspondant  au 
dix-septième  jour  de  la  cinquième  lune  de  la  huitième  année  de 
Hien-Foung. 

Signé  :  Baron  Gros. 
Les  signatures  des  Plénipoten- 
tiaires Chinois. 


ARTICLES  COMPLÉME?ÎTATREwS,    27  JUIN     l858 

De  plus,  le  même  jour,  six  articles  complémentaires 
furent  signés,  par  lesquels  il  était  stipulé  que  le  mandarin 
de  Si-lin  Hien,  où  avait  été  martyrisé  Tabbé  Chapdelaine, 
serait  dégradé  et  qu^une  indemnité  de  deux  millions  de  taëls 
devait  être  versée  par  la  Chine  à  la  France  pour  les  dépenses 
occasionnées  par  les  armements  considérables  faits  par  ce 
dernier  pays,  et  pour  les  propriétés  des  Français  et  protégés 


38   RELATIONS  DE  i/aNGLETEBRE  ET  DE  LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

de  la  France,  pillées  ou  incendiées  à  Canton,  le  i4  décembre 
i856: 

Articles  séparés  servant  de  complément  au  Traité  conclu  entre  S.  M. 
X  Empereur  des  Français  et  S.  M.  F  Empereur  de  là  Chine,  à 
Tien-Tsin,  dans  la  province  de  Tche4i,  le  2']juin  i858. 

Art.  I*'.  —  Le  magistrat  de  Si-lin  Kicn  coupable  du  meurtre 
du  missionnaire  français  Auguste  Cbapdelaine  sera  dégradé  et 
déclaré  incapable  d'exercer  désormais  aucun  emploi. 

Art.  3.  —  Une  communication  officielle  adressée  à  Son  Excel- 
lence Monsieur  le  Ministre  de  France  en  Chine  lui  annoncera 
l'exécution  de  cette  mesure,  qui  sera  rendue  publique  et  motivée 
convenablement  dans  la  Gazette  de  Péking. 

Art.  3.  —  Une  indemnité  sera  donnée  aux  Français  et  aux 
protégés  de  la  France  dont  les  propriétés  ont  été  pillées  ou  incen- 
diées par  la  populace  de  Canton  avant  la  prise  de  cette  ville  par 
les  troupes  alliées  de  la  France  et  de  TAngleterre. 

Art.  Î.  —  Les  dépenses  occasionnées  par  les  armements  con- 
sidérables qu'ont  motivés  les  refus  obstinés  des  autorités  Chi- 
noises d'accorder  à  la  France  les  réparations  et  les  indemnités 
qu'elle  a  réclamées,  seront  payées  au  Gouvernement  de  Sa  Ma- 
jesté l'Empereur  des  Français  par  les  caisses  de  la  douane  de  la 
ville  de  Canton. 

Ces  indemnités  et  ces  frais  d'armement  s'élcvant  à  peu  près  à 
une  somme  de  deux  millions  de  taëls  (a oooooo),  cette  somme 
sera  versée  entre  les  mains  du  Ministre  de  France  en  Chine,  qui 
en  donnera  quittance. 

Cette  somme  de  deux  millions  de  taëls  sera  payée  à  Son  Excel- 
lence Monsieur  le  Ministre  de  France  en  Chine,  par  sixièmes 
payables  d'année  en  année,  et  pendant  six  ans,  par  la  caisse  des 
Douanes  de  Canton  ;  elle  pourra  l'être  soit  en  numéraire,  soit 
en  bons  de  douane,  qui  seront  reçus  par  cette  administration  en 
payement  des  droits  d'importation  et  d'exportation  et  pour  un 
dixième  seulement  de  la  somme  qu'on  aurait  à  lui  payer,  c'est- 
à-dire  que,  si  un  négociant  doit  à  la  douane  de  Canton  une 
somme  de  dix  mille  laëls,  par  exemple,  pour  droits  d'importa- 
tion ou  d'exportation,  il  pourra  en  payer  neuf  mille  en  espèces 
et  mille  en  bons  dont  il  s'agit. 

Le  premier  sixième  sera  payé  dans  le  cours  de  l'année  qui  sui- 


ARTICLES    COMPLÉMENTAIRES,    37    JUIN     l858  89 

vra  la  signature  du   prosent  Traité,    à  compter  du  jour  où  elle 
aura  lieu. 

La  douane  de  Canton  pourra,  si  elle  le  veut,  ne  recevoir  cha- 
que année' en  payement  de  droits,  que  le  sixième  des  bons  émis, 
c'est-à-dire  pour  une  somme  de  trois  cent  trente-trois  mille  trois 
cent  trente-trois  taëls  cl  trente-quatre  centièmes. 

Une  commission  mixte,  nommée  à  Canton  par  Tautorité  chi- 
noise et  parle  Ministre  de  France,  fixera  d'avance  le  mode  d'émis- 
sion de  ces  bons  et  les  règlements  qui  en  détermineront  la  forme, 
la  valeur  et  le  mode  de  destruction  dès  qu'ils  auront  servi.  ^ 

Art.  5.  —  L'évacuation  de  Canton  par  les  troupes  françaises 
s'clTecluera  aussitôt  que  possible  après  le  payement  intégral  de 
la  somme  de  deux  millions  de  taëls  stipulée  ci-dessus;  mais  pour 
hâter  la  retraite  de  ces  troupes,  ces  bons  de  douane  pourront 
être  émis  d'avance  par  série  de  six  années  et  déposés  dans  la 
chancellerie  de  la  Légation  de  France  en  Chine. 

Art.  6.  —  Les  articles  ci-dessus  auront  même  force  et  valeur 
que  s'ils  étaient  inscrits  mot  à  mot  dans  le  Traité  dont  ils  font 
partie,  et  les  Plénipotentiaires  respectifs  les  ont  signés  et  y  ont 
apposé  leurs  sceaux  et  leurs  cachets. 

Fait  à  Tsien-Tsin,  en  quatre  expéditions,  le  37*  jour  du  mois 
de  juin  de  l'an  de  grâce  i858,  correspondant  au  17*  jour  de  la 
5*  lune  de  la  8*  année  de  Hien  Foung. 

Baron  Gros. 

Signatures  des  Plénipotentiaires  Chinois. 


Aux  termes  de  l'art.  9  du  traité  de  Tien-Tsin,  un  tarif  de 
douane  et  des  règlements  commerciaux  furent  signés  à 
Chang-Haï,  le  24  novembre  i858  (19'  jour,  10°  lune, 
8°  année  Hien  Foung),  par  le  baron  Gros  et  Kouei-Liang  et 
Houa  Gha-na,  auxquels  furent  adjoints  :  Ho,  second  tuteur 
de  rhéritier  présomptif,  secrétaire  d'Etat  au  département  de 
la  guerre,  vice-roi  des  deux  Kiang;  Min,  fonclionnaire  de 
deuxième  rang,  chargé  des  mouvements  militaires  ;  et  Touan, 
fonctionnaire  de  cinquième  rang,  membre  du  conseil  général, 
attaché  au  ministère  de  la  justice.  Ge  tarif,  considéré  comme 


io       RELATIONS   DE  l'ANGLETERRE  ET  DE   LA  FRANCE  AVEC  LA  CHINE 

complément  du  traité  du  27  juin  i858,  fut  ratifié  en  même 
temps  que  lui,  à  Pé-king,  le  25  octobre  1860  *. 

AFFAIRE  DE  TA-&OU,    25  JUIN    l859 

L^année  suivante,  lorsque  M.  de  Bourboulon  pour  la 
France,  et  M.  Frederick  W.  A.  Bruce',  pour  l'Angleterre, 
se  rendirent  dans  le  Nord  pour  échanger,  ainsi  qu'il  avait  été 
convenu,  les  ratifications  du  traité  de  Tien-Tsin,  ils  furent 
accueillis  à  coups  de  canon  par  les  forts  de  Ta-Kou  (25  juin 
1859),  grâce  aux  conseils  donnés  à  l'Empereur  par  le  gé- 
néral mongol  Seng-ko-lin-sin. 

Une  nouvelle  guerre  était  inévitable. 

GUERRE  DE   1860 

Il  ne  rentre  pas  dans  mon  plan  de  raconter  ici  la  glorieuse 
campagne  de  1860,  les  exploits  des  généraux  Cousîn- 
Montauban  et  Sir  Hope  Grant,  des  amiraux  Gharner  et 
James  Hope  ;  rappelons-en  seulement  les  principales  étapes  : 
débarquement  des  alliés  à  l'embouchure  du  Pe-T'ang  Ho 
(i*''  août  1860)  ;  prise  des  forts  de  Ta-Kou  (21  août  1860); 
occupation  de  Tien-Tsin  (24  août  1860);  guet-apens  de 
Toung-Tchéou,  dans  lequel  11  Français  et  26  Anglais  sont 
traîtreusement  saisis  par  les  Chinois  (18  septembre  1860)*  ; 
victoire  de  Pa  li  k'iao  (21  septembre);  pillage  et  incen- 
die du  Palais  d'Été  ;  reddition  de  Pé-King  le  i3  octobre  ; 
enfin,   signature   des  conventions  à  Péking. 

I.  Voir  p.  8-9. 

a.  Plus  tard  sir  ;  frère  de  Lord  Elgin;  né  i4  avril  181  li;  mort  19  sep- 
tembre 1867,  à  Boston,  États-Unis. 

3.  Ce  guet-apens  ne  fut  l'œuvre  ni  de  l'Empereur  ni  du  général  Seng- 
ko-lin-sin,  mais  hien  des  princes  de  Tcheng  et  de  I. 

Le  capitaine  Brabazon  et  l'abbé  Deluc  furent  décapités  le  ai  septembre 
1860  dans  la  cour  d'une  pagode  dépendant  d'un  petit  temple  à  environ  6  lis 
de  Pa*li  k'iao,  entre  onze  heures  et  midi;  Uarry  S.  Parkes  et  H.  B.  Loch 
furent  menés  à  Péking;  les  autres  furent  enfermés  au  Youen-ming-jouen. 


CHAPITRE  m 
LES  PLÉNIPOTENTIAIRES  A  PÉKIN6 

Le  28  octobre  1860,  presque  toute  l'armée,  Tambassade 
de  France,  le  général  Ignatiev,  ministre  de  Russie,  la  mis- 
sion ecclésiastique  russe  avec  l'archimandrite  Goury,  M*^' 
Mouly*,  évêque  de  Péking,  et  M*''"  Anouilh*,  conduisirent, 
au  cimetière  de  Cha-la-eul,  les  corps  de  six  des  Français', 
\'îctinies  du  guet-apens  de  Toung-tchéou  (18  septembre 
1860)  :  le  colonel  d'artillerie  Foulon-Grandchamps,  le  sous- 
intendant  Dubut,  l'officier  comptable  Ader,  l'infirmier  Blan- 
quet,  le  soldat  du  train  Bonicho  et  le  chasseur  à  pieds  Ozouf  ; 
on  n'avait  pu  retrouver  les  restes  de  l'abbé  Deluc*. 

«  Le  général  Grant,  écrit  Gros,  et  son  Etat-Major  s'étaient 
joints  à  nous  ;  le  général  Ignatiev  nous  a  reçus  dans  le  cime- 
tière confié  depuis  longtemps  à  la  garde  de  la  mission  ecclé- 
siastique russe  de  Péking,  et  Lord  Elgin,  souffrant  et  dans 
son  lit,  m'a  fait  témoigner  les  regrets  qu'il  éprouvait  de  ne 
pas  pouvoir  se  joindre  à  nous.  » 

Le  même  jour  le  baron  Gros  recevait  la  visite  des  deux 

I.  Joseph-Martial  Mouly,  né  à  Figeac,  le  3  août  1807;  <^véque  de 
Faflsulan,  viceap.  du  Pé  Tché-li  septentrional;  mort  à  Péking,  le  4  dé- 
cembre 1868  ;  lazariste. 

a.  Jean-Baptiste  Anouilh,  né  le  10  novembre  18 19,  dans  le  diocèse  de 
Paraicrs,  évêque  d'Abydos,  vic.-ap.  du  Pé  Tché-li  occidental;  mort  à 
Tching-tiag  fou.  le  18  février  1869  ;  lazariste. 

3.  Plus  tard,  ils  furent  transférés  au  cimetière  français. 

4.  Dominique  Deluc,  du  diocèse  d'Agen;  des  missions  étrangères 
de  Paris  ;  arrivé  au  Kouang-Toung  en  i85a  ;  il  était  âgé  de  34  ans. 


^3  LES    PI.ÉNIPOTKNTIAIRES    K    PKRING 

évoques  qui  lui  présentèrent  une  députation  dii  clergé  chi- 
nois et  une  députation  des  chrétiens  qui  résidaient  dans  la 
capitale. 

Le  29,  la  cathédrale  du  Nan  T'ang  ayant  été  déblayée  par 
une  compagnie  du  génie,  la  croix  de  fer  avait  été  rétablie 
sur  le  sommet  de  l'édifice,  un  service  funèbre  y  fut  célébré  ; 
une  messe  basse  fut  dite  par  l'abbé  de  Serres  assisté  de  deux 
aumôniers;  le  coadjuteur,  M^*"  Anouilh,  donna  l'absoute; 
M'*''  Mouly  prononça  une  allocution  et  chanta  un  Te  Deum 
et  un  Domine  salvum  fnc  Imperatoreni. 

L'abbé  Trégaro*,  aumônier,  qui  accompagnait  le  comman- 
dant Campenon  *  dans  sa  reconnaissance  du  Nan  T'ang,  faisait 
ainsi  le  récit  de  leur  visite  à  cette  ancienne  église  ^  : 

<r  Elle  a  peu  souffert  à  l'extérieur,  mais  comme  la  porte 
était  murée  et  qu'il  y  avait  une  foule  de  décombres  on  dut 
employer  deux  jours  à  la  dégager  au  dedans  et  au  dehors. 
Puis  on  la  revêtit  à  l'intérieur  d'immenses  pièces  de  soie 
noire  parsemées  de  croix  blanches.  Et  un  service  solennel  y 
fut  célébré  pour  les  victimes  de  la  trahison  dernière.  On 
avait  là  les  corps  de  six  d'entre  elles  ;  puis  eut  lieu  l'enterre- 
ment au  cimetière;  deux  évêques  et  une  vingtaine  d'ecclé- 
siastiques, soit  Européens,  soit  Chinois,  prêtres  ou  sémina- 
ristes, avec  une  longue  suite  de  catéchistes  revêtus  de  Thabit 
de  chœur  (plus  de  i5o),  tout  ce  cortège  auquel  se  mêlaient 
plusieurs  personnages  de  l'ambassade  russe  était  des  plus 
imposants.   » 

I.  François- Marie  Trcg^ro,  né  à  Peil lac  (Morbihan),  19  juin  1824  ; 
aumônier  de  i'"''  classe  delà  marine,  i^'mars  i856  ;  aumônier  supérieur, 
a5  septembre  186.I  ;  en  chef,  33  septembre  1866  ;  évèquo  de  Séez,  35  jan- 
vier 1883. 

3.  Jean- Baptiste- Marie-Edouard  Campenon,  né  k  Tonnerre  (Yonne), 
4  mai  181 9;  depuis  général  et  ministre  de  la  guerre;  mort  à  Paris, 
16  mars  1891. 

3.  Lettres  des  nouvelles  Missions  de  la  Chine,  III,  2^  partie,  Lettre 
du  F.  Dovergne,  p.  348. 


LES    PLÉSIPOTEI^TIAIRES    A    PÉKING  ^3 

En  arrivant  à  Péking,  les  alliés  se  trouvèrent  sans  empe- 
reur; Hien  Foung  ayant  fui  à  Djehol,  mais  plus  heureux 
que  les  étrangers,  en  cette  année  1900,  ils  eurent  la  bonne 
fortune  de  se  trouver  en  présence  d'un  prince  jeune  et  intel- 
ligent, frère  du  souverain,  le  prince  de  Koung.  Encore  cette 
chance  faillit-elle  leur  échapper  :  «  J'ai  su  plus  lard,  écrit  le 
baron  Gros,  que  Tincendie  du  palais  d'Été  avait  été  au  mo- 
ment d'amener  celte  fâcheuse  éventualité  [la  fuite  de  Koimg], 
el  qu'à  la  vue  des  tourbillons  de  fumée  qui  s'étendaient 
jusque  sur  Péking,  le  prince  avait  voulu  parlir,  et  qu'il  avait 
fallu  presque  le  relenir  par  force  pour  qu'il  n'abandonnât 
pas  la  résidence  011  il  s'était  caché,  en  proie  à  la  plus 
incroyable  frayeur  *» .  Yi-Sin,  prince  de  Koung,  sixième  (ils 
de  l'empereur  Tao  Kouang,  est  né  en  iSSa.  «  Il  a,  dit  un 
témoin  oculaire,  une  expression  très  agréable,  ses  traits  sont 
du  vrai  type  tartare  ;  la  joue  droite  est  légèrement  marquée 
de  deux  cicatrices,  rapprochées  l'une  de  l'autre,  apparem- 
ment les  marques  de  deux  petits  clous.  Sa  figure  et  ses  mains 
sont  petites,  les  doigts  étant  délicats  et  efleminés  d'appa- 
rence... Il  est  d'une  taille  moyenne,  et  de  forme  grêle.  *  » 

Le  ministre  d'Angleterre,  Frederick  A.  Bruce,  arrivé  de 
Tîen-Tsin,  le  6  novembre,  s'était  rendu  avec  son  frère.  Lord 
Elgin,  près  du  baron  Gros  pour  demander,  comme  indispen- 
sable, l'établissement  immédiat  des  légations  d'yVngleterre  et 
de  France  à  Péking. 

Le  baron  Gros  écrivait  à  ce  sujet  au  Ministre  des  Affaires 
étrangères  (17  novembre  1860)  : 

«  Le  7  de  ce  mois  lord  Elgin  installé  enfin  dans  Péking  est 
venu  me  voir  et  a  amené  chez  moi  monsieur  Bruce  son  frère, 
que  je  n'attendais  pas  et  qui  venait  d'arriver  avec  toute  sa  léga- 
tion, matériel  et  personnel,  et  si  Votre  Excellence  veut  bien  me 


I.  Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  igS. 
3.  RenDie,  Péking,  I,  p.  43' 


!\l\  LES    PLÉNIPOTENTIAIRES    A    PÉRING 

permettre  de  lui  dire  avec  cinquanle  caisses  de  verres  à  \îlre 
destinés  à  remplacer,  dans  le  palais  qu'il  comptait  occuper 
immédiatement,  les  carreaux  de  papier  en  usage  dans  le  pays. 
Après  les  compliments  d'usage  échangés  de  part  et  d'autre,  la 
conversation  a  porte  nécessairement  sur  les  événements  du  jour, 
et  avec  une  assurance  qui  m'a  paru  au  moins  singulière, 
M.  Bruce  a  déclaré  aux  deux  ambassadeurs  qu'il  fallait  que  les 
deux  Légations  des  puissances  alliées  fussent  établies  immédiate- 
ment en  permanence  dans  Péking,  et  il  ajouta  du  ton  le  plus 
impératif  que  se  trouvant  maintenant  dans  la  ville,  il  n'en  sor- 
tirait que  si  on  l'en  chassait.  Ce  langage  peu  convenable  a  paru 
froisser  et  embarrasser  son  frère  qui  m'ayant  interpellé  m'a 
demandé  de  lui  faire  connaître  mon  avis  au  sujet  de  l'établisse- 
ment immédiat  des  légations  alliées  dans  Péking  ;  j'ai  répondu  k 
Lord  )£lgin  que  bien  qu'il  connût  déjà  mon  opinion  à  cet  égard, 
j'aurai  l'honneur  de  la  lui  donner  par  écrit  dans  la  journée.  Les 
deux  frères  se  sont  retirés  et  le  soir  même,  j'ai  fait  parvenir  à 
Lord  Elgin  [ma]  lettre  ». 

Dans  une  dépêche  du  môme  jour,  7  novembre,  à  Lord 
Elgin,  le  baron  Gros,  en  effet,  leur  donna*  les  raisons  qui 
rempéchaient  de  partager  leur  manière  de  voir  : 

a  Je  me  suis  arrêté  à  l'idée  que  l'établissement  immédiat  des 
ministres  étrangers  dans  Pé-king  serait  prématuré  et  dange- 
reux peut-être,  car  il  pourrait  donner  an  vieux  parti  tarlare,  qui 
entoure  encore  l'empereur  et  flatte  ses  goûts,  ses  passions  et  ses 
rancunes,  une  arme  dont  il  se  servirait  avec  succès  pour  renverser 
le  prince  Koung  et  les  hommes  qui  lui  prêtent  leur  appui,  ce  qui 
remettrait  peut-être  en  question  tout  ce  que  nous  avons  fait  ici. 

«  Si,  comme  vous  me  l'avez  dit  vous-même,  l'empereur  était 
revenu  dans  Pé-King.  et  avait  voulu  nous  y  recevoir,  la  présence 
des  légations  auprès  de  lui  aurait  été  parfaitement  simple.  Elle 
n'eût  été  que  la  continuation  des  bonnes  relations  que  nous 
aurions  heureusement  établies  entre  lui  et  nos  gouvernements  ; 
mais  l'empereur  a  fui,  il  n'a  pas  voulu  rentrer  dans  Pé-King  pen- 
dant que  nous  y  étions,  et  le  voudrait-il  davantage  alors  que  nos 


I.  fAvre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  aoi-a. 


DÉPART    DE    LORD    ELGIN  ^5 

drapeaux  y  auraient  été  arborés  à  demeure  sur  les  deux  légations 
alliées  P  Ne  préférerait-il  pas  mettre  à  exécution  l'idée  qu'il  a 
émise  déjà  plusieurs  fois  et  très  sérieusement,  d'aller  établir  sa 
résidence  impériale  dans  l'une  des  \illes  de  l'intérieur? 

«  Au  contraire»  lorsque  nos  troupes  auront  quitté  Pé-King,  et 
que  nous  n'y  serons  plus  nous-mêmes,  l'empereur  pourra  y  re- 
venir, sans  que  son  amour-propre  soit  froissé  ;  tout  sera  rentré 
dans  l'état  normal,  et  les  deux  ministres  pourront  alors  venir 
s'établir  auprès  de  lui,  conformément  aux  traités  ;  il  les  recevra 
au  lieu  de  les  subir,  et  cela  ne  vaudrait-il  pas  mieux  |K>ur  lui 
comme  pour  nous  P 

a  Voici  donc  le  parti  que  je  prendrais  si  fêtais  seul.  J'établi- 
rais la  légation  de  l'Empereur  à  Tien-tsin,  en  annonçant  que 
ce  n'est  que  pour  y  passer  l'hiver.  De  là,  elle  corrcsjx)ndrait 
dir€x;tement  avec  les  hauts  fonctionnaires  de  Pé-King  yKiur  les 
afiaires  courantes,  comme  pour  la  mise  à  exécution  des  obligations 
qui  lient  la  France  et  la  Chine.  Pendant  ce  temps,  un  local  con- 
venable serait  préparé  dans  Pé-King,  et  au  mois  d'avril  et  avant 
queTien-Tsin  fut  abandonné  par  nos  troupes,  la  légation  >ien- 
drait  s'établir  dans  la  capitale,  où  elle  serait  annoncée  et  atten- 
due depuis  longtemps  »... 


DEPART    DE    LORD    ELGIN. 

Le  baron  Gros  et  le  général  Ignatiev  étant  du  même  avis, 
Lord  Elgin  se  rallia  à  leur  opinion.  Le  8  novembre  ce  der- 
nier rendait  visite  au  prince  Koung  «  avec  une  imposante 
escorte  militaire  »  et  lui  présentait  son  frère  Bruce  comme 
ministre  plénipotentiaire.  Le  lendemain,  les  deux  frères  quit- 
taient la  capitale  avec  les  forces  anglaises,  laissant  derrière 
eux  Harry  S.  Parkes  qui  les  rejoignit  quelques  heures  après. 
Elgin  s'embarquait  enfin  à  Tien-Tsin  le  26  novembre  18G0, 
appelé  ensuite  à  de  plus  hautes,  mais  certainement  pas  plus 
importantes  fonctions  :  celles  de  vice-roi  de  Tlndc. 

Au  reçu  des  dépêches  de  Lord  Elgin  du  21  au3i  octobre, 
le  gouvernement  de  la  Reine  transmit  à  l'heureux  négocia- 
teur, l'expression  de  son  entière  approbation,  par  Tinlermé- 


46  LES    PLÉNIPOTENTIAIRES    A    PÉKINO 

diaire  de  Lord  John  Russell,  ministre  des  afTaires  étrangères 
(9  janvier  1861)*  : 

ce  La  Convention  que  vous  avez  conclue  avec  le  Prince  de 
Koung  le  a4  octobre  est  entièrement  satisfaisante  pour  le  Gou- 
vernement de  Sa  Majesté.  Elle  enregistre  la  réparation  faite  par 
l'Empereur  de  Chine  pour  avoir  méprisé  Tan  dernier  son  traite  ; 
elle  libère  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  de  l'engagement  im- 
pliqué de  ne  pas  insister  en  détail  sur  l'accomplissement  de  ces 
engagements  ;  elle  impose  à  la  Chine  une  amende  sous  la  forme 
d'une  augmentation  de  taux  d'indemnité  ;  elle  produit  une  ou- 
verture additionnelle  pour  le  commerce  britannique  ;  elle  place 
sur  un  pied  reconnu  l'émigration  des  coolies  chinois,  dont  les 
services  sont  si  importants  dans  les  possessions  coloniales  de  Sa 
Majesté  ;  elle  délivre  la  Colonie  de  Sa  Majesté,  Hong  Kong,  d'une 
source  d'ennuis  précédents  ;  et  elle  fournit  l'occasion  de  porter 
généralement  à  la  connaissance  des  Chinois  les  engagements  que 
l'Empereur  a  contractés  avec  la  Grande  Bretagne. 

«  Ce  sont  tous  là  de  solides  et  réels  avantages,  et  joints  aux 
conditions  du  Traité  de  Tien-Tsin,  ils  placeront,  il  faut  l'espérer, 
les  relations  des  deux  pays  sur  un  pied  solide,  et  raffermiront 
la  continuation  de  la  paix  pour  une  longue  période  à  venir.  Le 
pays  est  principalement  redevable  de  tous  ces  avantages  au  juge- 
ment et  a  la  prudence  de  Votre  Excellence  aussi  bien  à  Tien-Tsin 
qu'à  Pé-King,  soutenus  qu'ils  ont  été,  plus  particulièrement  dans 
cette  dernière  occasion,  par  la  valeur  des  forces  de  Sa  Majesté, 
et  par  la  vigueur  et  la  détermination  montrées  par  les  comman- 
dants de  terre  et  de  mer  de  Sa  Majesté  agissant  de  concert  avec 
les  forces  de  l'Empereur  des  Français. 

a  Ces  résultats  satisfaisants  n'ont  pas  été,  il  est  vrai,  peu 
attristés  par  la  perle  de  nombreux  sujets  de  Sa  Majesté,  tant 
militaires  que  civils,  faits  prisonniers  par  trahison,  et  succom- 
bant sous  les  cruautés  pratiquées  sur  eux  par  les  Chinois  aux 
mains  desquels  ils  tombèrent  ;  cependant,  tandis  qu'elle  déplore 
profondément  la  perle  de  tant  d'existences  de  valeur.  Sa  Majesté, 
en  commun  avec  toutes  les  classes  de  ses  sujets,  se  réjouit  de 
l'heureux  élargissement  de  M.  Parkes  et  de  M.  Loch  des  fatigues 
qu'ils  ont  endurées  dans  la  prison  de  Pé-King. 

I.  Leiters  and  Juurnals  of  James,  eighih  Earl  of  Elgin...  edited 
by  Théodore  Walrond...  London,  1872,  in -8. 


ORDRE    DE    DÉPART    DU    GÉNÉRAL    DE    MONTAUBAN  l\'] 

«  J'ai  eu  Toccasion  d'exprimer  en  personne  à  M.  Loch  ma  sa- 
tisfaction de  son  évasion,  mais  je  dois  prier  Voire  Excellence  de 
transmettre  à  M.  Parkes  de  la  part  de  Sa  Majesté  la  pleine  expres- 
sion de  son  approbation  pour  la  constance  et  le  dévouement 
qu'il  a  montrés  dans  les  diflicultés  et  épreuves  d'une  description 
si  extraordinaire. 

a  Maintenant  il  ne  me  reste  plus  qu'à  complimenter  Votre 
Excellence  de  l'heureuse  conclusion  de  sa  mission  et  d'exprimer 
l'espoir  que  vous  aurez  un  retour  prospère  dans  ce  pays,  où  vos 
services  sont  hautement  appréciés  et  votre  dévouement  à  ses  inté- 
rêts reconnu  avec  reconnaissance  ^ .  » 


ORDRE  DE  DÉPART  DU  GÉNÉRAL  DE  MO^TALBAN 

39  Octobre  1860, 

ii'infanterie  de  Marine  sera  dirigée  en  entier  sur  Canton,  sauf 
la  garnison  de  Chasan  qui  restera  ce  qu'elle  est. 

Une  première  colonne,  commandée  par  le  colonel  de  Vassoigne, 
partira  le  3o  au  matin.  Des  ordres  de  détail  ont  été  donnés 
pouf  la  mise  en  route  sur  Tien-Tsin. 

Le  convoi  des  vivres  et  des  objets  restant  à  Tonng-tcheou  ou  à 
Palikiao  partira  le  i*""  novembre  au  matin,  sous  la  conduite  du 
capitaine  de  vaisseau  Jauréguiberry  et  sous  l'escorte  des  marins 
de  débarquement. 

Le  général  en  chef  partira  de  Péking  le  3i  octobre.  Le  batail- 
lon du  10 1*  commandé  par  le  Commandant  Blot,  restera  seul  à 
Péking  avec  deux  pièces  de  quatre,  et  il  partira  en  même  temps 
que  l'armée  anglaise. 

L'ordre  de  marche  sera  donné  ultérieurement. 

Le  Général  en  Chef, 
Signé  :  C.  de  Montauban. 
Le  Chef  d'État-Major, 
Signé  :  Schmitz. 

Au  quartier  général  devant  Péking,  le  29  octobre  1860. 
I.   Correspondence  respecling  Affairs  in  China  1869-60,  p.  25a. 


48  LES    PLÉNIPOTENTIAIRES    A    PÉRIIYG 

L'occupation  prolongée  des  Chousan  aurait  pu  amener  des 
complications  avec  F  Angleterre  :  «  L'évacuation  des  Chousan, 
écritGrosauGénéraldeMontauban,Péking,  3i  octobre  1860, 
est  arrêtée  en  principe  par  Lord  Elgin  et  moi  pour  mettre  un 
terme  aux  différends  qui  surgissaient  entre  les  alliés  occupant 
l'île  collectivement,  et  parce  que,  ai-je  ajouté,  si  nos  troupes  y 
sont,  ce  n'est  que  pour  empêcher  les  Anglais  d'y  être  seuls 
et  d'en  faire  un  autre  Hong-Kong  devant  le  Yang-tseu  Kiang. 
Le  général  Grant  appuyait  cette  mesure  ».  Heureusement  le 
général  répondit  qu'il  «  n'avait  jamais  eu  l'intention  de  ne 
pas  exécuter  les  traités  et  qu'il  ferait  évacuer  Chousan  de 
concert  avec  le  général  Grant  ». 

DÉPART    DU    BARON    GROS. 

Le  baron  Gros,  ayant  heureusement  terminé  sa  mission, 
quitta  Péking  le  9  novembre,  le  même  jour  que  Lord  Elgin, 
ainsi  qu'il  avait  été  convenu  entre  les  deux  diplomates  ;  ar- 
arrivé  à  Tien-Tsin  le  i4,  il  remet  «  officiellement  à  M.  de 
Bourboulon  *  une  copie  des  actes  de  Pé-king.  Il  lui  donne, 
dit-il,  les  instructions  que  le  département  m'a  chargé  de  lui 
laisser,  et  je  lui  annonce  que  je  l'ai  accrédité  auprès  du  prince 
Koung,  comme  seul  désormais  chargé  des  intérêts  français 
en  Chine*  ».  Gros  quitte  Ta-Kou  le  25  novembre  et  arrive  à 

I.  Bourboulon,  Alphonse  de,  né  à  Troyes  le  1 5  décembre  1809  ; 
allacbé  à  la  direction  politique  en  janvier  i83i  ;  secrétaire  do  légation  à 
Buenos- A.yres  par  ordonnance  du  9  mai  18^9;  chevalier  delà  Légion 
d'honneur,  6  novembre  i844;  chargé  d'alTaires  par  intérim,  à  Buenos- 
Ayres,  du  ai  avril  i%(\!\  au  i'^'*  mars  i845;  secrétaire  de  légation  aux. 
États-Unis,  le  10  avril  18^7;  chargé  d'affaires  par  intérim,  à  Washing- 
ton, du  l'i' avril  i848  au  i'^'*  août  i848;  ministre  plénipotentiaire  en 
(jhine,  20  février  i85i  ;  rappelé  par  décret  du  i5  avril  i85a  ;  rétabli  par 
décret  du  19  octobre  i85a  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipo- 
tentiaire, 6  mars  iSSg;  ministre  plénipotentiaire  de  i*"*  classe,  9  octobre 
i863  ;  admis  à  la  retraite,  a8  octobre  1866. 

a.  LU're  jaune  du  Baron  Gros,  p.  20"]. 


RÉSULTATS  49 

Hong  Kong  le  a  décembre,  où  il  a  la  douleur  de  perdre  le 
secrétaire  de  Tambassade,  le  comte  Léon  de  Bastard,  qui 
avait  été  frappé  à  Tien-Tsin  d'un  accès  de  fièvre  chaude 
(18  novembre).  Il  visite  Canton,  quitte  définitivement 
Hong  Kong  le  18  décembre  1860  et  arrive  à  Marseille  le 
26  février  1861  avec  le  deuxième  secrétaire  de  Tambassade, 
M.  de  Vernouillet'.  Le  général  Montauban*  avait  quitté  la 
Chine  le  ao  novembre,  laissant  le  commandement  au  général 
Collineau.  L^expédition  était  bien  terminée  et  le  baron  Gros 
pouvait  s'écrier:  a  J'avais  quitté  Paris  le  23  avril;  que  de 
choses  faites  en  douze  mois!  et  que  je  suis  heureux,  à  la  fin 
d^une  longue  et  laborieuse  carrière,  commencée  en  1828,  du 
succès  d'une  mission  sans  précédent  dans  les  annales  diploma- 
tiques, et  qui,  par  ses  résultats,  est  peut-être  un  de  ces  jalons 
placés,  à  de  longs  intervalles,  dans  l'histoire  de  l'humanité.'  » 

RÉSULTATS. 

Voici  les  résultats  obtenus  dont  le  baron  Gros  s'enor- 
gueillit h  juste  raison  : 

a  Pour  la  France  comme  pour  l'Angleterre,  le  gouverne- 
ment chinois  a  été  contraint  de  payer,  à  chacune  de  ces 
deux  puissances,  une  indemnité  de  guerre  de  8  millions  de 
taëls  ou  de  60  millions  de  francs,  le  taël  valant  7  fr.  5o. 

«  Pour  vingt-six  sujets  de  Sa  Majesté  Britannique,  vic- 
times de  l'attentat  du  18  septembre  à  Toung-tchéou,  le  gou- 
vernement chinois  a  donné  une  indemnité  de  3oo  000  taëls, 
ce  qui  fait  en  chiffres  ronds  86000  francs  pour  chaque 
individu,  et  il  a  remis  entre  mes  mains  200  000  taëls  pour 

X.  Augustin- Maurice  Marchant  de  Vernouillet.  né  le  18  avril  iSag  ; 
depuis  ministre  au  Pérou  cl  au  Maroc. 

a.  Charles-  Guillaume-. '\farie- Apollinaire- Antoine  Cousin -Mon  tau- 
ban,  né  le  24  juin  1796;  sénateur;  comte  de  Palikao,  aa  janvier  i8Ga  ; 
mort  à  Paris,  8  janvier  1878. 

3.  Loc.  cit.,  p.  aao. 

GoRDisa.  I.  —  4 


5o  LES    PLÉNIPOTENTIAIRES    A    PÉKIXG 

onze  Français  victimes  du  même  attentat,  ou  i36  ooo  francs 
pour  chacun  de  nos  compatriotes,  pris  le  même  jour  et  si 
cruellement  traités  pendant  leur  captivité. 

«  Enfin,  si  le  gouvernement  chinois  a  cédé  en  toute  pro- 
priété à  l'Angleterre  un  territoire,  non  de  trente  lieues  car- 
rées, ou  de  trente  lieues  de  côtes  en  terre  ferme,  situées  en 
face  de  Hong-Kong,  mais  un  terrain  n'ayant,  d'après  la 
carte  publiée  par  l'amirauté,  que  la  cinquième  ou  la 
siuième  partie  seulement  d'une  lieue  carrée,  petite  langue 
de  terre  nommée  Kao-loung,  tellement  indispensable  à  la 
sûreté  de  Hong-Kong  que  l'Angleterre  en  avait  la  jouissance 
exclusive  en  vertu  d'un  bail  indéfini,  et  y  avait  élevé  des 
redoutes  depuis  longtemps,  le  gouvernement  chinois  s'est 
engagé  à  rendre  au  ministre  de  France  toutes  les  églises 
catholiques,  avec  leurs  cimetières,  leurs  terrains  et  leurs  dé- 
pendances, qui  avaient  été  confisqués,  dans  les  provinces  et 
dans  la  capitale  de  l'empire,  aux  chrétiens  qui  les  possé- 
daient autrefois  \  » 

11  faut  ajouter  à  ces  avantages  obtenus,  l'ouverture  au 
commerce  de  nouveaux  ports,  l'autorisa  lion  d'établir  des 
agents  diplomatiques  à  Péking,  le  système  des  passeports, 
la  confirmation  des  droits  des  chrétiens. 

I.  Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  3-4. 


CHAPITRE  IV 
LES  MISSIONS  CATHOLIQUES 

0RI6I!<îRS 

Le  vrai  fondateur  des  missions  chrétiennes  en  Chine  fut 
le  célèbre  père  jésuite  Matteo  Ricci,  mort  à  Péking  le 
II  mai  1610.  La  mission  de  Péking  doit  surtout  sa  célébrité 
aux  cinq  jésuites  envoyés  en  i685  par  Louis  XIV:  Jean  de 
Fontaney',  Joachim  Bouvet  %  Jean-François  Gerbillon', 
Claude  de  Visdelou*,  Louis  Le  Comte '^j  et  leurs  successeurs. 
La  Compagnie  de  Jésus  ayant  été  supprimée^  le  16  août  1778 
par  le  hrcî  Vomin us  oc  redemplor  de  Clément  XIV,  les 
prêtres  de  la  Mission  (Lazaristes)  furent  substitués  à  Péking 
aux  jésuites  par  décret  de  Rome  du  7  décembre  1788, 
approuvé  par  Louis  XVI  le  25  janvier  1784  à  Versailles. 

«  La  substitution  des  Lazaristes  aux  Jésuites,  étant  dé- 
sormais un  fait  accompli,  le  supérieur  général,  M.  Jacquier, 
désigna  j)our  cette  nouvelle  mission  de  Péking  :  M.  Nicolas- 
Joseph  Raux"^,  né  à   Ohain,    dans  le  Hainaut,   diocèse  de 

1.  Ne  au  diocèse  de  Léon,  17  février  i6/j3;  mort  à  la  Flèclie,  16  jan- 
vier 17 10. 

2.  N6  au  Mans,  18  juillet  iC56;  mort  28  juin  1780,  à  Péking. 

3.  Né  à  Verdun,  21  janvier  i65/i  :  mort,  à  Péking,  le  22  mars  1707. 

4.  Né  au  château  de  bienassis  en  Pléneuf  (Côles-du  Nord),  12  août 
i656;  évAque  de  Glaudiopolis  ;   mort  à  Pondichéry,  11   novembre  1737. 

5.  Louis-Daniel  Le  Comte,  né  à  Bordeaux,  10  octobre  lôôf)  ;  mort 
dans  cette  ville.  19  avril  1728. 

6.  Le  bref  fut  signé  le  21  juillet  et  publié  à  Rome  le  16  août  1773. 

7.  Mort  iG  novembre  1801. 


52  I-ES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

Cambrai,  le  i4  avril  lySi;  M.  Jean-Joseph  Ghîslain',  né 
à  Salles,  diocèse  de  Cambrai,  le  5  mai  1761,  et  1^  frère 
Charles  Paris,  né  le  8  décembre  1738  à  Verderonne,  diocèse 
de  Beauvais.  Ils  arrivèrent  devant  Macao  le  23  août  1784, 
et  le  29  ils  débarquaient  à  Canton.  M.  de  Torre,  procureur 
de  la  Propagande,  leur  offrit  Thospitalité.  Après  cinq  mois 
d'attente,  ils  partirent  de  Canton  le  7  février  1785,  arrivè- 
rent à  Pékîng,  le  29  avril,  et  furent  présentés  à  l'empe- 
reur   M^*"  Alexandre  de  Gouvea,  franciscain  portugais, 

publia  le  8  mai  1786,  le  décret  pontifical  avec  l'ordonnance 
royale,  et  le  môme  jour,  M.  Raux  fut  reconnu  par  tous 
comme  supérieur  de  la  mission,  dont  il  prit  possession  en 
s'établissant  au  Pé-t'ang  *  » . 

Les  persécutions  de  Kia  K'ing  firent  péricliter  la  mission  de 
Péking  jusqu'à  la  mort  de  M^""  Gaétan  Pires,  le  dernier  des 
anciens  missionnaires  de  Péking,  mort  le  2  novembre  1 838  et 
enterré  à  Cha-la-eul.  Après  lui,  le  Nan  T'ang  était  passé  aux 
mains  des  lazaristes  portugais  ;  il  retourna  aux  lazaristes  français 
(1860)  avec  M.  Mouly,  arrivé  à  Macao,  le  i4  juin  i834. 


CHARTE 


On  peut  dire  que  la  charte  des  missionnaires  catholiques  se 
compose  de  :  i**  la  bulle  de  Benoit  XIV,  Ex  qno  singnlaj^i 
(11  juillet  1742)  qui  règle  définitivement  la  question  des 
Rites  :  en  pratique  les  missionnaires  qui  vont  en  Chine,  à 
quelque  congrégation  qu'ils  appartiennent,  doivent  prêter 
le  serment  de  regarder  comme  idolâtrique  tout  hommage 
rendu  à  Confucius  et  aux  Ancêtres,  et  de  n'employer  qu'un 
seul  terme,  celui  de  Tien  Tchott,  pour  désigner  l'Être  Su- 
prême'; 2*»  l'article  XXII  du  Traité  Lagrené  {iWX)  (voir 

I.  Mort  la  août  181  a. 
a.  Favier,  Péking,  p.  aa3-4. 

3.   Henri  Cordier,  dans  VHist.  générale  de  La  visse  et  Rambaud,  VI. 
P   9^5. 


CH\RTE  53 

p.  17-18)  ;  3"  Tarticle  XIII  du  Traité  de  Tien-ïsin  (i858)  ; 
4*  rarlicle  VI  de  la  convention  de  Péking  (1860)  ;  et  5°  la 
Convention  Berthemy  (voir  p.  75). 

Voici  les  articles  VI  de  la  Convention  de  Péking  et  XIII 
du  Traité  de  Tien-Tsin  consacrés  aux  missions  catholiques  : 

Art.  VI.  —  «  Conformément  à  TËdit  Impérial  rendu  le  vingt 
mars,  mil  huit  cent  quarante-six,  par  T Auguste  Empereur  Tao- 
Kouang,  les  établissements  religieux  et  de  bienfaisance  qui  ont 
été  confisqués  aux  Chrétiens  pendant  les  persécutions  dont  ils  ont 
été  les  victimes,  seront  rendus  à  leurs  propriétaires  par  l'entre- 
niise  de  Son  Excellence  le  Minisire  de  France  en  Chine,  auquel 
le  Gouvernement  Impérial  les  fera  délivrer,  avec  les  cimetières  et 
les  autres  édifices  qui  en  dépendaient.  » 

Le  texte  chinois  de  la  convention  est  différent  ;  en  voici  la 
traduction  : 

«  A  faire  savoir  le  plus  tôt  possible  à  tous  les  Chinois  par  cdit 
impérial...  Art.  6.  —  Tout  Chinois  de  quelque  condition  qu'il 
soit,  est  libre  d'embrasser  la  religion  catholique,  de  la  propager  ; 
il  est  permis  aux  Chrétiens  de  se  réunir  pour  les  assemblées  ;  de 
bâtir  des  églises  pour  faire  les  prières.  Qui  osera  injustement 
rechercher  les  chrétiens  et  les  prendre  subira  la  peine  qu'il  mé- 
rite. Les  temples  catholiques,  collèges,  cimetières,  maisons, 
champs  et  toute  autre  possession  autrefois  confisquée  durant  la 
persécution  seront  rendues  à  l'Ambassadeur  français  résidant  à 
Péking  qui  en  fera  la  restitution  à  qui  de  droit.  Les  Missionnaires 
français  seront  libres  de  louer  du  terrain  en  toutes  les  provinces 
de  l'Empire,  d'acheter  et  de  construire  des  maisons,  comme  ils 
le  trouveront  bon  * .  » 

Art.  XIII.  —  «  La  religion  Chrétienne  ayant  pour  objet  essen- 
tiel de  porter  les  hommes  à  la  vertu,  les  membres  de  toutes  les 
communions  Chrétiennes  jouiront  d'une  entière  sécurité  pour 
leurs  personnes,  leurs  propriétés,  et  le  libre  exercice  de  leurs 
pratiques  religieuses,  et  une  protection  efficace  sera  donnée  aux 


I.  Lettres  des  nouvelles  Missions  de  la  Chine,  III,  a»  partie,  Lettre 
du  F.  Dovergne,  p.  247. 


54  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

missionnaires  qui  se  rendront  paciliquemcnt  dans  l'inlérieur  du 
pays,  munis  des  passeports  réguliers  dont  il  est  parlé  dans  l'ar- 
ticle VIII. 

«  Aucune  entrave  ne  sera  apportée  par  les  autorités  de  TEm- 
pire  chinois  au  droit  qui  est  reconnu  à  tout  individu  en  Chine 
d'embrasser,  s'il  le  veut,  le  Christianisme  et  d'en  suivre  les 
pratiques  sans  être  passible  d'aucune  peine  infligée  pour  ce 
fait. 

«  Tout  ce  qui  a  été  précédemment  écrit,  proclamé  ou  public 
en  Chine  par  ordre  du  gouvernement  contre  le  culte  Chrétien, 
est  complètement  abrogé,  et  reste  sans  valeur  dans  toutes  les 
provinces  de  l'Empire.  » 

Voici  la  traduction  de  cet  article  fait  sur  le  texte  chinois 
par  les  missionnaires  catholiques  : 

Art.  XIII .  —  «  La  religion  catholique  depuis  son  origine, 
ayant  pour  but  propre  de  porter  les  hommes  à  faire  le  bien,  ceux 
qui  la  professent  doivent  jouir  de  la  sécurité  pour  eux-mêmes 
et  pour  tout  ce  qu'ils  ont.  Avoir  la  liberté  de  se  réunir  pour  en 
faire  les  exercices.  Les  Missionnaires  munis  du  diplôme  (dont  il 
est  parlé  art.  8.  Espèce  de  passeport  que  tout  Européen  qui  aura 
besoin  de  voyager,  devra  posséder)  et  faisant  chacun  mission, 
pacifiquement  entrés  dans  l'intérieur  doivent  être  traités  tout-à- 
îait  ofticieusemcnt  et  protégés  par  les  autorités  locales.  Tout  Chi- 
nois qui  veut  embrasser  la  religion  catholique  et  en  observer  les 
lois  ne  doit  être  nullement  inquiété  toute  défense  étant  levée. 
Toutes  les  défenses  portées  contre  la  religion  catholique  soit 
contenues  dans  des  édits,  soit  imprimées  dans  les  livres  quelque 
part  qu'elles  soient,  sont  entièrement  annulées*.  » 

ÉTABLISSEMENTS    RELIGIEUX    DE    PÉKITÎG. 

M»'  Mouly  réclama  et  obtint^  les  anciens  terrains  des 
quatre  établissements  catholiques  de  Péking  avec  les  scpu^- 

1.  Ihid,,  p.  347-8. 

2.  Lettre  de  Mi?»"  Mouly  à  M.  Etienne,  supcrieiir  général,  Péking. 
23  février  1861  {Annales  Cong.  de  la  Mission,  36,  p.  234-344)-  Avec 
cette  lettre,  M?""  Mouly  envoyait  la  copie  authentique  de  la  restitution  de 
ces  Établissements. 


RESTITUTION     DE    LA    r.\TllKOU\LK    DK    PKKINr.     V    L\    FIUNCK       OD 

liiros  qui  y  élaieiil  adjointes.  Ces  établissements  compre- 
naient :  i**  IVglise  du  Nord  (Pé  T'ang)  où  s'installèrent 
révèque,  les  abbés  Smoremburg  et  Thierry  et  cinq  autres 
missionnaires  indigènes,  Kho,  Mong,  Mu,  Balthasar  Tching 
et  François  Lieou  ;  le  séminaire  était  dirigé  par  M.  Smo- 
remburg ;  2**  Téglise  du  Midi  (Nan  T'ang),  ancienne  cathé- 
drale, avec  M.  Thierry  comme  curé;  3**  Téglise  de  TOuest 
(Si  T'ang)  ;  et  4**  Téglise  de  TEst  (Toung  T'ang)  dans  un 
étal  plus  déplorable  que  les  deux  premières. 

En  réalité  il  ne  restait  que  le  Nan  T'ang  ;  le  Si  T'ang  fut 
démoli  en  i8ii,  après  le  départ  de  quatre  missionnaires 
do  la  Propagande  pour  l'Europe  ;  le  Toung  T'ang,  d'où 
lurent  renvoyés  les  Portugais  au  Nan  T'ang,  subit  le  même 
sort  ;  le  Pé  T'ang,  vendu  à  un  mandarin  nommé  Yu  pour 
r)ooo  taëls,  fut  jeté  bas  en  1827;  le  Nan  T'ang*  n'échappa 
au  sort  des  autres  établissements  catholiques  que  «  par  la 
prévoyance  de  M**"  Pires,  qui  se  voyant  seul  et  craignant 
que  tout  fut  détruit  après  sa  mort,  avait  confié  ses  titres  de 
projiriété  à  l'archimandrite,  lequel  réclama  de  suite  et  finit 
par  obtenir  un  décret  portant  que  «  l'église  et  la  maison 
seront  remises  à  M.  Ouée,  de  la  nation  russe».  Il  sauva 
ainsi  Tancienne  cathédrale  où  les  scellés  furent  apposés  ;  les 
cimetières  des  missionnaires  et  la  bibliothèque  du  Nan  T'ang 
lui  doivent  aussi  leur  conservation  ^  ». 

RESTITUTION    DE    LA    CATHÉDRALE    DE    PERING    A    LA    FRANCE. 

Le  5  novembre  1860,  le  Prince  Koung  écrivait  au  baron 
Gros  :  «  En  ce  qui  concerne  les  églises  du  Nord  et  du  Sud 

I.  Le  Nan  T'ang  avait  été  incendié  accidentellement  en  1775;  l'em- 
|K»rciir  Kicn-louiig.  imitant  l'exemple  do  son  aïeul  Kang  Hi,  donna 
10  000  taëls  pour  contribuer  aux  frais  de  reconstruction. 

3.  Favier,  Peking,  p.  a4o. 


56  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

et  les  terrains  qui  en  dépendent,  et  que  je  dois  remettre  à 
Votre  Excellence  avec  un  document  authentique,  afin  qu^elle 
puisse  à  son  tour  les  confier  à  M*'  Mouly,  Tévêque  du  lieu, 
je  vous  restitue,  dès  aujourd'hui,  Péglise  du  Sud,  avec  les 
terrains  qui  en  dépendent,  et  je  vous  envoie  un  titre  authen- 
tique qui  constate  cette  remise,  afin  que  vous  puissiez  vous- 
même  confier  cette  église  à  Tévêque. 

«  Quant  à  celle  du  Nord,  comme  il  s'est  écoulé  un  grand 
nombre  d'années  depuis  qu'elle  a  disparu,  j'ai  ordonné  aux 
autorités  locales  de  faire  une  enquête  équitable  et  scrupu- 
leuse à  ce  sujet,  et,  dès  qu'elle  sera  terminée,  je  remettrai  à 
Votre  Excellence  cette  église  et  ses  dépendances,  et  avec 
elles  un  document  qui  constatera  cette  restitution.  » 

TITRE    DE    RESTITUTION. 

«  Le  prince  de  Koung,  membre  de  la  famille  impériale 
et  Haut-Commissaire,  etc.,  délivre  le  présent  certificat. 

«  Ayant  appris  qu'il  se  trouvait  dans  l'intérieur  de  la 
ville,  auprès  de  la  porte  Souen-ou,  une  église  catholique, 
je  la  remets  avec  les  terrains  et  les  maisons  qui  en  dépen- 
dent, au  gouvernement  français,  pour  qu'il  puisse  la  confier 
à  l'évêque  du  lieu,  M^*"  Mouly,  qui  l'administrera. 

«  C'est  pour  constater  cet  acte  que  je  délivre  à  M*^'  Mouly, 
l'Évêque  du  lieu,  le  présent  titre  qu'il  conservera  pour  lui 
servir  de  témoignage. 

«  Écrit  le  5  novembre  1860. 
((  L.  S.  » 

REMERCIEMENTS   A   LA   RUSSIE. 

Le  5  novembre  1860,  le  baron  Gros  écrit  au  ministre  de 
Russie  à  Péking,  le  général  Ignatiev  qui  avait  reçu  du  prince 
Gortchakov  l'ordre  de  lui  remettre  les  établissements  catho- 
liques : 


lettre  a  mgr  mollt  67 

«  Monsieur  le  général, 

«  Conformément  à  Tarticle  6  de  la  Convention  de  Pé-King, 
dont  j*ai  eu  Thonneur  de  vous  envoyer  une  copie,  article  par 
lequel  le  gouvernement  chinois  s'engage  à  remettre  aux  Chré- 
tiens et  par  l'entremise  du  ministre  de  France  accrédité  auprès 
de  lui,  tous  les  édifices  religieux  qui  avaient  été  confisqués  sur 
eux  dans  tout  Tempire,  j*ai  été  prévenu,  par  ordre  du  prince 
Koung,  que  la  cathédrale  de  Pé-king  m'était  remise,  et  que  le 
cimetière  catholique  dans  lecjuel  reposent  les  restes  des  (îor- 
billon,  Ricci,  Verbiest,  SchalP  et  autres  propagateurs  du  chris- 
tianisme en  Chine,  cimetière  confié  à  la  garde  de  la  mission  ecclé- 
siastique de  Sa  Majesté  l'Empereur  de  toutes  les  Russics,  m'était 
également  rendu.  Votre  Excellence  a  bien  voulu  aller  au-devant 
de  la  demande  que  j'aurais  eu  à  lui  adresser  à  ce  sujet,  et  elle 
m'a  fait  remettre  ce  cimetière  que  la  pieuse  sollicitude  de  M*^^ 
l'archimandrite  a  préservé  de  toute  profanation,  et  nous  a  livré 
dans  un  état  de  conservation  parfaite. 

«  Votre  Excellence  sait  que  j'ai  confié  la  garde  et  l'adminis- 
tration de  ce  cimetière,  comme  de  la  cathédrale  de  Pé-King,  à 
M^  Mouly,  évèquedu  Pé  ïché-li,  qui  devra  s'entendre  plus  tard 
avec  la  légation  de  France,  pour  régulariser  une  position  dans 
laquelle  des  tiers  peuvent  être  intéressés. 

«  Je  crois.  Monsieur  le  Général,  que  quelques  dépenses  ont 
été  faites  pour  la  conservation  de  ce  cimetière,  par  la  mission 
russe  de  Pé-King,  et  je  vous  prierai  de  vouloir  bien  faire  remettre 
à  M^*"  Mouly  ou  à  M.  le  Ministre  de  France  en  Chine,  les  comptes, 
documents  ou  autres  titres  formant  les  archives  du  cimetière, 
afin  que  tout  soit  liquidé  conformément  au  droit  et  à  l'équité. . .  » 


LETTRE    A    MGR    MOULT. 

<c  Monseigneur, 

«  L'article  6  de  la  convention  de  paix  signée  à  Pé-King.  le 
a5  octobre  dernier,  porte  que  :  «  Conformément  à  l'édit  impérial 

I.  Ferdinand  Verbiest,  S.  J.,  né  à  Pitthem,  près  Courlrai,  g  octobre 
1633  ;  mort  à  Pé-King,  29  janvier  1688.  —  Jean- Adam  Schall  von 
BcU,  né  en  1691  à  Cologne;  mort  &  Pé-King,  i5  août  1669. 


58  LES    MISSKINS    CATHOLIQUES 

«  rendu  en  18/46,  par  l'augiislc  ciupcrcur  Tao-Kouang,  les  éla- 
«  blisscnicnts  religieux  et  de  bienfaisance  qui  ont  été  confisqués 
«  aux  Chrétiens  pendant  les  persécutions  dont  ils  ont  été  vic- 
«  tinies,  seront  rendus  à  leurs  propriétaires  par  l'entremise  du 
«  ministre  de  France  en  Chine,  auquel  le  gouvernement  impé- 
«  rial  les  fera  délivrer;  avec  les  terrains,  les  cimetières,  les  mai- 
«  sons  et  autres  édifices  qui  en  dépendaient.  » 

c(  Ainsi  que  vous  le  savez,  Monseigneur,  cette  clause  a  reçu  un 
commencement  d'exécution,  puisque  la  cathédrale  de  Pé-King  a 
été  mise  à  ma  disposition,  et  que  le  cimetière,  cjui  depuis  quel- 
ques années  se  trouvait  confié  à  la  garde  de  la  mission  ecclésias- 
tique de  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Russie,  nous  a  aussi  été 
rendu. 

(c  J'ai  l'honneur.  Monseigneur,  de  remettre  entre  vos  mains 
ces  deux  établissements  religieux  ;  et  jx)ur  régulariser  une  position 
dans  laquelle  des  tiers  peuvent  un  jour  intervenir,  je  vous  prie 
de  vouloir  bien  vous  entendre  a\ec  Ni.  le  Ministre  de  France  en 
Chine,  auquel,  d'après  la  convention  de  Pé-King,  la  restitution 
de  tout  établissement  religieux  appartenant  au  culte  chrétien 
doit  être  faite  en  premier  lieu. 

a  Je  joins  à  cette  lettre  une  copie  de  celle  que  j'adresse  au- 
jourd'hui même  à  M.  le  général  Ignatiov,  ministre  de  Sa  Majesté 
l'Empereur  de  toutes  les  Russies  en  Chine,  alin  que  vous  con- 
naissiez, Monseigneur,  ce  qu'il  y  aura  à  faire  pour  que  la  position 
soit  établie  aussi  clairement  que  possible. 

«  Je  n'ai  pas  besoin  de  vous  dire.  Monseigneur,  combien  je 
suis  heureux  d'avoir  attaché  mon  nom  au  grand  acte  par  lequel 
le  culte  catholique  a  été  publiquement  et  légalement  rétabli  dans 
la  capitale  de  l'empire  chinois,  et  que  je  joins  mes  prières  à  celles 
de  tous  les  membres  du  clergé  pour  appeler  les  bénédictions  du 
Seigneur  sur  l'auguste  souverain  dont  je  n'ai  fait  qu'exécuter  les 
ordres. 

«  Veuillez  agréer,  Monseigneur,  etc. 

Baron  G  nos. 

P. -S.  du  mardi  6  novembre  1860. 

a  Monseigneur,  je  suis  heureux  de  pouvoir  ajouter  un  post- 
scripliun  h  la  lettre  que  j'ai  eu  l'honneur  de  vous  écrire  le  5,  cl 
qui  n'est  pas  partie.  Le  prince  Koung  m'envoie  le  document  par 
lequel  il  me  remet  ofliciellement  la  cathédrale  du  Sud  de  Pé-King, 


LETTRE    \i:    PRINCE    KOI  N<;  ;)() 

ralliinlrale  que  j*ai  déjà  confiée  à  voire  garde  et  à  voire  adininis- 
t ration.  Le  prince  me  parle  d'une  autre  éfçlise,  située  au  nord  de 
la  ville,  et  qui  nous  sera  rendue  ou  tout  au  moins  le  terrain  cju'ellc 
occupait  et  ses  dépendances,  quand  on  saura  où  elle  se  trou\ail, 
car  elle  a  été  détruite,  dit-on,  depuis  longtemps. 

a  \  euillez,  je  vous  prie.  Monseigneur,  me  renvo>er  le  docu 
inrnt  ofliciel  que  je  vous  communique  aujourd'hui  et  qui  doit 
rester  dans  les  archives  de  la  légation  de'l'Vance,  |K>ur  constater 
nos  droits.  Je  vous  en  ferai  délivrer  une  copie  légalement  cer- 
tifiée qui  restera  entre  vos  mains,  comme  témoignage  de  celte 
restitution. 

M*''  Mouly  accusa  réception  de  cotte  lettre  le  7  novembie. 


LETTRE   AU   PRINCE   kOl  Mi. 

Le  5  novemhre  r8(>o. 

Le  baron  Gros  au  prince  Koung. 

«  1^  soussigné,  etc;,  a  reçu,  ce  matin  la  dépêche  cpie  S.  A.  I. 
le  prince  de  Koung,  lui  a  fait  l'honneur  de  lui  écrire  |K)urlui  en- 
voyer un  document  oiïiciel  qui  constate  que  l'église  calholique, 
située  au  midi  de  la  ville,  a  été  rendue  par  le  gouvernement 
chinois  au  représentant  du  gou\ernement  français,  qui  l'a  conliée 
à  M»^'  Mouly,  afin  qu'il  puisse  en  jouir  ainsi  que  des  terrains 
qui  en  dépendent.  Son  Altesse  Impériale  ajoute  encore  qu'une 
enquête  se  fait  jx)ur  connaître  le  lieu  où  devait  se  trouver 
Téglise  catholique  du  Nord,  qui  doit  être  également  restituée  à  la 
France. 

<«  Le  soussigné  voit  avec  bonheur  le  gou\ernement  chinois 
tenir  religieusement  ses  engagements,  et  Son  Altesse  Impériale 
peut  être  assurée  que  le  gouvernement  français  ne  manquera 
jamais  aux  siens. 

Le  soussigné  remercie  Son  Altesse  Impériale  des  vœux  qu'elle 
fornne  pour  la  France  et  pour  son  auguste  souverain.  Il  se  fera 
un  devoir  de  les  porter  à  la  connaissance  du  gouvernement 
français  par  les  premières  dépêches  qu'il  enverra  en  Krancc,  et  il 
ne  manquera  pas  de  faire  coimaître  h  l'Empereur  des  l^^rançals, 
dès  qu'il  sera  de  retour  auprès  de  Sa  Majesté,   tous  les  services 


6o  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

que  Son  AHesse  Impériale  a  rendus  à  sa   patrie,    en  concluant 
loyalement  la  paix  avec  les  puissances  alliées*.  » 


PASSEPORTS. 

((  Les  deux  évêques  du  Pc  Tché-li  et  l'abbé  Delamarre, 
m'ont  demandé  des  passe-ports  pour  vingt-huit  mission- 
naires établis  depuis  longtemps,  mais  en  secret,  dans  l'inté- 
rieur de  l'empire  ou  qui  veulent  s'y  rendre;  voici  la  formule 
que  j'ai  adoptée,  et  le  prince  Koung,  par  condescendance 
pour  moi,  a  bien  voulu  viser  de  sa  main  chacun  des  passe- 
ports délivrés  à  MM.  L.-C.  Delamarre,  Sage,  Charles  Re- 
nou,  Eyraud,  M*^*"  Emmanuel  Verrollcs,  Fabien  Tapie, 
Vinçot,  M'*'  Jacques. -L.  Pérocheau,  Faurie,  J.-B.  Arnal, 
Paul  Pcrny,  Huot,  M^""  Eugène  Desflèches,  M*'  Joseph 
Ponsot,  M^""  Joseph  Chauvcau,  Antoine  Papin,  M*''  Pin- 
chon,  Julien  Pichon,  Charles  Pignoux,  Fage,  M^'  Martial 
Mouly,  M^*"  Jean  Anouilh,  M'^^  Henri  Baldus,  Antoine 
Smoremburg,  Thierry,  Vincent-Marie  Talmier,  Alexandre 
Journiac  et  Julien  Bertrand  *  : 


I.  Négociations  entre  la   France  et  la   Chine  en  1860.  —  f.iyre 
jaune  du  Baron  Gros...  Paris,  i864,  in-4.  p   194-199-  —  EtCol.  Pari. 

a.  Missions  étkangi:rfr  de  Paris  :  Louis-Charles  Delamarre,  de 
Rouen,  parti  le  i5  mars  i835  ;  missionnaire  au  Sc-tch'ouen;  mort  3  oc- 
tobre i863,  à  Han-kéou,  en  route  pour  Pcking.  —  Ferréol  Sage,  du 
dioc.  de  Besançon  ;  parti  27  février  i846;  miss,  au  Se-tchouen;  mort  à 
Cha-pin-pa,  près  de  Tchoung-king,  3o  novembre  i865,  à  48  ans.  — 
Charles-Renc-Alexis  Renou,  du  dioc.  d  *  Angers  ;  parti  le  i5  mai  i838  ; 
mort  à  Kiang-Ka  (Tibet)  18  octobre  i863,  à  5i  ans.  —  Jean  Eyraud, 
ne  à  Saint-Bonnet  (dioc.  de  Gap),  i5  mai  i8a3;  partile  a4  janvier  18^9  ; 
miss,  au  Se-tch*oucn  ;  mort  à  la  Procure  de  Ghang-Haï,  4  juillet  1874. 
—  Emmanuel- Jean- François  Verrolles,  né  à  Gaen,  la  avril  i8o5  ; 
parti  4  novembre  i83o  ;  év.  de  Colombie  ;  vie.  ap.  de  Mandchourie  ; 
mort  à  Ing-tsc,  a3  avTÎl  1878  —  Fabien  Tapie,  du  dioc.  de  Tarbes  ; 
parti  9  août  i848;  miss,  au  Se-tchouen  occidental.  — Jactfues  Vinçot, 
du  diocèse  de  Saint- Brieuc  ;  parti  le  i3  mars  i85i  ;  miss,  au  Se-tchouen 
oriental.  -^  Jacques -Léonard  Pérocheau,  des  Sables-d'Olonne  ;  parti 
aa  février  1818;  cv.  de  Maxula,  vie.  ap.  du  Se-lch'ouen;  mort  6  mai 


PASSEPORTS  6l 

«  Le  soussigné,  ambassadeur  et  haut  commissaire  de  Sa  Ma- 
jesté l'Empereur  des  Français  en  Chine,  prie  les  autorités  civiles 
et  militaires  de  Tempire  chinois,  conformément  à  l'article  8  du 
traité  de  Ticn-Tsin,  ratifié  à  Pé-king  le  26  octobre  dernier,  de 
laisser  librement  circuler  dans  l'empire,  et  de  lui  donner  aide  et 
protection  en  cas  de  besoin,  le  sieur  L.-C.  Delamarre,  mission- 
naire français,  se  rendant  dans  la  province  de  Se-tch'ouen  pour  y 
exercer  son  saint  ministère. 

«  Le  sieur  L.-C.  Delamarre  étant  connu  à  l'ambassade  de 
France  pour  un  homme  de  bien,  qui  ne  s'occupe  que  d'œuvres 
de  piété  et  de  charité  dignes  d'éloge,  le  présent  passe-port,  qui 
devra  être  visé  par  l'autorité  chinoise  du  lieu  où  il  a  été  délivré, 
lui  est  donné  à  Pé-king,  le  29  octobre  1860,  à  la  condition  que 
le  sieur  Delamarre  ne  se  rendra,  sous  aucun  prétexte,  dans  les 
ailles  ou  les  villages  occupés  par  les  rebelles. 

«  Fait  à  Pé-king,  le 

L.  S.  Baron  Gros. 

JLi.     d. 

Signature  du  porteur  de  ce  passe-port. 

1861  à  74  ans.  —  Louis  Faurie,  né  i3  juin  i8a4  ^  Monsegur  (dioc.  de 
Bordeaux);  parti  i3  mars  i85i  ;  év.  d'Apollonie;  vic.>ap.  du  Kouci- 
tcheou  ;  mort  à  Kouy-fou,  dans  le  Se-tch'oucn,  i8  juillet  1871.  —  Jean- 
Baptiste  Arnal,  du  dioc.  de  Toulouse;  parli  5  mars  i855  ;  miss,  au  Se- 
tchouen  occidental.  —  Paul-Hubert  Perny,  du  dioc.  de  Besançon  ;  parti 
5  juillet  1847;  ™iss.  au  Kouei-tcheou  ;  a  quitté  la  Société  en  187a.  — 
Jacques- Alexandre  Huot,  du  dioc.  de  Langres  ;  parli  31  juin  i843; 
miss,  au  Yun-nan  ;  mort  à  Tchen-foungchan,  7  mai  i8G3,  à  43  ans.  — 
Joseph- Eug^ne-Jean-Claude  Desflèches,  né  à  Jonage  (dioc.  de  Gre- 
noble), i3  février  i8i4  ;  parti  i5  mai  i838*,  vie.  ap.  du  Se*tchouen 
oriental  ;  év.  de  Sinite  ;  démissionnaire  et  archevêque  de  Claudianopolis  ; 
mort  au  sanatorium  de  Saint-Raphaël  (Monbeton),  7  novembre  1887. 
—  Joseph  Ponsot,  dioc.  de  Besançon;  parli  ai  janvier  i83o;  miss,  au 
Se-tch*ouen  ;  év.  de  Philomélie,  vie.  ap.  du  Yun-nan  ;  mort  à  Longky, 
17  novembre  1880,  à  78  ans.  —  Joseph-Marie  Chauveau,  né  k  Luçon, 
a4  février  1816;  parli  6  février  i844;  vie.  ap.  du  Tibet;  mort  à  Ta 
Tsien  lou,  ai  décembre  1877.  —  Pierre-Antoine  Papin,  dioc.  de  Char- 
tres, miss,  et  prov.  au  Se-tchouen;  mort  à  Kiong-tchcou,  18  octobre 
1880,  à  71  ans.  —  Jean^Théophile-Anet  Pinchon,  né  7  janvier  r8i4, 
dioc.  de  Limoges;  parti  27  février  i846;  vie.  ap.  du  Se  Ichouen  sept.  ; 
mort  1891.  —  Pierre- Marie-Joseph- Julien  Pichon,  né  le  8  septembre 
1816  à  Neuilly-le-Vendîn  (dioc.  du  Mans)  ;  parli  10  mars  i845  ;  premier 
vie.  ap.  du  Se-tchouen  m'érid.  ;  mort  la  mars  1871,  à  Sainl-Fraimbault 


6a  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

«  Ce  passe-port  et  les  vingt-sept  autres  délivrés,  le  même 
jour,  ont  été  visés  par  le  prince  Koung  et  revêtus  de  sa 
signature*.  » 


PASSEPORT    A.CTUEL. 

(Traduction). 

«  Conformément  à  l'article  VIII  du  Traité  de  Tien-Tsin  et  à 
Tarticle  IV  de  la  convention  de  Péklng,  Nous avons  déli- 
vré un  passeport  au  S'...,  prêtre  enseignant  la  religion  de 
T'ien  Tchou.  -Sachant  que  votre  compatriote  est  un  homme 
connu  pour  sa  vertu  et  pour  son  honorabilité,  nous  prions 
les  grands  fonctionnaires  et  les  autorités  civiles  et  militaires 
de  la  Chine,  ainsi  que  les  commissaires  impériaux  des  fron- 
tières  de de  le  laisser  y  prêcher  sa   religion,  y  résider 

dans  toute  locaUté,  y  louer  ou  acheter  des  terrains,  y  cons- 
truire des  temples  au  'Pion  Tchou  ou  des  maisons,  de  le 
traiter  en  ami  et  de  le  protéger  en  toute  circonstance.  Nous, 
ministre,  avons  délivré  le  présent  passe[)ort  pour  que  dans 
tous  les  pays  intérieurs  ou  extérieurs  placés  sous  la  domina- 


de  l^asgay  (clioc.  do  Laval).  —  Charles  Pignoux,  du  dioe.  de  Poiliers  ; 
parli  16  septembre  18/17;  ""'ss.  au  Se  tchoucn  occid.  ;  mort  ta  mai  1888, 
à  ()'i  ans.  —  Jean-Charles  Fage,  du  dioc.  de  Tulle  ;  miss,  au  Tibet  et  au 
Yun-iian  ;  mort  19  août  1888,  à  64  ans.  —  Alexandre  Journiac,  du 
dioc.  de  Rouen;  parti  i*""*  juin  i856;  miss,  au  Sc-lcliouen  oriental  ;  mori 
à  Hiangpao  tang,  près  de  Ku-hien.  aS  octobre  i8G5,  à  34  ans.  — 
Pierre-Julien  Bertrand,  dioc.  du  Puy;  miss,  au  Se-lcboucn  ;  mort 
12  juillet  i865,  à  6a  ans. 

La/.akistes  :  Ms""  Mouly,  supra,  p.  l\i  ;  —  Mk""  Ànouilb,  supra^  p.  4i- 
—  Jean- Henri- Maximilien  Baldus,  ne  en  18 n,  à  A.lly,  près  de  Mauriac 
(dioc,  de  Saint-Flour)  ;  6v.  de  Zoara;  vie.  ap.  du  Ho-nan,  puis  du  Kiang- 
Si  ;  mort  39  septembre  1869.  —  Edouard  Smoremburg,  liollandais, 
arrivé  en  i854  :  miss,  à  Pcking.  —  Jean-Hapùste  Thierry,  né  à  Ar- 
thonnay  (dioc.  de  Sens),  \!\  juin  i8a3  ;  mort  a8  septembre  1880,  k 
Péking.  —  Hippolyle  Vincent,  arrivé  en  i84o.  —  Vincenl-Marie 
Talmier,  arrive  en  1849;  ^^^^  en  1862  dans  le  Tche-li  sept. 

I.  Liseré  jaune  du  Baron  Gros,  p.  186-7. 


CATHÉDRALE    CATHOLIQUE    DE    CANTON  63 

tion  chinoise,  ce  certificat  soit  respecté  sans  résistance,  espé- 
rant qu'à  l'avenir  le  traité  sera  toujours  observé.  » 


CATHÉDRALE  CATHOLIQUE  DE  CANTON 

Dans  le  Sud  nous  obtenions  à  Canton  un  su|)erbe  empla- 
cement pour  notre  cathédrale  par  le  contrat  suivant  : 

Canton,  le  vingt-cinq  janvier  dix-huit  cent  soixante-un. 

Contrat  entre  : 

Son  Excellence  Lao,  décoré  d*un  bouton  do  premier  rang, 
Président  du  bureau  de  la  Guerre,  Censeur,  Gouverneur  Général 
des  deux  Kouang. 

Et  MM.  CoupVENT  DES  Bois,  Commandant  sujXTieur  des 
forces  Françaises  à  Canton,  Capitaine  de  Vaisseau,  Ol'ficier  de 
la  Légion  d'honneur, 

de  Tanoiarn.  Commissaire  du  Gouvernement  Français  h  Can- 
ton, Capitaine  de  frégate.  Chevalier  de  la  Légion  d'hoimenr, 
pour  fixer  clairement  et  définitivement  les  stipulations  citées 
ci-dessous. 

Le  iD*' jour  du  9*^  mois  de  la  10"  année  de  Hien-Foung  a  paru 
l'Ordre  Impérial  suivant  : 

«  Le  prince  Yi-Sin  nous  adresse  un  mémorial  renfermant  les 
traités  échangés  avec  la  France  cl  4' Angleterre,  et  nous  infor- 
mant que,  le  Onze  et  le  Douze  de  ce  mois  il  a  conclu  ces  traités 
cpii  se  composent  de  celui  conclu  la  huitième  année  de  notre 
règne,  et  du  traité  additionnel  conclu  celte  année,  et  les  a 
échangés  avec  ces  deux  nations. 

«  Nous  acquiesçons  à  tous  les  articles  de  ces  traités  quils  soient 
pris  dans  leur  ensemble  ou  séparément.  Quils  soient  tous  en  vigueur 
éternellement,  que  dès  maintenant  la  guerre  soit  à  jamais  éteinte, 
que  la  paix  soit  sincère,  que  tous  croient  à  la  bonne  harmonie  et 
chassent  le  doute  de  leurs  cœurs, 

«  Pour  que  les  articles  de  ces  traités  soient  mis  à  exécution,  quon 
les  promulgue  de  suite  devant  tout  l* Empire  et  que  les  ( iouverneurs 
Généraux  des  provinces  s'y  conforment  dans  la  transaction  des 
affaires  futures .  »  . 

Tel  est  notre  ordre  impérial. 


64  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

Cet  ordre  impérial  auquel  il  faut  obéir  dans  la  conduite  des 
afTaires,  est  déjà  consigné  dans  les  archives. 

Observant  dès  lors  que  dans  le  lo'  article  du  traité  français, 
il  est  dit  entre  autres  que  :  ce  dans  tous  les  ports  ouverls  au  com- 
merce, les  Français  pourront  à  volonté  louer  des  terrains  pour  y 
bâtir  des  églises,  des  Écoles  et  autres  établissements  de  ce  genre, 
et  que  le  prix  de  Tétendue  du  terrain  loué  sera  discuté  et  fixé 
par  les  deux  parties  contractantes. 

Observant  que,  dans  le  6"  article  du  traité  supplémentaire,  il 
est  dit  entr'autres  que  :  les  églises,  les  écoles,  les  maisons  avec 
leurs  dépendances,  et  autres  propriétés  confisquées  antérieure- 
ment aux  Chrétiens,  seront  rendues  au  Ministre  de  France  pour 
être  transmises  par  lui  aux  Chrétiens  des  localités  où  ces  pro- 
priétés se  trouvaient,  qui,  (s'il  s'agit  de  terrains)  pourront  y 
bâtir  ce  qu'ils  voudront. 

D'une  autre  part.  Le  Commandant  supérieur  M.  Coupvent  des 
Bois  et  le  Commissaire  Français  M.  de  Tanouarn,  ayant  fait 
choix  en  dehors  de  la  vieille  ville  de  Canton  et  dans  la  nou- 
velle ville  d'un  terrain  vide  convenable  divisé  en  deux  pai'ties  : 

La  première  bornée  : 

A  l'Est  par  le  mur  arrière  des  maisons  de  la  rue  Pae-mi-hang 
(rue  du  riz  blanc)  en  regard  duquel  les  Missionnaires  bâtiront 
,  un  mur  de  façon  à  laisser  entre  les  deux  une  rue  de  six  pieds  de 
large  =  Étendue  sur  cette  face  soixante-neuf  tchangs,  sept  tches, 
sept  fcunns  (Deux  cent  quarante-neuf  mètres  soixante-dix-huit 
centimètres). 

A  l'Ouest  par  la  rue  Yu-tze-hang  (rue  du  Jade)  =  Étendue 
sur  cette  face  soixante-quatre  tchangs,  neuf  tches,  neuf  tsounns, 
cinq  feunns  (Deux  cent  trente-deux  mètres  quatre-vingt-deux 
centimètres). 

Au  Sud,  par  la  rue  Mae  Ma  Kiai  (rue  des  marchands  de  chan- 
vre ou  rue  de  la  folie).  Étendue  sur  cette  face  =  vingt-sept  tchangs, 
neuf  tches,  neuf  tsounns,  trois  fcunns  (Cent  mètres  vingt-un 
centimètres). 

Au  nord,  par  la  rue  Ta-sinn-Kiai  (grande  rue  neuve  ou  rue 
Chapdelaine  =  Étendue  sur  cette  face  quarante-six  tchangs, 
sept  tches,  deux  tsounns.  cinq  feunns  (cent  soixante-sept  mètres 
vingt-sept  centimètres)  et  mesurant  une  superficie  de  quarante 
nleous,  deux  lis,  six  haos.  (Trois  hectares ,  sept  ares,  vingt-huit 
centiares)  ; 


a^THÉDRALE   CATHOLIQUE    DE    CANTON  65 

La  deuxième  : 

Située  au  Sud  de  la  première  et  bornée  au  sud  par  le  mur  du 
Dragon  encore  existant  (tchaopi)  et  mesurant  sur  ses  quatre 
faces  : 

Au  Nord  :  Dix  tchangs,  huit  tches,  neufs  tsouiins,  neuf 
feunns  (trente-neuf  mètres  un  centimètre). 

A  Touest  :  Onze  tchangs,  deux  tches,  quatre  tsounns,  cinq 
feunns  (Quarante  mètres  vingt-cinq  centimètres). 

Au  sud  ;  Treize  tchangs,  trois  tches,  huit  tsouns,  sept  feunns 
(Quarante-sept  mètres  quatre-vingt-douze  centimètres). 

Au  nord  :  Quinze  tchangs,  deux  tsounns,  cinq  feunns  (Cin- 
quante trois  mètres  soixante-dix-huit  centimètres)  et  mesurant 
une  superficie  de  deux  meous  cinq  feunns  huit  lis  (dix-neuf 
arc»  quatre-vingt-trois  centiares)  qui  devra  rester  vide  de  toute 
construction  ;  le  tout  enfin,  mesurant  une  superficie  de  qua- 
rante-deux meous,  six  feunns,  six  tsounns  (Trois  hectares 
vingt-sept  ares,  onze  centiares). 

Les  mesures  employées  étant  celles  prescrites  par  le  nouveau 
traité  français. 

Et  le  Commandant  Supérieur,  par  Tintermédiaire  du  Com- 
missaire Français,  demandant  que  ce  terrain  soit  loué  à  perpé- 
tuité à  la  France,  pour  y  bâtir  aux  frais  de  son  trésor  une  Église, 
une  maison  pour  les  missionnaires,  un  Séminaire  et  une  Ëcole 
pour  les  gens  du  pays,  un  Asile  pour  les  pauvres,  un  hôpital,  un 
hospice  des  enfants  trouvés,  en  tout  Cinq  établissements  qui, 
ainsi  que  rÉglisc  et  la  maison  des  missionnaires,  ne  pourront  être 
à  l'avenir  habités  et  desservis  que  par  des  prêtres  de  la  Congréga- 
tion Française  des  Missions  Étrangères. 

Son  Excellence  Lao,  Gouverneur  Général  des  deux  Kouang, 
après  avoir  délibéré  avec  les  autorités  locales  et  les  notables, 
consent,  en  vertu  de  l'article  lo  du  traité,  et  de  l'article  6  du 
traité  supplémentaire,  à  louer  à  perpétuité  ce  terrain  à  la  France. 
Le  Commandant  Supérieur,  après  avoir  reçu  ce  terrain  par 
l'intermédiaire  du  Commissaire  Français  en  enverra  le  Contrat  de 
location  au  Ministre  de  France  à  Péring,  Officier  de  la  Légion 
d^honneur,  etc.,  etc.,  etc.,  pour  être  transmise  par  Son  Excellence 
aux  Missionnaires  de  la  province  de  Canton. 

Toutefois,  ce  terrain  restant  propriété  chinoise  il  est  établi, 
conformément  aux  traités,  que  chaque  Année  il  sera  payé  par 
méou  un  loyer  de  Mille  cinq  cents  sapées,  ce  qui  fait  pour  ce 

CoRDIER.  I.   —  5 


66  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

terrain  qui  compte  quarante-deux  méous,  six  feunns,  six  haos 
(trois  hectares,  vingt-sept  ares,  onze  centiares),  un  loyer  annuel 
de  soixante-trois  mille  neuf  cent  sapées  qui  sera  versé  chaque 
année  par  les  Autorités  françaises  entre  les  mains  des  autorités 
locales  de  Canton.  En  dehors  de  ce  loyer,  il  est  défendu  aux 
Autorités  chinoises,  aux  gens  des  Yamens,  aux  Notables  et  aux 
gens  du  peuple  de  venir  sous  un  prétexte  quelconque  prélever  de 
l'argent  pour  ce  terrain,  et  toute  démarche  dans  ce  but  ne  serait 
qu'une  fraude.  Mais,  pour  les  Églises,  que  possédaient  antérieu- 
rement les  missionnaires  dans  la  ville  et  dans  les  faubourgs  de 
Canton,  il  ne  sera  demandé  d'autre  compensation  que  la  location 
de  ce  terrain  ;  et  ainsi  à  l'avenir  il  ne  pourra  plus  être  élevé  de 
nouvelle  réclamation  à  leur  égard. 

En  foi  de  quoi,  ce  contrat  a  été  conclu,  dressé  en  trois  expédi- 
tions revêtues  des  sceaux  et  des  signatures  des  parties  contrac- 
tantes, et  chacune  en  gardera  une  expédition  comme  témoignage 
authentique.  Des  lors,  les  formalités  nécessaires  à  la  conclusion 
d'un  Contrat  auront  été  remplies. 

Canton,  le  vingt-cinq  janvier  dix-huit  cent  soixante-un*. 

Signé  :  Lao. 

Trois  sceaux.  A.  Coupvent  des  Bois. 

de  Tanouarn. 


Au  sujet  de  cette  négociation,  la  note  suivante  fut  insérée 
au  Moniteur  du  ii  janvier  1861  : 

«  Il  vient  d'être  obtenu  à  Canton  une  importante  concession 
conforme  à  l'esprit  des  clauses  libérales  qui  ont  été  insérées  dans 
le  traité  de  paix  signé  à  Péking  ;  le  Vice-Roi  a  accordé  à  nos 
missionnaires,  pour  l'érection  d'une  église  catholique,  un 
magnifique  emplacement  situé  dans  Canton  même  et  où  s'élevait , 
avant  l'occupation  de  cette  ville,  le  palais  du  fameux  gouverneur 
Vé.  Depuis  deux  ans  les  autorités  Françaises  demandaient  qu'on 
rendît  à  l'évêque  des  deux  Kouang  une  portion  au  moins  des 
terrains  aflectés  anciennement  à  dos  établissements  catholiques 

I.  Le  texte  chinois  porte  iô«  jour,  ia<^  lune,  io«  année  Hieng- 
Foung. 


CATBÉDBALE  CATHOLIQUE  DE  CANTON  67 

et  dont  les  possesseurs  avaient  été  chassés  et  spoliés  à  l'époque 
des  dernières  persécutions  dirigées  dans  le  Céleste  Empire  contre 
les  Chrétiens.  Bien  que  les  autorités  chinoises  eussent  reconnu 
en  principe  la  légitimité  d'une  restitution  de  cette  nature,  elles 
multipliaient  les  expédients  pour  s'y  soustraire,  nos  succès  dans 
le  nord  ont  heureusement  mis  un  terme  à  leur  mauvais  vouloir 
et  Téglise  qui  ne  tardera  pas  à  s'édifier  témoignera  bientôt 
d'une  manière  éclatante  de  la  sollicitude  du  Gouvernement  de 
l'Empereur  pour  les  intérêts  religieux  placés  sous  la  protection 
traditionnelle  de  la  France  dans  l'Extrême-Orient.  L'établisse- 
ment de  nos  missionnaires  sur  ce  point  profitera  d'ailleurs  à 
tout  le  monde  à  Canton,  car  il  constatera  et  maintiendra  le  droit 
toujours  refusé  jusqu'ici  aux  étrangers  d'avoir  un  libre  accès 
dans  l'intérieur  de  cette  ville.  » 


CHAPITRE  V 
LES  HISSIONS  CATHOLIQUES 

I 

(Suite), 

CONVENTION    BERTHEMY 

L'article  VI  de  la  convention  de  Péking  était  fort  large 
dans  ses  termes,  puisqu'il  dit  que  «  les  établissements  reli- 
gieux et  de  bienfaisance  qui  ont  été  confisqués  aux  Chrétiens 
pendant  les  persécutions  dont  ils  ont  été  les  victimes,  seront 
rendus  à  leurs  propriétaires  par  l'entremise  du  Ministre  de 
France  en  Chine,  auquel  le  gouvernement  Impérial  les  fera 
délivrer,  avec  les  cimetières  et  les  autres  édifices  qui  en  dé- 
pendaient. »  Il  est  évident  qu'exécutée  à  la  lettre,  cette  clause 
ne  causerait  rien  moins  qu'un  nouveau  bouleversement  du  ca- 
dastre chinois  déjà  singulièrement  transformé  par  la  rébellion 
des  T'aï  P'ing;  il  aurait  fallu  remonter  au  temps  des  per- 
sécutions du  commencement  du  xviii®  siècle  pour  retrouver 
les  terrains  jadis  possédés  par  des  Chrétiens.  Tel  n'était  pas 
d'ailleurs,  en  pratique,  le  but  de  la  convention  de  Péking  ;  il 
n'était  nullement  question  d'exiger  l'exécution  à  la  lettre  d'un 
article  qui  aurait  eu  pour  résultat  d'enrichir  les  missions  au 
plus  grand  préjudice  moral  de  leur  œuvre  dont  le  caractère 
et  l'objet  sont  si  élevés,  de  causer  de  véritables  spoliations 
et  d'amener  une  terrible  perturbation  dans  la  propriété  fon- 
cière en  Chine.  Il  fallait  simplement  rendre  plus  facile 
l'œuvre  des  missionnaires,  et  non  l'édifier  sur  des  ruines;  le 
terrain  nécessaire  pour  bâtir  des  églises,  établir  des  cime- 


CONVENTION    BERTHEMY  69 

lières,  fonder  des  écoles  et  des  orphelinats,  était  la  seule 
réclamation  que  Ton  dut  formuler;  la  propriété  des  missions 
ne  devait  pas  être  constituée  dans  un  but  de  spéculation  et 
de  lucre  et  au  profit  de  prêtres  étrangers;  elle  était  créée 
en  réalité  dans  l'intérêt  même  des  Chinois,  puisque  le  Chris- 
tianisme doit  être  une  amélioration  dans  leur  éducation  mo- 
rale et  religieuse.  Il  fallait  donc  permettre  et  assurer  Tachât 
des  terrains  nécessaires  aux  congrégations  européennes, 
mais  en  même  temps  pour  bien  marquer  qu'elles  n'étaient  en 
quelque  sorte  qu'usufruitières,  la  Chine  conservant  la  nue- 
propriété,  le  nom  de  l'acquéreur,  inutile  d'ailleurs  à  con- 
naître, restait  anonyme,  la  collectivité  qu'il  représentait  de- 
vant seule  être  en  titre.  C'est  ce  qu'avait  fort  bien  compris 
notre  ministre,  M.  Berlhemy  *,  successeur  de  M.  de  Bourbou- 
lon,  qui  a  laissé  en  Chine  de  si  grands  souvenirs,  désireux, 
tout  à  la  fois,  de  sauvegarder  nos  intérêts  sans  les  exagérer 
et  d'éviter  aux  Chinois  d'inutiles  froissements.  De  là,  la 
signature  de  Tacte  qui  règle  les  conditions  d'achat  de  la 
propriété  foncière  par  les  missionnaires  dans  l'intérieur  du 
pays. 


I.  Berthemy,  Jules- François- Gustave^  fils  du  général  de  ce  nom; 
né  le  i^i*  décembre  i836>  à  Paris;  attaché  libre  à  Washington,  7  juillet 
18.^8;  à  Madrid,  ao  janvier  i85o;  aspirant  diplomatique  à  Constanti- 
noplc,  17  février  i85a  ;  3«  secrétaire  d^ambassade  au  même  poste,  3  mai 
i855;  secrétaire  de  a^  classe,  3o  août  i856  ;  maintenu  à  Constantinople, 
i3  septembre  i856;  désigné  secrétaire  à  Dresde,  17  août  1857  ;  mis  à  la 
disposition  du  département,  37  juin  1859;  désigné  pour  remplir  tempo- 
rairement les  fonctions  de  i'^''  secrétaire  à  Constantinople,  i3  juillet  1869  ; 
chef  du  cabinet  et  du  secrétariat  aux  AfTaircs  étrangères,  3&  janvier  1860  ; 
secrétaire  de  i***  classe  pour  prendre  rang  à  dater  du  a 4  janvier  1860, 
37  octobre  1861  ;  ministre  plénipotentiaire  chargé  de  gérer  la  légation  à 
Péking,  i4  octobre  1863  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipoten- 
tiaire près  Tempereur  de  la  Chine,  9  octobre  i863  ;  commandeur  de  la 
Légion  d'honneur,  i4  août  1866;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plé- 
nipotentiaire près  les  États-Unis,  38  octobre  1866  ;  près  le  roi  des  Belges, 
13  juin  1870. 


no  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

TEXTE    DE    LA    CONVENTIOW,    20    FÉVRIER    l865 

Le  20  février  i865  (26''  jour  de  la  i"  lune  delà  4"  année 
T'oung-tché),  le  Tsoung-li  Yamen  adressait  la  lettre  suivante 
à  M.  Berthemy  : 

«  Nous  avons  Thonneur  de  vous  annoncer  que,  en  ce  qui 
concerne  les  biens  collectifs  des  missions  catholiques,  nous 
avons  arrêté  ce  qui  suit  :  à  l'a^fenir,  si  des  missionnaires 
français  çont  acheter  des  terrains  et  des  maisons  dans 
l'intérieur  du  paySy  le  i^endeur^  —  tel  ou  tel  (son  nom),  — 
desfra  spécifier  y  dans  la  rédaction  de  l'acte  de  çenie,  que 
sa  propriété  a  été  {fendue  pour  faire  partie  des  biens  col- 
lectifs de  la  mission  catholique  de  la  localité.  Il  sera  inutile 
d'y  inscrire  les  noms  du  missionnaire  ou  des  chrétiens. 

«  Nous  avons  déjà  écrit  au  gouverneur  du  Kiang-Sou,  Li, 
pour  qu'il  se  conforme  à  cette  mesure  et  nous  vous  envoyons 
ci-joint  copie  de  la  lettre  que  nous  lui  avons  adressée  à  ce 
sujet. 

«  Nous  profitons  de  cette  occasion  pour  vous  présenter  nos 
souhaits.  » 

LETTRE  ANNEXÉE  A  LA  CONVENTION  BERTHEMY 

Copie  de  la  lettre  adresssée  au  gouverneur  du  Kiang-Sou^ 

Li,  par  le  Tsoung-li-Yamen. 

A  Son  Excellence  Chao-tsiuan  (surnom  de  LiHoung-tchang). 
«  Éloignés  à  regret  de  votre  demeure  fleurie,  nous  tournons 
sans  cesse,  avec  un  ferme  espoir,  nos  modestes  pensées  vers  elle  et 
les  sentiments  qui  nous  animent,  dressés  que  nous  sommes  sur  la 
pointe  des  pieds  pour  vous  chercher,  s'augmentent  à  Tunisson  du 
temps.  Quant  à  présent,  nous  nous  plaisons  à  croire  que  le  bon- 
heur suit  vos  pas  et  va  grandissant,  comme  la  félicité  attachée  à 
votre  stable  personne  oflre  Fimage  de  la  paix.  Nous  nous  portons 
vers  la  contemplation  de  votre  brillante  prestance,  et  nos  expres- 
sions sont,  de  tout  point,  d*accord  avec  nos  sentiments  intimes. 


LETTRE    A    M.    BOL'RÊK.    5    FÉVKIRR     l883  7I 

«  A  titre  d'information  actuelle  :  pour  ce  qui  concerne  la 
question  tfachats  de  terrains  par  la  France  pour  l'établissement 
d'édifices  religieux,  notre  Yamen  vient  de  décider,  après  entente, 
que  désormais  si  des  missionnaires  français  pénètrent  dans  Tin- 
térieiir  et  y  achètent  des  terrains  ou  des  maisons,  on  devra  écrire 
sur  les  contrats  la  stipulation  que:  Tel  ou  tel  (nom  et  prénoms 
de  celui  qui  vend  la  propriété),  qui  dresse  ledit  contrat,  vend  la 
propriété  en  question  pour  qu'elle  devienne  bien  collectif  de  la 
mission  catholique  du  lieu.  11  ne  sera  pas  nécessaire  d*énumérer 
spécialement  les  noms  des  missionnaires  ou  des  chrétiens. 

«  Tel  est  le  but  de  la  présente  lettre,  que  nous  vous  adressons 
en  >ous  priant  de  prescrire  à  vos  subordonnés  de  s'y  conformer. 
En  agissant  de  la  sorte,  les  établissements  religieux  demeurent 
propriétés  collectives  des  chrétiens,  ce  qui  ne  saurait  porter  pré- 
judice à  la  Chine. 

«  Nous  profitons  de  cette  occasion,  pour  vous  présenter  tous 
nos  souhaits.  » 

INEFFICACITÉ    DE    LA    CONVENTION 

Cette  circulaire  aurait  donné  pleine  satisfaction  au  vœu  de 
M.  Berthemy  ;  malheureusement  les  autorités  provinciales 
avaient  ajouté  au  texte  officiel  des  instructions  pour  les  chefs 
de  villages  de  s'assurer  par  une  sorte  d'enquête  de  comtnodo 
et  incommoda  que  l'achat  était  vu  d'un  bon  œil  par  leurs 
concitoyens  ;  naturellement,  les  fonctionnaires  aidant,  il  était 
rare  que  la  réponse  fût  favorable  et  partant  que  la  requête  du 
vendeur  fût  accordée.  Cet  état  de  choses  rendait  donc  illusoire 
la  convention  Berthemy,  et  à  différentes  reprises  nos  minis- 
tres à  Péking  essayèrent  d'y  remédier,  d'abord  M.  Brenier 
de  Monimorand,  puis  M.  Bourée,  qui,  à  une  lettre  du 
3o  janvier  1882,  reçut  en  réponse,  le  5  février  1882,  les  éclair- 
cissements du  Tsoung-li  Ya-men   : 

LETTRE    A    M.    BOURÉE,    5    FÉVRIER    1882 

«  \ous  avons  eu  l'honneur  de  recevoir,  le  3o  du  mois  dernier 
(11  de  la  12"  lune),  la  lettre  de  V.  Exe.  relative  aux  achats  de 


•y  a  LES   MISSIONS    CATHOLIQUES 

terrains  par  les  missionnaires  dans  riniérieur  [suit  un  résumé  de 
cette  lettre] . 

«  Cette  Convention  [la  Convention  Berthemy]  a  été  faite  d'un 
commun  accord,  elle  est  conforme  au  Traité  et  son  but  est  d'en- 
tourer de  garanties  les  acquisitions  faites  par  les  missions  reli- 
gieuses. 

a  Dans  sa  lettre,  V.  Exe.  demande  à  ce  qu'on  agisse  purement 
et  simplement  suivant  les  termes  de  la  Convention,  et  que  toute 
réglementation  exceptionnelle  soit  supprimée. 

«  La  Convention  dont  il  s'agit  s'exprime  ainsi  :  ...  «  Le  nom 
du  vendeur  devra  figurer  dans  l'acte  de  vente,  qui  indiquera 
également  que  l'achat  est  fait  pour  devenir  bien  collectif  de  la 
mission  religieuse.  Il  sera  inutile  que  le  contrat  porte  le  nom 
d'un  missionnaire  ou  d'un  chrétien,  etc..  »  Or,  si  le  vendeur  ne 
présente  pas  le  contrat  de  vente  à  l'examen  de  l'autorité  locale, 
comment  celle-ci  pourra-t-elle  voir  si  ce  document  porte  le  nom 
du  vendeur  et  s'il  établit  clairement  que  l'acquisition  est  faite 
pour  devenir  bien  collectif  de  la  mission  ?  C'est  seulement  en 
examinant  le  contrat  de  vente  que  l'autorité  locale  peut  se  ren- 
dre compte  de  la  manière  dont  on  s'est  conformé  à  la  Conven- 
tion et  s'il  y  a  lieu  d'enregistrer  l'acte  ainsi  passé.  De  cette  ma- 
nière, aucune  fraude  ne  peut  être  commise  et  on  empêche,  en 
même  temps,  de  revenir  sur  un  marché  déjà  fait.  L'accomplisse- 
ment de  ces  formalités  n'est  pas  sans  présenter  de  grands  avan- 
tages pour  les  missions  religieuses.  » 

<c  D'habitude,  dans  les  marchés  passés  entre  Chinois  pour  les 
achats  de  terrains  ou  de  maisons,  on  dresse  un  contrat  de  vente 
qui  çst  présenté  à  l'autorité  pour  être  enregistré.  Si  l'on  se 
soustrait  à  cette  formalité,  le  contrat  n'a  aucune  valeur  et,  dans 
le  cas  de  procès,  ne  peut  être  présenté  pour  faire  foi.  Dans  ces 
sortes  de  transactions,  les  droits  doivent  être  payés  et  c'est  seule- 
ment après  examen  du  contrat  de  vente  que  ce  document  peut 
être  enregistré.  La  présentation  à  la  sous-préfecture,  l'examen 
du  contrat  et  le  paiement  des  droits  pour  l'apposition  du  sceau 
sur  ledit  contrat  doivent  certainement  avoir  lieu  après  que 
le  transfert  de  la  propriété  a  été  effectué  et  nullement  avant  la 
vente.  » 

a  Les  autorités  locales  doivent  agir  en  se  conformant  non  seu- 
lement à  la  Convention,  mais  encore  aux  stipulations  des  traités. 
Aussi,  lorsqu'une  mission  religieuse  achète,  soit  des  terrains, 


RBPRISE    DES    NÉGOCIATIONS,    a/l    JUILLET     189/1  78 

M^it  des  maisons,  ladite  autorité  doit  examiner  si  Tacquisition  a 
été  faite  suivant  les  règles  établies  et,  s'il  en  a  été  ainsi,  elle  doit, 
à  son  tour,  faire  ce  qui  a  été  prescrit  par  les  règlements.  Pour- 
quoi susciterait-elle  des  diflicultés  ou  mettrait-elle  des  empêche- 
ments ? 

«  V.  Exe.  sait  bien  Elle-même  que  Ja  Convention  dont  il  est 
question  ici  présente  des  avantages.  La  présentation  à  l'autorité 
du  contrat  de  vente  pour  être  enregistré  est  une  formalité  par- 
faitement en  conformité  avec  l'esprit  de  la  Convention  et,  en 
l'exigeant,  ce  n'est  certainement  pas  établir  une  réglementa- 
tion exceptionnelle.  Nous  espérons  que  V.  Exe.  s'en  rendra 
compte.  » 

REPRISE    DES    NÉGOCLATIONS,    24    JLILLET     1894 

M.  Patenôtre  paraît  s'être  désintéresse  de  la  question  :  ce 
diplomate  heureux,  disaient  les  mauvaises  langues,  était 
irabu  des  principes  qui  ont  dicté  Tarticlc  7  plutôt  que  de 
ridée  politique  qui  avait  fait  dire  à  Gambctla  que  Tanticlé- 
ricalisme  n'était  pas  un  article  d'exportation.  Je  n'en  crois 
rien.  Il  est  probable  qu'une  occasion  favorable  ne  s'était  pas 
présentée  de  reprendre  les  négociations.  En  1894,  une  nou- 
velle affaire  avait  donné  au  Tsoung-li  Yamen  (16  juillet  1894) 
l'occasion  de  citer  la  Convention  Berthemy,  ainsi  que  ce 
passage,  dans  une  lettre  à  notre  ministre,  M.  Gérard  : 

«  Le  vendeur  devra  au  préalable  aviser  les  autorités 
locales  et  demander  leur  autorisation  :  elles  décideront  si 
elles  doivent  on  non  l'accorder  » . 

Saisissant  l'occasion,  M.  Gérardrappelant(24  juillet  1894) 
les  termes  de  la  Convention  ainsi  que  ceux  de  la  lettre  de 
réponse  adressée  à  M.  Bourée,  écrivait  : 

«  U  résulte  de  cette  réponse  que,  si  le  Tsong-li  Ya-men  con- 
sidère que  le  contrat  de  vente  doit  être  présenté  à  l'autorité 
locale  et  enregistré  avec  acquittement  des  droits,  c'est  non  pas 
an  préalable,  mais,  ainsi  qu'il  est  dit  dans  la  lettre,  après  que  le 
marché  a  été  conclu. 


74  LES    MISSIONS    CATIIOLIQLKS 

«  Je  n'ai  aucune  objection  à  élever  contre  cet  acte  d'enregis- 
trement qui  est  conforme  h  la  loi  chinoise  et  n'est  pas  contraire 
aux  stipulations  des  traites.  Mais  il  est  bien  entendu  que  cette 
formalité  de  la  présentation  et  de  l'enregistrement  du  contrat 
suit  la  vente  et  ne  la  précède  pas.  Il  est  bien  entendu,  de  même, 
que  cet  acte  ne  comporte,  de  la  part  de  l'autorité  locale,  aucune 
autorisation  préalable.  Ainsi  est  satisfaite  la  volonté  de  l'Empe- 
reur, qui  a  désiré  assurer  aux  missions  le  libre  usage  de  leur 
droit  d'achat  dans  l'intérieur  de  l'Empire.  » 

Sans  entrer  dans  le  détail  de  négociations  assez  longues, 
qui  furent  d'ailleurs  facilitées  par  le  retour  du  prince  Koung 
au  pouvoir,  M.  (lérard  finit  par  obtenir  Faddition  d'une 
clause  à  la  Convention.  Rappelant  ses  lettres  précédentes,  il 
précisait  ses  réclamations  dans  une  dépêche  adressée  le  1 2 
avril  1895  au  Tsoung-li  Yamen  : 

DEM;V>DE    DE    M.    GERARD,    12    AVRIL     l8g5 

a  J'ai  demandé  et  je  demande  : 

1°  —  Que  le  texte  môme  de  la  Convention  relative  à  l'achat 
par  les  missions  catholiques  de  terrains  et  de  maisons  dans  l'in- 
térieur de  la  Chine  soit  rédigé  ainsi  qu'il  suit  : 

a  A  lavenir,  si  des  missionnaires  français  vont  acheter  des  ter- 
rains et  des  maisons  dans  l'intérieur  du  pays,  le  vendeur  (tel  ou  tel, 
son  nom)  devra  spécifier,  dans  la  rédaction  de  Vacte  de  vente,  que 
sa  propriété  a  été  vendue  pour  faire  partie  des  biens  collectifs  de  la 
mission  catholique  de  la  localité.  Il  sera  inutile  d'y  inscrire  les  noms 
du  missionnaire  ou  des  chrétiens.  La  mission  catholique,  après  la 
conclusion  de  Vacte,  acquittera  la  taxe  d'enregistrement  fi^vée  pur  la 
loi  chinoise  pour  tous  les  actes  de  vente,  et  au  même  taux.  Le  ven- 
deur naura  ni  à  aviser  les  autorités  locales  de  son  intention  de  ven- 
dre, ni  à  leur  demander  au  préalable  leur  autorisation.  » 

«  J'ai  demandé  et  je  demande  : 

30  —  Que  ce  texte,  ainsi  complété,  de  la  Convention  soit 
adressé  par  Vos  soins  aux  maréchaux  Tartares,  vice-rois  et  gou- 
verneurs de  toutes  les  provinces  de  l'Empire  et  publié  dans  toutes 
les  provinces,  non  point  sous  le  sceau  des  simples  mandarins 
locaux,  mais  sous  le  sceau  des  autorités  supérieures  ; 

«  J'ai  demandé  et  je  demande  : 


TEXTE  DÉFIMTIF  DE  LA  COSVEJÎTION   BERTIIEMT.    l4    WRIL   1896        76 

3©  —  Que  le  Icxle  des  instructions  circulaires  envoyées  par 
Votre  Yaraen  aux  maréchaux  Tarlares.  vice-rois  et  gou>er- 
neurs  de  toutes  les  provinces  me  soit  communiqué  dans  son  inté- 
grité. 

a  Ces  trois  conditions  sont  toutes  également  indispensables 
pour  satisfaire  mon  Gouvernement  et  pour  assurer  Texécution 
stricte  et  loyale  par  les  autorités  provinciales  d'une  Convention 
trop  longtemps  enfreinte  et  méconnue,  que  le  Gouvernement  de 
la  République  est  résolu  à  faire  désormais  scrupuleusement  res- 
pecter. II  ne  doit  plus  subsistera  cet  égard  ni  obscurité,  ni  équi- 
voque. 

«  J'attends  de  Vos  Altesses  et  de  Vos  Excellences,  dans  le 
plus  bref  délai  qui  Leur  sera  possible,  une  réjwnse  enlièremonl 
et  de  tout  point  conforme  à  la  présente  communication  ofliciello. 
Ceci  est  urgent  et  de  la  plus  grande  importance.  » 

Enfin,  le  i4  avril  1896*,  le  Tsoung-li  Yamen  remettait  à 
notre  ministre  copie  des  instructions  circulaires  qu^il  avait 
expédiées  dans  toutes  les  provinces;  ce  document  nous  donne 
enCn  la  forme  officielle  et  définitive  avec  la  clause  addition- 
nelle de  la  Convention  Berthemy,  conformément  à  la  demande 
de  M.  Gérard: 

TEXTE  DÉFINITIF  DE  LA  CONVENTION  BERTHEMY,    l4  AVRIL  1895 

Copie  de  la  dépêche  aux  vice- rois  et  gouverneurs  de  toutes 

les  provinces, 

LETTRE    officielle  I 

«  Déjà,  pendant  la  9"  lune  de  Tannée  dernière,  (octobre  189^), 
notre  Yamen  a,  relativement  à  la  question  des  achats  de  terrains 
faits  par  les  missions  religieuses  dans  l'intérieur  du  pays,  adressé 
dans  toutes  les  provinces,  ainsi  que  le  constatent  les  archives,  le 
texte  du  Règlement  conclu,  pendant  la  4*^  année  T'oung-tché 
(i865),  par  le  Ministre  de  France,  S.  E.  M.  Berthemy,  avec 
notre  Yamen. 

«  S.  E.  M.  Gérard,  Ministre  de  France,  vient  maintenant  de 

I.  aode  la  3^  lune. 


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76  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

nous  adresser  une  commun icalion  oilicieiie  dans  laquelle  il  nous 
dit  que  les  autorités  locales  de  certaines  provinces,  telles  que  le 
IIou-Kouang,  le  ïche-li,  la  Mongolie  et  la  Mandchourie,  décla- 
rent n'avoir  pas  encore  reçu  d'ordres  quant  à  la  façon  dont  le 
Règlement  primitif  de  M.  Berthemy  doit  être  appliqué,  et  qu'il 
y  a  aussi  d'autres  provinces  où  on  continue  d'obliger  les  per- 
sonnes vendant  leurs  terrains  à  en  donner  préalablement  avis 
aux  autorités  locales  en  demandant  leurs  instructions.  Des  oi*drcs 
donnés  par  apostille  du  Gouverneur  du  Kiang-si,  une  proclama- 
tion des  autorités  provinciales,  sse  et    tao,  du   Sc-tch'ouen,  et 
une  proclamation  du  tao-taide  Lei-tchéouetRioung-tcbéou,dans 
le  Kouang-toung,  ont  été  envoyés  en  copie  à  notre  examen  (par 
le  Ministre  de  France),  en  nous  priant  d'expédier  de  nouveau 
des  instructions  circulaires  dans  toutes  les  provinces,  portant 
que  :  «  A  lavenir,  si  des  missionnaires  français  vont  acheter  des 
terrains  et  des  maisons  dans  t intérieur  du  pays,  le  vendeur  (tel  ou 
tel,  son  nom)  devra  spécifier^  dans  la  rédaction  de  lacté  de  venie, 
ae  sa  propriété  a  été  vendue  pour  faire  partie  des  biens  collectifs  de 
a  mission  cathol'upie  de  la  localité.  Il  sera  inutile  d'y  inscrire  les 
noms  du  missionnaire  ou  des  chrétiens,  La  mission  catholique,  après 
Ja  conclusion  de  lacté,  acquittera  la  taxe  d'enregistrement  fixée  par 
la  loi  chinoise  pour  tous  les  actes  de  vente,  et  au  même  taux.  Le 
vendeur  naura  ni  à  aviser  les  autorités  locales  de  son  intention  de 
vendre,  ni  à  demander  au  préalable  leur  autorisation,  »  De  cette 
façon,   le  règlement  conclu  entre  les  deux  nations,  —  est-il 
ajouté,  —  pourra  recevoir  son  application. 

Ayant  reçu  cette  communication,  nous  croyons  devoir  adresser 
la  présente  lettre  oflicielle  à  tous  les  Vice-Rois  et  Gouverneurs 
des  provinces  pour  qu'ils  en  prennent  connaissance,  agissent  en 
conséquence  et  prescrivent  aux  autorites  locales  de  s'y  conformer 
uniformément,  sans  qu'il  y  ait  lieu  de  s'en  tenir  à  ce  qui  a  été 
dit  précédemment  sur  l'avis  préalable  à  donner  auxdites  autorités 
locales,  ce  qui  provoquerait  des  discussions.  Ceci  est  très  impor- 
tant. y> 

Ainsi  que  récrivait  M.  Gérard  au  Tsoung-li  Yamen  le  21 
mai  1895,  il  restait  encore  :  «  à  donner  à  la  Convention  la 
publicité  nécessaire  dans  toutes  les  provinces,  par  voie  de 
proclamations  ou  d'édits  revêtus  du  sceau  des  autorités 
supérieures.  »  Satisfaction  fut  donnée  à  notre  Ministre  par 


COMMUNICATION    FIKALE,    3 6    MAI    iSqS  77 

renvoi   du   document   suivant   qui   clôt  définitivement   ces 
délicates  négociations: 


COMMUinCATION    FIT^ALE,    26    MAI    1895 

Kouang-Siu  2i*  année,  5*    lune,    3*  jour. 

(a 6  mai  1896). 

COMMUNICATION    OFFICIELLE  : 

«  Le  37  de  la  4'  lune  de  la  ai'  année  Kouang-Siu  (ai  mai 
1895),  nous  Vivons  reçu  la  dépèclie  dans  laquelle  V.  Exe.  nous 
dit  que,  jusqu'ici,  il  n*a  pas  été  donné  suite  à  la  demande  con- 
tenue dans  Sa  communication  odicielle  du  18  de  la  3**  lune 
(la  avril),  tendante  à  ce  que  des  instructions  circulaires  soient 
envoyées  aux  vice-rois  et  gouverneurs  de  toutes  les  provinces 
pour  qu'ils  fassent  donner  une  large  publicité,  par  voie  de  pro- 
clamations revêtues  du  sceau  des  autorités  supérieures  (à  la  CiOn- 
\ention  relative)  aux  achats  de  propriétés  dans  l'inlériour  de  la 
Chine.  Vous  nous  priez  de  donner  des  ordres  dans  toutes  les 
provinces  pour  que  ces  proclamations  soient  lancées. 

«  Notre  Yamen  adresse  des  circulaires  dans  toutes  les  pro- 
vinces pour  que,  sous  le  sceau  des  vice-rois  et  des  gouverneurs, 
la  Convention  relative  aux  achats  de  propriétés  par  les  missions 
religieuses  y  fasse  promptement  Tobjct  de  proclamations.  Nous 
croyons  devoir,  en  outre,  en  aviser  V.  Exe.  par  la  présente  ré- 
ponse officielle.  » 


78 


LES    MISSIONS   CATHOLIQUES 


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TEXTE    CHINOIS    DÉFINITIF    DE    LA    CONVENTION 


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CHAPITRE  VI 
RUSSES  ET   AMÉRICAINS 

MARCHE    DES    RUSSES 

Deux  puissances  prenaient  un  intérêt  particulier  h  la 
double  lutte  diplomatique  et  militaire  des  Français  et  des 
Anglais:  les  Russes  et  les  Américains.  Aussi  est-il  nécessaire 
de  jeter  un  coup  d'œil  rapide  sur  leurs  relations  antérieures 
avec  la  Chine. 

C'est  sous  le  règne  d'Ivan  IV,  au  milieu  du  xvi'  siècle, 
que  commence,  à  l'Est  de  l'Oural,  cette  marche  formidable  des 
Russes  que  la  mer  môme  n'arrêtera  pas,  puisque  la  puissance 
du  tsar  s'étendit  jadis  au  delà  du  détroit  de  Behring  ;  ce  n'est 
qu'en  1867,  en  effet,  que  les  possessions  des  Russes  en  Améri- 
que, l'Alaska,  furent  vendues  aux  États-Unis.  L'unité  des  Etats 
Grands-Russiens,  la  conquête  du  royaume  de  Kazan  en  i552 
cl  d'Astrakhan  en  i554  étendaient  les  frontières  de  la  Russie 
vers  l'Est  ;  Etienne  Bathory  avait  battu  les  Russes  en  Livonie, 
retardant  ainsi  leur  marche  vers  la  Baltique  ;  leurs  efforts 
devaient  donc  se  diriger  vers  l'Orient;  en  i558,  un  certain 
Grégori  Slrogonov  obtint  du  tsar  la  concession  de  terres 
désertes  sur  la  Kama  ;  ses  compagnons  et  lui  s'y  établirent, 
fondèrent  des  colonies  et  quelques-uns  des  leurs  dépassèrent 
même  l'Oural.  Un  Cosaque  du  Don  Ermak  Timofeevitch, 
passait  au  service  de  Strogonov,  franchissait  l'Oural  à  la  tôle 
de  85o  hommes  et  s'avançait  jusqu'à  l'Irtych  et  l'Ob.  Ermak 
fut  le  véritable  conquérant  de  la  Sibérie  occidentale  ;  mais 
s'il  lui  fut  donné  d'ajouter  un  royaume  nouveau  aux  Etats  du 


8o  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

souverain  qui  a  été  surnommé  le  Terrible,  à  ses  successeurs 
fut  réservé  Thonneur  de  fonder  la  preijiîère  grande  ville  du 
territoire  pris  aux  Tartares,  car  Ermak  se  noya  en  i584 
dans  rirtych  et  Tobolsk  ne  date  que  de  1587.  L'effort  des 
Russes  se  dirigea  ensuite  vers  le  Nord  de  la  Sibérie  ;  ils  n'y 
rencontrèrent  aucune  résistance  jusqu'à  la  Lena  ;  ils  con- 
struisirent, en  i632,  le  fort  de  Iakoutsk  et  poussèrent  leurs 
explorations  jusqu'à  la  mer  d'Okhotsk.  Ce  n'est  qu'en  i636 
que  les  Russes  entendirent  pour  la  première  fois  parler  du 
fleuve  Amour  par  des  Cosaques  de  Tomsk  qui  avaient 
poussé  leurs  incursions  vers  le  Sud;  en  i638,  Perviliev,  chef 
des  Cosaques  d'Éniséïsk,  explora  la  Vitim,  affluent  de  la 
Lena,  avec  36  hommes  el  rapporta  des  renseignements  sur 
l'Amour.  Le  voïévode  de  Iakoutsk  dirigea  plusieurs  explora- 
tions vers  le  grand  fleuve  dont  la  plus  importante  fut  mise 
sous  le  commandement  de  Vasili  Poyarkov  (i  643-1 646) 
qui  est  le  premier  Russe  ayant  navigué  sur  l'Amour  depuis 
son  confluent  avec  la  Zéïa  jusqu'à  son  embouchure.  Plus 
tard,  Khabarov  dirige  en  1 648-1 65 1  une  nouvelle  expédition 
au  cours  de  laquelle  il  bâtit  plusieurs  forts,  entre  autres 
Albasine  sur  les  bords  du  fleuve;  en  1 654,  Stepanov remonte 
pour  la  première  fois  le  Soungari  où  il  rencontre  les  Chinois 
qui  le  forcent  à  redescendre  vers  l'Amour;  en  i654,  il  con- 
struit le  fort  de  Kamarski  à  l'embouchure  de  la  Koumara. 
En  i658,  Athanase  Pachkov,  voïévode  de  Éniséïsk,  fonde 
Nertchinsk,  au  confluent  de  la  Chilka  et  de  la  Nertcha  ;  sur 
ces  entrefaites,  Stepanov,  avec  270  Russes,  est  tué  par  les 
Chinois  à  l'embouchure  du  Soungari.  Cet  échec  force  les 
Russes  à  abandonner  ce  fleuve  temporairement.  C'est  en 
1672  qu'Albasine  reçoit  son  premier  gouverneur  :  le  Polonais 
Nicolas  Czernigovski.  Une  première  mission  en  Chine  fut 
envoyée  en  i653  sous  la  direction  de  Féodor  Isakovich 
Baïkov.  En  1675,  à  son  retour  de  Péking,  où  il  avait  été 
envoyé   en   ambassade,    Nicolas    Spatar    Milescu    conseille 


TRATTÉ  DE  NERTCHINSK»  27  AOUT  1689  81 

aui  habitants  d^Albasine  de  ne  plus  continuer  leurs  expé- 
ditions sur  PAmour  et  de  tâcher  de  s^attirer  les  bonnes 
grâces  des  Chinois  ;  ses  avis  d'ailleurs  ne  sont  pas  écoutés  ; 
la  ville  d^Albasine,  devenue  un  voïévodinat,  continue  à 
organiser  des  explorations  sur  le  fleuve;  aussi,  en  i684,  les 
Chinois  se  préparent-ils  à  commencer  les  hostilités.  A  la 
suite  de  deux  sièges  d'Albasine,  les  négociations  entre  Cliinois 
et  Russes  amènent  le  27  août  1689  la  signature  du  traité  de 
Nertchinsk  en  six  articles  rédigés  en  russe,  latin  et  mand- 
chou par  lequel  furent  délimitées  les  frontières  russo-chinoises 
et  fut  décidée  la  destruction  d'Albasine.  Il  ne  faut  pas  se  dis- 
simuler Timporlance  de  ce  traité,  le  premier  qui  ait  été  conclu 
par  la  Chine  non  seulement  avec  la  Russie,  mais  avec  une 
puissance  européenne.  Les  ambassadeurs  qui  s'étaient  assem- 
blés à  Nertchinsk  avaient,  aux  termes  du  traité,  la  mission 
de  a  réprimer  l'insolence  de  certaines  canailles  qui,  faisant 
des  courses  hors  des  limites  de  leurs  terres  pour  y  chasser, 
pillent,  tuent  et  excitent  des  troubles  et  des  brouilleries,  de 
déterminer  clairement  et  distinctement  des  bornes  entre  les 
deux  empires  de  la  Chine  et  de  la  Moscovie  et  enfin  d'établir 
une  paix  et  une  intelligence  éternelles  ». 

TRAITÉ    DE    NERTCHOSK,    27    AOUT    1689 

Les  Chinois  avaient  comme  interprètes  les  deux  jésuites 
Jean-François  Gerbillon  et  Thomas  Pereyra  * . 

Saneti  Sinarum  Imperatoris  mandate  missi  ad  determinandos 
limites  Magnâtes. 

Som  Go  Tu  Praetorianorum  militum  praefeclus  interioris 
palatii  Palatinus,  Imperii  consiliarius  etc. 

1.  Gerbillon,  voir  p.  5i.  —  Thomas  Pereyra,  né  à  S.-Marlinho  de 
\alo,  i«'  novembre  i645  ;  arrivé  en  Chine  en  1678  ;  mort  à  P(?king, 
ai  décembre  1708. 

CORDIER.  I.  —  6 


F 

I; 

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I 

! 


82  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

Tum  Que  Cam  interioris  palatii  palatinus,  primi  ordinis  cornes» 
Imperialis  vexilli  dominus,  Imperatoris  avunculus  etc. 

Lam  Tan  vnius  etiam  vexilli  dominus 

Pain  Tarcha  item  vnius  vexilli  dominus 

Sap  so  circa  Sagalien  Via  aliasquc  terras  generalis  exercituum 
praefectus 

Ma  La  vnius  vexilli  praefectus 

Wen  ïa  exterorum  tribunalis  alter  praeses  etcaeteri  unacum 
missis. 

Dei  gratia  magnorum  dominatorum  Tzaruin  Magnoru nique 
Ducuni  loannis  Alexiewicz,  Pétri  Alexiewicz  totius  magnae  ac 
parvac,  nec  non  albae  Russiae  Monarcharum,  inultorumque 
dominiorum  ac  terrarum  Orientaliuin,  Occidentalium  ac  Scptem- 
trionalium,  Prognatorum  Haeredum,  ac  Successorum,  domina- 
torum ac  possessorum 

Magnis  ac  plenipotentibus  Suac  Tzareae  Majestatis  Legatis 
Proximo  Okolnitio  ac  lociteneiite  Branski  Theodoro  Alexiewicz 
Golovin  dapifero  ac  locitenente  lélatomski,  loannc  Eustahievicz 
Wlasoph  Cancellario  Simone  Cornitski 

Anno  Cam  Hi  a8°  crocei  serpentis  dicto  7"*Lunae  diea^  prope 
oppidum  Nipchou  congregali  tum  ad  coerccndam  et  repri mondain 
imolentiam  eorum  inferioris  notae  venatorum  hominum,  ({ui 
extra  proprios  limites,  sive  venabundi,  sive  se  mutuo  occidentcs, 
si\e  depraedantes,  sive  perturbationes  aut  tumultus  quoscuinqup 
commovcntes  pro  suo  arbitrio  excurrunt,  tum  ad  limites  inter 
utrumque  Imix^rium  Sinicum  videlicet  et  Ruthenicum  claré  ac 
perspicuédeterminandosacconstituendos,  tum  deniquead  pacem 
})erpetuam  stabiliendam  aeternumque  (bcdus  perçu tiendum, 
soquentia  puncta  ex  mutuo  consensu  statuimus  ac  determina- 
vimus. 

I. 

Rivuhis  nomine  Kerbichi,  qui  rivo  Chorna  Tartaricc  Vnim 
dicto  proximus  adjacet  et  fluvium  Sagalien  Via  influit,  limites 
inter  utrumque  Imperiuni  constituet.  Item  a  vertice  rupis  seu 
montis  lapidei,  qui  est  supra  dicti  rivuli  Kerbichi  fontcin  et  ori- 
ginem  et  per  ipsa  huius  montis  cacumina  usqucad  marc,  utrius- 
que  Imperii  ditionein  ita  dividet,  ut  omnes  terrac  et  flu\ii  sive 
parvi  sive  inagni  qui  a  meridionali  huius  montis  parte  in  fluvium 
Sagalien  Via   influunt  sint  sub  Im|3erii  Sinici  dominio,  omnes 


TRATTÉ    DE   NEBtCmXSIi,    Q7    AOUT    1689  83 

terrac  vero  et  omnes  rivi  qui  ex  altéra  montis  parte  ad  Borealem 
plagam  vergunt  sub  Ruthenicî  Imperii  dominio  rémaneant  ita 
tamen,  ut  quicunque  fluvii  in  mare  influant  et  quaecumque 
terrae  sunt  intermediaè  inter  fluvium  Vdi  et  scriem  montium 
prolimitibusdesignatam  prointerim  indeterminatae  relinquantur. 
De  his  autcm  post  uniuscuiusque  Imperii  legatorum  in  proprium 
regnum  reditum  rite  examinatis  et  clare  cognltis  vel  per  legatos 
vel  per  lilteras  poslea  determinabitur.  Item  fluvius  nomine  Ergon 
qui  etiam  supra  dictum  fluvium  Sagalien  Via  influit,  limites  ita 
constitucl,  ut  omnes  terrae  quae  sunt  ex  parte  meridionali  ad 
Sinicum,  quae  vero  sunt  ex  parte  boreali,  ad  Ruthenicum  Impe- 
rium  pertineant  :  et  omnes  aedes  quae  ex  parte  dicti  fluminis 
meridionali  in  faucibus  fluvii  nomine  Meyrelkeextructae  sunt  ad 
littus  boréale  transferentur. 


a. 


Arx  seu  fortalitia  in  loco  nomine  Yagsa  a  Russis  extructa  fun- 
ditus  cruetur  ac  destruetur.  Omnesquc  illam  incolentes  Rutheni 
Imperii  subditi  cum  omnibus  suis  cuiuscumque  generis  rébus  in 
Russi  Imperii  terras  deducentur. 

Aique  extra  bos  limites  détermina tos  nullamob  causam  utrius- 
que  Imperii  vcnatores  transi bun t. 

Quod  si  unus  aut  duo  inferioris  nolae  bomines  extra  bos  sta- 
lutos  limites  vel  venabundi,  vel  latrocinaturi  divagabuntur, 
statim  in  vincula  coniecti  ad  illarum  terrarum  constitutos  in 
utroque  ïmperio  Praefectos  deducentur,  qui  cognitam  illorum 
culpam  débita  |X>enâ  mulctabunt  :  Si  vero  ad  dccem  aut  quin- 
decim  simul  congregati  et  armis  instructi.  aut  venabuntur,  aut 
alterius  Imperii  bomines  occident,  aut  depraedabuntur  de  boc  ad 
uniuscuiusque  Imperii  Impcratores  referetur,  omnesque  buius 
criminisrei  capitali  poenâ  muictabuntur,  nec  bellum  propter 
quoscumque  particularium  hominum  excessus  suscitabitur,  aut 
sanguinis  eiîusio  procurabitur. 

3. 

Quaecumque  prius  acta  sunt,  cuiuscumque  generis  sint, 
aeternà  oblivione  sopiantur.  Ab  eo  die  quo  inter  utrumque  Im- 
periumhaec  aeterna  pax  iurata  fuerit,  nulli  in  posteruin  ex  altero 


84  nUSSES    ET    AMÉRICAINS 

Imperio  transfugae  in  alterum  Imperium  admittentur  :  sed  in 
vincula  coniecli  statim  reducentùr. 


4. 

Quicumque  ver6  Rutheni  Imperii  subditi  in  Sinico  et  quicutn- 
quc  Sinici  Imperii  in  Ruthenico  nunc  sunt,  in  eodem  statu 
relinquantur. 

5. 

Propter  nunc  contractam  amicitiam  atquc  aclernum  foedus 
stabilitum,  cuiuscumque  generis  homines  litteras  patent4?s  iteneris 
sui  afFercntes,  licite  accèdent  ad  régna  utriusque  dominii,  iblquc 
vendent  et  ement  quaecumque  îpsis  videbuntur  necessaria  inutuo 
commercio. 

6. 

Concilio  intcr  utriusque  Imperii  legatos  celebrato,  et  omnibus 
utriusque  Regni  limitum  contentionibus  diremptis,  pacequc  sta- 
bililâ,  et  aeterno  amicitiae  foedere  percusso,  si  hae  omnes  deter- 
minatae  conditiones  rite  observabuntur,  nullus  erit  amplius  per- 
turbationi  locus. 

Ex  utraque  parte  hujus  foederis  conditiones  scripto  mandà- 
buntur,  duplexque  exemplar  huic  conforme  sigillo  munitum  sibi 
invicein  tradent  magni  utriusque  Imperii  legati. 

Demum  et  iuxta  hoc  idem  exemplar  eaedem  conditiones  Sinico 
Ruthenico  et  latino  idiomate  lapidibus  incidentur,  qui  lapides  in 
utriusque  Imperii  limitibus  in  perpetuum  ac  aeternum  monu- 
mentum  erigcntur. 

Datum  apud  Nipchou  anno  Gam  Hi  a8°  7'*  Lunae  die  24. 


MISSIO:<S     DIVERSES 

Si,  d'une  part,  malgré  leur  demande  de  conserver  tous  les 
territoires  au  Nord  de  l'Amour,  les  Russes  sont  refoulés  au 
delà  de  ce  grand  fleuve  jusqu'à  la  chaîne  de  montagnes  qui 
s'étend  jusqu'à  la  mer,  restituant  aux  Chinois  le  pays  dont 
sont  formées  aujourd'hui  l'Amourskaya  et  une  partie  de  la 


MISSIONS    DIVERSES  85 

Zabaïkaiskaya,  d'autre  part,  ils  obtiennent  une  délimitation 
officielle  des  frontières  et,  chose  fort  importante,  la  liberté  de 
circuler  et  de  faire  le  commerce  en  Chine  pour  leurs  na- 
tionaux munis  d'un  passeport  en  règle.  Nous  sommes  arrivés 
à  la  première  étape  de  l'invasion  qui  portera  l'envahisseur 
jusqu'à  l'embouchure  de  l'Amour.  Désormais  plus  de  guerre, 
mais  une  série  d'ambassades  qui  profiteront  de  circonstances 
favorables  pour  obtenir  pacifiquement  ce  que  les  armes 
n'eussent  peut-être  point  suffi  à  arracher.  Ce  qu'il  y  a  de 
plus  remarquable  dans  cette  histoire  des  relations  des  deux 
vastes  empires  asiatiques,  c'est  la  ténacité  du  Moscovite  aux 
prises  avec  l'astuce  du  Chinois  et  la  comparaison  entre  le 
point  de  départ  de  ces  relations  :  la  Russie  d'Ivan  le  Terrible 
et  la  Chine  de  Kang-Hi  et  leur  point  culminant  en  1860 
quand  ces  mêmes  nations  auront  passé  l'une  entre  les 
mains  de  fer  de  Pierre  le  Grand  et  sera  devenue  la  Russie 
de  Nicolas  II,  l'autre  sous  le  gouvernement  des  empereurs 
Kia-K'ing  et  Tao-Kouang  et  sera  devenue  la  Chine  de  leur 
successeur  Hien-Foung.  On  doit  reconnaître  que  les  succes- 
seurs de  Golovine,  le  signataire  du  traité  de  Nertchinsk, 
n'eurent  guère  à  se  féliciter  du  résultat  de  leurs  missions  et 
que  Pierre  le  Grand  n'eut  pas  à  compter  parmi  ses  succès 
les  ambassades  qu'il  envoya  à  la  cour  de  Péking.  C'est 
d'abord  l'Allemand  Evert  Isbrand  Ides  qui,  dans  un  récit  peu 
digne  de  créance  de  son  voyage  (1692-4),  omet  de  dire  que  la 
lettre  du  tsar  son  maître  fut  renvoyée  parce  que  le  nom  de 
Pierre  le  Grand  précédait  celui  de  Kang-Hi.  Il  avait  sans  doute 
pour  mission  de  faire  confirmer  les  termes  du  traité  de  Nert- 
chinsk et  de  consolider  des  relations  que  compromettaient  les 
brigandages  et  les  incursions  des  colons  nouveaux  de  l'Amour. 
Cependant  une  ambassade,  dirigée  par  Tou  Li-chen  (1712- 
1716)  envoyée  par  Kang-Hi  aux  Tartares  Tourgoutes  sur  les 
bords  de  la  Caspienne  passa  sur  le  territoire  nisse  et  fut  bien 
traitée  par  le  gouverneur  de  Sibérie  qui,  à  la  demande  du 


86  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

Fils  du  Ciel,  envoya  plus  tard  à  Péking  un  médecin.  Ce  mé- 
decin était  accompagné  d^un  Suédois  nommé  Lange,  qui  fit 
partie  des  ambassades  suivantes  et  devint  vice-gouverneur 
dlrkoutsk.  Malgré  le  succès  de  cette  dernière  mission,  Tin- 
conduite  des  négociants  russes  leur  avait  fait  interdire 
l'entrée  dans  la  capitale.  Ismaïlov  fut  chargé  d'obtenir  de 
nouveau  de  la  Chine  libre  circulation  des  caravanes  portant 
des  produits  russes  à  Péking.  Ismaïlov,  accompagné  d'une 
brillante  escorte,  arriva  à  Péking  le  29  novembre  1720  et 
séjourna  dans  cette  capitale  jusqu'au  2  mai  1 72 1 .  Sa  mission 
n'eut  d'ailleurs  pas  d'effets  durables  par  suite  de  la  désertion 
de  quelques  Mongols  qui  passèrent  aux  Russes.  Lange,  qui 
était  resté  à  Péking  comme  consul  de  Russie,  fut  même 
obligé  de  quitter  cette  ville  en  1722  à  la  suite  dlntrigues 
des  jésuites,  dit-on,  plus  probablement  à  cause  de  nouveaux 
désordres  des  marchands  russes  à  Ourga.  La  guerre  même 
ne  fut  évitée  que  par  la  mort  de  Kang-Hi.  Cependant  les  Rus- 
ses ne  perdaient  pas  de  vue  l'occupation  de  l'Amour  ;  une  nou- 
velle ambassade,  sous  la  conduite  du  comte  Sara  Vladislavitch. 
partit  en  1725  pour  la  Chine  avec  la  mission  officielle  d'an- 
noncer au  Fils  du  Ciel  l'accession  au  trône  de  Russie,  de 
Catherine,  la  veuve  de  Pierre  le  Grand,  qui  venait  de  mou- 
rir. On  remarquera  que  dans  toutes  les  circonstances  la 
Chine  regarde  la  Russie  comme  sa  vassale;  le  nom  du 
monarque  chinois  précède  dans  les  lettres  de  créance  celui 
du  tsar  ;  l'avènement  d'un  nouveau  souverain  à  Saint-Péters- 
bourg est  immédiatement  annoncé  à  Péking;  les  présents 
sont  considérés  comme  un  tribut,  et  les  ambassadeurs  sont 
soumis  à  des  cérémonies  humiliantes  ;  parfois  ils  sont  retenus 
à  la  frontière,  parfois  ils  sont  obligés  de  faire  les  neuf  pros- 
ternations (J(o  téou)  en  usage  en  Chine.  Vladislavitch  ne 
put  aller  à  Péking,  mais  il  conclut  à  Kiachta  un  nouveau 
traité  (21  octobre  1727)  qui  est  la  seconde  étape  des  Russes 
dans  leur  conquête  de  l'Asie  orientale.  Ils  obtenaient  que  la 


MISSION    ECCLÉSIASTIQIE    RUSSE    DE    PÉKING  Sy 

frontière  fut  mieux  déterminée,  la  permission  de  bâtir  une 
église  à  Péking  et  que  de  nouveaux  arrangements  fussent 
pris  pour  les  caravanes. 


MISSION    ECCLESIASTIQUE    RUSSE    DE    PEKIIHG 

Lors  du  premier  siège  d'Albasine  (7  juillet  i684)  3i  Russes 
furent  faits  prisonniers  par  les  Chinois  et  conduits  à  Péking, 
où,  pendant  deux  ans  ils  lurent  retenus  en  captivité,  mais 
sans  mauvais  traitements;  Isbrand  Ides  avait  été  chargé  de 
réclamer  leur  mise  en  liberté,  mais  quoique  l'empereur 
Kang  Hi  eiU  accordé  celte  demande,  les  Russes  restèrent  à 
Péking.  Parmi  eux  se  trouvait  un  prêtre  nommé  Maxime 
ou  Dmitri  Léontiev,  qui,  en  1711  était  déjà  fort  âgé. 

L'empereur  consentit  alors  à  ce  que  la  Russie  envoyât 
quelques  prêtres  à  Péking  pour  satisfaire  aux  besoins  reli- 
gieux des  Russes  captifs.  En  lyiS  arriva  à  Péking  Tarchi- 
mandrile  Hilarion,  accompagné  d'un  prêtre  et  d'un  diacre  ; 
ce  fut  la  première  mission  ecclésiastique  russe  en  Chine; 
Tarticle  5  du  traité  Vladislavitch  fait  mention  de  cette  mis- 
sion pour  la  première  fois  dans  un  instrument  diplomatique  : 

«  Koen,  seu  domus,  quœ  modo  est  Pekini  pro  Russis,  in  pos- 
terum  quicumquc  venerint  Russi,  ipsi  soli  iiicolent  hanc  domuni  ; 
quod  autcm  Russia;  Legatus  Sava  Vladislavich  Illyricus  Gomcs 
dixit  (le  icmplo  faciendo,  factum  est  in  liac  ipsà  domo  adiuvanli- 
bus  inagnatibus,  qui  curam  liabenl  de  negociis  Russorum.  In  hoc 
habitabit  unus  Lama  (sacerdos)  qui  modo  est  Pekini,  et  adden- 
tur  1res  alii  Lama  (sacerdos)  venturi,  sicut  dclibcratum  est, 
quando  autem  pervenerint  dabuntur  illis  victualia,  sicut  dantur 
illi,  qui  prias  venerat,  et  in  hoc  Templo  collocabuntur  :  Non  im- 
pedienlur  Russi  recitare  et  colère  suum  Deum  suo  modo.  Prae- 
lerea  quatuor  pueri  Russi  scliolastici ,  et  duo  alii  provectiorîs 
ïptalis  scicntes  linguam  latinam,  et  russam,  quos  legatus  Russiœ 
Sava  Vladislavich  Cornes  Illyricus  vult  relinquere  Pekini  ad  dis- 
cendas  linguas,  habitabunt  etiani  in  hâc  domo  ;  ipsis  ministra- 


88  RUSSES    ET    AMÉRICAINS 

bnntur  viciualta  expensis  regiis,  absolutis  autem  studiis  reducat 
eos  ad  libitum.  » 


Le  traité  de  1 727  a  été  la  base  des  relations  de  la  Russie  avec 
la  Chine  jusqu'au  xix®  siècle.  Bien  des  fois  des  malentendus 
graves  s'élevèrent  entre  les  deux  pays  ;  mais  quoique  la  guerre 
ait  été  en  plusieurs  occasions  sur  le  point  d'éclater,  par  suite 
surtout  de  déserteurs  passant  aux  Russes,  les  difficultés 
furent  toujours  pacifiquement  surmontées.  Les  différentes 
ambassades  de  Kropotov  (1768),  de  Golovkine  (i8o5-i8o6) 
et  de  Timkovski  (1820- 182  2)  n'eurent  pas  de  résultats  immé- 
diats. La  guerre  de  la  Chine  avec  l'Angleterre  et  la  signature 
du  traité  de  Nanking  encouragèrent  les  Russes  à  demander  des 
termes  aussi  favorables  que  les  autres  nations  européennes. 


MOURAVIEV 


La  proie  que  convoitait  la  Russie  depuis  169  ans  allait 
enfin  lui  appartenir.  En  1847,  Mouraviev,  gouverneur  de 
Toula,  fut  nommé  gouverneur  général  de  la  Sibérie  orientale  ; 
il  s'empressa  de  réclamer  les  services  du  capitaine  Nevelsky, 
ancien  commandant  du  transport  le  Baïkal^  de  la  Com- 
pagnie russo-américaine,  pour  explorer  la  cote  Sud-Est  de  la 
Sibérie.  Arrivé,  en  mai  18/19,  à  Petropavlovsk,  Nevelsky  se 
dirigea  vers  la  pointe  Nord  de  Sakhalin,  doubla  les  caps 
Elisabeth  et  Marie,  découverts  par  Krusenstern,  arriva  dans 
la  Baie  Trompeuse,  appelée  depuis  baie  Baïkal,  passa  la 
pointe  Golovatchev  et  pénétra  enfin  dans  l'Amour.  Il  décou- 
vrait en  même  temps  qu'il  existait  entre  Sakhalin  et  le 
continent  asiatique  une  route  permettant  de  se  rendre  de  la 
mer  du  Japon  à  la  mer  d'Okhotsk,  sans  avoir  besoin  de 
passer  par  le  détroit  de  La  Pérouse.  On  voit  immédiatement 
de  quelle  importance  énorme  était  cette  découverte  et  le 
nouveau  détroit  qui  conduisait  du  golfe  de  Tartarie  à  la  mer 


TRAITÉ    D*AÏGOUxN»     l6    MAI     l838  89 

d^'Okhotsk  reçut  le  nom  de  son  explorateur  :  Nevelsky.  A  la 
suite  de  nouvelles  expéditions  de  Nevelsky  et  de  plusieurs 
autres  voyageurs  russes,  Mouraviev  se  disposa  à  partir  pour 
la  Sibérie  orientale.  Le  i8  mai  i854,  à  la  tête  d'une  floUille, 
il  entra  dans  les  eaux  du  fleuve  Amour,  fermé  à  la  naviga- 
tion russe  depuis  le  traité  de  Nertchinsk.  Dans  une  nouvelle 
expédition,  Mouraviev  fonda,  le  g  mai  i858,  Blagovietchensk 
à  rcmbouchure  de  la  Zéïa,  puis,  le  i6  du  même  mois,  il 
signa  à  Aïgoun  un  traité  avec  la  Chine  par  lequel  la  rive 
gauche  de  l'Amour  appartenait  aux  Russes  depuis  Tcmbou- 
chure  de  ce  fleuve  jusqu'à  l'Argoun. 


TRAITÉ    d'aÏGOLN,     i6    MAI    l858 

Ce  traité  signé  par  le  lieutenant-général  Nicolas  Mouraviev 
et  le  prince  I-Clian,  commandant  en  chef  sur  l'Amour, 
comprend  trois  articles  dont  le  premier  qui  nous  intéresse 
est  ainsi  conçu  : 

ce  La  rive  gauche  du  fleuve  Amour,  à  partir  de  la  rivière 
Argoun  jusqu'à  l'embouchure  de  l'Amour,  appartiendra  à 
l'empire  de  Russie,  et  sa  rive  droite,  en  aval  jusqu'à  la  rivière 
Ousouri,  appartiendra  à  l'empire  Ta-Tsing;  les  territoires 
et  endroits  situés  entre  la  rivière  Ousouri  et  la  mer,  comme 
jusqu'à  présent,  seront  possédés  en  commun  par  l'empire 
Ta-Tsing  et  l'empire  de  Russie,  en  attendant  que  la  frontière 
entre  les  deux  États  y  soit  i-églée.  La  navigation  de  l'Amour, 
du  Soungari  et  de  l'Ousouri  n'est  permise  qu'aux  bâtiments 
des  empires  Ta-Tsing  et  de  la  Russie  ;  la  navigation  de  ces 
rivières  sera  interdite  aux  bâtiments  de  tout  autre  Etat.  Les 
habitants  mantchous  établis  sur  la  rive  gauche  de  l'Amour, 
depuis  la  rivière  Zéia  jusqu'au  village  de  Hormoldzin  au 
Sud,  conserveront  à  perpétuité  les  lieux  de  leurs  anciens 
domiciles  sous  l'administration  du  gouvernement  mantchou, 


90  RUSSES    ET    AMÉKICAINS 

et  les  habitants  russes  ne  pourront  leur  faire  aucune  offense 
ni  vexation.   » 


TRAITÉ    DE    T1E>--TS1ÎÎ,     I-l3  JUDT    l858 

Peu  de  temps  après,  précédant  de  quelques  jours  les  traités 
anglais  et  français,  un  autre  traité  était  signé  à  Tien-Tsin  par 
le  vice-amiral  Comte  Euthyme  Po'utiatine  avec  Kouei-Liang  et 
Houa  Cha-na  (i-i3  juin  i858);  il  comprend  douze  articles 
dont  nous  citerons  le  second  : 

ce  L'ancien  droit  acquis  à  la  Russie  d'expédier  des  envoyés  à 
Pcking  toutes  les  fois  que  le  gouvernement  russe  le  juge  nécessaire 
est  confirmé  par  le  présent  traité. 

«  Le  gouvernement  russe  et  le  gouvernement  chinois  commu- 
niqueront entre  eux,  non  plus,  comme  autrefois,  par  Tinter- 
médiaire  du  Sénat,  et  du  Li-fan-yuen,  mais  par  Tintermédiaire 
du  ministre  des  affaires  étrangères  de  Russie,  et  du  premier 
membre  du  conseil  suprême  de  l'Empire  (Kioun-Ki-tchou)  ou 
principal  ministre,  sur  la  base  d'une  parfaite  égalité. 

«  La  correspondance  ordinaire  entre  les  deux  dignitaires  sus- 
dits sera  transmise  par  les  autorités  frontières.  Mais  quand  il  y 
aura  nécessité  d'envoyer  une  déjjéche  concernant  une  affaire  de 
haute  importance,  un  fonctionnaire  spécial  sera  désigné  pour  la 
porter  dans  la  capitale,  et  pour  en  conférer  personnellement  a^ec 
le  principal  ministre.  A  son  arrivée  il  transmettra  la  dépêche  par 
l'entremise  du  président  de  la  Chambre  des  Cérémonies  Li-pou. 

a  Une  parfaite  égalité  sera  aussi  observée  dans  la  correspon- 
dance et  les  entrevues  des  envoyés  ou  ministres  plénipotentiaires 
de  Russie  avec  les  membres  du  conseil  de  l'Empire,  les  ministres 
de  la  cour  de  Péking  et  les  gouverneurs  généraux  des  provinces 
limitrophes  ou  maritimes.  C'est  sur  cette  môme  base  qu'auront 
lieu  toutes  les  relations  entre  les  gouverneurs  généraux  et  les 
autres  autorités  des  localités  limitrophes  des  deux  Empires. 

«  Si  le  gouvernement  russe  jugeait  nécessaire  de  désigner  un 
ministre  plénipotentiaire  pour  résider  dans  l'un  des  ports  ouverts, 
il  se  conformera  dans  ses  rapports  personnels  et  dans  la  corres- 
pondance avec  les  autorités  supérieures  locales,  ou  avec  les  mi- 


LE    GÉNÉRAL    IGNATIEV  9I 

nistres  à  Péking,  aux  règles  générales  acluellement  éiabilcs  pour 
tous  les  Ëtats  étrangers. 

c  Les  envoyés  russes  peuvent  serendrcà  Péking  soit  de  Kiaklita 
par  Ourga,  soit  de  Ta-Kou  à  Tembouchure  du  fleuve  Pei-ho, 
soit  par  une  voie  quelconque,  des  autres  villes  ou  ports  ouverts 
de  la  Chine. 

«  Le  gouvernemcnt^hinois  s'engage  à  prendre  immédiatement, 
sur  avis  préalable,  les  mesures  nécessaires  aussi  bien  pour  Tache* 
minemenl  prompt  et  sur  de  l'envoyé  et  des  personnes  qui  l'ac- 
compagnent, qu'afm  qu'ils  soient  reçus  dans  la  capitale  avec  les 
honneurs  qui  leur  sont  dus,  convenablement  loges  et  pourvus  de 
tout  ce  qui  leur  sera  nécessaire. 

«  Les  frais  concernant  ces  divers  articles  sont  supportés  par  le 
gouvernement  russe  et  nullement  par  le  gouvernement  chinois. 

L'article  III  marque  rouverlure  des  ports  de  Ghang-Haï, 
Ning-Po,  Fou-tchéou,  Amoy,  Canton,  Taï-V\  an  et  K'ioung- 
tchéou  dans  rilc  de  Haï  Nan. 


LE    GÉNÉRAL    IGNATIEV 

Mais  voici  le  général  Nicolas  Ignatiev*  chargé  des  intérêts 
de  la  Russie  dans  rExtrême-Oricnt  ;  il  suit  pas  à  pas  le 
baron  Gros  et  lord  Elgin  et  s'insinue  d'ailleurs  dans  les 
bonnes  grâces  de  l'un  et  de  l'autre  ;  le  second  dit  de  lui  : 

«  Nous  sommes  toujours  très  bons  amis.  Peut-être  prend  il 
avantage  de  ma  simplicité  ;  mais  en  tout  cas,  nous  paraissons 
toujours  nous  entendre  remarquablement*.    »   Le  général 
autorise  l'ensevelissement  des   victimes  anglaises  du  guet 
apens  de  T'oung-tchéou  dans  le  cimetière  russe*.    Le  prc- 


I.  Nicolas  Pavlovitch  Ignaliov,   né  à  Saint-Pétersbourg  le  39  janvier 
i83a. 

a.  Th.  Walrond,  p.  368. 

3.  Voici  l'inscription  placée  au-dessus  des  tombes  dans  le  cimetiorc 
russe  de  Péking  des  victimes  anglaises  du  guet-apens  de  T'oung-tchéou  : 


qa  RUSSES  et  améhicains 

mier  pourra  écrire  le  lendemain  de  la  signature  de  la  Con- 
vention de  Péking  :  «  J'ai  dû  me  servir  confidentiellement 
du  général  Ignatiev,  qui  s'y  est  prêté  de  bonne  grâce,  et  qui 
m'a  rendu  de  véritables  services.   » 

Le  Baron  Gros  qui  avait  quitté  Tché-fou  le  25  juillet 
1860,  écrivait  «  A  bord  du  Du  CViayla^  en  rade  devant 
Pétang,  le  5  août  1860  »,  à  M.  Thouvenel,  Ministre  des 
Affaires  étrangères  : 

«...  En  arrivant  au  mouillage  devant  Pétang,  nous  y  avons 
trouvé  le  général  Ignatiev,  avec  quatre  navires  de  guerre  russes, 
et  M.  Ward,  le  ministre  américain,  avec  deux  bâtiments  portant 
son  pavillon,  ils  avaient  pris  ce  mouillage  depuis  plusieurs 
jours,  et  leur  présence  dans  ces  parages  a  dû  nécessairement 
faire  comprendre  aux  Chinois  que  Ta-Rou  ne  serait  pas  le  point 
attaqué  par  les  alliés,  mais  que  tous  leurs  efforts  allaient  être 
dirigés  sur  Pétang.  Malgré  cela,  aucun  préparatif  de  défense  n*a 
été  fait  à  rentrée  de  la  rivière  et  le  général  Ignatiev,  comme 
M.  Ward,  croyent  qu'il  entre  dans  la  politique  du  gouvernemonl 
chinois  de  prouver  qu'en  fortifiant  le  Pei-Ho  dont  il  interdit 
l'entrée  aux  navires  étrangers  et  en  leur  indiquant  le  Pe-Tang 
Ho,  comme  une  route  ouverte  depuis  longtemps  il  est  consé- 
quent avec  lui-même  et  qu'il  établit  ainsi  la  sincérité  de  ses 
bonnes  intentions. 

«  Peu  de  jours  avant  notre  arrivée  devant  Pé  Tang,  le  général 
Ignatiev  avait  reçu  une  communication  ofiîcielle  de  l'un  des 
principaux  mandarins  de  la  province,  du  gouverneur  général, 
je  crois,  et  cette  communication  était  faite,  évidemment,  pour 
être  montrée  aux  Agents  de  la  France  et  de  l'iVngleterre,  mais 
sans  qu'un  désir  formel  fût  exprimé  à  ce  sujet,  dans  le  docu- 
ment dont  il  s'agit. 

«  Sacred  lo  the  memory  of  Gaptain  Brabazon.  Royal  Artîllery  ;  Lieu- 
tenant R.  B.  Andcrson.  Fane's  Horse  ;  Priva  te  Pliipps,  ist  Dragoon 
Guards  :  W.  de  Norman,  Esq.,  Attaché  to  H.  B.  Majesty's  Légation; 
T.  W.  Bowlby,  Esq.,  and  eight  Sikh  soldiers.  who  wcre  treacherousiy 
scized  in  violation  of  a  flag  of  truce,  on  the  i8th  of  September,  1860, 
and  sank  under  the  inhuman  treatment  to  which  they  were  subjected  by 
the  Chinese  Government  during  their  captivity.  » 

Rennie,  Peking^  I,  p.  94- 


LG    GÉNÉRAL    IGNATIEV  gS 

«  Celte  communication  est  la  reproduction  presque  littérale 
des  réponses  faites  par  le  gouvernement  chinois  aux  ministres  de 
France  et  d'Angleterre,  lorsqu'il  a  rejeté  lem*  ultimatum.  Il  y 
est  dit  :  a  que  la  France  est  étrangère  au  conflit  actuel,  puis- 
«  qu'aucun  de  ses  bâtiments  ne  se  trouvait  à  l'attaque  du 
«  Pei  Ho  en  1809  *  ;  on  y  rappelle  que  la  navigation  de  cette 
a  rivière  est  interdite  aux  navires  étrangers  par  des  motifs  de 
a  sécurité  intérieure,  tandis  que  le  Pe  Tang  Ho  est  ouvert  et  le 
«  sera  toujours  ;  et  que  si  les  agents  français  et  anglais  veulent 
«  prendre  cette  voie  pour  aller  à  Péking  y  procéder  à  l'échange 
«  des  ratifications  des  traités  de  Tien-Tsin,  ils  y  seront  reçus 
a  avec  tous  les  honneurs  dus  à  leur  rang  et  les  traités  seront 
«  mis  à  exécution  sans  arrière-pensée.  Quant  à  des  excuses  à 
a  faire,  il  était  impossible  au  gouvernement  chinois  de  com- 
«  prendre  qu'il  pût  devoir  en  présenter,  et,  pour  des  indemnités 
«  de  guerre,  il  lui  semblait  que  ce  serait  à  lui  a  en  recevoir, 
«  bien  plus  qu'à  en  donner  puisqu'on  était  venu,  sans  motif, 
«  détruire  dans  le  Pei  IIo  les  défenses  qu'il  y  avait  élevées  ». 
l-.e  général  Ignatiev  m'a  dit  qu'il  avait  cru  devoir,  pour  ne  pas 
m'embarrasser,  ne  pas  me  faire  officiellement  une  communica- 
tion de  celte  nature,  puisqu'on  ne  lui  avait  pas  fait  la  demande 
formelle  de  m'en  parler,  mais  qu'il  s'empressait  de  m'en  ins- 
truire confidentiellement.  Il  m'a  dit  encore  que  pas  un  barrage, 
pas  le  moindre  obstacle  ne  se  rencontrait  à  Pé  Tang,  et  le  fait 
a  prouvé  qu'il  était  bien  informé  à  ce  sujet  ». 

«  Je  me  suis  empressé  de  communiquer  cette  bonne  nouvelle 
à  M.  l'amiral  Charner  et  à  M.  le  général  de  Montauban  ;  mais 
ils  n'ont  pas  jugé  prudent  de  changer  les  dispositions  qu'ils 
avaient  prises,  et,  les  canonnières  anglaises,  qui  étaient  en 
retard,  étant  arrivées,  un  corps  de  3  000  Français  et  de  3  000  An- 
glais a  franchi  la  barre  le  1"  août'^.  » 

Cependant  le  général  Ignatiev  s'était  rendu  à  Péking  pour 
donner  aux  Chinois  des  conseils  de  prudence  et  il  écrit  au 
Baron  Gros  : 


I .  C'est  une  erreur. 

3.  Collection  particulière. 


9^  EUSSES   ET   AMÉRICAINS 

Péking,  le  16-18  octobre  1860. 

Monsieur  le  Baron, 

Voyant  le  Gouvernement  Mandchou  prêt  k  descendre  dans 
Tablme  que  son  inconcevable  obstination  lui  a  creusé»  je  me  suis 
décidé  à  entrer  à  Péking,  —  comme  j'avais  eu  Thonneur  d'en 
prévenir  V.  Exe.  — ,  afin  de  m*assurersi  l'on  peut  compter  encore 
sur  rexîstcnce  d'un  gouvernement,  dans  l'état  de  désorganisation 
où  se  trouve  en  ce  moment  le  pouvoir  central. 

V.  Exe.  appréciera  certainement  l'intérêt  que  le  Cabinet  de 
Saint-Pétersbourg  doit  nécessairement  attacher  à  cette  importante 
question. 

Arrivé  à  Péking,  j'ai  trouvé  que  tous  les  membres  du  Conseil 
Suprême,  les  Ministres  et  les  plus  hauts  dignitaires  avaient  fui 
dans  différentes  directions,  après  le  départ  de  leur  Empereur  et 
que  Koung  Tsin-wang  lui-même,  le  Régent  de  l'Empire,  ainsi 
que  les  principaux  mandarins  chargés  par  un  ordre  spécial  de 
l'Empereur  de  diriger  les  négociations  diplomatiques,  se  tiennent 
hors  de  la  ville,  par  suite  de  la  panique  que  leur  a  inspirée  la 
présence  des  années  alliées  aux  portes  de  Péking. 

En  restant  dans  l'attitude  que  me  prescrivaient  mes  instruc- 
tions, je  devais  tâcher  de  persuader  au  Gouvernement  Chinois 
d'arriver  à  des  négociations  définitives  avec  les  ambassadeurs  de 
France  et  d'Angleterre  et  de  mener  ces  négociations  avec  plus  de 
bonne  foi  qu'il  ne  l'avait  fait  jusqu'alors.  Je  tenais  particufière- 
ment  à  lui  faire  connaître  le  sentiment  d'horreur  que  m'inspire 
la  manière  barbare  avec  laquelle  ont  été  traitées  les  personnes 
quo  le  sort  avait  fait  tomber  entre  les  mains  des  autorités  chi- 
noises. L'occasion  m'en  fut  bientôt  offerte.  Ceux  des  principaux 
mandarins  qui  sont  restés  jusqu'à  présent  dans  la  capitale,  se 
sont  présentés  chez  moi,  et  je  leur  ai  exprimé,  dans  des  termes 
énergiques,  l'indignation  que  j'avais  éprouvée  à  la  nouvelle  du 
traitement  exécrable  que  les  Autorités  chinoises  avaient  fait  subir 
aux  personnes  dont  elles  s'étaient  emparées  à  Toung-tchéou.  Je 
leur  ai  fait  également  sentir  l'impression  défavorable  qu'un 
événement  pareil  doit  produire  sur  le  Gouvernement  que  j'ai 
l'honneur  de  représenter  dans  ce  pays.  En  même  temps  je  leur 
démontrai  la  nécessité  de  donner  sur  le  champ  une  ample  satis- 
faction à  ce  sujet  aux  Puissances  alliées,  de  signer  immédiatement 


T^ 


LE    GÉNÉRAL   IGNATIEV  gÔ 

le  traite  de  paix,  et  de  procéder  à  rechange  des  ratifications  ;  je 
leur  montrai  tous  les  dangers  de  la  situation  absurde  dans 
laquelle  ils  s'étaient  placés,  et  l'urgence  de  la  rentrée  à  Péking 
du  frère  de  l'Empereur,  muni  de  pleins  pouvoirs  suffisants. 

Dans  la  situation  grave  et  imprévue  dans  laquelle  se  trouvent 
les  aiïaircs  de  Chine  au  moment  actuel,  je  crois  de  mon  devoir 
de  m'adrcsscr  à  V.  Exe.  en  la  priant  de  vouloir  bien  me  com- 
muniquer, autant  qu'elle  le  jugera  j)Ossible,  ses  intentions 
concernant  la  crise  présente  et  en  particulier  la  ville  de  Péking. 
afin  que  je  puisse  prendre  des  arrangements  en  conséquence  pour 
sauvegarder  les  intérêts  des  Russes  qui  s'y  trouvent  * . 

J'ai  l'honneur,  etc. 

N.  Ignatiev. 


Gomme  le  général  Ignatiev  a  devancé  les  alliés  dans  la 
capitale,  il  semble  préparer  les  voies  pour  eux,  et  le  baron 
Gros  lui  répond  de  la  «  Lamaserie  de  Kouang-lseu,  le 
23  octobre  1 860  : 

«  J'ai  reçu,  il  y  a  déjà  quelques  jours,  la  lettre  que  Votre 
Excellence  m'a  fait  l'honneur  de  m'écrire  pour  me  faire  connaître 
les  conseils  qu'elle  avait  donnés,  en  entrant  dans  Pé-King,  aux 
autorités  chinoises  qui  n'avaient  pas  abandonné,  comme  rem|x^- 
reur,  la  capitale  de  l'empire,  et  qui  constituaient,  par  conséquent 
encore,  une  apparence  de  gouvernement. 

«  J'ai  eu  riionncur  de  \ous  faire  savoir  verbalement  et  à  plu- 
sieurs reprises,  que  si  nous  nous  trouvions  réduits  à  prendre 
quelque  détermination  qui  pût  affecter  les  intérêts  de  la  mission 
de  Sa  Majesté  l'empereur  de  toutes  les  Russies,  dans  Pé-King,  je 
vous  le  ferais  savoir  assez  à  temps  pour  que  Votre  Excellence  pût 
aviser  ainsi  qu'elle  le  jugerait  convenable  à  sauvegarder  les  intérêts 
qu'elle  est  chargée  de  défendre. 

«  Dès  que  la  convention  sera  signée,  j'aurai  l'honneur  d'en 
envoyer  confidentiellement  une  copie  à  Votre  Excellence  *.  » 


I.  Col.  part. 

a.  Livre  jaune  du  Baron  Gros,  p.  161-2. 


qG  russes  bt  américains 


TRAITÉ    RUSSE,    PÉKI1H6,    2-1 4    NOVEMBRE    1860 

Mais  le  général  Ignatiev  n'a  garde  d'oublier  les  intérêts  de 
son  pays  ;  à  son  tour  il  signe,  avec  le  prmce  de  Koung,  un 
traité  additionnel  le  2-1 4  novembre  1860' dont  le  premier 
article  est  à  citer  : 

«  Pour  corroborer  et  élucider  Tarticle  i***  du  traité  conclu 
dans  la  ville  d*Aïgoun,  le  1(3  mai  1808  (V11I°  année  de  Hicn- 
Foung,  21*  jour  de  la  IV*  lune)  et  en  exécution  de  Tarticle  9  du 
traité  conclu  le  i"juin  de  la  même  année  (S**  jour  de  la  V*  lune) 
dans  la  ville  de  Ticn-Tsin,  il  est  établi  : 

Désormais  la  frontière  orientale  entre  les  deux  empires,  à 
commencer  du  confluent  des  rivières  Chilka  et  Argoun.  descen- 
dra le  cours  de  la  rivière  Amour  jusqu*au  confluent  dé  la  rivière 
Ousouri  avec  cette  dernière.  Les  terres  situées  sur  la  rive  gauche 
(au  nord)  de  la  ri\ière  jAmour  appartiennent  à  Tempire  do 
Russie,  et  les  terres  situées  sur  la  rive  droite  (au  sud)  jusqu'au 
confluent  de  la  rivière  Ousouri,  appartiennent  h  l'empire  do 
Cliinc.  Plus  loin,  depuis  le  confluent  de  la  rivière  Ousouri  jus- 
qu'au lac  Hin  Kaï,  la  ligne  frontière  suit  les  rivières  Ousouri  et 
Son'gatclia.  Les  terres  situées  sur  la  rive  orientale  (droite)  de 
l  ces  PTvières  appartiennent  à  l'empire  de  Russie,  et  sur  la  rive 
Vijmdontale  (gauche)  à  l'empire  de  Chine.  Plus  loin,  la  ligne 
frontière  entre  les  deux  empires,  depuis  le  point  de  sortie  de  la 
ri\ièrc  Son'gatcha,  coupe  le  lac  Hin  Kaï.  et  se  dirige  sur  la  rivière 
Bélén-ho  (Tour)  ;  depuis  l'embouchure  de  cette  rivière  elle  suit 
la  crête  des  montagnes  jusqu'à  l'embouchure  de  la  rivière  Hou- 
pitou.(Houptou),  et  de  là,  les  montagnes  situées  entre  la  rivière 
Khoun-tchoun  et  la  mer  jusqu'à  la  rivière  Thou-men  Kiang. 
Le  long  de  cette  ligne,  également,  les  terres  situées  à  l'est  appar- 
tiennent à  l'empire  de  Russie  et  celles  à  l'ouest  à  l'empire  de 
Chine.  La  ligne  frontière  s'appuie  à  la  rivière  Thou-men  Kiang,  à 
vingt  verstes  chinoises  (li)  au  dessus  de  son  embouchure  dans  la 
mer...  » 

Ce  traité  en  i5  articles  ratifié  à  Pétersbourg  le  20  décem- 


TRAITÉ    AMÉRICAIN,    3    JUILLET    iS^A  ^7 

breet  promulgué  le  26  décembre  1860,  marquait  donc  que 
les  territoires  entre  TOusouri  et  la  mer,  au  lieu  d'être  com- 
muns aux  deux  empires,  appartiendraient  à  la  Russie.  Le 
droit  de  courtage  était  honnête. 

Notre  ambassadeur  à  Saint-Pétersbourg,  le  duc  de  Mon- 
tebello,  écrivait  à  la  date  du  28  février  1861,  au  sujet  de  ce 
traité: 

e  Le  dernier  traité  signé  entre  la  Russie  et  la  Chine  a  suffi- 
samment  mis  en  lumière  les  tendances  de  la  Russie  à  s'établir 
plus  solidement  sur  l'Océan  Pacifique,  en  jetant  dès  à  présent 
les  bases  de  débouchés  maritimes  et  de  stations  navales  qui  ne 
soient  plus  soumis  aux  rigoureuses  conditions  climatériqucs  de 
ceui  qu'elle  possédait  jusqu'ici  ;  les  établissements  entre  la  baie 
d'Okhotsk  et  l'embouchure  de  l'Amour  sont  loin  d'être  abandonnés, 
et  c'est  dans  la  presqu'île  comprise  entre  ce  fleuve  et  l'Ousouri 
aux  pieds  des  Monts  Ketchen  que  vont  se  fonder  les  nouveaux 
établissements  qui  mettront,  dans  un  avenir  sans  doute  encore 
éloigné,  le  pavillon  Russe  en  mesure  de  rivaliser  dans  les  mers 
(le  la  Chine  et  sur  les  cotes  américaines  de  l'Océan  Pacifique 
avec  les  pavillons  de  la  France  et  de  l'Angleterre  et  des  États-Unis. 

a  L'emplacement  du  principal  de  ces  établissements  destiné  à 
la  marine  militaire  est  déjà  fixé  et  sera  dans  la  baie  de  Napoléon 
au  dessous  de  l'embouchure  de  la  Suitiana  ;  il  prendra  le  nom 
Je  Vladivostok  qui  veut  dire  dominateur  de  l'Orient.  » 


TRAITÉ    AMÉRICAIN,    3    JUILLET    l844 

Les  Américains  suivirent  de  bonne  heure  l'exemple  des 
Anglais  ;  leur  premier  Consul  à  Canton  fut  le  major  Samuel 
Shaw,  originaire  de  Boston  (Massachussetls),  où  il  était  né 
le  2  octobre  1764.  Désireux  de  faire  des  aOaires  avec  la  Chine, 
il  accepta  la  position  de  subrécargue  que  lui  offrait  son  ami 
Daniel  Parker  et  s'embarqua  à  New-York  le  22  février  lySiS, 
à  bord  du  navire  Empress  of  China ^  commandé  par  John 
Green,  pour  se  rendre  en   Chine.  Deux  ans  plus  tard,   il 

CORDIER.  1.  —  7 


gS  RUSSES    ET   AMÉRICAINS 

était  nommé  consul  des  Étals-Unis  à  Canton  par  le  Congrès, 
fut  maintenu  à  son  poste  par  le  général  Washington  en  1790 
et  mourut  vers  le  12  avril  181 4.  Depuis  lors,  le  commerce 
américain  n'avait  cessé  de  croître,  faisant  une  concurrence 
redoutable  à  celui  des  Anglais  ;  d'autre  part,  les  mission- 
naires de  Y  American  Board  of  Commissioners  for  Foreîgn 
Missions,  dont  le  premier  fut  Elijah  Coleman  Bridgman, 
arrivé  en  Chine,  le  19  février  i83o  sur  le  Roman,  allaient 
prendre  une  part  très  active  aux  travaux  évangéliques*. 

TRAITE    AMÉRICAIN,     l8    JUIN    l858 

Lorsqu'après  la  signature  du  traité  anglais  de  Nan-King,  les 
Américains  se  décidèrent  à  envoyer  un  ministre  plénipoten- 
tiaire, ils  firent  choix,  à  défaut  d'Edward  Everett,  de  Caleb 
Cushing^,  du  Massachussetts,  qui  reçut  sa  commission  le 
8  mai  1 843.  La  frégate  Brandy  wine, qui  le  portait  ainsi  que  les 
autres  membres  de  la  mission,  arriva  à  Macao  le  24  février 

1844.  La  mission  comprenait,  outre  le  ministre  plénipoten- 
tiaire, un  secrétaire,  Flelcher  Webster  ;  deux  interprètes, 
les  Rév.  E.  C.  Bridgman  (qui  faisait  en  même  temps  fonc- 
tions d'aumônier)  et  P.  Parker;  des  attachés,  John  H. 
O'Donnell,  Robert  Me  Intosh,  S.  Hernisz,  T.  R.  West  et 
John  R.  Peters  Jr.  ;  plus  un  chirurgien,  le  Dr  E.  K.  Kane. 
Un  traité,  fait  sur  le  modèle  de  celui  de  la  Grande-Bretagne, 
fut  signé  à  Wanghia,  près  de  Macao,  le  3  juillet  i844  ;  les 
ratifications  en  furent  écliangées  à  Canton,  le  3i  décembre 

1845,  par  le  commodore  Biddle^. 

Après  les  Français  et  les  Anglais,  le  18  juin  i858,  le  niî- 

I.  Voir  Henri  Gordicr,  Américains  et  Français  tt  Canton  au  xvni« 
siècle  (Journ.  Soc.  Américanistes  de  Paris,  1898). 

a.  Né  à  Salisbury  (Massachusetts),  17  janvier  1800;  mort  à  New*  York, 
2  janvier  1879. 

3.  Caleb  Cushing,  of  Massachusetts  :  Conimissioned  envoy  extraordi- 


LE    GÉNÉRAL    WAftD  ^g 

nislre  américaîn  William  B.  Reed*  signa  avec  Kouei-Liang 
elHoua  Cha-na,  à  Tien-Tsin  un  traité  en  3o  articles  à  Timita- 
lion  des  précédents.  L'article  XIV  marque  Touverture  des 
sept  ports  de  :  Canton,  Swatow,  Amoy,  Fou-tchéou,  Taï- 
wan, Ning-Po  et  Chang-Haï. 


LE    GÉNÉRAL  WARD 

Pendant  la  campagne  de  1860,  le  ministre  américain,  le 
général  John  E.  Ward^,  suivit  les  opérations  des  alliés  franco- 
anglais  dans  le  golfe  du  Tché-li  ;  ce  fut  lui,  que,  le  4  octo- 
bre, Heng-fou,  vice-roi  de  la  province',  chargea  de  remettre 
une  note  au  baron  Gros  au  sujet  de  laquelle  ce  dernier 
écrit  au  Ministre  des  Affaires  étrangères  : 


narj  andmînistcrplenîpotentiaryand  commissioner  May  8,  i843.  Edward 
Everett,  of  Massachusetts,  was  commissioned  commissioner  March  3, 
1843,  but  did  not  accept.  Mr.  Gushing  held  two  commissions,  one  as 
commissioner  and  the  other  as  envoy  extraordinary,  and  minister  plcni- 
potenliary,  bearing  the  same  date.  Left  Macao  for  thc  United  States 
August  37.  1844.  and  arrived  in  Washington  January4i  i845,  with  copy 
uf  treaty  with  China.  Resigned  March  i3,  i845.  Peter  Parker  was  left 
in  charge.  —  Voir  la  liste  des  ministres  américains  dans  le  T'oung  Pao, 
vri,  p.  4i4-4i6. 

1.  William  B.  Rééd.  de  Pennsylvanie,  envoyé  extraordinaire  et  mi- 
nistre plénipotentiaire,  18  avril  1867  ;  quitta  la  Chine  8  décembre  i858  ; 
remplacé  par  John  E.  Ward,  nommé  i5  décembre  i858. 

2.  De  Géorgie;  retourna  en  congé  le  i5  décembre  1860  et  laissa  le 
Commodore  Stribbling  comme  chargé  d'affaires  jusqu'au  a3  juillet  1861. 
W.  Wallace  Ward,  de  Géorgie,  secrétaire  de  légation,  a4  janvier  1859, 
démissionnaire  à  Hong  Kong,  18  février  1860,  et  George  W.  Heard  Jr., 
de  Massachussetts,  secrétaire  de  légation  la  septembre  1860,  démission- 
naire i^  janvier  186 1,  remplirent  les  fonctions  diplomatiques  pendant 
Tintérim.  Burlingame  fut  enfin  nommé  ministre  le  i4  juin  1861. 

3.  Hen-Fou,  président  du  ministère  de  la  guerre,  vice -président  du 
bureau  des  censeurs  généraux,  gouverneur  général  civil  et  militaire  du 
Pé  Tché-li,  intendant  général  des  voies  fluviales  et  des  approvision- 
nements. 


208547 


100  RUSSES    ET   AMÉRICAINS 

A  bord  du  Du  Chayla,  devant  Pétang,  le  7  août  1860. 

Monsieur  le  Ministre, 

Le  Gouvernement  Chinois  vient  enfin  de  rompre  le  silence 
qu'il  avait  gardé  jusqu'ici  envers  nous  ;  mais  c'est  par  Torgane  de 
M.  Ward.  le  Ministre  des  Ëtats-Unîs,  qu'il  a  fait  proposer  à  Lord 
Elgin  et  à  moi  un  projet  d'arrangement  pacifique  qui  se  termine 
cependant  par  un  ultimatum  menaçant  surtout  pour  les  deux 
ambassadeurs.  M.  Ward  ne  m'a  pas  donné  une  copie  de  ce  sin- 
gulier document,  il  n'a  fait  que  me  lire  la  traduction  anglaise 
qu'il  en  avait,  et  voici,  si  je  ne  me  trompe,  ce  qu'il  contient  de 
plus  remarquable. 

Le  Gouvernement  rappelle,  à  son  point  de  vue,  cela  va  sans 
dire,  les  négociations  de  Tien-Tsin,  pendant  lesquelles  rEmjx*- 
reur,  dans  son  inépuisable  bonté,  a  concédé  plusieurs  privilèges 
importants  aux  nations  étrangères.  Il  parle  ensuite  de  l'échec 
que  les  Anglais  ont  essuyé  devant  Ta-Kou  en  voulant,  contraire- 
ment à  la  raison,  détruire  les  fortifications  d'une  route  fermée*, 
alors  qu'on  leur  en  indiquait  une  autre  libre  de  tout  obstacle. 
Enfin,  arrivant  aux  événements  du  jour,  il  dit  que  l'Empereur 
a  appris  avec  un  profond  étonnement  que  des  soldats  et  des 
matelots  Français  et  Anglais  avaient,  par  ordre  des  deux  Ambas- 
sadeurs récemment  arri\és  en  Chine,  débarqué  à  Pétang  le 
1"  août,  chassé  les  habitants  de  la  ville  et  occupé  les  forts  des 
deux  rives  de  la  rivière  ;  mais  que  S.  M.  voulant  encore  donner 
aux  nations  étrangères  une  preuve  de  sa  clémence,  consentait  à 
ne  pas  considérer  la  guerre  comme  déclarée  et  demandait  que  les 
troupes  alliées  retournassent  sur  leurs  navires  en  même  temps 
que  les  troupes  impériales  s'éloigneraient  dans  l'intérieur  du 
pays  ;  et  qu'alors  les  deux  Ambassadeurs  pourraient  s'entendre 
avec  de  hauts  dignitaires,  et  se  rendre  à  Péking  pour  y  procéder 
à  l'échange  des  ratifications  des  Traités  de  Tien-Tsin  ;  le  gouver- 
neur ajoute  qu'en  agissant  ainsi,  de  grands  malheurs  seraient 
évités  et  la  j>aix  assurée  à  jamais  entre  l'Empire  et  les  deux 
nations  alliées. 

Le  Gouverneur  Général  priait  M.  le  Ministre  des  États-Unis 
de  vouloir  bien  communiquer  ces  pro[)ositions  aux  deux  ambas- 
sadeurs, et  l'engageait  surtout  à  bien  leur  faire  comprendre  que 
leurs  troupes,   assurément  très  habiles  ot  très  fortes  suriner,  ne 


LE    GÉNÉRAL    W%RD  lOI 

le  seraient  pas  sur  terre  en  présence  des  innombrables  armées 
impériales,  et  qu'un  second  échec  subi  par  elles  auraient  de 
plus  graves  conséquences  que  le  premier  ;  il  devait  aussi  bien 
engager  les  deux  ambassadeurs  à  réfléchir  sur  leur  position  et 
leur  conseiller  de  ne  pas  rendre  leur  retour  dans  leur  patrie 
absohiment  impossible  î  Si,  dans  un  délai  de  trois  jours,  les 
propositions  du  cabinet  de  Péking  n'étaient  pas  acceptw^s,  ou  si 
M.  Ward  n*avait  pas  jugé  à  propos  de  les  communiquer  au 
baron  Gros  et  h  Lord  Elgin.  les  troupes  impériales  campées  non 
loin  de  Pétang  agiraient  conformément  aux  ordres  qu'elles 
recevraient  de  l'Empereur. 

Je  n*ai  pas  bien  compris  si  l'intention  de  M.  Ward  était  de 
laisser  cette  communication  sans  réponse  ou  s'il  voulait  faire 
savoir  au  gouvernement  chinois  qu'il  ne  lui  est  pas  possible  de 
présenter  aux  ambassadeurs  des  propositions  aussi  inacceptables 
que  celles  dont  il  est  question.  M.  Ward  m'a  paru  très  affecté 
de  l'aveuglement  dans  lequel  se  trouve  encore  le  cabinet  de 
Péidng,  et  il  ne  comprend  pas  que  le  haut  dignitaire  qui  lui  a 
écrit,  et  qu'il  considère  comme  l'un  des  hommes  les  plus  éclai- 
rés de  l'Empire,  ait  pu  accepter  la  mission  dont  il  s'est  chargé. 
Il  désespère  donc  de  pouvoir  jouer  ce  rôle  de  médiateur  qu'il  lui 
est  si  fortement  recommandé  de  prendre  par  son  gouvernement 
et  il  retourne  demain  à  Shanghai  en  passant  par  Tché  fou. 

En  quittant  le  Duchayla,  M.  Ward  s'est  dirigé  sur  Pétang,  où 
Lord  Elgin  s'est  établi  à  bord  du  Granada,  petit  navire  affecté 
au  service  du  général  Hope  Grant.  Le  ministre  américain  m'a 
prié  de  communiquer  à  mon  collègue  d'Angleterre  les  ouver- 
tures qu'il  venait  de  me  faire  de  la  part  du  Gouverneur  du 
Pé  Tché-li.  mais  dans  le  cas  seulement  où  il  ne  rencontrerait 
pas  Lord  Elgin  à  Pétang. 

La  dépèche  du  Gouvernement  Chinois,  datée  du  l\  de  ce  mois, 
a  été  reçue  le  5  par  M.  Ward.  Je  dois  la  considérer  comme  non 
avenue,  puisqu'elle  ne  m'a  pas  été  adressée  officiellement  et 
qu'elle  est  encore  bien  plus  inacceptable  par  le  fond  que  par  la 
forme  ! 

Les  deux  corps  expéditionnaires  sont  débarqués  et  ce  sont  eux 
qui,  dans  deux  ou  trois  jours,  répondront  h  l'inconcevable 
dépèche  du  Gouvernement  du  Pé  Tché-li  * . 

Agréez,  etc.  Baron  Gros. 

* 

I.  Col.  part. 


I03  RUSSES    ET    AMERICAINS 


Tout  ceci  marque  que  le  gouvernement  chinois  considé- 
rait alors  la  France  comme  étrangère  au  conflit. 

Le  8  novembre  iSSg,  le  général  Ward  lança  une  procla- 
mation pour  accompagner  la  publication  du  traité  de  Tien- 
Tsin  ;  Swatow  dans  le  Kouang-Toung  et  Taï-wan  dans  le 
Fou-Kien  étaient  ouverts  au  commerce  américain  à  partir 
du  i**"  janvier  i86o. 


ARTICLES    ADDITIONNELS,    28    JUILLET    1868 

Huit  articles  additionnels  au  traité  de  Tien-Tsin  furent  si- 
gnés à  Washington  le  28  juillet  1868  par  le  secrétaire  d'état 
William  H.  Seward  et  Anson  Burlingame,  alors  ambassa- 
deur de  Chine,  et  ratifiés  à  Péking  le  aS  novembre  1869  V 

I.  Voir  plus  loin. 


CHAPITRE  Vil 


LE  GOUYERNEMENT  CHINOIS 


GOUVERNEMENT    CHINOIS 


L'Empereur  dont  la  puissance  est  théoriquement  absolue 
j)orle  le  titre  de  Hoaang-Ti ou  HouangChangow  simplement 
Chang  ;  Tappellation  de  Fils  du  Ciel,  Tien  Tseti,  est  une 
marque  de  respect.  Outre  son  nom  personnel,  quand  Tem- 
pereur  monte  sur  le  trône  il  donne  un  nom  à  son  règne, 
nien  haOy  par  exemple  T'oung-Tché,  Kouang-Siu  sont  les 
noms  de  règne  de  Tsai-Tchoun  et  de  Tsai-Tien.  Après  sa 
mort,  l'Empereur  reçoit  ua  nom  de  temple,  miaohao,  ainsi 
K'ang  Hi  sera  le  Saint- Aïeul,  Cheng  Tsoung,  etc.  L'impé- 
ratrice est  désignée  par  le  titre  de  Houang-Heou  et  dans  le 
style  littéraire  par  celui  de  Tchoting-Konng.  Quand  il  y  a 
deux  impératrices,  on  les  désigne  sous  le  nom  d'impératrice 
deFOuest,  Si-Koung,  et  d'impératrice del'Est,  Toung-Koung. 
C'était  là  le  cas  des  deux  femmes  survivantes  de  l'empereur 
Hien-Foung;  l'impératrice  Ts'eu-ngan  (morte  le  lo  avril 
1881)  était  l'impératrice  de  l'Est,  tandis  que  l'impératrice 
de  l'Ouest  est  la  fameuse  douairière  Ts'cu-Hi,  qui,  on  peut 
le  dire,  dirige  la  politique  chinoise  depuis  quarante  ans  et  a 
déchaîné  la  tempête  qui  bouleverse  en  ce  moment  l'Empire 
du  Milieu  ;  Koiio  Mou,  Mère  du  Royaume,  est  une  marque 
de  respect;  l'impératrice  douairière  est //io^/^/i^'  T'ai  f/eou. 

Les  conquérants  mandchous  ont  très  peu  modifié  les 
usages  de  la  Chine  et  les  rouages  de  l'administration .  Le 


I04  LE    GOUVERNEMENT    CHINOIS 

fait  le  plus  apparent  de  leur  domination  est  la  mode  qu^ils 
ont  imposée  aux  Chinois  de  se  raser  le  haut  de  la  tête  et  de  ne 
laisser  qu'une  touffe  de  cheveux,  qui,  tressée,  forme  une 
natte  tombant  le  long  du  dos.  Presque  partout  ils  se  sont 
contentés  de  doubler  les  fonctionnaires  chinois  de  fonction- 
naires mandchous  et  il  faut  avouer  que  l'absorption  de  ces 
derniers  par  leurs  collègues  indigènes  a  été  rapide.  Ils  ont 
créé  en  1780  un  Grand  Conseil  connu  sous  le  nom  de 
Kioun  ki'tchou,  qui  sans  attribution  spéciale,  n'en  est  pas 
moins  la  cheville  ouvrière  de  TEmpire,  et  est  présidé  par 
l'empereur.  Le  nombre  de  ses  membres,  qui  d'ailleurs  ont 
également  d'autres  fonctions,  est  indéterminé  ;  il  ne  dépas- 
sait pas  le  chiffre  de  cinq  dans  ces  dernières  années.  Soixante 
secrétaires,  Tchang-King  ou  Siao  Kioun-Ki,  sont  attachés 
au  Grand  Conseil  qui  se  réunit  tous  les  matins  au  lever  du 
soleil.  Ce  Conseil  a  diminué  considérablement  l'importance 
de  la  Chancellerie  Impériale  ou  Nei-Ko.  Cette  dernière 
comprend  quatre  grands  secrétaires  Ta-Hio  Che  ou  Tchoung 
Tangy  dont  deux  mandchous  et  ^eux  chinois.  On  choisit, 
pour  en  faire  partie,  des  personnages  considérables,  comme 
des  gouverneurs-généraux  de  province,  Tseng  Kouo-fan, 
Li  Houng-tchang  par  exemple.  Ils  sont  chargés  de  donner 
les  Nieti'Hao,  les  noms  de  temple,  de  la  rédaction  des 
inscriptions,  etc. 

Après  ces  deux  grands  corps  viennent  les  six  ministères 
Lion  Pou  ;  chaque  ministère  comprend  deux  présidents, 
Chang-ChoUy  l'un  mandchou  et  l'autre  chinois,  quatre 
vice -présidents,  CheLang,  moitié  mandchou,  moitié  chi- 
nois, etc.  Ces  ministères  sont  le  Li-Pou,  ministère  de  l'in- 
térieur, divisé  en  quatre  bureaux,  qui  s'occupe  des  fonction- 
naires, etc.  ;  le  Hou^PoUy  ministère  des  finances,  chargé 
des  impôts,  du  cadastre,  etc.  ;  le  Li-Pou,  ministère  des  rites 
ou  des  cérémonies,  auquel  il  faut  ajouter  le  Yo-Pou,  bureau 
Àe  la  musique  officielle,  qui  en   est  une    dépendance  ;    le 


GOUVERNEMENT    CHINOIS  lOO 

Ping-Pou^  ministère  de  la  guerre,  qui  dirige  Tannée  et  la 
marine  ;  le  Hing-Pouy  ministère  de  la  justice  ou  plutôt  des 
châtiments,  et  enfin  le  Kong-Pou,  ministère  des  travaux 
publics. 

Il  nous  faut  citer  également  la  Cour  des  Censeurs,  Tou- 
Tcha-Youen.  II  y  a  56  censeurs  ou  Yn-C/ie,  répartis  en 
i5  Tao  ou  juridictions  comprenant  les  dix-huit  provinces, 
outre  celle  de  la  capitale,  King-Ki  Tao, 

Les  dix-huit  provinces  (Che-pa  Cheng)  de  la  Chine  sont 
administrées  par  des  gouverneurs  généraux  {Tsong^Toii)  et 
des  gouverneurs  FoiiTai  (Sùn-Foii).  Il  y  a  huit  Tsong- 
Tou  :  i®le  Tche-Li  Tsong-Tou;  2""  le  fJnng  (deux)- Kiang 
Tsong'Tou,  qui  administre  le  Kiang-Sou,  le  Ngan-Houei 
et  le  Kiang-Si  (les  deux  Kiang  sont  le  Kiang-Si  et  le  Kiang- 
Nan,  dédoublé  sous  Kien-Loung  en  Kiang-Sou  et  en  Ngan- 
Houei);  3®  le  Min-Tche  Tsong-Tou^  qui  administre  le  Fou- 
Kien  et  le  Tche-Kiang  (le  Min  est  la  principale  rivière  du 
Fou-Kien);  k'^Xe  Liang-Hon  Tsong-Ton,  qui  administre  le 
Hou-Pé  et  le  Hou-Nan  ;  5®  le  Liang-Konang  Tsong-l^oit, 
qui  administre  le  Kouang-Toung  et  le  Kouang-Si  ;  6**  le 
Yun-Kouei  Tsûng-Tou^  qui  administre  le  Yun-Nan  et  le 
Kouei-Tcheou  ;  7®  le  Chen-Kan  Tsong-Tou,  qui  administre 
le  Chen-Sietle  Kan-Sou;  8**  le  Se-Tch'ouen  Tsong-Tou. 

Le  gouverneur  général  du  Tche-Li  est  en  même  temps 
surintendant  du  commerce  pour  les  trois  ports  du  Nord  : 
Tien-Tsin,  Nieou-Tchouang  et  Tche-Fou,  et  porte  de  ce 
chef  le  titre  de  Pe-Yang  Tn-Tchen,  Le  gouverneur  général 
des  deux  Kiang  a  la  surintendance  du  commerce  des  ports 
méridionaux  et  est  désigné,  par  suite,  sous  le  nom  de  Nan- 
Yam^  Ta-Tchen. 

Sauf  le  Tché-Li,  le  Kan-Sou  et  le  Se-Tch'ouen,  les  provinces 
ont  en  outre  un  gouverneur  ou  fou-ial.  Les  fou-taï  sont 
donc  au  nombre  de  quinze,  ceux  du  Chan-Toung,  du  Chan- 
Si  et  du  Ho-Nan  ne  relèvent  d'aucun  tsong-tou  et  corres- 


I06  LE    GOUVERNEMENT    CHINOIS 

pondent  directement  avec  la  capitale.  Par  exemple,  le  gou- 
verneur du  Hou-Nan,  hostile  aux  étrangers,  dans  la  juridiction 
duquel  ont  été  massacrés  Tévêque  Fantosati  et  les  francis- 
cains italiens,  dépend  de  Tchang  Tchi-toung,  gouverneur 
général  des  Deux-Hou;  en  revanche,  le  gouverneur  du 
Chan-Toung,  Youen  Che-kai,  qui  avec  Cheng  Tao-Tai,  nous 
inonda  de  télégrammes  plus  ou  moins  authentiques,  est 
quasi-indépendant. 

Naturellement,  les  gouverneurs -généraux  sont  des  per- 
sonnages extrêmement  importants. 

Au-dessous  de  ces  hauts  fonctionnaires  sont  placés  les 
Se-Taoy  quatre  grands  dignitaires  provinciaux:  i°  le  rece- 
veur général  des  Hnances  (^Pon-Tching  Che-Se,  Fan-Taï); 
2*^  le  juge  provincial  (^Ngan-Tcha  Che-Se,  NièTai^\  3"  le 
contrôleur  delà  gabelle  {Yen-Yun  Che-Se,  Tou-TchonaïC) 
et  4®  le  contrôleur  des  grains,  ou  de  l'impôt  sur  les  grains 
{Liang  Tad), 

Les  provinces  Cheng  sont  divisées  en  Fou  (préfectures), 
y'mg' (sous-préfectures  indépendantes),  Tche-Li  Tckéou  (ar- 
rondissements indépendants),  Tcheou  (arrondissement  dé- 
pendant d'un  Foii)  et  Hien  ;  elles  ont  à  leur  tête  des  Tche-Fon , 
des  Tong-Tché,  des  Tché-Tcheou  (district);  des  Tchc- 
Hien,  Un  TaqTaî  (Fén-Siun  Tao),  intendant  de  circuit, 
dirige  deux  ou  plusieurs  Fou  ;  il  y  en  a  92.  Les  fonction- 
naires jusqu'au  Tao-Taî  inclusivement  ont  le  titre  de  7a- 
Jen,  au-dessous,  TcAc- Fo«  jusqu'à  Tché^IIierij  ils  ne  sont 
que  Ta  Lao-Yé]  puis  simplement  Lao-Yé, 

On  appelle  les  fonctionnaires  chinois  kouan  ;  le  nom  de 
mandarin  est  d'origine  portugaise,  manda r,  commander  ; 
il  y  a  neuf  rangs  de  fonctionnaires  qui  se  distinguent  par  le 
globule  porté  sur  le  chapeau  officiel,  la  broderie  pectorale  et 
la  boucle  de  la  ceinture  ;  les  globules  sont  en  pierre  rouge 
transparente  ou  rubis,  corail,  saphir,  lapis-lazuli,  cristal, 
pierre  de  lune,  or  uni,  or  ciselé  et  argent  ;  le   pectoral  des 


TSOUNG-Ll    Y A MES  IO7 

mandarins  civils  représente  un  oiseau  (grue,  faisan  doré, 
paon,  oie  sauvage,  faisan  argenté,  héron,  canard  mandarin, 
caille,  geai  à  longue  queue);  celui  des  militaires,  un  qua- 
drupède (licorne,  lion,  léopard,  tigre,  ours,  chat- tigre,  ours 
tacheté,  phoque,  rhinocéros);  les  boucles  sont  en  jade  avec 
rubis,  or  avec  rubis,  or  ciselé,  or  ciselé  avec  un  boulon  d'ar- 
gent, or  uni  avec  un  bouton  d'argent,  nacre,  argent,  corne 
translucide,  corne  de  buffle.  Nommés  au  concours,  Favan- 
cement  des  mandarins  est  dû  néanmoins  en  grande  partie 
autant,  sinon  plus,  aux  pols-de-vin  qu'au  vrai  mérite.  On 
appelle  Yamen,  Thôleld'un  mandarin  ayant  un  sceau  officiel, 
et  KongSoy  la  résidence  d'un  fonctionnaire  d'un  rang  infé- 
rieur n'ayant  pas  de  sceau  *. 


TSOU?iG-LI    YAMEIf. 

Le  Tsoung^li  Yamen ^  ou  mieux  le  Tsaung-li  Ko^Kouo 
Che  \Vou  Yamen,  bureau  des  affaires  étrangères,  est  une 
création  relativement  récente  que  la  guerre  de  1860  avec  la 
France  et  F  Angleterre  a  rendue  nécessaire.  Jadis,  les  relations 
avec  les  étrangers  étaient  réglées  par  les  vice-rois  des  pro- 
vinces par  lesquelles  ils  entraient  dans  l'Empire,  et  comme 
pendant  longtemps,  les  étrangers,  sauf  les  Russes,  ne  débar- 
quaient qu'à  Canton,  c'était  le  vice-roi  des  deux  Kouang, 
résidant  dans  cette  ville,  qui  débattait  avec  eux  toutes  les 
questions.  Ce  haut  fonctionnaire  avait  également  dans  ses 
attributions  les  affaires  d'Annam,  pays  limitrophe  de  son 
gouvernement.  Au  contraire,  les  affaires  des  Russes  qui  pé- 
nétraient parle  Nord,  étaient  réglées  par  le  Li-Fan^Youen^ 
chargé  du  contrôle  des  tribus  mongoles  et  des  affaires  du 


I.  Henri  Gordicr,  dans  la  Semaine  politique  et  littéraire ,  4  ^^^^ 
1900. 


I08  LE    GOUVERNEMENT    CHINOIS 

m 

Tibet.  Ce  bureau  ne  comprenait  qu'un  président  et  deux 
vice-présidents.  Lorsque  tout  récemment  deux  censeurs  con- 
seillaient de  rattacher  à  nouveau  les  affaires  étrangères  à  ce 
bureau,  c'était  placer  les  nations  occidentales  dans  la  situa- 
tion d'états  tributaires.  Après  la  signature  des  conventions  de 
Péking  (octobre  1860),  un  Conseil  spécial,  présidé  par  le 
prince  de  Houei,  adressa  au  Trône  un  rapport  à  la  suite 
duquel  le  Tsoung-li  Yamen  fut  créé  par  décret  du  19  janvier 
1861.  Les  fonctionnaires  de  ce  nouveau  ministère  étaient 
pris  dans  les  différentes  branches  de  l'administration  et  leur 
nombre  a  varié  suivant  les  époques. 

M.  (^  Bourboulon  accusa  réception  au  prince  de  Koung 
du  décret  impérial  portant  création  d'un  ministère  des 
affaires  étrangères  à  Péking  : 

Tien-Tsin.  le  la  février  1861. 

Le  soussigné,  etc..  etc.,  a  reçu  la  dépêche  que  le  Prince  de 
Koung  lui  a  fait  l'honneur  de  lui  adresser  le  6  courant  et  par 
laquelle  S.  A.  L  lui  a  communiqué  un  décret  impérial  rendu  le 
33  du  mois  dernier  et  portant  la  création  d'un  Ministère  des 
Affaires  étrangères. 

Le  soussigné  a  appris  avec  une  grande  satisfaction  Tadoplion 
de  cette  mesure  si  bien  faite  pour  consolider  et  assurer  désormais 
les  bonnes  relations  entre  la  Chine  et  les  empires  étrangers,  et 
il  félicite  sincèrement  le  noble  Prince  d'en  avoir  été  le  conseiller 
et  le  promoteur.  Si  quelque  chose  pouvait  encore  augmenter  le 
plaisir  et  la  satisfaction  que  lui  a  causés  ce  décret,  c'est  de  voir 
que  S.  A.  I.  le  Prince  de  Koung  lui-même  dont  la  haute  sagesse 
a  tant  contribué  au  rétablissement  de  la  paix  et  qui  a  dirigé  de- 
puis quatre  mois  les  affaires  avec  un  esprit  si  éclairé  et  si  conci- 
liant, devait  continuer  à  en  exercer  la  haute  direction,  comme 
placé  à  la  tête  du  nouveau  ministère,  et  seconde  par  des  hommes 
d'une  sagesse  et  d'une  habileté  déjà  maintes  fois  éprouvées 
comme  Kouei-Liang  et  Wen-Siang.  Le  soussigné  ne  doute  pas 
que  cette  heureuse  décision  qui  met  dorénavant  les  ministres 
étrangers  à  même  de  communiquer  directement  et  personnelle- 


TSOUNQ^LI    TAMEN  IO9 

ment  avec  les  personnages  les  plus  haut  placés  dans  l'estime  et  la 
confiaDce  de  l'Empereur  de  la  Chine  ne  soit  le  plus  sûr  moyen  de 
maintenir  et  de  consolider  à  jamais  des  relations  de  sincère  ami- 
tié et  il  s'en  félicite  également  pour  la  France  et  pour  la  Chine. 

Le  soussigné  espère  d'ailleurs,  pouvoir  avant  longtemps  se 
rendre  lui-même  à  Péking,  et  manifester  en  personne  au  Prince 
les  sentiments  dont  il  est  animé  à  cet  égard,  et  le  haut  prix  qu'il 
attache  en  particulier  aux  rapports  qu'il  est  appelé  à  avoir  l'hon- 
neur d'entretenir  avec  S.  A.  I. 

En  attendant  il  lui  présente  ses  hommages  et  ses  compliments 
empressés  à  l'occasion  du  renouvellement  de  l'année  qui  s'ouvre 
sous  d'aussi  heureux  auspices  et  prie  S.  A.  I.  d'agréer  l'expres- 
sion des  vœux  qu'il  forme  pour  son  honheur. 

Signé  :  A.  Bourboulon. 

On  remarquera  la  date  du  décret  du  23  au  lieu  du  i  9  jan- 
vier 1861  donnée  généralement  comme  celle  qui  est  officielle. 

A  lorigine,  le  Tsoung-li  Yamen  fut  composé  du  prince 
Koung,  frère  de  l'empereur  Hien-Foung,  président,  de  Kouei- 
Liang,  l'un  des  grands  secrétaires  et  de  Wen-Siang,  l'un  des 
vice-présidents  du  ministère  de  la  guerre.  L'année  suivante, 
quatre  nouveaux  membres  furent  désignés  :  PaoTchun,  mand- 
chou, président  du  Hou-Pou^  Tsoung  Loun,  chinois,  lettré 
distingué,  vice-président  du  Hou- Pou,  surintendant  de  la  Mon- 
naie, Tun  des  plénipotentiaires  du  traité  belge  (1866),  T'an 
Ting-tsiang,  conseiller  au  Hou-Pou^  l'un  des  plénipoten- 
tiaires du  traité  italien  (1866),  Tchoung  Louen,  président 
du  Li'Fan  Youen  ;  Kouei  Liang  étant  mort,  il  y  avait  donc 
six  membres  faisant  également  partie  du  Kioun  ki-tchon  ;  en 
1869,  ils  atteignaient  le  chiffre  de  dix.  La  mort  de  Wen- 
Siang  (mai  1876)  d'une  part,  et  l'admission  de  deux  mem- 
bres du  Grand  Conseil  (décembre  1877)  a  porté  le  nombre 
J^s  membres  de  ce  ministère  à  onze.  Il  est  depuis  redescendu 
^  neuf.  Les  membres  du  Yamen  sont  désignés  Wang  Ta 
^cheriy  le  prince  et  les  ministres.  Le  prince  Koung  fut  le 
premier  président  du  Tsoung-li  Yamen  ;  il  a  été  remplacé 


110  LE    60VVERNB9ICÏ1T    CHINOIS 

en  avril  1884  par  le  prince  K'îng.  Ce  dernier  (Yi  Kouang, 
R'ing  Kioun-Wang)  le  prince- Ch'ing  des  Anglais,  qui  a  été 
également  directeur  général  du  bureau  de  TAmirauté  (1891) 
est  un  homme  énergique  qui  était  en  mauvais  termes  avec 
Fimpératrice  douairière.  Il  commandait  les '5o 000  hommes 
de  troupes  de  la  plaine  de  Péking.  Outre  les  membres  titulai-^ 
res  qui  étaient  au  nombre  de  dix  dans  les  derniers  temps  (prince 
K'ing,  contrôleur  général  du  bureau  des  Finances  et  de  la 
Guerre  ;  Jong-Lou,  contrôleur  général  du  bureau  des  Finances 
et  de  la  Guerre  ;  Wang  Wen-chao,  président  du  bureau  des 
Finances;  Liao  Cheou-heng,  président  du  bureau  des  Rites; 
Tchéong  Li,  président  du  bureau  de  la  Justice;  TchaoChou- 
K'iao,  président  du  bureau  de  la  Justice  ;  Siu  Yong-i,  prési- 
dent du  bureau  de  la  Guerre  ;  SiuKing-tch'eng,  premier  vice- 
président  du  bureau  des  Affaires  civiles  ;  Lien-Youen,  direc- 
teur de  la  Gourdes  Banquets  ;  Youen-Tch'ang,  fonctionnaire)*, 
le  Tsoung-Li  Yamen  comprend  quatre  secrétaires  principaux, 
Tchang  King,  deux  secrétaires  adjoints  et  une  trentaine  de 
clercs,  chargés,  suivant  leurs  connaissances,  des  affaires  des 
divers  pays  étrangers.  C'est  en  se  rendant  au  Tsoung-li 
^amen,  on  se  le  rappellera,  que  le  baron  von  Ketteler  fut 
assassiné.  Dans  une  entrevue  récente  avec  le  comte  Cassini, 
ancien  ministre  de  Russie  à  Péking,  le  correspondant  parisien 
de  la  Rossia  dit  qu'à  l'époque  du  séjour  de  ce  diplomate 
dans  la  capitale  de  la  Chine,  le  prestige  de  la  Russie  était 
si  grand  qu'il  n'avait  pas  à  se  rendre  au  Tsoung-li  Yamen, 
dont  les  membres  venaient  au  contraire  le  trouver  à  sa  léga- 
tion. 

Le  corps  diplomatique  chinois  à  l'étranger  est  d'origine 
assez  récente.  Le  premier  ministre  chinois  résidant  en  Europe 


I.  Au  mois  de  mars   1899.  Jong-lou   ne  faisait  pas  encore   partie  du 
Tsoung-li  Yamen  ;  il  fallait  ajouter  Kouei  Tch'oun  et  Yû  Kéng. 


TSOUNG-LI    YAMEN  I  I  I 

fut  Kouo  Soung-tao,  accrédité  à  Paris  et  k  Londres  après  la 
convention  de  Tche-Fou  (1876)  ;  Lieou  fut  nommé  à  Berlin  ; 
Tchen  Lan-pin  eut  à  représenter  h  Chine  dans  les  pays 
d^'émigration  :  Espagne,  États-Unis,  Pérou.  Les  autres  léga- 
tions furent  créées  plus  tard  '. 

I.  Henri  Cordicr,  dans  la  Semaine  potitiffue  et  littéraire,  4   ^oM 
1900. 


CHAPITRE  \1II 


DERNIERS  RÉSULTATS  DE  LA  GUERRE  DE  1860 


INSTALLATION    DES    LÉGATIONS. 

Le  vendredi,  22  mars  1861,  M.  de  Bourboulon,  ministre 
de  France,  M.  Bruce,  ministre  d'Angleterre,  M.  Wade,  in- 
terprète et  le  D""  Rennie',  médecin  de  la  légation  britannique, 
quittaient  à  cheval  Tien-Tsin  pour  Péking.  Le  baron  de  Mé- 
ritens,  interprète  de  la  légation  de  France,  le  lieutenant- 
colonel  Neale,  secrétaire,  MM.  Saint-Clair  et  Wyndhani, 
attachés  à  la  légation  d'Angleterre,  partis  en  avant  avec  une 
escorte,  attendaient  les  ministres  à  T'oung-tchéou.  M.  de 
Bourboulon  arriva  à  Péking  le  25  mars  et  installa  sa  léga- 
tion dans  le  ïsing  Koung  fou.  Trois  jours  plus  tard,  M.  de 
Bourboulon  faisait  sa  visite  officielle  au  prince  de  koung 
dans  une  chaise  à  huit  porteurs,  tandis  que  Tinterprèle 
M.  le  baron  de  Méritens  et  le  comte  Rleczkowski*  n'a- 
vaient que  quatre  porteurs.  La  légation,  escortée  par  de 
Tartillerie  et  de  la  gendarmerie  montée  fournie  par  le  général 
O'Malley  commandant  à  Tien-Tsin,  fui  reçue  au  Tsoung- 
li  Yamen  par  Wen-Siang*,  Hang-Ki^  et  Tchoung-Louen,  puis 

I.  Rennic,  Péking  and  tlie  Pekingese^  I,  p.  i  et  2. 

a.  Le  comte  Kleczk.owski|  premier  secrétaire  de  la  Légation,  avait  été 
envoyé  par  M.  de  Bourboulon  à  PéUng  dès  le  5  février,  pour  préparer 
riiabilation  du  ministre.  M.  Kleczk.owsk.i  était  arrivé  dans  la  capitale  le  0 
au  soir;  il  fut  reçu  le  i5  en  audience  par  le  prince  Koung. 

3.  Wcn-Siang.  mandchou,  alors  âgé  de  44  ans,  était  premier  vice- 
président  du  Ministère  des  Finances  ;  il  fut  plus  tard  grand  secrétaire  ;  il 
est  mort  en  1875. 

4-  Ancien  Hoppo  de  Canton. 


INSTALLATION    DES    LÉGATIONS  I-l3 

par  le  vieux  Kouei-Liang,  âgé  de  72  ans,  beau-père  de  Koung, 
et  enfin  par  ce  dernier. 

Le  comte  Kleczkowski  avait  écrit  de  Péking,  10  février 
1861,  à  M.  de  Bourboulon  : 

«  Noire  demeure  officielle  n'a  pas,  il  est  vrai,  le  caractère 
d  une  résidence  princière  que  possède,  incontestablement,  T hôtel 
(le  la  Légation  anglaise  ;  mais  elle  se  fait  remarquer  par  trois 
avantages  qui  ne  sont  pas  de  peu  de  valeur.  Le  premier  entre 
tous  c'est  une  façade  d'une  grande  longueur  donnant  sur  la  rue 
et  par  conséquent  offrant  toutes  les  ressources  d'embellissement 
même  grandiose  à  peu  de  frais.  Le  deuxième  avantage  me  paratt 
être  un  très  beau  jardin  susceptible  d'une  foule  d'améliorations, 
et  séparant  tout  à  fait  les  demeures  du  Ministre  et  du  premier 
Secrétaire,  avec  facilité  pour  tout  le  personnel  de  la  Légation  d'en 
jouir  tour  à  tour  ou  ensemble.  Celui  d'une  distribution  des  bâti- 
ments aussi  naturelle,  —  indiquée  par  les  lieux  mêmes,  —  que 
s'adaptant  admirablement  aux  nécessités  du  service,  n'est  certes 
pas  le  moindre  à  tous  égards.  » 

La  légation  d* Angleterre  fut  établie  dans  le  Liang  Koung 
fou*,  palais  situé  sur  le  Yu  liang  ho,  canal  qui  sert  au  trans- 
port du  grain  impérial  et  qui  communique  avec  le  cours  d'eau 
qui  rejoint  le  Pei-Ho  à  Toung-Tchéou.  Ce  palais  fut  donné 
par  l'empereur  Kang-Hi  à  l'un  de  ses  trente -trois  fils  dont 
les  descendants  sont  connus  sous  le  titre  de  ducs  de  Liang  ;  le 
duc  actuel  avait  loué  à  perpétuité  sa  résidence  au  gouverne- 
ment britannique,  moyennant  un  loyer  annuel  de  i  5oo 
laëls,  aucun  loyer  ne  devait  être  payé  pour  les  deux  pre- 
mières années,  à  cause  des  réparations  et  des  changements  à 
faire^  M.  Bruce  arriva  le  26  mars  1861,  à  la  légation 
accompagné    du  colonel  Neale,   de  son  personnel  et  d'une 

I.  En  1862,  une  dépense  de  £  5  750  fut  approuvée  par  le  gouverne- 
ment anglais  pour  Tachât  et  les  réparations  de  ia  légation  d'Angleterre  à 
Péking:  au  3i  mars  1867.   ses  bâtiments  avaient  coulé  £  17  890  10  7*^. 

3    Rennie,  Péking,  I,  p.  ao. 

GoRDIER.  1.    —  8 


V 


Il4  DERNIERS    RÉSULTATS    DE    iJi    GUERRE    DE    1860 

escorte  de  cavaliers  Sikh  ;  le  2  avril,  le  ministre  anglais  fai- 
'  sait  à  cheval  une  visite  de  compliments  au  prince  de  Koung 
auquel  il  avait  été  présenté  quelques  mois  auparavant  par 
son  frère  Lord  Elgin  ;  sa  première  visite  d'affaires  eut  lieu 
onze  jours  plus  tard. 

OUVERTURE    DU    EIAN6. 

Le  21  novembre  1860,  M.  Bruce*,  à  Tien-Tsin,  donnait 
avis  au  prince  de  Koung,  qu'en  conséquence  de  Tarticlc  10 
du  traité  de  i858,  il  serait  désirable  que  les  ports  de  Han- 
Kéou  et  de  Kieou-Kiang,  sur  le  Fleuve  Bleu,  fussent  ouverts 
au  commerce  britannique.  Quoique  la  guerre  des  T'ai-P'ing 
ne  fût  pas  finie,  le  prince  s'empressa  d'accéder  aux  vœux 
du  ministre  anglais. 

Par  suite,  le  vice-amiral.  Sir  James  Hope,  fut  invité  à  re- 
monter le  Kiang  pour  ouvrir  les  [)orts  au  commerce.  L'ami- 
ral, accompagné  de  M.  Harry  Parkcs,  quitta  Wou-soung  le 
9  février  1861,  installa  des  consuls  à  Tchen-Kiang el  h  Kieou- 
Kiang  et  laissa  comme  consul  provisoire  à  Han-Kéou,  le 
commandant  H arvey  du  Snake^.  De  Han-Kéou,  l'amiral  se 
rendit  à  l'entrée  du  lac  Toung-ting,  à  Yo-tchéou,  où  il  laissa 
quelques  explorateurs  qui  se  proposaient  d'aller  aux  Indes 
par  le  Tibet;  c'étaient  le  major  Sarel,  du  17*  lanciers,  le 
capitaine  Blakiston,  de  l'artillerie  royale,  le  D**  Barton  el 
l'interprète,  M.  Schereschewsky ',  depuis  évêque  protestant  à 

I.  Furiher  Correspondenee  respecting  Affairs  in  China  (Expédit- 
ion up  the  Yang-tze- Kiang)  [2777].  —  Correspondenee  respecting 
the  Opening  of  the  Yang-tze- Kiang  Hisser  to  Foreign  Trade  [i84o]. 
Loudon,  1861. 

a.  Le  premier  consul  en  titre  fui  William  Raymond  Gingell.  mort 
août  i863. 

3.  Joseph  J.  Schereschewsky,  juif  converti,  envoyé  en  Chine  comme 
missionnaire  par  le  Bureau  des  Missions  Étrangères  de  l'Église  <^piscopale 
prolestante,  aux  Etats-Unis;  il  arriva  h  Chang-Haî  le  aa  décembre  1809 


J 


CONVE!«TION    BALLIOUZEK,    20   FÉVa^^R-4    MARS     l86a  I  l5 

Péking.  Ils  n^aUèrent  pas  jusqu^au  Tibet,  mais  ils  firent  une 
reconnaissance,  restée  célèbre,  du  Yang-tseu  jusqu'à  I-tchang. 
Trois  délégués  de  la  Chambre  de  Commerce  de  Chang-Haï, 
Rowland  Hamilton,  A.  Michie,  et  T.  Fredk.  Ballance  ac- 
compagnaient Tamiral  et  le  3o  mars  i86i,  rédigèrent  un 
rapport  sur  leur  voyage  jusqu'à  Han-Kéou. 


LÉGATIO?!    DE    RUSSIE 

Le  i8  mai  1861,  M.  Eugène  Butzov,  secrétaire  diploma- 
tique du  gouverneur  d'Irkoutsk,  arrivait  à  Péking,  précé- 
dant de  peu  l'arrivée  du  ministre  de  Russie,  le  colonel  de  Bal- 
liouzek.  «  Hongrois  de  naissance,  celui-ci  avait  été  quelque 
temps  au  service  russe.  C'était  un  officier  d'artillerie,  et  il 
servit  au  siège  de  Sébastopol.  Il  avait  accompagné  le  général 
Ignatiev  dans  sa  mission  à  Pékiiig  l'année  précédente,  comme 
attaché  militaire,  et  depuis  son  retour  à  Saint-Pétersbourg, 
il  avait  été  nommé  ministre  résidant  à  la  Cour  de  Péking  *.  » 
M.  de  Balliouzek  arriva  de  Kiachta  dans  la  capitale  de  la 
Chine  le  8  juillet  1861  au  matin,  et  le  pavillon  russe  fut 
hissé  immédiatement  sur  la  légation  ;  trois  pavillons  étrangers 
flottaient  désormais  à  Péking  :  français,  anglais  et  russe. 


CONVENTION    BALLIOUZEK,    20    FÉVRlER-4    MARS     1862. 

Le  nouveau  ministre  russe  ne  perdit  d'ailleurs  pas  son 
temps  :  le  20  février-/l  mars  1862,  il  signait  une  convention 
relative  au  commerce  par  terre,  qui  fut  complétée  le  i5- 
27  avril  1869  à  Péking,  par  son  successeur,  le  général  A. 
Vlangaly. 

I.  Rennie,  Péking ,  I,  p.  187. 


Il6  DERNIEBS    RÉSULTATS    DE    LA    GUERRE    DE    1860 


CONCESSION    FRANÇAISE    DE    TIEN-TSIN 

Le  Règlement  relatif  à  F  affermage  à  perpétuité  des  ter* 

rains  situés  dans  les  limites  de  la  Concession  Française  à 

» 

Tien-Tsin  débute  ainsi  : 

Le  Comte  Kleczk.owsk.i,  premier  Secrétaire  de  la  Légation  de 
Sa  Majesté  TEmpereur  des  Français  à  Péking  et  Tchoung,  Digni- 
taire de  première  classe  comme  Vice-Président  honoraire  de  Tun 
des  ministères  de  la  Capitale,  vice-ministre  à  la  Cour  Suprême 
pour  les  affaires  judiciaires,  surintendant  du  commerce  dans  les 
trois  ports  de  Tien-Tsin,  Nieou-tchouang  et  Teng-tchéou  et 
Directeur  général  des  Douanes  maritimes  dans  les  circonscrip- 
tions douanières  des  trois  ports  sus-nommés,  etc.,  etc.,  etc., 
s'étant  réunis  en  commission  pour  délibérer  sur  les  meilleures 
mesures  à  prendre  à  fm  de  régler  à  Tavance,  suivant  la  teneur 
de  l'article  X  du  Traité  français  de  Tienz-Tsin,  le  mode  d'après 
lequel  aura  lieu  raffermagc  à  perpétuité  des  terrains  par  les 
Français  ou  protégés  de  la  France  dans  les  limites  de  la  conces- 
sion française  à  T'ien-Tsin,  telles  qu'elles  ont  été  fixées  par  la 
proclamation  du  soussigné  surintendant  en  date  du  29  du  mois 
précédent  ont  arrêté  de  commun  accord  le  règlement  en  1 2  articles 
qui  sui\ent  et  que  tous.  Autorités  et  sujets  des  deux  nations  au 
nom  desquelles  vient  d'être  conclu,  sont  tenus  d'observer  scru- 
puleusement. 

Tien  Tsin.  3  juin  1861  (a^"  jour  de  la  4*  lune 
de  la  ii«  année  de  Hien  Foung). 

Kleczkowski, 
Tch'oung  Heou, 

Les  limites  de  la  concession  française  do  Tien-Tsin  avaient 
été  établies  par  Tciroung  Heou  de  concert  avec  notre  pre- 
mier consul  (provisoire)  le  lieutenant  de  vaisseau  Trèive,  le 
brillant  officier  qui  entra  dans  Paris  tenu  par  la  Commune 
en  1871. 


ÉVACUATlO?î    DE    CANTON,     31     OCTOBRE     1861  II7 


ÉVACUATiO'    DE    CANTOX,     21     OCTOBKE     1861. 

Les  troupes  alliées  évacuèrent  complèicment  Canton  le 
21  octobre  1861  *  ;  les  Français  commandés  par  le  capitaine 
de  vaisseau  Coupvent  des  Bois,  les  marins  anglais  par  le 
capitaine  Borlase,  et  Tinfanterie  anglaise  par  le  capitaine 
Dowbiggin  s'embarquèrent  avec  les  commissaires  des  deux 
nations,  M.  de  Tanouarn  et  Harry  S.  Parkes;  les  pavillons 
français  et  anglais  étaient  hissés  sur  les  Yamens  de  la  Tréso- 
rerie et  des  Commissaires  alliés,  résidences  des  consuls,  ba- 
ron de  Trenqualye*  et  D.  B.  Robertson. 

Comme  suite  à  cette  évacuation,  Lord  Cowley,  ambassa- 
deur d'Angleterre  à  Paris,  adressa  la  lettre  suivante  h  notre 
Ministre  des  Affaires  étrangères  : 

Paris,  January  7,  1863. 
M.  LE  Ministre, 

In  accordance  wiih  instructions  from  Earl  Russell,  l  hâve  the 
lionour  to  enclose  herewith,  for  the  information  of  the  Impé- 
rial Government,  an  extract  of  a  despatch  addressed  by  Briga- 
dier General  Crawford  to  the  Major  General  commanding  Her 
Majesty's  Troops  in  China,  reporting  the  cordial  relations  wiiich 
nad  existed  between  the  British  and  French  Troops  diiring-lhe 
pcriod  of  the  allîed  occupation  of  Canton, 

1  avait  myself  of  this  opportunily  to  renew  to  Yoiir  Excel- 
lencY  the  assurance  of  my  highest  considération. 


His  Excellency 

Monsieur  Thouvenel 


Sig.:  CowLEY. 


*•  Correspondence  respecling  the  Evacuation  of  Canton  [2919], 
i86a.  -  iifc  ofSir  Harry  Parkes,  l,  p.  455. 

2-  Trenqualye,  Gilbert-Gabriel  (baron  de),  né  à'Clermont  (Puy-de- 
yorue),  ai  décembre  1819;  chancelier  en  Chine,  avec  le  litre  do  consul 
honoraire  de  2«  classe,  en  remplacement  de  M.  Haussmann,  appelé  à  le 


ii8 


DERNIERS    RÉSULTATS    DE    LA.   GUERRE    DE    1860 


CONSULAT    FRANÇAIS    A    CA!STOÎÎ 

La  France  obtint  du  prince  de  Koung,  ou  mieux  de  Wen- 
Siang,  que  le  yamen  de  la  Trésorerie,  situé  dans  la  vieille 
ville  de  Canton,  lui  serait  loué  pour  y  établir  son  consulat  ;  un 
contrat  fut  signé  en  conséquence  à  Canton,  le  i8  mai  i86ï  ; 
mais  les  terrains  étant  trop  considérables,  un  nouveau  contrat 
fut  signé  à  Canton  par  le  vice-roi  des  deux  Kouang,  Lao 
Tchoung-kouang  et  le  Comte  Kleczkowski,  le  6  mars  1862 
(6^  jour,  2*  lune,  i"*®  année  T'oung-tché),  en  cinq  articles 
par  lequel  une  portion  seulement  du  yamen  était  affermée  à 
perpétuité,  moyennant  une  rente  de  100  piastres  versée 
chaque  année  le  1 5*^  jour  de  la  12"  lune. 

Le  pauvre  Lao  fut  destitué  en  octobre  1862,  sous  le  pré- 
texte qu'il  avait  envoyé  dans  Tintérieur  du  Kouang-Toung 
un  magistrat  collecteur  d'impôt  concussionnaire. 


DEPART    DES    FRANÇAIS. 

En  mai  1861,  à  l'exception  d'un  bataillon  d'infanterie  et 
d'une  batterie  d'artillerie,  la  Loire  avait  embarqué,  à  Ta-Kou, 
les  troupes  françaises  à  destination  de  Cochinchine.  Le  gé- 
néral O'Malley  s'embarqua  à  Tien-Tsin  le  16  novembre  186 1  ; 
c'était  la  fin  de  l'occupation  française;  il  ne  restait  plus 
que  quelques  marins  et  soldats  d'infanterie  de  marine  dans 
le  fort  nord  de  Ta-Kou,  sous  le  commandement  du  capitaine 
Bourgoine*. 


remplacer  à  Hanovre  (5  janvier  i855);  consul  provisoire  à  Canton  (fé- 
vrier i858);  gérant  du  consulat  général  de  Canton  (2  février  iSSg);  en 
disponibilité  (27  novembre  1869). 
I.  Rennie,  II,  p.  17a. 


CHAPITRE  IX 

MORT  0£  HIEN-F0UN6.  —  AVÈNEMENT  DE  T'OUNG-TCHÉ 

LE  COMTE  KLEGZKOWSKI 

MOnT    DE    HIEX-FOIING,    22    AOUT    1861. 

Au  moment  de  la  signature  des  conventions  de  Péking,  la 
Chine  se  trouvait  dans  le  plus  triste  état,  menacée  aussi  bien 
à  Tintérieur  qu'à  rextérieur  ;  ses  ennemis  du  dedans  ne  cau- 
saient pas  moins  de  craintes  à  la  dynastie  mandchoue  que 
l'envahisseur  du  dehors  :  les  T*aî-PUn^  ou  Tclutng-Mao 
(longs  cheveux)  occupaient  Nan-King  et  dévastaient  les  pro- 
vinces du  Kiang;  les  mahométans  du  Yun-Nan  étaient  en 
révolte  et  ceux  du  Kan-Sou  et  des  T'ien-Chan  donnaient 
des  inquiétudes  qui  ne  tardèrent  pas  à  être  justifiées;  des 
bandits,  les  Nien-Fei^  désolaient  le  Chan-Toung;  pas  de 
flotte,  une  armée  désorganisée,  un  empereur  incapable,  en 
fuite,  complétaient  le  triste  tableau  d'un  pays  en  décadence 
que  rien  ne  semblait  pouvoir  relever.  C'est  dire  beaucoup 
à  la  louange  de  ceux  qui  assumèrent  la  tâche  complexe  et 
ardue  de  l'administration  à  cette  époque  qu'ils  réussirent  au- 
delà  de  toute  espérance  et  dans  un  laps  de  temps  relative- 
ment court. 

Le  prince  de  Koung,  frère  de  l'empereur,  resté  à  Peking, 
parait  au  plus  pressé  ;  il  avait  déjà  écarté  le  danger  de  l'étran- 
ger par  les  conventions  d'octobre  1860;  il  avait  créé  le 
Tsoung-U  Yamen  et  il  se  préparait,  avec  l'aide  de  ces  mêmes 
Barbares  d'Occident,  naguère  ennemis  aujourd'hui  alliés,  à 
écraser  les  T'aï-P'ing  et  à  réorganiser  flotte,  armée,  douanes. 


I30        MORT    DE    HIEN-FOUNG    —    AVÈNEMENT    DE   t'oUNG-TCHÉ 

Mais  un  retour  de  Tesprit  de  réaction  qui  avait  dicté  tous 
les  actes  de  Hien-Foung  était  à  craindre  ;  il  fallait  le  com- 
battre pour  éviter  à  la  Chine  de  nouveaux  désastres  que  ne 
pouvaient  prévoir  ni  Tempereur,  ni  ses  conseillers  ancrés  dans 
leurs  idées  de  routine  séculaire. 

En  réalité,  le  gouvernement  chinois  était  double  :  dans  la 
capitale  le  prince  de  Koung,  Wen-Siang  et  Ilang-Ki  repré- 
sentaient la  Chine  devant  les  étrangers.  Au  loin,  dans  sa  re- 
traite de  Djehol  *,  Hien  Foung,  —  entouré  de  ses  femmes  et  de 
fonctionnaires  hostiles  à  toute  idée  de  progrès,  ignorants  des 
conditions  de  la  vie  extérieure,  partant  ennemis  du  parti  op- 
portuniste resté  à  Péking,  —  terminait  un  règne  néfaste  à  son 
pays  et  une  triste  vie  qui  n'avait  à  aucun  moment  pu  don- 
ner rillusion  qu'elle  était  celle  d'un  descendant  de  K'ang  Hi 
et  de  K'ien  Loung. 

Enfin  Hien  Foung  mourut  le  22  août  1861,  à  trois  heures 
du  matin.  La  nouvelle  du  décès  fut  annoncée  officiellement 
aux  légations  étrangères  le  25  août  par  le  prince  de  Koung. 

La  note  suivante  fut  insérée  dans  la  Gazette  de  Pékinsr 
du  24  août  1861  : 

Un  message  expédié  en  toute  hâte  de  Dje-hol  vient  d'arrircr 
ce  malin  11  contient  le  testament  de  TEmpereur  défunt  qui  sVst 
envolé  sur  un  Dragon,  pour  devenir  riiôte  d'en  haut,  le  17" 
jour  de  la  présente  lune  à  Theure  ynn  (le  23  août  186 1,  entre  3 
et  5  heures  du  matin). 


KI-TSIANG. 


Aussitôt  la  camarilla  qui  entourait  l'empereur  s'empara  du 
pouvoir;  le  fils  de  Hien-Foung,  Tsai-Tchoun,  montait  sur 

I.  Djehol,  ou  Tching-le  fou,  ville  mongole  de  la  province  chinoise  de 
Tche-li ,  près  du  Lan  ho  ;  son  palais  a  été  construit  en  1 708  sur  le  modèle 
de  celui  du  Youen  Ming  Youen. 


K1-TS1A?iG.  ini 

le  trône  avec  le  nien-hoo  de  Ki-tsiang  (bontie  chance)  ;  et  un 
conseil  de  régence  composé  de  huit  personnages  qui  assis- 
taient le  souverain  à  ses  derniers  moments  était  constitué,  ou 
plutôt  se  constituait  lui-même. 

La  Gazelle  de  Pêking  du  23  aoAt  1861  renfermait  les 
décrets  impériaux  suivants,  datés  de  Djehol  le  32  août,  qui 
préparaient  les  événements  : 

«  Que  notre  fils  aîné,  Tsai  Tchoun,  soit  rhéritier  présomptif 
du  trône.  » 

«  Un  décret  extraordinaire.  » 


Et 


«  Notre  fils  aîné,  Tsai  Tchoun,  ayant  été  institué  l'Héritier 
présomptif  du  Trône,  que  Tsai  Youen,  Touan  Houa,  King 
Gheou,  Sou  Chouen,  Mou  Yin,  Kouang  Youen,  Tou  Han  et 
Tsiao  Yeou-ying,  Taident  de  toute  leur  force  comme  conseillers 
dans  toutes  les  affaires  appartenant  à  l'administration  du  Gou- 
vernement. 

«  Un  décret  extraordinaire.  » 

Voici  les  notes  de  M.  Wade  et  celles  que  j'ai  recueillies, 
ailleurs  sur  chacun  de  ces  personnages  : 

a  Tsai- Youen,  Prince  de  I,  comme  le  montre  le  préfixe  Tsai, 
est  de  la  maison  impériale,  dans  la  même  génération  que  le 
Prince  Héritier;  premier  Commissaire  à  T'oung-tchéou,  chef  du 
Clan  Impérial. 

«  Touan  Houa,  Prince  de  Tchên,  Commandant-en-chef  de 
Péking,  Général  des  Neuf-Portes,  frère  aîné  de  Sou  Chouen. 

ce  King  Cheou,  mari  de  la  sixième  tante  du  Prince  Héritier. 

«  Sou-Chouen,  un  des  deux  jeunes  membres  du  Grand 
Secrétariat  ;  ministre  des  Finances. 

«  Mou  Yin,  collègue  du  Prince  de  I,  comme  deuxième  com- 
missaire à  T'oung  Tchéou  en  1860,  maintenant  en  deuil. 

«  Kouang  Youen,  chinois  du  Chan-Toung;  a  fait  partie  du 
Grand  Conseil,  un  Vice-Président  du  Ministère  de  Tlntérieur. 


laa        MORT    DE    HIEN-FOUNG    AVÈNEMENT    DE    T*OUNG-TCHÉ 

«  Tou  Han,  chinois  du'Chan-ï'oung,  Vice-Président  du  Mi- 
nistère des  AiTaires  civiles,  fils  de  Ta  Ghan-tien,  précepteur  de 
Tancien  Empereur;  Han-lin-Youen. 

«  Tsian  Yeou-ying,  chinois  de  Tien-Tsin,  Vice-Président  d'une 
des  Cours  inférieures,  précepteur  du  Prince  Héritier*.  » 

Le  Prince  de  Koung  fit  part  de  la  mort  de  Tempereur  aux 
Ministres  étrangers  dans  les  termes  suivants  : 

J'ai  rhonneur  de  vous  faire  connaître,  nohlc  Ministre,  que  le 
1 7*  jour  de  la  présente  lune  feu  notre  Empereur  a  quitté  ce 
monde  pour  devenir  l'hôte  d'en  haut.  Moi,  Prince  Koung,  si 
proche  parent  de  Sa  Majesté,  je  ne  puis  pas  en  maîtriser  ma 
douleur.  Gomme  d'ailleurs,  ce  qu'il  y  aura  à  statuer  concernant 
le  deuil  et  les  funérailles  est  de  toute  importance  et  exigera  de 
nombreuses  occupations,  il  se  peut  que  les  Affaires  de  votre 
noble  Empire,  au  sujet  desquelles  nous  avons  à  délibérer  de 
concert,  subissent  un  retard  de  quelques  jours.  Mais  je  reste 
exclusivement  chargé  de  la  direction  des  Affaires  Étrangères,  et 
toute  affaire  que  vous  aurez  ,à  traiter,  noble  Ministre,  le  sera 
toujours,  comme  par  le  passé,  sans  qu'il  y  ait  le  moindre  délai 
ou  la  plus  petite  négligence.  J'ai  cru  de  mon  devoir,  noble 
Ministre,  de  vous  adresser  la  présente  dépêche  et  je  vous  prie  de 
vouloir  bien  la  prendre  en  très  sérieuse  considération. 

Le  ao"  jour  de  la  7*  lune  (le  35  août  1861). 

Mais  les  conjurés  avaient  commis  une  lourde  faute  en  lais- 
sant à  récart  les  frères  de  l'empereur;  ils  comptaient  sans 
leur  hôte,  et  cet  hôte  fort  avisé  était  le  prince  de  Koung  qui, 
quelque  temps  après  la  mort  de  Hicn-Foung,  avait  rendu 
visite  à  Djehol  à  Tlmpératrice-Douairière  et  s'était  en- 
tendu avec  elle  au  sujet  du  gouvernement  futur  de  la  Chine. 


cot'P  d'état. 


Le  i***"  novembre  186 1,  lorsque  le  nouvel  empereur  arri- 
1.  Renniç,  P^kin^,  H,  p.   i5-i6;  et  Gol.  Part.  Le  Di*  Renaio  était  à 


COUP  D*ÉTAT  ia3 

vait  à  Péking,  malgré  la  défense  du  nouveau  conseil  de  ré- 
gence, Koung  se  rendit  au  devant  de  Ki  Tsiang,  et  raccom- 
pagna dans  la  capitale  avec  rimpératrice-douairière.  Immé- 
diatement, le  conseil  de  régence  était  convoqué,  et  le  prince 
de  Koung  lui  adressait  une  longue  mercuriale  rédigée  à 
Djehol,  d'accord  avec  l'impératrice,  qui  se  terminait  par 
cet  ordre  (So*  jour  de  la  g''  lune  =  a  novembre)  : 

«  ...Nous  ordonnons,  alors,  queTsai-Youen,  Touan  Houa,  et 
Sou  Chouen^  soient  éloignés  de  leurs  postes  et  que  King-Cheou, 
Mou-Yin,  Kouang  Youen,  Tou-Han  et  Tsian  Yeou-ying  se  reti- 
rent du  Grand  Conseil  ;  et  nous  donnons  la  mission  au  Prince 
de  Koung,  de  concert  avec  les  membres  du  Grand  Secrétariat, 
les  Six  Ministères,  les  Neuf  Hautes  Cours,  le  Han-lin  Youen,  le 
Chan  Che  Foa'  et  les  Censeurs,  de  considérer  d'une  façon  impar- 
tiale et  de  nous  faire  le  rapport  du  degré  de  châtiment  auquel 
ils  sont  chacun  séparément  exposés  devant  la  loi  pour  leurs 
crimes. 

«  Au  sujet  des  formes  sous  lesquelles  Sa  Majesté  Tlmpéra- 
trice-Douairière  doit  administrer  le  Gouvernement.  Nous  ordon- 
nons que  les  mêmes  hauts  officiers  confèrent  ensemble  et  nous 
fassent  un  rapport. 

ce  Un  décret  extraordinaire^.  « 

Tsaï- Youen  et  Touan-Houa  furent  assez  imprudents  pour 
aller  présenter  leurs  doléances  au  palais  ;  ordre  était  immé- 
diatement donné  de  les  arrêter. 

«  Les  trois  individus,  Tsai- Youen ,  Touan-Houa  et  Sou-Chou  en , 
ayant  négligé  leurs  fonctions  comme  nos  serviteurs,  avant  que 
nous  quittâmes  la  Cour  à  Djehol,  Nous  donnâmes  des  ordres  à 
Yi-Houan,  prince  de  ïch'ouen,  de  rédiger  pour  Nous  un  décret 
ordonnant  que  Tsai- Youen  et  les  deux  autres  soient  éloignés  de 

Péking  lors  de  ces  événements  et  les  renseignements  qu'il  donne  ont 
par  suite  d'autant  plus  de  valeur. 

I.  Sou-Chouen  escortait  le  corps  de  Hien-Foung;  il  était  donc  absent. 

a.  Inspection  impériale  de  renseignement.  Sinécures  pour  récompenser 
le  mérite  littéraire. 

3.  Rennie,  II,  p.  i3i-a. 


ia4       MORT    DE    IIIEN-FOUNG    AVÎÎXEMEXT    DE    t'oUNG-TCHÉ 

leurs  postes  et  nous  avons  aujourd'hui  convoque  en  notre  pré- 
sence Yi-Sin,  prince  de  Koung»  avec  l'ordre  d'amener  avec  lui 
les  Grands  Secrétaires  Kouei-Liang  et  Tchan  Tsou-pei  et 
Wen-Siang,  membre  du  Conseil  et  Vice-Président  du  Ministère 
des  Finances.  Tsai-Youen  et  ses  collègues,  cependant,  prirent  sur 
eux  de  s'opposer  à  leur  admission,  déclarant  avec  une  violence 
outrageuse,  qu'il  ne  convenait  pas  que  nous  appelions  devant 
nous  des  ministres  du  dehors  (ministres  qui  ne  seraient  pas  du 
Conseil  de  Régence).  Où  s'arrêtera  une  telle  audace?  Par  notre 
décret  précédent,  ils  étaient  éloignés  de  leurs  postes,  mais  cette 
sentence  n'est  pas  proportionnée  à  leur  oITense. 

«  Nous  ordonnons  que  Yi-Sin,  prince  de  Koung,  Kouei-Liang, 
Tchan  Tsou-pei  et  Wcn-Siang  fassent  immédiatement  connaître 
notre  volonté  que  Tsai-Youen,  Touan-lloua  et  Sou-Chôuen  soient 
privés  de  leur  rang  héréditaire  et  jugés.  Leur  cas  sera  soumis  à 
la  Cour  du  Clan*,  avec  les  membres  du  Grand  Secrétariat,  les 
Neuf  Hautes  Cours,  le  Han-lin  Youen,  le  Chan  Clie  Fou  et  les 
Censeurs  qui  prononceront  une  punition  sérieuse  pour  leurs 
offenses.  Respectez  ceci  *.  » 

En  même  temps  des  mémoires  étaient  adressés  au  trône 
par  le  second  Grand  Secrétaire  Kia-Tching  et  par  le  géné- 
ral Cheng-Pao'  pour  supplier  Pimpératrice  de  prendre  le 
pouvoir  en  mains. 

«  Les  serviteurs  de  Votre  Majesté,  Kia-Tching  »  (second 
Grand  Secrétaire) ,  «  Tchan  Tsou-pei  »  (quatrième  Grand 
Secrétaire),  «  Chin  Tchan-lin  »  (Président  du  Ministère  des 
Finances)  et  «  Tch'an-Kouang  »  (l'un  des  Présidents  du  Minis- 
tère des  Châtiments)  «  présentent  à  genoux  un  mémoire  sup- 
pliant que,  puisque  l'intérêt  principal  de  l'Ëtat  y  est  impliqué, 
l'autorité  du  Gouvernement  soit  tenue  ferme  pai'  la  main  du 

I .  Le  Tsoung  Jen  Fou  qui  s'occupe  de  toutes  les  a(Taires  relatives  à 
la  famille  impériale  et  conserve  l'arbre  généalogique  ;  son  chef  qui  est  un 
prince  de  la  famille  impériale  porte  le  tilre  de  Tsoung  K'ing. 

a.  Rennie,  II,  p.  i3a-3. 

3.  C'est  lui  qui  avait  fait  décapiter  l'abbé  Deluc  et  le  capitaine  Bra- 
bazon  près  de  Pa-li-k'iao.  En  octobre  i863,  il  reçut  l'ordre  de  se  suicider, 
après  cinq  mois  de  captivité,  &  cause  de  son  insuccès  dans  la  lutte  cotitre 
les  rebelles, 


^r-^^ 


COUP  d'état  laS 

Souverain  en  vue  du  rétablissement  de  la  moralité  et  de  la  pré- 
vention des  progrès  du  mal.  »  ^ 

c  Considérant,  que  sous  la  dynastie  présente,  un  saint  mo- 
narque a  succédé  à  un  autre,  de  telle  façon  qu'il  n'y  avait  pas 
eu  de  précédent  pour  l'administration  du  Gouvernement  par  une 
Impératrice-Douairière,  quand  en  réponse  au  Mémoire  du 
Censeur  Toung  Youen-tching ,  Votre  Majesté  promulgua  un 
décret,  son  langage  était  si  explicite  que  vos  serviteurs  ne  purent 
rien  exprimer  de  contraire.  En  même  temps  il  est  inopportun 
que  l'autorité  suprême  descende  aux  mains  d'un  sujet,  parce 
que  descendant  ainsi,  elle  est  supplantée  avec  le  temps.  Il  est 
également  inopportun  que  les  limites  du  code  des  obligations  y> 
(ou  rituel  des  cérémonies)  «  soient  môme,  quelque  peu  que  cela 
soit,  dépassées,  car  si  elles  le  sont,  il  s'élèvera  des  abus. 

«  Votre  Majesté,  Notre  Empereur,  montant  sur  le  trône  à  un 
âge  tendre,  Ts'ai  Youen,  prince  de  I.  et  sept  autres,  furent, 
d'accord  avec  les  volontés  testamentaires  de  feue  Sa  Majesté, 
nommés  pour  aider  l'administration  comme  conseillers.  En 
conséquence,  ces  deux  derniers  mois,  tous  les  décrets  se  rappor- 
tant aux  nominations  des  charges  ou  à  d'autres  actes  du  Gou- 
vernement, ont  été  considérés  et  agrées  par  les  princes  et 
ministres  en  question,  et  toutes  les  fois  que  ces  décrets  ont  dû 
être  publiés,  ils  y  ont  apposé  un  sceau  Impérial  d'État,  ou  le 
sceau  de  la  Salle  du  Bon  Exemple,  qui  étant  vu  et  entendu  par 
tout  le  monde,  aussi  bien  dans  la  capitale  qu'au  dehors,  a  égale- 
ment imposé-  l'obéissance.  Après  avoir  considéré  soigneusement 
les  procédés  du  Conseil,  vos  serviteurs  sont  satisfaits  que  nul 
progrès  du  mal  n'a  résulté  de  leurs  actes. 

«  Cependant,  les  deux  mots  Isao  siang  d'aider  comme  conseil- 
lers, indiquent  seulement  l'aide  de  ceux  qui  sont  en  second,  et 
non  le  pouvoir  de  celui  à  la  première  place  ;  et  si  dans  toutes  les 
questions  grandes  ou  petites,  il  a  été  laissé  entièrement  à  ces 
princes  et  à  ces  ministres  de  décider  comme  il  leur  plaira,  et 
alors,  après  avoir  soumis  leurs  décisions  à  Sa  Majesté,  qui  ne  les 
verrait  que  pour  un  moment,  afin  de  leur  donner  de  l'effica- 
cilé,  ils  seraient  bien  en  nom  que  des  conseillers,  mais  en  réalité, 
il»  exerceraient  le  pouvoir  en  chef  ;  et  quand  cet  état  de  choses 
se  serait  répété  un  certain  laps  de  temps,  quelque  doute  ou 
quelque  appréhension  ne  seraient-ils  pas  ressentis  par  chacun 
dans  ou  hors  la  capitale  ? 


126      MORT    DE    HIEN-FOUNG    —    AVèNEME?ïT    DE   T*OUNG-TCHÉ 

«c  Les  conseillers  assislanU  d'aujourd'hui  sont,  de  fait,  le 
Grand  Conseil  d'autrefois.  Mais  les  membres  du  Grand  Conseil 
étaient  accoutumés  dans  chaque  cas,  premièrement,  d'apprendre 
de  l'Empereur  en  personne  si  Sa  Majesté  approuvait  ou  désap- 
prouvait la  proposition  apportée  devant  lui,  et  alors,  lorsqu'ils 
avaient  reçu  la  décision  Impériale,  de  rédiger  et  de  lui  soumet- 
tre un  décret  déclarant  sa  volonté.  Ce  qui  ne  plaisait  pas  à  Celui 
qui  est  Sacré,  était  corrigé  par  Sa  Majesté  avec  le  pinceau  de 
vermillon.  Dans  ces  conditions,  l'autorité  était  réellement  au 
pouvoir  du  plus  haut  ;  il  ne  pouvait  pas  y  avoir  de  contrefaçon  de 
lui  par  d'autres. 

«  L'arrangement  qui  conviendrait  exactement  dans  la  conjonc- 
ture présente,  serait,  que  Son  Auguste  Majesté  l'Impératrice- 
Douairière,  d'un  côté  répandit  l'influence  qui  doit  à  vrai  dire 
découler  du  palais,  de  l'autre,  devrait  posséder  la  dignité  et 
manier  l'autorité  du  gouvernement.  Les  établissements  ofliciels 
auraient  ainsi  un  centre  auquel  ils  auraient  à  rapporter  leurs 
instructions  et  à  en  recevoir  et  un  milieu  d'enquêtes  et  de  déci- 
sions existerait  d'où  les  commissions  et  les  ordres  seraient  pro- 
mulgués. La  régence  ne  serait  pas  une  fiction,  et  son  gouvernement 
serait  effectif.  Par  une  juste  comparaison  entre  les  précédents 
des  anciennes  dynasties  avec  ceux  des  dernières  générations, 
on  arriverait  à  une  parfaite  conclusion  convenable,  sans 
diflicultés.  »  (Ici  suit  une  liste  d' Impératrices-douairières  sous 
les  dynasties  des  Han,  des  Soui,  des  Soung,  et  des  Ming,  dans  la 
dernière  desquelles).  «  Comme  Chin-Tsoung  *  n'était  âgé  que  de 
dix  ans,  l'administration  était  entièrement  dirigée  par  Les  impé- 
ratrices, qui  donnaient  leurs  ordres  aux  hauts  officiers  de  l'em- 
pire. Aucune,  cependant,  n'était  appelée  Régente.  Votre  Majesté, 
notre  Empereur,  doué  par  la  nature  de  réelles  capacités,  aura 
nécessairement  à  se  dévouer  elle-même  à  l'étude-  des  Clas- 
siques (littéralement,  le  Livre  d'Histoire  et  le  Livre  de  Poésie). 
«  Encore  quelques  années,  et  vous  gouvernerez  vous-même, 
mais  dans  l'intervalle,  tandis  que  passeront  ces  quelques  années, 
il  y  a  en  dehors  des  murs  de  la  capitale  des  rebelles  qui  ne  sont 
pas  encore  soumis,  et  parmi  eux  des  traîtres  résidant  à  portée  de 
la  main.  Comment  doit  être  sauvé  l'empire  des  dangers  de 
l'heure  présente?  Comment  sa  moralité  peut-elle  être  rétablie? 

1.  Nien-hao  de  Wan  Li,  1578- 1620. 


MÉMORIAL    DE  CHENG-PAO  137 

«  Il  est  de  toute  importance  que  Tesprit  public  soit  forniement 
tranquillisé.  11  s'ensuivrait  une  grande  et  immédiate  calamité,  si 
par  manque  d'un  représentant  de  la  suprême  autorité,  il  serait 
affecté  par  des  doutes  et  des  craintes. 

«  Quant  aux  formes  h  être  observées  quand  des  serviteurs 
publics  seraient  reçus  en  audience  par  l' Impératrice-Douairière, 
et  aux  règles  pour  la  conduite  des  aiTaires,  doivent- elles  être  les 
mêmes  depuis  longtemps  établies,  observées  jusqu'ici  par  les 
membres  du  Conseil  en  recevant  les  décrets  de  l'Empereur,  ou 
seraii-il  opportun  de  les  modifier,  vos  serviteurs  espèrent  respec- 
tueusement que  Votre  Majesté  donnera  des  ordres  aux  ministres 
de  Votre  Cour  de  les  considérer  ensemble  et  de  rapporter  le  résul- 
tat, avec  la  demande  que  Votre  Majesté  décidera  * .  » 


MÉMORIAL    DE    CHEÎÏG-PAO. 

«  Comme  il  est  impossible  de  satisfaire  l'opinion  publique 
pendant  que  l'autorité  suprême  est  aux  mains  d'un  sujet,  il 
devient  de  son  devoir  de  prier  l'Impératrice  elle-même  de  l'assu- 
mer, et  d'ajouter  à  ses  conseillers  un  prince  du  plus  hairl  ordre 
et  de  la  proche  parenté  de  l'Empereur,  de  façon  que  la  dignité 
de  l'Étal  soit  affirmée  rc'gulièrement  de  nouveau,  et  que  l'esprit 
public  soit  concilié.  Il  prétend  que  si  un  prince  du  sang  compé- 
tent avait  été  à  portée  quand  l'Empereur  mourut,  il  aurait  fait 
partie  du  Conseil  ;  que  le  Conseil  présent  fait  ce  qui  devrait  être 
fait  seulement  par  l'Empereur,  ou  rimjjératricc-Douairière  ;  et 
que,  nonobstant  les  démarches  faites  pour  donner  un  semblant 
de  validité  aux  décrets  promulgués  au  nom  de  l'Empereur,  ils  ne 
commandent  pas  la  confiance  de  l'Empereur  ;  que  leur  rejet  du 
mémorial  du  Censeur  Toung  Youen-tching  était  la  preuve  d'un 
esprit  arrogant  et  intéressé,  et  a  occasionne  un  mécontentement 
général.  Le  transfert  du  pouvoir  du  gouvernement  à  un  sujet  un 
beau  matin,  a  produit  un  état  de  crainte  qui  continue  encore. 
Le  peuple  dans  les  rues,  quand  il  lit  les  proclamations  de  Sa 
Majesté,  dit  :  «  Ce  ne  sont  pas  là  les  mots  de  notre  Maître  ;  ce 
ne  sont  pas  là  les  intentions  de  la  Mère  de  l'Étal  et  de  la  Mère  de 
notre  Souverain.  »  Il  y  a  une  tendance  générale  à  ne  pas  obéir 

I.  Rcnnie,  II,  p.  i34-i38. 


ia8       MORT    DE    HIEN-FOUNG    —    AVÈNEMENT    DE    T*OUNG-TCHÉ 

aux  ordres  qui  émanent  du  Conseil,  comme  rien  ne  fait  voir  s'ils 
sont  autorisés  ou  non.  Il  n*y  a  pas  que  le  peuple  de  Tempire  qui 
paraisse  chaque  jour  perdre  de  plus  en  plus'courage.  Il  y  a  aussi  à 
craindre  que  les  nations  étrangères  elles-mêmes,  quand  elles 
apprendront  l'état  où  en  sont  les  choses,  seront  également  sen- 
sibles à  la  violence  qui  est  faite  au  droit  en  principe  et  s'en 
émouveront  en  conséquence  —  un  résultat  d'une  importance 
sérieuse.  Il  faut  écraser  la  rébellion,  mais  il  faut  dans  le  palais 
se  garder  de  plus  grands  dangers  Cheng-Pao  conclut  en  priant 
que  son  mémoire  soit  donné  à  lire  au  grand'oncle  de  l'Empe- 
reur, le  Prince  de  Houei,  et  à  ses  oncles  les  Princes  de  ïoung  et 
Tch'ouen  *.  » 

Par  suite,  d'autres  décrets  étaient  promulgués  pour  Par- 
restation  de  Sou-Gliouen,  la  prise  de  possession  du  pouvoir 
par  riinpératrice  douairière,  etc. 

«  Nous  ordonnons  à  Jen  Chan,  prince  de  Joui,  et  à  Yi-Houan, 
prince  de  Tch'ouen,  d'arrêter  immédiatement  Sou-Clioucn,  et 
qu'ils  trouvent  un  officier  de  confiance  pour  se  charger  de  l'ame- 
ner à  la  capitale.  Respectez  ceci. 

«  Nous  ordonnons  que  les  Princes  et  Ministres  du  Grand 
Conseil,  les  Grands  Secrétaires,  les  Six  Ministères,  les  Neuf  Cours, 
le  Ilan  Un  Youen,  le  Chan  Che  Fou  et  les  Censeurs  prennent  eu 
considération  la  note  présentée  aujourd'hui  par  Ria-Tching, 
Tchan  Tsou-pei.  Cliin  Tchan-lin  et  Tch'an-Kouang,  priant  que 
toute  l'autorité  dans  le  gouvernement  soit  assumée  par  le 
Souverain,  nous  invitant  à  ordonner  aux  Ministres  de  la  Cour  de 
délibérer  suivant  les  formes  devant  être  observées  aux  audiences 
données  par  Son  Auguste  Majesté  l'Impératrice-Douairière,  et 
les  méthodes  essentielles  |X)ur  la  conduite  de  toutes  sortes  d'af- 
faires ;  ainsi  que  le  mémoire  de  Cheng  Pao  (Choung  Pao)  priant 
que  r Impératrice-Douairière  administre  personnellement  le  gou- 
vernement, assistée  par  un  ou  plusieurs  conseillers,  devant  être 
choisis  parmi  les  princes  de  l'ordre  le  plus  élevé  et  immédiatement 
allié  au  Trône  ;  et  que,  ayant  décidé  d'une  façon  impartiale  dans 
quelle  mesure  le  cas  présent  sera  alTeclé  par  le  précédent  ancien. 


I.  Rcnnie,  II,  ]).  iSS-y. 


t'oung-tché  I  ag 

lis  nous  informeront  de  Leurs  conclusions  aussiUM  qu'ils  y  seront 
arrivés  d'une  façon  satisfaisante.  Respectez  ceci  *. 


EXÉCUTION    DE    SOU-CHOUEN. 

Sou-Chouen,  qui  accompagnait  le  corps  de  rempereur,  fut 
arrêté  à  peu  de  distance  de  Péking  parle  prince  de  Tch'ouen. 
Tsai-Youen,  Touan-Houa  et  lui  furent  aussitôt  mis  en  juge- 
ment; le  dernier  fut  condamné  &  être  décapité  ;  les  deux  autres 
furent,  par  faveur,  autorisés  5  se  suicider.  Ils  se  pendirent 
le  matin  du  8  novembre.  C'était  une  commutation  de  peine, 
car  ils  avaient  été  d'abord  condamnés  à  la  inorl  lente.  Sou- 
Chouen  fut  exécuté  le  8  novembre  à  deux  heures  comme  un 
criminel  de  droit  commun;  il  mourut  bravement,  en  niant 
la  légalité  de  la  sentence  qui  le  frappait  ;  il  avait  environ 
!q  ans.  Le  coup  d'état  fut  accueilli  avec  joie  par  la  popula- 
tion de  Péking  qui  exécrait  les  favoris  de  Hien-Foung. 
^lomme  corollaire  à  ce  tragique  événement,  il  convient 
d'ajouter  que  le  3i  août  i864,  la  Gazette  de  W/i/î^' annon- 
çait qu'en  raison  des  services  rendus  par  les  ancêtres  de 
Tsai  et  de  Touan,  leur  titre  de  prince  serait  ressuscité  et 
donné  à  des  membres  éloignés  de  leur  famille. 

t'oung  tché. 

Le  7  novembre  i86i,  le  prince  Koung  avait  été  nommé 
régent  conjointement  avec  les  impératrices-douairières  et  le 
Il  novembre  un  -décret  impérial  changeait  le  m'en -/i an  de 
1  empereur  de  KiTsiangea  7"o//«^'-7V'/rf?  (union  dans  Tordre); 
le  lendemain  Hang-Ki  annonçait  aux  légations  étrangères 
i  installation  officielle  de  l'empereur  ce  jour  môme  et  l'ouver- 
ture du  nouveau  Tsoung-li  Yamen. 

I.  Rennîe,  II,  p.  i33-4. 

GORDIBR.  I.  —  9 


l 


p. 


l3o       MORT    DE   HIEW-FOUNG    —    AVÈNEMENT    DE   T*OUNG-TCHÉ 

Le  Prince  de  Koung  donna  avis  aux  légations  étrangères 
du  changement  de  nom  du  règne  : 

Je  viens  de  recevoir  un  Décret  Impérial  dont  voici  la  teneur  : 
«  Le  9"  jour  de  la  présente  lune  (ii  novembre  1861)  S.  M. 
l'Empereur  des  Ts*ing,  s'étant  assise  pour  la  première  fois  sur  le 
trône,  a  déclaré  que  Tannée  prochaine  serait  la  première  année 
du  règne  de  Toung-Tchè,  et  que  cet  ordre  devait  être  publié  et 
observé  dans  tout  TEmpire  de  Chine.  »  —  Eu  égard  aux  liens 
d'amitié  qui  unissent  nos  doux  Empires,  j'ai  cru  de  mon 
devoir,  noble  Ministre,  de  vous  communiquer  ce  Décret  pour 
votre  information. 

Le  18"  jour,  de  la  10*  lune  de  la  11*  année  de  Hien-Foung 
(30  novembre  186 1). 

L'empereur  était  né  le  27  avril  i856  (28°  jour  du  3*  mois 
de  la  6*  année  Hien-Foung).  Une  longue  minorité  était 
donc  en  perspective. 

Le  prince  de  Koung  allait  donc  exercer  le  pouvoir  sous  le 
nom  des  régentes  :  rimpératrice-douairière  et  la  mère  de 
de  T'oung-Tché,  élevée  elle-même  au  rang  d'impératrice.  Ces 
deux  princesses  étaient  désignées  sous  les  litres  de,  la  pre- 
mière, Impératrice  de  l'Est,  ToungKonng^  la  .seconde,  Impé 
ralrice  de  l'Ouest,  Si  Koung. 

L'impératrice  de  TEsl,  Ts'eu-ngan,  femme  principale  de 
Hien-Foung*,  née  en  i835,  morte  le  8  avril  1881,  a  joué 
un  rôle  efface  à  côté  de  la  concubine,  mère  de  T'oung-Tché, 
devenue  impératrice  de  l'Ouest,  la  fameuse  Ts'eu-hi,  née  le 
17  novembre  i834,  dont  nous  aurons  maintes  fois  l'occasion 
de  parler,  et  qui,  aujourd'hui  dans  la  vieillesse,  conserve 
rénergie,  voire  la  violence  de  son  âge  mûr. 


I .  La  véritable  impératrice  était  morte  en  1849.  Ts'eu-ngan,  delà  famille 
Nieou-kou-lou,  femme  du  harem  impérial  en  i85a,  fut  élevée  la  même 
année  au  rang  d'impératrice;  à  la  naissance  du  futur  T'oung-Tché^  sa 
mère,  TsVu-hi,  de  la  famille  mandchoue  Yé-ho-na-la,  obtint  le  rang  de 
Kouei  Feif  concubine  du  second  rang. 


te   COMTE   KLECZlOWSlI  l3l 


LE    COMTE    K.LEGZK.OWSKT 


M.  de  Bourboulon  quitta  Péking  le  i8  mai  1862,  et  le 
premier  secrétaire,  Comte  Kleczkowski  *,  rentré  le  3 1  du 
même  mois  dans  cette  ville  prit  la  direction  des  Affaires  ; 
M.  Alphonse  Pichon  vint  le  28  mai  remplir  le  vide  laissé  à  la 
lé|?ation  par  le  départ  de  M.  de  Vernouillet.  Le  nouveau  chargé 
d'affaires  avait  réglé  heureusement  déjà  plusieurs  points 
importants  relatifs  au  consulat  et  à  la  cathédrale  de  Canton. 
Avant  son  départ,  M.  de  Bourboulon  avait  pu  faire  part  au 
Ministre  des  Affaires  étrangères  du  règlement  des  questions 
suivantes  (avril  1862)  :  restitution  des  églises  catholiques  de 
Tchen-Kouh-ien,  ville  de  Han-tch'ong  (Chen-Si),  de  Tchen- 
ling  fou  (Tché-li  S.  O.),  de  Kiang-tchéou  (Chan-Si),  de  Sien- 
houa  fou  (Tché-li  Nord).  Il  laissait  pendante  une  grosse  affaire  : 

L'abbé  Jean-Pierre  Néol,  des  missions  étrangères,  né  à 
Sainle-Gathcrine-sur-Riverie  (Rhône)  en  juin  i832,  fut 
décapité  le  lundi  17  février  1862,  avec  2  catéchistes,  i  néo- 
phyte, une  jeune  ûUe,  h  Kay-tchéou  (Kouei-tchéou)  pai*  le 
fonctionnaire  Tay  Lou-tche  ;  le  vicaire  apostolique,  Monsei- 
gneur Louis  Faurie  avertit  immédiatement  de  ce  meurtre 
M.  de  Bourboulon,  par  une  lettre  adressée  de  Kouei  yang, 
capitale  du  Kouei-tchéou,  le  28  février   1862.   Cette  affaire 

1.  Michel- Alexandre t  comte  Kleczkowski,  né  le  27  février  1818,  au 
chàleau  de  Kleczkovv,  en  Gallicic  ;  attaché  au  consulat  de  Ghang-Haï, 
19  mars  18/17  ;  naturalisé  français  en  i85o;  attaché  payé  à  la  légation  do 
France,  Péking,  i85/i  ;  chargé  d'alTaires,  i®»"  juin  1862  au  11  avril  1863, 
puis  secrétaire-interprète  pour  la  langue  chinoise  à  Paris.  Chargé  d'un  cours 
libre  de  chinois  pratique,  il  fut  nommé  professeur  à  l'École  des  Langues 
orientales  vivantes  à  la  Gn  de  187 1  ;  il  est  mort  le  23  mars  1886.  —  Voir  : 
Cours  libre  de  chinois  vulgaire  et  pratique.  Bâtiment  de  la  Sorbonne,  rue 
Gerson.  Discours  d'ouverture  du  7  décembre  1869,  par  M.  le  comte  Klecz- 
kowski,  ancien  chafgé  d'affaires  de  France  à  Péking,  consul  générai, 
premier  secrétaire-interprète  de  Sa  Majesté  l'Empereur  pour  les  langues 
delà  Chine.  Paris,  typographie  de  A.  Pougin,  1870,  br.  in-8,  p.  3o. 


iSa        MORT    DE    HIEN-FOUNG    —    AVÈNEMENT    DE  t'oUNG-TCHÉ 

fut  réglée  par  M.  Kleczkowski  ainsi  que  d'autres  difficultés 
religieuses  au  Hou-Nan  et  au  Kiang- Si  (octobre  1862).  EnQn 
il  obtint  les  concessions  françaises  de  Tché-fou  et  de  Ta-Kou. 


CONCESSIONS    FRANÇAISES    DE    TCHÉ-FOU    ET    DE    TA-KOU 

Le  21  janvier  i863,  le  comte  Kleczkowski  annonçait  au 
Département  que  la  question  des  concessions  à  obtenir,  en 
vertu  des  traités,  à  Tché-fou,  celle-ci,  —  malgré  l'opposition 
du  consul  anglais,  —  et  à  Ta-Kou,  était  réglée. 
■  En  effet,  Tchong  Tao-taï,  commandant  des  troupes  chi- 
noises de  Teng-tchéou  fou,  Lai-tchéou  fou  et  Tsin-tchéou 
fou,  surintendant  de  la  douane  maritime  de  Chan-Toung, 
par  décret,  mandarin  du  sel,  d'accord  avec  le  lieutenant  de 
vaisseau  Comte  de  Montpezat,  consul  provisoire  de  France  à 
Tché-fou,  le  10®  mois  de  la  i'®  année  T'oung-Tché  (1862) 
publie  une  proclamation  par  laquelle  «  Texl rémité  de  la 
péninsule  de  Yen-taï  appartiendra  désormais  aux  Français  à 
litre  d'affermage  à  perpétuité.  Les  limites  de  ce  terrain  sont  : 
à  rOuest,  au  Nord  et  à  l'Est,  la  mer  jusqu'au  coin  Sud-Est 
de  l'ancien  cimetière  français  et,  h  partir  de  ce  point,  une 
ligne  longeant  la  limite  Sud  de  ce  même  cimetière  et  allant 
dans  la  direction  Nord-Ouest,  jusqu'au  |X)int  culminant  au 
Sud  du  fossé  de  fortifications  creusé  par  les  soldats  français 
et  suivant  aussi  ce  même  fossé,  en  ligne  directe,  jusqu'au 
bord  de  la  mer,  dans  le  port  intérieur  de  Yen-taï.   » 

A  Ta  Kou,  l'affaire  est  réglée  par  Tch'oung  Heou  avec  noire 
agent  consulaire,  M.  Fontanier  : 

Tch'oung,  par  Ordre  suprême,  membre  du  Conseil  privé  de  TEm- 
)x»reur.  Ministre  et  surintendant  des  trois  Ports  du  Nord,  etc. .  etc. , 
publie  la  présente  proclamation  j)our  Tinformation  générale. 

Après  m'êlre  assuré  d'une  manière  certaine  que  les  terrains 
d'alluvion  de  la  place  Nord  de  Ta-kou  étaient  clairement  spéciGés 
dans  les  articles  du  traité,  comme  étant  au    nombre  des  ports 


CONCESSIONS    FRANÇAISES    DE    TCHÉ-FOU    ET    DE    TA-K.OU         1 33 

ouverts  au  commerce,  ce  qui  autorise  les  négociants  étrangers  à  y 
construire  des  magasins  ou  des  résidences  pour  leur  usage,  le 
magistrat  Ho,  du  district  de  rin-ho-h*ien  s'est  en  conséquence, 
—  sur  Tordre  —  que  je  lui  ai  donné  —  réuni  au  consul  de 
France  Fong  (Fontanier)  et,  après  examen  et  délibération  de 
leur  part,  sont  tombés  d'avis,  d*un  commun  accord,  à  savoir  : 

—  i"  Que  rétendue  de  terrain  occupée  actuellement  par  le 
fond  Nord,  comprise  entre  le  i®'  et  le  a"  canal  ne  pouvait  pas 
être  louée,  comme  étant  un  domaine  particulier  de  l'État. 

—  a*  Qu'à  partir  du  a**  canal  commencerait  la  partie  des  terrains 
(déjà  déterminés)  dont  la  location  éla'ii  spécialement  et  uniquement 
réservée  à  la  France  à  l'exclusion  complète  de  toute  autre  nation. 

Or  donc,  si,  à  l'avenir,  des  négociants  Français  demandent  à 
s'y  établir,  on  se  rendra  sur  les  lieux  pour  fixer  l'étendue  des 
lots  dont  ils  désireraient  faire  l'acquisition,  après  quoi  il  leur  sera 
dcli\ré  un  acte  de  location  en  règle  conformément  à  ce  qui  a 
déjà  été  établi  en  pareille  occasion. 

La  présente  a  pour  but  d'en  informer  tout  le  monde  en  géné- 
ral, mais  plus  particulièrement  ceux  d'entre  vous  qui  avoisinent 
cette  localité. 

Que  personne  parmi  vous  ne  se  permette  de  transgresser  les 
ordres  que  renferme  cette  proclamation  !! 

Proclamation  destinée  à  être  affichée  sur  les  forts  Nord  deXa^kou . 
Le  a 5*  jour  du  lo*  mois  du  règne  de  T'oung-Tché  (Ïien-Tsin, 
le  i6  décembre  i86a). 

Pour  traduction  certifiée  conforme. 
Le  gérant  interprète  du  consulat  de  France 

à  Tien-Tsin, 
Signé  :  H.  Fontanier. 

Une  portion  de  notre  concession  à  Ta-Kou,  60  arpents, 
était  louée  moyennant  60  taëls  à  perpétuité  aux  Messageries 
impériales. 

M.    BERTHEMY 

• 

Le  nouveau  ministre  de  France  en  Chine,  M.  Berthemy, 
arriva  à  Ghang-Haï  le  12  mars  i863  et,  s'étant  embarqué  le 
4  avril  sur  le  Monge,  il  arriva  à  Ta-Kou,  le  10.  Le  16  avril 
i863,  il  était  à  Péking  et  le  lendemain,  M  Kleczkowski  lui 
remettait  le  service. 


CHAPITRE  X 
DIVERS  TRAITES   ÉTRANGERS 

TRAITÉ    ALLEMAND,    2    SEPTEMBRE     1861 

La  Prusse  était  représentée  au  xvni°  siècle  dans  le  com- 
nierce  de  la  Chine  par  la  Compagnie  d'Emden*.  Ce  fut  le 
royaume  des  Hohenzollern  qui  se  mit  à  la  tête  des  pays  for- 
mant le  Zollverein  pour  signer  un  traité  avec  la  Chine.  L'expé- 
dition de  Chine  fut  décidée  le  i5  août  iSôg  et  le  conseiller 
d^ambassade,  comte  d'Eulenbourg,  nommé  envoyé  extraor- 
dinaire et  ministre  plénipotentiaire  aux  Cours  de  Japon, 
Chine  et  Siam.  L'escadre  qui  devait  raccompagner  se  com- 
posait de  trois  bâtiments  :  la  corvette  à  vapeur  Arcona^  la 
frégate  à  voiles  Thétis  et  le  schooner  de  guerre  Frauenlob, 
On  leur  adjoignit  le  transport  VElùe  pour  porter  les  cadeaux, 
les  échantillons,  le  charbon  et  autres  provisions,  ainsi  qu^une 
barque  à  vapeur  qui  devait  être  employée  au  service  entre  les 
bateaux. 

Le  personnel  de  la  mission  était  formé  de  la  manière 
suivante  :  le  Comte  dTulenbourg,  le  secrétaire  d^ambassade 
Pieschcl,  MM.  Von  Brandt,  Von  Bunsen,  le  Comte  Auguste 
d'Eulenbourg,  lieutenant  au  i®*'  régiment  de  la  garde  à  pied, 
les  naturalistes  Wichura,  conseiller  du  gouvernement  pour 


I .  Quos  Deus  benc  vortal.  Ociroy  accordé  par  Sa  Majesté  le  Roy  de 
Prusse  pour  faire  commerce  à  Bengale,  et  aux  cèles  voisines.  Du  con- 
sentement de  la  Royale  Compagnie  do  la  Chine,  établie  à  Embden.  Pièce 
in-4,  8.  1.  n.  d.  [Berlin,  31  janvier  1758],  p.  10. 


TRAITB    ALLEMAND,    3    SEPTEMBRE     1861  lS5 

la  botanique,  le  D*"  von  Martens  pour  la  zoologie,  le  D*"  baron 
de  Richthofen  pour  la  géologie,  le  D*"  Maron,  expert  en 
économie  rurale,  le  médecin  Lucius  (maintenant  baron 
Lucius  de  Ballhauscn,  ministre  d'État  en  non  activité),  le 
peintre  A.  Berg  (mort  directeur  du  Musée  provincial  silésicn 
de  Breslau),  le  dessinateur  W.  Heine,  le  photographe  Bis- 
mark (plus  tard  interprète  de  la  légation  allemande  à 
Péking,  mort  consul  à  Amoyen  1880),  le  jardinier  botaniste 
Schotlmuller,  les  commerçants  prussiens  Grube,  Jakob  et 
Ralh,  le  commerçant  Spiess,  fondé  de  pouvoirs  de  la  Cham- 
bre de  commerce  saxonne. 

Eulenbourg*  s'embarque  le  22  mai  1860  à  Triesto,  à  bord 
du  Lloyd  Impératrice  y  avec  Richthofen  et  Auguste  d'Eu- 
lenbourg;  il  fait  successivement  escale  à  Ancôno,  Molfetta, 
Brindisi,  Corfou,  qui  Tenthousiasme,  Alexandrie,  où  le 
Consul  Kœnig  Temmène  faire  une  visite  au  vice-roi 
d'Egypte  Saïd  Pacha  ;  se  dirige  sur  le  Caire  en  chemin  de 

I.  Frédéric  Albert,  comte  d*Eulcnbourg,  né  à  Koenigsbcrg  le  29  juin 
1818,  étudia  dans  cette  ville  et  à  Berlin  ;  le  i^**  décembre  i835,  il  entra 
au  service  de  rÉlat.  Après  avoir  été  auditeur  à  Francfort  sur-l'Odcr, 
référendaire  à  Coblenz  et  Munster,  et  assesseur  à  Cologne  et  Oppeln,  il 
commença  en  1 844  sa  carrière  dans  l'administration  comme  assesseur  du 
gouvernement  à  Oppeln,  puisa  Mersebourg.  En  i848,  il  est  appelé  au 
ministère  des  finances  ;  en  i849i  À  celui  de  Tintéricur.  Il  entre  dans  le 
service  diplomatique  en  i85a,  et  est  nommé  Consul -Général  à  Anvers, 
puisa  Varsovie.  Enfin,  on  octobre  1869,  ^  ^^^  envoie  dans  les  eaux  asia- 
tiques en  qualité  d'ambassadeur  royal  do  Prusse,  à  la  této  d'une  expédi- 
tion, avec  mission  de  conclure  des  traités  d'amitié,  de  commerce  et  de 
navigation  avec  le  Japon,  la  Chine  et  le  Siam.  11  rencontre  les  plus  grandes 
difficultés,  mais  parvient  néanmoins  le  a4  janvier  1861  à  signer  un  traité 
avec  le  Japon,  et  le  a  septembre  1861,  avec  la  Chine.  Les  grandes  qua- 
lités de  circonspection,  d'énergie  et  de  ténacité  qu'il  avait  déployées  pen- 
dant cette  campagne  diplomatique,  Tavaient  fait  remarquer  de  Bismarck  ; 
à  son  retour  en  Prusse,  le  comte  d'Eulenbourg  est  nomme  ministre  do 
Tiotérieur  (8  décembre  i86a).  Jus<]u'cn  1878,  il  s'occupa  des  réformes 
ot  de  l'organisation  des  provinces  annexées,  soit  orientales,  soit  occiden- 
tales, et  donna  le  3o  mars  sa  démission  au  Landtag.  F^e  comte  d'Eulen- 
bourg est  mort  le  3  juin  i88i  à  SchOnebcrg  près  Berlin. 


l36  DIVERS    TRAITIÊS    ÉTRANGERS 

fer;  à  Kafr-eg-Zaiyat,  il  déjeune  à   côté  de  Ferdinand  de 
Lesseps  :  visite,  au  Caire,  le  Musée  égyptien  fondé  par  Mariette, 
où  il  admire  une  parure  d'or  émaillé  trouvée  aux  environs  de 
Thèbes  quelques  mois  auparavant  sur  le  cadavre  embaumé 
d'une  reine  morte  1800  ans  avant  Jésus-Christ,  qu'on  a  dû 
jeter  dans  le  Nil,  aussitôt  après  avoir  ouvert  le  cercueil,  à  cause 
de  l'état  de  décomposition.  Il  fait  aussi  visite  à  Emin  Pacha. 
A  Suez,  il  monte  à  bord  de  la  Nèmésisy  vapeur  à  hélice  qui  va 
le  conduire  à  Pointe  de  Galles,  et  où  il  se  trouve  avec  le 
fils,  le  petit-fils  et  l'arrière-petit-fils  de  Tippoo  Saïb,  ce  der- 
nier revenant  d'Angleterre  où  il  venait  de  faire  ses  études.' 
Pointe  de  Galles,  avec  Candy,  lui   semble  un  paradis  ;  le 
Gange  le  mène  à  Singapore,  en   s'arrêtant  à  Pinang.  Là, 
il  fait  l'expérience  de  manger  d'un  genre  de  melon,  appelé 
Dourian,  qui  exhale  une  telle  odeur  de  vieux  fromage  de 
Limbourg  que  chacun  se  bouche  le  nez  et  qu'il  est  forcé  de 
manger  une  demi-douzaine  de  mangoustans  pour  enlever  ce 
goût  atroce.  A  Singapore,  il  retrouve  l'escadre  allemande  et 
s'embarque  sur  la  corvette  Arcona  qui  le  conduit  à  Yeddo, 
où  il  arrive  le  4  septembre  1860. 

Pendant  son  séjour  au  Japon,  il  rencontre  quelques  per- 
sonnages dont  les  noms  nous  sont  connus  :  Duchesne  de 
Bellecourt,  chargé  d'affaires  français  ;  Rutherford  Alcock , 
envoyé  anglais  ;  Gower,  attaché  à  l'ambassade  anglaise  ; 
Vyse,  consul  anglais  ;  Loureiro,  consul  portugais  ;  von 
Poelsbrok,  consuls  hollandais  ;  Dorr,  consul  américain  ; 
Rice,  vice-consul  américain  ;  de  Witt,  consul  général 
hollandais  ;  Sir  Hope  Grant,  venu  de  Chine  pour  se  reposer 
et  Lady  Grant  ;  le  contre-amiral  Page,  le  contre-amiral 
Le^'is  Jones,  le  Rév.  M.  Brown,  etc. 

Après  bien  des  pourparlers,  il  obtient  enfin  en  janvier  i86 1 
un  traité  qui  est  écrit  en  allemand,  en  japonais  et  en  hollan- 
dais et  dont  la  signature  dure  trois  heures  et  demie,  lui  et 
chacun  des  trois  gouverneurs  ayant  à  signer  2 4  fois  ! 


TRAITÉ  ALLEMAND,  3  SEPTEMBRE  1861  187 

Parti  le  29  janvier  1861  pour  la  Chine,  à  bord  de  VAr- 
cona,  il  touche  à  Nagasaki  où  le  consul  américain  Walsh, 
le  consul  portugais  Evans,  le  consul  anglais  Morrison,  et  le 
œnsul  hollandais  Pompe  de  Meerdervoort,  viennent  au-devant 
de  lui.  Il  reçoit  également  la  visite  du  major  russe  de 
Ililrovo  (adjudant  du  comte  Mouraviev,  gouverneur  de 
la  Sibérie  orientale),  envoyé  par  le  gouvernement  russe  pour 
le  féliciter  de  la  conclusion  de  son  traité  avec  le  Japon  ;  du 
lieutenant  de  marine  russe  de  K renier  ;  du  capitaine  Pouch- 
kine, qui  lui  apporte  une  lettre  du  commandant  Likhatchov 
mettant  l'escadre  russe  dans  les  eaux  japonaises  et  chinoises 
à  sa  disposition. 

Eulenbourg  arrive  enfin  en  Chine  le  7  mars  1861 ,  à  Chanfr- 
Haï,  où  d'autres  difficultés  l'attendaient.  Les  représentants 
anglais  et  français  ne  semblaient  pas  très  satisfaits  de  sa 
venue  en  Chine  ;  lord  Elgin  lui  avait  déjà  écrit  au  Japon 
qu'il  n'y  avait  plus  rien  à  faire  pour  lui,  Eulenbourg;  de 
son  coté  (Semai  i86i),  M.  de  Bourboulon  lui  écrira  que 
les  Anglais  et  les  Français  ne  veulent  pas  l'aider  ;  que  le 
gouvernement  chinois  est  trop  pris  par  les  choses  intérieures 
pour  s'occuper  des  choses  extérieures  ;  que  ce  dernier  ne 
pourra  lui  offrir  que  des  avantages  commerciaux,  etc. 

Néanmoins  à  Chang-Haï,  il  trouve  bon  accueil;  l'agent 
consulaire  prussien  Overwcg*  l'installe  dans  la  maison  du 
négociant  Probst  ;  Porge,  officier  de  marine  français  du  Féne- 
lon,  le  Capitaine  Durand  Saint- Arnaud,  de  la  Nièur/>,  Captain 
Corbett,  du  Scout,  se  mettent  eux  et  leurs  navires  à  la  dis- 
position d'Eulenbourg.  Le  spahi  Caid  Osman,  ordonnance 
du  général  Montauban,  conduit  Eulenbourg  auprès  de  son 
chef  «  en  lequel  j'apprends  à  connaître  un  homme  très 
aimable,  sensé  et  avisé  ».  Il  fait  une  visite  également  à 
l'amiral  Protêt,  et  reçoit  celle  de  Iloratio  Nelson  Lay,  inter- 
prète de  Lord  Elgin,  et  inspecteur  des  Douanes,  qui  «  prié 
de    Péking   de    devenir  inspecteur  général    de   toutes    les 


l38  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

douanes  chinoises,  a  décliné  cette  offre  superbe,  persuadé 
que  la  dynastie  actuelle  ne  pourra  pas  se  maintenir  et  que 
tôt  ou  tard  tout  croulera  en  Chine  » . 

A  Tien-Tsin,  Eulenbourg  est  en  rapport  avec  le  Comte 
Kleczkowski,  secrétaire  de  M.  de  Bourboulon,  qui  n'a  pas 
eu  rheur  de  lui  plaire,  avec  Fane,  qui  commandait  la  cava- 
lerie des  Sikhs,  avec  Tch'oung-louen  commissaire  impérial  ; 
c'est  pendant  ce  séjour  qu'il  a  les  plus  grandes  appréhen- 
sions au  sujet  de  la  réussite  de  ses  projets.  Malgré  les  bonnes 
dispositions  du  prince  Koung  pour  la  Prusse,  il  pense  qu'un 
coup  de  force  est  nécessaire,  et  il  envoie  Von  Brandt  s'ins- 
taller à  Péking.  Ce  dernier  y  est  très  mal  reçu  et  le  gouver- 
nement chinois  lui  intime  l'ordre  de  retourner  à  Ïien-Tsin, 
Eulenbourg  qui  avait  rompu  les  négociations,  les  reprend  le 
4  juillet. 

«  Les  Chinois  refusaient  d'accepter  la  clause  dans  le  traité 
diplomatique,  permettant  la  résidence  à  Péking,  à  moins  que 
le  ministre  prussien  ne  s'engage  à  ce  qu'elle  ne  soit  pas 
exécutée  avant  dix  ans  ;  ce  qui  a  l'air  de  vouloir  gagner  du 
temps  dans  l'espérance  qu'à  la  fin  de  cette  période,  tout 
séjour  étranger  dans  la  capitale  sera  fini.  Le  comte  Eulen- 
bourg consent  à  déférer  le  droit  de  résidence  pendant  cinq 
ans*  ». 

Les  Chinois  se  montrèrent  étonnés  de  la  venue  de  la  mis- 
sion allemande  ;  ils  ne  connaissaient  pas  la  Prusse  et  deman- 
dèrent des  renseignements  à  notre  Légation  : 

«  Le  soussigné  Prince  de  Koung,  Membre  de  la  famille  im- 
périale et  Ministre  des  Affaires  étrangères  de  Chine,  s'empresse 
de  faire  savoir  à  V.  E.  que  le  Royaume  de  Prusse  n'ayant  eu 
jusqu'à  présent  aucune  relation  avec  la  Chine,  il  ignorait  entiè- 
rement à  quelle  catégorie  d'Empires  il  appartenait,  mais  que  le 
premier  secrétaire  de  votre  Légation  Ko  (Kleczkowski)  en  qui  il 

I.  Rennie,  Péking,  I,  p.  274. 


TRAITÉ    ALLEMAND,    2    SEPTEMBRE    1861  iSq 

a  toute  confiance,  lui  ayant  dit  que  cet  Empire  était  un  des 
Grands  Royaumes  de  l'Europe  et  lui  ayant  démontre  qu'il  était 
des  intérêts  des  deux  partis  (de  la  Chine  comme  de  la  Prusse) 
de  s'allier  par  un  traité  de  commerce,  il  a  proposé  à  l'Empe- 
reur, qui  y  a  consenti,  de  nommer  Tch'oung-louen,  son  pléni- 
potentiaire, pour  suivre  cette  négociation  *. 

D'autres  raisons  rendaient  les  négocialions  difficiles  : 

«  Le  Gouvernement  Chinois,  sans  se  refuser  à  reconnaître  h 
la  Prusse  la  qualité  de  Grande  Puissance,  ne  comprend  pas 
comment  il  serait  obligé,  de  lui  accorder,  de  prime  abord,  lous 
les  droits,  toutes  les  prérogatives,  —  encore  mal  acceptées,  mal 
digérées  par  son  vieil  orgueil,  —  qu'il  a  été  contraint,  par  de 
longs  antécédents,  et,  en  dernier  lieu,  par  deux  défaites  signalées. 
de  consentir  au  profit  d'autres  Puissances  Européennes,  et  croit 
qu'en  offrant  de  bonne  grâce  de  signer  un  traité  conmiercinl 
avec  la  Prusse  l'admettant  à  tous  les  avantages  de  cette  nature 
concédés  aux  autres  nations  qui  ont  déjà  des  traités  avec  la 
Chine,  il  satisfait,  quant  à  présent,  à  "tout  ce  qu'on  peut  raison- 
nablement exiger  de  lui...  '  » 

La  mort  de  Hien-Foung  à  Djehol  vient  encore  arrêter 
les  pourparlers,  enfin  le  2  septembre  1861  Eulenbourg  arrive 
à  SCS  fins.  M.  de  Bourboulon  qui  lui  avait  cédé  M.  de  Méri 
lens  comme  interprète,  Tinvite  à  venir  à  Péking  demeurer  à 
la  légation  française.  Eulenbourg  accepte  et  il  arrive  dans 
la  capitale  de  FEmpire  du  Milieu  le  i6  septembre. 

A  Péking,  le  Comte  d'Eulenbourg  est  fêté  par  la  colonie 
européenne;  le  ministre  de  Russie,  M.  de  Balliouzek  (qui  se 
charge  par  télégraphe  et  par  courrier  jusqu'à  Kiachta,  de 
prévenir  le  gouvernement  russe  de  la  bonne  nouvelle  de  la 
conclusion  du  traité  pour  l'apprendre  à  Berlin)  et  M"'"  de 


1.  A  M.  de  Bourboulon,  8  mai  1861. 

2.  Lettre  de  M.  de  Bourboulon  au  Ministre  des  Afiaires  élrangcrcs, 
Péking,  32  juin  1861. 


ll\0  DIVERS    TRAITÉS  , ÉTRANGERS 

Balliouzek,  M.  et  M'"*  de  Bourboulon  lui  rendent  son  séjour 
à  Péking  fort  agréable  *. 

Le  traité  de  Tien-Tsin  du  2  septembre  i86i,  rédigé  en 
allemand,  français  et  chinois,  fut  signé  par  Eulenbourg  au 
nom  de  :  «  Sa  Majesté  le  Roi  de  Prusse,  agissant  tant  en 
son  nom  qu'au  nom  des  autres  membres  de  Tassociation  de 
douanes  et  de  œmmerce  Allemande,  savoir  : 

«  La  Couronne  de  Bavière,  la  Couronne  de  Saxe,  la 
Couronne  de  Hannovre,  la  Couronne  de  Wurttcmberg,  le 
Grand-Duché  de  Bade,  TÉlectorat  de  Hesse,  le  Grand-Duché 
de  Hesse,  le  Duché  de  Brunswick,  le  Grand-Duché  d'Olden- 
bourg, le  Grand-Duché  de  Luxembourg,  le  Grand-Duché 
de  Saxe,  les  Duchés  de  Saxe-Meinîngen,  de  Saxe-Allenbourg 
et  de  Saxe-Cobourg  et  Gotha,  le  Duché  de  Nassau,  les  Prin- 
cipautés de  Waldeck  et  Pyrmont,  les  Duchés  d'Anhalt- 
Dessau-Coethen  et  d'Anhalt-Bernbourg,  la  Principauté  de 
Lippe,  les  Principautés  *  de  Schwarzbourg-Roudolsladt  et 
Schwarzbourg-Sondershausen,  de  Reuss  ligne  aînée  et  de 
Reuss  ligne  cadette,  la  ville  libre  de  Francfort,  le  Grand- 
Bailliage  de  Meisenheim  du  Landgraviat  de  liesse  et  le 
Bailliage  de  Hombourg  du  Landgraviat  de  Hesse,  ainsi  que 
les  Grands-Duchés  de  Mecklembourg-Schwerin  et  de  Mecklem- 
bourg-Strélitz  et  les  Sénats  des  villes  Hanséatiques  de  Lubeck , 
Brème  et  Hambourg  ».  Les  plénipotentiaires  chinois  étaient 

I.  OsT-AsiEN,  1860- 1863,  in  Briefen  des  Grafen  Fritz  zu  Eulen- 
burgy  KonigUch  Preussischen  Gesandieriy  betraui  mit  ausseror- 
dentlicher  Mission  nach  China  y  Japan  und  Siam.  Herausgegeben 
von  Graf  Philipp  zu  Eulenburg-Hcrtofcld,  Kaisorlich  Deutschem  Bot- 
schafter.  Mit  eincm  Bildnisse  in  Lichldruck  und  einem  Facsîmile  dcr 
Handschrifl.  Berlin,  1900,  Ernst  Siogfried  Millier  und  Sohn,  gr.  in-8, 
p.  xxv-428. 

Les  lellres  du  comte  d'Eulenbourg  sont  adressées  à  son  frère  unique, 
le  comte  Philippe  Conrad,  mort  en  1889,  et  publiées  par  le  fils  de  ce 
dernier,  le  comte  Philippe,  actuellement  ambassadeur  impérial  allemand 
à  la  Cour  de  Vienne. 

Voir  Henri  Cordier,  T'oung  Pao,  sér.  II,  vol.  I,  p.  374-38i. 


B^^'w^jjiSj^- 


TRAITÉ  PORTUGAIS,  l3  AOUT  1863  l4l 

Tch'oiing-loiien,  membre  assistant  du  Tsoung-li  Yamen, 
Directeur  Général  des  Greniers  publics,  et  Tch'oung-Heou*. 
Le  traité  en  42  articles  plus  un  article  séparé,  fut  ratifié  h 
Chang-Haif,  le  i4  janvier  i863,  par  le  ministre  plénipoten- 
tiaire de  Prusse,  Baron  von  Rehfues,  accompagné  du  secré- 
taire de  la  Légation,  le  Baron  Radowitz,  de  Tattaché  Prince 
Wiltgenslein,  du  consul  de  Hambourg  J.-W.  Schwemann, 
du  vice-fconsul  de  Prusse,  Théodore  Probst,  et  de  l'interprète 
français,  Gabriel  Lemaire. 

La  Légation  de  France  avait  singulièrement  facilité  les 
démarches  du  diplomate  allemand,  aussi  celui-ci  écrivait- 
il  à  M.  de  Bourboulon,  de  Tien-Tsin,  à  la  date  du 
3  septembre  1861,  lui  annonçant  la  conclusion  du  traité 
signé  la  veille  : 

a  Vous  savez  aussi  bien  que  moi,  M.  le  Ministre,  quelles 
difficultés  il  y  a  eu  à  surmonter  avant  que  j*cusse  obtenu  Tinser- 
tion  dans  le  traité  de  quelques  stipulations  essentielles  auxquelles 
je  devais  attacher  le  plus  grand  prix.  Mais  vous  ne  sentez  peut- 
ôtre  pas  aussi  bien  que  moi  la  valeur  inestimable  de  Tappui  que 
vous  avez  bien  voulu  ni*accorder  dans  l'accomplissement  de  ma 
lâche.  Je  ne  puis  mieux  caractériser  cette  valeur  qu'en  avouant 
franchement  que  je  crois  que  je  n'aurais  pas  réussi  à  obtenir 
pour  la  Prusse  le  droit  d'accréditer  un  Agent  diplomatique  près 
la  cour  de  Pcking  sans  votre  concours  cfïicace  cl  infatigable.   » 

m 

TRAITÉ    PORTUGAIS,     l3    AOUT    1862. 

La  prise  de  Malacca  par  le  grand  Albuquerque  (ii  août 
iDii)    avait   ouvert  aux  Portugais  la   route  de  TExtrême- 

I.  De  nombreux  ouvrages,  en  dehors  de  la  relation  oflicielle,  nous  ont 
fail  connaître  rexpédition  prussienne  dans  l'Asie  Orientale  en  1860- 1 86a; 
citons  ceux  du  D**  Hcrmann  Maron,  du  lieutenant  de  vaisseau  Reinhold 
Wemer,  du  médecin  C.  Friedel,  de  l'aumônier  J.  Kreyher,  de  Gustav 
Spiess,  commissaire  de  la  corvette  Arcona.  Les  lettres  du  comte  d'Eu- 
lenbourg  sont  une  précieuse  addition  &  la  littérature  de  cette  ambassade. 
ye'ir  Bibliotheca  Sinica,  col.  ia43-i3^6. 


l4â  DIVERS   TRAITÉS   ÉTRANGERS    ' 

Orient  el  ils  arrivèrent  à  Canton  dès  i5i4.  Après  la  création 
(le  deux  établissements,  Pun  dans  le  Tché-Kiang,  à  Liampo 
entre  Tchin-Haï  et  Ning-Po,  Tautre  dans  Fou-Kien,  tous  les 
deux  détruits  par  les  Chinois,  les  Portugais  s^installèrent 
dans  rile  de  Hiang-chan,  Tune  des  Ladrones,  à  Tcntrée  de 
la  rivière  de  Canton,  et  y  créèrent  Macao  au  milieu  du 
XVI*  siècle  (i553  ou  iSSy).  Les  Portugais  n^étaient  pas 
propriétaires  de  Tile,  mais  étaient  vassaux  des  Chinois  ;  ces 
derniers  ne  manquèrent  jamais  de  faire  valoir  leurs  droits  : 
ainsi,  ils  s'opposèrent  au  débarquement  des  Anglais  en  1802 
cl  en  1808,  époque  à  laquelle  Tamiral  Drury  fut  reçu  à 
coups  de  canon.  En  effet,  depuis  i582,  les  Portugais 
payaient  aux  autorités  chinoises  une  redevance  de  5oo  taels 
par  an.  En  outre,  il  y  avait  une  double  douane  à  Macao  : 
Tune  chinoise,  l'autre  portugaise.  Les  conditions  du  com- 
merce à  Macao  nous  sont  connues  par  une  lettre  du  chef 
p.  i.  de  notre  comptoir  de  Canton,  le  chevalier  de  Robien, 
adressée  le  16  juin  1776  au  ministre  de  la  marine  : 

«  Premièrement,  aucun  vaisseau  étranger,  à  Texceplion 
des  Espagnols  de  Marseille,  n'a  droit  de  venir  faire  le  com- 
merce de  la  Chine  à  Macao  ;  le  Gouvernement  chinois  ne  le 
permet  pas,  et  les  Portugais  s'y  opposeraient  eux-mêmes, 
parce  qu'ils  ont  intérêt  à  ne  pas  faire  participer  les  autres 
nations  aux  avantages  dont  ils  jouissent. 

«  Secondement,  les  Portugais  n'ont  jamais  été  exempts  du 
droit  d'ancrage  et  de  mesurage.  Leurs  Bâtimens  avant  que 
de  sortir  du  Port  reçoivent  la  visite  du  hou  pou  '  et  payent 
ce  droit.  Leurs  marchandises  tant  d'importation  que  d'ex- 
portation sont  imposées  aux  douanes,  el  le  seul  avantag^e 
qu'ils  ayent,  c'est  qu'ils  ne  sont  taxés  que  comme  les  Chinois, 


I.  Le  Hou  Pou  (dont  on  a  fait  Hoppo)  ost  le  nom  du  ministère^ 
des  finances,  donn<5  par  erreur  par  les  étrangers  au  Haï  Kouan^  le 
fonctionnaire  préposé   au  commerce. 


TRAITÉ  PORTUGAIS,  l3  AOUT  1863  1^3 

au  lieu  que  les  autres  nalîoQs  subissent  des  taxes  plus  consi- 
dérables ^  » 

La  liberté  du  commerce  proclama  par  les  Anglais  à 
Hongkong  après  le  traité  de  Nan-King  amena  le  gomrenieiir 
de  Macao,  Joào-Maria-Ferreira  do  Amaral  à  supprimer  les 
douanes  portugaise  (i846)  et  chinoise  (iS^g)  ;  il  paya  de 
sa  vie,  cet  acte  d'autorité,  car  les  Chinois  Tassassinèrent 
(22  août  1849).  Depuis  cette  époque  Macao  a  cessé  de  payer 
toute  redevance  à  la  Chine,  mais  en  revanche  celle-ci  refusait 
de  reconnaître  les  consuls  portugais.  Une  convention  com- 
merciale^ ou  mieux  un  règlement,  avait  été  signée  entre  le 
Sénat  de  Macao  et  les  autorités  indigènes,  le  i3  avril  i845, 
mais  elle  était  purement  locale.  C'est  pour  remédier  à  cet 
état  de  choses,  autant  que  pour  suivre  l'exemple  des  autres 
puissances,  qu'en  1862,  les  Portugais  envoyèrent  à  Péking, 
le  gouverneur  de  Macao,  Isidoro  Francisco  Guimaraes,  qui, 
signa  avec  Hang-ki  à  Péking  le  9  août  et  contresigna  avec 
Tch'oung-Heou,  à  Tien-Tsin  le  i3  août  1862  (18°  jour,  7** 
lune,  i*"®  année  T'oung-Tché)  un  traité  en  54  articles  qui  ne 
fut  pas  ratifié,  le  texte  chinois  ne  concordant  pas  avec  le  texte 
français  dans  la  clause  2  relative  à  Macao,  considéré  par  le 
premier  comme  restant  partie  de  la  province  de  Canton,  par 
le  second  regardé  comme  libre  de  son  ancien  vasselage. 

En  effet,  en  conformité  de  l'article  54,  M.  de  Coelho 
Amaral,  gouverneur  de  Macao,  arriva  à  Tien-Tsin,  en 
mai  1864,  pour  procéder  aux  ratifications  du  traité  conclu 
par  M.  de  Guimaraes.  La  non-ratification  du  traité  par  les 
Chinois  amena  une  protestation  de  M.  de  Amaral  (Tien-Tsin, 
18  juin  1864)  adressée  aux  Ministres  de  France,  d'Angle- 
terre, de  Russie  et  des  États-Unis  résidant  à  Péking  ;  puis  le 
ministre  portugais  quitta  Tien-Tsin  le  21  juin  i864,  sans 
être  retenu  par  les  Chinois. 

I.  Henri  Cordier,  La  France  en  Chine  au  nvin'^  siècle,  p.  83. 


T^4  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

La  lettre  suivante  de  notre  ministre  à  Péking,  M.  Ber- 
tliemy,  à  M.  Drouyn  de  Lhuys,  Ministre  des  AfTaires  étran- 
gères (Péking,  25  juillet  i864),  me  paraît  expliquer  claire- 
ment le  point  en  litige  : 

Le  Prince  de  Koung  «  déclare  cette  fois  en  termes  formels  que 
le  gouvernement  Chinois  n'a  jamais  renoncé  à  ses  droits  de 
souveraineté  sur  Macao  et  que  la  seule  concession  qu'il  ait 
entendu  faire  consiste  dans  l'abandon  de  la  rente  servie  annuel- 
lement pour  TalTermage  perpétuel  de  ce  territoire.  Votre  Excel- 
lence trouvera  également  ci-jointe  (annexe)  la  traduction  de 
l'article  i\  sur  l'interprétation  duquel  le  débat  semble  principa- 
lement engagé.  La  fidélité  de  cette  traduction  faite  avec  un  soin 
minutieux  par  l'interprète  de  la  Légation,  revue  par  M.  Wade 
aujourd'hui  chargé  d'aiîaires  de  S.  M.  Britannique  et  qui  pos- 
sède à  fond  la  connaissance  de  la  langue  chinoise  ne  saurait  être 
mise  en  doute  :  elle  permet  d'affirmer  que,  dans  leur  partie  la 
plus  essentielle  et  bien  que  la  version  chinoise  ait  été  rédigée  par 
l'interprète  même  de  M.  de  Guimarâcs,  la  concordance  des 
textes  est  loin  d'être  assez  parfaite  pour  ne  pas  fournir  à  une 
argumentation  quelque  peu  subtile  un  terrain  favorable. 

En  efTct,  dans  le  texte  portugais,  le  deuxième  paragraphe  est 
ainsi  conçu  :  «  Sa  M.  le  Roi  de  Portugal  donne  l'ordre  ao  gover- 
nador  de  Macau  que  preste  a  mais  decldida  coadjuvaçno  a  evilar 
iudo  o  que  naquelle  ponto  se  possa  iornar  prejudicial  nos  interesses 
de  Imperio  Chinez.  »  Ici  le  Gouverneur  de  Macao  est  simplement 
invité  à  prêter  son  secours  pour  empêcher  que  l'on  ne  porte 
préjudice  sur  ce  point  aux  intérêts  de  la  Chine  ;  d'après  le  texte 
Chinois,  le  Hoi  de  Portugal  lui  enjoint  de  concourir,  à  l'aide  de 
tous  les  moyens  dont  il  dispose,  à  la  défense  de  cette  ville,  si 
l'Empire  venait  à  être  menace,  c'est  moins  comme  représentant 
du  Souverain  territorial  qu'à  titre  d'allié  qu'il  est  appelé  h 
défendre  Macao.  Il  convient  en  outre  de  remarquer  que  gouver- 
neur portugais  et  fonctionnaire  chinois  sont  tous  deux  désignés 
par  le  même  titre  —  Kouan-yuen  — ,  et  il  suffît  d'ouvrir  les 
annuaires  pour  être  assuré  que  cette  similitude  n'est  pas  xenduc 
obligatoire  par  la  pauvreté  du  langage  officiel. 

Enfm,  et  c'est  là  le  point  important,  les  mots  comme  autrefois... 
intercalés  à   deux   reprises   dans  le  paragraphe   suivant,    impli- 


TRAITÉ  PORTUGAIS,  l3  AOUT  1862  l45 

quent,  aux  yeux  du  Cabinet  de  Péking,  le  rétablissement  de 
l'autorité  impériale  à  Macao. 

Plus  loin,  il  est  vrai,  les  fonctionnaires  chinois  qui  devront 
résider  dans  cette  ville  semblent,  à  certains  égards,  bien  qu'en 
termes  moins  précis  que  dans  le  texte  portugais,  assimilés  aux 
Consuls,  mais  d'après  le  Tsoung-Ii  Yamen,  ce  rapprochement 
n'aurait  d'autre  objet  que  de  constater  leur  complète  indépen- 
dance de  tout  contrôle  étranger. 

Ce  rapide  examen  dç  l'article  ix  permettra,  je  l'espère,  à 
Votre  Excellence  d'apprécier  la  situation  respective  des  deux 
parties.  Je  me  bornerai  à  ajouter  qu'en  acceptant  l'article  vi,  qui 
stipule,  contrairement  à  la  règle  suivie  jusqu'alors,  que  le  texte 
portugais  pour  les  Portugais  et  le  texte  chinois  pour  les  Chinois, 
M.  de  Guimarâes  prépara  fatalement  à  son  Gouvernement  les 
embarras  en  présence  desquels  ce  dernier  se  trouve  aujourd'hui 
et  qui  deviendraient  plus  sérieux,  si  comme  il  en  a  manifesté 
l'intention,  le  Cabinet  de  Péking  tentait  de  rétablir  à  Macao  la 
douane  supprimée  de  fait  en  1849.  peu  de  temps  avant  l'assas- 
sinat du  Gouverneur  Amaral. 

Annexe. 

Article  rx  (Traite  Portugais  du  i3  août  1862). 

Sa  Majesté  l'Empereur  de  la  Chine  et  le  Souverain  du 
Royaume  de  Portugal  désirant  manifester  les  rapports  d'amitié 
qui  existent  entre  eux,  sont  convenus  par  le  présent  article  qu'à 
l'avenir,  dans  leurs  Ëtats  respectifs,  les  sujets  des  deux  Royaumes, 
quel  que  soit  le  motif  qui  les  y  aura  amenés,  seront  traités  ainsi 
que  cela  a  lieu  entre  nations  amies.  Le  Souverain  de  Portugal 
ordonne  dès  à  présent  aux  fonctionnaires  (JKoaan-yuen)  de  Macao 
de  concourir  avec  tous  les  moyens  dont  ils  disposent  à  la 
défense  de  ce  tcrritoii;e  si  l'on  cherchait  par  des  manœuvres 
secrètes  à  nuire  à  la  Chine  ;  ils  auront  donc  à  redoubler  de 
surveillance  à  cet  égard,  sans  s'écarter  de  cette  voie  un  seul 
instant. 

Ainsi  qae  par  le  passé,  il  appartient  à  S.  M.  l'Empereur  de  la 
Chine  d'établir  à  poste  fixe  à  Macao,  comme  autrefois,  des  fonc- 
tionnaires (Kouan-yuen^  qui  auront  mission  de  s'occuper  des 
affaires  relatives  au  commerce  ainsi  que  de  veiller  à  la  fidèle 
exécution  des  règlements.  Soit  Chinois,  soit  Tartares,  ces  fonc- 

GoRDiER.  I.  —  10 


l46  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

i.  tionnaires   seront  de  4*   ou  5*  degré   et,  pour  ce  qui  est  de 

l  leur  position  et  de  leur  autorité  officielles,  ils  seront  indépendants 

comme  le  sont  les  Consuls  des  autres  Puissances  qui  résident  à 
r  Macao,  Hong-Kong  et  autres  lieux  où  ils  s'occupent,  chacun  en 

ce  qui  le  concerne,  des  affaires  de  leurs  Gouvernements  respec- 
tifs, ayant  leur  pavillon  national  hissé  au  haut  d*un  mât. 

Texte  Portugais. 

Artigo  IX. 

Sua  Magestade  El-Rei  de  Portugal  e  Sua  Magestadc  o  Impcra- 
dor  da  China,  desejando  manifcstar  as  suas  amigaveis  intençoês 
reciprocas,  concordam  expressamente  no  seguinte  : 

Todos  os  subditos  dos  dois  Estados,  em  qualquer  parte  do 
terri torio  portuguez  ou  chinez,  serâo  sempre  tratados  reciproca- 
mente  como  amigos. 

Sua  Magestade  El-Rei  de  Portugal  ordenard  ao  Governador 
de  Macau  que  preste  a*mais  decidada  coadjuvaçâo  a  cvitar  tudo 
o  que,  n*aquelle  ponto,  sa  possa  tornar  prejudicial  aos  interesses 
do  Imperio  Chinez. 

Sua  Magestade  o  Imperador  da  Chind  poderà  nomear  pois,  se 
Hier  convier,  um  agcnte  para  residir  em  Macau,  e  ali  tratar  dos 
nogocios  commcrciaes  e  vigiar  pela  observa ncia  dos  regulamen Los. 
Este  agente  porem,  deverd  ser  Manchû  ou  China,  e  ter  a  gra- 
duaçâo  de  quarta  ou  quinta  ordcm.  Os  scus  poderes  serâo 
iguaes  aos  dos  Consules  de  França,  Inglatcrra,  America,  ou 
d*outras  naçôes,  que  residcm  em  Macau  e  Hongkong  e  ali 
tratam  dos  sens  negocios  publicos,  arvorando  a  bandeîra 
nacional  ^ 

Par  suite,  les  Porlugais  restèrent  sans  traité  jusqu^au 
i^*"  décembre  1887. 

Les  négociations  avaient  élc  conduites  par  l'intermédiaire 
de  M.  Kleczkowski  : 

I.  Traiado  de  Amizade  e  Commercio  entre  Sua  Magestade 
fidelissima  El-Rei  de  Portugal  e  Sua  Magestade  0  Imperador  da 
China.  —  Macao  :  Typographia  de  J.  da  Silva,  1862,  infol.,  pp.  94-9. 

Le  texte  portugais  est  suivi  d'une  traduction  anglaise. 


TRAITÉS    DANOIS,    ESPAGNOL,    HOLLANDAIS    ET    BELGE  1^7 

Péking,  5  mai  1861. 

Le  soussigné  Prince  de  Koung,  Membre  de  la  famille  Impé- 
riale et  Ministre  des  Affaires  étrangères  de  Chine,  a  l'honneur 
de  vous  informer  que  le  Premier  Secrétaire  de  votre  Légation 
{Ko)  Kleczkowski,  lui  ayant  démontré  que  le  Royaume  de  Por- 
tugal était  une  grande  puissance  établie  depuis  longtemps  à 
Macao,  que  dès  lors  il  était  de  Tintérét  bien  entendu  de  la  Chine 
comme  du  Portugal  de  se  lier  ensemble  par  un  traité  d'amitié 
cl  de  commerce,  et  qu'il  ne  s'agissait  en  somme  que  de  régula- 
riser les  relations  commerciales  existantes  entre  ces  deux  nations  ; 
le  soussigné  sachant  par  expérience  que  les  conseils  donnés  par 
les  Agents  de  votre  noble  Empire  sont  sincères  et  que  l'on  peut 
s'y  confier  en  toute  sûreté,  n'a  pas  hésité  à  demander  à  l'Empe- 
reur, à  litre  de  faveur,  de  donner  à  ce  projet  son  approbation, 
ce  que  S.  M.  a  bien  voulu  lui  accorder. 

Le  Soussigné  juge  en  conséquence  devoir  porter  cette  décision 
à  la  connaissance  de  Y.  E.  par  cette  dépêche  impériale. 

Tel  est  le  but  de  la  présente. 

A  S.  E.  le  Ministre  plénipotentiaire  du  Grand  Empire  de 
France,  M.  de  Bourboulon. 

Le  36*  jour  de  la  5*^  lune  de  la  11*  année  de  Hien-Foung 
(5  mai  186 1). 

La  clause  du  protectorat  du  christianisme  en  Chine  ne  se 
trouve  point  insérée  parmi  les  stipulations  de  Tacte  signé 
par  M.  Guimarâes. 


TRAITÉS    DANOIS,    ESPAGIS'OL,    HOLLANDAIS    ET    BELGE. 

Le  traité  danois,  signé  en  anglais  et  en  chinois,  à  Tien- 
Tsin  le  1 3  juillet  i863  parle  Lieutenant-Colonel  Valdemar 
Rudolph  de  Raasloff.  Chargé  d^afTaires  et  Consul  général  aux 
États-Unis  d'Amérique,  et  Hang-Ki  et  Tch'oung-Heou,  a 
servi  de  modèle  à  plusieurs  des  traités  conclus  par  la  suite, 
car  son  négociateur  avait  profilé  de  l'expérience  acquise  de- 
puis trois  ans  ;  il  a  été  ratifié  à  Chang-Ilaï,  le  29  juillet  i864. 


1^8  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

Le  colonel  Raasioff  était  parvenu  à  Tien-Tsin  au  commen- 
conient  de  décembre  i863et  il  élait  arrivé  à  Péking,  où  il 
était  descendu  chez  M.  Bruce,  ministre  d'Angleterre,  sans 
prévenir  les  autorités  chinoises  ;  aussi  le  Prince  Koung,  fort 
irrité,  écrivait-il  à  M.  Kleczkowski  : 

<c  Toute  personne  envoyée  en  Chine  par  un  royaume  étranger 
pour  conclure  un  traité,  doit  venir  sans  aucun  mystère  et  aller 
tout  d'abord  au  Yamen  du  Surintendant  du  Commerce  à  Chang- 
Ilaï  pour  s'entendre  avec  cet  officier.  » 

On  remarquera  que  dans  le  traité  danois  : 

«  Le  négociateur  n'a  pas  stipulé  pour  le  représentant  du 
Danemark,  le  droit  de  résidence  permanente  dans  celte  ville  [Pé- 
king] et  s'est  borné  à  lui  assurer  la  faculté  de  s'y  rendre,  toutes  les 
fois  qu'il  le  jugera  nécessaire.  Peut-ôtre  d'ailleurs,  n'eùt-on  pas 
réussi  à  triompher,  sur  ce  point,  des  répugnances  du  gouverne- 
ment chinois,  car,  malgré  tous  les  efforts  de  l'agent  prussien, 
M .  de  Rehfues,  la  clause  du  Traité  conclu  par  le  Comte  Eulen- 
bourg,  en  vertu  de  laquelle  la  Prusse  ne  doit  ôtre  représentée  à 
Péking  que  cinq  années  après  l'échange  des  ratifications  est 
toujours  maintenue  ^  » 

Le  traité  espagnol,  négocié  par  don  Sintbaldo  de  Mas,  à 
Tien-Tsin  (lo  octobre  1 864)  a  été  ratifié  par  la  reine  d'Espagne 
le  i4  mai  1866,  et  les  ratifications  ont  été  échangées  à  Tien- 
Tsin  le  10  mai  1867. 

«  Le  traité,  dit  M.  Berthcmy,  le  18  octobre  1864,  assure  à  Sa 
Majesté  Catholique  le  droit  d'accréditer  un  agent  diplomatique 
auprès  de  l'Empereur  de  la  Chine  ;  mais  il  stipule  dans  un 
article  séparé  que  l'exercice  de  ce  droit  sera  revendiqué  trois 
années  seulement  après  la  signature.  M.  de  Mas  aurait  désiré, 
comme  j'ai  déjà  eu  l'honneur  de  l'écrire  à  V.  E.,  que  la  mission 
Espagnole   fût  dès  à  présent  admise  à  résider  officiellement  à 


ï.  Lettre  do  M.  Berlhemy,  Péking,  lo  juillet  i863,  à  M.  Drouyn  de 
Lhuys,  ministre  des  affaires  étrangères 


TRAITES    DANOIS,    ESPAG>OL,    HOLLA>'DAIS    ET    BELGE  I^g 

Péking  ;  il  a  dû  renoncer  à  triompher  sur  ce  point  de  Topinià- 
Irelé  du  Gouvernement  Chinois.  Ce  dernier  consent  toutefois  à 
tolérer  sa  présence  dans  la  capitale...  » 

Le  traité  fut  porté  à  Madrid  par  le  second  secrétaire  de  la 
Mission,  don  Alvarez  de  Toledo. 

Le  traité  hollandais,  négocié  par  J.  des  Amorie  van  den 
Hoevèn  '\  a  été  signé  à  Tien-ïsin  le  6  octobre  i863. 

«  M.  Van  den  Iloeven  avait  fait  exprimer  au  Gouverne- 
ment chinois  le  désir  de  visiter  Péking  avant  son  départ, 
mais  il  lui  a  été  répondu  qu'il  ne  pourrait  se  rendre  dans 
celte  ville  sans  être  muni  d'un  passeport  délivré  par  Tune 
des  Légations  admises  h  y  résider.  Regardant,  à  juste  titre, 
comme  incompatible  avec  la  dignité  de  la  Puissance  qu'il 
représente  de  souscrire  à  cette  exigence,  M.  Van  den  Hoeven 
a  cru  devoir  renoncer  à  son  projet  et  s'est  immédiatement 
embarqué*.  » 

Un  arrangement  avait  été  conclu  à  Canton  le  25  juillet  i8.^5 
par  Je  consul  général  de  Belgique,  Lanoy,  avec  Ki-Ying, 
gouverneur  général  des  deux  Kouang,  et  liouang,  gouver- 
neur du  Kouang-Toung,  autorisant  ce  royaume  à  faire  le 
commerce  avec  la  Chine;  un  traité,  négocié  avec  Toung- 
Sioun  et  Tch'oung-IIeou  au  nom  de  la  Belgique  par  Auguste 
t'Kint  fut  signé  à  Péking  le  2  novembre  i865,  et  ratifié  à 
Chang-Haï,  le  27  octobre  1866. 

Au  sujet  du  traité  belge,  M.  de  Bellonet,  notre  chargé 
d'affaires  à  Péking,  écrivait  (3o  novembre  i865)  : 

a  Pour  la  première  fois,  et  peut-être  parce  que  la  demande  n'en 
avait  pas  été  faite,  le  traité  a  été  daté  de  Péking,  au  lieu  de 
Tien-Tsin,  où  les  négociations  étaient  censées  se  poursuivre,  et 

I.  M.  van  den  Hoeven,  consul  des  Pays-Bas  à  Canton,  arriva  k  Ta-kou 
sur  la  frégate  à  vapeur  Citadelle  d'Anvers, 

3.  Lettre  de  M.  Berthemj,  Péking,  a 5  octobre  i863. 


l50  DIVERS    TRAITÉS    ÉTRANGERS 

OÙ  le  Ministre  belge  a  dû  s'arrêter  pour  faire  apposer  la  signa- 
ture du  second  plénipotentiaire,  le  surintendant  des  Ports  du 
Nord,  Tch'oung  Heou.  » 


TRAITÉ    ITALIEN,    26    OCTOBRE    1866. 

Le  souvenir  de  ses  voyageurs  qui  sillonnèrent  la  route 
d'Asie  au  xiii®  et  au  xiv*  siècles,  tels  Marco  Polo  et  Odoric 
de  Pordenone,  et  de  ses  missionnaires  du  xvii*  siècle  comme 
les  PP.  Matteo  Ricci  et  N.  Longobardi,  rattachait  Tllalie  au 
passé  de  rExtrême-Orient.  Le  nouveau  royaume  résolut 
d'imiter  l'exemple  des  autres  puissances  et  de  signer  des 
traites  avec  la  Chine  et  le  Japon,  et  dans  ce  but  confia  une 
mission  spéciale  au  capitaine  de  frégate  de  première  classe, 
Vittorio  Arminjon,  de  Chambéry,  qui  commandait  la  cor- 
vette à  vapeur  J/a^'en^^  dans  son  voyage  autour  du  monde. 
Arminjon  avait  comme  second  le  lieutenant  de  vaisseau  de 
première  classe,  Pasquale  Libetta,  de  Naples,  et  il  était 
accompagné  d'une  mission  scientifique  composée  du  sénateur 
Filippo  De  Filippi,  de  Milan,  professeur  de  zoologie  à 
l'Université  de  Turin,  qui  mourut  de  maladie  à  Hongkong 
le  9  février  1867,  du  professeur  Enrico  Hillyer  Giglioli, 
zoologiste,  qui  a  écrit  une  relation  considérable  du  voyage  *, 
et  un  préparateur.  Clémente  Biassi,  de  Trente.  Arminjon 
s'embarqua  le  6  novembre  1866  et  sans  entrer  dans  le  détail 
de  sa  mission,  disons  qu'elle  réussit  pleinement'  et  que  son 

I.  Viaggio  intorno  al  Globo  dclla  R.  Pirocorvctta  italiana  Magenta... 
Relatione...  dal  Dott.  Ë.  H.  Giglioli...  Milan,  in-4.  —  V.  Arminjon,  La 
China  e  la  Missione  Italiana  del  1866.  Firenze,  Rassegna  Nazionale, 
i885,  in-8. 

3.  «  La  missione  diplomatica  délia  Magenta  fu  un  corapleto  successo, 
mercè  TabiliU  c  la  fcrmezza  del  nostro  Gomandanle,  pure  Plenipoten- 
ziario  di  S.  M.  presso  i  Governi  di  Yedo  e  di  Peking.  Chi  scriverà  poî 
la  storia  délia  diplomazia  europea  nell*  cstremo  Oriente,  farà  le  maraviglie 
quando  soprà  cosa  costarono  ail'  Italia  quei  due  trattati  ;  credo  che  nessun 


TRAITÉ    ITALIEN,    sG    OCTOBRE    1866  l5l 

succès  lui  valut  le  grade  de  capitaine  de  vaisseau  ^  Notons 
seulement  le  repas  pantagruélique  de  cent  cinquante  plats 
offert  à  Tien-Tsin  par  Tch'oung-Heou  àTambassade  italienne 
après  la  conclusion  du  traité  :  «  Le  traitement  du  mandarin 
provincial  était  plus  splendideque  celui  du  Tsoung-li  Yamen 
et  du  Prince  Koung*.  »  Le  traité  signé  en  italien  et  en 
chinois  à  Péking  le  26  octobre  1866  par  le  commandant 
Arminjon  d'une  part  et  d'une  autre  par  T'an  Ting-tsiang, 
membre  du  Tsoung-li  Yamen,  et  Tch'oung-Heou,  se  compose 
de  54  articles  ;  presque  entièrement  calqué  sur  le  traité 
danois,  il  ne  donne  lieu  à  aucune  remaixjue  spéciale  ; 
été  ratifié  à  Chang-Haï,  le  12  novembre  1867^. 

L'expédition  française  en  Corée  facilita  les  négociations 
italiennes.  Le  représentant  de  Victor-Emmanuel  obtint  tous 
les  droits  de  la  nation  la  plus  favorisée  et  l'article  qui  concé- 
dait au  ministre  d'Italie  le  droit  de  résidence  à  Péking  ne 
souleva  aucune  des  impossibilités  qui  accueillaient  d'ordinaire 
sa  présentation. 

dîplomatico  sia  mai  stato  inoitrc  cosî  abile  finanzierc  corne  le    fu  il  co- 
mandante  Arminjon.  » 

E.  H.  Giglioli,  p.  IX,  Prefazione. 

1.  i*»"  janvier  1868. 

2.  Viaggio,  Giglioli,  p.  690- 1. 

3.  Voir  les  recueils  spéciaux  de  traités  : 

—  Treaties  hetween  the  Empire  of  China  and  Foreign  Pox^'ers 
togetker  with  Régulations  for  the  conduct  of  Foreign  Trade,  etc., 
etc.,  etc.  —  Edited  by  William  Frederick  Mayers...   Shanghaï,    1877, 

in-8. 

—  Treaties  and  Tariffs  regulating  the  Trade  between  Great  Bri- 
tain  and  Foreign  Nations  :...  China.  —  In  force  on  the  Ist  January, 
1877,  — By  Edwart  Uertslet,  c.  b...  London,  1877,  in-8. 


CHAPITRE  XI 


FLOTTILLE  OSBORN.  —  DOUANES 


AFFAIRE    LAT-OSBORN. 

La  guerre  avec  TAnglelerre  et  la  France  avait  montré  à  la 
Chine  la  nécessité  d'organiser  une  force  navale  capable  de 
résister  au  débarquement  d'un  envahisseur  ;  elle  était  hors 
d'état  de  trouver  chez  elle  les  ressources  nécessaires,  aussi  le 
prince  Koung  résolut-il  de  s'adresser  à  l'Angleterre  pour  lui 
fournir  les  officiers  et  les  vaisseaux  indispensables  pour  la  créa- 
tion d'une  flotte  de  guerre.  L'inspecteur  général  des  douanes, 
H.  N.  Lay,  remplacé  provisoirement  à  la  tète  de  son  service 
par  MM.  Fitz  Roy  '  et  Robert  Hart,  qui  ne  tarda  pas  à  être  ap- 
pelé à  Péking,  était  en  congé  en  Angleterre  et  fut  chargé 
d'exécuter  les  ordres  du  prince.  Dès  le  i4  mars  1862',  par 
l'intermédiaire  de  M.  HaYt,  il  recevait  du  gouvernement  im- 
périal des  instructions  écrites  pour  acheter  et  armer  une  flotte  h 
vapeur  ;  le  2  septembre,  un  ordre  de  la  Reine  en  Conseil  ' 


I.  Mort  à  Nagasaki,  le  8  juillet  1868. 

3.  China,  n"  2  (i864).  Correspond ence  reapecling,.,  the  Anglo- 
Chinese  Fleet  under  the  command  of  Captain  Sherard  Osborn  and 
the  dismissal  of  Mr.  Lay. 

3.  Il  avait  fallu  rappeler  l'ordonnance  de  neutralité  faite  en  i85i  par 
Sir  John  Bowring,  qui  interdisait,  sous  peine  d'amende  ou  d'emprison- 
nement, aux  sujets  britanniques  de  servir  le,  gouvernement  chinois  ou  les 
rebelles  T'aï  P'ing. 


AFFAIRE    LATT-OSBORN  l53 

autorisait  Lay  et  le  capitaine  de  vaisseau  Sherard  Osborn, 
choisi  comme  chef  de  la  nouvelle  marine,  à  engager  des  hom- 
mes et  à  armer  des  vaisseaux  pour  le  compte  de  l'empereur 
de  la  Chine.  Trois  points  importants  furent  marqués  par  le 
prince  Koung  dans  ses  instnictions  à  Lay  du  24  octobre 
1862: 

«  1**  L'achat  des  vaisseaux,  des  canons,  de  la  poudre,  du 
charbon,  et  des  difiTérents  articles  à  l'usage  des  vaisseaux. 

«  2**  L'engagement  des  officiers,  canonniers,  et  matelots, 
et  autres,  pour  le  service  à  bord  des  vaisseaux  ;  et  les  termes 
et  les  conditions  de  toute  espèce  de  convention. 

«  3"  La  retenue,  comme  il  est  proposé,  d'une  somme 
d'argent  pour  payer  les  salaires  et  les  gages  qui  peuvent  être 
indiqués  par  les  engagements,  et  aussi  pour  pourvoir  au 
paiement  des  compensations  et  autres  items  dans  l'avenir. 

a  Ces  trois  points  sont  laissés  par  nous  à  la  discrétion  de 
rinspecteur  général  pour  agir  comme  il  jugera  convenable  de 
le  faire.  » 

Ces  instructions  laissaient  la  porte  largement  ouverte 
à  rinitiative  de  Lay;  celui-ci  toutefois  ne  paraît  pas  s'être 
rendu  compte  du  caractère  des  Chinois  lorsqu'il  signa  la 
convention  suivante  avec  le  capitaine  Sherard  Osborn*.  11 
était  absurde  de  penser  qu'il  lui  serait  possible  d'être  le  seul 
intermédiaire  entre  l'empereur  et  le  commandant  de  la  flotte  ; 
qu'il  pourrait  se  dispenser  du  concours  des  princes  et  des 
ministres.  11  fallait  compter  aussi  avec  l'opposition,  sinon 
rhostiiité  des  vice-rois,  dont  quelques-uns,  comme  Tseng 
Kouo-fan  qui  venait  de  se  distinguer  dans  la  guerre  des  T'ai 
P'ing,  n'auraient  jamais  accepté  de  laisser  leurs  navires  servir 
sans  leur  sanction,  sous  les  ordres  d'un  étranger. 

I.  Fils  du  Col.  Edward  Osborn,  de  l'armée  de  Madras;  né  le  a5  avril 
1822;  contre-amiral,  ag  mars  1873-,  mort  le  6  mai  187.5,  à  Londres. 
\uteur  de  The  Past  and  Future  of  British  Relations  in  China. 
Ëdinb.  &  Lond.,  Blackwood,  1860,  pet.  in-8. 


l54  FLOTTILLE    OSBORN    —    DOUANES 


CONVENTION    LAY-OSBORN,     l6    JANVIER    l863. 

Voici  les  termes  de  rarrangement  pris  par  H.  N.  Lay  avec 
le  capitaine  Osborn  *  : 

Londres.  i6  janvier  i863. 

Les  conditions  suivantes  constituent  notre  accord  mutuel  : 

I.  Osborn  accepte  de  prendre  le  commandement  de  la  flotte 
européenne-chinoise  pour  une  période  de  quatre  ans,  et  stipule 
qu'il  n'y  aura  pas  d'autre  Commandanl-en-Chef  naval  euro- 
péen. 

a.  Osborn.  en  sa  qualité  de  Commandant-en-Chcf,  devra  avoir 
le  contrôle  entier  sur  tous  les  navires  de  construction  européenne, 
aussi  bien  que  sur  les  navires  indigènes  montés  par  des  Euro- 
péens, qui  pourront  être  au  service  de  l'Empereur  de  Chine,  ou, 
sous  son  autorité,  des  corporations  indigènes. 

3.  Lay  obtiendra  de  l'Empereur  toute  Tautorité  nécessaire 
pour  couvrir  les  actes  d'Osborn  comme  Commandant-en-Chef 
de  la  flotte  européenne-chinoise. 

.  4-  Osborn  entreprend  d'agir  suivant  les  ordres  de  TEmpereur 
qui  lui  pourront  être  donnés  directement  à  Lay  ;  et  Osborn 
s'engage  à  ne  pas  suivre  d'autres  ordres  qui  lui  viendraient  par 
une  autre  voie. 

5.  Lay,  de  son  côté,  s'engage  à  refuser  d'être  l'intermédiaire 
d'ordres  de  la  raison  desquels  il  ne  serait  pas  satisfait. 

6.  Osborn  nommera  tous  les  ofliciers  et  les  hommes  à  bord  des 
vaisseaux  de  la  force  navale,  sujet,  cependant,  à  l'approbation  de 
Lay,  comme  étant  le  représentant  de  l'Empereur. 

7.  Les  subordonnés  d'Osborn  ne  seront  pas  libres  d'agir  sans 
sa  permission  ;  et  Lay  n'autorisera  pas  ses  subordonnés  de  lui 
demander  d'agir  sans  avoir  préalablement  consulté  Osborn  et 
obtenu  les  ordres  nécessaires. 

8.  Lay  et  Osborn  conviennent  de  s'enquérir  soigneusement  au 
sujet  des  plaintes  qui  pourraient  être  formulées  par  les  fonction- 

I.  China j  n"  a  (i864),  p.  7. 


CONVENTION    LAY-OSBORN,     l6    JANVIER    l863  l55 

naîres  chinois  contre  les  ofiiciers  et  les  hommes  employés  par  la 
force  navale. 

9.  La  force  étant  européenne,  il  est  indispensable  que  le  dra- 
peau sous  lequel  elle  agira  ait  un  caractère  européen  :  d*abord 
pour  garantir  sa  propre  eflicacité  ;  secondement,  pour  lui  assurer 
le  respect  qui  lui  est  dû  aux  yeux  des  communautés  étrangères. 

Lay.  en  conséquence,  convient  que  le  drapeau  sera  vert,  avec 
deux  bandes  diagonales  jaunes,  portant  au  centre  un  dragon 
impérial  bleu.  Le  vert  est  choisi,  parce  qu'il  est  rarement  em- 
ployé par  les  puissances  européennes  et  par  cela  môme  ne  sera 
pas  facilement  confondu  avec  d*autres  couleurs  nationales. 

10.  Lay  entreprend  de  se  procurer  de  TEmpcreur,  aussitôt 
que  possible,  une  somme  d'argent  comme  fonds  de  garantie, 
pour  couvrir  la  paie  et  l'entretien  de  la  force  pendant  quatre 
années,  et  dans  Tintervalle,  il  est  entendu  que  les  navires,  avec 
leur  équipement,  constitueront  le  gage  pour  les  justes  réclama- 
tions de  la  force. 

1 1.  Dans  le  cas  éventuel  de  la  mort  de  Lay  ou  d'Osborn,  on 
ne  pourra  se  départir  dans  aucun  cas,  il  est  bien  entendu,  de  ces 
conditions,  qui  ont  été  convenues  avec  l'autorité  de  l'Empereur 
de  Chine.  * 

12.  Les  conditions  de  cette  convention,  les  termes  de  l'agré- 
ment formel,  et  les  instructions  imprimées,  devront  être  formel- 
lement ratifiés  par  l'Empereur  à  Péking,  avant  qu'Osborn  ne 
soit  appelé  à  agir  avec  la  force  qui  sera  sous  ses  ordres. 

i3.  Dans  le  cas  de  la  mort  d'Osborn  par  maladie  pendant  son 
comniandement,  Lay  recommandera  à  l'Empereur  de  faire  un 
don  à  sa  femme  et  à  ses  enfants. 

H.-N.  Lay. 
Sherard  Osborn. 


Lay  paraît  avoir  été,  sinon  frappé  d'un  accès  de  mégalo- 
manie, au  moins  complètement  dépourvu  de  tact;  aussi 
lorsque  le  capitaine  Osborn  arriva  en  Chine,  se  trouva-t-il 
dans  une  position  tout  autre  que  celle  qu'il  avait  espérée.  Le 
prince  Koung  voulut  le  placer  sous  le  commandement  d'un 
Chinois,  désigné  par  Tseng  Kouo-fah  et  Li  Iloung-tchang  ; 
Osborn  prostesta.  Le  i3  octobre  i863,   le  ministre   Wen- 


l56  FLOTTILLE    OSBORN    —    DOUA>ES 

Siang  déclarait  à  Lay  que  le  prince  refusait  de  ratifier  ses 
arrangements.  Osborn  donna  par  suite  sa  démission,  adressa 
ses  adieux  aux  officiers  et  aux  marins  qui  devaient  serWr 
sous  ses  ordres  (T'ien-Tsin,  9  novembre  i864),  disloqua  sa 
flotte,  et  le  gouvernement  de  Péking  attribuant  l'insuccès  des 
négociations  à  Lay,  renvoya  celui-ci.  On  n^oubliait  pas  d'^ail- 
leurs  en  haut  lieu  la  façon  presque  brutale  avec  laquelle  Lay, 
alors  interprète  de  Lord  Elgin,  traita  en  i858  le  vieux  Koiiei- 
Liang  :  «  Les  Chinois,  dit  Sir  Frederick  A.  Bruce,  ministre 
d'Angleterre  à  Péking,  dans  une  dépêche  à  son  gouverne- 
ment, en  renvoyant  Lay  se  conduisirent  convenablement  à 
son  égard.  Ils  lui  allouèrent  3  000  taëls  (1000  livres)  j>ar 
mois,  pour  les  dépenses  de  son  installation  pendant  son  séjour 
à  Péking.  Ils  lui  accordèrent  des  appointements  au  taux  de 
8000  livres  par  an,  du  i®""  mai  i863  à  la  fin  de  mars  186/1, 
époque  à  laquelle  il  devait  rendre  ses  comptes,  et  ils  lui  firent 
cadeau  de  6  000  taëls  (2  000  livres)  de  gratification,  en  quit- 
tant leur  service.  »  Le  Tsoung-ii  Yamen  fit  choix  (novembre 
i863)  pour  remplacer  Lay,  d'un  jeune  homme  de  28  ans, 
Robert  Hart,  né  le  20  février  i835,  à  Portadown,  dans  le 
comté  d'Armagh,  qui  occupe  encore  ce  poste. 


LE    PRI79GE    DE    ROLNG    AU    MIPÏISTRE    DE    FRV^CE 

J'ai  riionncur  d'adresser  à  V.  Exe.  la  dépêche  suivante  que 
j'ai  également  envoyée  à  tous  les  Ministres  des  autres  Puissances. 

L'Inspecteur  Général  des  Douanes,  M.  Lay,  avait  reçu  cer- 
taines instructions  relatives  à  l'achat  de  bâtiments  à  vapeur, 
mais  il  ne  s'y  est  pas  conformé  et  il  a  entraîné  inutilement  le 
Gouvernement  Chinois  dans  de  très  grandes  dépenses.  Quand 
le  Gouvernement  Chinois  prend  une  personne  à  son  service, 
il  faut  qu'elle  le  serve  et  prenne  en  tout  ses  intérêts,  c'est  k 
celte  condition  seulement  que  l'on  peut  l'appeler  à  traiter  les 
affaires.  M.  Lay  recevait  plus  de  dix  mille  taëls  d'appointements 
par  an  et  on  le  traitait  avec  beaucoup  d'égards,  cependant  il 


COMMUNICATION    ADRESSÉE    A    M.    H  ART  167 

n'a  pas  réussi  à  terminer  cette  affaire  de  bateaux  à  vapeur  d'une 
manière  satisfaisante  et  il  a  fait  dépenser  inutilement  à  noire 
Gouvernement  des  sommes  considérables.  Si  M.  Lay  était  man- 
daiûn  ou  simple  particulier  chinois,  on  le  punirait  conformément 
aux  lois,  mais  il  est  anglais  de  nation  on  doit  lui  enjoindre  de 
retourner  en  Angleterre,  attendu  qu'on  ne  peut  plus  accepter 
ses  services.  Quatre  mois  lui  sont  accordés  pour  terminer  les 
affaires  qu'il  a  enj-re  les  mains,  pour  régler  et  rendre  ses  comptes  ; 
pendant  ce  laps  de  temps  ses  appointements  lui  seront  continués 
afin' de  montrer  que  nous  sommes  généreux  à  son  égard,  ("est 
M.  Hart  qui  remplira  dorénavant  les  fonctions  d'Inspecteur 
Général  des  Douanes  que  je  viens  de  lui  confier. 

Outre  les  dépêches  que  j'ai  écrites  h  M-  Lay.  ainsi  qu'à 
M.  Hart  pour  nommer  ce  dernier  Inspecteur  Général  des  doua- 
nes, dépêches  dont  je  vous  envoie  ci-joint  copie,  j'ai  cru  devoir 
vous  informer.  Noble  Ministre,  de  la  mesure  que  je  viens  de 
prendre  afin  que  vous  en  donniez  également  connaissance  aux 
Consuls  de  votre  nation  dans  les  ports. 

Tel  est  le  but  de  celte  dépêche. 


COMMtTilÇÀTlO?!    ADRESSEE    A    M.    HART 

Depuis  que  vous,  inspecteur  des  douanes,  traitez  les  afTaires 
relatives  à  ce  service,  nous  n'avons  qu'à  nous  louer  de  votre 
zèle.  L'Inspecteur  Général,  M,  Lay,  vient  d'être  destitué  de  ses 
fonctions  et  va  se  rendre  à  Chang-Haï,  nous  vous  nommons 
donc  vous,  M.  Hart,  pour  lui  succéder  en  cette  qualité.  Vous 
résiderez  à  Chang-Haï  et  vous  y  traiterez  les  alTaires  ;  s'il  se 
présente  une  question  importante,  il  vous  sera  alors  seulement 
permis  de  venir  à  Péking,  pour  en  référer  à  notre  Ministère  et 
vous  entendix!  avec  nous.  Quant  aux  allaircs  ordinaires  des  mers 
du  Nord  et  du  Sud  et  des  ports  du  Yang-tseu-Kiang  vous  en 
référerez  au  Commissaire  Impérial  Li  ou  au  Surintendant  des 
trois  Ports  Tcu'ol.ng  et  vous  vous  conformerez  à  leurs  ordres. 
Nous  avons  ordonné  déjà  à  l'ex-Inspecteur  Général  des  Douanes, 
M.  Lay,  de  vous  remettre  dans  un  délai  de  quatre  mois  toutes 
les  aiîaircs  qu'il  a  entre  les  mains,  les  comptes  d'importation  et 
d'exportation,  et  l'argent  qu'il  a  dû  recevoir.  Vous^nême  vous 
aurez   soin   aussitôt  que  cette  dépêche  vous  sera  parvenue  de 


l58  FLOTTILLE   OSBORN    —   DOUANES 

presser  vivement  M.  Lay  de  vous  remettre  sans  retard  toutes  les 
afTaires  inachevées  et  vous  en  prendrez  acte.  De  Tavis  des  Chi- 
nois, des  Étrangers,  vous  êtes  un  homme  loyal  et  expérimenlc, 
et  vous  devez  redoubler  d'efforts  pour  vous  montrer  digne  des 
fonctions  qui  vous  sont  confiées.  Notre  ministère  vous  envoie  cî- 
joint  copie  de  la  dépêche  qu'il  a  adressée  à  M.  Lay  pour  que 
vous  en  preniez  connaissance  et  vous  y  conformiez  pour  régler 
les  affaires. 

Outre  la  dépèche  que  notre  Ministère  a  adressée  aux  surin- 
tendants du  commerce,  nous  vous  adressons  cellc^-cî  i  vous. 
Inspecteur  Général  des  douanes,  pour  que  vous  vous  y  con- 
formiez. 

Tel  est  le  but  de  cette  dépêche. 

On  peut  le  croire,  quand  Wen-Siang  disait  à  M.  Klecz- 
kowski,  parlant  de  MM.  Lay  et  Hart  :  «  Ce  sont  nos  fonc- 
tionnaires ;  le  jour  où  ils  feront  mal,  ils  seront  renvoyés  du 
service  et  voilà  tout.  » 


ORIGOE    DES    DOUANES. 


L'origine  du  Service  des  Douanes  Impériales  Maritimes 
Chinoises  (Impérial  Maritime  Customs),  date  de  i854'.  A 
celte  époque,  les  rebelles  de  la  Société  triade  du  Petit  Cou- 
teau, Siao  Tao  Houel^  des  loges  cantonnaise  et  foukienoise, 
occupaient  la  ville  indigène  de  Chang-Ilaï  ;  les  fonctionnaires 
chinois  avaient  abandonné  leurs  postes  ;  personne  n'avait  un 
mandat  régulier  pour  toucher  les  droits  sur  les  marchandises 
importées.  Les  consuls  eux-mêmes  ne  pouvaient  guère  rece- 
voir que  des  promesses  de  payer  les  droits  et  pouvaient-ils 
même  légalement  percevoir  les  taxes  ?  Un  arriéré  énorme  se 
produisait  donc  dans  la  perception  de  la  douane.  Le  23  no- 


I.  China  y  n»  i  (i865).  Foreign  Customs  Eslabiishmenl  in  China, 
i865  [3509J. 


OBIGINE    DE8   DOUANES  ib^ 

vembre  i854,  diaprés  une  note  du  ministre  américain,  Ro- 
bert M.  Me.  Lane,  les  droits  arriérés,  dus  par  les  citoyens 
des  États-Unis,  montaient  à  eux  seuls  à  taëls  Ii8i2584i. 
Cependant  «  les  consuls  d^Amérique  et  de  la  Grande  Bre- 
tagne, pour  arrêter  le  désordre,  décidèrent  que  les  droits 
seraient  acquittés  entre  leurs  mains  soit  en  argent,  soit  en 
simples   obligations  (^promissory  notes).  Vou   Samqua  [le 
Tao-Taï]  ne  demanda  pas  seulement  qu'on  lui  versât  les 
droits  perçus,  mais  manifesta  même  l'intention  de  rouvrir  la 
douane  dans  le  local  qui  y  avait  été  consacré  au  milieu  des 
concessions  étrangères;  mais  il  dut  y  renoncer  devant  l'op- 
position qu'il  rencontra,  fondée  sur  cette  raison  :  «  qu'attendu 
rinsuflisance  de  ses  forces  militaires  pour  se  protéger  lui- 
même  contre  les  insurgés,  la  colonie  deviendrait,  par  le  fait 
de  sa  présence,  le  théâtre  de  sanglants  conflits  dans  lesquels 
les  jours  et  les  propriétés   des  étrangers  seraient  infaillible- 
ment exposés.  »  Le  Tao-Taï  n'eut  pas  plus  de  succès  quand 
il  proposa  d'établir  une  douane  flottante  à  bord  de  V Anti- 
lope^ navire  européen  qu'il  avait  acheté  pour  augmenter  sa 
flottille  :  on  lui  opposa  les  mêmes  objections  et  les  mêmes 
arguments*.   »  Un   tel  état  de   choses   ne   pouvait  durer, 
aussi  conclut-on  un  arrangement  par  lequel  un  bureau  tem- 
poraire des  douanes  serait  ouvert  le  i3  février  i854,  sous  la 
présidence  du  Tao-Taï  de  Chang-Haï.  Il  fut  ensuite  décidé 
que  la  douane  serait  placée  sous  le  contrôle  des  représen- 
tants des  consuls  Rutherford  Alcock,  B.   Edan  et  Murphy 
des  trois  puissances  ayant  des  traités  avec  la  Chine,  c'est-à- 
dire  l'Angleterre,  la  France  et  les  États-Unis:  T.  F.  Wade, 
vice-consul  d'Angleterre,  le  capitaine  Cart,  attaché  à  la  lé- 
gation des  États-Unis  et  Arthur  Smith,  interprète  du  consu- 
lat de  France  ;   le   traitement  de  ces  inspecteurs  fut  fixé  à 
6000  piastres  (plus  de   3oooo  francs)  pour  chacun,  sans 

a.  Arthur  Millac,  dans  la  Revue  de  V Extrême-Orient,  II,  p.  10. 


l6o  FLOTTILLE    OSBORN    DOUANES 

compter  les  frais  de  service.  La  nouvelle  douane  commença  à 
fonctionner  le  12  juillet  i854.  Le  système  ayant  donné  de 
bons  résultats,  on  se  décida  à  l'appliquer  aux  autres  ports 
ouverts  au  commerce^  tout  d'abord  à  Canton,  en  octobre 
1859,  avec  l'approbation  du  vice-roi  des  deux  Kouang,  Lao 
Tsoung-kouang.  Les  pouvoirs  du  fonctionnaire  si  connu  des 
étrangers  au  xviii®  siècle,  sous  le  nom  de  Hoppo^  étaient 
ainsi  singulièrement  transformés.  Svvatow  fut  ouvert  en  fé- 
vrier 1860;  Tchen-Kiang  sur  le  Yang-Tseu,  en  avril;  Ning- 
Po,  en  mai  186 1  ;  Tien-Tsin,  le  même  mois,  reçurent  des 
commissaires.  La  même  année,  en  juillet,  Fou-Tchéou,  et 
en  décembre  Han-Kéou  et  Kieou-Kiang  sont  ouverts  à  leur 
tour;  en  avril  1862,  A.moy;  en  mars  i863,  Tché-Fou;  en 
mai,  Tamsoui  et  Kiloung;  puis  en  septembre,  Takao,  dans 
l'île  Formose,  et  enfin  en  mai  i864;  Nieou-Tchouang,  com- 
plètent le  chiffre  de  quatorze  bureaux  de  Douanes  ouverts  à 
la  fin  de  i864- 

On  peut  penser  que  ce  service  important  ne  resta  pas  sans 
exciter  la  convoitise  de  l'Angleterre  et  l'on  doit  croire,  lors- 
que notre  ambassadeur  à  Saint-Pétersbourg,  communiquait 
le  22  août  1861,  les  nouvelles  reçues  par  le  gouvernement 
russe  de  Péking,  sous  la  date  du  22  juin,  à  iM.  Thouvenel, 
qu'elles  avaient  un  fond  de  vérité  : 

« 

«  Mais  la  nouvelle  la  plus  importante  qu'il  transmette  à  son 
gouvernement  est  celle  de  l'offre  que  les  Anglais  auraient  faite 
au  gouvernement  chinois  d'affermer  moyennant  cinquante  mil- 
lions de  roubles  (deux  cent  millions  de  francs)  les  douanes  des 
porls  ouverts  aux  Européens.  Le  gouvernement  n'avait  pas  en- 
core répondu  ;  mais  cette  proposition  paraissait  le  faire  réfléchir 
sérieusement.  C'est  un  appât  puissant  en  effet,  que  deux  cent 
millions  qui  seraient  versés  directement  dans  les  caisses  du  Tré- 
sor de  Péking  qui  passe  pour  ne  recevoir  que  la  plus  minime 
partie  de  ce  que  perçoivent  les  mandarins  dans  les  provinces,  et 
peul-être  fera-t-il  fermer  les  yeux  à  la  longue  clairvoyance 
des  Chinois  sur  l'influence  absolue  que  l'acceptation  de  celte 


FONCTIONNAIRES    DES    DOUANES  l6ï 

proposition  don  nef  ait  à  rAngIcterre   sur   toutes    les  eûtes    de 
l'Empire.  » 


FONCTIOIS^ AIRES    DES    DOUAIS' ES 

A  la  tête  du  service  est  placé  un  insjxîcteur  général.  Nous 
avons  dit  plus  haut  qu'à  l'origine,  à  Chang-IIaï,  en  juillet 
i85/|,  les  droits  de  douanes  étaient  perçus  par  les  trois  con- 
suls. Antérieurement,  depuis  septembre  i853,  le  consul 
d\\ngleterrc,  Rutherford  Alcock,  avait  servi  d'intermédiaire 
à  ses  compatriotes;  il  s'élait  fait  représenter  dans  le  trium- 
virat par  son  vice-consul  Thomas- Francis  AVade  qui,  à  son 
tour,  céda  au  bout  d'un  an  (i*^*"  juin  i855)  la  place  a  Tin- 
terprèlc  Horalio  Nelson  Lay.  L'extension  du  système  des 
douanes  de  Chang-IIaï  aux  autres  ports  devait  conduire  à 
Tunité  de  direction  el  c'est  ainsi  que  Lay,  nommé  par  le 
gouverneur  général  des  Deux-Kiang,  devint  inspecteur  gé- 
néral des  Douanes  maritimes.  LcTsoung-li  Yamen,  depuis  sa 
création  en  1861,  a  dans  ses  attributions  la  nomination  de 
ce  haut  fonctionnaire  qui  lui  adresse  ses  rapports  pour  être 
remis  au  Ministère  des  Finances  (^Hou  Poii)  ;  il  est  vrai 
qu^il  n'a  eu  qu'une  fois  à  exercer  cette  prérogative.  On  re- 
marquera que  revenant  à  Tancienne  tradition,  LieouKouen  i, 
gouverneur  général  des  Deux-Kiang,  avait  nommé  récem 
ment  M.  F.-E.  Taylor,  inspecteur  général/;.  /.,  lorsqu'on 
craignit  que  Sir  Robert  Ilart,  enfermé  à  Péking,  ne  put  assu- 
rer le  service  des  douanes. 

On  jugera  de  l'importance  du  service  des  Douanes  quand 
on  songera  au  chiffre  énorme  des  affaires  commerciales  en 
Chine.  La  valeur  annuelle  du  commerce  étranger  a  été  en 
1899  de  Ilaikouan  laëls  /|6o  533  288  (le  taël  valait  V.  3,79). 
En  1887,  la  valeur  annuelle  du  commerce  n'était  que 
de    Ilaikouan    taëls    188123877.    Au  surplus,    voici    quel 

CoRDIER.  I.   —    II 


I 


162  FLOTTILLE   OSBORN    —    DOUANES 

était  le  revenu  des  Douanes  dans  les  dernières  années  : 
1887,  Ilk.  Tls.  20541899;  1888,  28167892;  i88g, 
21823762;  1890,  21996226;  1891,  235i8o2i;  1892, 
22689054;  1893,  21989800;  1894,22528605;  1895, 
21880889;  1896,  22579866;  1897,  22742104;  1898, 
22  5o8  897  ;  1899,  26  661  460.  Il  faut  d'ailleurs  remarquer 
que  ce  revenu  est  la  garantie  des  divers  emprunts  étrangers 
contractés  par  la  Chine,  et  que  Ton  ne  peut,  par  suite,  y. 
toucher  [Kjur  l'indemnité  qui  sera  naturellement  réclamée 
pour  la  guerre  actuelle. 

L'administration  des  Douanes  est  confiée  à  trois  services 
(^Department)  :  P  le  Revenu  (^Res^enue  Department) \W  la 
Marine  (^Marine  Department);  IIP  l'Education  (^Educatio- 
nal  Department).  Le  service  du  Revenu  comprend  :   i"  les 
employés  de  bureau  (Jndoor  staff).  Outre  Tinspecteur  gé- 
néral, la  hiérarchie  se  compose  de  commissaires,  de  dépu- 
tés-commissaires,    d'assistants,     de    clercs    de    différentes 
classes;  le  recrutement  est  cosmopolite;  sur  une  trentaine 
de  commissaires,  il  y  a  quatre  Français;  en   1898,  le  nom- 
bre des  employés  était  de  272  ainsi  répartis  :  Anglais,  iG5  ; 
Français,  28;  Allemands,   22  ;  Américains,  i4;  Russes,  7; 
Italiens,  8;  Norvégiens,  6;    Portugais,  6;  Autrichiens,  3; 
Espagnols,  8  ;  Hollandais,  3  ;  Danois,  8  ;  Suédois,  i  ;  divers, 
3.   2°  Les  employés  du  service  extérieur  (JJut-door  staff'), 
qui  sont  en  réalité  les  douaniers;   ils  étaient  46o  en  1898, 
dont  286  Anglais.  8**  Le  service  de  la  côte  (^Coast  staff)  se 
compose  des  commandants  des  navires  des  douanes,   leurs 
officiers,  les  mécaniciens,  etc.  Ce  service  comprenait  en  1898, 
42  fonctionnaires,  dont  35  Anglais,  3  Allemands,  3  Norvé- 
giens et  I  Danois.  Un  personnel  de  plus  de  3  000  indigènes 
est  réparti  dans  ces  trois  services.  II.  Ce  département  com- 
prend les  ingénieurs,  les  capitaines  de  port,  les  gardiens  de 
phares  et  leur  personnel,  au  nombre  de  96  en  1898;  le  per- 
sonnel indigène  dépasse  4oo.   III.  L'éducation  comprend  les 


FONCTIONNAIRES    DES    DOUANES  1 63 

deux  ëlablissements  connus  sous  le  nom  de  Toung  Wen 
Kouan^  Tun  à  Péking,  de  beaucoup  plus  important,  Taulre 
à  Canton.  Le  T'oitng  Wen  Koiian  fut  créé  par  le  Tsoung-li 
Yamen  la  7*  lune  de  la  première  année  T'oung  ïché  (juin 
1862)  pour  renseignement  de  l'anglais,  du  français  et  du 
russe  ;  les  étudiants  étaient  recrutés  dans  le  corps  des  Huit 
Bannières  parmi  les  enfants  Agés  d'environ  quatorze  ans. 
En  1867,  le  Tsoung-li  Yamen  adressa  au  Trône  un  mémoire 
pour  obtenir  qu'à  l'enseignement  des  langues  fut  ajouté  celui 
des  sciences  de  l'Occident,  en  particulier  des  mathématiques 
et  de  l'astronomie,  de  façon  h  constituer  un  collège  ou  uni- 
versité*. En  1898,  il  n'y  avait  que  quatre  professeurs,  dont 
Imis  Anglais  et  un  Français  ;  le  personnel  étranger  des 
Douanes,  en  1898,  comprenait  870  personnes  dont  /179  an- 


glais 


Les  douanes  publient  une  série  importante  de  documents  : 
1°  la  série  statistique,  qui  comprend  la  «  Gazelle  des 
Douanes  »,  les  statistiques  en  anglais  eten  chinois  ;  en  1893, 
on  a  donné  sous  le  titre  de  Decennial  Reports  (1882-91) 
un  énorme  volume  in-4**,  qui  contient  une  foule  de  docu- 
ments relatifs  aux  différents  ports,  avec  des  plans,  cartes,  elc. 
2®  La  série  spéciale,  qui  comprend  des  rapports  médicaux 
dus  aux  médecins  des  différents  ports  ;  quelques-uns  renfer- 
ment des  monographies  fort  importantes,  par  exemple,  sur 
les  Pilaires,  par  le  D*"  Patrick  Manson,  sur  l'ailante,  par  le 
D**  Gustave  Dugat,  etc.;  des  éludes  sur  la  musique  chinoise, 
des  recherches  sur  la  soie,  l'opium,  etc.  3°  Les  Mélanges, 
consacrés  aux  catalogues  des  Expositions,  aux  traités  de  la 
Corée  avec  les  autres  puissances,  etc.  l\^  Les  publications 
relatives  au  service,  annuaires,  instructions,  circulaires,  etc. 
Ces  publications  sont  faites  et  imprimées  au  département 


I.  Voir  The  New  University  of  China,  p.  ôgS,  de  The  Burlingame 
Mission  by  Jolianncs  von  Gumpacli. 


h  îG4  FLOTTILLE    OSBORN    —    DOUANES 

l  de  la  Statistique  des  Douanes  à  Chang-Haï,  qui  a  à  sa  telc 

un  secrétaire  ayant  rang  de  commissaire.  L'inspectorat  gé- 
néral, dont  le  siège  est  à  Péking,  a  une  agence  à  Londres, 
dont  le  chef  a  le  titre  de  secrétaire  non  résident  et  le  rang 
de  commissaire;  le  titulaire  de  ce  poste  est  M.  James  Dun- 
can  Campbell  qui  est  entré  dans  les  douanes  en  avril  i863 
et  est  commissaire  depuis  novembre  1872.  M.  Campbell  a 
joué  un  r(Me  important  dans  nos  négociations  avec  la  Chine 
pour  les  affaires  du  Tongking  ainsi  que  nous  le  verrons  plus 
loin  :  il  a  été  fait  commandeur  de  la  Légion  d'honneur. 

Les  employés  des  douanes   louchent  des  ap|)ointemonls 
élevés,  aussi  les  places  sont-elles  excessivement  recherchées, 
et  voit-on  les  fils  des  anciens  agents  consulaires  et  diploma- 
tiques se  lancer  dans  une  carrière  chinoise  qui  leur  offre  de 
grands  avantages.  La  dépréciation  de  l'argent  avait  diminué 
de  moitié  les  appointements  des  employés  des  douanes,  mais 
il  y  a  deux  ans  l'augmentation  de  cent  pour  cent  obtenue  du 
Tsoung-li  Yamen  par  Sir  Robert  llart  rétablit  Tancien  équi- 
libre. Il  n'y  a  pas  de  règle  absolue  pour  le  recrutement  des 
employés;  souvent,  un  talent  spécial  pour  le  dessin,  la  mu- 
sique, la  connaissance  de  plusieurs  langues  étrangères,  des 
titres  universitaires  sérieux,  pèseront  d'un  grand  poids  dans 
le  choix  des  candidats.  Naturellement  la  recommandation  de 
personnages  politiques  est  utile  ;  des  ministres    étrangers   à 
Péking  font  quelquefois  pencher  la  balance  en  faveur  de  leurs 
nationaux,  car  il  est  nécessaire  que  toutes   les  puissances  à 
traités  et  surtout  celles  qui  ont  consenti  des  emprunts  soient 
représentées  dans  les  Douanes  Impériales.  Mais  il  ne  faut  pas 
oublier  que  Sir  Robert  Ilart  est  le  maître  absolu  de  choisir 
qui  bon  lui  semble.  Il  n'y  a  pas  de  retraite,  mais  tous  les 
sept  ans,  les  employés  ont  droit  h  une  gratification   d'une 
année  de  traitement'. 

I.  Henri  Cordier,  dans  la  Semaine  politique  et  littéraire,  samedi 
i*^""  septembre  1900. 


. 

I 


HODERT    II ART  l65 


ROBERT    H.\RT 


Il  est  temps  maintenant  de  parler  de  celui  qui  depuis  no- 
vembre i863,  dirige,  véritable  autocrate,  celte  vaste  machine 
administrative;  Finspectcur  général,  ou  simplement  TI.  G. 
comme  le  désignent  ses  subordonnés,  Robert  Hart  fut  élevé 
à  Quecn's  Collège,  Belfast,  et  obtint  son  diplôme  de  Maîtrc- 
ès-Arts,  M.  A.  Hon,  Causa ^  en  1876;  d'abord  interprète  sur- 
numéraire de  la  surintendance  du  commerce  à  Hong  Kong 
(mai  185/4),  pi  es  du  consulat  britannique  à  Ning-po  (octo- 
bre i85/j),  assistant- interprète  dans  le  même  port  Quin 
i855),  puis  second  assistant  à  Canton  (mars  i858),  il  rem- 
plit les  fonctions  de  secrétaire  des  commissaires  alliés  pour 
Tadministration  de  la  ville  de  Canton  (a\ril  i858).  Inter- 
prète du  consulat  anglais  à  Canton  (mai  1859),  il  obtint 
la  permission  d'entrer  dans  les  douanes  chinoises  où  il  est 
promu  d'emblée  député-commissaire  dans  cette  ville  (juin 
1859);  p<?ndant  Tabsence  de  Lay,  il  remplit  (avril  1861- 
mai  i863)  avec  M.  Fitz-Roy  comme  collègue,  les  fonctions 
d'inspecteur  général.  Nommé  commissaire  à  Chang-Haï  avec 
la  charge  des  ports  du  \ang-tseu  et  de  Ning-po  (avril  i863), 
il  remplaça  H.-N.  Lay,  trois  mois  plus  tard,  définitivement'. 
L'Angleterre  qui  sait  récompenser  les  bons  services,  en  a  fait 
un  Grand-Croix  de  Saint-Michel  et  Saint-George,  G.  C.  M. 
G.  (i88g)  et  un  Baronet  (1893);  la  Chine  lui  a  donné  le 
globule  rouge  de  la  première  classe  des  fonctionnaires  (  1 88 1), 
Ta  décoré  de  la  première  classe  de  la  seconde  division  du 
Double  Dragon,  et  de  la  Plume  de  Paon  (i88d)  et  a  anobli 
trois  générations  de  ses  ancêtres  avec  le  rang  de  la  première 
classe  du  premier  ordre. 

I.  Henri  Cordicr,  loc,  cii. 


l66  FLOTTILLE    OSBORN    —    DOUANES 

L'activité  de  Hart  ne  se  borna  pas  au  développement  du 
seul  service  des  Douanes  ;  il  ne  fut  pas  indifférent  aux  pro- 
grès intellectuels  de  la  Chine,  aussi  bien  qu'à  son  bien-être 
matériel;  il  l'a  prouvé  par  la  création  de  l'Université  de 
Péking,  T'oiing  Wen  Koiian,  par  l'impression  spéciale  des 
publications  des  Douanes,  par  les  encouragements  qu'il  a 
donnés  aux  auteurs  de  monographies  comme  celle  du  Yun- 
Nan,  par  M.  Emile  Rocher  ;  je  n'oublierai  pas,  pour  ma  part, 
qu'il  a  été  l'un  des  premiers,  et  non  des  moindres,  souscrip- 
teurs de  la  Bibliotheca  Sinica.  On  trouve  Robert  Hart  mêlé 
à  toutes  les  négociations  étrangères  du  ïsoung-li  Yamcn  qui 
n'a  jamais  trouvé  un  conseiller  plus  dévoué.  C'est  lui  qui  a 
été  l'inspirateur  de  la  mission  Anson  Burlingame;  c'est  lui 
qui  en  réalité,  a  réglé  pour  les  Chinois  la  question  du  Tong- 
King  :  il  n'est  pas  une  seule  affaire  importante  depuis  qua- 
rante ans  qui  n'ait  été  traitée  avec  son  concours,  aussi  a-l-îl 
rendu  son  poste  tellement  considérable  que  sa  succession  sera 
le  jK)int  de  départ  de  nombreuses  compétitions,  non  seule- 
ment dans  son  personnel,  mais  encore  entre  les  puissances 
étrangères.  N'ayant  jamais  eu  d^ad  latus^  quand  il  a  voulu 
se  retirer,  il  lui  a  été  impossible  de  désigner  son  remplaçant. 
Nommé  en  effet  ministre  d'Angleterre  à  Péking  en  mai  i885, 
il  donna  sa  démission  trois  mois  après  (août  i885),  pour 
reprendre  son  poste  d'inspecteur  général.  Il  s'est  sans  doute 
aperçu  de  la  nécessité,  en  cas  d'absence  ou  de  retraite, 
d'assurer  le  service,  car  il  a  fait  nommé  dépulé-înspecleur- 
général,  il  y  a  peu  .de  temps,  son  beau-frère,  M.  Robert 
E.  Bredon.  Sir  Robert  Ilart  a  épousé  en  j866  Hester  Jane, 
filledu  D*"  Alexandre  Bredon,  également  de  Portadovvn,  dont 
il  a  eu  un  fils  et  deux  iilles  ;  l'aînée  est  la  femme  de  M.  W.  N. 
Beauclerk,  ministre  d'Angleterre  à  Lima. 

Naturellement,  un  homme  possesseur  d'une  semblable 
puissance  ne  manque  pas  d'ennemis  et  il  en  eut  d'acharnés, 
par  exemple,  le  baron  Johannes  von  Gumpach,  professeur  de 


^-*i     -*- 


nOBERT    HAUT  1 67 

mathéniatiques  au  T'oung-Wen-Kouan  ;  mais  en  tenant 
compte  de  ses  préjugés  nationaux,  il  faut  bien  avouer  qu'il 
s'est  montré  à  la  hauteur  d'une  tâche  que  bien  peu  d'hommes 
eussent  été  capables  d'accomplir  ;  s'il  a  surtout  servi  les  inté- 
rêts de  la  Chine  et  de  l'Angleterre,  il  n'en  a  pas  moins,  dans 
un  but  général,  maintenu,  je  dirais  presque  créé,  le  seul 
rouage  administratif  qui  ait  en  Chine  une  véritable  valeur  par 
sa  régularité  et,  disons-le,  par  son  intégrité.  Ce  dernier  a, 
de  plus,  l'extrême  mérite  de  coûter  meilleur  marché  que 
n'importe  quel  autre  service  des  douanes;  les  frais  de  Tad- 
ministration  des  douanes  impériales  maritimes  chinoises  ne 
dépassent  pas  5  pour  loo  du  revenu  :  c'est  un  exemple  à 
sui\re  dans  la  vieille  Europe,  particulièrement  en  France. 

Robert  Hart  est  un  homme  d'apparence  plutôt  timide; 
«  petit  plutôt  que  grand,  chauve,  ne  regarde  jamais  en  face  », 
dit  un  diplomate  de  Péking  ;  «  mélange  de  paysan  madré, 
d'étudiant  et  de  clergyman  »,  écrit  un  autre  ;  à  la  vérité,  Ilart 
s'est  tenu  peut-être  trop  à  l'écart  des  Européens.  Je  ne  crois 
pas  qu'il  soit  revenu  en  Europe  depuis  1878,  époque  à  la- 
quelle il  était  commissaire  général  de  la  section  chinoise  h 
rExposîtion  Universelle  de  Paris  ;  il  retourna  en  Chine  en 
1879,. et,  sauf  quelques  excursions  au  bord  de  la  mer  pen- 
dant Tété,  il  n'a  quitté  Péking  qu'en  1886,  [KJur  suivre,  à 
Hong  Kong  et  Macao,  les  conventions  relatives  à  Topium  *. 

I .  Henri  Cordier,  loc.  cit. 


CHAPITRE  Xll 


RÉBELLION   DES   T'AI  PING 


HOl'NG    SIEOU-TS  ILE.N 

Le  chef  de  celle  grande  rébellion*  fui  un  certain  Ilounp 
Sieou-ls'iuen,  qui  faisait  remonler  Torigine  de  sa  famille  à  la 
dynastie  des  Suung;  il  était  né  le  20  janvier  i8i3,  dans  un 
\}Q[i[  village  d'environ  /|00  habitants,  presque  tous  membres 
(le  sa  famille,  du  district  de  Houa  bien,  dans  la  province  de 
Kouang-Toung.  Il  était  le  quatrième  enfant  de  TAncien  du 
village,  Houng  Jang,  qui  avait  eu  trois  fds  et  deux  (illos  ; 
Sieou-ts'iuen  eut  lui-même  de  sa  femme,  appartenant  à  la 
famille  Li,  deux  filles  et  un  garçon.  Iloung  se  plongea  avec 
ardeur  dans  Télude  des  Quatre  Livres,  des  Grands  Classi- 
ques,^ etc.,  cl  dés  i836,  il  commença  à  fréquenter  les 
examens  publics,  à  Canton  :  quoique  fort  intelligent,  et  le 
premier  sur  les  listes,  il  ne  put  cependant  jamais  obtenir  le 
diplôme  de  bachelier  (sieou-tsVi),  aussi  conçut-il  dç  son 
insuccès  une  grande  animosité  contre  les  lettrés.  En  i836  et 
1837,  il  visite  Canton,  il  y  reçoit  en  don  des  livres  qu^il  » 

I.  T.  T.  Meadows»  7'/te  Chinese  and  thcir  Rebellions,..  London, 
i85r),  in-8.  —  Théodore  llambcrg,  The  Chine.se  Rebel  Chief,...  Lond., 
i855,  jel.  in-8.  —  Caller}-  et  Yvan,  L'insurrection  en  Chine...  Paris. 
i853,  in- 18.  —  Andrew  Wilson,  The  «  ever  victorious  Arniy  »... 
Ëdinb.  &  Lond.,  1868,  etc.  —  Norlh-China  Herald^  elc,  — Voir  liiblio- 
theca  Sinica,  col.  208.  —  Mcadows  est  mort  à  Nieou-tchouang  le 
2^  novembre  1868. 


HOU.NG    SlEOU-Ts'lUEN  169 

nV\aniinera  que  six  ans  plus  tard  ;  rentré  chez  lui,  il 
tombe  gravement  malade,  et  pendant  quarante  jours,  il  est 
en  proie  à  des  hallucinations  qui  vont  avoir  une  influence 
décisive  sur  sa  vie. 

Précepteur  dans  la  famille  Li,  il  parcourt  en  i8/|3  les  livres 
qui  lui  ont  été  remis  jadis  à  Canton  ;  ces  livres  ont  pour  titre 
Kitien  chi  lian{^  yen  (l>onnes  Paroles  pour  exhorter  Tépoque), 
ils  sont  dus  à  un  certain  Liang  Afah  ou  Liang  Kong-fa,  né 
m  1789  dans  la  province  de  Canton,  qui  avait  accompagné 
comme  imprimeur  à  Malacca  le  célèbre  docteur  William 
Milne*  qui  l'avait  baptisé  le  3  novembre  1816.  L'ouvrage 
de  Liang,  revu  parle  D*"  Robert  Morrison,  avait  été  imprimé 
a  Canton  en  i832  et  se  composait  de  neuf  traités  ou  sermons 
sur  des  textes  des  Écritures  Saintes  ;  Liang,  qui  n'est  mort 
qu'en   i855,   avait  probablement  remis  lui-même  à  Houng 
ces  volumes  lors  de  la  visite  de  ce  dernier  à  Canton  en  iSSy. 
Dans   ces    exhortations,   Houng   retrouve    le  sujet    de    ses 
visions  et  frappé  de  la  grâce,  il  enlève  de  sa  demeure  la  tablette 
de   Confucius  et  se  baptise  lui-même  avec  son  cousin  Li. 
Deux  autres  amis,  Foung  Youn-san  et  Houng  Jen,  se  joi- 
gnent à  eux.  Sieou-ts'iuen  et  Youn-san  se  rendent  dans  le 
Kouang  Si,  pour  prêcher  aux  sauvages  Miao-lseu  (18/4^1)  : 
ils  réussirent    pleinement.     Deux    ans    plus    tard,    Houng 
apprend  qu'à  Canton,  un  missionnaire  étranger,  Lo  Hiaou- 
Is'iuen,  enseigne  la  vraie  doctrine  ;  il  se  rend  immédiatement 
dans  cette  ville  et  se  présente  au  maître  qu'on  lui  indiquait 
et  qui  n'était  autre  que  le  Rév.  Issachar  Jacox  Robcrts^,  de 
TAmerican  Board  of  Foreign  Missions,  qui  refusa  toutefois  de 
le  baptiser.  Houng,  désappointé,  retourne  une  seconde  fois 

I.   William  Milnc.    de  la   London   Missionarj    Society,    ne   en    Ecosse 
(Aberdeenshirc)  en  1785  ;  arrive  à  Macao  le  \  juillet  i8i3  ;  mort  a  juin- 
i8a2. 

a.  Le  Rév.  L  J.  Roberls,  né  à  Sumner  Gounly,  Tennessee,  le   17  fé- 
vrier 1802. 


RKBELLION    DES    T*A1    p'iNG 


170 

dans  le  Koiiang-Sl  (18/47).  ^®  nombre  de  ses  disciples  aug- 
mente de  jour  en  jour,  et  dès  la  fin  de  18^9,  les  «  Adorateurs 
de  Dieu  »  formèrent  un  groupe  assez  compact  pour  inquiéter 
les  mandarins  locaux. 


COMMENCEMENT    DE    LA    RÉBELLION 

Les  circonstances  étaient  d'ailleurs  favorables  au  dévelop- 
pement de  la  nouvelle  secte.  En  septembre  i85o,  les  Ilakkas 
(colons),  venus  du  Kiang-Si  et  du  Fou-Kien  (Houng  était 
de  leur  race)  entrèrent  en  lutte  dans  le  district  de  Kouei, 
avec  les  Pounli  (aborigènes),  lloung  réunit  autour  de  lui  les 
mécontents  et  ils  sont  toujours  légion  en  Chine  ;  puis  vien- 
nent se  joindre  à  eux  les  membres  de  la  société  secrète  des 
Triades  et  de  social  le  mouvement  devient  politique  :  il  a 
pour  but  le  renversement  de  la  dynastie  mandchoue. 

Nous  aurons  si  souvent  l'occasion  de  parler  des  sociétés 
secrètes  qui  jouent  un  rôle  considérable  en  Chine  que  nous 
croyons  utile  de  leur  consacrer  ici  quelques  pages  \ 


SOCIETES    SECKETES 


L'empire  chinois  renferme  beaucoup  de  sociétés  secrètes, 
je  doute  même  qu'aucun  autre  pays  puisse  en  offrir  un 
nombre  aussi  considérable  :  rien  d'étonnant,  d'ailleurs,  si 
l'on  songe  que  le  chiffre  des  habitants  du  Céleste  Empire 
représente  au  maximum  le  tiers,  au  minimum  le  quart  de  la 
population  entière  du  globe  terrestre.  Ces  sociétés  portent  les 


I.  J'ai  public  ces  notes  dans  la  Hcvue  d' Ethnographie,  Paris,  Leroux, 

1888. 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  I7I 

noms  les  plus  variés,  s'adressent  aux  classes  sociales  les  plus 
opposées,  ont  pour  but  Texécution  des  projets  les  plus  divers 
et  choisissent  comme  moyens  d'action  ceux  qui  leur  parais- 
sent généralement  les  plus  mystérieux.  Elles  sont  ou  mili- 
taires ou  religieuses,  commerciales  ou  politiques  ;  mais, 
quel  que  soit  leur  caractère,  elles  sont  principalement  des 
sociétés  de  secours  mutuels  :  les  plus  importantes  sont 
révolutionnaires.  On  peut  chercher  leur  origine  dans  deux 
idées  :  Tune  purement  sociale,  l'idée  de  l'association,  ayant 
[K)ur  base  l'appui  réciproque  des  membres  d'une  même 
confrérie  ;  l'autre,  purement  politique,  l'idée  de  patriotisme, 
puisant  sa  force  dans  la  haine  du  vaincu,  le  Chinois,  contre 
son  vainqueur,  le  Mandchou. 

Parlons  tout  d'abord  de  la  première  idée. 

L'empire  chinois,  malgré  son  gouvernenjcnt  central  et  le 
|X)uvoir  despotique  conféré  à  celui  qui  l'administre,  le  Fils 
du  Ciel,  présente  des  cas  fort  intéressants  de  particularisme  ; 
tout  d'abord,  si  la  langue  écrite  est  la  même  pour  tout 
l'empire,  si  Tun  des  dialectes  parlés  a  même  une  influence 
prépondérante,  un  grand  ilombre  de  lieux,  même  de  pro- 
vinces, ont  conserve  leur  langue  propre  ;  ainsi,  les  Pavillons- 
Noirs  originaires  du  Kouang-Touang  et  du  Kouang-Si,  établis 
à  Lao-Kaï,  ne  parlent  pas  la  même  langue  que  leurs  com- 
patriotes de  la  province  voisine,  le  Yun-Nan.  Ce  qui  est  vrai 
de  la  langue,  l'est  plus  encore  des  mœurs  et  des  coutumes  ; 
la  province,  la  ville,  le  village  a  sa  vie  personnelle.  Lorsque 
les  Japonais  ont  débarqué  à  Formose  en  187^,  c'est  le 
gouverneur  général  du  Fou-Kien  qui  était  chargé  des  frais 
de  la  guerre;  le  gouverneur  général  des  deux  Kouang 
(Kouang-Toung  et  Kouang-Si)  est  le  truchement  nécessaire 
entre  la  Chine  et  l'Annam  ;  les  Chinois,  dès  qu'ils  éniigrent, 
éprouvent  la  nécessité  de  se  réunir,  de  s'entr'aidcr,  non  pas 
seulement  entre  gens  de  la  même  nation,  mais  entre  natifs 
de  la  même  province,  voire  du  même  endroit. 


l-ya  RÉBELLION    DES    T  Al    PING 

Ce  besoin  de  s'associer  se  fait  sentir  chez  les  Chinois  non 
seulement  de  pays  à  pays,  de  la  Chine  par  exemple  aux 
États-Unis,  mais  encore  de  province  à  province.  Aussi 
verrez- vous  les  preuves  de  cette  association  se  manifester  sous 
toutes  les  formes  :  par  exemple  un  temple  aux  divinités 
locales,  un  cercle  dans  lequel  se  réunissent  les  habitants 
d\me  même  ville  ou  d'une  même  province.  Le  particu- 
larisme qui  nous  pousse  aujourd'hui,  nous  autres  Français, 
à  fonder  des  dîners  comme  la  Pomme  ou  la  Cigale^  fait 
créer  aux  Chinois  des  cercles  ou  des  corporations  où  les  gens 
du  même  crû  se  peuvent  rencontrer.  Je  me  rappelle  avoir  vu 
à  Han-Kéou  le  superbe  local  d'un  de  ces  cercles,  aux  portes 
de  bois  magnifiquement  sculptées,  avec  un  jardin  aux 
arbustes  taillés  en  forme  de  hôtes,  ainsi  que  le  veut  Part  des 
«  Le  Noire  »  de  l'Extrême-Orient. 

De  même  encore  un  Chinois  qui  consentira  à  émigrer  sous 
les  auspices  d'une  agence,  stipulera-t-il  que  son  corps  sera 
rapporté  dans  son  pays  natal  ;  pour  éviter  des  frais  trop 
éle\és,  on  attendra  qu'un  certain  nombre  de  corps  du  même 
pays  se  trouvent  réunis  ;  de  là,  la  construction  de  ces  mai- 
sons de  cadavres  d'une  même  province,  sorte  d'auberge  des 
morts  oii  l'on  attendra  qu'une  réduction  dans  les  frais  de 
transport,  une  occasion  favorable  permettent  de  faire  lai 
envoi  dans  des  conditions  agréables  pour  les  mânes  du  défunt 
et  la  bourse  des  parents.  Kt,  avec  le  grand  respect  que  les 
Chinois  professent  pour  les  morts,  ils  ne  permettent  pas  que 
ces  sépultures  temporaires  soient  profanées  impunément. 
C'est  ainsi  que  le  désir  de  faire  passer  une  route  nouvelle 
sur  l'emplacement  de  la  maison  de  dépôt,  appelée  impropre- 
ment pagode  de  Ning-Po,  a  causé  à  Chang-llaï  Témeute  du 
3  mai  187/4.  Aussi  ce  commerce  des  morts  est-il  la  cause 
d'une  vente  extrêmement  florissante  de  cercueils  :  il  repré- 
sente un  chiffre  important  du  fret  à  travers  l'Océan  Pacifique. 
On  rencontre  dans  les  villes  de  la  Chine  des  magasins  d'objets 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  178 

appartenant  aux  pompes  funèbres,  d'un  aspect  non  moins 
alléchant  que  ceux  qu'il  m'a  été  donné  de  voir  en  Angleterre 
et  en  Allemagne. 

Pour  en  venir  aux  sociétés  elles-mêmes,  je  citerai  d'abord 
quelques  sociétés  excentriques  :  une,  qui  répond  assez  bien 
à  celle  du  Huhan  bleu  anglais,  prêche  Tabstinence  en  fait 
de  boisson,  et  défend  de  fumer;  une  autre,  la  société  de 
V Orchidée  (Vor^  comprend  les  filles  qui  ont  juré  de  ne  pas 
se  marier  ou  de  quitter  leui-s  maris  quand  elles  les  auront 
é[X)usés;  ces  sociétés,  du  reste,  sont  prohibées  par  TKtat. 

Parmi  les  sociétés  politiques  les  plus  importantes,  je  citerai 
celle  du  Nénuphar  blanc  (^Pei-Lien- Kiao^  ;  quelques  auteurs 
la  font  remonter  à  Tan  1 35o  de  notre  ère  ' ,  mais  c'est  surtout  au 
commencement  de  ce  siècle  que  cette  association  a  fait  parler 
d'elle.  Ses  adeptes  réussirent  à  occuper  le  palais  inq)érial  à 
Péking  le  i8  juillet  i8i3  sous  l'empereur  Kia-R'ing,  etWeï- 
^ouen  dans  son  célèbre  ouvrage  sur  les  guerres  de  la  dynastie 
actuelle,  le  Cheng  Von  kiy  a  consacré  les  livres  I\  et  \  à 
riiistoire  de  leurs  rébellions. 


I.  A  Glossary  of  référence,  by  Herl)crt  A.  Ciiles.  p.  27a  :  «  A.  wcll- 
known  Cliiiiese  secret  socicty,  originatcd  as  earl)  as  Iho  close  of  Ihe  Yuan 
<lynasljr  (about  A.  D.  i35o)  by  a  rnan  namcd  lîan  Lin-orh,  wlio collectcd 
a  large  nuinber  of  foUowcrs  and  bad  actually  proclaimed  bimselfEmperor 
when  bis  forces  were  roulcd  and  bc  bimself  sougbt  refuge  in  fliglit.  Tbe 
menibers  of  Ibis  fralernily  are  believed  lo  possess  a  knowledge  of  Ibe 
black  art.  »  Mr  VVylie  (.SVcrr/  Societies),  au  conlrairc,  ne  la  fait  pas 
remonler  au  delà  de  la  dynastie  acluellc  : 

«  One  of  Ihe  laller  class  wbicb  bas  sevcral  limes  played  a  conspicuous 
pari  on  Ibe  page  of  bistory,  Ibc  «  Pih-leen  keoou  »,  Wbilc  water-lily 
sect  »  is  apparently  cocval  wltb  Ibc  présent  dynasiy,  for  we  find  in  the 
Ta-lsing  leuh-le^  «  Pénal  code  of  ibc  Mancbu  dynasiy,  »  the  section  on 
«  Magicians,  Leaders  of  Sects,  and  Teachcrs  of  false  Doctrines  »  gives 
ihe  namc  of  Ibis,  togclber  witb  Me-lili  fuh  keaoH,  «  Sect  of  Mailreya 
Bciddba  »  Ming-tsitn  keaoUt  «  Sect  of  ibc  inlelligenl  and  bonourable  » 
and  Pih'ynn-Isungt  «  Wbitecloud  inslitule  »;  the  cbief  of  wbicb  several 
associations  arc  made  liablc  lo  tbe  penalty  of  strangulation  and  tbe  meni- 
bers to  rcceivc  100  blows  and  be  Iransported  3, 000  le.  » 


I-ji  RÉBEUJON,  DES    TM    P*1NG 

L'existence  des  sociétés  secrètes  est  marquée  dans  l'histoire  de 
ce  siècle  par  différents  édits  ou  faits  intéressants.  Ainsi  en  1801 , 
dans  le  chapitre  Réhel lions  du  Code  pénal,  on  note  cjue  les 
membres  de  la  société,  dite  des  Triades^  seront  décapités, 
ceux  qui  les  auront  accompagnés  seront  étranglés;  en  181 7, 
le  gouverneur  de  Canton  arrête  deux  ou  trois  mille  adhérents 
de  celle  société  ;  en  18 19,  le  gouverneur  du  Hou-Nan  se  plaint 
de  Taccroissement  des  membres  des  sociétés  secrètes;  des 
rapports  de  censeurs,  l'un  de  1829  dans  le  Kiang-Si,  l'autre 
de  18/I1  dans  le  Hou-Kouang  en  marquent  également  le 
développement.  Ce  dernier  constute  que  la  société  des  Triîides 
a  cinq  loges  :  1°  Grande  loge,  Fou-Kien;  2^  Kouang-Toung  ; 
3"  Yun-Nan  ;  4**  Hou-Rouang;  5°  Tche-Kiang. 

Les  sociétés  secrètes  se  représentent  sous  différents  noms 
et  sous  différentes  formes,  ainsi  M*^"^  Fonlana,  vicaire 
apostolique  du  Se-lch'oucn  (^Let,  éd.,  IV,  p.  5o3),  écrit  à 
la  date  du  3  septembre  i83i  : 

«  Les  Tsin-Lien-Kiao  sont  d'une  secte  assez  pernicieuse. 
Ils  ne  mangent  point  de  la  chair  des  animaux;  ils  ne  se 
nourrissent  que  de  légumes  et  d'herbes.  Cependant  il  paraît 
que  plusieurs  païens,  appartenant  à  d'autres  sectes  athées  ou 
matérialistes,  dont  la  Chine  abonde  plus  que  les  autres  pays, 
se  sont  réunis  sous  le  nom  de  cette  secte,  afin  de  se  révolter 
comme  avaient  fait  les  Péi-Lien-Klao.  Plusieurs  chefs  de  ces 
sectaires  ont  été  pris  et  mis  à  mort  ;  en  sorte  que  l'on  n'a 
pas  beaucoup  à  craindre  de  la  part  de  ces  rebelles.  Cependant 
les  peuples  se  révoltent  assez  facilement;  tous  les  ans  nous 
entendons  parler  de  révoltes,  tantôt  d'un  côté,  tantôt  d'un 
autre;  et  ordinairement  on  dit  que  les  révoltés  sont  des 
Tsin-Lien-Kiao,  les  noms  Tsin  et  Péi  se  rapprochent  assez 
l'un  de  l'autre  pour  la  signification  :  car  Tsin  signifie  clair 
ou  pur,  et  le  mot  Péi  signifie  blanc.  Je  ne  sais  pas  si  ces 
rebelles  ont  adopté  des  signes  distinctifs  ;  mais  cela  parait 
probable.  Quelqu'un  m'a  dit  qu'ils  portent  sur  leurs  bonnets 


:-.s'.-v'  ■  ■• 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  l*jb 

un  petit  globule  de  verre  ou  d'autre  matière  transparente.  » 
Mais  la  plus  importante  de  ces  sociétés  est  sans  contredit 
celle  à  laquelle  je  viens  de  faire  plusieurs  fois  allusion,  celle 
des  Triades  KSan-ho'houei\  ou  du  Ciel  et  de  la  Terre  Tien- 
Ti'honeij  cpii  a  pour  objet  le  renversement  de  la  dynastie 
actuelle  ;  elle  a  du  reste  failli  réussir.  Les  fameux  rebelles 
T'aî'P*ing  ou  Tchang-mao  étaient  pour  la  plupart  d'origine 
triade  et  Ton  sait  quelle  fut  la  rapidité  des  succès  de  leur  chef 
lioung  Sieou-ts'iuen,  qui  n'appartenait  d'ailleurs  pas  lui- 
même  à  celte  secte.  Partis  du  Kouang-Si  et  du  Kouang- 
Toung,  les  T'aï-P'ing,  comme  nous  Talions  voir,  remon 
lèrent  jusqu'au  Kiang,  s'emparèrent  de  Nan-King  en  i853, 
firent  une  pointe  dans  le  Nord  à  travers  le  Ho-Nan  jus- 
qu'au Tché-lî,  se  répandirent  dans  les  riches  provinces  du 
Kiang-Sou  et  du  Tché-Kiang  et  ne  furent  définitivement 
écrasés  qu'en  i864  (prise  de  Nan-King  par  les  troupes  im- 
périales, 9  juillet  186/1),  grâce  à  l'appui  donné  aux  troupes 
impériales  chinoises  par  des  contingents  français  et  anglais  ". 
Cette  société  des  Triades  puise  ses  idées  symboliques  et 
sa  tradition  dans  l'ancienne  philosophie  chinoise.  Les  Jésuites 
de  Péking,  au  xvni*'  siècle,  ont  clairement  formulé  ces  idées 
dans  les  termes  suivants  : 

«  En  voulant  éclairer  ce  que  les  Anciens,  sur  la  tradition 
de  leurs  Ancêtres,  avoient  dit  allégoriquement,  ces  Philoso- 
phes orgueilleux  (les  philosophes  modernes)  ont  tout 
embrouillé,  tout  défiguré,  tout  changé.  Les  Anciens  avoient 
dit,  qu'il  y  avoit  un  Tay-ki  ou  grand  Principe,  un  Chang-ti 
ou  Seigneur  suprême,  un  Tien  ou  Ciel  supérieur,  qui,  par 


I.  Le  caractère  wang  3E  symbolise  lunion  du  Ciel,  de  la  Terre  et  de 
rilomrae.  —  Sous  le  règne  de  Hien-Foung,  les  Triades  ont  frappé  do  la 
monnaie;  leurs  sapèques  portent  le  caractère  ho  au-dessus  du  trou  ;  au- 
dessous  0  ;  et  deux  caractères  mandchous. 

a.  On  trouvera  la  bibliographie  de  la  guerre  des  T'aï-P*ing  dans  notre 
Bibliotheca  Sinica,  col.  368-281. 


176  RÉBELLION    DÇS    t'aI    P*ING 

la  vertu  de  son  Ki  ou  de  son  souffle  lout-puîssant,  avoît 
formé  les  San-Tsai  ou  les  trois  agents  généraux  ou  puissances 
productrices  subordonnées,  qui  sont  le  Ciel,  la  Terre  & 
THomme;  &  par  ces  San-Tsai,  ils  entendoient  tout  ce  qui 
est  purement  intellectuel,  comme  tout  ce  qui  tombe  sous  les 
sens  ;  toute  puissance  qui  peut  être  ou  qui  est  actuellement 
réduite  en  acte.  Ils  rangeoient  sous  le  premier  Tsai\  qui  est  le 
Ciel,  tout  ce  qui  est  l'objet  de  la  Métaphysique  &  de  la 
Physique  céleste,  &  ils  s'étendoient  en  particulier  sur  ce 
qui  concerne  TAstronomio,  de  la  manière  à  pou  près  &  dans 
Tordre  que  je  vous  invite  à  examiner  dans  la  figure  qui 
s'offre  à  vous. 

«  L'eau,  le  feu,  les  métaux,  les  vents,  le  tonnerre,  la  pluie, 
la  Géographie  A:  toutes  les  productions  naturelles,  tant  en 
général  qu'en  particulier,  faisoient  Tobjet  du  second  Tsai\ 
qui  est  la  Terre. 

«  Pour  ce  qui  est  du  troisième  Tsaî,  qui  est  Yllomme^ 
ils  le  regardoient  comme  le  seul  être  visible  qui  fut  doué 
d'intelligence,  qui  fut  en  étal  de  pouvoir  produire  des  actes 
dignes  d'éloge  ou  de  blâme,  de  récompense  ou  de  châtiment, 
suivant  qu'il  cultivoit  la  vertu,  ou  qu'il  s'abandonnoit  au 
vice.  Ils  étoient  persuadés  outre  cela,  &  ils  ne  cessoient  de  le 
dire,  que  Yhomine  étoit.  récompensé  ou  puni  non-seulement 
pendant  cette  vie,  mais  même  après  sa  mort;  &  ce  fut  pour 
l'engager  à  mériter  l'un  6:  à  éviter  l'autre,  qu'ils  s'appli- 
quèrent surtout  à  développer  les  principes  de  la  Morale,  à 
expliquer  les  différentes  obligations  qu'elle  impose  en  général 
pour  la  conduite  extérieure  de  l'homme  &  pour  le  règlement 
de  son  cœur,  &  en  particulier  pour  raccomplisscment  de 
ses  devoirs,  comme  fils,  comme  sujet,  comme  père  de  famille, 
conmie  meuibre  de  la  société,  &c. 

«  Voulant  s'expliquer  brièvement,  au  moyen  de  quelques 
symboles,  ces  anciens  avoient  dit  :  Le  TayKi  ou  le  grand 
Principe  a  engendré  les  Leang-y  ou  les  deux  elïigics  ;  ces 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  I77 

deux  effigies  ont  engendré  les  Sée-siang  ou  les  quatre  images, 
&  ces  quatre  images  ont  engendré  les  Pa-Koua  ou  les  huit 
trigrammes,  qui  exposent  les  principes  d'où  toutes  choses 
tirent  leur  origine,  &  au  moyen  desquels  il  n'est  rien  qu'on 
ne  puisse  expliquer  \   d 

Le  livre  des  Changements,  Y-King^  qui  renferme  le  système 
qui  vient  d'être  développé,  commence  au  Tai-Ki,  le  grand 
absolu,  le  grand  extrême.  Les  philosophes  de  la  dynastie  des 
Soung  ajoutèrent  au  Tai'Ki]e  M  ow-A7,  c'est-à-dire  l'absolu 
rien,  l'infini .  Le  chef  de  cette  école  fut  le  célèbre  Tchou-hi 
(ii3o-i200  après  J.-C.)  qui  naquit  dans  le  Fou-Kien  d'un 
[)ère  originaire  du  Ngan  Ilouei.  Dans  son  système,  l'absolu 
rien  (^Wou-Ki)  produit  le  grand  absolu  (Tai-Ki)  qui,  animé 
par  son  souffle,  crée  le  grand  principe  mâle  (  Yang)  ;  ce 
dernier,  dans  son  repos,  donne  naissance  au  principe 
femelle  (Yin),  Lorsque  ces  deux  principes  mis  en  mouve- 
ment finissent  par  se  reposer,  ce  qui  se  trouve  en  haut  est 
le  Ciel  correspondant  au  Yang,  ce  qui  reste  en  bas  est  la 
Terre  correspondant  au  Vin.  Puis,  dans  la  suite  de  leur 
mouvement  on  voit  se  former  le  soleil  cl  la  lune,  les  étoiles 
et  les  planètes,  l'eau  et  le  feu,  les  plantes,  les  minéraux,  les 
hommes,  les  animaux,  etc.  Les  lois  qui  régissent  les  mou- 
vements sont  au  nombre  de  quatre  :  i"  Aï,  le  souffle  de  la 
nature,  qui  représente  l'énergie;  2®  Li,  les  lois  de  la  nature 
antérieures  au  A7;  3"  So,  qui  donne  les  proportions  numé- 
rîc|ues;  enfin  pour  rendre  tangibles  ces  lois,  les  rendre 
matérielles,  4°  y^^gj  la  forme  de  la  nature  ^ 

On  a  représenté  ce  système  philosophique  par  des  dia- 
grammes. Quelquefois  on  s'est  contenté  des  trois  pouvoirs  de 
la  nature,  San-Tsaî:  ciel,  terre,  homme,  indiqués  par  un  A. 

1.  Mémoires  concernant  les  Chinois,  l.  H,  p.  37-28. 

2.  Cf.  Feng'shui  :  or^  the  Rudiments  ofNatural  Science  in  China. 
By  Ernesl  J.  Eitel,  M.  A..,  Ph.  D..  of  Ihe  London  Missionary  Society. 
Hongkong  :  1878,  in -8,  pp.  7-9. 

GoBDIER.  I.  —  la 


178  RÉBELLION    DES   t'aI    p'iNG  - 

Les  deux  principes  primitifs  sont  marqués,  Tun  par  une 
ligne  droite  hhbih  qui  correspond  au  Yang,  par  conséquent 
au  principe  mâle,  à  la  lumière  et  au  ciel  ;  l'autre  par  une 
ligne  coupée  ■■  ■■  qui  correspond  au  Yin,  par  conséquent  au 
principe  femelle,  aux  ténèbres  et  à  la  terre. 

On  en  a  déduit  les  quatre  figures  suivantes  : 


i)  Tai'Yang,  qui  correspond  au  soleil,  à  la  chaleur,  à 
r intelligence,  aux  yeux,  etc. 

2)  Tai-Yln,  qui  correspond  à  la  lune,  au  froid,  aux 
passions,  aux  oreilles,  etc. 

3)  ChaO'Yangy  qui  correspond  aux  étoiles,  à  Taurore,  à 
la  forme,  au  nez,  etc. 

4)  ChaO'  Yiny  qui  correspond  aux  planètes,  à  la  nuit,  à 
la  forme  humaine,  à  la  bouche,  etc. 

Ces  quatre  figures  secondaires  forment  les  huit  trigramnies 
ou  Kouay  dont  l'invention  est  attribuée  à  Fou-hi,  le  premier 
des  cinq  souverains  (2852-2788  avant  J.-C).  La  légende 
raconte  que  ces  signes  étaient  marqués  sur  un  rouleau  cpii 
fut  porté  à  Tompereur  par  un  dragon  sorti  du  Fleuve  jaime. 

Ces  trigrammes  représentent  : 


I  a  3  h  5  C  7    '  8 

i)  Le  Ciel  :  les  lignes  étant  pleines,  ce  trigramme  marque 
le  principe  mâle  pur  ; 

2)  La  Vapeur,  les  exhalaisons  aqueuses,  les  lacs  ; 

3)  Le  Feu,  la  chaleur,  la  lumière  ; 

4)  Le  Tonnerre  ; 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  I-JQ 

5)  Le  Vent  ; 

6)  L'Eau; 

7)  Les  Montagnes  ; 

8)  La  Terre  ;  les  lignes  étant  brisées,  ce  trigramme  marque 
le  principe  femelle  pur. 


FiG.    I.   Le  Sien  T'ien. 


Généralement,  on  arrange  ces  figures  sous  la  forme 
précédente  (fig.  i)  à  laquelle  on  donne  le  nom  de  sien 
fien  : 

Chin-nong,  le  second  des  cinq  souverains,  passe  pour 
avoir  multiplié  par  8  les  Koua  de  Fou-hi  pour  en  taire  64- 


Ces  64  figures,  mullipli«fes  par  6,  on  donnent  384,  chiffre 
m  ax  î  m  uni  générale  m  en  l  cberciié,  quoique  Ton  prélende  qu'on 
ait  poussé  les  combinaisons  jusqu'au  nombre  Tanlastique  de 
i6  777  2i6!  !  ! 

Le  principe  mâle  ^i^^^  et  le  piincijtc  femelle  ^^ ^^ 
réunis  forment  le  Tai-Ki q\n  est  ordinairement  représenté  de 
la  manière  suivante  : 


Sur  le  demi-diamétrc  d'un  cercle  donné,  on  décrit  un 
demi-cercle  et  sur  le  domi-diamctro  restant  un  autre  demi- 
cercle  en  sens  contraire.  Les  deux  figures  délimitées  par  la 
courbe  ainsi  obtenue  peuvent  être  semblables  (fig.  a)  on 
bien  teintées,  Tune  en  couleur  claire,  l'autre  en  couleur 
foncée. 

Ce  sont  II»  les  Tni-Ki  prîmilifs,  mais  plus  lard,  pour  mar- 
quer la  pénétration  des  deux  principes,  on  a  placé  un  petit 
disque  clair  dans  la  partie  foncée,  et  un  petit  disque  foncé 
dans  la  j)arlie  claire  de  la  ligme  (fig.  3). 


Le  Tai-Ki  affecte  d'ailleurs  quclqucfuîs  des  formes  bizarres  ; 
un  exemple  assez  curieux  est  celui  de  l'enchc  vôtre  ment  de 
dauphins,  relevé  sur  des  inotlèlcs  de  jonques  conservés  au 
Musée  du  Trocadéro  cl  que  m'a  très  obligeamment  fait  con- 
oaîtrc  M.  le  D'  Hamy  (fig.  i). 


Fia.  i.  Tihlflin  d'urrii»  d'uoe  jonqus  do  guerre  d'Amoj,  bu  centre 

duijuel  se  voit  on  Tai-Ki  rormê  de  deux  dnapblns. 

(Mm,  irElhnùg..  n-  17.(101). 

Le  premier  de  ces  modèles  venant  de  Amoy  (n°  17^01) 
n  l>our  tableau  d'arrière  une  planche  peinte,  au  centre  de 
laquelle  deux  dauphins,  l'un  noir  et  l'aulre  blanc,  s'entre- 
lacent de  façon  à  rqjrotluire  les  conrbes  du  Taî-Ki  (lig.  '1). 
Les  yeux  des  deux  animaux  représentent  les  petits  disques 
de  pénétration'. 

Le  deuxième  modèle  de  jonque  (n'  17/100  de  l'inventaire 
du  Musée  d'Ethnographie)  reproduit  la  même  figure,  avec 

■'  Ce  modèle  de  jonque  correspond  nu  n"  1791  du  Catalogue  spécial 
de  la  collection  exposée  au  Palais  du  Champ  de  Mars  (E.rposition 
aninersellf _  Paris,  1S78).  publié  par  ordre  du  dirocleur  gcnùral  des 
Douanes,  Shang-hai.  1878.  in-S,  p,  io3. 


l8a  RI^RELLION    DES    t'aI    p'iNG 

quelques  petites  variantes,  sur  un  disque  qui  occupe  le  centre 
de  la  rampe  découpée  de  la  passerelle  d'arrière  d'une  jonque 
de  commerce  d'Amoy  (fig.  5). 

On  arrive  à  faire  une  figure  complète  en  plaçant  le  Taï-ki 
au  centre  du  Sien-T'ien. 

On  peut  d'ailleurs  représenter  autrement  la  combinaison 
des  deuï  principes  :  le  Ciel  est  rond  et  la  Terre  est  carrée 
(à  Péking,  par  exemple,  le  temple  du  Ciel  est  rond,  celui  de 
la  Terre  est  carré);  la  monnaie,  appelée  sapèque,  qui  est 
ronde  et  percée  au  centre  d'un  trou  carré,  représente  donc  le 
mariage  du  Ciel  et  de  la  Terre;  elle  est  également  le  svmbole 
de  l'homme  parfait. 


Fio.   5.   R»mpo  rfêcoopie  do  In  paswrïlle  d'arrièra  d'une  jonqu« 

lia  cammarce  d'Amoy.  ornée  du  mïma  Ui-ki. 

(.Vm.  •rEthntg..  n"  17.100). 

Les  membres  de  la  société  des  Triades  ont  puisé,  comme 
je  l'ai  dit  plus  haut,  leurs  idées  symboliques  dans  !c  système 
que  je  viens  d'expliquer  ;  des  alhisions  fréquentes  à  la  cos- 
mogonie ancienne  sont  faites  dans  les  cérémonies  et  dans  les 
diplômes;  on  relrouve  souvent  le  triangle  sur  ces  derniers. 
Dans  un  ras  même,  le  diplôme  représente  un  Sien-  T'ien  avec 
le  Taï'ki  au  centre;  c'est  celui  du  Chan-Toung;  d'ailleurs 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  l83 

celte  confrérie  affiliée  aux  Triades  porte  le  nom  carac- 
téristique de  Pa  Kotia.  Le  révérend  D.-H.  Porter  a  écrit 
un  long  Mémoire  sur  cette  secte  \  et  le  D*"  Schlegel  en  a 
reproduit  le  diplôme*.  On  trouvera  également  des  diplômes 
dans  un  article  du  lieutenant  Newbold  dans  le  Journal 
of  ihe  Royal  Asialic  Society '\  Le  diplôme  que  nous 
reproduisons  ici  est  tiré  d'un  Mémoire  de  M.  Wylie,  publié 
dans  le  North-Chinn  Herald^. 

A  quelle  époque  fut  constituée  la  société  des  Triades,  et 
quelle  fut  son  origine?  Si  Ton  répondait  à  ces  questions  par 
lin  simple  examen  des  symboles  marqiiés  sur  les  diplômes 
de  cette  association,  on  pourrait  faire  remonter  sa  naissance 
aux  époques  les  plus  reculées  de  Thistoire  de  la  Cliine  ;  en 
tenant  compte  du  peu  de  stabilité  des  institutions  humaines 
et  en  étudiant  le  système  du  philosophe  Tchou-hi  que  nous 
avons  déjà  exposé,  on  pourrait  faire  remonter  les  débuts  du 
San-IIo-Houei  jusqu'à  la  dynastie  des  Soung.  Il  m'a  semblé 
toutefois  que  la  constitution  actuelle  des  loges  de  cette  so- 
ciété, ses  rites,  les  personnages  qu'elle  honore,  ne  permettent 
pas  de  lui  donner  une  origine  plus  ancienne  que  le  commen- 
cement de  la  dynastie  actuelle,  c'est-à-dire  la  seconde  moitié 
du  XVII®  siècle.  On  sait,  en  effet,  que  le  premier  em[)ereur 
de  la  famille  mandchoue  qui  règne  encore  alijourd'hui  sur 
le  Céleste  Empire,  Chouen  Tché,  monta  sur  le  trône  en  i643, 
quoique  la  date  officielle  de  son  avènement  ne  soit,  selon  la 


I.  Secret  Societies  in  Shantung.  By  the  Rev.  D.  H.  Porter,  M.  D. 
(Ckinese  Recorder,  XVII,  i88(5,  pp.  i-io,  64-73.) 
a.   The  Hun  g  League,  p.  Sa. 

3.  Tke  Chinese  Secret  Triad  Society  of  the  Tien-ti-huih.  By 
Lieutenant  Newbold,  A.  D.G.,  and  Major-goncral  Wilson,  G.  B.,  Madras 
Armj.  (Jour.  Roy.  As.  Soc,  VI,  iS/'n,  ff.  iao-i58.) 

4.  Secret  Societies  in  China.  By  A.  Wylie.  (TV.  C.  Herald,  n"  i65. 
sept.  a4.  i853  et  seq.  —  Réimp.  dans  The  Shanghae  Almanac  for  i854 
and  Miscel.) 


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.  DlpIâmB  d'uDB  Sociét*  tecrèl«  chinoiM.  (D'aprèi  H.  A.  W;1i<). 


-     *  -' 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  l85 

coutume  du  pays,  qu'au  commencement  de  Tannée  suivante, 
ce  qui  correspond  à  notre  8  février  i6/|4.  Les  Mandchous 
ne  s'établirent  pas  sans  diflicultés  sur  le  trône  des  princes 
nationaux  Ming,  qui  avaient  régné  depuis  i368,  à  Nan- 
King,  puis  à  Péking;  aux  dissensions  intérieures  vinrent 
s'ajouter  les  attaques  de  l'étranger.  Ce  fut  au  fils  de  Chouen- 
tché,  le  célèbre  Kang-Hi,  monté  sur  le  trône  en  1 662 ,  qu'échut 
la  lourde  tâche  de  terminer  la  pacification  de  l'empire, et  de 
repousser  définitivement  les  envahisseurs. 

Un  des  premiers  ennemis  que  Kang-hi  eut  à  combattre, 
Alt  Galdan,  le  chef  de  la  tribu  mongole  des  Eleuthes.  Cette 
tribu  pouvait  reformer  à  son  profit  cette  terrible  armée 
mongole  qui  s'était  plusieurs  fois  avancée  vers  le  Midi  en 
conquérant  tout  sur  son  passage.  Dans  Tembarras  très  grand 
que  causait  à  Kang-hi  Tattaque  de  Galdan  survenant  au 
milieu  de  rébellions  intestines,  l'empereur  au  lieu  de  s'adresser 
à  ses  ministres  ou  à  l'un  de  ses  gouverneurs  de  province  afin 
d'exterminer  les  Eleuthes,  fit  appel  à  la  nation  entière  —  ici 
commence  la  légende  —  par  un  édit  impérial  annonçant  que 
ceux  qui  vaincraient  l'ennemi  recevraient  une  somme  de 
dix  mille  taëls  d'or  et  la  noblesse  héréditaire  du  troisième 
degré  (comte),  ce  qui  leur  assurerait  la  suprématie  sur  dix 
mille  familles.  Cent  vingt-huit  prêtres  du  monastère  de 
Siau-Lim-Si,  dans  le  district  de  Touan-leng,  au  fond  des 
montagnes  Kiu-lien  (province  de  Fou-Kien),  se  déclarèrent 
prêts  à  anéantir  les  barbares  envahisseurs  sans  le  secours 
d'aucune  troupe  ;  à  l'aide  d'un  stratagème,  ils  battirent  les 
Eleuthes,  refusèrent  toutefois  les  honneurs  que  leur  offrait  le 
souverain  à  la  suite  de  leur  victoire,  et  munis  seulement  des 
dix  mille  taëls,  ils  se  retirèrent  dans  leur  couvent  pour  re- 
prendre leurs  travaux  religieux. 

Cependant  ce  succès  avait  excité  au  plus  haut  point  la 
jalousie  des  mandarins  ;  ces  derniers  réussirent  à  faire  tuer  les 
prêtres,  à  l'exception  de  dix-huit  qui  se  sauvèrent  en  empor- 


l86  RÉBELLION    DKS  -t'aI    p'iXG 

tant  le  sceau  et  Tépée  magique  de  leur  fondateur.  Un  nouveau 
massacre  réduisit  à  cinq  le  nombre  de  ces  religieux  ;  un 
général  qui  leur  avait  été  fovorable  fui  étranglé  vers  la  même 
époque.  La  veuve  de  ce  général  et  cinq  marchands  de  che- 
vaux des  provinces  de  Tché-Kiang  et  de  Chan-Toung,  se 
réunirent  à  ces  cinq  prêtres  pour  former  la  société  dite  Tien^ 
Ti-houei,  qui  recruta  bientôt  un  grand  nombre  d'adhérents. 
Cette  société,  divisée  en  cinq  bannières  ou  loges,  avec  des 
mots  de  passe  qui  permettaient  à  ses  membres  de  se  faire 
reconnaître,  eut  pour  objet  de  venger  Tassassinal  des  prêtres 
et  de  remplacer  la  dynastie  mandchoue  des  Tsing  par  la 
dynastie  chinoise  des  Ming*. 

Le  meilleur  exemple  que  nous  puissions  donner  de  Pani- 
liation  dans  cette  société  est  celui  qui  nous  est  fourni  par  les 
loges  des  Etablissements  du  Détroit  de  Malacca  (^Straits 
Settlements)  dont  le  nombre  officiel  des  membres  s'élevait, 
en  1887,  à  62  736. 

En  théorie,  les  réunions  des  sociétés  secrètes  en  souvenir 
dos  persécutions  exercées  par  les  fonctionnaires  mandchous, 
devraient  se  passer  dans  les  montagnes  ou  dans  les  jungles  ; 
en  réalité,  elles  ont  lieu  sous  la  protection  du  gouvernement 
britannique  dans  des  locaux  tid  hoc. 

A  la  porte  de  la  loge  se  tient  un  huissier  avec  un  bâton 
rouge;  ceux  qui  entrent  dans  la  loge  doivent  prendre  le 
bâton  à  deux  mains  et  répéter  les  vers  suivants  : 

Je  tiens  la  canne  rouge  dans  mes  mains, 

Sur  ma  route,  vers  la  loge,  je  n*ai  aucune  crainte 

Vous  me  demandez,  frère,  où  je  vais 

Vous  venez  de  bonne  heure,  mais  je  marche  lentement. 

Ceux  qui  ne  sauraient  répondre  devraient  être,  selon  le 
règlement  de  la  société,  décapités. 

I.  Mr.  Giles  (Gtossarj  of  Référence^  jJ.  aÔQ)  ne  fait  remonter  l'ori- 
gine de  cette  société  qu'au  règne  de  Young-Tcheng  (1733- 1736).  AU  de 
Kang-Hi. 


SOCIÉTÉS    SECRKTRS  187 

Puis,  ayant  traversé  ia  grande  porte,  on  passe  dans  la  salle 
de  la  sincérité  et  de  la  y // j/ice, .  puis  dans  la  Ville  des  saules^ 
puis  dans  le  pavillon  fleuri  rotige  ;  au-dessus  du  pavillon  se 
trouve  le  grand  autel,  avec  la  chaire  du  Sien-seng  ou  maitre 
de  la  loge  ;  je  fais  grâce  au  lecteur  de  la  suite,  du  cercle  du 
Ciel  et  de  la  Terre,  du  pont  à  deux  planches,  dont  Tune  est 
de  cuivre  et  Tautre  de  fer,  de  la  fournaise  incandescente,  du 
marclié  de  la  paix  uni>erselle  et,  en  dernier  lieu,  du  temple 
de  la  vertu  et  du  bonheur. 

C'est  dans  une  pièce,  à  droite  du  marché  de  la  paix  uni- 
t^erselle,  que  les  candidats  purifiés  par  des  ablutions,  revêtus 
d'habits  neufs,  se  préparent  à  être  reçus. 

«  Chaque  candidat  est  introduit  par  un  fonctionnaire  de 
la  loge  qui  se  porte  garant  que  pendant  quatre  mois,  le  nou- 
veau membre  ne  se  querellera  pas  avec  ses  frères  et  que 
pendant  trois  ans  il  n^enfreindra  pas  les  plus  importants  des 
trente-six  articles  du  serment  de  la  société  \   » 

La  lecture  de  ce  serment,  écrit  en  trente-six  articles,  est 
faite  à  haute  voix  aux  candidats  agenouillés  -par  un  des 
affiliés.  Le  premier  de  ces  articles  marque  que  la  piété  filiale 
est  la  première  de  toutes  les  vertus  ;  nous  notons  dans  les 
articles  suivants  quelques  renseignements  :  Le  secret  est 
absolu  :  celui  qui  Taura  trahi  aura  une  de  ses  oreilles  coupées 
et  recevra  cent  huit  coups  ;  tout  membre  de  la  société  consi- 
dérera ses  collègues  comme  des  frères,  qu'ils  appartiennent 
aux  hautes  classes,  comme  les  comtes,  les  marquis,  les 
généraux  et  les  ministres  ;  aux  classes  moyennes,  comme  les 
lettrés,  les  agriculteurs,  les  artisans  et  les  négociants  ;  ou  aux 
x^lasses  inférieures,  vagabonds  ou  mendiants;  puis  viennent 
des  préceptes  de  tolérance  et  d'honnêteté,  de  bienfaisance  et  de 
justice;  dans  les  réunions  de  la  société,  vous  rie  cacherez  pas 

I.  Pickering.  Il,  p.  6.  —  Chinese  Secret  Societies  andtheir  Origin. 
By  Mr.  W.  A.  Pickering.  (Jour.  Straits  Branch  ofthe  Roy.  As.  Soc, 
n"  I,  1878,  pp.  63-84;  n"  3,  1879,  PP-  i-i8.) 


l88  RÉBELLION    DES    t'aÏ    p'iNG 

les  serpents  parmi  les  dragons^  c'est-à-dire  les  Mandchous 
parmi  les  Chinois  ;  la  politique  montre  le  bout  de  Toreille  ; 
pour  les  serpents,  lisez  la  police. 

Apres  la  lecture  du  serment,  tout  le  monde  se  lève,  verse 
un  peu  de  sang,  puis  Ton  boit  du  thé. 

Afin  de  bien  marquer  le  refus  de  reconnaître  la  dynastie 
mandchoue  actuelle,  les  membres  de  la  société  défont  leurs 
cheveux  et  les  laissent  pendre  librement  sur  le  dos  ;  Tépaule 
droite  et  la  poitrine  restent  nues.  Quand  les  candidats  ont 
été  préparés,  le  maître  de  la  loge  arrange  les  différents  objets 
nécessaires  à  la  cérémonie  sur  le  grand  autel:  ils  se  com- 
posent d'une  mesure  dans  laquelle  on  met  du  riz  et  cent  huit 
sapèques  renfermées  dans  du  papier  rouge  et  on  y  ajoute  les 
différents  objets,  symboles  de  l'histoire  et  des  traditions  de 
la  ligue  : 

i)  Les  Pavillons  des  Cinq  Ancêtres,  triangulaires  :  qui 
contiennent  le  nom  des  cinq  prêtres  fondateurs  et  le  nom 
des  provinces  dans  lesquelles  chaque  prêtre  a  fondé  une 
loge  : 

1.  Fou-Kien,  Noir. 

2.  Kouang-Toung,  Rouge. 

3.  Yun-Nan,  Jaune. 

4.  Hou-Kouang,      Bleu. 

5.  Tchc-Kiang,       Vert  (ou  bleu  d'azur). 

2)  Les  Pavillons  des  cinq  marchands  de  chevaux  ou 
généraux  «  tigres  »,  comme  les  précédents,  correspondent 
aux  provinces  de  : 

I.  Kan-Sou. 

a.  Kouang-Si. 

3.  Sc-Tch'ouen. 

4.  Chan-Si. 

5.  Kiang-Si. 

3)  Les  Pavillons  des  cinq  éléments  : 
I.  Eau,  Noir. 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  189 

2.  Feu,  Rouge. 

3.  Bois,  Azur  (vert,  bleu,  noir). 
k.  Métal,                  Blanc. 

5.  Terre,  Jaune. 

4)  Les  Pavillons  des  quatre  points  cardinaux  : 

I.  Nord.  Noir.    \  /Où  se  trouve Tc- 

J  I      toile  polaire. 

3.  Sud,  Rouge.l  Représentant!^"   ^^    soleil  se 

/  les  Quatre  pôles  \         *■ 

3.  Est,  Vert.   (      ,  "^     JOù  le    soleil   se 

\    de  la  terre.     /     j^^^ 

4.  Ouest,  Blanc.  [Où  le   soleil  se 

/  \     couche. 

1.  Nord,  Noir.    \  Représentant /Le guerrier  som- 

I     les  quatre     l      bre. 
3.  Sud,  Rouge.»  quartiers  dans! L'oiseau  de  ver- 

\  lesquels  sont  /     millon. 

3.  Est,  Vert.    [   réparties  les  JLe  dragon  d'a- 

\    vingt-huit     f     zur. 

4.  Ouest,  Blanc.  '  constellations. \  Le  tigre  blanc. 

5)  Les  Pavillons  des  saisons  : 

f.  Printemps,  Vert. 

2.  Été,  Rouge. 

3.  Automne,  Blanc. 

4.  Hiver,  Noir. 

6)  Les  Pavillons  de  : 

I.  Ciel,  Azur. 

3.  Terre,  Jaune. 

3.  Soleil,  Rouge. 

4.  Lune,  Blanc. 

7)  Les  sept  étoiles  : 

1.  Soleil. 
3.  Lune. 
3.  Vénus. 
4-  Jupiter. 


igO  RÉBELLION    DES   T*AI    P*1KG 

5.  Mercure. 

6.  Mars. 

7.  Saturne. 

Les  huit  trigrammes. 
Les  pavillons  de  TOrchidée  d'or. 

L'étendard  de  la  «  Confrérie  victorieuse  »,  vert,  jaune, 
rouge  et  écarlate. 

8)  Les  quatre  pavillons  rouges  des  quatre  principaux 
fonctionnaires. 

9)  L'ombrelle  jaunc/i- 

10)  Le  pavillon  du  Commandant  en  chef  des  armées. 

1 1)  Là  tablette  des  «  Cinq  Ancêtres  »,  à  droite  de  laquelle 
se  trouvent  :  Tépée  précieuse,  une  paire  de  ciseaux,  un  sonan 
pan,  et  le  miroir  précieux  ;  à  gauche  de  laquelle  se  trouvent  : 
le  fourreau  de  Tépée,  la  mesure  du  pied,  les  petites  balances 
et  les  poids,  les  quatre  trésors  du  bureau  (table  à  écrire), 
c'est-à-dire  Tencre,  le  papier,  le  pinceau  et  la  pierre  h  encre,  et 
cinq  écheveaux  de  soie  filée  :  blanc,  jaune,  rouge,  vert  et  noir. 

1 2)  Un  modèle  de  la  véritable  Ang  Houa  Tang  avec  ses 
trois  portes. 

Et  devant  l'autel  il  y  a  cinq  tasses  de  thé,  cinq  tasses  de 
vin,  cinq  bols  de  riz,  cinq  paires  de  bâtonnets,  les  trois  viandes 
de  sacrifices  :  porc,  poulet  et  canard,  un  paquet  de  tabac,  un 
paquet  de  thé,  sept  lampes  pour  les  sept  étoiles  et  une  paire 
de  grosses  chandelles  rouges,  et  au-devant,  un  brûle-parfums 
précieux. 

Après  avoir  énuméré  les  griefs  des  vrais  Chinois  contre  la 
dynastie  mandchoue,  avoir  raconté  la  défaite  des  Eleuthes 
par  les  prêtres  du  Fou-Kien,  le  maître  de  la  loge  interroge  le 
haut  fonctionnaire,  chef  de  l'avant-garde,  et  lui  fait  réciter, 
opération  qui  dure  près  d'une  heure,  les  trois  cent  trente- 
trois  articles  du  catéchisme  de  la  Société  ;  à  la  suite  de  cet 
examen,  le  maître  de  Ta  vaut -garde  (sien-houng)  est  autorisé 
à  introduire  les  candidats  qui  doivent  être  affiliés. 


SOCIÉTÉS    SECRÈTES  I9I 

Théoriquement,  et  souvent  même  en  pratique,  la  première 
opération  de  raffiliation  consiste  à  couper  la  natte.  On  sait 
que  la  mode  de  se  raser  le  sommet  de  la  tête  et  de  réunir 
les  cheveux  en  une  longue  natte,  ne  date  chez  les  Chinois 
que  du  xvii®  siècle  et  de  la  conquête  de  leur  pays  par  les 
Mandchous. 

Puis  viennent  les  ablutions,  le  dé|X)uillement  des  habits, 
le  revêlement  d'un  habit  blanc,  etc.  Ensuite  a  lieu  un  nouvel 
interrogatoire  du  sien-houng^  l'encens  brûlé  ;  on  allume  les 
chandelles  rouges,  on  offre  le  vin,  etc.  Après  Taffiliation,  chaque 
membre  reçoit  un  diplôme,  on  leur  fait  visiter  la  loge  et  on 
leur  montre  les  instruments,  les  pavillons  et  les  drapeaux. 

Les  adeptes  de  cette  association  ont  de  nombreux  signes 
de  reconnaissance;  quelques-uns,  par  exemple,  ajoutent 
dans  récriture  un  caractère  spécial,  à  celui  qui  exprime  le 
véritable  sens  d'un  mot  :  la  façon  de  tenir  le  parapluie  ou 
le  mouchoir,  la  manière  de  présenter  la  pipe  d'opium,  cer- 
tain cérémonial  observé  en  remplissant  ou  en  vidant  les  tasses 
de  thé,  sont  autant  de  signes  dislinctifs  qui  facilitent  aux 
affiliés  de  se  reconnaître  quelque  part  où  ils  se  rencontrent*. 

On  comprendra,  étant  données  les  pénalités  sévères  édic- 
tées par  les  fonctionnaires  chinois*  contre  les  membres  de 


I.  Cf.  Thian  Tikwui,  The  Hung-League  or  Heaven-Earth-League. 
A  secret  society  with  the  Chinese  in  China  and  India.  By  Gustave 
Schlegel...  WilJi  an  inlroduciion  and  numcrons  culs  and  illustrations. 
Batavia,  Lange,  186C,  gr.  in-4.  —  C'est  de  beaucoup  l'ouvrage  le  plus 
important  sur  la  matière. 

3.  «  Tous  les  vagabonds  et  gens  déréglés,  qu'on  saura  avoir  fait  des 
réunions,  ou  avoir  commis  des  vols  à  force  ouverte,  ou  autres  actes  de 
violence,  sous  la  dénomination  particulière  de  Tien  Ti  houei^  c'est-à-dire 
\  Association  du  Ciel  et  de  ta  Terre,  subiront  la  mort  par  décollement, 
dès  qu'ils  auront  été  pris  et  convaincus  de  leur  crime  ;  et  tous  ceux  qui 
les  auront  accompagnés  pour  les  soutenir,  ou  qui  les  auront  excités  à 
commettre  leurs  pratiques,  subiront  la  mort  par  strangulation.  »  (7'a- 
Tsing  Leu-ti,  code  pénal  de  la  Cbine,  trad.  Slaunton  et  Renouard  de 
Sainte-Croix.  Paris,  i8ia,  II,  pp.  46o-i). 


iga  RÉBELLION    DES    t'aÏ    P*ING 

cette  société,  qu'il  soit  difficile  d'obtenir  des  renseignements 
exacts. 

En  Chine,  être  seulement  en  possession  de  livres  ou 
d'insignes  amènerait  une  application  sévère  et  immédiate  de 
la  loi.  Dans  les  Indes  néerlandaises,  ces  sociétés  sont  pro- 
scrites; dans  les  colonies  anglaises,  elles  sont  absolument 
tolérées  :  d'ailleurs  elles  ne  revêtent  guère  dans  ces  établisse- 
ments que  le  caractère  de  sociétés  de  secours  mutuels.  Les 
Anglais  ont  su  tirer  parti  du  principe  de  l'association  chez 
les  Chinois  et  ils  ont  créé  un  poste  de  fonctionnaire  qui  porte 
le  litre  de  protecteur  des  Chinois,  Ce  poste  naguère  occupé 
par  M.  Pickering,  l'a  été  depuis  par  le  D*"  N.-B.  Dennys  *; 
c'est  à  ce  dernier  système  que  je  me  rallierais  très  volontiers  : 
une  espèce  de  truchement  entre  les  Chinois  et  le  gouverne- 
ment me  paratt  de  nature  à  empêcher  les  grandes  révoltes, 
comme  celle  qui  éclata  à  Batavia  au  milieu  du  dernier 
siècle  ^ 


I.  D""  Dennys,  NichoJas  Belfield,  mort  à  Hong-Kong,  5  déc.  1900. 

—  Voir  T'oung-Pao.  a"  Sér.,  II,  n«>  i. 

a.  On  trouvera  la  bibliographie  des  sociétés  en  Chine  dans  notre 
Bibliotheca  sinica,  col.  861-864.  —  L*ouvrage  suivant  est  extrêmement 
remarquable  :  7'he  Chinese  and  their  Rebellions,  viewed  in  connection 
with  their  national  philosophy,  ethics,  législation,  and  administra- 
tion,  To  which  is  added,  an  Ëssay  on  civilization  and  its  présent 
State  in  the  East  and  West,  by  Thomas  Taylor  Meadows,  Chinese  In- 
terpréter in  H.  M.  Civil  Service,  London  :  Smith,  Elder  &  C",  i856, 
in-8.  —  On  pourra  également  consulter  :  —  Associations  de  la  Chine, 

—  lettres  du  P.  Leboucq,  missionnaire  au  Tché-ly-Sud-Est,  publiées 
par  un  de  ses  amis.  Paris,  F.  Wattelier  etC'**,  s.  d.,  in-ï6.  —  Il  est  inté- 
ressant de  noter  cette  plaquette  écrite  par  un  franc-maçon  :  Freemasoniy 
in  China  y  by  Herbert  A.  Giles,  W.  M  lonic,  n»  178 1,  E.  C.  and  Dis- 
trict Grand  Senior  Warden,  Hongkong,  Amoy  :  1880,  in-4. 


CHAPITRE  XIII 

RÉBELLION  DES  T'AI  PING 

(Suite). 


MARCHE    DES    t'aÏ    p'iNG 

Le  27  août  i85i,  les  rebelles*  s'emparent  de  Yong-ngan, 
dans  la  partie  orientale  du  Rouang-Si  et  Houng  Sieou-ls'iuen 
est  déclaré  empereur  du  Royaume  Céleste  de  la  Grande 
Pureté,  T'ai  P'ing  T'ien-Kouo.  Les  efforts  des  mandarins 
avaient  été  impuissants  à  arrêter  le  mouvement  ;  dès  les  pre- 
mières nouvelles  de  la  rébellion,  le  gouvernement  impérial 
avait  fait  appel  au  fameux  commissaire  Lin  de  la  guerre  de 
rOpium.  Lin  Tsi-seu  vivait  retiré  à  Fou-tchéou,  sa  ville 
natale  ;  nommé  commissaire  impérial  le  i®"*  novembre  i85o, 
il  mourait  malheureusement  en  route  quelques  jours  plus 
lard  (21  novembre  i85o).  Il  fut  remplacé  par  un  ancien 
Isong  lôu,  Li  Si-youen,  en  même  temps  qu'un  ex  gouver- 
neur général  Tcheou  ïien-kio,  était  nommé  gouverneur  du 
Kouang-Si.  Efforts  stériles  ! 

I.  Les  rebelles  étaient  désignés  sous  lo  nom  de  T'ai  Ping  ou  de 
Tchang  mao  (longs  cheveux),  parce  que  laissant  pousser  leurs  cheveux 
comme  les  anciens  Chinois,  ils  refusaient  de  suivre  la  mode  lartare  et  de 
se  raser  le  sommet  de  la  tête.  On  les  appelait  aussi  Houng,  rouges.  «  Ils 
sont  nommés  rouges,  dit  le  P.  Habeau,  parce  qu'ils  ont  la  coutume  de 
porter  une  bande  d'étoffe,  le  plus  souvent  rouge,  dans  leurs  cheveux,  ou 
k  la  ceinture  et  même  sont  quelquefois  tout  habillés  de  rouge.  »  (^Lettres 
des  Nouvelles  Missions,  III,  2^  partie,  p.  i84.) 

GOBDIER.  I.  —  i3 


194  RÉBELLION    DES    T*a1    P^ING 

Le  nouvel  empereur  T'aï  P'ing,  désormais  connu  sous  le 
nom  du  T'aïP'ing  WangouTMen  Wang  *,  place  ses  troupes 
sous  quatre  chefs,  Fong  Youn-san,  Yang  Sieou-tchin,  Siao 
Tchao-Kouei  et  Wei-tching.  Les  rebelles  quittent  Yong-ngan 
(7  avril  1852),  montent  vers  le  Nord,  assiègent  pendant  un 
mois  Kouoi-Lin,  capitale  du  Kouang-Si,  abandonnent  le 
blocus  (19  mai  1802),  paraissent  devant  Tchang-Cha,  capi- 
tale du  Hou-Nan  (i  i  septembre)  qu'ils  assiègent  vainement 
pendant  quatre-vingts  jours  (levée  du  siège,  3o  novembre 
i852)  et  par  la  rivière  Siang  traversant  le  grand  lac  Toung 
ting  (i3  décembre),  pénètrent  dans  le  Yang-tseu.  Les  hordes 
t'aï  p'ing  descendent  ce  grand  fleuve  jusqu'à  rcmbouchure  de 
la  rivière  Ilan,  au  confluent  de  laquelle  se  trouvent  les  villes 
de  Han-Yang  et  de  Han-Kéou  qui  sont  prises  le  23  décem- 
bre. En  face  de  Han-Yang,  sur  la  rive  droite  du  Yang-tseu, 
s'élève  la  capitale  du  Hou-Pé,  la  grande  ville  de  Wou- 
tch'ang:  elle  est  prise  d'assaut  (12  janvier  i853).  Le  flot  des 
rebelles  n'a  qu'à  suivre  le  cours  du  fleuve.  Kieou-Kiang 
(18  février  i853)  dans  le  Kiang-Si,  près  du  lac  Poyang,  et 
Ngan  K'ing  (2/4  février),  capitale  du  Ngan-Houei,  tombent 
entre  les  mains  des  T'aï  Ping  qui  apparaissent  le  8  mars 
devant  la  grande  ville  de  Nan  King. 


PRISE    DE    ?ÎAN    KING 

Celte  célèbre  capitale  renferme  une  forte  garnison  qui  se 

1 .  Le  Rév.  T.  Hambergdit,  note  p.  87  :  Houng  Sicou-ts'iucn  était  appelc' 
soit  T'aï  P'ing  Wang  d'après  la  nouvelle  dynastie  commençant  avec  lui, 
ou  Tien  Kouo  Wang  d'après  son  autre  désignation.  La  plupart  des^Uak- 
kas  prononce  le  mot  Kouo  comme  Koueh  ou  Kouet.  et  par  conséquent 
tloung  était  appelé  parmi  eux  T'ien  Koueh  Wang.  Les  gens  à  quelque 
distance,  en  entendant  le  nom  T'ien  Kouet,  mais  ignorant  le  dialecte  et 
les  caractères,  changèrent  le  son  Tien  Koueh  on  T'ien  Tè,  a  vertu 
céleste  ». 


MARCHE    VERS    LE    NORD  196 

défend  à  peine,  et  se  laisse  massacrer  lâchement  lorsque  la  ville 
est  prise  d'assaut  le  29  mars  i853.  La  vieille  capitale  des  Ming 
allait  être  pendant  onze  ans  la  capitale  d'un  empire  rebelle, 
qui  mit  la  dynastie  mandchoue  à  deux  doigts  de  sa  perte. 

Des  premiers  chefs  T'aï  P'ing,  deux  étaient  morts,  tués 
tous  les  deux  en  i852  :  Fong  Youn-san,  le  Nan  W  ang  ou 
roi  du  Sud  et  Siao  Tchao  Kouei,  le  Si  Wang  ou  roi  de 
rOuest,  beau-frère  de  Houng.  Yang  Sieou-tchin,  le  Toung 
Wang,  roi  de  l'Est,  après  la  prise  de  Nan  King,  prétendit 
incarner  le  Saint-Esprit  et  faire  concurrence  au  Tien  Wang; 
il  fut  tué  au  mois  d'août  i856,  par  Wci-tching,  le  Pc  Wang, 
roi  du  Nord,  qui  périt  peu  de  temps  après  lui.  Des  six 
grands  chefs  de  la  rébellion,  il  ne  restait  plus  que  Houng,  le 
T'aïP'ingouT'ien  Wang,  roi  céleste,  elChiTa-k'aï,  lelW^ang, 
roi  auxiliaire,  qui  se  retira  au  Sc-tch'ouen,  à  cause  de  la 
jalousie  de  Sieou-ls'iuen  ;  pris  parles  impérialistes,  lel  Wang 
fut  exécuté  par  la  mort  lente  à  Tch'cng-tou,  le  25  juin  i863V 
M.  Bonin  raconte  qu'un  lieutenant  de  Chi  Ta-k'aï  remonta 
vers  le  nord  jusqu'au  Kou-kou  nor,  échappant  ainsi  au 
massacre  de  ses  compagnons  et  joignit  les  rebelles  musul- 
mans du  Kan-Sou. 

Les  T'aï  P'ing  continuent  à  descendre  le  Kiang,  prennent 
successivement  Tchen  Kiang  (i***"  avril  i853)  sur  la  rive 
droite,  au  confluent  du  Canal  impérial,  Koua-tchéou  et  Yang- 
Ichéou  (2  avril)  dont  ils  ne  devaient  retirer  leur  garnison  que 
le  26  décembre  suivant. 


MARCHE    VERS    LE    NORD 

Un  mois  plus  tard  (12  mai  i853),  une  armée  de  ïaï  P'ing 
traverse  le  kiang,  défait  les  troupes  tartares  cnvovées  contre 

1.  E.  C.   Baber,  Travels   and  Besearches,  p.  53,  d'après  les  mé- 
moires de  Lo  Ping-tch*ang,  gouverneur  général  du  Se-tch'ouen. 


I 

r 


ig6  RÉBELLION    DES    T*a1    P*ING 

elle  et  arrive  le  19  juin  devant  Kai-Foung,  capitale  du  Ho- 
Nan,  à  laquelle  est  livré  un  assaut  infructueux  le  22.  Les 
T'ai  P'ing  traversent  le  Fleuve  Jaune  et  marchent  sur  Houei- 
King  qu'ils  sont  obligés  d'abandonner  après  l'avoir  assiégé 
pendant  deux  mois  sans  succès.  Ils  pénètrent  dans  le  Chan- 
Si  et  débouchent  enfin  dans  leTche-li  le  29  septembre  i853. 
Une  de  leurs  avant-gardes  est  rejK)ussée  de  Tien-Tsin  le 
3o  octobre  i853  et  au  commencement  de  novembre,  ils  sont 
bloqués  .au  Sud  de  cette  ville  à  Tsing-Haï,  sur  le  Grand  Canal 
par  les  troupes  impériales  qui  les  suivent  depuis  Houei  King 
et  par  celles  qui  sont  envoyées  de  Péking. 

La  nouvelle  de  cet  échec  parvient  à  Nan-King.  Immédiate- 
ment une  partie  des  troupes  t'aïpMng  de  Ngan  King  est  envoyée 
dans  le  Nord  à  la  rescousse.  Elles  s'emparent  successivement 
deToung  Iching,  de  Chou  tching  (29  novembre  i853),  de  Lou 
Ichéou  (i4  janvier  i854),  de  Lou  ngan  (17  février),  mar- 
chent vers  le  Nord,  traversent  le  Fleuve  Jaune  et  paraissent 
devant  Lin  -Tsing  dont  ils  s'emparent  (12  avril  i854)  après 
avoir  battu  les  impérialistes. 

Cependant  les  T'aï  P'ing  restés  à  Tsing  Haï,  étaient  dans 
rimpossibilité,  faute  de  cavalerie,  de  marcher  sur  Péking  ;  ce 
coup  hardi,  s'il  avait  réussi,  aurait  certainement  mis  fin  à 
la  dynastie  mandchoue,  les  circonstances  étant  singulière- 
ment modifiées  depuis  l'époque  où  les  Pei  Lien  Kiao  occupè- 
rent le  palais  de  K'ia  K'ing.  Tsing  Haï  fut  évacué  le  5  février 
i85/|,  les  T'aï-P'ing  redescendirent  vers  le  Sud,  rejoignirent 
leurs  compagnons  à  Lin-Tsing,  d'où  ils  gagnèrent  le  kiang 
dont  la  rive  gauche  était  en  mars  i855  débarrassée  de  leurs 
hordes. 

CAMPAGNE    SUR    LE    RIANG 

Entre  temps,  les  T'aï  P'ing  s'étaient  livrés  dans  la  vallée 
du  Kiang  à  des  expéditions  de  maraudeurs,  dans  le  but  de 


i 


ig8  RÉBELLION    DES    t'aÏ    p'l?iG 

se  procurer  des  provisions  et  particulièrement  du  riz.  Après 
la  prise  de  Nan-King,  les  T'aïP'ing  avaient  envoyé  des  troupes 
au  lac  Poyang,  et  tentèrent  sans  succès  de  s'emparer  de  la 
capitale  du  Kiang-Si,  INan-tchang,  dont  ils  levèrent  le  siège 
(2/1  septembre  i853)  pour  se  répandre  dans  la  province 
qu'ils  pillèrent.  Au  printemps  de  i85ii,  ils  avaient  pris  Yo 
tchéou,  étaient  entrés  dans  le  lac  Toung-Ting,  et  dans  la 
rivière  Siang,  et  descendirent  au-delà  de  Tchang-Cha,  capitale 
du  IIou-Nan.  Le  26  juin  i85/|,  ils  reprenaient  Wou  tch'ang 
qu'ils  évacuaient  quelques  mois  plus  tard  (i  3- 1 4  octobre  i85^i) 
ainsi  que  Ilan-Yang  et  Ilan-Kéou,  chassés  par  Tseng  Kouo- 
fan.  L'année  suivante,  nouvelle  prise  de  Han-Kéou  (20  fé 
vrier  i855)  et  troisième  capture  de  Wou  tch'ang  (mars). 


LES    ETRANGERS 

Les  étrangers  s'étaient  d'ailleurs  mis  en.  rapport  avec  les 
rebelles  de  Nan  King  ;  peu  de  temps  après  la  prise  de  cette 
ville,  le  navire  de  guerre  anglais,  V Hermès,  avait  quitte 
Chang-Haï  (22  avril  1 853)  avec  le  gouverneur  de  Hong 
Kong,  sir  George  Bonham  ;  plus  tard  le  Rallier  rapportait  un 
grand  nombre  de  brochures  t'aï  p'ing  qui  furent  traduites  par 
le  Rév.  Dr.  W.  H.  Medhursl  ;  le  Cassini^  (3o  novembre 
i853)  se  mettait  également  en  roule  pour  le  Kiang  avec  le 
ministre  de  France,  M.  de  Bourboulon,  enfin  le  Snsquehanna, 

I.  Le  Cassinij  Commandant  de  Plas,  avait  quitté  Chang-Haï  le  3o 
novembre  i853,  avec  le  ministre  de  France.  M.  de  Bourboulon,  M.  de 
CourcY,  secrétaire  d'ambassade,  et  les  PP.  Golteland  et  Clavclin,  S.  J.  ; 
il  arriva  en  vue  de  Nan  King  le  6  décembre  et  il  en  repartit  le  i4.  assez 
mal  reçu  par  les  T'ai  Ping.  «  Quant  à  la  partie  politique,  écrit  le  com- 
mandant de  Plas.  si  elle  n'a  pas  obtenu  tout  le  succès  qu'on  attendait, 
elle  a  eu  du  moins  pour  résultat  de  faire  mieux  apprécier  les  tendances 
du  mouvement  insurrectionnel  qui  menace  l'empereur  de  Chine,  du 
Kouang-Si  à  Péking.  »  P.  358  :  R.  P.  Mercier.  Campagne  du  «  Cas- 
sifti  »  dans  les  mers  de  Chine,  i85i-5i,  d'après  les  rapports  du 
C^  de  Plas.  Paris.  1889,  in-8. 


DIFFICULTÉS    DE    LA    CHINE  1^9 

vapeur  américain,  quittait  Ghang-Haï  (22  mai  i855)  et 
transportait  M.  Robert  Mac  Lane,  ministre  des  États-Unis, 
jusqu'à  Nan  King  où  il  ne  put  débarquer,  menacé  d'être  reçu 
à  coups  de  canon. 

Les  étrangers  étaient  au  reste  fort  perplexes  sur  l'altitude 
à  prendre  vis-à-vis  des  rebelles  ;  les  plus  compétents  préco- 
nisaient la  neutralité  la  plus  absolue  ;  on  annonçait  même  la 
chute  prochaine  de  la  dynastie  mandchoue  y  prédite  à  l'ex- 
pulsion des  Mongols  de  Chine  lors  de  ravènement  des  Ming 
en  i368.  Le  D*"  \V.  A.  P.  Martin,  lutur  président  du  ï'oung 
WenKouan,  allait  jusqu'à  écrire  (Ning  Po,  26  novembre 
i856;  combien  a-t-il  dû  depuis  regretter .  ces  lignes!): 
«  Comme  les  ressources  des  Mandchous  s'épuisent  au  der- 
nier degré,  nous  pouvons  sûrement  prédire  que  si  les  T'aï 
P'^ing  ont  encore  la  chance  d'être  conduits  par  des  chefs 
capables  comme  ceux  qui  les  ont  dirigés  jusqu'à  présent, 
lieux  ou  trois  années  au  plus  à  partir  d'aujourd'hui  suiTiront 
à  les  rendre  maîtres  de  l'Empire  !  » 

Les  événements  allaient  donner  tort  au  D""  Martin,  et  heu- 
reusement pour  lui-même  les  T'aï  P'ing  ne  devaient  pas 
trouver  le  grand  chef  capable  de  maintenir  la  victoire  sous 
leur  drapeau.  Houng  Sieou-ts'iuen  était  d'ailleurs  atteint  de  la 
folie  des  grandeurs  et  son  christianisme  avait  subi  de  singu- 
lières transformations.  Vers  la  fin  de  iSSg,  les  centres  prin- 
cipaux des  rebelles,  Nan  King  et  Ngan  K'ing,  étaient  assiégés 
par  les  Impériaux  et  les  T'aï  P'ing  n'occupaient  plus  que 
quelques  villes  du  Kiang-Sou,  du  Ngan-IIouei,  comme  T'ai- 
P'ing,  VVou-Hou  et  du  Tché  Kiang,  comme  llou-tchéou. 


DIFFICULTES    DE    LA    CHINE 


Les  difficultés  de  la  Chine  avec  l'Angleterre  et  la  France 
allaient  prolonger  la  lutte  des  Mandchous  contre  les  rebelles 


200  RÉBELLION    DES    t'aÏ    p'iNG 

et  retarder  la  chute  définitive  de  ces  derniers.  L'affaire  de 
Ta  Kou  (25  juin  1869)  rendait  inévitable  la  guerre  entre  les 
alliés  franco-anglais  et  la  Chine,  Ainsi,  presque  impuissante 
à  écraser  les  rébellions  intérieures,  la  dynastie  mandchoue, 
avec  une  ignorance  et  une  insouciance  incroyables  des  dan- 
gers qu'elle  pouvait  courir,  par  im  acte  de  la  plus  insigne 
mau>aise  foi,  attirait  sur  le  sol  chinois  les  armes  de  ces  mêmes 
puissances  étrangères  qui  deux  ans  auparavant,  lui  avaient  fait 
sentir  leur  force.  On  peut  dire  que  c'est  miracle  que  le  trône 
mandchou,  affaibli  et  ébranlé  depuis  K'ien  Loung,  n'ait  pas 
été  définitivement  renversé  sous  les  coups  des  rebelles  et  des 
étrangers.  Il  y  a  vraiment  un  dieu  pour  les  fous,  comme 
pour  les  ivrognes.  Tout  l'effort  des  troupes  impériales  devait 
être  dirigé  contre  les  Français  et  les  Anglais  et  leur  concen- 
tration ne  laissait  devant  les  hordes  T'aï  P'ing  que  de  faibles 
contingents  à  la  merci  de  troupes  au  moins  égales  en  bra- 
voure et  bien  supérieures  en  nombre. 

Li  Sieou-tcheng,  le  Tchoung  Wang  (roi  fidèle)  débarrasse 
les  environs  de  ^an  King  des  Impériaux,  défait  ettue  à  Tan- 
Yang  le  général  Tchang  Kouo-liang  avec  dix  mille  hommes 
(mai  1860),  prend  Tchang-tchéou  et  Wou-Si,  d'où  peuvent 
s'enfuir  les  missionnaires  jésuites  Stanislas  Glavelin,  François 
Giaquinto'  et  Maurice  Sentinier^  s'empare  de  tout  le  Canal 
impérial  entre  le  Ta  Ilou  (Grand  Lac)  et  le  kiang  et  entre 
sans  difficulté  dans  la  ville  considérable  de  Sou-lchéou  le 
24  mai  1860. 

Tout  naturellement,  il  devait  venir  à  Tidée  des  T'ai  P'ing  de 
rechercher  l'alliance  de  ces  «  diables  d'Occident  »  qui  faisaient 
la  guerre  aux  Mandchous.  Beaucoup  d'entre  eux  avaient  été 
en  relations  avec  les  étrangers  ;  sans  parler  du  T'ien  Wang  lui- 

1.  Napolitain  ;  né  le  19  octobre  i8i8;  arrivé  dans  la  mission,  a4  jan- 
vier 1849;  mort  3o  avril  1864. 

a.  Ne  5  septembre  i8a3;  arrivé  dans  la  mission,  11  janvier  i85a; 
mort  39  juillet  1869. 


DIFFICULTES    DE   LA    CHINE  30I 


même/ le  Fou  Wang  (Houng  Jen)  et  le  Kan  Wang  (Houng- 
Jen-kan)  avaient  eu  recours  à  eux,  ce  dernier  même  avait 
passé  quatre  années  à  Hong  Kong,  et  nomme  généralissime 
des  l"aï  P'ing,  son  rêve  était  de  se  rapprocher  de  Change 
Haï,  de  se  livrer  aux  Franco- Anglais  et  de  leur  acheter  des 
navires  pour  s'assurer  la  possession  du  kiang. 

D'autre  part,  le  Tao  Taï  de  Chang-Haï,  Wou  et  Ho  Kouei- 
Ising,  Gouverneur  Général  des  deux  Kiang,  qui  devait 
\mer  plus  tard  son  insuccès  de  sa  lête^  implorent  Taide 
(les  alliés,  qui  en  ce  moment  même  concentrent  leurs  trou- 
pes à  Chang-Haï  pour  aller  attaquer  la  Chine  dans  le  Nord. 
Spectacle  singulier  que  ces  fonctionnaires  qui  demandent  le 
secours  de  ceux-là  mêmes  qui  font  la  guerre  à  leur  gouver- 
nement 1  Choses  de  Chine,  faites  de  contrastes  et  souvent 
crincohérences  !  Il  eût  été  dangereux  de  diminuer  nos  effectifs 
à  ce  moment,  aussi  Faide  fut-elle  refusée,  mais  dans  la  crainte 
(le  scènes  de  pillage  et  de  massacres  semblables  à  ceux  qui 
s'étaient  passés  à  Hang-Tchéou,  les  plénipotentiaires,  MM. 
Bruce  et  de  Bourboulon  lancèrent  une  proclamation,  le 
26  mai  1860,  pour  annoncer  aux  habitants  <le  Chang-Haï 
f|ue  les  chefs  militaires  recevaient  Tordre  de  prendre  des 
mesures  pour  les  protéger  contre  tout  mouvement  insur- 
rectionnel et  garantir  la  ville  de  toute  attaque. 

I^s  négociants  chinois  de  Chang  Haï  avaient  d'ailleurs 
déjà  pris  des  mesures  en  vue  de  la  défense  de  leur  ville  dont 
la  richesse  pouvait  exciter  la  cupidité  des  T'aï  Ping.  Le  mar- 
chand Ta  Ki  (Takee),  d'accord  avec  le  tao  tai  A\  ou,  s'as- 
sura des  services  de  deux  aventuriers  américains  Ward  et 
ourgevine,  qui  furent  chargés  de  recruter  des  hommes 
parmi  les  Européens  et  les  Manilois  pour  s'emparer  de 
^wng-Kiang  sur  le    Houang  Pou,  à  cinq  ou  six  lieues  de 


1-  Il  fut  décapité  à  Péking  en  juillet  1862,  surtout  à  cause  de  la  prise 
^«  Sou-tchéou  par  les  rebelles. 


aoa  RÉBELLION    DES    T*a1    P*ING 

Chang  Haï.  Frederick  Ward  était  né  vers  1828  à  Salem 
(Massadiusselts)  ;  flibustier  dans  TAinérique  centrale  sous  le 
général  William  Walker,  il  avait  surgi  à  Cliang-Haï  vers 
1859.  Les  rebelles  occupaient  Soung  Kiang  depuis  le  i"  juil- 
let au  grand  chagrin  du  missionnaire  Hollinat.  Une  première 
attaque  avec  cent  étrangers  contre  Soung  Kiang  échoua  ;  un 
nouveau  renfort  permit  à  Ward  de  s'emparer  de  la  ville 
(16  juillet  1860).  Ce  premier  succès  encouragea  Ta-Ki 
à  faire  do  nouvelles  offres  à  ravenluricr  pour  s'emparer  de 
Sing-pou,  mais  cette  ville,  défendue  par  l'anglais  Savage, 
puis  secourue  par  le  Tchoung  Wang,  repoussa  Patlaque  de 
Ward  (2  août  i86o)\ 

Le  16,  le  Tchoung  Wang,  accompagné  du  Kan  Wang, 
marche  sur  Chang-Haï;  le  lendemain,  ses  troupes  passent  à 
Tsa  Ka  vvei,  où  se  trouvait  un  orphelinat  dirigé  par  le  père 
jésuite,  Louis  de  Massa',  qui  est  massacré  avec  un  grand 
nombre  de  chrétiens  ;  les  Impérialistes  sont  chassés  et  le 
Tchoung  Wang  est  repoussé  à  son  tour  de  Chang-Haï,  dont 
il  évacue  le  voisinage  le  22,  et  se  retire  à  Sou-tchéou,  après 
avoir  forcé  le  général  impérial  Tchang  Yu-liang  à  lever  le 
siège  de  Ka-ching. 

Cependant  Ngan  King  est  fortement  pressé  par  le  général 
Tseng  Kouo-fan.  Cet  homme  remarquable  dont  nous  au- 
rons souvent  à  parler,  est  né  le  mardi  26  novembre  181 1 
(11°  jour  du  10®  mois  de  la  16*  année  de  kia  K'ing),  à  Siang- 

I.  Wilson,  p.  63. 

'j.  Lb  famille  napolilaine  de  Massa  comprenait  cinq  fils  du  baron 
Ântoinc-Maric  Massa,  mort  10  avril  1841,  tous  Jésuites,  missionnaires  en 
Chine  :  1°  Augustin,  né  à  Naples,  le  16  mars  i8i3;  mort  à  Zi-ka-wci, 
i5  août  i856  ;  2"  Nicolas,  né  à  Napics,  le  3o  jan>icr  i8i5  ;  mort  3  juin 
1876,  à  Zi-ka-wci  ;  3<'  René,  né  à  Naples,  le  i4  mai  181 7  ;  mort  a8  avril 
i853  ;  4®  Gaétan,  né  à  Sorrenle,  3i  janvier  1821  ;  mort  du  typhus  à  Zi- 
ka-wei,  28  avril  i85o;  5°  Louis,  né  à  Naples,  le  3  mars  1827;  mort 
17  août  1860.  —  Une  famille  napolitaine.  Notice  historique  sur  les 
cinq  frères  Massa...,  par  le  R.  P.  Louis- Mario  Sica...  Paris,  V.  Hetaux, 
1892,  in-ia. 


DIFFICULTÉS   DE    LU   CHINE  ao3 

H'iang  h'ien,  préfecture  de  Tchang-Cha,  dans  le  Hou-Nan. 
il  était  Taîné  de  neuf  frères.  En  i853,  il  avait  été  charge  par 
décret  impérial  d'aider  le  gouverneur  du  Hou->»an,  à  répri- 
mer la  rébellion  ;  il  organisa  une  flotte  qui  fut  placée  en  i853 
sous  les  ordres  de  son  secrétaire  P'eng  Yu-lin  qui  chassa  les 
rebelles  de  Tchang-Cha  (i854). 

Le  Tchoung  Wang,  rappelé  à  Nanking  par  Houng  Sieou 
tsiuen,  quitte  Sou-tchéou,  qu'il  laisse  aux  mains  du  Hou 
Wang,  Tchen  Kouan-chou.  Une  réunion  de  chefs  t'ai  p'ing 
a  lieu  h  \anking,  en  octobre  1860,  dans  laquelle  il  est 
décidé  qu'une  expédition  sera  dirigée  sur  Ilan-lvéou,  pour 
prendre  à  revers  l'armée  impériale  et  délivrer  cette  ville.  Dans 
ce  but,  quatre  corps  d'armée  sont  formés  :  le  premier,  com- 
mandé par  le  I  Wang,  suivra  la  rive  gauche  du  Kiang  par 
Lou-lchéou,  Lou-ngan,  jusqu'à  Houang-tchéou  sur  le  Kiang, 
puis  marchera  sur  Ilan-Kéou  ;  le  second,  avec  le  Tou 
Wang,  attaquera  Hou  Kéou,  sur  le  lac  Poyang,  de  là  re- 
montera le  fleuve  jusqu'à  Han  Kéou.  La  route  du  Chi  Wang, 
troisième  corps,  sera  la  rive  droite  du  fleuve  jusqu'au  lac 
Poyang,  Nan-tch'ang,  capitale  du  Kiang-Si,  et  enfin  Wou 
Ic'hang,  capitale  du  Hou  Pé  ;  enfin  le  dernier  corps,  commandé 
parle  ïchoung  Wang  lui-même,  passera  au  Sud  du  Poyang, 
a  \a-lchéou  sur  le  lac  Toung  ting  comme  objectif,  d'où  il 
redescendra  à  Han- Yang.  Mais  ces  grands  eflbrts  des  T'ai  P'ing 
échouent. 


CHAPITRE  XIV 

RÉBELLION  DES  T'AI  PING 

(Suite). 


«    EVEU-VICTORIOIJS    »    ARMY 


Lors  du  passage  à  ^an  King  en  février  1861  de  l'amiral 
Hope  qui  allait  installer  les  consulats  de  Kieou-Kiang  et  de 
llan-Kéou,  il  obtient  du  T'ien  Wang  la  promesse  de  laisser 
Chang-Haï  tranquille.  Malgré  cette  promesse,  le  1 1  janvier 
1862,  le  Tchoung  W  ang,  reprenant  sa  place  à  Sou-tchéou, 
mettait  ses  troupes  en  marche  sur  Chang-IIaï.  Mais  les 
étrangers  sont  prêts.  L'armée  de  Ward  est  oHiciellement 
reconnue  par  décret  impérial  du  16  mars  1862;  elle  est 
surnommée  V  «  Armée  toujours  victorieuse  »,  Tch'ang 
Cheng  Kiun  (Ever  \ictorious  Army).  Ward,  le  contre- 
amiral  fran<;;ais  Protêt,  et  le  général  anglais,  Sir  John  Michel, 
s'emparent  de  Ka  Jao,  le  21  février  1862.  La  part  que 
prennent  les  alliés  à  la  répression  des  T'aï  P'ing  est  le  résultat 
des  négociations  du  prince  Koung,  qui  a  pris  définitivement 
les  rênes  du  gouvernement  à  la  mort  de  son  frère,  l'empereur 
Hien-Foung,  le  21  août  1861.  Sir  John  Michel,  arrivé  au 
terme  de  son  commandement,  est  remplacé  par  le  général 
C.  W.  Staveley. 

«  Au  mois  de  janvier  1862,  au  moment  où  la  lutte  contre 
les  T'ai  Ping  allait  s'engager,  les  alliés  comptaient  d'abord 
les  deux  mille  hommes  de  troupes  de  ligne  qui  restaient  de 


«    EVER-VICT0R10US    »    ARMY  2o5 

l'armée  expéditionnaire  ;  mais  ces  régiments,  exclusivemenl 
placés  sous  les  ordres  de  l'administration  de  la  guerre,  étaient 
considérés  comme  en  garnison,  et  les  amiraux  ne  pouvaient 
les  engager  dans  une  expédition.  Ils  gardaient  les  murs  de 
la  ville,  Zi-ka-wei  et  les  concessions  européennes.  C'était  en 
quelque  sorte  une  réserve,  ne  pouvant  donner  que  dans  un 
cas  désespéré.  La  véritable  force  active  était  dans  les  navires 
et  les  équipages  qui  les  montaient.  La  station  navale  fran- 
çaise se  composait  de  deux  frégates  à  voiles  avec  des  équi- 
ges^réduits,  Y Andromaque  et  la  Force^  cette  dernière  por- 
tant le  pavillon  de  l'amiral  Protêt,  des  canonnières  12,  i3 
et  i5,  et  de  quelques  petits  avisos  à  vapeur  presque  sans 
chaudières,  peu  armés  et  montés  par  un  {)etit  nombre  do 
matelots.  On  attendait,  vers  le  milieu  d'avril  1862,  la  frégate 
la  Renommée^  la  corvette  le  Monge  et  le  bataillon  de  zéphyrs 
envoyé  de  France  pour  relever  la  garnison  de  Chang-Ilaï. 

«  La  station  navale  anglaise,  sous  les  ordres  du  vice-ami- 
ral lloj)e,  qui  avait  son  pavillon  à  bord  de  VImpériensr, 
était  bien  plus  forte  en  gros  bâtimens,  et  ses  moyens  d'ac- 
tion étaient  encore  augmentés  par  la  présence  d'im  grand 
nombre  de  canonnières  et  les  ressources  inépuisables  de  l'ar- 
senal de  Hong-Kong.  Les  Anglais  attendaient  aussi  deux 
régimens  des  troupes  de  l'Inde,  un  régiment  de  ligne  de 
Tien-Tsin,  et  ce  qui  leur  manquait  en  artillerie,  génie,  am- 
bulances et  pontonniers.  Pour  le  moment  toutefois,  les  deux 
amiraux  ne  pouvaient  jeter  à  terre  que  six-cents  matelots, 
renforcés  par  l'artillerie  légère  ;  mais  cet  effectif  était  suljî- 
sant,  si  l'on  ne  tentait  un  assaut  ou  un  coup  de  main  qu'à  peu 
de  dislance  des  rives  du  Whampoa  \  à  portée  des  canonnières 
qui  protégeraient  la  retraite  et  rembarquement  dans  le  cas 
d'un  insuccès diilicilc  à  prévoira  » 


I.  Lire  Honang-Pou, 

a.  Des  Varannes,  p.  867,  Revue  des  Deux-Mondes  y  i5  avril  i863. 


206  RÉBELLION   DKS   T*a!   P*ING 

Au  mois  de  mai  1862,  les  forces  de  Ward  et  anglo-fran- 
çaises, qui  avaient  pris  Nazian(27  avril)  et  Kading  (i*^**  mai), 
se  composaient  :  Anglais,  i  64o  (dont  690  Hindous)  avec 
7  canons;  Français,  775  Européens,  120  Chinois  et  8  ca- 
nons ;  Ward,  i  000  Chinois  et  3o  canons,  sans  compter  ^27 
hommes  sous  les  ordres  du  capitaine  Borlase,  débarqués  des 
navires  de  guerre  anglais.  Le  4  avril  1862,  le  camp  rebelle  de 
Wong-Ka-dza,  le  12  mai,  Tsingpou,  et  le  17  mai,  Nan-K'iao, 
étaient  pris;  malheureusement  à  Tassant  de  cette  dernière 
ville,  le  contre-amiral  Protêt  *  tombait  mortellement  frappé 
d'une  balle.  Une  stèle  a  été  élevée  à  la  mémoire  du  regretté 
amiral  et  à  celle  du  P.  Victor  Viiillaume',  S.  J.,  qui  fut  tué 
le  !\  mars  1862,  à  Ts'ien  Kia  (sous-préfecture de  Nan-Houei, 
province  du  Kiang^-Sou)  par  ordre  des  autorités  de  Chang-Haï. 

La  Gazette  de  Péking  an  11  juin  1862  renfermait  un 
message  impérial  relatif  à  la  mort  de  Tamiral  Protêt'. 

1.  AuguslC'Léopold  Proicl,  né  lo  ao  février  1808,  à  Sainl-Scrvan. 
Une  slatuc  lui  a  été  élevée  devant  l'HAlel  de  la  Municipalité  de  Chang- 
Haï.  —  Voir  North'Chiua  Iferaldy  617,  24  mai  1862;  ibid.y  623, 
5  juillet  1862  (décret  de  la  Gazette  de  Péking^  du  11  juin  1862). 

2.  Victor  Vûillaume,  /•>/,  né  le  26  décembre  1818  ;  arrivé  en  Chine 
i»»"  octobre  1849. 

3.  Décret  impérial,  —  «  Li  Houng-tchang,  gouverneur  du  Kiang'- 
Sou,  rapporte  que  les  chefs  étrangers,  de  concert  avec  les  troupes  toujours 
victorieuses,  ont  attaqué  les  campements  dos  rebelles  à  Nan-K*iao,  cl  s'en 
sont  emparés  ;  et  que  Tamiral  français  a  été  blessé  mortellement  dans 
Tassant,  etc.,  etc. 

«  Tl  parait  que  le  16  mai  (i8«'jour  de  la  4^  lune),  l'amiral  anglais 
Hope  et  l'amiral  français  Protêt,  ainsi  que  le  général  Ward,  conduisirent 
leurs  troupes  à  une  attaque  contre  les  défenses  des  rebelles  à  Nan-K*iao. 
Les  rebelles  s'étaient  jetés  eux-mêmes  dans  trois  sortes  de  forts  en  bouo 
et  d'écliauguettes,  d'où  les  coups  tombaient  comme  de  la  pluie.  Héroïque- 
ment,  l'amiral  français  conduisit  Tavant-garde  aussi  loin  que  le  fo&sé 
autour  des  batteries,  encourageant  ses  soldats  à  avancer,  et  se  jeta  au 
milieu  des  rebelles,  qui  prirent  peur  et  s'enfuirent  pêle-mêle.  Dans  cette 
attaque,  juste  comme  l'amiral  Protêt  était  au  plus  fort  du  combat,  il  fui 
mortellement  blessé  par  une  balle  de  mousquet. 

«  Cela  Nous  frappe  ce  que  cet  officier,  qui  est  venu  de  si  loin,  navi- 
guant parmi  plusieurs  océans,  (it  [>our  la  destruction  de  ces  rebelles,  au 


7-r< 


«    EVER-VÏCTORIOUS    »    ARMY  307 

C'est  par  erreur  qu'il  est  mis  dans  celle  stèle  que  Tamiral 
fut  tué  d'un  coup  de  lance.  Dans  celle  aflaire  nous  eûmes 
en  outre  deux  officiers  grièvement  et  sept  Iionimes  légère- 
ment blessés.  Les  Anglais  n'eurent  que  six  blessés. 

Le  contre-amiral  Jaurès  remplaça  Protêt  comme  Com- 
mandant en  chef  de  la  division  navale  des  mers  de  Chine. 

La  folie  de  Houng  Sieou-ls'iuen  *  paraît  avoir  grandi  d'an- 
risque  de  sa  vie,  et  dans  son  noble  zèle,  mourut  actuellement  sur  le  champ 
de  bataille,  c'est  un  cas  de  sincérité  qui  ne  ternit  en  rien  la  gloire  de  sa 
mission  première  et  est  un  signe  de  valeur  héroïque  qui  est  hautement  à 
sa  louange. 

«  En  examinant  les  détails  des  rapports  ci-dessus,  nous  avons  été  pro- 
fondément aftligés,  et  Nous  ordonnons  que  Li  Iloung-tchang,  d*accord 
avec  Nos  vœux,  nomme  un  tao-tai  et  un  préfet  (sans  doute  ceux  de 
Chang-Haî)  comme  nos  députés  pour  offrir  un  sacrifice  aux  mânes  de  cet 
officier  mort  ;  et  de  plus  Nous  ordonnons  qu'un  présent  do  loo  fourrures 
de  martre  et  4  rouleaux  (broderies  impériales)  de  soie  colorée  soient  pris 
dans  nos  magasins  impériaux  et  par  lentrcmise  du  Prince  Koung  soient 
offerts  à  la  famille  du  défunt  amiral  pour  leur  spéciale  réception,  comme 
une  preuve  de  notre  désir  de  montrer  une  digne  marque  de  notre  attention 
cl  aussi  de  réconforter  Tâme  morte  du  croyant  *.  » 

I.  Les  deux  décrets  suivants  donneront  une  idée  de  Tétat  mental  des 
chefs  rel)eiles  : 


tf  Nous  proclamons  pour  l'information  de  nos  fils,  neveux,  etc.,  etc., 
et  tous  les  ministres  et  le  peuple,  ce  qui  suit  : 

«  Le  Père  est  le  Seigneur  Suprême,  le  Frère  est  le  Sauveur  du  Monde, 
Nous  sommes  le  Vrai  Seigneur  et  Notre  Fils  le  Vrai  Jeune  Seigneur. 

«  Toung  est  un  Professeur  et  un  Seigneur  Rédempteur  de  la  Maladie, 
au  neuvième  étage  du  ciel  au-dessus,  assistant  le  Seigneur  Céleste. 

«  Le  Père  est  le  point,  étant  le  Seigneur  Suprême  du  Ciel.  Le  Frère 
est  la  ligne  supérieure,  étant  le  Sauveur  du  Monde.  Nous  sommes  la 
seconde  ligne  étant  le  Vrai  Seigneur  Céleste,   Notre  Fils  est  la  ligne  cen- 

•  Jiorth-Chiaa  Herald,  5  juillet  i86a. 


5o8  RÉBELLION    DES   t'aÏ    P*1NG 

née  en  année  ;  jaloux  de  ses  chefs,  il  n'avait  pas  lardé  à  se 
montrer  despote  cruel  et  rien  ne  peut  mieux  nous  faire  cen- 
trale, étant  le  Jeune  Seigneur  Céleste.  Toung  est  un  professeur  et  un 
Seigneur  Rédempteur  de  la  Maladie.  Le  Seigneur  Rédempteur  de  la  Ma- 
ladie assiste  le  Seigneur  Vraiment  Désigné. 

«  Qu'un  grand  nombre  d'exemplaires  de  ceci  soient  tirés  et  distribues 
dans  le  monde. 

«  Tchîn-tsai  *.  » 

Nous  venons  de  lire  un  décret  du  T'icn  Wang,  en  voici  un  de  son  fils  : 

Cette  licrne  est  le 


s 


ïeh  Céleste. 


Cette  ligne  est  le 


Père  Céleste. 


Celte  ligne  est  mon 


Lie  lie  ligne  e 

La  ligne  du  centre  est  Pcre. 


Moi-même. 

«  Par  autorité  du  T'ien-yeh,  le  Père  Céleste,  et  mon  P^re,  Nous  pro- 
clanions  pour  l'information  de  Nos  Frères,  Cousins,  etc.,  etc.,  et  tous  les 
ministres,  ce  qui  suit  : 

«  La  Volonté  de  Yeh,  Tieh  et  de  noire  Père  est  la  doctrine  du  Ciel. 

«  Les  trois  s'unissent  en  Un  Vrai  Seigneur  surpassé  par  personne 
depuis  le  commencement. 

«  Chang  Ti,  le  Christ  avec  Notre  Père  font  trois.  Leur  union  en  Un 
nous  a  été  transmise  dans  des  paroles  qui  ne  sont  pas  fausses. 

<(  Yeh  le  Seigneur  Suprême  produisit  le  Vrai  Seigneur  T'ion  Wang. 
Le  Fils  a  manifeste  le  caractère  3t  0»Yf/i^,  roi)  ; 

((  Pour  montrer  que  le  Vrai  Esprit  et  le  Vrai  Seigneur  produisirent  le 
Vrai  Roi  (Fils  de  Tien  W^ang)  ; 

((  Combiné  en  un,  formant  une  image  illuminant  tout  Tespace. 

«  Le  Père,  les  Fils,  et  les  Petils-Fils  du  Père  ont  un  sceau. 

((  Laissez  les  myriades  de  pays,  les  myriades  de  nations  et  tous  venir 
rendre  hommage. 

«  Nous  désirons  qu'un  grand  nombre  de  copies  soient  faites  de  ceci  et 
distribuées  au  dehors. 

«  Respectez  ceci  !  **  » 

•  North-China  Herald,  63 4,  septembre  ao,  1862. 
••  Norlh-China  Herald,  ô-'jS,  décembre  27,    1862. 


LETTRE    DU    RÉV.    1.    J.    ROBERTS  dOQ 

naître  son  état  d'esprit  que  la  lettre  suivante*  du  Rév.  I.  J. 
Roberts,  qui  Tavait  initié  le  premier  aux  mystères  du  chris- 
tianisme. Roberts  était  arrivé  à  Chang-Haï  en  septembre  1860 
et  il  était  remonté  à  Sou-tchéou,  où  il  avait  été  présenté  au 
Tchoung  Wang  ;  de  cette  ville,  il  se  rendit  à  Nanking  où  il 
arriva  le  i3  octobre  et  son  ancien  élève  le  nomma  ministre 
des  affaires  étrangères.  Au  bout  d'un  certain  temps,  profon- 
dément écœuré,  il  s'échappa  de  la  capitale  t'aï  p'ing  le  20  jan- 
vier 1862. 


LETTRE    DU    RÉV.    I.    J.    ROBERTS 

Janvier  22,  1862. 

«c  Pour  avoir  été  le  professeur  religieux  de  HoungSieou-ts'iuen 
en  1847,  ^*  espérant  qu'un  bien  —  religieux,  commercial  et  po- 
litique —  pourrait  résulter  de  son  élévation  pour  le  pays,  j'ai  été 
jusfju'ici  un  ami  de  son  mouvement  révolutionnaire,  le  soute- 
nant par  la  parole  et  par  l'action,  autant  qu'un  missionnaire  peut 
1c  faire  convenablement,  sans  altérer  son  caractère  élevé  d'am- 
bassadeur du  Christ.  Mais  après  avoir  vécu  parmi  eux  pendant 
quinze  mois,  et  observé  de  près  leurs  procédés  —  politiques, 
commerciaux  et  religieux  —  j'ai  tourné  entièrement  une  nou- 
velle page  et  je  leur  suis  maintenant  aussi  opposé,  pour  de  bonnes 
raisons  je  pense,  que  j'avais  été  en  leur  faveur.  Non  que  j'aie 
quelque  chose  personnellement  contre  Houng  Sieou-ts'iuen,  i7  a 
été  extrêmement  bon  pour  moi.  Mais  je  le  crois  un  homme  timbré, 
entièrement  incapable  d'administrer  un  gouvernement  organisé 
quelconque  :  ni  lui,  ni  ses  rois  coolies,  ne  sont  capables  d'orga- 
niser un  gouvernement  d'un  bienfait  égal  pour  le  peuple  que  ne 
l'est  même  le  vieux  gouvernement  impérial.  Il  est  violent  de  ca- 
ractère et  laisse  tomber  lourdement  sa  colère  sur  son  peuple, 
faisant  d'un  homme  ou  d'une  femme  ce  un  délinquant  pour  un 
mot  j>  et  ordonnant  à  l'instant  qu'il  soit  massacré  sans  a  juge  ou 
jury  ».  Il  est  opposé  au  commerce,  ayant  mis  à  mort  plus  d'une 
douzaine  d'individus  de  son  propre  peuple  le  temps  que  j'y  étais, 

I.  North'China  Herald,  8  février  i86a. 

GOKDIER.  I.  —  i4 


r 


2IO  REBELLION    DES    T  Al    PING 

—  n'étant  autrenientcriminels  que  d'avoirirafiquédans  la  ville, — 
et  ayant  repoussé  promplement  toute  tentative  étrangère  d'établir 
ici  un  commerce  légal  aussi  bien  en  dehors  qu'en  dedans  de  la 
ville.  Sa  tolérance  religieuse,  et  la  multiplicité  des  chapelles,  de- 
viennent une  farce  —  d'aucun  profit  pour  la  propagation  du 
Christianisme  —  pire  qu'inutile.  Cela  sert  seulement  de  méca- 
nique pour  la  promotion  et  la  propagation  de  sa  religion  politique 
personnelle  le  rendant  lui-même  égal  k  Jésus-Christ,  qui  avec 
Dieu  le  Père,  lui  et  son  propre  fils,  constituent  un  Seigneur  sur 
Tous  !  Aucun  missionnaire,  qui  ne  croira  pas  à  sa  désignation 
divine  à  cette  haute  égalité,  et  ne  proclamera  pas  en  conséquence 
sa  religion  politique,  ne  sera,  lui,  ses  serviteurs  et  ses  propriétés, 
en  sûreté  parmi  ces  rebelles.  Il  m'a>crtit  aussitôt  après  mon  arri- 
vée, que  si  je  ne  croyais  pas  en  lui,  je  périrais,  comme  les  Juifs 
qui  ne  crurent  pas  au  Sauveur.  Mais  je  ne  pensais  guère  en  ar- 
ri>er  aussi  près,  dans  sa  propre  capitale,  que  l'autre  jour,  par 
l'épée  d'un  de  ses  propres  mécréants. 

«  Kan  Wang  agité  par  son  frère  aîné  coolie  (véritablement  un 
coolie  à  Hong  Kong)  et  par  le  diable,  sans  la  crainte  de  Dieu 
devant  ses  yeux,  vint  Lundi  dernier  le  i3,  dans  la  maison  dans 
laquelle  je  demeurais,  et  là,  méchamment,  malicieusement,  et 
avec  préméditation,  assassina  l'un  de  mes  serviteurs  en  ma  pré- 
sence avec  une  large  épée  qu'il  avait  en  mains  sans  un  moment 
d'avertissement  ou    quelque   autre  cause  justifiable.    Et    après 
avoir  tué  mon  pauvre   boy  innocent   et  sans  défense,  il   sauta 
sur   sa  tète   avec   furie  et  la  trépigna;   quoique  je  l'implorasse 
depuis  le  commencement  de  son  attaque  meurtrière  d'épargner 
la  vie  de    mon    pauvre  boy.    Et   non-seulement  cela,    mais  il 
m'insulta  de  toutes  les  façons  possible,  pour  m'exciter  à  faire  ou 
à  dire  quelque  chose  qui  pût  lui  donner  une  excuse,  je  l'ai  pensé 
alors  et  je  le  pense  encore,  pour    me  tuer,  aussi  bien  que  mon 
cher  boy,   que  j'aimais  comme  un  fils.  Il  s'emporta  contre  moi, 
saisit  le  banc  sur  lequel  j'élais  assis,  avec  la  violence  d'un  fou,  me 
jeta  a  la  figure  le  résidu  d'une  tasse  de  thé.  me  saisit  personnel- 
lement et  me  secoua  violemment  ;  me  souffleta  la  joue  droite  de 
sa  main  ouverte  ;  alors  d'accord  avec  les  instructions  de  mon  roi 
dont  je  suis  ambassadeur,  je  tendis  l'autre  et  il  me  frappa  la  joue 
gauclie  de  sa  main  droite  d'un  coup  si  sonore,  que  mon  oreille  en 
retentit  encore  ;   et  s'apercevant  alors  qu'il   ne  pouvait  pas  me 
provocjuer  à  l'oflenser  par  un  mot  ou  un  geste,  il  devint  déplus 
en  plus  outrageant  et  se  mit  à  hurler  contre  moi  comme  un  chien 


■ 


LETTRE    DU    RÉV.    I.    J.    ROBERTS  311 

pour  que  je  me  relire  de  sa  présence.  S'ils  font  ces  choses  dans 
un  arbre  vert,  que  feronUils  dans  un  arbre  sec?  —  à  un  favorisé  de 
Tien  Wang,  qui  peut  se  fier  parmi  eux  comme  missionnaire  ou 
comme  marchand  P  Je  désespérai  alors  de  tout  succès  comme 
missionnaire  parmi  eux  ou  de  quelque  bien  venant  du  mouve- 
ment —  religieux,  commercial  ou  politique  —  et  je  me  déter- 
minai à  les  quitter,  ce  que  je  fis  Lundi,  ao  janvier,  1863. 

I.  J.  R. 

P.  S.  —  Kan  Wang  semble  dispose  à  être  non  seulement  un 
assassin,  mais  aussi  un  voleur.  11  refusa  de  me  rendre  mes  mar- 
chandises, habits,  livres  et  journaux.  Et  quoique  j'aie  attendu  dix 
jours,  et  que  lui  et  d'autres  aient  correspondu  à  ce  sujet,  il  re- 
tient tout  cependant  ;  me  renvoyant  si  dépourvu,  que  je  n'ai  pas 
de  vêlement  nécessaire  pour  me  tenir  au  chaud  et  pour  me  garantir 
des  vents  glacés  d'un  hiver  froid.  Ce  qui  est  encore  pis,  c'est  qu'il 
refusa  à  mes  deux  domestiques  et  à  mon  aide-prédicateur  de 
sortir  de  la  ville  et  de  retourner  dans  leurs  familles  avec  moi.  Et 
lui  et  d'autres  ont  fait  leur  possible  pour  que  je  rentre  en  ville, 
dans  le  dessein  probablement  de  faire  de  moi  un  prisonnier  ou 
un  cadavre  —  et  cela  sans  aucune  juste  cause  d'ofTcnse  de  ma 
part,  ni  de  celle  d'aucun  de  mes  serviteurs  ou  assistant.  Les  plus 
sols  des  cannibales  païens  ne  pourraient  agir  avec  plus  de 
cruauté  et  d'impropriété. 

R. 
Steamer  Renard, 

Janvier  3o,  186a. 

Si  la  lutte  était  grande  contre  les  rebelles,  dans  le  Kiang- 
Sou,  elle  ne  l'était  pas  moins  dans  la  province  voisine  du 
Tché-Kiang.  Là,  comme  à  Chang-IIai,  nous  avions  vaine- 
ment lente  de  garder  la  neutralité  la  plus  stricte.  Le  minisire 
plénipotentiaire  anglais,  Frederick  W.  A.  Bruce,  écrivait  à 
Tamiral  Sir  J.  Hope,  de  Tien-Tsin,  28  décembre  1860  : 

«  Je  ne  me  considère  pas  moi-même  autorisé  a  proléger  la 
ville  de  Ning-Po  contre  les  insurgés,  ainsi  que  l'établissement 
commercial  situé  sur  la  rive  opposée  du  fleuve  ;  mais  j'ai  con- 
iiance  que  les  arrangements    navals  admettront  que  protection 


5 


2  12  RÉBELLION    DES    T*AÏ    P*ING 

sera  accordée  aux  résidents  anglais  dans  le  cas  où  les  rebelles 
attaqueraient  la  ville. 

Quoique  je  ne  pense  pas  que  nous  puissions  prendre  sur  nous- 
mêmes  la  protection  de  Ning-Po,  nos  intérêts  dans  ce  port 
n'étant  pas  suffisants  pour  justifier  un  procédé  aussi  exceptionnel, 
il  est  possible  que  Tapparence  d'une  force  navale  puisse  détour- 
ner les  insurgés  d'attaquer  la  ville;  un  but  qu'il  serait  désira- 
ble d'atteindre,  au  double  point  de  vue  de  l'humanité  et  de  la 
politique,  s'il  peut  être  effectué  sans  nous  compromettre  nous- 
niême  dans  ce  débat  civil.  » 

Il  ajoutait  en  post-scriptum  :  «  La  protection  pourra  être 
étendue,  autant  que  possible,  à  tous  les  résidents  étrangers'.   » 

Les  documents  suivants  montrent  bien  quelle  attitude  dési- 
raient garder  les  alliés  à  l'égard  des  T'aï  P'ing. 


LE    TCHÉ-KIANG 

A  la  suite  de  roccupation  de  Chao  Ching  par  le  général  re- 
belle Tcheou,  celui-ci  adressa  aux  européens  de  Ning-Po  une 
pièce  officielle  dont  j'extrais  les  passages  suivants  : 

«  Moi,  général,  suivant  l'ordre  auguste  du  Tchoung-Wcuig,  je 
réside  maintenant  à  Chao-Ching,  occupé  à  soutenir  et  à  pacifier 
la  population,  et  à  balayer  tout  ce  qui  est  immonde.  Vous, 
Eglise  catholique,  commerçants,  résidents  européens  et  autres, 
vous  habitez  Ning-Po.  Je  dois  nioi-mùinc  y  accompagner  bientôt 
mon  auguste  maître  Tchoung-Wang,  pour  y  anéantir  tout  ce  qui 
est  détestable.  Je  vaincrai  cette  ville,  je  la  prendrai.  Seulement, 
j'appréhende  que  mes  millions  de  soldats  célestes  ne  puissent  évi- 
ter quohpie  désordre.  Peut-être  confondront-ils  les  pierres  pré- 
cieuses avec  les  pierres  communes  :  ils  réduiront  tout  en  cen- 
dres. 

«  Le  jour  de  notre  arrivée  n'est  pas  encore  déterminé.  Aujour- 
d'hui un  commerçant  anglais  étant  venu   à  Chao-Ching,  je  lui 

I.  Papers  relatin  g  io  the  Rébellion  in  China,  and  Trade  in  the 
Yang'tze-kiang  River.  Presenled...,  i86a  [2976],  pp.  1-2. 


I 


\i»— *'««^-., 


LE    TCHÉ-KIA\G  SlS 

remets,  en  main  propre,  trois  Men-pay  (carte  à  afficher  sur  les 
portes)  pour  protégCr  votre  établissement.  Je  lui  remets  égale- 
ment cette  pièce  pour  que  vous  tous  soyez  bien  avertis. 

«  Si  vous  et  autres  résidents  européens  craignez  mes  innom- 
brables soldats  célestes,  écrivez  d'abord  le  nombre  de  ceux  qui 
Iiabitent  chez  vous,  et  collez  le  Menpay  sur  voire  porte,  aftn  que 
mes  mandarins  et  mes  soldats  ne  fassent  pas  de  tumulte. 

«  Notre  céleste  dynastie  embrasse  dans  son  cœur  les  hommes 
qui  sont  de  loin;  voilà  pourquoi,  moi  général,  j'ai  pris  soin  de 
vous  avertir  par  celte  pièce  oilicîelle. 

c  Du  royaume  céleste  de  Tay-Ping,  1 1®  année,  lo*  lune, 
1 6*  jour.  » 

M*^*"  Delaplace  ' ,  vicaire  apostolique."  du  Tché-Kiang,  qui 
pendant  toute  celte  campagne  sVsl  rendu  mémorable  par 
son  inépuisable  charité  à  Tégard  des  indigènes,  communiqua 
le  document  au  commandant  L.  Olry,  à  bord  du  navire 
français  le  Confucius  mouillé  à  Ning  Po,  et  reçut  de  cet  offi- 
cier la  réponse  suivante  (3o  novembre  1861)  : 

I.  Lettre  de  Mg<*  Delaplace  à  M.  Etienne,  supérieur  général,  Ning  Po, 
13  décembre  1861  (Ann.  Cong.  de  la  Missioriy  27,  1862.  pp.  435-43i. 

3.  Louis-Gabriel  Delaplace.  né  à  Auxerrc,  le  19  ou  le  21  janvier  1820; 
évêque  d'Andrinople,  27  février  i852  ;  vie.  ap.  du  Tchc-Kiang,  i854  ; 
vie.  ap.  du  Pé  Tché-li  sept.  (Péking),  septembre  1869;  mort  à  Péking, 
le  34  mai  i884- 

Dans  une  lettre  adressée  de  Chang-Haï,  4  février  1861,  au  Maréchal 
Ministre  de  la  Guerre,  par  le  général  de  Montauban,  celui-ci  écrit  : 

«  Mgr.  de  la  Place  est  un  des  hommes  les  plus  distingués  parmi  les 
missionnaires  en  Chine  ,  jeune  encore,  instruit,  parlant  et  écrivant  le 
chinois  comme  un  mandarin,  non  seulement  il  emploie  toute  sa  haute 
intelligence  k  convertir  les  payens,  mais  il  le  fait  dans  un  but  patriotique 
autant  que  religieux  en  parlant  souvent  de  la  France  et  de  sa  grandeur.  » 

Lorsque  leTché-Kiang  fut  détache  en  i8^(5  du  Kiang-Si  pour  former 
un  vicariat  apostolique  indépendant,  MtS'  Lavaissièrc  fut  nommé  vie.  ap.  ; 
il  mourut  le  19  décembre  18^9  ;  son  successeur,  M^i*  Danicourt,  fut 
transféré  au  Kiang-Si  en  i855,  et  remplacé  par  Msi*  Delaplace. 

A  l'arrivée  des  rebelles  en  1861,  le  P.  Montagneux  (Régis- Prolais,  né 
à  Saint- Etienne,  5  septembre  1826  ;  mort  à  Ning  Po,  26  février  1877), 
fut  fait  prisonnier  à  Hang-Tchéou  où  il  était  allé  (octobre  1861)  reprendre 
les  anciens  bâtiments  de  la  mission,  mais  il  se  sauva.  Il  rentra  en  posses- 
sion des  établissements  de  ilang-Tchéou,  le  3i  mars  i864- 


»    ..       » 


2  1 4  RÉBELLION    DES    T  AÏ    P  ING 

ce  Ma  mission  ici  est  de  défendre  contre  toute  attaque  les  na- 
tionaux français  ainsi  que  leurs  propriétés^  et  de  tout  faire  dans 
rintérètde  la  mission  catholique. 

«  Dans  les  circontances  présentes,  et  suivant  les  ordres  que 
j*ai  reçus,  les  dispositions  que  je  prends  sont  celles-ci  :  Tout 
national,  tout  protégé  français  doit  s'abstenir  de  se  mêler  en 
rien  aux  affaires  chinoises,  soit  d'un  parti  soit  de  l'autre. 

«  La  neutralité  des  Européens  a  été  notifiée  au  chef  des  re- 
belles, qui  s'est  engagé  à  les  respecter  dans  tous  leurs  intérêts. 
Pour  que  cette  promesse  leur  soit  plus  facile  à  tenir,  ils  m'ont 
donné  des  sauf-conduits  que  je  vous  enverrai. 

«  En  résumant  :  en  cas  où  les  rebelles  prendraient  Ning 

Po,  pendant  la  lutte,  neutralité  absolue  des  nationaux  français, 
et  protection  absolue  de  ma  part  contre  toute  vexation.  Une 
fois  les  rebelles  maîtres  de  la  ville,  toute  relation  ofïicielle  entre 
leur  chef  et  les  nationaux  français  devra  être  remise  entre  les 
mains  du  commandant  de  la  marine,  qui  en  prendra  la  respon- 
sabilité. x> 

La  prise  de  Hang-Tchéou,  capitale  du  Tché-Kiang,  par  le 
Tchoung  Wang  (29  décembre  1861)  força  les  autorités  euro- 
péennes *  de  Ning  Po  de  prendre  des  mesures  défensives.  D'autre 
part  la  situation  devenait  de  plus  en  plus  tendue  entre  rebelles 
et  étrangers.  Le  22  avril  1862,  des  remparts  de  Ning  Po 
occupés  par  les  T'aï  P'ing  des  coups  de  feu  étaient  tirés  sur  le 
navire  de  guerre  anglais  Ringdove^  commandant  Craigie.  Au 
reçu  de  cette  nouvelle  l'amiral  Sir  James  Hope  envoyait  à 
Ning  Pôle  capitaine  Roderick  Dew  commandant r^/icroww/tv 
pour  'prendre  le  commandement  de  la  station ''.  Arrivé  le 
26,  Dew  se  mettait  en  rapport  avec  le  lieutenant  de  vaisseau 
français  Kenney  pour  adresser  une  demande  de  réparations  aux 
chefs  T'aï-P'ing  Houang  et  Fan  et  leur  annoncer  que  toute 

1 .  Gapt.  Gorbctt,  commandant  le  Scout  (anglais),  Wiilîe  P.  Mangum, 
consul  américain  à  Ning  Po,  Léon  Olry,  consul  de  France  et  commandant 
le  navire  de  guerre  Confucius  et  l'^rederick  liarvey,  consul  d'Angle- 
terre. 

a.  Encounter,  Hingdove,  Hardy,  Kestrel. 


PROSPER    GlQl'RL  3l5 

attaque  contre  les  navires  de  guerre  serait  considérée  comme 
un  casas  belli.  Le  lo  mai  de  nouveaux  coups  de  feu  étaient 
tirés  contre  le  Keslrel  et  les  navires  français  Etoile  et  Con" 
fucitis.  Ces  bâtiments  ainsi  que  VEncounfery  le  Ringdo{>e  et 
le  Hardy  ouvrirent  le  feu  sur  la  ville.  Dans  Tassant  qui  suivit, 
le  commandant  de  Y  Etoile,  Kenney,  et  le  premier  lieutenant 
de  VEncounte/\  W.  N.  Cornevvall,  étaient  malheureusement 
mortellement  blessés.  «  Le  plaisir  montré  par  les  Chinois  à 
la  chute  de  la  ville,  dit  le  commandant  Dow  ',  et  l'expulsion 
de  leurs  oppresseurs  exécrés,  était  quelque  chose  d'extraordi 
naire. Toute  la  journée,  la  rive  du  fleuve  en  face  de  la  ville,  était 
une  mer  de  létes,  et  quoique  les  balles  et  les  boulets  pleu- 
vaienl  autour  d'eux  en  abondance,  ils  ne  bougeaient  jamais.  » 
Dès  la  prise  de  ^iing  Po,  les  Anglais  envoyèrent  Ward  au 
Tché-Kiang  avec  cinq  cents  hommes.  Il  parut  utile  de  for- 
mer également  une  autre  force  franco-chinoise  qui  «  avait 
pour  but  de  chasser  les  rebelles  du  gouvernement  de  ^ing 
Po,  c'est-à-dire  d'une  étendue  de  territoire  formant  autour  de 
celle  ville  une  circonférence  de  soixante  lieues  environ  »  *. 
Deux  officiers  de  la  marine  française,  Le  Brethon  de  Caligny, 
commandant  le  Confucins^  et  Prosper  Giquel,  enseigne  de 
vaisseau,  furent  chargés  d'organiser  le  nouveau  corps. 


PROSPER    GIQUEL. 

Prosper  Marie  Giquel,  né  le3o  novembre  i835,  à  Lorient^ 

1.  Further  Papers  relating  lo  the  Rébellion  in  China.  Presented... 
1862  [3o58],  p.  3i. 

2.  P.  Giquel,  Resnie  des  Deux -Mondes  y  i5  juin  i864,  p.  976. 

3.  Giquel  est  mort  à  Cannes,  le  ig  février  1886,  et  ses  obsèques  ont 
été  célébrées  à  Paris,  à  la  Madeleine,  le  26  février.  Il  était  décore  de  la 
Pelisse  jaune  et  de  l'Ordre  du  mérite  de  f^  classe  et  il  avait  le  titre  de 
fonctionnaire  du  i«'  rang.  11  avait  épousé  M'^*  Élisa  do  llufz  de  La  vison, 
Bile  du  savant  bien  connu,  qui  mourut  en  1877  à  Fou-lchéou. 


»  • 


3l6  RÉBELLION    DES    t\u    P*ING 

(Morbihan),  est  un  des  Français  qui  ont  le  plus  fait  pour  assu- 
rer la  bonne  renommée  et  l'influence  de  leur  pays  en  Chine. 
Entré  à  Técole  navale  en  1862,  aspirant  de  2®  classe  en  1 854,  il 
fit  les  campagnes  de  la  Baltique  et  de  Crimée  et  fut  décoré  en 
septembre  i855;  aspirant  de  i""®  classe  (i856),  il  partit  pour 
la  Chine;  il  assista  à  la  prise  de  Canton  (décembre  1867)  et 
fut  attaché  au  commandant  Martine^u  des  Chesnez  ;  nommé 
à  Canton  inspecteur  de  l'émigration  chinoise,  il  fut  promu 
enseigne  de  vaisseau  (mars  i858);  en  septembre  1861,  il 
entra  dans  le  service  des  douanes  chinoises  comme  commis- 
saire à  Ning  Po  et  c'est  en  cette  qualité  que  nous  le  retrou- 
vons maintenant. 

«  Les  deux  officiers  de  marine  qui  furent  chargés  d'orga- 
niser le  corps  franco-chinois  réussirent  à  lancer  leur  entre- 
prise. Il  ne  leur  fut  pas  possible  d'asseoir  l'opération  sur  de 
larges  bases;  les  mandarins  n'avaient  pas  d'argent*,  et  il 
fallut  «  faire  feu  de  tout  bois  ».  On  n'obtint  d'abord 
que  quatre  cents  hommes;  on  les  arma  en  empruntant  à  la 
douane  des  fusils  confisqués  à  des  commerçants  européens 
fournisseurs  des  rebelles.  Les  chiens  de  ces  fusils,  qui 
étaient  en  fonte  de  fer,  sautèrent  les  ,uns  après  les  autres 
au  nez  des  tireurs;  un  armurier  chinois  les  remplaça  par 
d'autres  qu'il  avait  forgés  lui-même.  On  appela  comme  offi- 
ciers des  soldats  français  congédiés  et  restés  à  Shanghaï.  In 
mois  après,  le  petit  bataillon  se  mit  en  campagne  poiu*  aller 
recevoir  le  baptême  du  feu*.  » 

L'un  des  officiers  français  reçut  une  commission  de  géné- 
ral, l'autre  de  directeur  général.  Immédiatement  les  opéra- 
tions commencent.  Successivement  les  villes  de  Yu  Yao^ 
(2  août  1862)  et  deTse  Ki  (21  septembre  1862)  sont  prises, 

I .  Ward  réclamait  l'argent  pour  ses  hommes, 
a.  P.  Giquel,  p.  976,  Revue  des  Peux -Mondes,  i5  juin  i864. 
3.  Avec  4oo  hommes  de  Ward,  2  000  impériaux,  une  canonnière  fran- 
çaise et  une  anglaise. 


.'t  •    '    ■  *>-  ' 


PROSPER    GiQUEL  3  I  y 

mais  la  capture  de  cette  dernière  coûte  la  vie  à  Ward  frappé 
d  une  balle.  Son  contingent  fut  dispersé  à  l'exception  de 
trois  cents  hommes  qui  furent  mis  à  la  disposition  du  capi  - 
laine  Dew,  commandant  la  station  navale  anglaise. 

Repoussés  devant  Foung-houa,  les  allies  revinrent  à  la 
rescousse  le  8  octobre  ;  le  capitaine  Dew  a\ecVEncountery 
le  Hardy  et  le  Flnnier,  le  navire  français  le  Déroulèdey  le 
Confitciiis  et  les  troupes  chinoises  commandées  par  le  colo- 
nel Forresler  qui  avait  remplacé  Ward,  après  plusieurs  atta- 
ques, réussirent  à  sVmparer  delà  ville  (ii  octobre  1862). 
Chang  Yu  fut  capturé  le  *î8  novembre  1862  par  le  corps 
franco-chinois  et  5oo  réguliers  de  Dew.  Giquel  fut  grave- 
ment blessé  au  coude  droit  dans  cette  affaire.  Mais  l'objec- 
tif des  alliés  était  la  grande  ville  de  Chao-Ching;  attaquée  le 
17  janvier  i863,  elle  repoussa  l'attaque  de  Le  Brethon, 
frappé  mortellement  par  un  éclat  de  canon  chinois  pris  à 
Chang  Tu  qui  fit  accidentellement  explosion.  Il  allait  être 
nommé  Ti-Ton,  général  en  chef  de  toute  la  province  de 
Tché-Kiang.  Le  Brethon*  fut  remplacé  dans  le  commande- 
ment du  corps  franco-chinois  par  le  capitaine  d'artillerie 
Tardif  de  Moidrey  '  quoique  le  capitaine  d'artillerie  de 
marine  Chevrillon  eût  été  désigné  pour  le  poste  de  chef;  Tardif 
périt  d'une  balle  tirée  maladroitement  par  un  de  ses  hommes 
(ig  février  i863);  après  sa  mort  le  corps  franco-chinois  fut 
commandé  par  Paul  d'Aiguebelle  et  l'enseigne  de  vaisseau 
Bonnefoy.  Enfin  Chao-Ching  tomba  (18  mars  i863)  entre  les 
mains  du  corps  franco-chinois.  «  La  prise  de  Chao-Ching  nous 

I.  Lo  Brethon  avait  le  titre  de  Fou  tsiang  (colonel).  —  Le  Brethon 
de  Caligny,  Albert- Edouard,  né  le  11  décembre  i833,  à  Clcrmonl 
(Calvados);  aspirant  de  i'**  classe,  ao  juin  i855;  enseigne  de  vaisseau, 
9  octobre  1857;  lieutenant  de  vaisseau  de  a*^  classe,  10  mai  1863. 

a.  Tardif  de  Moidrey,  né  à  Metz,  le  7  octobre  i8a4  ;  entré  à  l'École 
Polytechnique  i^^"  octobre  i845  ;  tué  19  février  i863  à  Chao  Ching.  Cf. 
Moiice  sur  les  campagnes  et  opérations  militaires  faites  en  Chine, 
par  M.  Tardif  de  Moidrey,  par  M.  Legénissel.  Metz,  i804.  br.  in-4- 


ai8  RÉBELLION    DES    T*AL    P*ING 

donna  toute  la  province  jusqu'à  la  baie  de  Hang-tchéou,  au 
delà  de  laquelle  les  rebelles  se  hâtèrent  de  chercher  un  abri, 
mettant  ainsi  entre  eux  et  nous  un  fleuve  large  de  deux  milles, 
qui  deviendra  sans  doute  désormais  contre  leurs  attaques  une 
barrière  infranchissable.  Le  gouvernement  de  Ning  Po  était 
donc  délivré.  En  dix  mois,  notre  contingent,  qui,  dans  son 
plus  grand  développement,  comptait  deux  mille  cinq  cents 
hommes,  avait  enlevé  trois  villes  murées,  amené  l'évacuation 
de  quatre  autres,  et  dégagé  soixante  lieues  de  territoire.  *  » 

I.  P.  Giquel,  p.  984,  Hevue  des  Deux-Mondes,  i5  juin  i864- 


CHAPITRE  XV 

RÉBELLION  DES  T'AI  PING 

(Suite). 


LI    HOUNG-TCHA^G 


La  mort  de  Ward  (21  septembre  1862)  laissait  sans  chef 
r  «  armée  toujours  victorieuse  »,  car  son  second  le  colonel 
Forrester  refusait  le  commandement.  On  fit  alors  choix  de 
Henry  Andréa  Burgevine,  né  en  i836,  à  Newbern,  dans  la 
Caroline  du  Nord,  pour  remplacer  Ward.  Sur  ces  entrefaites 
Li  Houng-tchang  était  nommé  Fou-taï  du  Kiang-Sou  (1862) 
et  allait  exercer  une  influence  prépondérante  dans  la  marche 
des  affaires.  Nous  retrouverons  constamment  le  nom  de  cet 
homme  d*état,  militaire  par  occasion,  qui  joue  encore  un 
rôle  sî  considérable  dans  la  politique  de  son  pays. 

Li  Fou-taï  est  né  la  deuxième  année  du  règne  de  l'empe- 
reur Tao  Kouang,  c'est-à-dire  en  1828,  à  Senchou,  dans  le 
district  de  Ho-fei,  dans  la  province  de  Ngan-Houei.  II  est 
arrivé  aux  plus  hautes  fonctions  de  son  pays  par  son  intelli- 
gence et  ses  capacités  militaires.  Ses  débuts  furent  modestes. 
Son  père,  lettré  pauvre  et  obscur,  l'éleva  honorablement, 
malgré  ses  cinq  enfants  dont  Li  était  le  second.  Le  jeune 
homme  passa  ses  examens  avec  succès  (1847)  et  il  entra  à 
Vac^démie  des  Han-lin  en  i848.  Puis  il  retourna  dans  sa 
province  natale,  où  il  jouait  un  rôle  assez  effacé,  lorsque  la 
grande  rébellion,  qui  ébranla  les  assises  du  trône  des  Mand- 


'JB^i 


QQO  RÉBELLION    DES    t'aÏ    p'iKG 


chous,  vint  le  lirer  de  la  position  médiocre  dans  laquelle  il 
végétait.  C'est  en  effet  pendant  la  rébellion  des  T'aï  P'ing 
que  Li  devait  montrer  ces  qualités  d'énergie  et  de  finesse  qui 
ont  été,  dans  des  circonstances  heureuses,  la  cause  de  sa 
fortune  rapide.  Lorsque  les  rebelles  pénétrèrent  dans  le  Ngan- 
Ilouei,  Li  se  mit  à  la  tète  d'une  petite  force  (i853),  et  ne  tarda 
pas  à  être  employé  comme  secrétaire  par  le  tout-puissant, 
Tseng  Kouo-fan,  gouverneur-général  des  deux  Kiang  et 
commandant  militaire  des  quatre  provinces  de  Kiang-Sou, 
Ngan-Houei,  Kiang-SietTché-Kiang.  L'appui  d'un  semblable 
personnage  promettait  à  Li  un  avancement  rapide;  en  effet, 
il  devient  juge  provincial  au  Tché-Kiang,  tout  en  restant 
officier,  puis  Tao  Taï  au  Fou-Kien,  enfin  il  est  nommé, 
comme  nous  venons  de  le  dire,  gouverneur  du  Kiang-Sou. 

Li  et  Burgevine  défirent  Tan  Cheou-kouang,  le  Mo  Wang 
venu  de  Sou-tchéou  et  tuèrent  son  ûls  (novembre  1862).  La 
mésintelligence  qui  existait  déjà  entre  les  deux  chefs  aug- 
menta ;  les  troupes  n'étaient  plus  payées  depuis  deux  mois  et 
un  contingent  désigné  pour  Nan-King  refusa  de  se  mettre  en 
route.  Dans  l'après-midi  du  dimanche  4  janvier  i863,  arrivé 
de  Soung  Kiang  à  Chang-Haï,  avec  sa  garde  du  corps,  Bur- 
gevine furieux  s'emporta  jusqu'à  frapper  le  banquier  Ta  Hi  ', 
qui  retenait,  disait-on,  les  fonds,  et  s'empara  de  4o  000  pias- 
tres. Li  demanda  l'arrestation  de  Burgevine  au  consul  amé- 
ricain qui  la  refusa,  mais  le  général  Staveley,  après  avoir 
essuyé  un  nouveau  refus  du  colonel  Forrester,  nomma  comme 
chef  temporaire  de  1'  «  ever  victorious  Army  »  le  capitaine 
Holland,  de  l'infanterie  de  marine,  son  chef  d'état-major, 
en  attendant  que  le  gouvernement  approuve  le  choix  du  ca- 
pitaine Gordon  comme  commandant  définitif  (janvier  i863). 

I.  Yang  Taï-Ki  était  l'intermédiaire  du  Tao-Taï  de  Chang-Haï,  Wou, 
avec  les  étrangers;  il  n'avait  aucun  caractère  officiel.  Taî-K.i  est  mort  la 
quatrième  année  du  règne  T'oung-tché,  vers  i865.  Wou  est  mort  la 
onzième  année,  vers  1878. 


PRISE   DE    SOU-TGHÉOU  a!i  I 

L'objectif  de  Li  était  la  grande  ville  de  Sou-tchéou.  Les 
débuts  de  Holland  iiirent  malheureux  ;  il  est  défait  à  Taï 
Tsan  (21$  février  i863)  tandis  que  son  lieutenant  le  major 
Brennan  est  repoussé  à  Fou-chan  ;  heureusement  que  le  jour 
même  de  Tinsuccès  de  Holland,  une  dépêche  du  ministre 
Bruce  permet  la  nomination  d^un  ofQcier  anglais  comme 
commandant  de  T  a  ever  victorious  army  »  :  Gordon  est' 
définitivement  désigné,  la  campagne  va  entrer  dans  une 
nouvelle  phase. 


GORUON 

Charles  George  Gordon  *  est  né  à  Woolwich  le  28  mars 
i833  ;  son  père  était  le  lieutenant-général  Henry  William 
Gordon  qui  avait  épousé  Miss  Elizabeth  Enderby,  de 
Blackheath  ;  elle  eut  cinq  fils  et  six  filles.  Charles  entra 
dans  le  génie  (engineers).  Il  partit  pour  la  Crimée  en  décem- 
bre i85/i  ;  fut  envoyé  en  Bessarabie  (mai  i856)  comme 
assistant  commissaire  et  enfin  partit  pour  la  Chine  en  1860; 
il  arriva  après  la  prise  des  forts  de  Takou  mais  à  temps  pour 
la  destruction  du  Palais  d'Eté  qu'il  décrit  dans  ses  termes  : 
«  En  conséquence  nous  sortîmes,  et  après  l'avoir  pillée, 
nous  brûlâmes  toute  la  construction,  détruisant,  comme  des 
Vandales,  des  choses  de  grande  valeur,  que  quatre  millions 
ne  pourraient  remplacer \  ou  s  pouvez  à  peine  vous  figu- 
rer la  beauté  et  la  magnificence  des  palais  que  nous  avons 
brûlés.  Cela  nous  faisait  mal  au  cœur  de  les  brûler  ;  en 
réalité,  ces  palais  étaient  si  grands,  et  nous  étions  si  pressés 
par  le  temps,  que  nous  ne  pouvions  les  piller  avec  soin. 
Des  quantités  d'ornements  en  or  furent  brûlés,  ayant  été 


1 .  Tout  le  inonde  connaît  la  mort  tragique  de  cet  homme  remarquable 
à  Khartoum  en  i885.  11  resta  «  Chinese  Gordon  »  jusqu'à  la  fin  de  sa 
vie. 


32  3  RÉBELLION   DB9   T*aI  v'iNG 

pris  pour  du  cuivre.  G^était  une  besogne  tristement  éém/onk- 
lisante  pour  une  armée.  Tout  le  monde  était  fou  pour  le 
pillage  \   j> 

Dans  Tarmée  «  toujours  \îctorieuse  »  les  officiers  étaient 
tous  étrangers  :  Anglais,  Américains,  Allemands,  Français  et 
Espagnols,  mais  les  Américains  étaient  en  majorité.  Les 
sous-officiers  étaient  tous  Chinois  sortis  du  rang  ;  jusqu^à  la 
prise  de  Quinsan  en  mai  i863,  les  soldats  étaient  principale- 
ment des  indigènes  du  Kiang-Sou  et  du  Tché-Kiang,  inférieurs 
aux  Gantonais  et  aux  gens  du  Nord  ;  plus  tard  beaucoup  de 
rebelles  prisonniers  joignirent  Tarmée  dont  l'effectif  a  varié 
de  3  ooo  à  5  ooo  hommes,  répartis  en  cinq  ou  six  régiments 
d'infanterie,  avec  quatre  batteries  d'artillerie  de  siège  et  deux 
de  campagne*. 

Burgevine  mécontent  de  sa  disgrâce  se  rend  à  Péking 
pour  se  plaindre  aux  ministres  anglais  et  américain  Bruce  et 
Burlingame,  plaintes  stériles  d'ailleurs,  et  l'aventurier  avec 
quelques  camarades  pass&  aux  rebelles  le  4  août  i863.  Li 
offre  une  récompense  de  3  ooo  taëls  à  qui  le  livrera  mort  ou 
vivant;  les  consuls  étrangers  protestent  (20  août  i863). 
Cependant  Gordon  marchait  de  succès  en  succès  :  Fou-chan 
(4  avril  i863),  Tai-tsan  (2  mai)  et  enfin  Quinsan  (3i  mai^ 
tombent  entre  ses  mains.  D'autre  part  le  D'  Halliday  Macart- 
ney,  ancien  chirurgien  du  99®  régiment  d'infanterie,  chargé 
de  l'arsenal  de  Soung  Kiang  par  Li  Fou-taï,  bat  les  rebelles 
à  Foung-tching  et  à  Si-dong  (i3  et  i5  août  i863).  Encore 
quelques  combats  et  la  route  de  Sou-tchéou  est  ouverte  ;  le 
danger  est  pressant,  le  Tchoung  Wang  accourt  au  secours  de 
la  ville  investie  en  septembre  ;  le  mois  suivant  Burgevine  se 
rend  à  Gordon  '. 


1.  Life  of  General  Gordon.  London,W.  Scott,  1887,  pet.  in-8,  p.  i4. 

2.  Wilson,  pp.  137,  ia8. 

3.  Il  fut  noyé  le  26  juin  i865,  accidentellement?  dans  le  Tché-Kiang, 
dans  le  naufrage  d'un  bac  qui  le  portait. 


PRISE    DE    SOU-TCHÉOU  32 3 


PRISE    DE    SOU-TGHÉOU 

Cependant  Gordon  est  défait  sous  les  murs  de  Sou-tchéou 
(27  novembre  i863),  mais  la  dissension  éclate  parmi  les 
chefs  rebelles  :  le  Mo  Wang  qui  refusait  de  se  rendre  est 
assassiné  par  le  Koung  Wang  (/|  décembre  i863)  dans  un 
grand  dîner  ;  Sou-tchéou  tombe  le  lendemain  de  ce  crime  ; 
les  Wang  se  rendent  et  malgré  l'engagement  tacite  de  Gor- 
don qu'ils  auraient  la  vie  sauve,  ils  sont  mis  à  mort  par  ordre 
de  Li  Houng-tchang.  Ces  chefs  étaient  au  nombre  de  huit, 
quatre  Wang  :  le  Na  Wang,  le  Koung  Wang,  le  Sing  Wang 
et  le  Pé  Wang,  et  les  quatre  Tien-tchouang  Tchang,  Fan, 
Wan  et  Wong.  Gordon,  retenu  prisonnier  par  les  T'aï  P'ing 
dans  Sou-tchéou,  de  l'après-midi  du  6  au  matin  du  7  décem- 
bre, vit  la  mort  de  près  ;  furieux,  il  chercha  Li  pour  lui  de- 
mander les  raisons  de  sa  conduite,  mais  le  prudent  Fou-taï 
se  tint  prudemment  hors  de  l'atteinte  de  l'officier  irrité  * .  Gor- 
don donna  sa  démission  de  général  (  Tsong  Ping)  et  se  retira 
à  Quinsan  ;  plus  tard  il  refusa  les  présents  et  la  somme  de 
10  000  taëls  qui  lui  étaient  octroyés  par  décret  impérial  (i4 
décembre  i863).  Le  major-général  Brown  qui  avait  rem- 
placé Staveley  arriva  de  Chang  Haï  à  Sou-tchéou  (11  dé- 
cembre) et  déclara  à  Li  que  jusqu'à  ce  que  sa  conduite  ait  été 
jugée  à  Péking,  les  troupes  de  Gordon  cesseraient  de  pren- 
dre part  à  la  campagne. 

Les  raisons  données  par  les  Chinois  pour  excuser  la  con- 
duite de  Li  sont  curieuses  et  méritent  d'être  signalées  : 

«  Suivant  [leur]  point  de  vue  de  la  question,  les  chefs 
T'aï  PUng  se  rendirent  à  la  simple  condition  que  leurs  vies 
seraient  épargnées,  et  à  partir  du  moment  de  leur  soumis- 

I.  Il  n'est  pas  question  de  cet  incident  dans  Evenls  in  the  Taeping 
Rébellion..,  bjr  A.  Egmonl  Uake.  London,  1891,  in-8. 


3a4  RÉBELLION    DES    T*AÏ    P4NG 

sion,  ils  devenaient  des  sujets  de  TEmpire  justiciables  de 
toutes  ses  lois.  Mais  quand  ils  arrivèrent  devant  le  Fou-taï, 
ils  n'avaient  pas  encore  rasé  leurs  têtes  :  ils  portaient  encore 
leurs  armes,  et  leur  a  apparence  générale  était  marquée  par 
une  extrême  férocité  »,  étant  plutôt  celle  d'hommes  ayant  à 
dicter  des  termes  que  d'insurgés  repentants  qui  venaient  jus- 
tement d'être  l'objet  d'une  mesure  de  clémence.  Ils  insistè- 
rent pour  que  la  garde  de  Sou-tchéou  fût  laissée  entre  leurs 
mains,  que  tous  les  soldats  alors  sous  leurs  ordres  iussent  nais 
à  leur  disposition,  et  déclarèrent  que  si  ces  conditions  n''é- 
taient  pas  acceptées,  ils  ne  feraient  pas  leur  soumission.  Ils 
refusèrent  aussi  de  débander  leurs  troupes  ;  dirent  que  leur 
intention  était  de  tenir  trois  portes  de  la  ville  qui  étaient  des 
positions  fortement  fortifiées,  et  demandèrent  que  leurs 
troupes  fussent  payées.  Une  attitude  si  menaçante  et  intimi- 
dante était  entièrement  inattendue,  et  on  ne  pouvait  y  répondre 
en  rompant  les  négociations,  ou  en  permettant  aux  Wang 
de  retourner  en  sécurité  dans  la  ville.  Le  leur  permettre,  ou 
même  leur  donner  le  moindre  soupçon  que  leurs  demandes 
ne  seraient  pas  acceptées,  auraient  eu  pour  résultat  une  ca- 
tastrophe immédiate,  w  Si  les  Wang,  dit  le  prince  Koung, 
n'avaient  été  promplement  décapités,  non  seulement  les 
soldats  impériaux  auraient  été  massacrés  jusqu'au  dernier 
dans  la  ville,  mais  les  forces  énormes  placées  sous  le  com- 
mandement de  ces  chefs  seraient  encore  restées  dans  les  rangs 
rebelles,  et  un  autre  et  plus  grand  massacre  aurait  été  inévi- 
table ;  et  violence  aurait  été  ainsi  faite  au  principe  bienfaisant 
du  Ciel  et  de  la  Terre,  qui  se  plaît  à  créer,  et  est  opposé  à  la 
destruction*.  » 

Cependant  Gordon  reprit  les  armes',  mû  par  de  sérieuses 

I.  Wilson,  p.  ao2,  ao3. 

3.  Il  rendit  même,  accompagné  de  M.  Hart,  une  visite  au  Fou-tal  à 
Sou-tchéou,  le  i^»"  février  i864.  Cf.  Hake,  p.  4oa.  Dans  l'entrevue  aucune 
allusion  ne  fut  faite  k  l'exécution  des  Wang. 


PRISE    DE    SOU-TCHÉOU  2a5 

considérations  expliquées  par  le  major  général  Brown  dans 
une  dépêche  adressée  au  comte  de  Grey  et  Ripon  *  :  «  Les 
raisons  qui  déterminèrent  le  major  Gordon  à  reprendre  la 
campagne  sont  nombreuses  et  de  grand  poids.  En  restant 
inactif  le  Fou-Taï  a  déjà  encouru  une  perte  de  5oooo  livres 
et  le  major  Gordon  a  exprimé  suiïisamment  son  sentiment  de 
dégoût  pour  la  traîtreuse  exécution  des  Wang.  Si  If  s  rebelles, 
aussi,  sont  laissés  à  eux-mêmes  ils  relèveront  la  tète  et  la 
révolte  peut  être  prolongée  pour  des  années  ;  tandis  que  pre- 
nant avantage  de  leur  panique  présente,  peu  de  mois  suffi- 
ront à  rétablir  Tordre  et  la  paix  h  ce  qui  était  auparavant  les 
districts  les  plus  riches  et  les  plus  prospères  en  Chine  et  d'où 
Ton  peut  espérer  un  grand  trafic.  A  côté  de  cela,  il  existe 
un  autre  danger  de  non  moindre  importance.  La  population 
tapageuse  qui  aurait  trouvé  à  Chang-Hai,  et  dans  la  rébellion 
desT'aïP'ing  un  vaste  champ  pour  ses  exploits,  a  été  retenue 
de  se  joindre  aux  rebelles  par  une  crainte  salutaire  des  forces 
de  Gordon.  Mais  que  cet  officier  cependant  reste  inactif  ou 
soit  supplanté  par  un  des  officiers  de  Ward,  ces  hommes  se 
joindraient  immédiatement  aux  T'aï  P'ing  et  la  capture  du 
vapeur  «  Tsatlee  »  et  celle  d'un  bateau  de  soie  dernièrement 
à  Chang-Haï,  montrerait  ce  qu'on  pourrait  attendre  d'eux. 
Il  faut  aussi  envisager  d'autres  possibilités,  Tune  d'entre  elles, 
dénature  alarmante.  Qu'adviendrait-il -si  le  plan  de  Burgevine 
de  former  un  troisième  parti,  distinct  des  T'aï-P'ing  et  des 
Impéiîalistes,  trouvait  sa  réalisation  sous  un  successeur 
américain  du  major  Gordon  ?  La  cause  rallierait  sous  sa  ban- 
nière chaque  européen  ou  américain  vagabond  en  Chine, 
recrutés  par  une  large  immigration  des  possessions  améri- 
caines de  la  côte  du  Pacifique.  Il  serait  alors  absolument  né- 
cessaire de  supprimer  un  tel  lot  de  bandits  à  n'importe  quel 
prix,  mais  combien   ne  serait-il  pas  préférable  de  prévenir 

1.  Hong  Kong,  3i  mars  i864.  —  China,  n»  7  (i864).  p.  ao. 

CORDIfiB.  I.  —  i5 


aa6  RÉBELLION    DES    T*aT    P*ING 

celte  éventualité,  et  le  major  Gordon  reprenant  la  campagne,  le 
terrain  de  la  sorte  leur  manquerait  sous  les  pieds.  Le  danger 
était  imminent,  et  le  major  Gordon  refusa  de  marquer  aucun 
sentiment  d'hostilité  contre  le  Fou-Taï,  dans  un  intérêt 
général,  par  humanité,  et  connaissant  les  souffrances  de 
la  population,  il  surmonta  sa  répugnance  pour  renouveler 
sa  coopération  avec  les  autorités  chinoises.  ». 

Gordon  se  rendit  avec  le  H  y  son  ^^  par  le  lac  (Ta  Hoii)^  de 
Quinsan,  où  il  laissa  le  colonel  Murant  et  200  hommes, 
à  Wou-Si  après  avoir  reçu  le  18  février  une  lettre  de  Sir 
Frederick  Bruce  le  priant  de  faire  usage  de  ses  forces  «  seu- 
lement pour  garder  les  districts  conquis,  mais  de  rester  en 
même  temps  en  bons  termes  avec  les  mandarins  »*.  Gordon 
s'empara  successivement  de  Yesing,  (i^^'mars)  et  de  Yakou- 
pou.  Le  27  avril,  il  fut  repoussé  devant  Tchang-tcheou,  mais 
il  s'en  empara  le  n  mai  i86o.  Ce  fait  d'armes  marqua  la  fin 
de  YEs»er  Victorious  Army\  les  officiers  anglais  reprenaient 
du  service  et  les  rebelles  n'occupaient  plus  que  Hou-tchéou 
dans  le  Tché-Kiang  et  Nanking  dans  le  Kiang-Nan. 


PRISE    DE    NAN-KOG 


Enfin,  le  19  juilhpt  i864,  Nanking  tombait  entre  ,les 
mains  de  Tseng  Kouo-tchouan',  Commandant  en  chef*. 
J'extrais  d'un  rapport  adressé  par  ce  dernier  à  Li  Fou- lai, 
les  détails  de  cet  important  fait  d'armes  :  «  Le  3  Juillet, 
Li  Tchiang-ho  et  autres  attaquèrent  la  vallée  de  Loung 
po-tseu  et  s'en  emparèrent,  ce  qui  leur  permit  d'occuper  une 


I.  Le  capitaine  de  ce  navire,  Davidson,  mourut  de  la  fièvre  à  Chang- 
Haï,  le  3o  novembre  i864. 
a.  China,  n»  7  (i864),  p.  ai. 

3.  Le  vice-roi  Tseng  Kouo-fan,  son  frère,  était  &  Ngan-K*ing. 
4    La  ville  entière  tomba  entre  les  mains  des  Chinois  le  23  juillet. 


PRISE    DE    NAN-KING  237 

position  dominant  la  ville  et  Tattaquc  fut  commencée  et  con- 
tinuée le  jour  suivant,  chacune  des  brigades  qui  donnait  à 
son  tour,  ayant  un  grand  nombre  de  morts  et  de  blessés. 

«  Li  Tchen-licn  ayant  découvert  qu'il  y  avait  assez  de  riz 
dans  la  ville  pour  pouvoir  durer  plusieurs  mois  et  craignant  que 
comme  nos  artilleurs  avaient  échoué  trente  ou  quarante  fois  dans 
leurs  essais  de  mines,  les  troupes  ne  soient  excédées  et  découra- 
gées et  qu'il  arrivât  un  désastre  si  Tattaque  manquait,  oflrit  ses 
services  de  construire  une  mine,  sous  un  feu  qui  ne  peut  être 
comparé  qu'à  une  averse  de  pluie.  En  cela  il  fut  aidé  par  H'iao 
Fou-seu  et  autres  qui  volontairement  sortirent  un  nombre  de 
batteries  à  une  centaine  de  pieds  du  mur  et  ayant  coupé  des 
roseaux,  etc.,  construisirent  un  rempart  et  le  couvrirent  déterre, 
ce  qui  leur  permit  d'attaquer  ouvertement  du  sommet  ou  secrè- 
tement à  couvert. 

«  Ainsi  le  combat  dura  sans  intermittence  pendant  la  moitié 
(l'un  mois  et  la  fleur  de  l'armée  fut  mise  en  pièces  et  mutilée 
sans  que  nous  ayions  pu  remporter  la  victoire.  Trois  officiers 
généraux  distingués  par  leurs  mérites,  c'est-à-dire  Tcheng  Warig- 
chen,  Wang  Chao-ji  et  Kouei  Ping-chou,  avec  maints  autres, 
tombèrent  malheureusement  victimes  et  furent  profondément 
regrettés. 

c  Le  19,  à  trois  heures  du  matin  environ,  comme  la  mine 
était  remplie,  et  que  je  parlais  à  son  ouverture  avec  Li  Tchen- 
tien.  Li  Sieou-tcheng  connu  pour  être  leTchoung  Wang,  dirigea 
une  sortie  de  quelques  centaines  de  rebelles  désespérés,  qui  étaient 
vêtuS  comme  des  soldats  impériaux  et  qui  jetèrent  des  grenades 
et  autres  projectiles  qui  mirent  feu  aux  batteries  et  au  rempart 
de  roseaux  (mentionnés  ci-dessus).  Les  troupes  étaient  si  fati- 
guées et  l'heure  si  tardive  que  la  tentative  faillit  réussir.  Cepen- 
dant Wei  Wei-choun,  Li  Tchen-tien  et  les  autres  généraux  les 
conduisirent  sur  la  gauche  et  abattirent  un  grand  nombre 
d'ennemis,  tandis  que  sur  la  droite  Peng  You-tchou  et  les 
autres  en  tuèrent  et  en  firent  prisonniers  un  grand  nombre  éga- 
lement, tandis  que  par  la  plus  grande  chance  la  mine  fut 
sauvée. 

«  Au  matin  du  19  juillet,  je  fis  avancer  toutes  les  brigades,  et 
leur  donnai  les  ordres  de  renforcer  les  lignes  et  de  se  préparer 
à  repousser  toute  attaque,   pendant  que  du   point    du  jour  à 


aaS  RÉBELLION    DES   T*AÏ-P*I?IC 

midi,  j'attaquai  la  partie  de  la  ville  entre  la  colline  de  Loung- 
po-tseu  et  la  porte  de  T'aï  P'ing.  A  midi  Li  Tchon-tien 
m'annonça  que  la  mine  était  prête  et  le  train  préparé.  Sur  ce. 
je  lançai  un  avis  promettant  des  récompenses  illimitées  en  cas 
de  réussite  et  des  menaces  de  mort  dans  le  cas  d'une  défaite, 
sur  quoi  Lieou  Lien-tche  et  autres  amenant  leurs  brigades, 
s'assirent  sur  l'herbe,  et  volontairement  firent  serment  de  mou- 
rir en  défendant  leur  pays,  si  cela  était  nécessaire.  Voyant  ainsi 
qu'ofïicicrs  et  hommes  étaient  également  préparés  et  entière- 
ment déterminés,  j'ordonnai  qu'on  fit  sauter  la  mine,  et  avec  le 
grondement  pareil  à  celui  du  tonnerre,  quelques  deux  cents 
pieds  du  rempart  furent  lancés  dans  les  airs.  Le  ciel  fut  rempli 
par  la  fumée,  et  les  briques,  les  tuiles  et  le  feu  s'échappèrent 
dans  toutes  les  directions,  mais  Wou  Ming-liang,  Li  Tchen-tien 
et  d'autres  conduisirent  leurs  hommes  à  travers  les  ruines, 
et  entrèrent  |)ar  la  brèche,  les  soldats  abondant  comme  des 
fourmis  et  chaque  homme  égalant  pleinement  dix  mortels 
ordinaires.  Malheureusement  un  grand  nombre  fut  tué  par 
l'ennemi,  qui  des  murs  fit  pleuvoir  un  feu  tel  que  le  corps  princi- 
pal aurait  lâché  pied  si  Peng  You  tchou,  H'ia  Fou-seu,  etc.,  qui, 
demeurant  avec  leur  épée  tirée  et  abattant  tous  ceux  qui  recu- 
laient, n'avaient  rallié  leurs  hommes  ]K)ur  l'attaque. 

«  En  même  temps  Wou  Ming-liang  avec  d'autres  ayant  esca- 
ladé la  colline  de  Loung  houang,  engagèrent  les  rebelles  sur  la 
droite  et  autour  de  la  porte  de  T'aï-P'ing  pendant  près  de  deux 
heures  et  Hnalemenl  les  (iront  entrer  de  force  pendant  qu'en 
même  temps  Li  Tchiang-ho  entra  dans  la  ville  par  les  défenses 
de  la  même  porte. 

a  A  présent,  nos  forces  étaient  divisées  en  quatre  colonnes, 
l'une  sous  les  ordres  de  Wang  Youen-ho  marchant  sur  le  palais 
du  soi-disant  T'ien  Wang  qu'elle  essaya  dix  fois  de  prendre  par 
assaut  jusqu'au  moment  où  l'approche  de  la  nuit  la  força  de 
battre  en  retraite.  Lieou  Lien-tche  abattit  les  rebelles  sur  la  gauche 
aussi  loin  que  la  porte  de  Chen-tseu  lorsqu'il  rencontra  Tcliou 
Lan-kouei,  qui  avec  d'autres  venaient  justement  d'entrer  par  un 
souterrain  abandonné.  Réunissant  leurs  troupes,  ils  se  trouvèrent 
assez  forts  pour  marcher  sur  la  colline  de  Lien  et  se  rendre 
maitres  de  la  porte  de  I-Fêng  (Nord).  Sur  la  gauche,  Ven^ 
You-tchou,  avec  sa  suite,  entra  à  travers  la  vieille  ville  et  marcha 
sur  la  porte  de  Toung  Si,  tandis  que  toujours  dans  la  même 
direction,  H'ia  Fou-seu  se  divisant,  s'empara  des  portes  de  Tchao 


f^ 


PRISK    DE    \.\>-KlNG  239 

Yang  et  de  Houng  Wou,  et  tua  tous  les  rebelles  dans  les  guérites, 
les  corps  de  garde,  etc..  et  dans  tous  les  environs.  En  un  mol 
les  rebelles  sur  la  gauche  furent  attaqués,  entourés,  abattus  et 
détruits  dans  un  temps  incroyablement  court,  pendant  que 
Lîeou  Lien-tche  était  également  vainqueur  sur  la  droite.  Des 
gardes  furent  placées  aux  portes  et  ceci  termina  les  événements 
regardant  Tattaquc  et  la  prise  du  19  juillet. 

«c  Le  plus  gros  de  mon  armée  était  maintenant  massé  sur  la 
colline  de  Loung  houang,  mais  la  garnison  rebelle  du  quartier 
sud-ouest  tenait  bon  jusqu'après  la  prise  de  la  porte  de  ïchao 
Yang,  quand  Lo  Feng-Youen  fit  une  attaque  désespérée  à  l'ouest 
de  la  porte  de  Tclia  pao  (Sud)  et  escalada  la  muraille  par  une 
vieille  brècfie.  Au  même  moment,  Li  Tchen-tcbeou  entra  par 
les  défenses  de  la  porte  de  Toung  Si.  Le  soi-disant  Tchoung 
Wang  rassembla  alors  une  bande  de  partisans  désespérés  et  fit 
une  furieuse  tentative  pour  se  frayer  un  chemin  entre  la  colline 
de  Tching  liang  à  la  porte  de  Han-tsei.  Cependant,  voyant  cela, 
Tchen-ti  et  les  autres  passent  par  dessus  les  défenses  de  la  porte 
de  Chen-tsei  et  une  sortie  dans  cette  direction  étant  par  consé- 
quent impossible,  ils  reculent  sur  la  colline  de  Tcheng  Wang.  Au 
même  moment,  Houang,  Ti-tou  du  Kiang-Sou,  avec  sa  flottille 
attaque  les  forts  de  la  rivière  au-dessus  de  Tchoung  Kouan,  et 
continue  victorieusement  jusqu'aux  murs  de  la  ville,  où  Tchen- 
ti  et  ses  collègues  s'emparent  des  portes  de  Chen-tsei  et  de  Han-si, 
tuant  tous  les  rebelles  qui  s'y  trouvaient.  Il  se  faisait  tard  alors,  et 
Tchen-ti  voyant  le  Tchoung  Wang  et  sa  suite  en  embuscade 
dans  le  quartier  sud-ouest,  prit  toutes  ses  précautions  contre  une 
sortie.  Peng  You-lchou  se  chargea  des  portes  de  Tchou-pao  et 
de  Toung  si  et  Li  Tchen-tien  de  la  porte  de  T'aï  P'ing,  pendant 
que  les  hommes  de  Wang  Youn-ho,  qui  avaient  combattu  toute 
la  journée,  furent  rappelés  dès  que  les  premières  étoiles  paru- 
rent et  Campèrent  en  cercle  autour  de  la  colline  de  T'oung 
houang. 

«  Voici  brièvement  le  résultat  des  opérations  du  côté  sud- 
ouest  et  l'œuvre  de  la  flottille. 

<c  Maintenant,  pendant  que  Tchou  Koung-tchang  attaquait 
les  palais  du  T'ien  Wang,  Chcn  lloung-ping  et  autres  condui- 
saient un  corps  d'hommes  autour  sur  la  gauche,  et  formaient 
une  embuscade  à  l'est  de  la  ville  soi-disant  impériale  en  vue  de 
capturer  ou  de  massacrer  les  chefs.  Mais  le  cheval  de  Tchôu 
Koung-tchang  ayant  été  blessé  et  les  rebelles  étant  en  nombre 


a3o  RÉBEi.Lio:<ï  DES  t\\  p'ixg 

énorme  sur  le  pont  de  pierre,  il  conduisit  ses  troupes  à  Fentour 
et  comme  il  était  très  tard,  il  les  ramena  à  la  colline  de  Loung 
houang,  Tembuscadc  cependant,  pendant  ce  temps,  sV'tait  trop 
avancée  pour  pouvoir  reculer.  Il  était  à  peu  près  une  heure  du  ma- 
tin quand  le  Tchoung  Wang  donna  Tordre  que  le  palais  du  T'ien 
AVang  et  les  fous  *  occupés  par  les  autres  Wang  soient  incendiée 
et  de  faire  sauter  les  magasins.  La  ville  tout  entière  tout  à 
coup  parut  remplie  de  fumée  et  de  feu,  mais  au  même  mo- 
ment, Youen  Ta-cliang  et  autres  virpnt  quelque  mille  rebelles 
armés  quittant  le  palais  du  T'ien  Wanp  par  la  porte  du  Sud  et 
s'élançant  vers  les  maisons.  L'impression  de  Youen  Ta-chang 
était  que  le  T'ien  W'ang  essayait  de  s'enfuir,  aussi  intercepta-t— 
il  ce  '  corps  et  en  tuant  sept  à  huit  cents-hommes,  il  s'empara 
d'un  sceau  d'or  et  de  deux  sceaux  de  jade  impériaux  dont 
lloung  Sieou-ts'iucn  avait  eu  l'audace  de  se  servir.  Les  femmes 
employées  au  palais,  au  nombre  de  plusieurs  centaines,  se  pen- 
dirent elles-mêmes,  et  quelque  deux  mille  rebelles  furent  noyés 
dans  le  fossé  de  la  ville.  Un  grand  nombre  en  fut  aussi  brnlé  à 
mort,  le  feu  ayant  jailli  dans  toutes  les  directions  avait  rendu 
les  rues  impossibles.  Nos  troupes,  cependant,  dans  l'ignorance 
des  routes,  furent  incapables  d'attaquer  Tcnnomi  dans  l'obscurité 
et  naturellement,  se  retirèrent. 

Ceci  complète  le  récit  des  résidences  des  Wang  et  le  principal 
massacre  des  rebelles. 

«  Vers  quatre  heures  du  matin,  un  corps  de  rebelles  vêtus 
commedes  soldats  impériaux  et  au  nombre  d'environ  un  millier,  dé- 
boucha de  la  porte  T'ai  Ping,  mais  la  brigade  Kouan-tseu  les  atta- 
qua avec  des  grenades  et  autres  projectiles  et  en  tua  une  grande 
quantité.  Néanmoins  six  à  sept  cents  cavaliers  réussirent  à  sor- 
tir, et  alors  s'élancèrent  dans  la  direction  deH'iao-leng  et  Têng- 
lin,  où  ils  furent  poursuivis  par  notre  cavalerie  sous  Wou  Wei- 
cheou.  Les  prisonniers  alîirmèrent  que  le  soi-disant  Tchoung 
Wang  avait  été  tué  dans  la  ville,  que  le  jeune  T'ien  Wang 
s'était  brûlé  lui-même  dans  le  palais,  tandis  que  d'autres  nous 
informaient  que  leChoun^  et  le  Tchoung  W^ang  s'étaient  sauves 
avec  le  jeune  T'ien- Wang,  mais  que  Houng  Sieou-ts'iuen  avait 
avalé  du  poison  au  mois  de  juin  au  moment  où   nos   troupes 


I.  Palais. 

a.  Lo  Fou  Wang. 


^f' 


PRISE    DE    NAN-RLNG  a3t 

investissaient  la  ville  et  qu'il  avait  été  brûlé  dans  son  palais, 
tandis  que  son  titre  avait  été  repris  par  le  jeune  héritier*. 

«  Aussitôt  que  j'entendis  parler  de  la  fuite  de  ces  rebelles 
dispersés,  j'envoyai  Tchang  Ting-houei  avec  quelque  cavalerie 
pour  suivre  Wou  Wci-cheou  et  continuer  avec  lui  la  poursuite 
jour  et  nuit.  J'écrivis  aussi  aux  garnisons  de  Li  Choui,  Tchou- 
Young  et  autres  places  de  réunir  toute  la  cavalerie  disponible  et 
de  poursuivre  les  fugitifs^  les  exhortant  en  même  temps  à  ne  pas 
les  laisser  s'échapper.  J'attends  maintenant  leur  retour  pour 
envoyer  leurs  rapports  et  les  transmettre  à  Péking  par  l'entre- 
mise de  Votre  Excellence.  Pendant  les  journées  du  30  et  du  ai. 
nos  troupes  raflèrent  et  tuèrent  un  nombre  considérable  de 
vieux  rebelles,  natifs  des  deux  Kouang,  des  deux  IIou  et  du 
Kiang-Si.  Tseng  Liang-tso  et  ceux  qui  étaient  avec  lui,  se  dis- 
tinguèrent spécialement  en  tuant  un  grand  nombre  de  chefs  et 
en  tout  j'imagine  que  le  nombre  des  tués  doit  se  monter  à  une 
centaine  de  mille.  Pendant  les  trois  journées  que  j'ai  mention- 
nées, la  rivière  Tching  houei  a  été  bloquée  par  les  cadavres.  Dans 
la  ville,  il  y  avait  à  peu  près  trois  mille  Wang  et  chefs,  dont 
la  moitié  fut  tuée  et  le  reste  noyé  ou  tué  dans  le  fossé  de  la  ville. 

«  Le  33,  il  ne  restait  plus  que  quelques  Cantonais  qui  s'étaient 
fortifiés  eux-mêmes  dans  un  bâtiment  très  haut  d'où  ils 
visaient  nos  hommes,  mais  le  33,  la  ville  fut  en  notre  pouvoir 
exclusif  el  les  poursuites  et  les  tueries  complètement  termi- 
nés. J'envoyai  immédiatement  des  hommes  pour  éteindre  les 
incendies  et  pour  enterrer  les  morts,  pendant  qu'en  même  temps, 
je  pris  des  arrangements  pour  recevoir  et  soigner  les  blessés.  Ce 
n'était  pas  une  tâche  aisée  d'avoir  à  s'occuper  d'une  centaine  de 
choses  qui  demandaient  toute  mon  attention. 

«  Je  ne  puis  m'cmpêcher  de  m'aflliger  sur  les  milliers 
d'hommes  que  nous  avons  perdus  par  maladie  ou  qui  furent 
tués  pendant  le  siège.  Pendant  ce  temps,  j'ai  empêché  trois  fois 
qu'on  vînt  au  secours  de  la  ville,  et  j'en  fis  l'assaut  plus  de  cent 
fois,  mais  comme  par  la  bonne  chance  de  Sa  Majesté,  ce  loger 
succès  a  pu  être  obtenu.  Leurs  Excellences  Peng,  Yang  et 
liouang,  dresseront  une  liste  des  ofliciers  et  des  hommes  appar- 
tenant à  la  flottille,  comme  je  ferai  de  mon  côté  en  ce  qui  con- 
cerne les  troupes  de  terre,  lequel  rapport  nous  espérons  que  vous 


I.  C'est  la  vraie  version. 


a34  RÉBELLION    DES    T*AÏ    P*I>'G 

VOUS  joindrez  à  nous  pour  le  présenter  au  Trône.  Je  vous  prie  de 
vouloir  bien  recommander  jîour  une  marque  de  faveur  de  Sa 
Majesté,  tous  ceux  qui  se  sont  distingués  et  que  vous  réclamerez 
les  honneurs  posthumes  pour  ceux  qui  sont  tombés  en  combattant. 
«  J*ai  remis  un  rapport  semblable  à  Son  Excellence  le  Gouver- 
neur Général  *,  avec  la  prière  de  le  remettre  à  Péking*.  » 

Le  prince  de  Koiing  et  les  membres  du  Tsoung-li  Yamen 
annoncèrent  aux  ministres  étrangers  la  -prise  de  Nan-King 
dans  les  termes  suivants  : 

Nous  avons  reçu  aujourd'hui  dans  la  matinée  un  message 
que  Tseng  Rouo-fan  nous  a  envoyé  par  un  courrier  faisant  plus 
de  600  lis*  par  jour  pour  nous  annoncer  que  le  19  de  la  6'^  lune 
(28  juillet)  la  ville  de  Nan-King  a  été  reprise  en  entier.  Cette 
importante  entreprise  est  terminée  et  pas  un  rebelle  ne  s'est 
échappé. 

Sachant  tout  l'intérêt  que  vous  portiez  à  celte  afTaire,  nous 
nous  empressons  de  vous  annoncer  son  heureuse  issue,  certains 
que  vous  partagerez  notre  satisfaction,  et  nous  profitons  de 
l'occasion  qui  se  présente  pour  vous  souhaiter  mille  prospérités. 


FIN    DE    LA    nÉnELLlO>' 


Quelque  temps  auparavant  (3o  juin  iSG'i),  le  T'ien 
Wang,  Houng  Sieou-ts'iucn,  s'était  suicidé  en  avalant  des 
feuilles  d'or  ;  le  Tchoung  Wang,  qui  était  le  meilleur  des 
généraux  rebelles,  fut  exécuté  par  les  Impériaux  le  7  août  i864 
avec  le  Fou  Wang,  HongJen-ta,  demi-frère  du  T'ien  Wang; 
Iloung  Fou-tien,  le  fils  même  de  Iloung  qui  avait  pris  le  titre 
de  T'ien  Wang  H  périt  de  la  même  manière  quelques  jours 
après  la  prise  de  Nan-King  dont  il  avait  réussi  à  s'enfuir. 

1.  Tseng  Kouo-fan. 

3.  North-China  Herald,  783,  ao  août  186^. 

3.  Le  /j  est  d'environ  600  mclres;  cette  expression  signifie  simplement 
marchant  à  toute  vitesse. 


PAviu.o:«s  NOIRS  a  35 

D'un  autre  côté,  le  corps  franco-chinois  continuait  ses  opé- 
rations :  la  capitale  du  Tché-Kiang,  Hang-tchéou,  élait  prise 
dans  la  nuit  du  3oau  3i  mars  186^  par  P.  d'Aiguebelle  qui 
recul  en  récompense  la  robe  jaune  et  dix-mille  taëls,  et  les 
T'aï  Ping  évacuèrent  (28  août  186/1)  Ilou-tchéou,  leur  der- 
nier rempart  dans  cette  province;  au  mois  d'avril  i865,  les 
bandes  T'aï  P'ing  sont  chassées  de  Tchang-Tchéou  près 
d'Amoy  et  leurs  débris  traqués  de  tous  côtés,  se  réfugiaient 
dans  les  montagnes  du  Fou-Kien,  du  Kiang-Si  et  duKouang- 
Toung,  ainsi  que  dans  le  Se-tch'ouen. 


PAVUXO?{S    >01RS 


Un  des  chefs  T'aï  Ping,  Wou-lsoung,  pénétra  dans  le 
Tong-King,  livra  le  pays  au  pillage  avec  une  bande  de 
3  à  ^  000  soldats  et  s'avança  jusqu'au  Song  Koï  en  face  de 
Ha-noï.  Les  Annamites  eurent  recours  aux  Chinois  pour  être 
débarrassés  de  ces  bandits.  Les  Chinois  s'empressèrent  d'en- 
voyer au  Tong  King  une  petite  armée,  composée,  croyons- 
nous,  d'ime  dizaine  de  mille  de  soldats,  qui  pourchassa  les 
rebelles  et  les  obligea  à  fuir  vers  les  montagnes  qui  bordent 
le  Yun-Nan. 

Wou-tsoung  mourut  peu  de  temps  après  en  1866  et  il 
laissa  le  commandement  de  ses  troupes  à  ses  deux  lieute- 
nants Lieou  Yen-fou  et  Houang  Tsoung-yn.  Les  deux  chefs 
mirent  ensemble  le  siège  devant  Lao-Kay  dont  «  la  forte- 
resse, dit  M.  de  Kergaradec,  n'est  qu'une  enceinte  carrée  en 
maçonnerie  formée  par  un  mur  en  moellons  de  quarante 
centimètres  d'épaisseur  ou  à  peu  près,  et  aux  quatre  coins  de 
laquelle  sont  disposées  des  tours  à  plateforme,  armées  de 
petites  pièces  d'artillerie.  »  Ce  n'est  pas  faire  l'éloge  de  l'ha- 
bileté des  rebelles  de  dire  qu'ils  ne  s'emparèrent  de  Lao-Kay 
qu^au  bout  d'un  siège  de  deux  ans. 


a36  RÉBEi.i.iox  nr.s  t'aI  p'ixg 

Les  deux  associés  se  querellèrent  après  la  prise  de  Lao  Kay 
(1868).  Lieou  Yen  fou  resta  dans  cette  ville,  Houang  Tsoung- 
yn  descendit  le  fleure  Rouge,  puis  établit  son  quartier 
général  à  Ho  yang,  sur  la  rivière  Claire  (7»//i^'  T/o),  affluent 
de  la  rive  gauche  du  Song  Koï.  Les  anciens  amis,  devenus 
ennemis  mortels,  devaient  se  faire  à  Tavenir  une  guerre 
acharnée,  et,  leurs  troupes  se  distinguant  par  la  couleur  de 
leurs  inscriptions,  on  nomma  Paviilons  Noirs  (en  chinois 
//e  Ki\  ou  dans  le  dialecte  cantonais  Ilac  A7)  Tarmée  ou 
plutôt  la  bande  de  Lieou  Yen-fou,  et  Pacifions  Jaunes 
(^Houang  Aï),  les  partisans  de  Houang  Tsoung-yn. 


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CHAPITRE  XVI 


RÉBELLIONS 


RÉBELLION     MUSULMANE 

'  Chose  curieuse  :  celte  rébellion  commença  au  Yun-nan 
par  une  querelle  entre  mineurs,  les  uns  musulmans,  les 
autres  Chinois.  Vers  i855,  des  gisements  de  galène  argen- 
tifère situés  à  Chi-yang  Ich'ang,  à  cinq  jours  de  marche  de  Yun- 
Nan  fou,  sur  la  route  de  Ta-li,  étaient  en  pleine  voie  d'exploita- 
tion; ils  étaient  fort  riches,  et  musulmans  et  Chinois,  originaires 
deLin-ngan,  dans  la  même  province,  les  travaillaient  en  com- 
mun. Cependant  le  Chinois,  âpre  au  gain,  chercha  de  bonne 
heure  à  écarter  son  compatriote  musulman  ;  celui-ci,  d'abord 
peu  heureux  dans  ses  efforts,  les  avait  vus  devenir  prospères,- 
tandis  que  le  contraire  avait  lieu  pour  son  concurrent  qui, 
lui^a}'ant  demandé  du  travail,  éprouva  un  refus.  Des  rixes 
eurent  lieu,  quelques  hommes  furent  tués,  les  Chinois  furent 
repoussés,  un  mandarin  incapable  ne  réussit  pas  à  calmer 
l'effervescence,  eut  peur,  quitta  son  poste,  et  retourna  à 
Yun-Nan  fou,  capitale  de  la  province,  où  il  rédigea  un  rapport 
foudroyant  contre  les  mahométans.  C'est  une  histoire  arrivée 
dans  tous  les  pays  du  monde  V 

Les  musulmans,  craignant  une  nouvelle  attaque,  se  forti- 
fièrent :  les  Chinois  revinrent  en  effet  en  nombre,  battirent 


I.  Henri  Gordier,  Journal  des  Débats^  a  octobre  1880. 


a58  RÉBELLIONS , 

leurs  adversaires,  les  poursuivirent  jusque  dans  les  villages 
voisins  où  ils  massacrèrent  tous  ceux  qu'ils  purent  saisir. 
Cependant  les  mandarins  réussirent  k  apaiser  les  combattants, 
les  travaux  (tirent  repris,  les  troubles  cessèrent,  mais  pour 
recommencer  bientôt. 

Un  certain  Houang  Tchoung,  ancien  vice-président  du 
ministère  de  la  guerre  et  ennemi  mortel  des  musulmans,  orga- 
nisa un  massacre  général  qui  eut  lieu  le  19  mai  i856.  Mais 
cette  Saint-Barthélémy,  n'eut  qu'un  médiocre  succès.  Les 
musulmans  prévenus  se  défendirent;  leur  grand-prêtre  Ma  Tê- 
sing,  vieillard  de  soixante-cinq  ans,  organisa  la  défense,  et,  aidé 
d'un  jeune  bachelier,  Tou  Wen-sieou,  très  considéré  de  ses 
coreligionnaires,  qui  se  mit  à  la  tête  du  mouvement,  il  s^eni- 
para  de  Ta-li  fou,  désormais  la  capitale  et  la  forteresse  des 
mahométans  dans  le  Yun-Nan,  et  de  ses  environs,  y  compris 
le  lac  Eul  Haï,  défendu  par  les  barrières  inférieure  et 
supérieure  (Il'ia  kouan  et  Chang  kouan). 

C'est  une  figure  remarquable  que  celle  de  ce  grand-prêtre 
musulman.  Né  en  1798,  de  commerçants  établis  dans  un 
village  de  H'ia  kouan,  à  10  lis  de  Ta-li,  Ma  Tê-sing  fut  mis 
à  l'école  dès  son  enfance  ;  après  avoir  obtenu  une  teinture 
suiHsante  de  la  littérature  chinoise,  il  alla  dans  une  mosquée 
suivre  un  cours  de  langue  arabe.  Il  compléta  ensuite  ses  études 
de  théologie  dans  le  Chan-Si.  Plus  tard  (1889),  il  se 
joignit  aux  caravanes  de  marchands  qui  font  le  négoce  entre 
le  Vun-nan  et  la  Birmanie,  descendit  jusqu'à  Rangoun^ii 
il  s'embarqua  à  bord  d'un  voilier  chargé  de  pèlerins  qui  se 
rendirent  avec  lui  à  la  Mecque  pour  y  célébrer  les  fêtes  du 
Ramadan.  Après  avoir  fait  quelque  séjour  dans  la  ville  sainte 
où  il  continua  l'étude  de  la  langue  arabe,  il  parcourut  toute 
l'Egypte  et  alla  jusqu'à  Constantinople  ;  il  s'arrêta  deux  ans 
dans  cette  ville.  Sa  double  qualité  de  Chinois  et  de  prêtre 
musulman  l'y  avait  fait  bien  accueillir  ;  mais,  ses  ressources 
touchant  à  leur  fin,  il  lui  fallut  retourner  dans  son   pays. 


RÉBKLLIOX    MUSULMANE  ^Sq 

D'Alexandrie,  où  il  s'arrêla  peu  de  temps,  il  partit  directe- 
ment pour  Sîngapore.  «  Il  demeura  un  an  dans  cette  colonie, 
afin,  dit  M.  Rocher,  de  s'assurer  que  les  jours  y  sont  égaux 
toute  Tannée,  ainsi  qu'un  astronome  de  Constantinople  le 
lui  avait  affirmé.  Son  retour  eut  lieu  en  i846  par  la  rivière 
de  Canton.  L'intéressant  voyage  de  sept  années  qu'il  venait 
d'accomplir,  les  objets  qu'il  avait  rapportés  de  l'étranger, 
les  connaissances  qu'il  avait  acquises,  le  renom  de  sainteté 
qui  s'attache  aux  pèlerins  de  la  Mecque  ne  firent  qu'accroître 
le  prestige  dont  il  jouissait  avant  son  départ.  » 

Un  certain  Ma  Sien,  dont  le  frère  avait  été  tué  dans  une 
des  premières  échauflburées  de  mineurs,  fut  le  chef  militaire 
qui  seconda  Ma  Tê-sing,  son  maître,  dans  cette  guerre.  Ma 
Sien  qui,  par  ses  connaissances,  ses  talents,  son  énergie 
poussée  jusqu'à  la  témérité,  avait  mérilé  l'estime  et  la 
confiance  de  ses  coreligionnaires,  fut,  par  la  force  même  des 
choses,  appelé  au  commandement  des  troupes  que  la  révolu- 
lion  naissante  se  proposait  de  lancer  contre  ses  persécuteurs. 
Les  20  000  hommes  qui  suivirent  sa  fortune  se  mirent 
bientôt  en  marche,  et,  sans  entrer  dans  le  détail  de  leur 
campagne  non  plus  que  dans  celui  des  opérations  des  trou- 
pes réunies  sous  les  ordres  de  Tou  Wen-sieou,  nous  pouvons 
dire  qu'en  1860  les  musulmans  étaient  vainqueurs  sur  tous 
les  points. 

Les  aborigènes  :  Pa  yi,  I-jen,  Miao  tseu,  etc.,  profitaient 
de  «  la  faiblesse  des  Chinois  pour  revendiquer  leur  ancienne 
indé|jendance  et  descendre  dans  les  plaines  d'où  ceux-ci  les 
avaient  chassés  »  \ 

Chose  inexplicable  !  Ma  Té-sing  et  Ma  Sien,  qui  auraient 
pu  dicter  aux  troupes  impériales  les  plus  dures  conditions, 
consentirent  à  traiter  sur  des  bases  dérisoires.  Le  grade  de 
général   de  brigade  accordé   à  Ma  Sien,  dont  le  nom  est 

I.  Hocher,  11,  p.  55. 


a^O  RÉBELLIONS 

changé  en  celui  de  Ma  Jou-loung,  des  grades  correspondants 
dans  Tarmée  impériale  donnés  aux  chefs  subalternes,  de 
larges  gratifications  réservées  aux  soldats  amenèrent  entre 
les  partis  belligérants  une  entente  que  la  rébellion  des  T'aï- 
P^ing  et  autres  luttes  intestines  firent  approuver  sans  enquête 
par  le  gouvernement  de  Pé-king. 

La  soumission  des  deux  Ma  (1860)  fut  une  faute  irré- 
parable, car  elle  causa  la  ruine  du  parti  musulman  ;  les  succès 
temporaires  de  Tou  Wen-sieou  montrent  que  si  les  secta- 
teurs de  Mahomet,  au  lieu  de  se  diviser,  étaient  restés  unis, 
rien  ne  leur  eût  été  plus  facile  que  de  rétablir  à  leur  profil 
dans  le  sud-ouest  de  la  Chine  les  deux  anciens  royaumes  de 
Ta-li  et  de  l'Est.  Les  conséquences  d'un  établissement  musul- 
man dans  celte  partie  de  la  Chine  eussent  été  incalculables 
pour  rinde  et  la  Kachgarie,  et  la  théorie  avancée  il  y  a  quel- 
ques années,  avant  que  les  deux  grands  groupes  musulmans 
dirigés   par    Tou    Wen-sieou   et   Yakoub  beg  eussent   été 
écrasés  Tun  après  l'autre,  théorie  d'après  laquelle  la  prochaine 
dynastie  chinoise  serait  mahométane,  pouvait  être  défendue 
avec  quelque  apparence  de  raison.  La  soumission  des  deux 
chefs  n'amena  en  aucune  façon  la  soumission  de  leur  parti  : 
ils  entraînèrent  leur  armée  à  leur  suite,  mais  ils  ne  purent 
obtenir  que  les  troupes  de  Tou  Wen-sieou  imitassent  leur 
exemple.   Leur  défection,  en  même  temps  qu'elle  diminuait 
la  force  de  leur  parti,  augmentait  celle  des  Chinois  :  c'était 
prolonger  la  guerre  avec  des  chances  moindres  de  succès 
pour  leurs  frères  dont  ils  avaient  esi^éré  de  servir  les  inlérêts, 
et  qu'ils  allaient  se  trouver  obligés  de  traiter  en  ennemis. 
Chinois  eux-mêmes,  Ma  Jou-loung  et  Ma  Tê-sing  auraient 
dû  savoir,  malgré  leur  loyauté  et  leur  désintéres^ment  per- 
sonnels,  que  la  Chine  n'oublie  rien,  ne  pardonne  rien,  et 
qu'assurer  sa  victoire,  c'était  en  même  temps  préparer  le 
massacre  des  musulmans  dans  le  Yun-Nan. 

Ma  Jou-loung,  dorénavant  chargé  par  les  Impériaux  de 


AÉBELLION    MUSULMANE  3^1 

la  pacification  de  la  province,  se  trouva  placé  dans  une 
psition  fort  difficile.  A  la  tête  des  troupes  où  Pavait 
mis  la  confiance  des  Chinois,  il  allait  être  obligé  d'a- 
gir contre  ses  propres  coreligionnaires.  Tou  Wen-sieou, 
de  son  côté,  n'avait  pas  perdu  son  temps;  ses  campagnes 
furent  désastreuses  pour  ses  adversaires;  son  ancien 
allié,  le  grand-prêtre,  qui  avait  rempli  temporairement  les 
fonctions  de  vice-roi  de  la  province,  essaya,  mais  en  vain,  de' 
le  ramener  à  ses  idées  (i863).  La  guerre  continua  donc  ; 
Ma  Jou-loung  fut  battu  ;  des  peuplades  autochtones,  les 
Miao  tseu  et  les  Man  tseu,  s'élanl  révoltées,  ajoutèrent  aux 
embarras  des  troupes  impériales,  et  les  musulmans  se  répan- 
dirent dans  toute  la  province  du  Yun-Nan . 

En  1868,  Tou  Wen-sieou,  qui  depuis  Icftigtemps  avait  pris 
le  titre  de  Sultan,  marche  sur  la  capitale  de  la  province  dont 
il  fait  le  siège  après  s'être  emparé  des  puits  à  sel,  principale 
source  du  revenu  du  pays.  Les  deux  Ma  refusent  de  repasser 
aux  musulmans  ;  Ma  Jou-loung  même  est  blessé  dans  une 
sortie;  mais  rien  n'ébranle  sa  loyauté.  Heureusement  pour 
les  Chinois,  le  siège  traîne  en  longueur  ;  des  relations  s'éta- 
blissent entre  assiégeants  et  assiégés  ;  de  nombreuses  défec- 
tions ont  lieu  dans  l'armée  de  Tou  Wen-sieou;  le  Sultan, 
voyant  ses  troupes  affaiblies  par  la  désertion  et  par  les  sorties,  et 
ne  pouvant  plus  occuper  efficacement  les  environs  de  la  ville, 
se  décide  à  en  lever  le  siège. 

Sa  retraite  est  le  signal  des  revers  ;  la  fortune  des  armes 
va  changer;  avec  des  alternatives  de  succès  et  de  défaites,  les 
troupes  impériales  gagnent  graduellement  du  terrain  jusqu'au 
jour  où  elles  écraseront  l'aigle  dans  son  aire,  Tou  Wen-sieou 
dans  Ta-li.  Il  faut  bien  le  reconnaître,  l'histoire  de  la  ré- 
bellion musulmane  est  terrible  pour  l'honneur  de  la  Chine. 
A  chaque  pas  on  retrouve  chez  les  Chinois  ces  instincts 
sanguinaires  que  nous  autres  Occidentaux  sommes  toujours 
disposés  à  croire  éteints  :  ils  ne  sont  qu'assoupis,  et,  de 
GuRDiER.  I.  —  16 


34^  RÉBELLIONS 

temps  à  autre,  de  grandes  hécatombes  humaines  nous  rap- 
pellent au  sentiment  de  la  réalité. 

Tantôt  vous  lisez  le  récit  de  scènes  dignes  de  cannibales, 
voyez  plutôt  :  Un  chef  reconnaît  l'un  de  ses  ennemis  sur  le 
champ  de  bataille,  il  lui  ouvre  la  poitrine,  arrache  le  cœur 
encore  chaud,  le  fait  frire  dans  une  marmite  et  le  mange 
avec  ses  soldats.  Ailleurs,  c'est  un  fou-taï  (gouverneur  de 
province),  qui  se  plaint  de  généraux  ayant  rétabli  l'ordre 
parmi  leurs  soldats  auxquels  le  pillage  avait  été  promis;  il 
fait  exécuter  sous  ses  yeux  les  chefs  qui  l'ont  menacé  de  mort. 
Ce  pillage  est  celui  de  la  ville  de  Tcheng  kiang  ;  en  voici  le 
récit  atroce  : 

«  Les  rebelles  (musulmans)  qui  avaient  pris  l'offensive 
((  profitèrent  du  désordre  pour  gagner  au  large;  mais  les 
((  femmes,  les  enfans  et  les  vieillards,  n'ayant  pu  les  suivre, 
«  furent  victimes  de  la  rage  des  Impériaux.  L'ordre  rétabli, 
«  le  massacre  recommença.  Des  femmes,  épouvantées  de  se 
«  voir  livrées  à  la  biutalité  des  soldats,  se  suicidèrent  en  se 
«  jetant  dans  les  puits  avec  leurs  enfants  ;  celles  que  la  peur 
«  de  la  mort  avait  retenues,  furent  violées  et  vendues  ensuite 
«  au  plus  offrant.  C'est  ainsi  que  5  à  6000  créatures  hu- 
»  maines  subirent  un  sort  infànîe.  Les  vieillards  furent  tous 
«  passés  par  les  armes  et  leurs  têtes  exposées  sur  les  remparts. 
a  Quatre  à  cinq  jours  après  ces  scènes  de  carnage,  les  rues 
«  étant  encore  souillées  de  sang  et  les  cadavres  laissés  partout 
«  sans  sépulture,  le  fou-taï,  impatient  de  contempler  son 
«  œuvre,  entra  dans  la  ville.  » 

Une  autre  fois  ce  sont  deux  chefs  rebelles.  Ma  Min-koung 
et  Ta  Tou-iou,  qui  sont  attirés  dans  un  piège.  Ce  dernier,  qui 
fumait  l'opium  dans  la  tente  de  son  hôte,  fut  garrotté  et  en- 
voyé au  fou-taï  (gouverneur),  et,  pour  éviter  qu'il  ne  s'échap- 
pât en  route,  on  lui  coupa  les  jarrets.  Ecoutons  maintenant 
la  suite  de  l'histoire  contée  par  M.  Rocher  : 

«  Les  deux  chefs  une  fois  en  son  pouvoir  le  fou-taï  put 


LES    NIEK    FEI  3^3 

«  savourer  sa  vengeance  à  son  aise.  Ma  Min-koung,  qui  était 
«  une  espèce  d'Hercule,  chercha  à  rompre  ses  liens  ;  mais 
«  il  n'y  put  parvenir,  et  cette  tentative  lui  valut,  à  lui  et  à 
a  son  compagnon  d'infortune,  de  nouvelles  tortures.  Dé- 
«  pouillés  de  leurs  vêtements,  ils  furent  roulés  nus  sur  un 
«  plancher  où  l'on  avait  planté  des  clous  très  pointus  d'un 
«  pouce  de  long,  de  telle  sorte  qu'à  chaque  tour  qu'on  les 
«  forçait  de  faire,  leur  chair  se  déchirait  et  ruisselait  de 
a  sang.  Ainsi  mutilés,  ils  furent  rendus  au  bourreau,  qui 
«  les  décapita  ;  leurs  corps  restèrent  sans  sépulture,  et 
«  leurs  têtes  furent  envoyées  à  Lin-ngan,  leur  départe- 
«  ment,  pour  y  être  exposées  sur  les  remparts  jusqu'à  décom- 
«  position  complète  *  » . 


LES    NIEN    FEI 

Aux  grandes  rébellions  des  T'aï  P'ing  et  des  musulmans, 
il  fout  ajouter  le  brigandage  des  Nien  Feiy  pillards  armés  de 
lances,  de  vieux  fusils,  qui  désolaient  la  partie  occidentale  du 
Chan  Toung,  l'est  du  Tché-li  et  le  nord  du  Ho  Nan,  théâtre 
des  exploits  des  «  Boxeurs  actuels  ».  Ils  s'emparèrent  de 
Fouang-Houang-tchoung  en  avril  1861  ;  en  octobre  1861, 
ils  s'avancèrent  vers  Tché-fou  et  massacrèrent  les  mission- 
naires américains  J.-L.  Holmes  et  H.-M.' Parker  à  une 
trentaine  de  milles  de  celte  ville.  En  i863,  le  capitaine  Coney, 
du  67'  régiment  d'infanterie  anglaise,  futenvoyé  de  Tien-Tsin, 
avec  des  troupes  chinoises  pour  combattre  ces  maraudeurs, 
mais  ce  n'est  qu'après  la  chute  de  Nan  King  (i864)  que  le 
gouvernement  impérial  tenta  un  grand  effort.  Le  Sen  Wang, 
Seng-ko-lin-sin,  prince  mongol  de  la  tribu  des  Khorsin,  le 


I.  Pour  tout  ce  chapitre,  voir  le  vol.  II  de  La  Province  chinoise  du 
Yûn-nany  par  Emile  Rocher.  Paris,  Ernest  Leroux,  1880,  in-8. 


2^4  RÉBELLIONS 

vaincu  de  Pa-li  k'iao,  avait  été  envoyé  contre  eux  avec  Joui- 
lin,  en  1861,  pour  leur  donner  une  occasion  de  se  réhabililer  de 
leurs  désastres  dans  la  guerre  étrangère  l'année  précédente; 
il  annonça  qu'il  avait  renaporlé  le  19  janvier  une  grande 
victoire  sur  les  rebelles  dont  il  avait  tué  des  milliers  à 
Tcheng-kia-tchi,  délivré  plus  de  deux  mille  paysans  prison- 
jîiers  et  rétabli  la  tranquillité  dans  le  district  de  Ts'ao-tchéou, 
dans  le  Chan  Toung  ;  toutefois  ces  succès  furent  éphémères  ; 
il  attaqua  leur  chef,  Tchang  Tsoung-yu  ou  Siao  Yen-mang, 
à  Ts'ao-tchéou,  mais  son  arrière-garde  étant  arrivée  en  relard, 
il  fut  entouré  par  les  masses  ennemies  et  mis  à  mort  (i865). 
Tseng  Kouo-fan  le  remplaça  en  mai  i865  et  accourut  au 
secours  du  fils  du  Sen  Wang,  le  Pao  Wang  qui  défendait  Tsi 
Nan  avec  3o  000  hommes  ;  il  lutta  contre  les  rebelles  jusqu'en 
août  1866,  époque  à  laquelle  il  demanda  un  congé  pour  se 
reposera  Nan  King.  En  i865,  un  grand  nombre  de  Nien  Foi 
passèrent  dans  le  Chan  Si,  le  Chen  Si  et  rejoignirent  les  musul- 
mans du  Kan-Sou.  L'année  suivante,  les  Nien  Fei  pénétrèrent 
de  force  du  llo-Nan  dans  le  Hou  Pé  :  aussi  Tseng  Kouo- 
tchouan,  gouverneur  de  cette  dernière  province  et  Li  Houo- 
nien,  gouverneur  du  Ho-Nan  furent-ils  disgraciés  (1867). 
Li  Fou-taï  continua  la  lutte  jusqu'à  sa  nomination  de  vice- 
roi  du  Ilou-Kouang,  1867.  L'audace  de  ces  Nien  F'ei  était 
si  grande,  qu'en  1867  ils  s'approchèrent  de  Tien-Tsin  et 
faillirent  s'emparer  d'Anson  Burhngame  et  de  sa  famille,  à 
Ilo-si-wou  (nov.),  lorsque  le  nouvel  ambassadeur  sino- 
américain  était  en  route  pour  sa  bruyante  et  inutile  mission. 
Le  D*^  Martin,  de  la  légation  de  France,  dit  : 

«  Les  Nien-Fëi  sont  des  brigands  qui  pillent  et  dévastent 
tout  ce  qu'ils  rencontrent.  Lorsqu'en  1868,  ils  menacèrent 
Péking,  ils  commirent  des  férocités  inouïes;  à  quelque 
distance  notamment  de  Tien-Tsin  le  long  du  canal  impérial, 
ils  massacraient  sans  pitié  les  femmes  et  les  enfants;  ils 
ouvraient  le  ventre  des  mères  et  y  plongeaient   leur    nou- 


veau-né.  Nous  fumes  témoin  de  ces  scènes  ;  des  milliers  de 
cadavres  entraînés  par  les  eaux  du  canal,  venaient  jusque 
dans  l'intérieur  de  Tien-Tsin  et,  au  point  où  ce  canal  se  jette 
dans  le  fleuve,  s'arrêtaient  là  formant  un  vaste  tourbillon 
sanglant.  La  ville  fut  infectée,  et  le  consul  de  France  dut 
intervenir  activement  pour  obtenir  des  autorités  chinoises 
(jnVlles  ordonnassent  T inhumation  de  ces  hécatombes 
humaines  qui  menaçaient  d'empoisonner  la  ville  *.  » 

«  Les  Iwindes  qui  viennent  de  ravager  le  Pe  Tche-ly 
Oriental,  après  avoir  parcouru  les  provinces  limitrophes, 
écrit  (en  1868)  le  II.  P.  Leboucq,  ne  sont  [)as  celles  qui 
occupèrent  si  longtemps  le  Kiang-Nan  et  massacrèrent  ou 
emmenèrent  en  captivité  presque  la  moitié  de  la  population 
(le  celle  dernière  province.  Tout  en  poursuivant  un  but  poli- 
tique, ces  bandes  s'occupent  principalement  de  brigandage. 

«  Elles  commencèrent  à  s'organiser  en  1869,  dans  le  IIo- 
Nan.  Depuis  cette  époque,  elles  se  sont  recrutées  surtout  parmi 
les  sociétés  secrètes.  Leur  nom  de  guerre  est  Lao-nien-tze 
(vieux  voleurs)  ou  Tchang  mao  (longs  cheveux).  On  donnait 
aussi  à  ces  rebelles  le  nom  de  Barbes  rouges,  parce  qu'ils 
perlaient  une  queue  de  cheval  en  guise  de  barbe  pour  effrayer 
le  peuple. 

«  Leur  chef,  originaire  du  Ho-Nan,  a  trente  ans  à  peine,  il 
se  fait  appeler /e/2-K'a//<  ou  prince  satanique,  impitoyable.  Son 
oncle,  auquel  il  a  succédé,  était  connu  sous  le  nom  de  Tcham- 
lao-tsin  ;  son  nom  de  famille  à  lui  est  Tcham-lao-iii.  Il  porte 
toujours  une  robe  écarlate  à  grandes  et  larges  manches.  Il  se  dit 
descendant  de  la  dynastie  des  Ming,  et  prétend  à  la  couronne 
impériale  du  Céleste  Empire.  La  chaise  qui  le  porte  est  jaune 
et  semblable  à  celle  des  empereurs  ses  aïeux.  Il  a  six  mi- 
nistres qui  ne  le  quittent  jamais  et  voyagent  en  chaises  vertes. 


I.  Revue  de  V Extrême-Orient,  II,  p.  136. 


a46  RÉBELLIONS 

«  Le  costume  des  Tchang-mao  se  compose  d'habits  de 
femmes  avec  un  turban  rouge  pour  coifiure.  Leurs  pantalons 
descendent  jusqu^aux  genoux  seulement,  pour  laisser  voir  à 
tout  le  monde  le  cachet  qui  leur  a  été  imprimé  au  fer  rouge 
sur  plusieurs  parties  de  la  jambe.  Les  chefs  s'empressent  de 
donner  cette  marque  à  leurs  nouveaux  compagnons  enrôlés 
par  force,  afin  que  la  crainte  d'être  pris  et  massacrés  par 
les  Impériaux  ou  les  mandarins,  les  empêche  de  déserter. 
Leurs  longs  cheveux  tombent  en  désordre  sur  leurs  visages 
qui  prennent  par  là  un  aspect  encore  plus  effrayant  *.   » 

I.  Annales  de  la  Propagation  de  la  Foit  XL,  1868,  pp.  36o,  36a. 


CHAPITRE  XVII 

RÉORGANISATION  MILITAIRE.  —  RUTHERFORD  ALGOGK. 

MISSION  DE  PIN 


ESSAIS    DE    REORGAPCISATION    MILITAIRE 

«  Apres  avoir  visité  Tseng  Kouo-fan,  le  major  Gordon 
resta  près  de  Chang  Haï  jusqu'à  la  chute  de  Hou-tchéou.  Il 
avait  établi  un  camp  d'instruction  pour  les  troupes  chinoises, 
gardant  les  hommes  sous  leurs  officiers  indigènes,  traduisant 
en  chinois,  avec  l'aide  de  M.  H.  E.  Hobson,  les  différents 
livres  d'exercices  d'artillerie  et  d'infanterie,  et  essayant  de  faire 
prendre  aux  autorités  chinoises  quelque  intérêt  et  de  commen- 
cer un  noyau  d'armée  régulière.  Mais  que  le  gouvernement 
de  Péking  ne  regarda  pas  avec  faveur  une  réorganisation  faite 
dans  une  province  et  par  suite  en  fut  jaloux,  peu  d'encoura- 
gement, en  dehors  de  paroles,  fut  donné,  et  quoique  les  troupes 
prissent  les  choses  à  cœur  et  apprenaient  rapidement,  le  pied 
sur  lequel  se  trouvait  le  camp  n'était  pas  satisfaisant,  et  le 
major  Gordon  le  quitta  en  novembre  et  retourna  en  Angle- 
terre, le  major  Jebb,  du  67®  régiment  de  Sa  Majesté,  ayant 
pris  le  commandement^  ».  «Le  camp  d'instruction  à  Foung 
Houang  Chan,  était  un  sujet  de  considérable  anxiété  aux 
autorités  britanniques,  en  vue  de  l'évacuation  prochaine  des 
troupes  anglaises  de  Chang  Haï,  quand  la  concession  étran- 
gère aurait  à  compter  sur  la  protection  chinoise.    Vers    le 

I.  Hake,  pp.  473-^. 


•  •• 


!I^8  RÉORGitNISATION    MILITAIRE 

nouvel  an,  Parkes  alla  voir  comment  manœuvraient  et  étaient 
exercées  les  troupes  :  «  8  janvier.  —  J'ai  pris  un  congé  de 
quatre  jours  la  semaine  dernière,  ou  presque  un  congé.  Je 
suis  monté  au  camp  d'instruction  pour  voir  comment  Jebb 
s'arrangeait,  et  je  passai  ensuite  à  Soung  kiang  à  six  milles 
de  distance  et  inspectai  une  force  d'environ  5  ooo  Chinois*  ». 
Dans  le  nord,  à  Takou,  dès  le  2/1  février  1862,  le  lieutenant- 
colonel  Thomas,  de  ce  même  régiment,  avait  commenœ  à 
exercer  les  forces  chinoises;  en  mars  le  lieutenant  Gould  fui 
chargé  de  leur  instruction.  Ces  essais  infructueux  laisseront 
des  germes  et  pendant  des  années  les  Chinois  entretinrent 
une  double  forc^î  près  de  Chang-llaï  :  Tune  près  des  collines 
h  Foung  Houang  Chan  commandée  par  le  capitaine  anglais 
William  Winstanlcy  qui  portait  le  titre  d'instructeur  général, 
Tautre  près  de  l'arsenal  de  Kao  Tchang  Miao  qui  avait  à  s^i 
tète  le  français  Fallu  de  la  Barrière  ;  le  camp  anglo-chinois 
fut  disloqué  en  juin  1878  et  les  olTicicrs  étrangers  furent 
congédiés. 


ARSENAL  DU    KIANG    NAN 


D'autre  part,  le  Tao  Taï  de  Chang-IIaï,  Ting,  depuis 
Fou  Taï  du  Kiang  Sou,  commença  en  i865,  sous  les  aus- 
pices de  Tseng  Kouo-fan  et  de  Li  lloung-tchang,  à  établir 
un  arsenal  près  de  la  ville  dont  il  avait  le  gouvernement.  A 
la  tète  du  nouvel  établissement  furent  placés  les  deux  fonc- 
tionnaires Foung  et  Choun  et  un  ingénieur  américain,  F.  J. 
Falls,  qui  en  ont  assuré  la  prospérité  qui  dure  encore.  Jadis 
l'arsenal  a  été  dirigé  par  Li  Foung-pao,  depuis  ministre  à 
Berlin.  Outre  les  départements  de  l'ingénieur  et  des  aciéries, 
et  celui  des  projectiles,  avec  des  chefs  étrangers,  l'arsenal  de 

I.  Life  of  Harn'  Parkes,  I,  p.  3o4. 


AK.SKNAL    DE    FOI -TCIlKOi:  3/49 

Kao-Tchang  miao,  comme  est  désigné  Tarsenal  du  Kiang  \an, 
comprend  un  dc[)artcmcnt  de  traduction  dirigé  par  M.  John 
Fryer,  auteur  de  nombreux  travaux,  et  une  école  où  l'anglais 
et  le  français  sont  enseignés  par  des  indigènes. 


AllSEIHAL   m:    FOU-TOUEOi; 

Autrement  important  fut  Teffort  tenté  à  Fou-tchéou  par  le 
>ice-roi  Tso  Tsoung-tang  avec  la  collaboration  d'ofliciers 
français. 

«f  L'arsenal  de  Fou-Tchéou  n*est  pas,  conunc  celte  dénomina- 
tion pourrait  l'indiquer,  une  usine  destinée  à  la  fabrication 
d*arnies,  de  munitions  ou  autres  objets  de  guerre  :  c*est  spéciale- 
ment un  ensemble  de  chantiers  et  d'ateliers  alîectés  à  des  cons- 
tructions navales  et  avant,  comme  annexe,  une  usine  métallur- 
gique  construite  pour  le  laminage  du  fer  en  barres  et  en  tôles. 
Le  but  que  l'on  a  eu  en  vue  en  le  créant,  a  été  de  fournir  aux 
Chinois  une  marine  de  guerre  et  de  transport,  de  lui  instruire 
des  sujets  capables  de  construire  et  de  conduire  ces  navires,  et 
enfin  de  tirer  parti  des  richesses  métalliques,  notamment  celles 
du  fer,  que  possède  la  province  de  Fo-Kien*.  » 

Beaucoup  d'autres  points  auraient  pu  être  choisis  pour  la 
création  de  l'arsenal,  mais  la  j>rincipale  raison  qui  fit  donner 
la  préférence  à  Fou-tchéou  fut  incontestablement  l'intérêt 
que  prenait  Tso  à  la  nouvelle  entreprise  et  la  protection  qu'il 
lui  accordait.  En  outre  ;  «  Les  motifs  qui  ont  fait  choisir 
Fou-tc:héou  pour  la  création  d'un  établissement  maritime 
militaire  sont  les  suivants  : 

«  Le  port  y  est  très  facile  à  défendre  ;  car  l'entrée  du  fleuve 
Min  est  garnie  d'ilols  et  de  montagnes  admirablement  dispo- 

I.  //arsenal  de  Fou-tchéou,  ses  résultats,  par  Prosper  GiqueL.. 
Shang-IIaï,  février  18741  in-8,  p.  i. 


aOO  REORGANISATION    MILITAIRE 

ses  pour  recevoir  des  forts,  et,  à  une  dizaine  de  milles  plus 
haut,  les  collines  qui  le  bordent  resserrent  assez  son  cours 
pour  que  la  pose  de  quelques  torpilles  en  rende  le  passage 
absolument  impossible.  L'arsenal  trouvait  de  plus  Tavantage 
qu'étant  placé  près  d'une  grande  ville,  de  hauts  fonction- 
naires, des  gens  de  la  classe  supérieure  étaient  mis  à  même 
d'en  surveiller  les  progrès,  de  s'y  intéresser  et  que  l'argent, 
moteur  principal  de  toute  opération  industrielle,  était  assuré 
au  fonctionnement  de  l'entreprise  par  la  présence  d'une 
douane  importante,  dont  l'administration  est  entre  les  mains 
d'un  personnel  européen  au  service  de  la  Chine.  Le  mouil- 
lage, aisément  accessible  à  des  navires  de  22  et  23  pieds  de 
tirant  d'eau,  se  trouvait  suilisant  pour  les  dimensions  *.  » 

CONTRAT   DE    1866 

Voici  d'ailleurs  les  pièces  officielles  '  relatives  à  la  fonda- 
tion de  l'arsenal  de  Fou-tchéou,  qui  en  réalité  était,  comme 
on  vient  de  le  voir,  moins  un  arsenal  qu'un  chantier  de  cons- 
truction. 

Foochow,  3  septembre  1866. 

De  la  part  de  : 

Son  Excellence  Tso,  sous-Gouverneur  du  Prince  Impérial, 
Président  du  Ministère  de  la  Guerre,  Gouverneur  Général  du 
Tché  Kiang  et  du  Fou-Rien,  Noble  de  la  i'"  classe  du  degré  Peh. 

J'ai  recula  requête  que  m'ont  adressée  Messieurs  d'AiGUEBELLE 
et  GiQUEL,  par  laquelle  ils  proposent  d'organiser  des  chantiers 
et  des  ateliers  pour  la  construction  de  navires  à  vapeur,  des 
Écoles  pour  enseigner  l'art  de  la  construction  et  du  commande- 
ment des  navires.  Celte  requête  est  accompagnée  de  4  docu- 
ments : 


I.  Arsenal  de  Fou-tchéou,  supra,  p.  i. 

a    Ces  documents  sont  reproduits  d'après  l'original  du  contrat  qui 
appartient  à  M.  L.  Dunoyer  de  Segonzac. 


T*' 


ARSENAL    DE    FOL-TCHÉOf  a5ï 

i**  Un  contrat  général  d*cxéculion  : 

a**  Des  propositions  d'exécution  ; 

3"  Un  devis  ; 

4"  Un  contrat  pour  rengagcmenldes  ingénieurs  et  des  ouvriers 
européens. 

Us  me  demandent  de  les  examiner,  de  les  approuver  et  de  les 
leur  renvoyer  afin  qu*on  puisse  les  faire  signer  par  M.  d'Aigue- 
belle,  les  faire  traduire  par  Tlnterprète  du  Consulat  de  France  à 
Shanghae,  et  prier  Monsieur  le  Consul  Général  de  France  d'y 
apposer  sa  signature  et  son  sceau.  Ils  me  seront  ensuite  remis 
pour  rester  comme  preuves  des  engagements  contractés. 

Âpres  avoir  examiné  tous  ]es  documents  dont  il  est  question, 
je  vois  qu'ils  sont  bien  conçus  dans  tous  leurs  détails,  je  les  approuve 
donc,  et  je  les  retourne  a  ces  Messieurs.  Quand  Monsieur  d'Ai- 
guebelle  les  aura  signés,  ils  seront  remis  à  l'Interprète  du  Con- 
sulat de  France  pour  être  traduits,  puis  soumis  à  Monsieur  le 
Consul  Général  qui  y  apposera  son  sceau  et  sa  signature.  Ils  me 
seront  ensuite  retournés  comme  il  est  dit  ci-dessus. 

A  la  présente  dépèche  sont  joints  : 

Une  requête; 

Un  Contrat  Général  d'exécution  ; 

Des  propositions  détaillées  ; 

Un  devis; 

Des  règlements  d'engagement; 

le  tout  adressé  à  Messieurs 

d'AiGUEDELLE,   Lieutenant   de   vaisseau  de  la  marine  française, 

Titou  honoraire,  ayant  antérieurement  rempli 
les  fonctions  de  Tsong-ping  dans  le  Tché-kiang  *  ; 
GiQUEL,  Lieutenant  de  vaisseau  de  la  marine  française.  Tsong- 
ping  honoraire,    ayant  jadis   rempli  temporairement 
les  fonctions  de  Tsong-ping. 


I.  Neveue  d'Aiguebelle,  Paul- Alexandre,  né  le  7  janvier  i83i  à 
Paris  (Seine)  ;  aspirant  de  aidasse,  i^i'aoùl  i848;  de  i""*^  classe,  i*'  sep- 
tembre i85o  ;  enseigne  de  vaisseau,  11  juin  i853;  lieutenant  de  vais- 
seau de  2*  classe,  9  août  i858;  de  i''^^  classe,  16  août  iSGa  ;  admis  à  la 
retraite,  sur  sa  demande,  par  décision  ministérielle  du  18  janvier  187a  ; 
chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  le  19  novembre  1869  ;  officier,  37 
avril  1860. 


352  nÉORGA?»lSAT10>    MILITAIRE 

(  Suivciil  les  signatures  de  V.  (il(|iiel  cl  du  Consul  Général  de 
France,  \^''  Hrenier  de  Montmorand,  pour  la  légalisation,  Shang- 
liav,  le  G  novembre  1866.) 

Foo-chow,  3  septembre  1866. 

Le  Titou  honoraire,  ancien  Tsong  ping  du  Tchckiang,  Lieute- 
nant de  vaisseau  de  la  Marine  Française,  d'AiGUEBEixK. 

Le  Tsong  ping  honoraire,  avant  jadis  rempli  temporairement 
les  fonctions  de  Tsong  ping.  Lieutenant  de  vaisseau  de  la  Marine 
Française,  Giquel  : 

ont  l'honneur  de  soumettre  la  présente  requête  à  Son  Excel- 
lence Tso. 

Le  S*'  mois  de  l'année  derni^re,  Monsieur  Giquel  a  reçu  de 
Monsieur  d'Aiguebelle  la  lettre  suivante  : 

a  J'ai  eu  l'honneur  d'informer  verbalement  Sa  Majesté  l'Ein- 
«  pereur  des  Français  que  nous  avions  reçu  de  Son  Excellence 
«  Tso,  l'ordre  de  lui  projDOser  des  règlements  et  devis  pour  For- 
«  ganisation  de  chantiers  et  d'ateliers  de  construction  de  na\ires 
«  à  vapeur  où  les  Chinois  pussent  apprendre  l'art  de  la  conslruc- 
«  tion  et  du  commandement  des  navires. 

«  Sa  Majesté  a  daigné  répondre  que  la  Chine  et  les  pavs  étran- 
«  gers  étant  en  termes  de  bon  accord,  Elle  voyait  avec  plaisir  que 
a  j'étais  prêt  à  me  consacrer  de  nouveau  au  service  de  la  Chine. 
«  Elle  a  daigné  de  plus  m'accorder  un  congé  qui  me  permît  de 
«  revenir  dans  ce  pays  travailler  à  ces  diverses  entreprises,  et  a 
«  fait  écrire  par  son  cabinet  à  la  Légation  de  France  à  Péking 
«  qu'elle  eût  à  les  appuyer. 

«  Sa  Majesté  prenant  en  considération  les  services  que  je  ve- 
«  nais  de  rendre  à  la  Chine,  a  daigné  m'élcver  d'un  degré  dans 
«  la  Légion  d'Honneur.  » 

Monsieur  Giquel  a  soumis  cette  lettre  à  Votre  Excellence  dans 
une  dépéclie  précédente  qui  répondait  article  par  article  à  des 
questions  qui  lui  avaient  été  posées,  et  Monsieur  d'Aiguebelle 
lui  en  a   répété  le  contenu,  lors  de  sa  visite' à  Tchang-Tcliéou. 

Nous  venons  maintenant  soumettre  à  votre  Excellence,  sui- 
vant les  ordres  qu'EUe  nous  en  a  donnés,  tous  les  documents  re- 
latifs a  l'organisation  de  chantiers  et  d'ateliers  destinés  à  la  cons- 
truction de  navires  à  vapeur,  à  la  création  des  Ecoles  qui  doivent 
s'y  adjoindre.  Ces  documents  se  composent  de  : 

Un  Contrat  général  d'exécution  ; 


ARSENAL    DK    FOU-TCHÉOU  a53 

Des  pro}X)si lions  détaillées  d'exécution  ; 

Un  devis  ; 

Un  contrat  en  i4  articles  pour  l'engagement  des  Ingénieurs 
et  Ouvriers  Européens. 

Après  que  Votre  Excellence  les  aura  approuvés,  nous  les  aura 
retournés  et  nous  aura  fait  remettre  les  premiers  fonds  que  nous 
demandons,  nous  irons  en  Europe  acheter  le  matériel  néces- 
saire, engager  un  personnel  de  87  Européens.  Nous  reviendrons 
ensuite  à  Foo-chow,  mettre  en  train  les  chantiers,  les  ateliers 
elles  écoles. 

Nous  prions  Votre  Excellence  de  vouloir  bien  supplier  Sa  Ma- 
jesté l'Empereur  de  la  Chine  de  désigner  un  Officier  de  rang 
élevé  qui  nous  sera  adjoint  et  verra  que  nous  remplissons  avec 
exactitude  les  engagements  que  nous  avons  contractés. 

Nous  avions  l'année  dernière  prié  votre  Excellence  de  fixer  a 
3  ans  la  durée  de  notre  Contrat  ;  mais,  comme  ce  terme  nous 
parait  trop  court,  nous  la  prions  do  la  fixer  à  cinq  ans  qui  com- 
menceront h  compter  du  jour  où  l'atelier  des  machines  commen- 
cera à  fonctionner.  Cependant  si  au  bout  de  trois  années  Votre 
Excellence  jugeait  que  les  Officiers  et  ouvriers  chinois  pussent 
construire  et  commander  des  navires  à  vapeur  sans  le  secours  des 
Européens,  il  lui  serait  loisible  de  licencier  tout,  ou  partie  du 
personnel  engagé  par  nous. 

Telle  est  la  requéle  que  nous  avons  à  soumeltrc  à  Voire  Ex- 
cellence, nous  y  joignons  : 

Un  Contrat  général  d'Exécution  ; 

Des  propositions  d'exécution  au  nombre  de  18; 

Un  devis  ; 

Un  contrat  en  i4  articles  pour  l'engagement  des  Européens. 

[Suivent  les  signatures  de  Giquel  et  d'Aiguebelle,  Shanghaï, 
26  octobre  1866,  et  la  légalisation.) 

Enfin  pour  éviter  toute  difficulté  entre  les  deux  directeurs, 
racticle  suivant  fut  ajoute  : 

Article  additionnel  aux  propositions  détaillées  d'exécution. 

Art.  19.  —  Messieurs  d'Aiguebelle  et  Giquel,  nommés  par 
Son  Excellence  le  Gouverneur  (îénéral.  Directeurs  de  rArsenal. 
ont  tous  deux  à  épuiser  leurs   efforts   pour  que   l'entreprise  qui 


1 


a54  RÉORGANISATION    MILITAIRE 

leur  est  confiée  soit  menée  à  bonne  fin.  Quant  à  celui  des  deux 
dont  la  décision  doit  prévaloir»  c'est  celui  qui  possède  la  connais- 
sance de  la  langue  et  des  choses  chinoises  ;  et  il  n*y  a  pas  lieu 
pour  rétablissement  de  Tarsenal  à  s'arrêter,  comme  pour  un 
commandement  de  troupes,  à  la  considératioD  du  grade  de  cha- 
cun ;  ce  qu'il  faut  voir,  c'est  l'intérêt  de  l'entreprise  en  question. 
En  conséquence  Messieurs  d'Aiguèbelle  et  Giquel  s^étant  réunis 
en  conférence  chez  Monsieur  le  Consul  Général  et  avec  le  Tao-Tay 
de  Shang-haî,  conformément  aux  ordres  de  Son  Excellenoe  le 
(louverneur  Général,  il  a  été  décidé  que  Monsieur  Giquel,  bien 
qu'étant  olTicior  étranger,  sachant  la  langue  et  les  coutumes  de 
la  Chine,  et  pouvant  pour  ses  conversations  et  ses  dépêches,  se 
passer  d'interprète,  il  fallait  que  des  le  commencement  et  pour  la 
suite  à  venir,  ses  décisions  dominassent,  et  que  Monsieur  d'Aiguè- 
belle eût  à  s'y  conformer.  De  cette  façon  on  évitera  tous  les  in- 
convénients qu'amène  l'emploi  des  interprètes.  Il  est  donc  établi 
que  dans  tous  les  détails  que  Son  Excellence  le  Gouverneur  Gé- 
néral a  confiés  à  ces  Messieurs,  Monsieur  d'Aiguèbelle  devra  se 
conformer  aux  décisions  de  Monsieur  Giquel  et  dans  les  dépê- 
ches officielles  le  nom  de  ce  dernier  sera  placé  le  premier.  La 
responsabilité  sera  ainsi  départie  comme  il  convient. 

[Suivent  les  signatures  de  Giquel  et  d'Aiguèbelle,  Shang-haî, 
30  octobre  18G6,  et  la  légalisation.] 


Dès  la  fin  de  la  campagne  contre  les  ï'aï  P'ing  en  i864, 
Tso  demanda  à  Prospor  Giquel  un  devis  pour  la  création 
d'un  arsenal  maritime  qui  ne  put  être  approuvé  qu'en  1866, 
le  vice-roi  étant  occupé  à  la  pacification  des  centres  occupés 
par  les  rebelles. 

«  Le  programme  arrêté  fut  le  suivant  : 

1°  Création  d'ateliers  et  de  chantiers  propres  à  construire 
des  navires  et  leurs  machines  ; 

2**  Création  d'écoles  destinées  à  former  des  contremaîtres 
pour  la  construction,  des  capitaines  et  des  mécaniciens  pour 
la  conduite  des  navires; 

3*"  Engagement  d'un  personnel  européen  suffisant  pour 
conduire  les  travaux  el  instruire  les  Chinois  ; 


ARSENAL    DE    FOU-TCHÉOU  3 55 

l\^  Installation  d'une  cale  de  halage  en  travers,  système 
Labat,  pareille  à  celle  qui  fonctionne  à  Bordeaux  pour  la  ré- 
paration des  navires  ; 

5®  Organisation  d'une  usine  métallurgique  pouvant  lami- 
ner, en  barres  et  en  tôles,  les  lopins  de  fer  brut  que  fournit 
la  province  et  le  vieux  fer  qu'on  peut  se  procurer  en 
Chine'.  » 

Les  engagements  des  Ingénieurs,  Contremaîtres  et  Ouvriers 
européens,  datés  de  Fou-Tchéou,  le  3  septembre  186G, 
étaient  faits  aux  noms  de  «  Giquel  (Prosper-Marie),  Lieute- 
nant de  Vaisseau  ;  Tsong-ping  (Général  de  Brigade)  de 
TArmée  de  Chine  ;  d'Aiguebelle  (Paul),  Lieutenant  de  Vais- 
seau ;  Titou  (Général  de  Division)  de  TArmée  de  Chine, 
tous  deux  Directeurs  do  l'Arsenal  de  Fokien  ».  Le  but  de 
la  nouvelle  entreprise  était  ainsi  défini  :  «  Ayant  la  cinquième 
année  du  règne  Toung-tché,  reçu  de  son  Excellence  Tio  {sic 
Tso),  sous-Gouverneur  du  Prince  Impérial,  Gouverneur 
Général  du  Tchékiang  et  du  Fokien,  comte  de  TEmpire, 
Tordre  d'acheter  en  Europe  le  njatériel  nécessaire  à  l'instal- 
lation de  chantiers  et  d'ateliers  pour  la  construction  de  navires 
à  vapeur,  plus  deux  machines  de  i5o  chevaux  et  cinq  ma- 
chines de  80  chevaux  et  le  fer  nécessaire  à  la  construction  de 
neuf  machines  de  i5o  chevaux,  lesquelles  machines  seront 
placées  à  bord  des  onze  navires  pouvant  porter  chacun 
10  000  piculs  de  riz  de  cinq  canonnières,  ayant  de  plus 
reçu  l'ordre  d'enseigner  aux  ofliciers  et  ouvriers  chinois  à 
construire  des  navires  à  vapeur  et  des  machines  d'ateliers, 
d*ouvrir  des  Écoles,  où  en  outre  du  Français,  de  l'Anglais, 
des  Mathématiques,  des  Elèves  seront  instruits  dans  l'art  de 
la  construction  et  du  commandement  des  navires,  comme  à 
nous  deux  nous  ne  pouvons  remplir  une  pareille  tache,  nous 
avons  reçu  de  son  Excellence  le  Gouverneur  Général,  Tauto- 

I.  Arsenal  de  Fou-ichéou,  supra,  p.  3. 


:v" 


a56  RÉORGANISATION    MILITAIRE 

risation  dVngager  en  son  nom  87  Ingénieurs,  Contre-Maîtres 
et  Ouvriers  qui  devront  nous  seconder  dans  l'entreprise  con- 
fiée à  nos  soins  et  de  leur  délivrer  de  sa  part  le  contrai  d'En- 
gagement [pour  cinq  ans]  suivant  qui  comprend  i4  ar- 
ticles*. » 

Les  travaux  commencèrent  réellement  en  octobre  1867: 
en  mars  1870,  P.  d'Aiguebelle  ayant  été  chargé  d'une  mis- 
sion spéciale  au  Kan-Sou,  Giquel  resta  seul  directeur.  Se- 
condé par  l'enseigne  de  vaisseau  L.  Dunoyer  de  Segonzac 
conmie  sous-directeur,  il  remplit  à  la  plus  entière  satisractioii 
des  Chinois  le  programme  qui  lui  avait  été  tracé  ainsi  qu'en 
témoignèrent  le  rapport  adressé  au  Trône  par  le  commissaire 
impérial  Chen,  le  7  décembre  1878,  et  les  récompenses  qui  lui 
furent  accordées  ainsi  qu'à  ses  collaborateurs (2  février  1874)'- 


MISSIONS    CHINOISES 


Pour  compléter  l'éducation  reçue  à  Fou-tchéou  par  les 
jeunes  Chinois,  des  missions  d'instruction  furent  organisées 
en  Europe.  La  première  mission  chargée  de  conduire  ces 
jeunes  gens  destiné^^  à  devenir  des  ingénieurs  ou  des  officiers 
de  marine  fut  dirigée  par  Li  Foung-pao  et  Prosper  Giquel  avec 
Lo  Eoung-lou,  aujourd'hui  ministre  à  Londres,  Tcheng  Ki 
long  bien  connu  des  cercles  parisiens  et  M.  Henri  Cordicr, 
comme  secrétaires;  elle  arriva  en  France  en  1877.  Les  jeunes 
gens,  répartis,  soit  sur  les  navires  de  la  flotte  britannique,  soil 
dans  les  usines  du  Creusot  et  de  Saint  (ihamond,  dans  les  Écoles 


1.  Bibliothèque  nationale  O^n  281. 

2.  Giquel  reçut  la  décoration  de  i"'*'  classe;  Segonzac  etR.  E.  Traccy. 
professeur  de  navigation  pratique,  le  titre  de  fonclionnaire  de  ^^  rang  et 
la  décoration  do  i'*"  classe;  Jouvet  et  Zédc.  infrcnicurs.  Borel.  secrélaire 
de  la  direction,  le  litre  de  fonctionnaire  de  4"  rang  et  la  décoration  d<? 
i""*^  classe,  elc,  etc. 


DÉPART    DE    aiR    FRED.    BRfCE  267 

du  génie  maritime,  de  maistrance,  des  arts  et  métiers,  des 
mines,  etc.,  retournent  instruits  dans  les  sciences  européennes, 
après  un  séjour  de  trois  ou  quatre  ans  en  Eurojx».  —  Une  nou- 
velle mission  arriva  en  Europe  en  mai  1886  sous  la  direction 
de  Tamiral  Tcheou  Meou-k'i  avec  M.  Dunoyer  de  Segonzac, 
second  de  la  première  mission,  comme  co-directeur  ;  elle  était 
composée  de  trente-cinq  élèves  qui  suivirent  les  cours  de 
rÉcole  libre  des  Sciences  politiques  et  de  T Ecole  de  Droit  ; 
quatre  devaient  être  envoyés  à  TÉcole  navale,  deux  à  TÉcole 
des  Ponts-et-Chaussées ,  deux  à  TEcole  normale  ;  dix-neuf 
furent  envoyés  en  Angleterre  dont  seize  comme  élèves- 
odiciers  de  marine  et  trois  comme  étudiants  en  droit,  etc.  — 
Une  mission  est  actuellement  dirigée  à  Paris  par  Wou  Taï- 
chan,  ancien  élève  de  Giquel.  L'Arsenal  de  Fou-tchéou 
bombardé  jadis  par  Tamiral  Courbet  renaquit  de  ses  cendres 
et  il  a  à  sa  tête  M.  Dovère*,  ingénieur  des  constructions 
navales. 

DÉPART  DE  SIR  FRED.  BRUCE  (l865) 

L'année'i865  marque  en  quelque  sorte  la  fin  de  la  période 
qui  commençait  à  l'expédition  de  1860;  c'est  en  effet,  cette 
année  au  mois  de  juillet,  que  les  troupes  alliées  sont  défi- 
nitivement retirées  de  Ta-Kou  et  de  Chang-Ilaï;  il  semble 
même  que  pour  mieux  marquer  le  nouvel  état  de  choses,  le 
ministre  d'Angleterre,  Sir  Frederick  iiruce,  nommé  à  \\  as- 
liington,  est  remplacé  à  Péking  par  son  collègue  du  Japon, 
Rutlierford  Alcock,  qui  a  lui-même  pour  successeur  Sir 
Harry  Parkes. 

1.  Charles  Doyère,  né  le  16  avril  i858;  élève  de  l'École  Polytech- 
nique, fe""  novembre  1878  ;  élève  ingénieur  du  Génie  marilimc,  i*'''  oc- 
tobre 1880  ;  ingénieur  de  'X^  classe,  4  juillet  1882  ;  de  i""*?  classe,  10  juillet 
1884  ;  ingénieur  en  chef  de  2''  classe,  i**"  juillet  1892. 

CoRDiEK.  I.  —  17 


l 


|58  RÉORGAMSATIOX    MILITAIRE 


SIR    RtTHERFORD    ALCOGR 


Né  h  Londres  en  1809,  Alcock,  chirurgien  dans  la  brigade 
navale  en  Portugal  (i833-/|),  fut  envoyé  dans  ce  pays  en  iSSg, 
comme  commissaire  chargé  de  régler  les  réclamations  de 
celle  brigade.  Il  fut  envoyé  ensuite  dans  rExlrême-Orient 
comme  consul  h  Fou-lchéou  (3o  mai  i844);  il  passa  à 
Chang-Haï  (décembre  10,  i8/|6)  puis  à  Canton  (10  août 
i85/|);  nommé  consul  général  au  Japon  le  21  décembre  i858, 
Sir  Rutherford  Alcock  devint,  3o  novembre  1809,  ministre 
plénipotentiaire  et  chargé  d'affaires  dans  ce  même  pays;  il 
fut  transféré  avec  le  même  titre  à  Péking  le  7  avril  i865.  Un 
biographe  dit  :  «  Parmi  ceux  qui  ont  successivement  repré- 
senté la  Grande-Bretagne  dans  TExtréme-Orient,  il  n'y  a  pas 
de  nom  plus  grand,  un  seul  est  aussi  grand,  que  celui  de 
Uulherford  Alcock,  qui  partage  avec  Sir  Harry  Parkes*seul 
l'orgueilleuse  prééminence  comme  un  homme  d'action  au- 
près duquel  aucun  nom  sur  la  liste  ne  peut  approcher*.  » 

Il  faut  en  rabattre  singulièrement  de  cet  éloge.  Alcock 
fait  médiocre  figure  à  côté  de  Parkes  ;  il  fut  un  des  moins 
heureux  parmi  les  ministres  d'Angleterre  h  Péking  qui  ont 
compté  cependant  dans  leur  nombre  quelques  personnalités 
fort  ordinaires.  Il  a  échoué  dans  sa  principale  négociation, 
la  révision  du  traité  de  Tien-Tsin,  et  lorsqu'il  donna  sa  dé- 
mission le  22  juillet  187 1,  on  ne  s'aperçut  guèrc  du  vide 
qu'il  laissait.  Droit,  brave,  animé  des  meilleures  intentions, 
si  Alcock  fut  un  piteux  diplomate,  manquant  de  tact  et  de 
jugement*,  il  fut  un  bon  consul  et,  au  demeurant,  le  plus 
honnête  homme  du  monde. 


I.  Sir  Rutherford  Alcock  and  the  Far  East  (^Btackivood's  Mag., 
décembre  1897,  p.  834-85a). 

a.   The  Burlingame  Mission ^  p.  218. 


DISGRACE    DU    PRINCE    ROU.\G  sSq 

Alcock  arriva  à  Chang-HaY  le  2  novembre  et  à  Péking  à  la 
fin  de  Tannée  i865*. 


ti 


COUR    SUPRÊME    BRlTA>:ilQUE 

■ 

Le  9  mars  i865,  un  Ordre  en  Conseil  pour  rexercice  de 
la  juridiction  en  Chine  et  au  Ja(X)n  {The  China  nml  Japan 
Order  in  Councily  i865)  établit  une  Cour  suprême  pour  la 
Chine  et  le  Japon,  à  Chang-ilaï*. 

On  peut  juger  de  Timportance  prise  alors  en  Chine  par  le 
fait  suivant  :  Sans  compter  Péking,  le  budget  de  Tannée 
1 865-6  prévoyait  l'établissement  de  quatorze  postes  consu- 
laires anglais  en  Chine  :  Canton,  Macao,  Swalovv,  Amoy, 
Fou-lchéou,  Ning-Po,  Chang-Haï,  Taï-wan,  Tchen-Kiang, 
Kieou-kiang,  Han-kéou,  Teng-tchéou,  Ïien-Tsin  et  Nieou- 
tchouang. 


DISGRACE    DU    PRIÎiCE    HOUNG   (l865) 

Le  3i  mars  i865,  le  prince  Koung  était  dénoncé  au  Trône 
comme  ayant  causé  un  grand  scandale  par  son  favoritisme, 
sa  cupidité,  ses  prétentions  extravagantes  et  son  abus  de  pou- 
voir, et,  malgi'é  ses  grands  services,  était  dégradé  (2  avril  i8G5). 
La  disgrâce  du  prince,  causée  évidemment  par  la  jalousie, 
ne  dura  que  peu  de  temps.  Un  nouvel  édit  du  i*"^  noveuibre 
rétablissait  Roung  dans  toutes  ses  dignités. 


I.  Frceman-Mitford,  dans  The  Attaché  at  Pcking,  p.  i8/|,  écrit  de 
Péking^.  h  la  date  du  4  décembre  i865  :  «  Sir  Hulhcrford  Alcock  est  arrivé 
•ci  mercredi  dernier  avec  sa  famille.  11  a  fait  un  terrible  voyage  ;  trois 
jours  de  Tien  tsin  dans  des  cbaiscs  h  porteurs,  dormant  dans  des  auberges 
sans  feu,  et  seulement  des  fenêtres  en  papier  plus  ou   moins  réparées.  » 

a.  Parliam.  Paper,  3497-  —  Treaties  and  Tariffs...  China...  by Ed- 
ward Hertslel...,  Lond.,  1877,  in-8,  p.  87. 


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160  RÉORGANISATION    MILITAIRE 


MISSION    DE    PHÎ    TA-JEN  (1866) 

L^ambassadc  d'Anson  Burlingame  dont  nous  parlerons 
plus  loin,  a  eu  un  précédent  dans  la  mission  confiée  en  1866 
à  Pin  Ta-jen.  M.  Hart,  rentrant  en  Europe  pour  prendre  un 
congé,  on  lui  confia  un  mandarin  de  classe  moyenne,  nomme 
Pin  Tchoun,  qui  devait  dans  ses  voyages  h  travers  FEurope, 
recueillir,  sans  mission  officielle,  des  notes  sur  ce  qu'il 
voyait.  Le  voyage  de  ce  fonctionnaire,  qui  a  écrit  un  journal 
de  route*,  n'offre  donc  qu'un  intérêt  de  curiosité  et  cesl  à 
ce  titre  seul  que  je  le  mentionne  ici.  Le  pèlerin  chinois 
n'occupait  dans  la  hiérarchie  chinoise  qu'un  rang  secon 
daire,  Fou  tsoung  pan^  sous-chef  de  division  dans  un 
minislèrc  et  il  paraît  d'ailleurs  avoir  été  un  homme  médiocre; 
si  j'en  juge  par  ce  qu'en  écrit  un  résident  de  Péking  : 

<(  M.  Hart,  l'Inspecteur-Général  des  Douanes,  va  chez  lui 
en  congé,  et  le   Gouvernement  Chinois  a  ordonné  à  son 
secrétaire  chinois,  à  son  fils,  et  à  trois  jeunes  Chinois,  étu- 
diants de  langues  européennes,  de  l'accompagner.  Pin- Tchoun, 
le  gentilhomme  en  question,  a  été  élevé  jusqu'au  Bouton  Bleu 
Clair,  troisième  degré,  et  nommé  à  cette  occasion  commis  en 
chef    honoraire    aux    Affaires   Etrangères.    Son    fils   a    élé 
fait  conmiis   aux  Affaires  Étrangères.  C'est  grand  pitié  que 
les  Chinois  n'aient  pas  choisi  un  homme  plus  intelligent  cl 
plus  jeune  que  Pin  Tchoun,  qui  est  âgé  de  soixante-quatre 
ans,  et  un  terrihle  bavard.  Lui  et  son  fils  sont,  d'après  ce 
que  j'ai  vu  et  j'ai  entendu  d'eux,  tout  à  fait  incapables  de  for- 
mer de  justes  appréciations  sur  ce  qu'ils  verront.  Aloi-s,  [)our 
leur  première  mission  en  Europe,  quoiqu'elle  n'ait  pas  de 

I .  La  traduction  de  quelques  fragments  a  paru  dans  le  Shanghai 
Ei'ening  Courier,  1870,  octobre  7  et  a4.  décembre  5;  1871,  mars  aa. 
39  et  3i. 


i 


MISSION    DE    PIN    TA-JEN  36 1 

caractère  ofliciel,  ils  auraient  dû  choisir  un  mandarin  de  plus 
d'importance  que  Pin,  dont  les  rapports  n'auront  que  peu 
de  poids  pour  la  classe  lettrée  des  Chinois;  en  vérilé,  ceux-ci 
sont  jaloux  de  son  avancement  et  considèrent  que  3a  distinc- 
tion est  récoltée  à  trop  bon  marché.  La  raison  pour  laquelle 
Pin  a  été  choisi  est  qu'il  est  parent  par  mariage  de  l'un  des 
ministres  des  Affaires  Étrangères  chinoises.  On  dit  qu'il  est 
très  populaire  dans  la  société  pékinoise,  de  façon  que  quoi 
qii^il  arrive,  quand  il  reviendra,  on  parlera  de  ce  qu'il  aura 
\i>  dans  les  a  plus  hauts  milieux  )),et  il  est  connu  personnel- 
lement du  Prince  de  Koung,  qui  lui  proposa  la  mission 
dans  un  déjeuner  de  mariage.  Pin  n'a  pas  de  caractère  offi- 
ciel comme  envoyé.  Il  est  chargé  de  voyager  et  d'écrire  sur 
toutes  les  a  collines  et  les  fleuves  »  des  pays  qu'il  visite,  et 
il  sera  conduit  à  chaque  objet  intéressant.  J'espère  seulement 
qu'il  ne  sera  pas  trop  lionisé.  Ce  serait  mal  interprété  ici,  oii 
le  peuple  dirait  d'abord  :  «  Regardez  quel  grand  peuple  nous 
sommes;  quand  un  voyageur  particulier  parmi  nous,  va 
dans  votre  pays,  il  est  reçu  avec  le  respect  que  vous  savez 
du  à  une  intelligence  supérieure,  mais  vos  ministres  barbares 
même  ne  sont  pas  reçus  ici  —  naturellement  notre  Empereur 
est  grand  et  puissant,  et  ici  on  ne  fait  que  vous  supporter.  » 

«  Peut-être  ai-je  parlé  plutôt  assez  légèrement  de  la  mission 
de  Pin-Tchoun.  C'est  une  petite  chose  en  elle-même,  mais 
nous  la  regardons  comme  le  premier  pas  vers  des  missions 
permanentes  en  Europe  et  de  meilleures  relations  ici*.  » 

Pin,  dit  le  baron  von  Gumpach%  avait  l'habitude  de  fré- 
quenter les  cuisines  des  résidents  étrangers  à  Péking,  dans 
le  double  but  d'espionner  et  de  souper. 

I.    The  Attaché  at  Peking  by  A.  B.  Frceman-Milford.  London,  1900, 
pp.  aa6-8. 

2-   Biirlingame  Mission,  p.  10. 


CHÂPIXRE  WIII 

BERTHEMT.  —  AFFAIRES  DE  CORÉE  —  LE  COMTE 

DE  LÂLLEMÂND 


M.   BERTHEMY 

Vers  la  fin  do  i863,  M.  Berlhciny,  ministre  de  France  à 
Péking,  demanda  à  prendre  un  congé  pour  raison  de  santé  ; 
il  lui  fut  répondu,  le  18  avril  i864,  qu'on  lui  accordait  Taulo- 
risalion  de  rentrer  temporairement  en  France  si  Tétat  de  sa 
santé  l'exigeait .  M.  Bcrthemy  ne  quitta  Péking  que  le 
f\  juin  i865,  accréditant  M.  Henry  de  Bellonet  coinnie 
chargé  d'aflaires  auprès  du  gouvernement  chinois.  M.  Bcr- 
themy a  attaché  son  nom  au  règlement  de  plusieurs  affaires 
religieuses,  particulièrement  celles  de, l'assassinat  du  P.  NeeP, 
et  de  la  restitution  des  biens  des  missionnaires  du  Chan-Si. 
Il  a  négocié  la  convention  qui  porte  son  nom*.  C'était  un 
homme  pondéré,  qui  avait  su  établir  la  légation  de  France 
sur  un  excellent  pied,  et  il  avait  par  son  tact  et  sa  modéra- 
tion, évité  des  complications  que  son  successeur,  par  son 
caractère  violent,  ne  sut  prévenir  ni  aplanir. 

La  première  pierre  de  la  cathédrale  du  Pe  T'ang  fut  posée 
le  i'**"  mai  i865,  en  présence  des  ministres  de  France, 
d'Espagne  et  de  Russie,  des  Chargés  d'affaires  d'Angleterre 
et  des  Etats-Unis  et  de  trois  membres  du  Tsoung-li  Yanien. 

I.  Voir  p.  i3i. 
a.  Voir  p.  68-78. 


CONCESSION    DE    HAN-KKOU  263 


MISSIONS    DU    CHAN-SI 

La  mission  du  Chan-Si  fut  dclachéc  de  celle  du  Chen-Si 
du  diocèse  de  Péking  en  1698  pour  former  un  vicariat  apos- 
tolique auquel  fut  attaché  le  Hou- Kouang  en  1762;  le  nou- 
veau vicariat  fut  dédoublé  en  i838  en  Chen-Si  et  Chan-Si, 
d'une  pari,  et  Hou-Kouang,  de  l'autre  ;  enfin  par  décret  du 
3  février  18/44,  le  Chen-Si  et  le  Chan-Si  formèrent  des 
>icariats  distincls.  Voici  l'acte  de  restitution  aux  frères  mi- 
neurs, qui  desservent  le  Chan-Si,  de  leurs  anciennes  proprié- 
tés de  Raï-tchéou. 

Moi  (^Fou  i\gann-chang^  Féliciani,  remplissant  provisoirement 
par  ordre  du  Grand  Empire  de  France,  les  fonctions  d'évéque  du 
Chan-Si,  ai  délivré  le  présent  reçu  des  maisons  et  dépendances 
de  l'église  catholique  de  Kaï-tchéou. 

Le  Ministre  plénipotentiaire  de  France  m'ayant  écrit  qu'aus- 
sitôt que  les  terrains  et  les  maisons  dépendant  de  ranciemie 
église  de  Kaï-tchéou  auraient  été  restitués,  le  missionnaire  qui 
réside  dans  ceflc  ville  devrait  donner  un  reçu  pour  servir  de 
preuve,  j*ai  délégué  le  missionnaire  Tchang  Wou-léang  qui  s*cst 
rendu  à  Kaï-tchéou  où,  accompagné  du  préfet  ïchang  Kié-wen 
et  du  Tché-h*ien  Tchang  Gheou-song,  il  est  allé  examiner  les 
bâtiments  et  dépendances  de  l'ancienne  église  catholique  ainsi  que 
les  propriétés  particulières  ayant  appartenu  aux  familles  chré- 
tiennes. Le  tout  ayant  été  remis  entre  ses  mains,  j'ai  délivré 
le  présent  reçu  pour  servir  de  preuve. 

Je  joins  ici  la  liste  des  maisons  et  lerVains  dépendant  de  l'égliso 
catholique  et  celle  des  propriétés  particulières  qui  viennent 
d'être  restitués. 

Le  3  de  la  10®  lune  de  la  a*"  année  de  T*oung-tché  (i3  no- 
vembre i863). 

CONCESSION  DE   UAN-KÉOL 

M.  Dabry,  consul  de  France  à  Han-Kéou,  eut  à  faire 
choix  de  la  concession  dans  ce  grand  port,  situé  sur  le  Vang- 


364  AFFAIRES    DE    CORÉE 

tseii,  à  son  confluent  avec  la  ri\ièrc  Han.  La  concession  an- 
glaise s'étendait  sur  une  longueur  de  900  mètres  sur  le  bord 
du  fleuve,  à  Ilan-Kcou;  en  aval,  les  terrains  avaient  clé 
achetés  par  les  Anglais  et  les  Américains  jusqu'à  une  dis- 
tance de  trois  milles  environ.  Sur  la  rive  droite  du  Han,  à 
son  confluent  avcclcYang  tscu,  c'est-à-dire  à  Han-Yang,  dos 
terrains  avaient  été  également  achetés  par  des  Anglais  et  des 
Américains.  On  ofl^rit  aux  Français  des  terrains  situés  en 
arrière  de  ceux-ci,  sur  les  bords  du  Han,  mais  éloignés  du 
Yang-tseu.  M.  Dabry  refusa  cette  ofire  (juin  i863)  et  réclama 
remplacement  d'environ  900  mètres  de  long  sur  les  bords  du 
grand  fleuve,  en  amont  de  la  concession  anglaise  au  confluent 
du  Yang-tseu  et  du  Han,  emplacement  connu  sous  le  nom 
(le  Loung  vvang  niiao.  On  refusa  de  nous  accorder  le  Loung 
vvang  niiao  et  finalement,  nous  dûmes  installer  notre  conces- 
sion dans  un  endroit  moins  favorable,  à  TEst  des  Anglais. 


M.  DE   REHFIES 


M.  de  Rchfues,  ministre  de  Prusse,  était  arrivé  à  Ta-Kou, 
sur  la  corvette  à  vapeur  Gazelle  ;  il  traversa  Tien-Tsin  pour 
se  rendre  à  Péking  sans  rendre  visite  au  surintendant  des 
trois  ports  :  les  Chinois  ne  pouvaient  interdire  à  M.  de  Reh- 
fues  Tacccs  de  la  capitale,  mais  ils  refusèrent  de  lui  recon- 
naître sa  qualité  officielle  aussi  longtemps  qu'il  n'aurait  pas 
donné  pleine  et  entière  satisfaction. 

«  Le  gouvernement  chinois,  écrit  M.  Berthemy,  le  6  juin  i864. 
ne  laisse  guère  échapper  l'occasion  de  donner  des  preuves  de  son 
mauvais  vouloir  lorsqu'il  se  trouve  en  rapports  avec  fEnvoyc 
d'une  Puissance  dont  il  croit  n'a\oir  rien  à  redouter,  considé- 
rant sans  doute  le  peu  d'égards  qu'il  témoigne  en  pareil  cas 
comme  une  légitime  compensation  aux  ménagements  qu'il  con- 
serve encore  pour  les  ministres  admis  à  résider  à  Péking.  C'est 
seulement  après  plus  d'un  mois  d'efforts  et  non  sans  avoir  sous- 


MISSION    CATHOLIQUE    DE    CORÉE  205 

crit  à  de  rc^reltablcs  exigences  que  M.  de   Kchfues  a  été  reçu 
par  Son  Altesse  Impériale.  » 

Sur  ces  entrefaites,  la  Gazelle^  pour  occuper  ses  loisirs 
dans  le  golfe  du  Pc  ïché-li,  s'était  emparée  d'un  bâtiment 
danois.  On  ét^ul  en  pleine  guerre  des  Duchés;  les  Chinois 
protestèrent  contre  cette  capture,  le  golfe  du  Pe  Tché-li  étant 
considéré  par  eux  comme  «  mer  fermée  »  (nuire  clattsnni). 
Dans  ces  circonstances,  M.  de  Rehfues  renonça  à  soulever  la 
question  du  droit  de  résidence  permanente  à  Péking.  Par  un 
article  séparé,  du  traité  allemand  de  Tien-Tsin,  du  2  sep- 
tembre 1861,  il  avait  été  convenu  «  qu'en  raison  des  trou- 
bles qui  désolent  actuellement  la  Chine,  Sa  Majesté  le  Roi 
de  Prusse  attendra  qu'un  laps  de  cinq  (5)  années  se  soit 
écoulé  à  partir  de  rechange  des  ratifications  du  présent 
traité  pour  accréditer  à  demeure  fixe  im  agent  diplomatique 
à  Péking.  » 

Le  bâtiment  danois  fut  relâché  sous  caution,  et  la  Gazelle 
rentra  en  Europe.  M.  de  Rehfues  quitta  Péking  le  1 5  juin 
1864,  sans  que  le  Prince  de  Koung  lui  eût  rendu  ses  deux 
visites. 

MISSION   CATHOLIQUE    DE    COKÉE* 

Le  7  juillet  1866,  une  barque  coréenne  jetait  dans  le  port 
de  Tché-fou  un  prêtre  du  séminaire  des  Missions  Etrangères 
de  Paris,  Fabbé  Félix  Ridel,  qui  se  hâtait  de  gagner  Tien- 
Tsin  pour  faire  part  au  contre-amiral  Roze,  commandant 
Tescadre  française,  successeur  de  Tamiral  Jaurès,  des  tristes 
nouvelles  dont  il  était  porteur. 

L'amiral  Roze,  qui  revenait  de  Péking,  prévenait  immé- 
diatement la  légation  (10  juillet). 

I.  Histoire  de  l  Église  de  Corée...,  par  Ch.  Dallct.  Paris,  187 5, 
a  vol.  in- 8. 


a66  AFFAIRES    DR    CORÉE 

La  Corée,  Tchao-Sien,  le  pays  de  la  «  Fraîclieur  mati- 
nale »,  la  nation  «  ermite  »,  était  encore  une  terre  presque 
inconnue  ;  la  dynastie  qui  y  règne  actuellement  fut  fondée 
en  1392  par  Iltai  tjo.  L'introduction  officielle  du  christia- 
nisme dans  ce  pays  date  de  l'arrivée  du  P.  Jacques  Tsieou, 
chinois  de  Sou-tchéou  du  Kiang-sou,  qui  partit  le  2  février 
1794,  de  Péking,  c'est-à-dire  sous  le  vè.gne  de  Tjycng  Tjong, 
et  fut  misa  mort  le  3i  mai  1801  après  un  fructueux  ajios- 
lolat.  Ce  ne  fut  toutefois  que  lorsque  le  Saint-Siège  eut,  jwr 
une  lettre  du  i"""  septembre  1827,  offert  au  Séminaire  des 
Missions  étrangères  de  Paris  de  se  charger  d'un  nouveau 
vicariat  apostolique  en  Corée  que  des  résultats  furent  obtenus 
dans  le  pays.  Érigée  en  vicariat  apostolique  en  i83i,  la 
Corée  eut  comme  premier  vicaire  apostolique  Barthélémy 
Bruguièrc,  du  diocèse  de  Carcassonnc,  ancien  missionnaire 
au  Siam,  é\êque  de  Capse,  qui  mourut  en  route,  le  20  oc- 
tobre i835,  à  Sivang,  en  Tartarie,  en  allant  rejoindre  son 
nouveau  champ  d'action. 


MASSACRES    DE     l839    ET    DE     1866 

Laurent-Marie- Joseph  Imberl,  d'.Vix,  ancien  missionnaire 
au  Se  Ich'ouen,  qui  fut  décapité  à  Saï-nam  to,  le  21  septembre 
1839,  lui  succéda.  Jacques-llonoré  Chastan  et  Pierre-Phili- 
bert Maubant  furent  exécutés  la  même  année  :  c'était  sous  le 
règne  de  lien  Tjong.  Le  vicariat  de  Jean- Joseph  Ferréol, 
évéque  de  Belline,  qui  dura  jusqu'en  i853,  fut  marque  parle 
martyre  de  plusieurs  prêtres  indigènes,  et  en  particulier  par 
celui  d'André  Kim.  M*'''  Ferréol  étant  mort  le  i3  février  i853, 
fut  remplacé  comme  vicaire  apostolique  par  Siméon-Fran- 
çois  Berneux,  évéque  de  Capse.  Des  troubles  avaient  seule- 
ment menacé  la  mission,  lorsque  la  mort  de  Tchyel  tjong 
(18/19-1863)  amena  une  régence;  d'autre  part  les  manifes- 


MASSACRES  DE  iSSq  ET  DE  1866  267 

talions  des» Russes  sur  le  Tou-men  Riang  et  vers  la  province 
de  Ham  Kyeng  indisposaient  le  gouvernement  coréen  contre 
les  étrangers. 

Le  8  mars  186,6,  M^*"  Berncux*  fut  décapité  près  du 
village  de  Sainarn  to  avec  MM.  de  Brctenières',  Beaulieu^ 
et  Dorie*  ;  le  1 1  mars,  ce  fut  le  tour  de  MM.  Pourthié*  et 
Petilnicolas  •.  Enfin,  le  Vendredi -Saint,  3o  mars,  trois  autres 
missionnaires,  MM.  Aumaitrc',  Huin',  et  h  leur  têle  le 
coadjuteur,  M**"  Davcluy',  furent  mis  à  mort.  Seuls  MM. 
Ridcl  '•,  Féron  "  et  Calais  "  avaient  la  vie  sauve. 

Cette  catastrophe  était  complètement  imprévue,  comme 
en  témoigne  la  lettre  suivante  de  M.  Berthemv,  écrite  le 
10  juillet  1864  au  ministre  des  affaires  étrangères, 
M.  Drouyn  de  Lhuys  : 

«  M^'*"  Berneux,  vicaire  apostolique  de  la  Corée,  a  fait  faire 
auprès  de  moi  plusieurs  démarches  pour  me  délermmcr  à  entrer  en 
relations  avec  le  Gouvernement  de  ce  pays  dans  le  but  d'assurer 
ofliciellement  aux  indigènes  le  libre  exercice  du  culte  catholi- 
que... M**'  Berneux  aurait  également  désiré  que  M.  Tamiral  Jau- 

1 .  Du  diocèse  du  Mans  ;  mort  à  52  ans. 

2.  Simon- Marie- Antoine- Jiist  Ranfcr  de  Brelenicres,  du  diocèse 
d  Aulun  ;  morl  à  a8  ans. 

3.  Louis- Bernard  Beaulicu.  né  le  8  octobre  i84oà  Langon  (Gironde), 
du  diocèse  de  Bordeaux  ;  mort  à  36  ans. 

fi.   Pierre- Henri  Dorio,  du  diocèse  de  Luçon  ;  çnort  à  27  ans. 

5.  Charles-Antoine  Pourlhic.  du  diocèse  d'Albi  ;  mort  à  36  ans. 

6.  Michel- Alexatid re  Pctitnicolas,  né  au  village  de  Coinches,  près 
Saint-Dié,  21  août  1828. 

7.  Pierre  Aumaîlre,  du  diocèse  d  Ângoulènie  ;  mort  h  29  ans. 

8.  Martin-Luc  Huin,  du  diocèse  de  Langres  ;  mort  à  29  ans. 

9.  Marie- Nicolas- Antoine  Daveluy,  cvêque  d  Acônes,  du  diocèse 
d'Amiens;  mort  à  48  ans. 

10.  Félix-Clair  Ridel,  né  à  Cbantenay  (dioc.  de  Nantes).  7  juillet 
i83o:  évêque  de  Philippopolis,  vie.  ap.  de  Corée,  25  juin  1869  ;  mort 
20  juin  i884t  É»  Vannes. 

11.  Stanislas  Féron.  du  diocèse  de  Scez. 

12.  Adolphe- Nicolas  Calais,  du  diocèse  de  Nancy;  a  quitté  les  Mis- 
sions étrangères  en  1870. 


308  AFFAIRES    DE    CORÉE 

rès  se  portât  sur  la  côte  pour  appuyer  de  sa  présence  les  démar- 
ches de  la  Légation. 

Si  les  deux  évoques  et  les  huit  prêtres  français  qui  évangélisenl 
la  Corée  avaient  été  en  péril,  si  une  persécution  imminente  avait 
menacé  de  détruire  encore  une  fois  le  fruit  de  leurs  travaux,  je 
n'aurais  sans  doute  pas  hésité...  à  prendre  sur  moi  de  donner 
suite  à  ces  ouvertures.  Mais,  comme  de  l'aveu  de  M'^  Bcrneux 
lui-même,  celte  mission  jouit  aujourd'hui  d'une  entière  sécurité, 
et  comme  le  Gouvernement  Coréen  craignant  d'attirer  sur  lui 
l'attention  de  la  France,  ferme  les  yeux  sur  les  progrès  de  la 
propagande  catholique,  j'ai  pensé  que  je  ne  devais  pas  m'engagcr 
sans  instructions  spéciales  dans  une  entreprise  qui,  si  elle  n'élait 
pas  suivie  de  succès,  pourrait  avoir  pour  résultat  de  donner  un 
nouvel  aliment  aux  sentiments  de  détiance  et  d'animosité  aux- 
quels les  missionnaires,  précurseurs  aux  yeux  de  tout  Gouverne- 
ment asiatique  de  l'ingérence  étrangère,  sont  d'autant  plus  en 
butte  qu'ils  font  plus  ouvertement  appel  à  notre  intervention.  » 

M.  de  Bellonnet,  notre  Chargé  d'affaires,  télégraphiait  de 
Péking,  le  i3  juillel,  au  Département  : 

Massacre  général  des  missionnaire  et  des  chrétiens  en  Corée  : 
deux  évéques  et  neuf  missionnaires  français  martyrs.  Amiral 
Roze  va  en  Corée,  probablement  pas  de  résistance. 

Signé  :  de  Bellonet. 

Le  même  jour,  ^L  de  Bellonet  écrivait,  sous  sa  responsa- 
hiliièy  rétonnante  lettre  suivante  : 

«  Des  liens  de  suzeraineté  d'une  part,  de  vassalité  de  l'aulrc, 
ont  longtemps  réuni  l'Empire  de  la  Chine  et  le  Royaume  de 
Corée.  11  était  de  mon  devoir  de  m'assurer  de  leur  existence  et 
de  savoir  jusqu'à  quel  point  la  puissance  suzeraine  entendait 
prendre  la  res|X)nsabilité  de  l'outrage  qui  nous  était  fait,  mais 
les  explications  échangées  avec  le  Gouvernement  chinois  m'ayant 
appris  qu'il  renonçait  à  réclamer  ses  droits,  j'ai  adressé  au  Prince 
de  Koung  [une  note]  dans  laquelle  j'ai  déclaré  officiellement 
l'ouverture  des  hostilités,  la  séparation  définitive  de  la  Corée,  la 
déchéance  de  son  Roi,  et  le  droit  exclusif  de  V Empereur,  notre 


-^    -  .- 


EXPÉDITION    FRANÇAISE,     1866  269 

Auguste  Souverain,  à  disposer  suivant  son  bon  plaisir  du  pays  et  du 
trône  vacant.  » 


Il  est  à  peine  croyable  que  notre  représentant,  sans  prendre 
Favis  de  son  gouvernonienl,  ail  encore  ajouté  : 

Que  le  Prince  auquel  seront  confiées  les  destinées  de  la  Corée, 
sous  le  protectorat  de  Sa  Majesté  TEmpereur,  fasse  profession  de 
la  foi  chrétienne. 

On  connprendra  facilement  que  l'amiral  Roze  en  ail  référé 
à  ses  chefs  et  qu'une  sévère  admonestation  fut  adressée  de 
Paris  à  M.  de  Bellonel  le  lo  novembre  1866. 

il.  Ridel  venait  demander  vengeance  de  ces  massacres,  et 
sa  voix  fut  entendue  par  notre  chargé  d'affaires  à  Péking, 
M.  de  Bellonel  et  l'amiral  Roze.  Une  exj)édition  fut  décidée. 
En  voici  le  récit  officiel  d'après  le  Moniteur  du  27  décem- 
bre 1866*: 

EXPÉDITION    FBANÇAISE,     1866 

((  Le  ministre  de  la  Marine  et  des  Colonies  a  reçu  du 
contre -amiral  Roze,  commandant  en  chef  la  di>ision  navale 
des  mers  de  Chine,  des  dépêches  annonçant  la  prise  de 
Rang- hoa,  ville  fortifiée  située  au  nord  de  Tile  de  ce  nom, 
et  à  renibouchurc  du  fleuve  sur  les  bords  duquel  se  trouve 
Séoul,  capitale  de  la  Corée. 

«  Parti  de  Tche  fou  le  ii  octobre,  avec  la  frégate  la 
Guerrièrey  les  corvettes  à  hélice  le  Laplace  et  le  Primau- 
guel,  les  avisos  le  Déroulède  et  le  Kien-chariy  les  canon- 
nières le  Tardif  fiX  le  Lebrelhon^  le  contre-amiral  Roze 
mouillait  le  i3,  avec  sa  division,  devant  l'île  Boisée,  à  i8 
milles  de  kang-hoa.  Le  lendemain,  les  canonnières  remon- 

I.  Cité  par  Dallet. 


2-jO  Affaîbes  de  conÉE 

lèrent  la  rivière  Salée  (détroit  de  Kang-lioa),  remorquant 
les  embarcations  qui  portaient  les  compagnies  de  débarque- 
ment de  la  Guerrière  et  des  corvettes,  ainsi  qu'un  détache- 
ment des  marins-fiiâliers  du  Yokohama,  A  peine  débarqués, 
nos  marins  occupèrent  les  hauteurs  sans  rencontrer  la  moin- 
dre résistance  et  campèrent  a  5  kilomètres  de  Kang-hoa. 
Le  i5,  une  reconnaissance  fut  exécutée  par  une  colonne 
commandée  par  M.  le  capitaine  de  frégate  comte  d'Osery  ; 
arrivée  près  d'un  fort  qui  domine  la  ville,  elle  fut  accueillie 
par  un  feu  bien  nourri  de  mousqueterie  et  par  celui  de  deux 
canons  de  petit  calibre.  Après  un  engagement  de  quelques 
minutes,  le  fort  fut  occupé,  et  les  Coréens  s'enfuirent,  lais- 
sant un  drapeau  entre  nos  mains. 

«  Le  i6,  dès  huit  heures  du  matin,  le  contre-amiral  Roze, 
à  la  tête  de  toutes  ses  forces,  se  présentait  devant  la  ville, 
qu'entourait  une  muraille  crénelée  de  4  mètres  de  hauteur. 
Parvenues  à  une  centaine  de  mètres  de  la  porte  principale, 
nos  troupes  furent  reçues  par  une  fusillade  assez  vive  :  mais 
la  muraille  fut  bientôt  escaladée  au  cri  de  :  Vive  l'Empe- 
reur !  et  l'ennemi  nous  laissa  maîtres  de  la  place. 

«  Un  grand  nombre  de  canons,  plus  de  dix  mille  fusils, 
des  munitions  de  toute  sorte  ont  été  trouvés  dans  d'im- 
menses magasins  et  démontrent  l'importance  de  la  place  de 
Kang-hoa,  au  point  de  vue  de  la  défense  de  la  capitale  de  la 
Corée.  Le  contre-amiral  Roze  a  fait  inventorier  avec  soin  les 
magasins^  dont  il  a  pris  possession  au  nom  de  FEtal,  et 
qui  contenaient  également  dix-huit  caisses  remplies  de  lin- 
gots d'argent  et  des  archives  offîcielles. 

«  Une  proclamation  adressée  aux  habitants  leur  a  fait 
connaître  le  but  que  l'amiral  s'était  proposé  en  venant  châ- 
tier le  gouvernement  coréen,  et  leur  a  assuré  la  protection  la 
plus  complète. 

«  Le  blocus  du  fleuve  de  Séoul,  qui  a  été  notiHé  aux 
consuls  des  puissances  européennes  en  Chine,  et  la  prise  de 


EXPÉDITION    FRANÇAISE,     1866  37! 

Kang-hoa,  devaient  produire  une  profonde  impression  sur  le 
gouvernemenl  coréen.  En  effet,  la  ville  de  Kang-hoa  étant, 
comme  on  vient  de  le  rappeler,  située  à  rembouchure  du 
fleuve  de  Séoul,  commande  ainsi  la  principale  voie  que  le 
commerce  de  la  capitale  est  obligé  de  prendre,  particulière- 
ment pour  assurer  ses  approvisionnements  de  riz.  Aussi,  des 
le  19,  le  contre-amiral  Roze  recevait  une  lettre  du  roi,  à 
laquelle  il  s'est  empressé  de  répondre,  en  faisant  connaître 
les  satisfactions  qu'il  réclame  au  nom  du  gouvernemenl  de 
Tempe  reur. 

«  La  dé[)éche  qui  renferme  ces  détails  est  datée  du  22  oc- 
tobre ;  h  cette  date,  le  contiv-amiral  Roze  était  encore  dans 
la  ville  de  Kang-hoa,  où  il  attendait  les  intei^prètes  (chinois) 
qu'il  avait  fait  demander  à  notre  consul  de  Chang-IIaï.  » 

D'autres  renseignements  donnés  dans  des  dépêches  du 
17  novembre  1866,  étaient  insérés  dans  le  Moniteur  du 
7  janvier  1867*  : 

«  Le  contre-amiral  Roze  ayant  voulu  s'assurer  de  l'état 
du  pays,  un  détachement,  commandé  par  le  capitaine  de 
vaisseau  Ollivier,  sortit  de  Kang-hoa  et  rencontra,  à  quelques 
kilomètres  de  la  ville,  des  Coréens  en  grand  nombre,  retran- 
chés dans  une  pagode  fortifiée  ;  Tennemi,  qui  avait  d'abord 
fait  une  sortie,  fut  repoussé  et  se  hâta  de  rentrer  dans  ses 
retranchements  en  abandonnant  ses  morts.  Après  une  fusil- 
lade très  vive,  dans  laquelle  nous  n'avons  eu  aucun  homme 
tué,  mais  qui  malheureusement  nous  a  coûté  quelques  bles- 
sés, la  colonne  rentra  le  soir  même  à  Kang-hoa. 

«  Quelques  jours  après,  le  contre-amiral  Roze,  voyant 
que  le  gouvernement  coréen  ne  donnait  pas  suite  aux  ouver- 
tures auxquelles  il  avait  dû  croire  en  recevant  une  lettre  du 
roi,  se  décida  à  quitter  Kang-hoa  ;  les  approches  de  l'hiver 
se  faisaient  d'ailleurs  déjJi  sentir,    et  il  était  à  craindre  que 

I.  Çit«  par  Dalle  t. 


272  AFFAIRES    DE    COREE 

toute  navigation  de  la  rivière  Salée  ne  fut  bientôt  interrompue; 
alors  il  ordonna  la  destruction  de  tous  les  établissements  du 
gouvernement,  ainsi  que  celle  du  palais  du  roi,  et  nos  ma- 
telots retournèrent  à  bord  des  bâtiments  mouillés  devant  Tiip 
Boisée. 

«  Les  caisses  renfermant  des  lingots  d'argent,  représentant 
une  valeur  de  cent  quatre-vingt-dix-sept  mille  francs,  des 
manuscrits  et  des  livres  qui  peu\ent  offrir  quelque  intérêt 
pour  la  science,  ont  été  dirigées  sur  Chang-haï,  d'où  elles 
seront  transportées  en  France. 

((  Le  contre- amiral  Roze  annonce  également  que  les  deux 
missionnaires  qui  étaient  restés  en  Corée  sont  venus  le 
rejoindre,  après  avoir  réussi  à  se  faire  débarquer  à  Tclie-fou. 

«  La  destruction  de  Kang-hoa,  place  de  guerre  inipor- 
tante,  des  poudrières  et  des  établissements  publics  que  cette 
ville  renfermait,  a  dû  prouver  au  gouvernement  coréen  que  le 
meurtre  des  missionnaires  français  ne  restait  pas  impuni.  » 


RÉSULTATS 

La  narration  officielle  et  le  récit  fait  par  l'abbé  Ridel  ne 
laissont  pas,  pour  qui  sait  lire  entre  les  lignes,  de  doutes 
sur  Teffet  désastreux  de  l'expédition.  La  destruction  de  Kang- 
hoa  avait  été  le  seul  fait  important,  mais  il  n'avait  produit 
aucun  effet  sur  les  Coréens  dont  l'insolence  s'accrut  de  la 
retraite  des  Français,  considérée  comme  une  victoire  par  les 
indigènes.  Quelque  temps  plus  tard,  les  Américains  ne  furent 
pas  plus  heureux  que  nous,  et  il  fallut  l'intervention  japo- 
naise pour  mettre  les  Coréens  à  la  raison. 


LE  COMTE  LALLEMAND 


M.  Berthemy  avait  du  repartir  pour  la  Chine  en  septcni- 


LE    COMTE    L  ALLEMAND  370 

bre  1866  ;  il  iut  désigné  pour  un  autre  poste  et  le  comte  Lal- 
lemand  partit  à  sa  place.  Il  arriva  à  Hong  Kong  le  i''"  avril 
1867  et  à  Ghang-Hai  le  17.  De  cette  ville,  il  envoya  une  cir- 
culaire aux  chefs  des  missions  religieuses  en  Chine  a  pleine 
de  sympathie,  mais  aussi  pleine  d'avertissements  ».  M.  de 
Lallemand  se  rendit  ensuite  à  Nanking  sur  le  Primauguel 
pour  conférer  des  aflaires  avec  le  consul  de  France,  M.  Da- 
brv,  venu  à  sa  rencontre  de  Han-Kéou  sur  \e  Le  B rethon.  Le 
ministre  de  France  arriva  à  Péking  le  10  mai  1867  et  M.  de 
Bellonet  lui  remettait  le  service  de  la  légation. 

M.  de  Bellonet,  d'un  caractère  trop  vif,  s'était  trouvé  en 
Chine  dans  des  conditions  particulièrement  défavorables  ;  les 
traités  n'étaient  pas  respectés  en  province,  les  fonctionnaires 
se  montraient  arrogants,  et  le  16  juillet  1866,  le  Chargé 
d'affaires  avait  envoyé  au  Tsoung-Ii  Yamen  un  véritable 
ultimatum  sous  forme  de  mémorandum.  C'était  un  coup 
d'épée  dans  l'eau  et  l'échec  de  la  France  en  Corée  soulignait 
encore  l'insuccès  de  la  démarche.  M.  de  Bellonet  quitta 
Péking  le  26  mai  1867,  retournant  par  kiachta  en  Europe, 
où  il  était  nommé  au  poste  de  Stockholm. 

Le  17  mai  1867,  le  second  secrétaire  de  la  légation  d'An- 
frleterre  à  Péking,  Sir  Eric  R.  T.  Farquhar,  qui  remplissait 
les  fonctions  de  chargé  d'affaires  pendant  un  voyage  de  Sir 
R.  Alcock  dans  le  Sud,  mourait  de  la  fièvre  typhoïde. 
Alcock  rentra  à  Péking  au  miUeu  de  juillet  1867. 

Le  comte  Lallemand  vit  son  zèle  singulièrement  refroidi 
par  le  télégramme  suivant  qui  lui  fut  envoyé  de  Paris  le 
10  septembre  1867  : 

Je  ne  vois  pas  la  nécessité  d'engager  pour  le  moment  l'affaire 
des  Lettres  de  créance.  En  ce  qui  regarde  la  Corée,  renfermez- 
vous  dans  une  attitude  d'abstention  complète.  Quant  à-  la  pro- 
tection de  nos  nationaux,  évitez  avec  soin  tout  ce  qui  pourrait 
créer  des  complications. 

CORDIER.  I.  —  i8 


2'jll  AFFAIRES    DE    CORÉE 


EXPÉDITION    OPPERT-JENKINS,     1868 

Comme  corollaire  à  Texpédition  de  Corée,  ajoutons  qu'en 
1868,  M.  Ernest  Oppert  ^  ayant  affrété  le  vapeur  China,  bat- 
tant pavillon  allemand,  capitaine  Henry  Miiller,  quitta  Chang- 
Haï  le  3o  avril  pour  Nagasaki  d'où  il  se  rendit  aux  golfes  du 
Prince  Impérial  et  Jérôme  en  Corée  avec  l'abbé  Féron    et 
un  Américain,  F.-B.  Jenkins.  La  nature  de  ce  voyage  lil 
accueillir  les  étrangers  à  coups  de  fusil  :  il  en  résulta  pour  le 
missionnaire  son  transfert  à  Pondichéryet  pour  les  deux  autres 
des  démêlés  avec   la  justice.   L'acte  d'accusation  (8  juillet 
1868)  contre  Jenkins  devant  la  cour  consulaire  américaine 
de  Chang-IIaï  portait  :  «  Que  le  prisonnier,  de  concert  avec 
d'autres   non  justiciables    du   Consulat    américain,   s'était 
engagé  sur  le  steamer  China  dans  une  expédition  scandaleuse 
et  illégale  en  Corée,  avec  le  but  d'exhumer,  à  son  seul  profit, 
le  corps  d'un  souverain  décédé  de  Corée,  pour  le  mauvais 
exemple  des  autres  et  contre  la  paix  et  la  dignité  du  peuple 
des  États  Unis  ;  2**  d'avoir  engagé  une    expédition  en  vue 
d'exhumer,  à  son  seul  profit,  le  corps  d'une  personne  en- 
terrée-lr^,  inconnue  ;  3*  avec  l'intention  d'exhumer  le   corps 
d'un  souverain  décédé  au  profit  de  quelques  personnes  incon- 
nues ;  4**  avec  l'intention  d'exhumer  le  corps  de  quelques  per- 
sonnes inconnues  au  profit  de  quelques  personnes  inconnues  ; 
5°  et  G°  en  aidant  et  en  préparant  une  expédition  dans  l'un 
des  buts  ci-dessus*.  »  Ajoutons  que  les  tombes  dont  il  s'a- 
gissait d'exhumer  les  corps  renfermaient,  disait-on,  des  tré- 
sors. Jenkins  fut  acquitté. 

«   L'abbé  Féron  croyait  que  l'enlèvement  du  corps  d'un 

1.  A  Forbidden  Land  :  Voyages  to  the  Corea.,.  By  Ërncst  Oppert. 
Londou,  1880,  in-8. 

2.  M'ort/iChtna  Daily  Ne^^'s,  8  et  9  juillet  18G8. 


J 


•  EXPÉDITION    OPPERT-JENRINS  276 

des  derniers  princes  de  la  famille  royale  de  Corée  enseveli  à 
peu  de  distance  de  la  mer,  enlèvement  aisé  à  faire,  disait-il, 
serait  un  bon  moyen  d'amener  les  Coréens  à  composition  et 
à  accorder  aux  missions  religieuses  et  au  commerce  l'accès 
de  leur  pays.  Je  pensai,  écrit  M.  de  Lallemand,  2  août 
1868 y  que  l'auteur  de  cette  confidence  n'était  pas  sain  d'esprit 
et  que  ses  supérieurs  s'opposeraient  à  l'exécution  de  son  des- 
sein s'il  s'offrait  jamais  une  occasion  de  le  tenter.  Mais  il 
a  agi  à  l'insu  de  ses  supérieurs  et  s'est  dérobé  à  l'action 
qu'ils  n'auraient  pas  manqué  d'exercer  sur  lui  ». 

L'abbé  Féron  fut  embarqué  pour  France  par  ordre  des 
autorités  françaises  ;  il  a  depuis  été  attaché  à  la  mission  de* 
Pondichéry. 


r 


CHAPITRE  XIX 


MISSIONS  PROTESTANTES.  -  AFFAIRE  DE  TANG-TCHÉOU 


LA  CHINA  INLAND  MISSION 

Les  missions  protestantes  en  Chine  ne  remontent  qu'au 
commencement  du  siècle.  En  1807,  la  London  Missionarj' 
Society  envoya  à  Canton  Robert  Morrison*,  aussi  célèbre 
comme  sinologue  que  comme  missionnaire,  qui  créa  dans 
cette  ville  la  première  station  protestante  en  Chine  ;  Texemple 
de  la  Société  de  Londres  fut  suivi  en  1827  par  la  Neder- 
landsche  Zendeling{(enootschap,  avec  K.  F.  GutzkiT;  en 
i83o,  par  V American  Boa rd  of  Corn missioners  for  Foreign 
Missions,  avec  E.  C.  Bridgman  ;  en  i836,  la  British  and 
Foreign  Bible  Society,  avecC  Tradescant  Lay  ;  en  1837,  la 
Church  of  Engïand  Missionary  Society,  avec  Edward  B. 
Squire':  la  China  Inland  Mission  ne  commença  ses  opéra 
lions  qu'en  1862,  avec  James  Meadows  ;  il  avait  été  précédé 
par  le  Rév.  James  Iludson  Taylor  arrivé  à  Chaug-Haï  le 
i"*"  mars  i854,  mais  qui,  malade,  était  rentré  en  Euro[)e 
en  iSSg.  Il  retourna,  sur  le  Lammermuir,  en  Chine,  où 
il  arriva  le  3o  septembre  1866,  avec  sa  femme,  Mr:  et  Mrs 
Nicul,  George  Duncan,  J.  Williamson,  W.  D.  Rudland,  J. 
A.  Jackson,  J.   R.  Sell,  Misses  Faulding,  Bowyer,  J.  Me 

1.  Robert  Moirison,  n<5  à  Buller's  Grcen.  Morpeih,  Northumberland, 
5  janvier  178a  :  arrivé  à  Macao  î\  septembre  1807;  mort  à  Canton,  dans 
le  bong  danois,  le  r'»"  août  i834. 

2.  Voir  la  liste  de  ces  sociétés  dans  la  HiOliotheca  Siuica,  col.  Sgi-i- 


AFFAIRE    DE  •  YATVG- TCHEOU  2']'] 

Lean,  Barnes,  Desgraz,  Miss  Rose  (Mrs  Meadows),  Miss 
Blatchley,  Mary  Bell  (Mrs.  Rudland).  Sous  la  direction  du 
Rév.  J.  H.  Taylor,  cette  société  avait  pris  un  grand  déve- 
loppement et,  à  l'époque  qui  nous  occupe  (août  1898),  elle 
avait  déjà  ouvert  les  stations  suivantes  :  Ning  Po  (ouvert  juin 
1867)  ;  Foung-houa  (février  1866)  ;  Chao-ching  (septembre 
1866)  ;  Hang-tchéou  (novembre  1866);  Siao-chan  (janvier 
1867);  T'aï-tchéou  (juillet  1867);  Nan-King  (septembre 
1867);  Wen-tchéou  (décembre  1867);  Ning-Haï  (janvier 
1868);  Sou- tchéou  (mars  1 868)  et  Yang-tchéou  (juin  1868)*. 


AFFAIRE    ns    YANG-TCHÉOU,    23    AOl'T    1868* 

Le  93  août  1868,  l'établissement  de  la  China  Inland  Mis- 
sion à  Yang-^tchéou  élait  pillé  et  incendié.  Depuis  plusieurs 
jourt  des  placards  incendiaires  étaient  apposés  sur  les  mu- 
railles ;  on  accusait  le  directeur  de  la  mission,  le  Rév.  J. 
Hudson  Taylor,  d'avoir  ouvert  un  hôpital  d'enfants  trouvés  ; 
ce*ix-ci  étaient  vôtis  et  mangés,  vingt-quatre  d'entre  eux 
manquaient  déjà,  etc.  Le  22  août,  la  foule  s'amassait  devant 
la  mission  et  commençait  à  jeter  des  pierres  ;  le  Rév.  Hudson 
Taylor  se  rendit  au  yamen  du  préfet  Soun  pour  le  prévenir 
de  ce  qui  se  passait;  Soun,  après  être  allé  à  la  mission,  re- 
vint avertir  M.  Taylor,  qu'il  avait  prié  de  ne  pas  se  montrer, 
que  l'ordre  élait  rétabli.  A  minuit,  lorsque  M.  Taylor  rega- 

I.  Tkff  Story  of  ihe  \China  Inland  Mission...  By  M.  Géraldine 
Guianess...  With  an  introduction  by  J.  Hudson  Taylor.  .  Lond., 
Morgan  &  Scott,  1898,  a  vol.  in- 8. 

a.  China,  n**  2  (1869).  Correspond ence  respecting  the  Attack  on 
British  Protestant  Missionaries  at  Yang'cho%v-foo,  August  1868. 
Profented...,  1869,  Lond.,  in-fol. 

Ckina,  n»  10  (1869).  Further  Correspondence  respcctiug  ihe 
Attack  on  British  Protestant  Missionaries  at  Yang-cho^'- foc,  August 
1868.  Presented,..,  1869,  Lond.,  in-fol. 


a-jS  MISSIONS    PROTESTANTES 

gnail  la  mission,  celle-ci  était  détruite  et  ses  habitants  avaient 
eu  toutes  les  peines  du  monde  à  échapper  aux  flammes. 
Yang  tchéou  est  une  grande  ville  du  Kiang-Sou  sur  le  Grand 
Canal,  au  nord  du  Kiang,  à  une  petite  distance  de  Tchen- 
Kiang;  Marco  Polo  en  fut  pendant  trois  ans  le  gouverneur  ; 
il  était  facile  d'y  ameuter  une  foule  considérable  et  il  est  sur- 
prenant que  les  missionnaires  ne  furent  pas  massacrés  ;  les 
membres  de  la  mission  présents  lors  de  cet  attentat  étaient  le 
directeur  J.  Hudson  Taylor,  George  Duncan,  William  Rud- 
land,  Henry  Reid,  qui  perdit  un  œil  ;  M"°*  Taylor  et  Rud- 
land  ;  M""*  Degraz,  Blatchley  et  Annie  Bohannon  ;  quatre 
enfants:  Herbert  Taylor,  Sans,  Frederick  Taylor,  6,  Samuel 
Taylor,  4,  et  Maria  Tajior,  2  ;  il  y  avait  en  outre  dix-neuf 
indigènes,  professeurs  ou  domestiques,  et  un  enfant  ;  les 
Européens  étaient  habillés  à  la  chinoise;  depuis  rétablisse- 
ment de  la  mission,  au  mois  de  juin  de  la  même  année,  il 
n'avait  été  fait  aucune  prédication  publique  ou  commis  aucun 
acte  qui  put  servir  de  prétexte  à  l'attaque.  Le  consul  de 
Chang-Haï,  W.  H.  Medhurst,  se  rendit  à  Yang-tchéou  le 
8  septembre  avec  une  escorte  du  vaisseau  de  guerre  le  Ri~ 
naldoy  qui  était  arrivé  trois  jours  auparavant  à  Tchen -Kiang 
où  s'étaient  réfugiés  les  missionnaires  persécutés  ;  il  remit  une 
lettre  au  préfet  et  réclama  une  indenmilé  de  2000  taels*  ;  son 
enquête  prouva  que  la  destruction  de  la  mission  était  Tcouvre 
des  lettrés,  qui  croyaient  agir  contre  des  catholiques  venus 
de  Tien-Tsin.  Une  première  visite  de  M .  Medhurst  à  Nan-King 
au  vice- roi  Tseng  Kouo-fan  n'ayant  pas  amené  une  solution 
satisfaisante  de  l'aflaire,  il  y  retourna  en  novembre  avec  les 
navires  de  guerre  Roclney^  Rùia/rlo,  Slane)'  et  fcarus, 
annonçant  sa  venue  par  une  lettre  adressée  le  8  novembre  à 
Tseng  Kouo-fan.  L'indemnité  fut  payée  et  l'ordre  fiit  donné 


I .  Le  chiffre  réclame  par  les  missionnaires  pour  leurs  perles  du  samedi 
et  du  dimanche  22  et  a 3  août  1868  était  de  i  ia8  taels  4o  macc. 


/ 


AFFAIRES    DE    TCHÉ-FOU    ET    DE    TAÏ-WA?f  379 

de  placer  une  tablette  sur  la  maison  de  M.  Taylor  pour  qu'elle 
fut  à  J'abri  ;  ces  négociations,  facilitées  par  la  présence  du 
liodne)'  devant  Nan-King,  conduites  avec  tact  et  fermeté 
par  M.  Medhurst,  méritèrent  à  ce  dernier  les  félicitations  du 
Foreign  Office.  Le  problème  de  Tachât  de  terrains  par  des 
missionnaires  protestants  s'était  |)osé  à  Vang-tchéou  et,  faute 
d'une  convention  semblable  à  celle  conclue  par  M.  Berthemy, 
il  avait  été  moins  facile  de  le  résoudre. 


AFFAIRES    DE    TCHÉ-FOU    ET    DE    TAÏ-WAN 

A  Tchéfou  *,  le  Rév.  R.  F.  Laughton',  ayant  voulu  prendre 
possession  d'une  maison  qu'il  avait  achetée,  en  fut  violemment 
empêché  par  la  population,  qui  enleva  le  toit  de  l'immeuble 
et  en  mura  la  porte  (mars  1868).  Mais  c'est  à  Taïwan, 
Formose,  que  les  troubles  furent  les  plus  considérables  :  au 
commencement  d'avril  1868,  les  chapelles  catholiques  et 
protestantes  de  la  Presbyterian  Mission  Church  étaient  dé- 
truites; vers  la  même  époque,  la  maison  EUis  &  Co.,  ayant 
acheté  pour  six  mille  piastres  de  camphre,  se  voyait  confis- 
quer sa  marchandise  sous  prétexte  qu'elle  était  propriété 
impériale  ;  les  réclamations  des  consuls  furent  vaines  ;  au 
mois  de  juin,  M.  Hardie,  agent  de  Tait  &  Co.,  était  poi- 
gnardé ;  on  essayait  en  août  de  faire  subir  le  même  sort  à 
M.  Pickering,  agent  d'EUis  &  Co.  Le  Tao-Taï,  Liang,  devenait 
de  plus  en  plus  insolent  et,  en  octobre,  il  annonçait  aux  consuls 
que  le  vice-roi  trouvant  trop  douce  sa  manière  d'être  à  l'égard 
des  étrangers,  il  allait  être  obligé  d'user  de  plus  de  rigueur. 

I.  China,  n®  3  (1869).  —  Correspondence  respecting  Missionary 
J^isturbances  at  Chefoo,  and  Taiwan  (Formosa).  Presenled...,  1869. 
Lond.,  in -fol. 

3.  Richard  Frederick  Laughton,  de  la  Baptist  Missionary  Society 
d'Angleterre,  arrivé  à  Ghang-Haï  le  i3  mars  i863  d'où  il  se  rendit  à 
Tchéfou  (Yen  taï). 


.  -' 


aSo  MISSIONS    PROTESTANTES 

Sans  plus  larder,  le  consul  p.  i,  John  Gibson  se  rendait, 
avec  les  bâtiments  de  guerre  Algerine^  oonimandant 
Thornhaugh  P.  Gurdon,  et  le  Bustard,  et  faisait  occuper  le 
Fort  Zelandia  et  la  ville  d'Amping,  port  de  Taï-wan  fou  (21 
novembre  1868).  L'effet  fut  immédiat  et  les  Anglais  obtin- 
rent: 1°  l'aboli tion  du  monopole  du  camphre,  avec  des  pro- 
clamations déclarant  le  droit  dos  étrangers  et  de  leurs  employés 
d'aller  et  de  faire  le  commerce  librement.  2®  L'émission  de 
passeports  par  le  Tao-taï  aux  marchands  et  autres  pour  voya- 
ger, pour  affaires  ou  pour  leur  plaisir,  dans  Tintérieur  de  Tile 
de  Taïwan.  3"  Le  paiement  de  6000  dollars,  indemnité 
pour  perte  de  camphre  par  EUis  et  C*^.  !^^  Le  paiement  de 
I  167  dollars,  indemnité  pour  perte  de  biens  par  la  mission 
protestante.  5°  Le  paiement  de  2  000  dqllars,  indemnité  pour 
perle  de  biens  par  la  mission  catholique.  6°  Le  paiement  de 
toutes  les  réclamations  du  comprador  d'EUis  et  G***,  pour 
pertes  pendant  le  pillage  de  sa  maison.  7°  La  punition  des 
divers  coupables  de  connivence  dans  ces  divers  outrages,  à  la 
satisfaction  du  consul  britannique.  8°  La  publicité  de  procla- 
mations, partout,  reconnaissant  l'injustice  des  calomnies 
répandues  contre  le  christianisme  et  les  chrétiens,  et  les  pro- 
tégeant dorénavant  entièrement  contre  de  nouvelles  attaques. 
9°  Le  droit  de  résidence  et  de  travail  aux  missionnaires  dans 
l'île.  lo'*  Des  proclamations  reconnaissant  les  cours  mixtes 
propres  aux  cas  embrouillés  et  les  considérant  comme  telles 
dans  l'avenir.  n°  L'éloignement  du  tao-taï  Liang,  du  magis- 
trat du  district  de  Pi-Teou  et  du  Ting  de  Lo  Kang. 

Cependant,  on  n'étaitpas  au  bout  des  difficultés'  :  En  i86i, 
une  maison  avait  été  construite  h  Banca  (Formose)  par  un 
riche  marchand  nommé  Lok-tow,  jadis  possesseur  du  mono- 
pole du  camphre,  à  la  mort  duquel  MM.  Dodd  &  Go.  louè- 

T.  China,  n°  6  (1869).  Correspondence  respectl/ig  Outrage  on 
Brilish  Merchanis  ai  Banca,  in  Formosa.  Presented,.,,  1869.  Lond., 
in-fol. 


T*^  = 


AFFAIRE    DE    FOU-TCHÉOU  38 1 

rent  la  propriété  de  sa  veirve  (1867).  La  veuve  fut  persécutoe 
par  les  fonctionnaires  et  le  2  octobre  1868  les  représentants 
de  Dodd,  en  voulant  prendre  possession  de  Timmeuble, 
furent  attaqués  par  la  populace  armée  de  couteaux,  de  lances, 
de  bambous,  etc.,  et  s'échappèrent  à  grand'peine  au  yanien 
do  Ting  de  Tam~soni.  Le  vice-consul  par  intérim  de  Tam- 
soui,  Henry  F.  Ilolt,  obtint,  par  son  énergie,  des  excuses,  la 
punition  des  coupables  et  la  mise  en  possession  de  leur 
propriété  de  M  M .  Dodd . 

Le  20  janvier  1869  *,  des  canots  du  navire  de  guerre  Covk- 
chtifer  reçurent,  sans  les  avoir  provoqués,  des  coups  de  fusil 
des  habitants  de  Ou-Tang-pai,  à  deux  lieues  environ  de 
Swalow,  qui  blessèrent  dix  hommes,  dont  sept  sérieusement. 
Innniédiatement  le  commodoreOHver  J.  Jones  arriva  h  Swatow 
avec  le  Rinaldo  et  d'autres  navires  de  guerre  et,  débarquant 
des  troupes,  infligea  un  châtiment  exemplaire  aux  habitants 
de  Ou-Tang^pai,  non  sans  avoir  trois  oflîciers  et  trois  hommes 
blessés. 


AFFAIRE    DE    FOL'-TCHÉOL' 


Un  incident  semblable  *  à  ceux  de  Tché-fou  et  de  Yang- 
tchéou  se  passa  à  Fou-tchéou  par  suite  de  l'achat  d'un  terrain 
par  le  missionnaire  Wolfe^  à  Sharp  Peak  Island,  dans  la  ri- 
vière Min.  Sur  la  demande  du  consul  de  Fou-tchéou,  Charles 
Sinclair,  l'inévitable  gun-boat,  le  Jantis,  commandant  Lci- 
cester  Keppel,  dut  intervenir. 

1.  China,  n9  7  (1869).  Correspondence  respecting  Atlack  on 
Loats  of  fier  Majesty's  Ship  «  Cockchafer  »  by  Villagcrs  near  Siva- 
tow,  Presented...,  1869.  Lond.,  in  fol. 

3.  China,  n»  9  (1869).  Papers  respecting  the  Proceedings  of  lier 
Majesty's  Ship  a  Janus  »  at  Sharp  Peak  Islande  near  Foo-chow-foo. 
Presented.., ^  1869.  Lond.,  in- fol. 

3.  John  Richard 'Wolfe,  do  la  Church  of  England  Missionary  Society, 
arrivé  à  Fou-tchéou,  avril  186a. 


s."» 


CHAPITRE  \X 


MISSION   BURLIN6AME 


\ySOy    BrRLlXGAME 

La  mission  de  M.  Anson  Burlingame  est  une  aventure 
imprévue  dans  T histoire  des  relations  de  T Empire  du  Milieu 
avec  les  pays  étrangers,  et  les  pérégrinations  de  ce  commis - 
voyageur  de  la  diplomatie  chinoise  auraient  l'air  d'une  plai 
sauterie  faite  aux  cours  d'Occident,  si  de  graves  personnages 
ne  les  avaient  organisées.  Anson  Burlingame  *,  originaire  du 
Massachusetts,  avait  été  nommé  envoyé  extraordinaire  et 
ministre  plénipotentiaire  des  États-Unis  le  i4  juin  1861  ;  il 
sYlait  établi  à  Péking  en  août  1862.  C'était  un  homme  do 
quarante  ans,  de  manières  agréables,  plein  d'une  faconde 
que  ne  gênait  d'ailleurs  pas  la  profondeur  des  pensées  ;  on 
un  mot,  habile  dans  Fart  de  bien  dire  des  clioses  vides  do 
sens. 

On  ne  fut  pas  peu  surpris  à  Washington  de  recevoir  un 
télégramme  daté  du  21  novembre  1867  *,  annonçant  au  Secré- 
taire d'État,  qu'Anson  Burlingame,  «  dans  l'intérêt  de  son 

I.  Né  en  i8aa. 

a.  Les  États-Unis  Grent  choix  pour  le  remplacer  en  Chine  de  William 
A.  Howard,  de  Michigan,  le  11  mars  1868;  celui-ci  ayant  décliné  ccl 
honneur,  on  nomma  à  la  même  date,  envoyé  extraordinaire  et  ministre 
plénipotentiaire,  J.  Ross  Brownc,  de  Californie,  qui  se  relira  le  5  juillet 
1869  cl  fut  remplacé  le  a8  septembre  1869  par  Frederick  F.  Low,  de 
cette  même  province. 


oniGiNK  DE  LA  MISSION  a88 

pays  et  de  la  civilisation  »,  remettait  sa  démission  d'envoyé 
extraordinaire  et  de  ministre  plénipotentiaire  des  États-Unis 
en  Chine  ;  deux  jours  plus  lard,  autre  télégramme,  signé 
«  Anson  Burlingame  »,  court  et  topique  :  a  L'Empire  Chi 
nois  m'a  nommé  son  envoyé  vers  les  puissances  ayant  des 
traités.  Accepté.  Quitte  immédiatement  pour  San  Francisco.  » 
J'imagine  la  stupéfaction  du  Secrétaire  d'État,  l'honorable 
William  H.  Seward,  en  lisant  ces  dépêches. 


ORIGI.NE    DE    LA    MISSION* 


D'ailleurs  une  lettre  datée  de  Chang  fiai,  du  i\  décembre 
1867,  donnait  Texplication  de  ces  télégrammes  : 

«  Les  faits  qui  ont  rapport  à  la  nomination  sont  comme  il 
suit  :  —  J'étais  sur  le  point  de  partir  pour  les  ports  à  traité  de 
Chine,  pour  m'assurer  des  changements  que  nos  citoyens  dési- 
raient être  faits  dans  les  traités,  dans  le  cas  où  une  révision  au- 
rait été  décidée,  après  quoi  mon  intention  était  de  donner  ma 
démission  et  de  rentrer.  La  connaissance  de  cette  intention  étant 
venue  aux  Chinois,  le  prince  de  Koung  donna  un  dîner  d'adieu, 
au  cours  duquel  fut  exprimé  un  grand  regret  de  ma  résolution 
de  quitter  la  Chine,  et  me  fut  faite  une  urgente  requête  que  je 
veuille,  comme  Sir  Frederick  Bruce,  expliquer  les  difficultés  de  la 
Cliine  et  informer  les  pays  à  traités  de  son  sincère  désir  d'être  ami- 
cale et  progressive.  Je  promis  gaiment  de  le  faire.  Pendant  la  con- 
versation Wen  Siang,  un  homme  dirigeant  de  l'Empire,  me  dit  : 
«  Pourquoi  ne  voulez-vous  pas  nous  représenter  oïïiciellement?  » 

I .   Consulter  8ur  cette  mission  : 

—  Papers  relatin  g  to  Foreign  Affairs..    Washington,    1869,  in-8. 

—  China,  n®  i  (1869).   Correspond ence  respecting  the  Relations 
between  Great  Britain  and  China.  Presenled...,  1869.  Lond.,  in  fol. 

—  Officiai  Papers  of  the  Chinesc  Légation,   Berlin,  Printed  for  S. 
Calvary,  br.  in  8,  s.  d. 

—  The  Burlingame  Mission:   A  Political  Disclosurc...   By  Johanncs 
von  (iumpach  ..  London  and  New- York,  1872,  in-8. 

—  Bibliotheca  ^inica,  col.  mbS-iabij. 


a84  MISSION    BURLINGAME 

Je  repoussai  cette  insinuation  en  badinant  et  la  conyersatron 
passa  à  d'autres  sujets.  Je  fus  informé  ensuite  que  les 
Chinois  étaient  très  sérieux,  et  une  demande  me  fut  faite  par 
M.  Brown,  secrétaire  chinois  de  la  Légation  britannique,  pour  que 
je  recule  mon  départ  dequelques  jours,  jusqu'à  ce  qu'une  propo- 
sition me  fut  soumise.  » 

La  genèse  de  la  mission,  confiée  intcr  pocuin  à  M.  Anson 
Burlingame,  telle  que  la  raconte  Tex-ministre  américain, 
parait  quelque  peu  fantaisiste.  Il  est  probable,  au  contraire, 
'que  les  hauts  fonctionnaires  chinois,  conseillés  par  Robert 
Harl,  peut-être  aussi  par  le  D""  W.  A.  P.  Martin  *,  Président 
du  T'oung  Wcn  Kouan,  avaient  discuté  le  beau  projet  d'en- 
voyer un  représentant  en  Europe  assez  longtemps  auparavant, 
peut-être  même  depuis  le  départ  de  Sir  Frederick  Bruce. 
Dans  tous  les  cas,  la  lettre  suivante  adressée  par  le  D'  S.  W . 
Williams,  chargé  d'affaires  des  Etals-Unis  à  M.  Seward,  à 
la  date  du  23  décembre  1867,  semblerait  juslifier  cette  ma- 
nière de  voir  ; 

a  Les  arrangements  au  sujet  de  la  nomination  furent  tous  faits 
dans  les  dix  jours  avant  que  M.  Burlingame  quittât  Péking  le  25 
dernier,  cl  après  qu'il  eût  fait  et  reçu  les  visites  d'adieu  avec  le 
Prince  de  Koung  comme  ministre  des  Etats-Unis,  se  préjjaranl  à 
aller  dans  le  Sud  pour  l'hiver  ;  mais  il  est  proba|3le  que  le  Prince 
et  d'autres  hauts  fonctionnaires  avaient  longtemps  débattu  la  con- 
venance de  cette  démarche,  et  que  le  départ  de  M.  Burlingame 
les  avait  engagés  à  mettre  la  chose  au  point  en  le  choisissant 
comme  leur  représentant.  Gela  marque,  d'une  manière  sensible, 
le  progrès  fait  par  ce  gouvernement  en  comprenant  et  en  sou- 
tenant les  devoirs  rédiproques  des  nations  avec  lesquelles  il  a  des 
obligations  de  traités.  C'est  également  une  preuve  de  haute  es- 
time pour  lui  personnellement,  qu'après  des  rapports  officiels 
pendant  près  de  six  ans,  les  officiers  dirigeant  du  Gouvernement 


I.  Il  débuta  en  i85o  à  Ning-Po  comme  agent  du  Bureau  des  Missions 
étrangères  de  l'Église  presbytérienne  des  États-Unis.  Voir  p.  199  son 
opinion  sur  l'avenir  de  la  dynastie  actuelle. 


LETTRE   DU    PRINCE    DE    KOUNG  a85 

lui  confient  la  défense  de  leurs  plus  hauts  intérêts  auprès  des 
cours  étrangères.  Les  pouvoirs  étendus  qui  lui  sont  donnés  prou- 
vent Timportaiice  qu'ils  attachent  à  cette  ambassade.  » 

D'autre  part,  Wen-Siang  a  dit  plus  tard  :  «  M.  Burlin- 
game  s'est  oflfert  et  on  a  tant  insisté  que  nous  avons  dû 
céder;  tout  a  été  décidé  en  huit  jours.  La  seule  însti-uction 
que  nous,  ayons  donnée  à  notre  envoyé,  c'est  d'empêcher 
l'Occident  de  nous  forcer  à  faire  des  télégraphes  et  des 
chemins  de  fer  dont  nous  ne  voulons  qu'autant  qu'ils  seront 
dûs  à  notre  initiative.  » 


tETTRE    DU    PRINCE    DE    KOUNG 

Voici  la  lettre  du  prince  de  Koung  au  D*"  Williams  *,  chargé 
d'affaires  des  Etats-Unis  depuis  la  démission  de  son  ministre, 
annonçant  la  nomination  de  Burlingame  comme  envoyé 
chinois  : 

Le  Prince  Koung,  principal  secrétaire  d'État  pour  les  relations 
étrangères,  envoie  ici  '  une  communication  : 

Depuis  le  temps  où  les  traités  entre  les  pays  étrangers  et  la 
Chine  furent  ratifiés,  les  relations  amicales  entre  les  deux  par- 
ties se  sont  fortifiées  chaque  jour.  Chaque  sujet  qui  est  venu  en 
discussion  entre  les  représentants  de  ces  nations  vivant  actuelle- 
ment dans  la  capitale  et  moi  a  été  examiné  avec  tant  de  sincérité 
et  de  droiture,   qu'en  aucun  cas  il  n*a  pas  manqué  d'être  ar- 

I.  Au  Dr.  S.  WeUs  Williams,  chargé  d'aflliircA  dos  États-Unis.  Le 
célèbre  sinologue  et  missionnaire  Samuel  Wells  Williams,  né  à  Ulica 
(New- York).  33  septembre  1813,  est  mort  à  Newhaven,  Gonneclicut,  le 
16  février  i8â4*  H  a  été  nommé  secrétaire  et  interprète  de  la  légation 
américaine,  37  juin  i855  ;  chargé  d'affaires  a</  intérim,  du  i«r  novembre 
i855  au  19  janvier  i856;  du  35  aoiU  au  16  novembre  1867  ;  du  8  dé- 
cembre i858  au  18  mai  1859  ;  du  i^^  au  34  octobre  1861  ;  du  6  mai  i865 
au  19  septembre  1866;  du  31  novembre  1867  au  39  septembre  1868  j 
du  5  juillet  1869  au  30  avril  1870  ;  et  enBn  à  partir  du  34  juillet  1873. 


a86  MISSION    BURLINGAME 

rangé  à  notre  mutuel  avantage.  Mais  tous  ces  pays  sont  séparés 
de  celui-ci  par  de  larges  océans,  et  aucun  ministre  n*a  été  en- 
voyé d'ici  dans  ces  contrées  et  ainsi  il  n*y  a  pas  eu  d'intermé- 
diaire par  lequel  legou ver nement  chinois  pouvait  personnellement 
faire  coonaitrc  ses  vues. à  leurs  gouvernements  ou  expliquer  sa 
politique.  Mats  maintenant,  voyant  que  Son  Excellence,  Anson 
Burlingame,  le  dernier  minisire  résidant  ici  de  votre  honorable 
contrée,  a  une  telle  connaissance  des  relations  intérieures  et 
extérieures  de  ce  pays,  et  moi-m^me  j*ai  une  confiance  et  une 
connaissance  si  entière  de  lui,  qu'il  m'a  semblé  faisable  pour  ee 
gouvernement  maintenant  d'adopter  les  coutumes  de  ces  pays 
qui  ont  envoyé  des  ministres  résidents  à  celui-ci,  et  il  me  sera, 
de  plus,  excessivement  agréable,  de  le  déléguer  comme  l'envoyé 
du  gouvernement  de  Sa  Majesté  impériale  à  toutes  les  puissances 
qui  ont  des  traités  pour  s'occuper  et  arranger  n'importe  quelles 
affaires  qui  pourraient  surgir  entre  elles. 

J'ai  déjà  réglé  ce  sujet  dans  un  mémoire  au  trône,  et  hier  je 
fus  honoré  de  recevoir  le  rescril  suivant  : 

«  L'envoyé  Anson  Burlingame  traite  les  aiïaires  d'une  façon 
amicale  et  pacifique,  et  est  pleinement  familier  avec  les  relations 
générales  entre  ce  pays  et  les  autres  contrées  ;  qu'il  soit  donc,  à 
cause  de  cela,  envoyé  maintenant  à  toutes  les  puissances  à  traités, 
comme  haut  ministre,  avec  le  pouvoir  de  s'occujx»r  de  chaque 
question  s'élevanl  entre  la  Chine  et  ces  |>ays.  Ceci  de  l'empereur.  » 

Une  copie  de  ce  rescrit  a  été  portée  à  la  connaissance  de  M.  Bur- 
lingame, et  cette  copie  a  été  aussi  faite  maintenant  pour  être 
communiquée  à  Votre  Excellence  pour  votre  information  et  votre 
action . 

22  novembre,  1867  (T'oungTché,  G"*  année, lo* lune,  27*'jour)'. 

La  même  lettre  fut  envoyée  aux  autres  ministres  avec  de 
légères  variantes  : 


LE    PRINCE    DE    KOI NG    AC    MINISTRE    DE    FRANCE 

Depuis  la  conclusion  des  traités  existant,  la  Chine  a  vu  s'amé- 
liorer chaque  jour  ses  bons  rapports  avec  les  nations  occidentales 

^  t.   Officiai  Papers  of  the  Chinese  Légation.  Berlin,  S.  Galvary  et 
C",  pièce  in -8. 


\  •■ 


LE    PRINCE  DE    KOUNG    AU    MINISTRE    DE    FRANCS  qH'j 

et  dans  toutes  les  afTaires  qui  se  sont  présentées,  moi.  Prince, 
j'ai  pu  m'entendre  avec  les  représentants  des  puissances  étran- 
gères et,  grâce  aux  efforts  de  chacun,  elles  ont  pu  s'arranger  à 
la  satisfaction  générale. 

Les  pays  étrangers  étant  séparés  du  nptre  par  de  vastes  océans, 
nous  n'y  avons  pas  jusqu'à  ce  jour  envoyé  d'agent  diplomatique 
pour  nous  représenter  et  nous  avons  été  sans  communication 
directe  avec  eux. 

L'ancien  représentant  des  États-Unis,  Burlingame,  connait 
bien  les  règles  qui  conduisent  les  États  européens  et  la  Chine  et 
(a  franclii.se  et  la  confiance  ont  caractérisé  les  rapports  que  nous 
avons  eus  ensemble.  J'ai  pensé  qu'il  serait  désirable  et  satisfaisant 
qu'il  représentât  la  Chine  auprès  des  Puissances  qui  ont  traité 
avec  nous  d'après  le  principe  de  la  représentation  réciproque. 

Séduit  par  cette  idée,  j'en  ai  fait  la  proposition  à  S.  M.  qui. 
le  26*  jour  de  la  présente  lune,  a  daigné  rendre  le  décret 
suivant  : 

«  L'envoyé  Pou  Ngan-tchenn  (Burlingame),  qui  a  montré  son 
«  caractère  conciliant  dans  la  conduite  des  Affaires  et  qui  connait 
«  les  grandes  règles  d'après  lesquelles  se  conduisent  les  rapports 
«  internationaux  de  la  Chine  et  des  pays  étrangers,  est  nommé 
«  notre  Envoyé  spécial  auprès  des  Cours  ayant  des  Conventions 
«  avec  nous  pour  y  traiter  des  affaires  ayant  un  caractère  d'in- 
«  térêt  commun  entre  les  Puissances  et  la  Chine.  » 

J'ai  fait  connaître  cette  nomination  à  M,  Burlingame  et  je 
m'empresse  de  vous  donner  communication  du  Décret  ci-dessus, 
vous  priant  d'agréer,  etc..  etc. 

Le  26*  jour  de  la  10®  lune  (21  novembre  1867). 


Le  premier  sentiment  des  étrangers  habitant  les  ports  do 
Chine  en  apprenant  la  nouvelle  de  la  nomination  de  Burlin- 
game fut  celui  de  la  plus  complète  surprise  qui  fit  place 
à  celui  de  l'incrédulité.  Il  fallut  néanmoins  se  rendre  à  Tévi- 
dence  et  Ton  pensa  que  la  révision  prochaine  du  Traité  de 
Tien-Tsîn  pouvait  expliquer  cette  étrange  nomination  qui 
transformait  un  diplomate  américain  en  un  mandarin  chinois 
aux  appointements  de  8000  livres  sterling  par  an. 


a88  MISSION    BURL1NGAME 


LETTRE    DE    CRÉANCE    DE    M.    BURUNGAME 

Sa  Majesté  TEmpercur  de  Chine  salue  Sa  Majesté  TEmpereur 
ou  le  roi.  etc.  En  vertu  de  la  mission  qu'il  a  reçue  du  Très 
Haut  avec  révérence. 

(]omme  la  Chine  et  les  nations  étrangères  sont  les  membres 
d*une  même  famille,  nous  désirons  cordialement  établir  sur  une 
large  et  forme  base  les  relations  d'amitié  et  de  bonne  intelligence 
qui  existent  entre  nous  et  les  nations  en  paix  avec  la  Chine. 

Et  comme  marque  de  ce  sincère  désir,  nous  avons  fait  choix 
d'un  oilicier  de  mérite,  talent,  sagesse  —  Anson  Durlîngame, 
en  dernier  lieu  représentant  des  Ëtats-Unis  dans  notre  capitale, 
qui  est  versé  dans  la  connaissance  des  relations  entre  la  Chine 
et  les  peuples  étrangers  et  en  qui  nous  'avons  mis  notre  pleine 
confiance  tant  pour  la  négociation  des  aiTaires  d'intérêt  commun 
entre  les  deux  Empires  que  pour  la  représentation  et  l'exposi- 
tion de  nos  idées. 

Nous  avons  aussi  commissionné  Tchi-Rang  et  Souen  Kia-Kou, 
oiliciers  pourvus  du  rang  honoraire  de  la  seconde  classe.  |x>ur 
accompagner  Anson  Burlingame  à et  l'assister  dans  les  fonc- 
tions qu'il  remplira  comme  notre  haut  ministre  plénipotentiaire 
et  Envoyé  extraordinaire. 

Nous  avons  pleine  confiance  dans  la  loyauté,  le  zèle  et  le 
discernement  de  ces  trois  ministres  et  sommes  assuré  qu'ils 
s'acquitteront  de  leurs  devoirs  d'une  manière  satisfaisante,  aussi 
nous  vous  prions  d'ajouter  foi  et  pleine  créance  à  leurs  paroles, 
afin  que  par  là  nos  relations  d'amitié  deviennent  permanentes 
et  que  les  deux  nations  jouissent  des  bienfaits  de  la  paix  et  de 
la  tranquillité,  résultat  qui.  nous  en  sommes  certain,  sera 
extrêmement  heureux. 

Daté  du  6'' jour  de  la  la*"  lune  de  la  G*'  année  de  notre  règne 
(3i  décembre  1867). 

T'oUNG-TCHÉ. 


PERSONNEL 

La  mission  fut  composée  do  rHonorable  Anson  Burlin 
gaine  (Po//  Ngan-tch*en)  désigné  par  décret  impérial  du 


. 


DISCOURS    DE    SAN    FRANCISCO  389 

21  novembre  1867  (26*  jour,  lo*  lune,  6®  année  T'oung 
Tché),  de  doux  commissaires  chinois  :  Tché  Kang,  Tao-taï 
en  expectative,  et  Souen  Kiao-kou,  ïao-taï  titulaire  ;  d'un 
premier  secrétaire  (secrétaire  de  la  main  gauche),  Tirlandais 
J.  Me  Leavy  Brown',  interprète  delà  légation  britannique, 
et  d'un  second  secrétaire  (secrétaire  de  la  main  droite),  le 
français,  Emile  de  Champs*,  fonctionnaire  dos  douanes  chi- 
noises à  KieouKiang;  enfin  de  six  étudiants  du  ï'oung  Wen- 
Kouan  comme  attachés  et  de  cinq  autres  fonctionnaires  chi- 
nois. Burlingame  partit  de  Péking  le  25  novembre  1867. 
L'ambassade  s'embarqua  à  Chang-Haï  pour  San  Francisco  le 
25  février  1868. 


DISCOURS    DE    SAN    FRANCISCO 


Un  banquet  fut  offert,  en  mai  1868,  à  San  Francisco  h 
l'ambassade  chinoise,  et  le  gouverneur  de  Californie,  Ilaight, 
ayant  porté  le  toast  :  «  Notre  Hôte  —  le  fils  du  plus  jeune, 
et  le  représentant  du  plus  vieux  Gouvernement  »,  Anson  Bur- 
lingame profita  de  la  circonstance  pour  prononcer  le  pre- 
mier, le  plus  brillant,  mais  aussi  le  ])lus  déclamatoire  et  le 
plus  creux  des  discours  qu'il  improvisa  au  cours  de  ses  péré- 
grinations : 

«  Monsieur  le  Président,  Messieurs  :  En  me  levant  jwur  ré- 
pondre au  toast  que  vous  m'avez  fait  Thonneur  de  proj3oser. 
Je  sens  un  poids  de  responsabilité  comme  jamais  auparavant  ne 
m'a  incombé.  Je  me  trouve  pour  la  première  fois  entre  deux  ci- 


1.  Tcho  Po-ngan^  élève  interprète  à  Péking,  36  juillet  1861  ;  assis- 
tant. 9  avril  i863;  premier  interprète -adjoint  (Assistant  Cliinesc  Secre- 
tary),  8  février  i864  ;  il  a  depuis  quitté  le  service  diplomatique  (a8  mai 
1873)  pour  entrer  dans  les  douanes  chinoises;  son  ancienneté  dans  ce 
dernier  service  date  d'avril  1870.  11  est  aujourd'hui  directeur-général  des 
douanes  coréennes  et  conseiller  financier  du  gouvernement  coréen. 

2.  To-chan. 

GoRDiER.  I.  —  19 


âQO  MISSION    BCnLINGA&fE 

viiisations  face  à  face,   par  leurs  représentants.  Appartenant  à 
Tune,  je  suis  appelé    à   répondre  pour  Tautre.  C'est  une  noble 
situation  et  mon  désir  àincère  est  d'être  capable  de  la  traiter  de 
telle  façon  que  les  grands  intérêts  qui  m*onl  été  confiés  ne  soient 
pas  laissés  au  hasard.  Je  dois  demander  votre  indulgence  et,  pour 
cela,  votre  généreuse  interprétation,  du  langage  que  je  dois  te- 
nir. Ce  n'est  pas  ici  le  temps  ni  le  lieu  d'entrer  dans  une  expo- 
sition du  but  de  ma  mission.  Jusqu'à  ce  qu'elle  ait  été  reçue  à 
Washington,  il  me  semble  que  les  convenances  diplomalîqaes 
demandent  qu'elle  doive  se  limiter  seulement  à  récbange  dcsoflî- 
cielles  politesses  quand  elle  en  trouve  sur  son  chemin.  Dans  ce 
sens,  alors,  je  réponds  au  sentiment  qui  m'a  été  exprimé.  Dans  ce 
sens  alors,  je  réponds  à  votre  éloquent  langage,  et  à  cette  bril- 
lante et  imposante  réception.  Je  dis  que  ce  n'est  ici  ni  le  temps  ni 
le  lieu  d'entrer  dans  aucun  exposé  de  l'objet  de  ma  mission,  non 
pas  parce  qu'il  y  a  peu  à  en  dire,  non  qu'il  y  ait  quelque  mystère  au- 
tour de  cette  mission.  Non  !  Il  n'y  a  rien  dans  son  origine  que 
je  ne   serais  heureux  de  déclarer.  Il  n'y  a  pas  de  but  que   je 
serais  honteux  de  cacher.  Elle  vint  à  moi  sans  que  je  l'aie  sol- 
licitée; elle  fut  acceptée  dans  le  grand  intérêt  de  la   civilisation. 
Vous  l'avez  démontré  véritablement  quand  vous  avez  dit  que  je 
n'en  ferais  pas  usage  dans  un  sens  partial.  Si  je  me  connais  moi- 
même,  elle  sera  conduite  dans  les  intérêts  de  tous.  Cette  mission 
n'est  le  résultat  d'aucun  accident  ni  d'une  intention  spéciale.  C'est 
le  résultat,  la  conséquence  logique  des  événements  qui  eurent 
lieu   à  Péking,  la  Capitale  de  la  Chine.  Ce  n'est  que  récem- 
ment que  l'Occident  est  en  relations  particulières  avec  cet  Em- 
pire. Les  aiïaircs  marchaient  suivant  un  système  do  malentendus 
résultant  en  mutuel  désastre  jusqu'à  1860,  quand   les  représen- 
tants des  puissances  à  traités   se  rencontrèrent   avec    les  grands 
hommes  qui  gouvernent  les  affaires  de  l'Empire  chinois.  Se  met- 
tant en  relations   personnelles  avec  eux,  ils  eurent  l'occasion  de 
modilicr  leurs  vues  quant  à  la  capacité  et  aux  intentions  de  ces 
hommes.  Et  ils  furent  amenés  directement  à  considérer  la  ques- 
tion :  Comment   pourraient-ils  substituer  une  action  diploma- 
tique avantageuse  au  vieux  et  faux  système  des  affaires.  Ils  s'atte- 
lèrent résolument  eux-mêmes  à  la  discussion  de  la  question,  et 
de  cette  discussion  résulta  l'adoption  de  ce  qui  est  appelé  la  «  po- 
litique coopérative  ».   Bref,  cette  politique  est  ceci  :  Un  engage- 
ment de  la   part  des  puissances  à  traités  d'agir   ensemble  pour 
toutes  les  questions  matérielles  ;  de  maintenir  ensemble  la  défense 


DISCOURS    DE    SAN    mANClSCO  HQl 

des  droits  conférés  par  les  traités,  mais  déterminés  en  mi^me 
temps  h  donner  à  ces  traités  une  interprétation  généreuse  ;  dé- 
terminés à  maintenir  le  système  étranger  des  Douanes,  et  de  le 
soutenir  comme  une  pure  administration  et  sur  une  base  cosmo- 
polite ;  un  engagement  de  ne  pas  prendre  de  territoire  dans  les 
ports  à  traités  et  de  ne  jamais  menacer  l'intégrité  territoriale  de 
la  Chine.  Ces  engagements  sont  le  fondement  de  la  politique  co- 
opérative. » 

Après  un  éloge  de  Sir  Frederick  Bruce,  «  ce  grand  homme  » , 
avoir  déclaré  que  sa  mission  veut  dire  Progrès,  Burlingame 
lance  cette  phrase  restée  célèbre,  dans  laquelle  il  fait  une 
étrange  salade  de  missionnaires  catholiques  et  protestants  : 

a  Ricci,  Verbiest  *,  Morrison,  Milne,  Bridgman  *^,  Culbertson  * 
et  une  armée  d'autres  qui  ont  vécu  et  qui  sont  morts  dans  cette 
terre  lointaine,  espérant  que  le  jour  arriverait  bientôt,  quand  ce 
grand  peuple  étendrait  son  bras  vers  les  bannières  éclatantes  de 
la  Civilisation  Occidentale.  » 

Il  termine  enfin  sa  harangue  : 

«  Cette  heure  a  sonné  :  voici  le  jour  I 

et  Je  ne  poursuivrai  pas  —  mes  forces  ne  me  le  permettraient 
pas  —  je  ne  poursuivrai  pas  ce  thème  séduisant  ;  mais  je  retour- 
nerai plutôt  au  premier  objet  qui  m'a  fait  lever  ;  qui  était  de 
vous  offrir  pour  moi  et  mes  compagnons,  nos  sincères  et  recon- 
naissants remerciements  pour  cet  accueil  cordial  et  magnifique. 
Cela  fait  honneur  à  la  Californie;  cela  me  rend  lier  pour  mon 
Klat  d'adoption.  Non  parce  que  c'est  la  réception  de  quelques 
individus.  Non  !  mais  parce  que  c'est  une  chaude  bienvenue  à 
une  grande  cause.  Je  vous  assure  que  dans  toutes  mes  pérégri- 
nations, parmi  les  plus  doux  souvenirs  qui  me  reviendront,  avec 

I.  Ferdinand  Verbiest,  S.  J.,  voir  p.  67  ;  Ricci,  p.  5 1  ;  Morrison, 
p.  376;  Milne,  p.  169. 

a.  Elijah  Coleman  Bridgman,  né  lô  ai  avril  1801,  à  Belchcrlown, 
Massachussetts  ;  mort  a  novembre  1861. 

3.  Michael  Simpson  Culbertson,  ne  à  Chambersburg,  Penn.,  18  jan- 
vier 1819;  Board  of  Forcign  Missions  of  the  Presbyterian  Church  ; 
arri\'a  à  Macao,  22  octobre  i8^4  ;  mort  à  Chang  Haï.  35  août  1863. 


I 

i 


ii^2  MISSION    BUIILIXGAME 

les  réminiscences  de  votre  ciel  si  beau»  de  vos  champs  dorés  et 
de  votre  hospitalité  sans  bornes,  les  plus  agréables  et  les  plus 
chers  seront  ceux  de  cette  nuit.  Quand  la  Californie,  parlant  par 
les  lèvres  de  son  éloquent  premier  magistrat  et  de  ces  autres  hom- 
mes éloquents  qui  ont  parlé  ici  ce  soir,  parlant  par  la  bouche  de  ces 
hommes  représentatifs  et  solides,  sans  distinction  de  parti*  a  ac- 
cordé une  courageuse  et  généreuse  réception  à  la  première  mis- 
sion envoyée  par  un  tiers  de  la  race  humaine  aux  autres  nations 
du  monde.  Et  maintenant  en  vous  remerciant  encore  une  fois 
pour  cet  accueil  généreux,  je  vous  dis  un  aiïectueux  adieu*.  » 


WASHniGTON 

L^ambassade  chinoise  fut  reçue  officiellement  à  Washing- 
ton par  le  président  Johnson,  grâce  à  riionorable  William 
H.  Seward  ;  le  président  du  Congrès,  Colfax,  accueillit  éga- 
lement la  mission  et  le  gouverneur  de  Tétat  de  New- York, 
Fenton,  offrit  un  banquet,  le  mardi  aS  juin  1868,  auquel 
tout  le  corps  diplomatique,  sauf  le  représentant  de  la  Tur- 
.  quie,  Blacque-Bey,  refusa  d'assister.  Néanmoins,  un  traité  fut 
signé  ou  plutôt  huit  articles  furent  ajoutés,  à  Washiogiou, 
le  28  juillet  1868,  au  traité  de  Tien-Tsin,  du  18  juin  i858. 
Il  était  signé  au  nom  des  États-Unis  par  William  H.  Seward 
et  pour  la  Chine  par  Anson  Burlingame,  Tché-Kanget  Souen 
Kia-kou. 

Nous  donnons  les  quatre  principaux  articles  de  celte  nou- 
velle convention,  dans  laquelle  les  États-Unis  prennent  des 
engagements  vis-à-vis  des  Chinois,  qu'il  lui  sera  d'ailleurs 
impossible  de  tenir,  témoin  le  traitement  des  Chinois  à  San 
Francisco  : 

TRAITÉ    ADDITIONNEL    (28    JUILLET    1868) 

Art.  III.   —  L'Empereur  de  Chine  aura  le   droit  de  nommer 
I.  Officiai  Papers,  pp.  8-7. 


^!'  u   '- 


TRAITÉ    ADDITIONNEL  a()3 

des  Consuls  dans  les  ports  des  Élals-Unis,  qui  jouiront  des  mô- 
mes privilèges  et  immunités  que  ceux  dont  jouissent  aux  Etats- 
Unis  les  Consuls  de  Grande-Bretagne  et  de  Russie  ou  chacun 
d'eux  par  loi  publique  et  traité.  , 

Art.  IV.  —  Le  39*  Article  du  Traite  du  18  juin  i858,  ayant 
stipulé  l'exemption  des  citoyens  chrétiens  des  Etats^-Unis  et  des 
convertis  chinois  de  toute  persécution  en  Chine  à  cause  de  leur 
foi  ;  il  est  convenu  en  outre  que  les  citoyens  des  Ëtats-Lnis  en 
Chine  de  toute  croyance  religieuse,  et  que  les  sujets  chinois  dans 
les  Élats-Unis,  jouiront  d'une  entière  liberté  de  conscience,  et 
seront  exempts  de  toute  incapacité  ou  persécution  en  raison  de 
leur  foi  ou  culte  dans  chaque  pays.  Les  cimetières  pour  la  sépul- 
ture des  morts,  quelle  que  soit  leur  naissance  ou  nationalité,  de- 
vront être  tenus  avec  respect  et  libres  de  tout  trouble  ou  profa- 
nation. 

Art.  V.  —  Les  États-Unis  d'Amérique  et  l'Empereur  de 
Chine,  reconnaissent  sincèrement  le  droit  essentiel  et  inaliénable 
de  l'homme  de  changer  son  foyer  et  son  vasselage,  ainsi  que 
Tavaiilage  mutuel  de  la  libre  migration  et  émigration  de  leurs 
citoyens  et  sujets  respectivement  d'un  pays  à  l'autre,  dans  un 
but  de  curiosité,  de  commerce,  ou  comme  résidents  permanents. 
C'est  pourquoi  les  Hautes  Parties  Contractantes  sont  d'accord 
l)0ur  réprouver  toute  autre  qu'une  émigration  entièrement  vo- 
lontaire dans  ces  buts.  En  conséquence,  elles  sont  d'accord  pour 
faire  des  lois,  déclarant  crime  pénal  pour  un  citoyen  des  États- 
Unis,  ou  un  sujet  Chinois,  d'amener  des  sujets  Chinois,  soit  aux 
Etats-Unis  ou  dans  quelque  autre  pays  étranger  ;  ou  pour  un 
sujet  Chinois  ou  un  citoyen  des  États-Unis  d'amener  des  ci- 
toyens des  États-Unis  en  Chine,  ou  dans  quelque  autre  pays 
étranger,  sans  leur  libre  consentement  volontaire  respectivement. 

Art.  VI.  —  Les  citovens  des  Élats-Unis  visitant  la  Chine  ou 
y  résidant,  devront  jouir  des  mêmes  privilèges,  immunités,  ou 
exemptions  à  l'égard  du  voyage  ou  delà  résidence  dont  jouissent 
les  citoyens  ou  sujets  de  la  nation  la  plus  favorisée.  Et,  récipro- 
quement, les  Chinois  visitant  les  États-Unis  ou  y  résidant,  joui- 
ront des  mêmes  privilèges,  immunités,  et  exemptions  a  l'égard 
du  voyage  ou  de  la  résidence  comme  devront  en  jouir  les  citoyens 
ou  sujets  de  la  nation  la  plus  favorisée.  Mais  rien  de  ce  qui  est 
contenu  ici  ne  sera  considéré  comme  conférant  la  naturalisation 
des  citoyens  des  États  Unis  en  Chine,  ni  aux  sujets  Chinois  aux 
Etats-Unis. 


3C)4  MISSION    BCRLINGAME 

Art.  VII.  —  îiOs  ci  lovons  des  Etals-Unis  jouiront  do  tous  les 
privilèges  des  élablisseuienls  publics  d'éducation  sous  le  con- 
IrtMc  du  Gouvernement  chinois;  et  réciproquement»  les  sujets 
Chinois  jouiront  de  tous  les  privilèges  des  établissements  publics 
d'éducation  sous  le  contrôle  du  Gouvernement  des  États-Unis, 
dont  jouissent  dans  ces  contrées  respectives  les  citoyens  ou  sujets 
de  la  nation  la  plus  favorisée.  Les  citoyens  des  Etals-Unis  pour- 
ront établir  el  entretenir  librement  des  écoles  dans  l'empire 
Chinois  dans  les  endroits  où  les  étrangers  sont  autorisés  par 
traité  à  résider;  et  réciproquement,  les  sujets  Chinois  jouiront 
des  mêmes  privilèges  et  immunités  dans  les  Etats-Unis. 

L'article  VI  de  ce  traité,  écrit  un  diplomate,  «  a  pour  but 
de  jeter  un  blâme  sur  la  politique  suivie  par  les  Gouverne- 
nienls  français  et  anglais  dans  la  question  de  TEmigralion  el 
la  rédaction  en  est  d'un  goût  douteux.  Primitivement, 
^L  Burlingame  avait  reconnu  aux  Chinois  le  droit  de  devenir 
citoyens  américains  par  un  séjour  aux  Etats-Unis.  Le  Gou- 
vernement Chinois  a  vu  là  un  très  grand  danger  et  le  dernier 
paragraphe  de  Tarliclc  VI  a  pour  but  d'y  obvier.  » 

Le  baron  von  (Jumpach*  ajoute  les  commentaires  sui- 
vants :  «  Ce  traité  supplémentaire  fut  immédiatement  ratifié 
par  le  Président  des  Etats-Unis,  il  n'en  fut  pas  ainsi  par  lo 
(louvernement  Chinois.  Dans  son  Message  au  Congrès,  du  9 
décembre  1868,  le  premier  Magistrat  de  la  République  Nord 
Américaine  marque  :  «  Nous  ne  sommes  pas  avisés  de  Fac- 
tion du  Gouvernement  Chinois  sur  lé  traite  libéral  et  de  Ijon 
augure  qui  a  été  récemment  célébré  [aie]  dans  cette  capitale 
avec  ses  plénipotentiaires.  »  Ce  fut  seulement  par  la  mission 
spéciale  de  Mr.  Brown  à  Péking  et  une  grande  pression  exercée 
sur  le  Tsoung-li  Yamcn,  que  le  consentement  chinois  Ail 
obtenu  finalement  et  l'échange  des  ratifications  eflectué,  le 


I.  L.  c,  j).  337.  Joseph  von  Ou mpach,  ancien  professeur  d'astronomie 
au  T'oung  Wen  Kouan,  est  arrive  à  Péking  en  i866  ;  il  se  brouilla  avec 
Sir  Robert  ilart  et  mourut  à  Chang-Haï  le  3i  juillet  1875. 


LONDRES  39.1 

23  novembre  1869,  longtemps  après  que  le  terme  extrême, 
autorisé  d'habitude  pour  les  ratifications,  était  passé.  Tout 
aulre  Gouvernement,  sauf  TAméricain,  aurait  considéré  ce 
délai  comme  offensant  ;  quoique,  en  réalité,  sa  raison  prin- 
cipale, sinon  la  seule,  était  que  nul  pouvoir  de  négocier  un 
Irailé  avait  été  accordé  à  la  mission  Hurlingame  ;  qu'une  telle 
chose,  contraipc  aux  principes  d'État  chinois,  n'élait  jamais 
entrée  dans  les  pensées  du  Tsoung-li  Yamen  ;  et  qu'il  se  sentait 
embarrassé  de  prendre  sur  soi  une  responsabilité  qu'il  était 
sur  que  le  Gouvernement  chinois  déclinerait.  De  quelle  ma- 
nière, ou  par  quel  expédient,  la  difficulté  a  été  surmontée, 
nous  rignorons.   » 

LO.NDKES 

L'ambassade  Burlingamc  s'embarqua  à  New-York  le  9 
septembre  1868  pour  l'Europe  ;  descendue  à  Londres,  au 
Orosvenor  Hotcl,  Burlingame  attendit  de  longues  semaines 
pour  élre  reçu  par  le  Gouvernement.  Les  Conservateurs 
étaient  alors  au  |K)uvoir,  et  le  Ministre  des  Affaires  Etran- 
gères, lord  Stanley,  consentit  enfin  à  lui  accorder  une  au- 
dience et  à  le  présenter  k  la  Reine  au  château  de  Windsor. 
Quelques  jours  plus  tard  (/|  décembre),  M.  Gladstone  prenait 
le  pouvoir  et  lord  Clarendon  remplaçait  lord  Stanley. 

Clarendon,  endoctriné  par  Alcock,  alla  plus  loin  que  ne  le 
désirait  son  conseiller  qui  fut  le  premier  à  regretter  amère- 
ment une  ambassade  dont  il  avait  été,  au  début,  l'un 
des  plus  ardents  promoteurs.  La  réception  de  Burlingame 
en  Europe  eut  son  contre-coup  en  Chine,  où  le  Tsoung-li 
Yamen  redoubla  d'arrogance.  Jamais  pour  les  agents  euro- 
péens à  Péking,  la  situation  ne  fut  plus  pénible  que  pendant 
les  mois  qui  suivirent  l'arrivée  de  Burlingame  à  Londres. 
Même  le  pacifique  russe  Vlangaly  se  fâchait,  le  prussien 
von  Rchfues  fulminait,   Alcock,    mélancolique,    constatait 


39^  MISSION    BIRLINGAME 

qu'il  avait  préparc  sa  propre  ruine  et  qu'une  re\ision  favora- 
ble du  traité  de  i858  devenait  une  chimère  en  présence  de 
Taltitude  des  hauts  dignitaires  chinois. 

Reçu  en  audience  le  26  décembre  1868  par  le  ministre 
des  Affaires  étrangères,  lord  Clarendon,  M.  Burlingame  était 
deux  jours  plus  tard  en  possession  de  la  lettre  suivante  qui 
exposait  les  vues  du  gouvernement  anglais  : 


LETTRE    DE    CLARENDON 

Foroign-Oflice,  28  décembre  1868. 

MONSIELH, 

J*ai  recueilli  de  la  conversation  que  j'ai  eu  l'honneur  d*avoir 
a>ec  vous  le  a6  dernier,  que  le  but  du  Gouvernement  Chinois  en 
envoyant  une  Mission  Diplomatique  en  Europe  était  double  : 
l'un,  que  par  le  moyen  d'une  telle  Mission  les  Puissances  Euro- 
péennes soient  désabusées  d'une  impression  qu'on  suppose  à  Pé- 
king  qu'elles  entretiennent,  que  le  Gouvernement  Chinois  est 
entré  dans  une  politique  rétrograde  et  qu'il  projette  non  seule- 
ment le  refus  d'élargir  ses  relations  avec  les  nations  chrétiennes, 
mais  même  la  restriction  dans  des  limites  plus  étroites  des  rap- 
ports, que,  par  traité,  ces  nations  étaient  maintenant  en  droit 
d'avoir  avec  les  étals  chinois  ;  l'autre,  de  repousser  toute  inten- 
tion de  la  part  des  Puissances  européennes  d'apporter  une  pression 
désobligeante  pour  encourager  ses  gouvernants  à  entrer  précipi- 
tarmmcnt  dans  une  nouvelle  voie  de  politique  qui  alTecterait  sé- 
rieusement son  indépendance. 

J'ai  compris,  par  vous,  que  le  Gouvernement  Chinois  était 
pleinement  sensil)lc  à  l'opixirt unité,  ou  même  à  la  nécessité, 
pour  ses  propres  intérêts,  de  faciliter  et  d'encourager  des  rapports 
avec  les  nations  étrangères,  qu'il  serait  sensible  aux  avantages 
qui  résulteraient  d'une  plus  grande  assimilation  de  ses  cou- 
tumes et  usages  avec  ceux  des  autres  nations  et  de  l'adoption  des 
progrès  par  les(jucls  l'industrie  d'Europe  a  été  tant  développée 
et  le  bonheur  de  son  peuple  tant  augmenté  ;  mais  que  avec  tout 
cm  il  jXMise  que  toute  tentative  brusque  [K)ur  introduire  de  nou- 


I 


LETTRE    DE    CLARENDON  297 

veaux  systèmes  ou  de  nouvelles  idées  parmi  un  peuple  dont  la 
connaissance  des  nations  étrangères  était  de  date  récente,  et  qui 
a  élé élevé  sous  un  système  traditionnel,  auquel  il  a  été  accou- 
hiiné  et  il  est  attaché,  non  seulement  produirait  une  confusion  et 
même  une  révolution  dans  le  pays,  mais  tendrait  à  retarder  le 
prt^rcs  au  lieu  de  Tavancer.  nécessité  que  le  Gouvernement  Chi- 
nois admet  pleinement  et  serait  désireux  d'encourager,  quoiqu'il 
désirerait  qu'il  lui  soit  permis  d'agir  ainsi  par  degrés  et  sans  au- 
cune secousse  soudaine  et  violente  aux  sentiments,  passions,  et 
même  préjugés  de  son  peuple. 

Le  Gouvernement  de  Sa  Majesté,  je  vous  informai  en  réponse, 
admet  pleinement  que  le  Gouvernement  Chinois  a  droit  de  comp- 
ter sur  l'indulgence  des  nations  étrangères  ;  et  je  vous  assure, 
qu'en  ce  qui  concerne  son  pays,  il  n'y  a  eu  ni  désir  ni  intention 
d'opérer  une  pression  désobligeante  pour  encourager  son  Gou- 
vernement à  avancer  plus  rapidement  dans  ses  rapports  avec  les 
nations  étrangères  qu'il  n'était  conforme  à  sa  sûreté,  et  en  con- 
sidération due  et  raisonnable  des  sentiments  de  ses  sujets. 

Mais,  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté,  disais-je,  attend  de  la 
Chine  la  loyale  observation  des  stipulations  des  Traités  existants, 
et  se  réserve  à  lui-même  le  droit  d'employer  d'amicales  repré- 
sentations pour  persuader  le  Gouvernement  chinois  d'avancer 
dans  la  carrière  ouverte  par  ces  Traités,  et  de  procurer  de  plus 
grandes  facilités  et  encouragement  et  protection  aux  sujets  des 
Puissances  Etrangères  cherchant  à  étendre  leurs  rapports  com- 
merciaux avec  le  peuple  Chinois. 

I>e  Gouvernement  de  Sa  Majesté  sent  qu'il  peut  faire  appel 
honnêtement  au  Gouvernement  Chinois,  quoique  toujours  dans 
des  termes  d'amitié,  pom*  agir  dans  cet  esprit  vis-à-vis  de  lui  et  les 
autres  nations  étrangères  ;  et  il  agirait  ainsi  avec  d'autant  plus 
de  confiance  qu'il  serait  excusé  de  croire  que  les  intérêts  de  la 
Chine  avanceraient  dans  une  plus  grande  mesure  cpie  ceux  des 
nations  étrangères,  en  profilant  régulièrement  des  occasions  qui 
sont  à  sa  portée  en  appliquant  h  son  Empire  l'habileté  et  l'expé- 
rience des  nations  d'Europe. 

Mais  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  est,  en  outre,  en  droit 
d'attendre  de  la  Chine,  comme  une  condition  indispensable  de  son 
bon  vouloir,  la  pleine  et  entière  protection  des  sujets  Britanni- 
ques se  rendant  dans  ses  possessions.  Il  se  rend  compte  que  les 
Gouverneurs  Provinciaux  ont  trop  souvent  l'habitude  de  mépri- 
ser les  droits  des  étrangers,  confiants  dans  l'impunité  en  ce  qui 


298  MISSION    BURLINGAME 

concerne  le  Gouvernement  Central  de  Péking  et  la  répugnance 
de  Pouvoirs  Étrangers  d'aflirmcr  les  droits  de  leurs  sujets  par  une 
pression  locale. 

Le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  sent  qu'il  agit  dans  rintcrèt 
de  l'Empire  Chinois,  quand  il  annonce  sa  préférence  pour  un 
appel  au  Gouvernement  Central  plutôt  qu'aux  autorités  locales 
pour  le  redressement  de  torts  faits  aux  sujets  Britanniques.  C'est 
avec  le  Gouvernement  Central  et  non  avec  les  autorités  Provin- 
ciales que  les  Puissances  Étrangères  ont  conclu  des  Traités  el 
c'est  dans  l'intérêt  du  Gouvernement  Central  que  les  Puissances 
Etrangères  reconnaissent  son  autorité  suprême  sur  les  Gouver- 
neurs Provinciaux  et  que  le  Gouvernement  Central  doit  assumer, 
et  dans  toutes  les  occasions  où  il  serait  appelé  à  redresser  des 
torts  locaux,  être  prêt  à  exercer  cette  autorité. 

Ces  observations  vous  permettront,  j'en  ai  la  confiance,  de 
rassurer  le  Gouvernement  de  Péking  quant  aux  sentiments  ami- 
caux entretenus  à  son  égard  par  le  Gouvernement  Britannique. 
Il  reste  au  Gouvernement  Central  de  régler  ses  rapports  avec  la 
Grande-Bretagne  et  les  sujets  de  la  Reine  de  façon  à  éviter  toute 
cause  de  différends,  et  de  conserver  intacte  l'amitié  de  ce  pays. 

J'ai  seulement  à  ajouter  que  tous  les  Agents  de  Sa  Majesté  en 
Chine  ont  reçu  l'ordre  d'agir  dans  cet  esprit  et  avec  les  vues  que 
je  vous  ai  expliquées  :  et  généralement  de  prévenir  les  sujets  Bri- 
tanniques de  respecter  fidèlement  non  seulement  les  lois  de  l'Em- 
pire, mais  autant  que  possible,  les  usages  et  les  sentiments  du 
peuple  Chinois  * .  » 

La  réponse  de  M.  Burlingame  à  cette  dépêche  marque  les 
résultats  plutôt  négatifs  de  son  séjour  à  Londres. 


LETTRE    DE    BURLINGAME 

Légation  Chinoise.  Londres,  1*''' janvier  1869. 

M Y LORD, 

J'ai  l'honneur  d'accuser  réception  de  la  Dépêche  de  Votre  Sei- 
gneurie du  a8  décembre,  et  en  réponse,  de  vous  informer  que 

I.   China,  n"  i  (1869).   Correspondence  respecting  the   Relations 
hetween  Great  Britain  and  China.  Prescnted...,   1869.  Lond.,  in-fol. 


LETTUE    DE    BURLLNGAME  aQC) 

je  SUIS  d'accord  avec  vous  quant  à  l'exaclilude  générale  de  vos 
déductions  de  notre  conversation  à  cette  date. 

i"  Que  c'était  le  but  de  la  Mission  de  désabuser  les  Puissances 
Etrangères  d'une  impression  qu'elles  étaient  censées  entretenir, que 
le  Gouvernement  Chinois  était  entré  dans  une  politique  rétrograde; 
cl  a'  de  décourager  une  tentative  précipitée  et  inamicale  a  un- 
fricndly  »  de  leur  part  d'entrer  dans  une  politique  qui  pourrait  ren- 
dre tout  progrès  im[x>ssible  par  son  ton  menaçant  et  une  «  secousse 
\iolente  aux  sentiments,  et  même  aux  préjugés  du  peuple  ». 

J'ai  aussi  l'honneur  de  vous  exprimer  ma  satisfaction  de  la  ré- 
ponse de  Votre  Seigneurie  de  la  part  du  Gouvernement  de  Sa  Ma- 
jesté ;  premièrement,  qu'une  pression  peu  inamicale  «  unfriendly  » 
ne  sera  pas  exercée  contre  l'indépendance  et  la  sûreté  de  la  Chine  : 
el  secondement,  que  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté  désire  de 
traiter  directement  avec  le  GouvernementCentral  plutôt  qu'avec  les 
autorités  locales,  et  que  les  Agents  de  Sa  Majesté  en  Chine  ont 
reçu  des  instructions  «  pour  agir  dans  l'esprit  de  ces  vues,  et 
d'avertir  les  sujets  britanniques  de  respecter  fidèlement,  non  seu- 
lement les  lois  de  l'Empire,  mais  autant  que  possible,  les  usages 
et  les  sentiments  du  peuple  Chinois  ». 

Je  suis  d'accord  aussi  avec  voire  Seigneurie  quant  à  l'impor- 
tance de  la  stricte  observation  des  stipulations  du  Traité  existant. 
D'accord,  alors,  comme  nous  le  sommes,  pour  ces  principes  d'ac- 
tion, il  est  également  satisfaisant  de  savoir  que  nous  ne  différons 
pas  quant  à  la  manière  de  leur  application,  particulièrement 
quanta  l'emploi  delà  force  ;  c'est-à-dire,  qu'elle  devrait êtreem- 
ployée  pour  protéger  la  vie  et  les  propriétés  immédiatement  expo- 
sées. Celles-ci  étant  sauves,  la  question  devient  Diplomatique, 
pour  en  être  référé  en  premier  à  Péking,  et  avant  que  guerre 
s'ensuive,  au  Gouvernement  intéressé. 

La  manière  explicite  avec  laquelle  Votre  Seigneurie  s'exprime 
elle-même  sur  ce  point,  non  seulement  dans  la  conversation  du 
26,  mais  dans  celle  d'aujourd'hui,  donnera  une  grande  satisfac- 
tion au  Gouvernement  Chinois.  Cette  politique,  ainsi  conduite, 
rendra  les  guerres  avec  la  Chine  impossibles  ou  elles  n'arriveront 
pas  sans  cause  sullisante  et  seulement  après  mûre  délibération. 

Je  ne  reviens  pas  dans  cette  dépêche  h  d'autres  sujets  de  notre 
conversation,  mais  je  me  borne  à  l'exposé  des  points  sur  lesquels 
nous  sommes  d'accord  • .  » 

I.  China,  n»  i  (1869). 


3oo 


MISSION    BURLINGAME 


PAKIS 


De  Londres,  M.  Burlingame  se  rendit  à  Paris,  précédé 
par  la  lettre  que  lui  avait  écrite  lord  Clarendon,  remise  con- 
fidentiellement par  lord  Lyons  au  marquis  de  Lavalette.  Le 
Grand  Hôtel  résonne  encore  des  échos  joyeux  de  Tanibassacle, 
qu'attristèrent,  au  lendemain  du  Grand  Carnaval  de  1867,  les 
sombres  préoccupations  de  l'avenir  et  qu'assourdit  le  glas 
funèbre  de  l'attentat  de  Yang-tchéou. 


LE  MIMSTRE  DES  AFFAIRES  ETRANGERES    A  M.    ANSON  BIRUSGAME 


31  janvier  1869. 


Mo>SlEUR, 


J*ai  re^u  traduction  des  lettres  de  créance  chinoises  qui  vous 
accréditent,  ainsi  que  Tché-Kang  et  Souen  Kia-kou,  fonction- 
naires de  second  rang,  en  qualité  d'envoyés  extraordinaires  et 
plénipotentiaires  de  TEmpereur  de  Chine  à  Paris.  Je  vous 
remercie  de  cet  envoi,  et  je  serai  heureux  qu*à  l'avenir  pour 
accélérer  Texpédilion  des  aifaircs,  vous  voulussiez  bien  suivant 
l'usage  joindre  à  vos  communications  une  traduction  française 
puisque  vous  avez  auprès  de  vous  un  secrétaire  français. 

Sa  Majesté  Impériale  est  instruite  de  votre  arrivée  à  Paris  et 
\ous  recevra  dès  que  j'aurai  eu  l'honneur  de  vous  voir.  Je  vous 
recevrai  moi-même  demain  avec  vos  collègues  à  l'Hôtel  des 
Affaires  étrangères  à  a  heures.  En  votre  qualité  d'ancien  agent 
diplomatique,  vous  savez  aussi  hicn  que  personne.  Monsieur, 
que  la  forme  de  réception  d'agents  politiques  se  règle  suivant  la 
réciprocité.  C'est  à  raison  de  la  minorité  du  Souverain  du  Céleste 
Empire  que  le  Cabinet  français  n'a  point  insisté  pour  que  les 
lettres  du  Souverain  de  la  France,  fussent  remises  aux  propres 
mains  de  l'Empereur  de  la  Chine,  et  que  Sa  Majesté  Napoléon  111 
recevra  directement  aujourd'hui  vos  lettres  de  créance,  bien 
que  la   même   étiquette  n'ait  pas   été  suivie  jusqu'ici  pour  les 


LE  MIMSTRE  DES  AFFAIRES   ÉTRANGÈRES  A  M.  ANSOX  BURLTNGAME    3o  I 

Emovés  français  à  Poking.  Je  vous  prie  de  vouloir  bien  Iraixs- 
mellre  celle  observation  préjudicielle  à  voire  Gouvernemenl. 
Son  Excellence  M.  ie  Grand  Maître  des  Cérémonies  de  France 
sera  chargé  de  vous  faire  connaître  le  jour,  F  heure,  et  la  forme 
de  l'audience  Impériale,  et  si  vous  êtes  dans  Tintenlion  d'adresser 
à  TEmperear  une  allocution  en  remettant  vos  lettres,  je  vous  serai 
obligé  de  m'en  donner  suivant  l'usage  communication  à  l'avance. 

Il  est  certain  que  M.  Burlingamc  ne  fut  reçu  en  audience 
solennelle  par  les  Souverains  d'Europe  qu'en  cachant  les 
conditions  dans  lesquelles  il  avait  clé  nommé  ;  on  ne  les 
connut  que  lorsque  les  ministres  accrédités  à  Péking  récla- 
mèrent à  leur  tour  l'honneur  d'être  reçu  par  le  Fils  du  Cibl. 
Le  Prince  de  Koung  écrivait  (19  septembre  1869)  au  Comte 
de  Rochechouart  : 

Avant  le  départ  de  M.  Burlingame,  nous  demandâmes  res- 
pectueusement (à  l'Empereur)  des  instructions  que  nous  reçû- 
mes (ainsi  conçues)  : 

«  Lors  de  l'arrivée  de  M.  Burlingame  dans  un  pays,  les 
lettres  de  créance  dont  il  est  porteur  devront  être  confiées  à 
l'intermédiaire  des  Ministres  compétents  sans  qu'il  soit  besoin 
de  se  mettre  en  instance  pour  les  remettre  en  mains  propres.  . 

a  Si  un  pays  (un  souverain)  considérant  M.  Burlingame 
comme  occidental  désire  le  traiter  conformément  aux  coutumes 
d'Occident  avec  de  plus  grands  égards,  M.  Burlingame  devra 
déclarer  préalablement,  afin  qu'il  ne  soit  pas  supposé  dans  la 
suite  que  la  Chine  ne  sait  pas  reconnaître  de  tels  procédés,  que 
le  cérémonial  chinois  n'est  pas  le  môme  que  celui  d'Occident.  » 

Après  Paris,  Stockholm  (7  octobre  1869),  puis  Copenha- 
gue (3o  octobre  1869),  ^^  '^^  Pays-Bas  que  Burlingame 
quitta  le  18  novembre  1869  après  un  séjour  de  trois  semai- 
nes, enfin  Berlin  (janvier  1870)  reçurent  la  visite  de  la  mis- 
sion. Le  ministre  des  Affaires  étrangères  de  Hollande  avait 
esjiéré  que  l'ambassade  chinoise  lui  servirait  de  prétexte 
pour  obtenir  des  États-Généraux  des  fonds  pour  établir  une 
légation  en  CViine  ;  il  essuya  un  refus.  La  dernière  étape  fut 


3oa  MISSION    BUnLINGAME 

Saint-Pélersbourg.  Anson  Burlingamc  y  mourut  le  1 1  février 
1870. 

«  Le  a  de  la  première  lune  de  celle  année,  écrivirent  Tché  et 
Souen  au  Prince  de  Koung,  nous  arrivions  en  Russie.  M.  Bur> 
lingame  se  senUnI  atteint  d'une  maladie  de  poitrine  fit  appeler 
un  médecin.  Son  mal  empira  et  dans  la  matinée  du  24  du 
même  mois,  M.  Burlingame  suocomba.  » 

La  nouvelle  de  la  mort  imprévue  de  Burlingame  ne  pro- 
duisit aucune  sensation  et  le  Tsoung-li  Yamen  a  a  maniiesté 
la  plus  complète,  je  dirai  même  la  plus  inconvenante  » 
indifférence,  écrit  un  diplomate,  cependant  peu  favorable  à 
l'ambassadeur.  A  un  interprète  qui  lui  demandait  la  cause 
de  la  mort  de  Burlingame,  un  membre  du  Tsoung-li  Yanicn 
répondit  :  «  Je  ne  sais  pas,  //  mangeait  beaucoup.  »  Il  est 
vrai  qu^on  donna  10 000  taëls  à  la  famille  du  diplomate 
défunt.  La  Chine  payait  en  argent,  non  en  regrets. 

Malgré  les  intrigues  de  l'Angleterre,  Tchc-Kang  prit  la 
direction  de  la  mission,  M.  Me  Leavy  Brovvn  restant  premier 
secrétaire. 


LA    FIN 


La  mission,  décapitée  de  son  chef,  repassa  par  Rome,  et 
elle  était  de  retour  à  Péking  à  la  fin  de  novembre  1870. 

La  mort  prématurée  de  son  chef  évitait  à  celui-ci  le  san- 
glant démenti  que  de  terribles  événements  allaient  donner  à 
toutes  les  promesses  déclamatoires  d'un  rhéteur  ambulant, 
sans  tact,  sans  préparation,  engageant  des  affaires  qu'il  n'était 
pas  autorisé  h  traiter,  compromettant  ses  patrons  qui  s'aper- 
çurent trop  lard  de  la  faute  commise  en  acceptant  ou  de- 
mandant les  services  de  ce  hanneton  de  la  diplomatie  :  le  mas- 
sacre de  Tien-Tsin  (juin  1870)  était  la  lugubre  réponse  aux 


NOUVELLE    MISSION    CHINOISE  3o3 

discours  de  San  Francisco  et  aux  fêles  du  Grand  Hôtel.  La 
voix  du  politicien  était  gnbmergéc  par  le  an^  des  Tictines. 

Cette  broyante  et  encombrante  mission  n^a  laissé  qu'un 
souvenir  semblable  à  celui  qui  reste  de  certaines  ambassades 
burlesques,  envoyées  aux  siècles  passés  par  quelques  poten- 
tats d'Extrême  Asie  aux  souverains  d'Occident. 

En  novembre  1870,  le  célèbre  bomme  d'Etat  américain, 
William  II.  Seward,  qui  avait  signé  le  traité  Burlingame  à 
Washington,  ne  fut  reçu  ni  par  le  prince  Koung,  ni  même 
par  Wen-Siang  ! 

HOUVELLE    MISSION    CHINOISE 

L'ambassade  Burlingame,  entreprise  sans  Tavis  préalable 
de  toutes  les  légations  de  Péking,  avait  placé  M.  Robert  liait 
dans  une  position  difficile  dont  l'Inspecteur  général  des 
Douanes  s'efforça  de  sortir.  Voici  quel  est  le  projet  dont  il 
entretint  le  chargé  d'Affaires  de  France,  en  août  1869  : 

«  Le  projet  consiste  h  envoyer  un  ou  plusieurs  Chinois  revêtus 
d'un  caractère  ofTicicl,  probablement  avec  le  titre  de  Consul 
Général,  afin  de  bien  écarter  Télément  politique  de  la  question. 
Ces  Chinois  conduits  par  M.  Porter,  Commissaire  des  Douanes, 
et  accompagnes  par  une  suite  de  jeunes  gens  destinés  à  s'ins- 
truire, visiteront  les  divers  pays  d'Europe  et  s'occupant  avec  soin 
d'étudier  le  détail  de  nos  Administrations  et  de  nos  usines  ;  ils 
resteront  plusieurs  mois  à  étudier  chacune  des  branches  de  nos 
connaissances  sous  la  direction  d'agents  qu'ils  comptent  demander 
aux  divers  Gouvernements.  La  mission  est  également  chargée 
d'apporter,  d'exposer  les  échantillons  des  différents  produits  de 
la  Chine  et  en  même  temps  d'expliquer  les  méthodes  employées 
par  l'industrie  chinoise. 

«  Le  chef  chinois  désigné  est  un  nommé  Yang,  bien  connu 
des  légations  par  son  intelligence  et  sa  sympathie  pour  l'Europe, 
et  il  a  derrière  lui  la  Cour  et  les  Impératrices  qui  fournissent 
les  fonds  de  l'expédition  ;  4  millions  de  francs,  mais  désirent, 
pour  le  moment  du  moins,  ne  pas  paraître  ofliciellement. 


.Tr^y' 


3o4  MISSION    BURLINGAME 

«  Je  suis  forcé  d'avouer,  si  ces  projets  se  réalisenl,  que  la  Chine 
aura  fait  un  véritable  pas,  aussi,  suis-je|  disposé  ainsi  que  mes 
collègues  k  souhaiter  la  réussite  de  cette  négociation. 

«  On  dit  tout  bas  que  Yang  serait  porteur  d'une  lettre  de 
Wen-Siang  pour  les  diÂTérenls  Ministres  dès  Affaires  Étrangères 
indiquant  la  limite  des  pouvoirs  de  M.  Burlingame,  démentant 
certaines  promesses  de  ce  diplomate  et  désignant  ceux  de  ses 
actes  qui  seront  approuvés  par  le  Gouvernement  chinois.  » 

La  rédaction  par  M.  Hart  d'un  mémoire*  sur  les  affaires 
de  Chine  (Péking,  3o  juin  1869)  semblerait  prouver  qu'il 
avait  le  désir  de  montrer  que  l'Empire  du  Milieu  était  vrai- 
ment entré  dans  la  voie  du  progrès.  Peine  perdue  !  Les  faits 
étaient  là,  démentant  son  plaidoyer. 

I.  Note  on  Chinese  Matters^  publiée  avec  des  annotations  par  J.  Ross 
Browne.  —  Voir  Gumpach.  Burlingame  Mission,  p.  871. 


CHAPITRE  XXI 
REVISION  DU  TRAITÉ  DE  TIEN-TSIN  * 

L'article  XXVII  du  Iraité  anglais  de  Tien-Tsin  était  ainsi 
conçu  :  «  I!  est  convenu  que  Tune  ou  l'autre  des  Hautes 
Pai'ties  Contractantes  peut  demander  une  nouvelle  revision  du 
Tarif  et  des  Articles  Commerciaux  de  ce  Traita  au  bout  de 
dix  ans  ;  mais  si  aucune  demande  n'est  faite  d'une  part  ou  de 
l'autre  dans  les  six  mois  après  la  fin  des  dix  premières  années, 
alors  le-  tarif  restera  en  force  pendant  dix  années  de  plus, 
comptées  de  la  fin  des  dix-  années  précédentes  ;  et  il  en  sera 
ainsi,  à  la  fin  de  chaque  période  de  dix  années.   » 

Sir  Rutherford  Alcock,  voulant  s'entourer  de  toutes  les 
garanties  possibles,  demanda  aux  résidents  anglais,  voire 
étrangers,  des  ports  ouverts  au  commerce,  quelles  observa- 
lions  pouvait  leur  suggérer  le  traité  de  Tien-Tsin  et  quelles 
améliorations  il  leur  semblait  désirable  d'obtenir.  Des  ré- 
ponses, quelques-unes  remarquables  par  leur  teneur,  vini^ent 
des  Chambres  de  commerce  ou  des  missionnaires  de  Chang- 

I.  Memorials  addrcssed  ùy  Chamùers  of  Commerce  in  China  io 
the  British  Minister  at  Peking,  on  ihe  subject  of  the  Révision  of 
tke  Trealx  of  Tien  tsin,  —   Présent,   to  the  House  of  Commons... 
feb   24.  1868,  in-fol. 

—  China,  n*»  8  (1869).  Correspondence  ivith  Sir  Rutherford 
Alcock  respecting  Missionaries  at  Hanko\\\  and  State  of  Affairs  at 
varioua  Ports  in  China.  Presented...,  1869.  Lond.,  in-fol. 

—  China,  n<»  la  (1869).  Correspondence  svith  the  Charnier  of 
Commerce  at  Shanghae  respecting  the  Révision  of  tke  Treaty  of 
Tien 'tsin.  Presented...,  1869.  Lond.  ;  in-fol. 

GoRDiER.  I.   —  20 


y 


3o6  REVISION    DU    TRAITK    DE   TIEN-TSIN 

Haï,  Fou-lchéou,  Amoy,  Hong-Kong,  Tien-Tain,  Swaloi^', 
Ning-Po.  Le  principal  point  signalé  à  Tatlention  dti  ministre 
par  la  Chambre  do  Commerce  de  Chang-Haï  est  Tesprit 
rétrograde  avec  lequel  le  traité  de  Tien-Tsin  est  interprété  par 
le  gouvernement  chinois  depuis  la  suppression  de  la  révolte 
des  T'aï  P'ing  et  en  jiarticulier  son  article  XII  relatif  à  la 
résidence  dans  Tintérieur  du  pays  ;  mais  en  résumé  toule 
revision  du  traité  devait  tendre  moins  à  l'acquisition  de  nou- 
veaux privilèges  qu'à  une  confirmation  et  à  une  extension  de 
ceux  déjà  accordés.  La  Chambre  de  commerce  de  Fou-tchéou 
considère  la  levée  illégale  ou  arbitraire  de  la  taxe  likin 
comme  une  infraction  systématique  à  Tart.  XXVIII  du  traité 
et  comme  le  principal  grief  qu'elle  soumet  à  l'examen  du  mi- 
nistre. Hong-Kong  réclame  l'ouverture  effective  du  port  de 
Kioung-tchéou,  dans  Tile  de  Haï-Nan.  Tien-Tsin  déclare  que 
rétablissement  de  chemins  de  fer  et  de  télégraphes  est  une 
de.s  mesures  les  plus  importantes,  sinon  la  plus  importante  do 
celles  qu'on  espère  être  à  la  veille  de  voir  prendix?. 

Le  28  octobre  1869,  Sir  R.  Alcock  adressait  au  comte  de 
Clarendon  *  la  nouvelle  convention  signée  après  de  longues 
et  difficiles  négociations  dans  lesquelles  il  avait  été  particuliè- 
rement aidé  par  les  secrétaires  de  sa  légation,  Frater  et 
Adkins.  Au  texte  du  traité  était  joint  un  commentaire  expli- 
catif de  M.  Robert  Hart. 

CONVENTION  ALCOCR,  23  OCTOBRE  1869*. 

Sa  Majesté  la  Reine  du  Royaume  Uni  de  Grande-Bretagne  el 
Irlande,  et  Sa  Majesté  TEmpereur  de  Chine,  désirant  assurer  la 

I.  China f  n®  i  (1870).  Despatch  from  Sir  liulherford  Alcock  res- 
pecting  a  Supplementary  Convention  to  the  Treatr  of  Tientsin, 
signed  by  him  on  October  28,  1869.  Presented...,  1870.  Load.,in-fol. 

a.  Convention  supplémentaire  au  Traité  de  Commerce  et  de  I^tt- 
vigation  du  a6  juin  i858,  entre  la  Grande-Bretagne  et  la  Chine. 
Voir  Ilansard's  Debates,  vol.  202,  p.  1624. 


"i"**rirl'^*»^'^** 


CONVESTIO?!    ALCOCR  *  807 

meilleure  exécution  du  Traité  de  Commerce  codcIu  entre  eux 
le  36  juia  i858,  oui  résolu,  suivant  la  clause  de  l'art.  XXYlll  à 
rolTet  a  que  l'une  ou  l'autre  des  Hautes  Parties  Contractantes 
peut  demander  une  nouvelle  revision  du  Tarif  et  des  Articles 
Commerciaux  de  ce  Traité  au  bout  de  dix  ans  »  de  négocier  un 
arrangement  complcmentaii*o,  et  dans  ce  but  ils  ont  nommé 
comme  leurs  .Plénipotentiaires,  c'est-à-dire  : 

Sa  Majesté  la  Reiao  du  Uoyaume  Uni  de  Grande-Bretagne  et 
d'Irlande,  Sir  Ruthcrford  Alcock,  Chevalier  Commandeur  du 
Très-Honorable  Ordre  du  Bain,  Envoyé  Extraordinaire  et  Mi- 
nistre Plénipotentiaire  de  Sa  Majesté  auprès  de  Sa  Majesté  l'Em- 
pereur de  Chine. 

Et  Sa  Majesté  TEmpereur  de  Chine,  Son  Altesse  Impériale 
(HcHchouo)  le  Prince  de  Koung  ;  Wen-Siang,  Président  du  Mi- 
nistère de  l'Intérieur  ;  Pao  Tchoun,  Président  du  Ministère  des 
Finances  ;  Toung  Siun,  Président  du  Ministère  des  Finances  ; 
Tan  Tîng-siang,  Président  du  Ministère  des  Châtiments  ;  et 
Tçhoung  Liun,  Président  de  l'Oilicc  colonial  ; 

Qui,  après  avoir  communiqué  les  uns  aux  autres  leurs  pleins 
pouvoirs  respectifs,  trouvés  en  bonne  et  du  forme,  se  sont  mise 
d'accord  sur  les  articles  suivants  : 

Article  1 

La  Chine  ayant  consenti  que  les  sujets  britanniques  partici- 
pent à  tous  les  avantages  accordés  par  Traité  aux  sujets  d'autres 
Puissances,  il  est  en  outre  convenu  que  les  sujets  britanniques 
désireux  de  participer  aux  avantages  accordés  par  le  Traité  aux 
sujets  des  autres  Puissances,  participeront  aux  mômes  avantages 
dans  des  conditions  semblables  à  celles  qui  ont  été  accordées  aux 
sujets  des  mêmes  autres  Puissances  qui  y  participent. 

AUTICLE    H 

La  Chine  ayant  consenti  à  ce  que  l'Angleterre  nomme  des 
Consuls  pour  résider  dans  chaque  port  ouvert  au  commerce,  il 
est  en  outre  convenu  que  la  Chine  pourra  nonuner  des  Consuls 
pour  résider  dans  tous  les  ports  des  possessions  britanniques. 

Les  Consuls  ainsi  nommés  auront  droit  respectivement  au 
traitement  accordé  à  la  nation  la  plus  favorisée. 


3o8  REVISION    DU   TRAITÉ    DE   TIE.N-TSIX 

Article  III 

Il  est  convenu  que  les  niarcliandiscs  des  classes  et  dénomi- 
nations suivantes,  c'est-à-dire  les  colons,  les  toiles,  les  laines,  les 
mélanges  de  laine  et  coton,  etc.,  etc.,  importés  par  les  négociants 
anglais  devront  payer  simultanément  les  deux  droits  d'importa- 
tion et  de  transit  au  moment  de  l'importation. 

D'autre  part,  la  Chine  accepte  que  les  marchandises  sus-men~ 
tionnées  importées  par  les  marchands  anglais  et  ayant  acquitté 
simultanément  les  droits  d'importation  et  les  frais  de  transit, 
au  moment  de  l'importation,  seront  exemptes  de  toutes  autres 
taxes  et  charges  quelconques,  dans  les  provinces  des  ports  à 
traité.  ,      ^ 

Article  IV 

Il  est  convenu  que  les  produits  indigènes  achetés  à  l'intérieur 
par  des  négociants  britanniques  munis  des  documents  prescrits 
|>ar  les  Règlements  supplémentaii'tîs.  devront  payer  les  droits 
intérieurs  et  les  frais  sur  leur  parcours  au  port  à  traité. 

D'autre  part,  la  Chine  consent  à  ce  que  tel  produit  indigène 
ayant  payé  tous  les  droits  intérieurs  et  les  frais  sur  son  parcours 
du  lieu  de  l'achat  au  port,  aura  droit  au  remboursement  de  telle 
somme  qui  aurait  été  ainsi  payée  en  excès  et  au-dessus  des  droits 
de  transit  suivant  le  Traité  (demi-droit  d'exportation),  pourvu 
que  l'exportation  des  négociants  britanniques  dans  un  port 
étranger  soit  faite  dans  l'intervalle  de  douze  mois. 

Il  est  en  outre  convenu  que  les  produits  indigènes  embarqués 
pour  un  autre  port  à  traité  n'aura  pas  droit  au  même  rembour- 
sement. 

Article  V 

Il  est  convenu  que  les  produits  chinois  embarqués  do  Hong 
Kong  pour  un  port  à  traité  ne  seront  pas  transportés  à  l'intérieur 
sous  le  régime  de  transit,  mais  devront  payer  les  droits,  impôts 
et  redevances  intérieures  comme  tout  autre  produit  indigène  à 
tout  passage  de  barrières. 

D'autre  part,  la  Chine  consent  à  accorder  aux  produits  indi- 
gènes embarqués  des  ports  à  traité  pour  Hong  Kong  par  les  né-- 
gociants  britanniques  les  preuves  de  droits  ordinaires  d'ejKporta-  j 

tion,  et  de  recueillir  sur  ces  mômes  produits,  à  l'arrivée  dans  un 


j 


■_-  -  l^-l«i 


CONVENTION    ALCOCR  SoQ 

second  port  à  traité,  le  droit  ordinaire  du  commerce  côlier  (moi- 
tié d'importation). 

Article  VI 

Il  est  convenu  que  le  port  de  Wen-tchéou  dans  le  Tché-Kiang 
sera  ouvert  au  commerce  britannique,  et  que  Kioung-lchéou, 
nommé  dans  le  traite  de  Tien-Tsin,  sera  rayé  de  la  liste  des  ports 
à  traité. 

Article  \  Il 

Il  est  convenu  que  les  vaisseaux  marchands  britanniques  ne 
seront  appelés  à  payer  les-  droits  de  tonnage  qu'une  fois  en  quatre 
mois. 

D'un  autre  côté,  TAnglclerre  consent  à  ce  que  les  vaisseaux 
marchands  britanniques  de  tout  genre,  qu'ils  soient  employés 
au  transport  ou  à  l'emmagasinage  de  marchandises,  au  trans- 
port des  voyageurs,  ou  comme  demeures  (navires  de  commerce, 
pontons,  chops,  etc.)  aussi  bien  que  toute  embarcation  de  type 
chinois,  appartenant  à  des  sujets  britanniques,  paieront  les 
droits  de  tonnage  suivant  leur  tonnage»  s'ils  font  le  commerce 
de  port  a  port,  à  l'expiration  de  leurs  certificats  spéciaux,  et  s'ils 
servent  de  pontons  dans  le  port,  à  l'expiration  du  terme  de  qua- 
tre mois,  suivant  le  cas. 

Article  VIII 

11  est  convenu  que  tous  les  vaisseaux-marchands  britanniques 
avertiront  les  Douanes  de  leur  port  de  destination,  et  lui  remet- 
tront les  manifestes  d'exportation  au  moment  d'appareiller. 

D'autre  part,  la  Chine  consent  à  ce  que  le  montant  de  toute 
amende  pour  des  manifestes  falsifiés  dans  lesquels  des  sujets  bri- 
tanniques sont  intéressés  devra  être  déterminé  suivant  les  cir- 
constances particulières,  et  n'excédera  en  aucun  cas  la  somme  de 
ôoo  taëls» 

Article  1\ 

11  est  convenu  que  dans  tous  les  cas  d'amendes  résultant  d'in- 
fractions aux  règlements  des  Douanes,  le  Surintendant,  ou  le 
Commissaire  des  Douanes,  peut  avoir  un  siège  au  tribunal,  et 
prendre  part  à  l'enquèlc  avec  le  Consul  britannique. 

Et  dans  tous  les  cas  de  confiscation  résultant  d'infractions  aux 


3io 


HEVISION    DU    THAITE    DE    TIEN-TSIN 


règlements  des  Douanes,  le  Consul  britannique  peut  avoir  un 
siège  au  tribunal  avec  le  Surintendant  ou  le  Commissaire  des 
Douanes,  et  prendre  part  à  Fenquête. 

I!  est  convenu  en  plus  que  TAngleterrc  et  la  Chine  rédigeront 
de  concert  un  Code  commercial. 

Article  X 

D'une  part  la  Chine  convient  d'accorder  des  licences  aux  pi- 
lotes. 

D'autre  part,  l'Angleterre  consent  à  punir  les  sujets  britanni- 
ques pilotant,  ou  qui  emploieraient  des  personnes  pour  piloter, 
n'ayant  pas  de  licences. 

11  est  convenu  en  outre  que  la  stipulation  du  Traité  de  Tien— 
Tsin  aura  son  effet  «  que  pour  la  juste  contrainte  des  équipages  de 
navires,  des  règlements  seront  rédigés  par  les  Consuls  et  les  aw— 
torités  locales. 

Vrticle  XI 

11  est  convenu  que  les  drawbacks  accordés  aux  mai'<:handises 
étrangères,  réexportées  par  les  commerçants  britanniques  à 
l'étranger,  dans  un  délai  de  trois  mois  de  la  date  d'importation, 
seront  convertibles  (à  la  banque  Hai-Kouan)  en  argent  comp- 
tant. 

D'autre  part  l'Angleterre  consent  à  ce  que  les  uiarchandisc^ 
étrangères,  réexportées  par  des  négociants  britanniques  à  l'étran- 
ger après  l'expiration  de  trois  ans  à  partir  de  la  date  d'impor- 
tation, n'auront  pas  droit  au  drawback  du  droit  d'importation. 

AuTiaLE  Xll 

Il  est  convenu  que  l'opium  paiera  un  droit  d^importation  à  un 
taux  surélevé. 

D'autre  part,  la  Chine  convient  : 

1 .  Que  les  sujets  britanniques  porteurs  de  passeports  peuvent 
se  servir  de  leurs  propres  bateaux,  semblables  aux  embarcations 
chinoises,  el  marchant  à  rames  ou  à  voiles,  quand  iïs  visite- 
ront des  ports  sans  traité,  ou  des  lieux  dans  Tin  ter  iéur. 

2.  Que  des  entrepôts  (bonded  ware  bouses)  seront  installés 
pour  les  sujets  britanniques  dans  tels  ports  à  traité  qu'il  peut 
être  utile. 

3.  Que  le  Surintendant  des  Douanes  de  Kieou  Kiang  fournira 


r.-^m^ ,'  Tl^-^ 


COSVESTIO.N    ALCOCR  3ll 

un  remorqueur  à  l'usage  des  bateaux  genre  chinois  appartenant 
à  des  sujets  britanniques  sur  le  Po  yang,  et  dans  le  voisinage  de 
Hou  Kéou. 

4.  Les  engagements  (bonds)  pris  par  des  négociants  britanni- 
ques pour  la  ré-exportation  des  thës  embarques  des  ports  du 
Yang-tseu  seront  supprimés,  à  titre  d'expérience. 

5.  Que  le  Commissaire  Impérial  dans  le  Sud  ouvrira  des  mines 
de  charbon  dans  deux  ou  trois  endroits;  et 

6.  Que  les  droits  sur  le  charbon  indigène  exporté  par  les 
commerçants  britanniques  des  ports  du  Sud,  seront  réduits. 

AnncLE  XIll 

11  est  convenu  que  la  soie  paiera  un  droit  d'exportation  à  un 
taux  surélevé. 

D'autre  part,  la  Chine  convient  : 

I .  Que  Wou-Hou  dans  le  Ngan-Houei  sera  ouvert  au  commerce 
britannique. 

3.  Que  le  grain  étranger  peut  être  réexporté  et  sans  payer  de 
droits  par  les  négociants  anglais. 

3.  Que  les  matériaux  employés  par  les  sujets  britanniques 
dans  les  docks  pour  la  réparation  des  vaisseaux  britanniques  se- 
ront exempts  de  droits. 

4.  Que  la  liste  des  marchandises  exemptes  de  droits  à  l'usage 
domestique  des  sujets  britanniques  et  des  stores  pour  navires  soit 
revisée. 

5.  Que  le  charbon  étranger  et  le  guano  importés  par  les  né- 
gociants britanniques  seront  exempts  de  droits  ;  et  : 

6.  Que  les  droits  d'importation,  sur  les  montres,  le  poivre, 
blanc  et  noir,  les  lames  d'étain,  et  les  bois  de  charpente,  impor- 
tés par  des  sujets  britanniques,  seront  réduits. 

Article  XIV 

Il  est  convenu  que  chaque  Douane  rédigera  des  règlements 
fixant  la  touche  du  Sycee  devant  être  reçu  en  paiement  des  droits 
par  la  banque  à  chaque  port. 

Il  est  en  outre  convenu  que  les  divers  documents  octroyés  aux 
sujets  britanniques  (papiers  de  transit,  passeports,  etc.)  seront 
retournés  à  l'expiration  d'une  année  a  partir  de  la  date  de  leur 
émission. 


3ia  HEVISIOX    DU    TUAITÉ    DE    TIEN-TSIN 

Article  XV 

Il  est  convenu  des  deux  côtés  que  les  x\rtîcles  non  touchés  par 
la  présente  revision  seront  ipi  déclarés  pour  être  renouvelés  et 
confirmés,  et  que  la  version  revisée  décidera  dans  le  cas  de  tels 

articles  que  la  présente  revision  intéresse. 

* 

Article  XVl 

La  convention  présente  sera  ratifiée  ;  et  la  ratification  sera 
échangée  à  Péking  aussitôt  que  possible.  En  témoin  de  quoi  les 
Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  la  Convention  présente,  les 
Règlements  Supplémentaires  qui  s'y  rattachent  et  le  Tarif  con- 
cernant les  marchandises  à  propos  desquelles  les  droits  ont  été 
ainsi  changés  ;  et  y  ont  apposé  leurs  sceaux. 

Fait  à  Péking  en  quadruplicala,  ce  aS"  jour  d'octobre,  dans 
Tannée  de  N.  S.  1869. 

Sig.  Rutherford  Alcock. 
Signatures  des  Plénipotentiaires  chinois. 

Sui\eDt  dix  règlements  et  le  t^uif,  que  je  crois  inutile  de 
reproduire,  puisque  la  convention  n'a  jias  été  ratifiée. 

On  remarquera  que  dans  le  préambule  de  cette  convention, 
seule  la  première  partie  de  Tarticle  XWlIdu  traité  de  Tien- 
tsin  est  citée  ;  M.  Hart  dans  son  commentaire  dit:  «  Ce  qui 
est  omis  aurait  une  portée  à  Tépoque  de  la  prochaine  révision 
et  c'est  'omis  afin  que  la  question  puisse  recevoir  sa  propre 
solution  en  son  temps,  et  non,  en  devenant  une  question 
vcxatoire  maintenant,  troubler  indéfiniment  le  travail  de  la 
présente  revision.    » 

Nous  voyons  (art.  Il)  que  la  Chine  obtient  rautorisation 
(le  nommer  des  consuls  dans  tous  les  ports  des  possessions 
britanniques,  concession  cause,  comme  nous  l'indiquons  plus 
loin,  de  réclamations  des  négociants  anglais  ;  Wen-tchéou, 
dans  le  Tché-Kiang,  est  ouvert  au  commerce  anglais  au  lieu 
do  Kioung-lchéou,  dans  File  de  Haï-Nan  (art.  VI),  autre 
cause  de  récrimination  ;  il  est  vrai  que  Wou  Hou,  dans  le 


"■13^' 


CONVENTION    ALGOCk  3l3 

Ngan-Houei,  est  aussi  ouvert  au  commerce.  L'article  III 
relatif  aux  droits  d'entrée  et  de  transit  est  avantageux.  11 
semble  que  de  part  et  d'autre  les  plénipotentiaires  se  soient 
efforcés  de  tenir  la  part  égale  dans  les  concessions  réci- 
proques, et  de  maintenir  en  équilibre  intérêts  anglais  et  chinois, 
mais  tel  n'était  pas  le  désir  des  sujets  anglais  ;  Sir  Rutherford 
Alcock  n'avait  pas  tenu  un  compte  suflisant  des  réclamations 
de  ses  compatriotes  ;  il  avait  à  défendre  d'âpres  intérêts  com- 
merciaux, non  à  établir  une  juste  répartition  d'avantages 
consentis  de  part  et  d'autre.  11  avait  affaire  à  forte  partie  :  le 
«  merchant  prince  »  en  Chine,  son  associé  et  son  représentant 
à  Londres,  étaient  de  puissants  personnages,  créant  facilement 
une  opinion  publique,  maîtres  plutôt  que  conseilleurs.  Le 
Ministre  de  Sa  Gracieuse  Majesté  était  un  mince  personnage 
à  côté  de  ces  puissants  potentats,  avec  lesquels  devait  compter 
le  Cabinet  de  la  Reine.  On  le  lui  fit  bien  voir. 

Un  mémoire  *  en  vingt  articles  fut  adressé  (lo  février  1870) 
par  M.  Hugh  M.  Malheson,  président  du  Comité  des  négo- 
ciants intéressés  dans  les  affaires  de  Chine,  à  Lord  Clarendon, 
marquant  que  la  convention  présente  n'offrait  aucune  amé- 
lioration du  Traité  de  Tien-Tsin  et  qu'à  moins  qu'elle  ne 
fût  profondément  modifiée,  il  valait  mieux  laisser  les  choses 
en  l'état.  Je  note  en  particulier  le  paragraphe  18  :  «  Accorder 
à  la  Chine  la  nomination  réciproque  de  Consuls  est  simple- 
ment suivre  un  principe  évident  d'usage  international  et  a, 
par  conséquent,  beaucoup  d'apparence  de  justice  ;  mais  l'idée 
de  faire  de  telles  nominations  n'est  guère  de  celles  qui  se- 
raient venues  spontanément  à  l'idée  d'un  indigène,  et  sa  réali- 
sation peut  être  la  source  de  maux  sérieux.  Les  seuls]endroits 
dans  lesquels  le  Gouvernement  chinois  se  prévaudra  probable- 
ment de  ce  privilège,  sont  ceux  dans  lesquels  réside  une 


I.  China,  n9  4  (1870).  Memorials   respect Ing  the   China   Treaty 
Hevision  Convention.  Presented...,  1870.  Lond.,  in-fol. 


3lA  UE VISION    DU    TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN 

population  chinoise,  tels  que  Hong-Kong,  les  Établissements 
du  Détroit,  Melbourne,  et  il  est  possible,  Calcutta.  Un  consul 
chinois  sera  à  peine  acceptable  pour  nos  autorités  coloniales 
et,  à  Hong-Kong  plus  particulièrement,  les  auteurs  de  ce 
mémoire  peuvent  à  peine  douter  que  ceux  qui  sont  respon- 
sables du  gouvernement  et  du  bien-être  de  la  Colonie  pourront 
montrer  péremptoirement  combien  cette  mesure  pourra 
affecter  sa  prospérité.  Un  mandarin  chinois  établi  à  Hong- 
Kong,  ou  dans  les  autres  Colonies  comme  Consul,  doit  proba- 
blement moins  protéger  et  aider,  que  taquiner  ses  compatriotes 
et  leur  faire  payer  des  droits,  servi,  comme  il  le  serait,  par 
le  fait  que  leurs  parents  et  leurs  relations  sont'  sur  le  conti- 
nent, et  à  portée  des  fonctionnaires  chinois.  Si,  comme  on 
Ta  annoncé,  la  nomination  d'un  Consul  est  proposée  dans  le 
but  de  prévenir  des  embarquements  illégaux  de  cargaison  par 
les  Chinois  de  Hong-Kong  h  des  ports  sans  traité,  les  auteurs 
de  ce  Mémoire  sont  anxieux  que  l'on  comprenne  clairement 
qu'ils  ne  sont  hostiles  à  aucune  mesure  adoptée  dans  ce  but. 
Mais  ils  pensent  qu'il  pourrait  être  atteint,  si  c'était  néces- 
saire, par  une  méthode  moins  sujette  à  contro\'«rse  ;  et  que 
exécuter  ce  que  propose  la  Convention  serait  permettre  au 
(fouvernement  Chinois  de  contrôler  indûment  cette  portion 
du  commerce  de  Hong-Kong,  qui  est  entre  les -mains  de  la 
population  indigène.   » 

Dans  son  rapport'  lu  le  28  février  1870  par  Lord  Claren>- 
don  à  une  délégation  des  négociants,  il  avait  commis  à  la 
fois  une  faute  et  une  erreur  en  disant  :  «  Au  sujet  de  la 
reconnaissance  de  consuls  chinois  dans  les  possessions  bri- 
tanniques... il  semble  au  Gouvernement  de  Sa  Majesté  que 

i.  China,  1106(1870).  Farther  Memorials  res peeling  ihe  Ckiu€L 
Treaty  lievision  Convention.  Presented...,  1870.  Lond.,  in-foL 

—  China j  n«  10(1870).  Leller  io  Chambers  of  Commerce^  etc., 
respeciingthe  China  Treaty  Révision  Convention,  Presented..,,  1870. 
Lond.,  in -fol. 


ywrrw^^ 


COMVENTIO.N    aLCOCK  3i5 

t 

la  noimnation  d^ua  Consul  chinois  à  Hong-Kong,  qui  est  le 
seul  endroit  où  la  clause  aura  actuellement  un  côté  pratique, 
apparaît  comme  un  corollaire  nécessaire  à  sa  constitution 
comme  un  port  à  traité.  »  M.  Malheson  lui  répondit  avec 
juste  raison  (i  4  niars  1870):  «  Nous  ne  pouvons  comprendre 
comment  Hong-Kong  peut  être  appelé  un  port  à  traité.  C'est 
lin  port  libre  sur  territoire  britannique.  Nous  gardons  la 
conviction  exprimée  dans  notre  Mémoire,  que  cette  concession 
à  la  Chine  est  des  moins  sages  et  en  même  temps  qu'elle 
sera  taquine  et  fatigante  pour  la  population  chinoise  dans  la 
Colonie,  nous  croyons  qu'elle  tendra  à  envenimer  plutôt 
qu'à  rendre  plus  amicales  les  relations  entre  le  Gouverne- 
ment de  Sa  Majesté  et  celui  de  la  Chine.  »  Nous  avons  fait  la 
même  erreur  de  suggérer  la  nomination  de  consuls  chinois 
dans  nos  possessions  d'Indo-Chine  en  i885  et  plus  loin,  je 
fais  remarquer  quels  auraient  été  les  inconvénients  d'avoir  de 
semblables  fonctionnaires  dans  nos  colonies  ;  ils  diffèrent  de 
ceux  qui  sont  signalés  par  M.  Matheson  et  ses  confrères. 

Le  25  juillet  1870,  le  comte  Granville,  ministre  des  aflaires 
étrangères,  annonçait  aux  négociants  qu'à  la  suite  de  la 
désapprobation  générale  témoignée  par  eux ,  la  convention  du 
23  octobre  1869  ne  serait  pas  ratifiée  par  le  gouvernement  de 
la  Reine  et  il  en  donnait  avis  à  Sir  R.  Alcock,  à  la  même 
date,  par  une  lettre  qui  se  terminait  ainsi  :  «  Je  désire,  tou- 
iefbis,  que  vous  compreniez  clairement  que  quoi  qu'il  en 
soit  de  la  décision  du  Gouvernement  de  Sa  Majesté,  rien  n'est 
pins  éloigné  de  son  intention  que  de  vous  imputer  aucun> 
blâme  pour  la  part  que  vous  avez  prise  à  la  conclusion  de  la 
Convention.  Au  contraire,  le  Gouvernement  de  Sa  Majesté 
apprécie  très  hautement  et  approuve  vos  efforts  zélés  et  infa- 
tigables pendant  la  durée  des  négociations  longues  et  diffi- 
ciles qui  précédèrent  la  signature  de  la  Convention  ;  et  le 
Gouvernement  de  Sa  Majesté  regrette  beaucoup  que  le  point 
de  vue  adopté  par  les  Associations  Mercantiles  dans  ce  pays 


3l6  REVISION    DU    TRAITÉ    DE    TIEN-TSIX 

et  en  Chine  du  bénéfice  probable  de  cette  Convention,  si  elle 
avait  été  ratifiée,  pour  les  relations  commerciales  entre  les 
deux  pays,  n'a  pas  concordé  avec  celui  que  le  Gouvernement 
de  Sa  Majesté  avait  espéré  qu'il  en  serait  pris\  » 

La  pilule,  quoique  dorée,  était  amère  à  avaler  et,  malgré 
les  louanges  du  gouvernement  britannique,  le  crédit  de  Sîr  R. 
Alcock  ne  se  releva  jamais  de  cet  échec. 

I.  China,  n®  ii  (1870).  Furtker  C or res pondent e  wiih  Ckambers 
of  Commerce,  elc.^respecling  the  China  Treaty  Revision  Convention, 
Presented...,  1870.  Lond.,  in-fol. 


'  .-  - 


CHAPITRE  XXII 

NOUVELLE  EXPLORATION  DU  TAN6-TSEU.  —  TRAITÉ 
AUTRICHIEN.  ~  J.-R.  BROWNE  ~  LE  GÉNÉRAL  VLAN6ALT 


ÎUOUVELLE    EXPLORATION    DU    YANG-TSEU,     1869 

En  1869,  le  consul  Robert  Swinhoe*  fut  chargé  d'une 
nouvelle  exploration  du  Haut  Yang-tseu.  L'amiral  Sir  Henrj 
Keppel  mit  à  sa  disposition  le  navire  de  guerre  Salamis  sur 
lequel  il  s'embarqua  le  8  mars  à  Chang-IIaï  ;  trois  jours  plus 
lard  deux  délégués  de  la  chambre  de  commerce',  Alexandre 
Michie,  de  Chang  Haï,  et  Robert  Francis,  de  Kieou  Kiang, 
partirent  à  leur  tour  pour  rejoindre  le  consul.  Les  voyageurs 
quittèrent  Han  Kéou  le  23  mars  1869,  et  arrivèrent  le  26  à 
Tio-tchéou,  à  rentrée  du  lac  Toung  Ting,  où  ils  eurent 
quelques  difiBcultés;  dès  le  i"'  avril  le  Salamis  abandonnait 
le  voyage  à  cause  de  son  trop  fort  tirant  d'eau  et  était  rem- 
placé par  V Opossum,  commandé  par  le  lieutenant  J .  E .  Stokes  ; 
Swinhoe'  passait  à  Gha-si  (3  avril)  et  arrivait  à  I-tchang  le 
9  avril.  UOpossum,  faute  d'un  pilote  indigène,  ne  continua 
pas  la  route  :   Swinhoe^  Michie,  Francis,'  accompagnés  de 

i.  China,  n®  3  (1870).  Reports  by  Consul  Swinhoe  of  his  spécial 
Mission  up  the  River  Yang-tsze-kiang,  etc.  Presented..,  1870.  Lond., 
in-fol.  [C.  —  28.] 

2.  China,  n»  8  (1870).  Report  of  the  Delogales  of  the  Shanghae 
General  Chamber  of  Commerce  on  the  Trade  of  the  Upper  Yang- 
Isze  River.  Presented...,   1870,  in-fol.  [173  ] 

3.  Swinhoe  fut  un  naturaliste  remarquable;  il  est  ne  à  Calcutta,  le 
I"  septembre  i836;  mort  h  Londres,  38  octobre  1877. 


3l8  NOUVELLE    EXPLORATION    DU    YANG-TSEU 

deux  officiers  L.  S.  Dawson  et  F.  I.  Palraer  chargés  des 
iplevcs,  remontèrent  le  fleuve  dans  un  bateau  indigène  jus- 
qu'à Tchoung  King  où  ils  dé{)arquèrent  le  12  mai;  le  27, 
ife  étaient  de  retour  à  I-tchang  où  ils  rcpr^fiaient  TOpossinn 
pour  rentrer  à  Han-Kéou  (3i  mai).  Ils  n'avaient  éproQ^-é 
aucune  dinictillé  dans  leur  exploration. 

Le  retard  apporté  à  Touverture  du  Haut  Yang-tseu  rendit 
inutile  cette  exploration  comriiandée  par  Sir  Rulherford 
Alcock  ;  toutefois  uïie  manifestation  fut  faite  par  les  négociants 
jx)ur  Fouverture  du  Po-yang  au  commerce  ainsi  que  de 
Hou  Kéou,  la  petite  ville  située  à  Tembouchure  de  ce  lac. 
Il  ne  fut  pas  donné  de  suite  au  vœu  exprimé  ;  Aè\h  en  1861, 
la  délégation  de  la  chambre  de  commerce  de  Chang  Haï,  qui 
avait  ficcompagné  Tamîral  Hopc  et  Harry  Parkes  dans  le 
Yang-tseu  • ,  avait  désigné  Kieou  Kiang  comme  port  à  ou>Tir 
de  préférence  à  Hou  Kéou  qui  manquait  d'abri  naturel,  et 
n'avait  qu'un  petit  port  artificiel  utilisé  par  les  canonnières  ; 
les  collines  sur  lesquelles  était  construite  cette  dernière  ville 
étaient  trop  raides  pour  qu'on  puisse  y  donner  un  dévelop- 
pement suffisant  Ji  un  entrepôt  commercial. 


TRMTÉ    AUTRICHIEN,  2    SEPTEMBRE    ïSÔg 

Imitant  l'exemple  des  autres  puissances,  le  a  septem- 
bre 1869,  l'Autriche-Hongrie  signait  à  Péking,  en  allemand 
et  en  chinois,  un  traité  en  45  articles,  calqués  pour  la  plupai^t 
sur  les  conventions  conclues  avec  les  diverses  puissances 
étrangères  particulièrement  l'Angleterre,  la  France,  le  Dane- 
mark et  la  Belgique.  Elle  était  représentée  par  le  contre- 
amiral  baron  von  Petz,  l'un  des  combattants  de  Lissa,  descendu 
à  la  légation  d'Angleterre  ;  les  plénipotentiaires  chinois  étaient 

1.  Voir  p.  ni- II 5. 


TRAITÉ    AITIUCIIIEN  Sig 

Toung  Siun,  membre  du  Tsoung-li  Yamcn  etTch'oung-IIeou. 
Le  chevalier  Karl  von  Scherzcr,  protestant,  aujourd'hui  consul 
général  h  Gênes,  fut  le  principal  conseiller  de  Tamiral  Von 
Pelz  dans  ces  n^ocialioas.  Le  principal  point  litigieux  fut 
la  liberté  de  conscience.  «  Le  baron  de  Pefz  demandait  le 
droit  de  prédication  pour  les  religions  pratiquées  en  Autriche  ; 
le  gouvernement  chinois  s'y  refusa  parce  qu'il  crut  qu'il 
s'agissait  d'introduire  de  nouvelles  religions.  Le  baron  de 
Petz  insista  inopportunément  puisqu'il  pouvait  à  cet  égard 
user  de  la  clause  de  la  nation  la  plus  favorisée  ;  il  essuya 
donc  un  refus  et  par  conséquent  un  désavantage  moral, 
car  les  Chinois  ne  cédèrent  pas'.  » 

D'autre  part,  le  baron  von  Petz  demandait  à  choisir  les 
consuls  autrichiens  parmi  les  négociants  établis  dans  les 
ports;  il  fut  obligé  de  prendre  rengagement  de  ne  donner 
de  juridiction  judiciaire  qu'à  des  consuls  fonctionnaires.  Il 
ne  voulait  pas  comprendre  que  la  clause  de  la  nation  la  plus 
favorisée  s'adresse  aux  avantages  futurs  et  n'a  pas  d'effet 
rétroactif-  Enfin  il  eut  toutes  les  peines  du  monde  à  obtenir 
que  les  Chinois  donnassent  le  titre  d'empereur,  Ta  Ilonang- 
ti,  à  son  souverain. 

Le  traité  fut  ratifié  à  la  Cour  mixte  de  Chang-Haï  le 
27  novembre  1871,  par  le  Fan-laï  et  par  le  chevalier  H. 
de  Calice,  ministre  à  Péking  et  à  To  Kio  et  consul  général 
à  Chang-Haï,  qui  s'était  rendu  en  Chine  à  bord  de  la  cor- 
vette autrichienne  Fasana^  capitaine  Funk.  Il  était  accom- 
{>agné  du  célèbre  diplomate,  le  baron  de  Hûbner,  ancien 
ambassadeur  d'Autriche  à  Paris,  qui  a  laissé  une  relation 
agréable  de  son  voyage*.  L'expédition  autrichienne  qui 
avait  déjà  visité  la  Chine  dix  années  auparavant,  lors  de  la 
circumnavigation  de    la   frégate   Noi'ara    (3o   avril    1857- 


I.  I>  Martin,  Hev.  Extr .-Orient ,  If,  p.  127. 

a.  Promenade  autour  du  monde.  Paris,  Hachelle,  1873,  a  vol.  in-ia. 


t 


SaO  XOUVELLE    EXPLORATION    DU    YANG-TSEU 

2G  août  1859),  organisa  à  Chang-Haï  une  exposition  des 
produits  de  l'empire  austro-hongrois.  Un  consulat  fut  créé 
dans  celte  ville,  dont  le  premier  titulaire  fut  M,  Rudolph 
Schlick  puis  M.  Joseph  Haas,  plus  lard  consul  général*. 

Au  siècle  dernier,  TAutriche  était  représentée  dans  le  com- 
merce de  Canton  par  deu\  compagnies  impériales,  celle 
d'Ostende,  incorporée  le  19  décembre-  1722,  dont  la  charte 
fut  suspendue  en  1727,  pour  7  ans  et  aux  dépens  de  laquelle 
s'établit  en  partie  la  compagnie  de  Suède  ;  celle  compagnie 
d'Ostende  éprouva  d'ailleurs  toutes  sortes  de  malheurs,  fil 
faillite  en  1784  et  termina  son  existence  accidentée  en  1793. 
L'autre  compagnie  impériale  était  celle  de  Trieste,  créée  le 
5  juin  1770,  qui  suspendit  ses  paiements  en  178/j. 


J.    ROSS  BROWNE 


Les  Etats-Unis  avalent  donné,  à  Péking,  comme  succes- 
seur à  Anson  Burlingame,  WiUiam  A.  Howard,  de  Michi- 
gan  (11  mars  1868),  mais  celui-ci  refusa  le  poste  et  l'on 
nomma  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  en 
Chine  (11  mars  1868)  un  vieux  Californien',  John  Ross 
Rrowne,  qui  avait  rempli  dans  son  pays  les  fonctions  d'agent 
spécial  pour  examiner  la  situation  des  Indiens,  du  Territoire 
de  Washington,  et  celles  de  commissaire  des  mines  sur  les- 
quelles il  publia  un  mémoire  remarquable.  Je  ne  crois  pas 
me  tromper  en  disant  que  c'est  lui  qui  avait  engagé  les  ser- 
vices du  baron  F.  de  Richthofen'  comme  géologue  en  Cali- 

I.  Né  en  i8'47  à  Pilscn  ;  mort  accidentellement  aux  Tcbousao,  à  l'île 
de  Pou-lou,  le  a6  juillet  1896. 

a.  En  vcrilé,  il  était  né  en  181 7  en  Irlande. 

3.  Le  baron  Ferdinand  von  Richthofen,  né  à  Karlsruhc  (Silésie),  le 
5  mai  i833,  avait  fait  partie  de  l'expédition  prussienne  scientifique  en 
Asie.  —  Voir  p.    i35. 


J.    ROSS    BROWNE  5a  I 

l'ornie  et  que  ce  fut  sur  ses  indications  que  la  Chambre  de 
Commerce  de  Chang-Haï,  présidée  par  Edward  Cunningham, 
chargea  ce  savant  distingué  d'examiner  pour  son  compte  les 
districts  miniers  et  en  particulier  les  gisements  de  charbon  de 
la  Chine.  C'est  dans  les  voyages  entrepris  dans  ce  but  pendant 
les  années  1869- 1870  que  le  baron  de  Richthofen  a  écrit  à 
la  Chambre  de  Commerce  de  Chang  Haï  ses  sept  lettres  * 
remarquables  sur  les  provinces  de  Hou-Nan,  Hou-Pé,  Ho- 
Nan  et  Chan-Si,  Tché-Kiang  et  Xgan-Houei,  sur  les  régions 
de  \an-King  et  de  Tchen-Kiang,  sur  la  rébellion  du  Kan- 
Sou  et  du  Chen-Si,  et  sur  les  provinces  de  Tché-li,  Chan- 
Si,  Chen-Si,  Se-tch'ouen,  avec  des  notes  sur  la  Mongolie,  le 
Kan-Sou,  le  Yun-nan  et  le  Kouei-tchéou,  et  a  réuni  les  maté- 
riaux originaux  de  son  ouvrage  sur  la  Chine^  vaste  entreprise 
dont  on  ne  verra  peut-ôtre  jamais  la  fin. 

Mais  Ross  Browne  fut  surtout  journaliste  *  et  il  le  resta 
pendant  son  séjour  en  Chine  où  il  laissa  d'excellents  souve- 
nirs et  où  sa  popularité  fut  grande.  Sa  mission  diplomatique 
fui  brève,  il  donna  sa  démission  le  5  juillet  1869  :  un  de  ses 
biographes'*  dit  que  comme  ministre  des  Etats-Unis  e.n 
Chine,  sa  position  fut  sans  profit  pécuniaire,  presque  ruineuse. 
Je  crois  qu'il  avait  des  idées  trop  indépendantes  pour  son  gou- 
vernement et  que  son  départ  de  Chine  ne  fut  pas  volontaire. 

M.  de  Rochechouart  écrivait  le  i5  novembre  1868  : 

«  Le  ministre  d'Amérique  lui-môme  ne  cache  pas  son  désap- 
pointement et  parle  de  quitter  Péking.  tant  il  trouve  la  situation 
insoutenable  ;  il  est  vrai  de  dire  que  M.  Burllngamc  avait  peint 
la  Chine  sous  des  couleurs  tellement  favorables  que  la  déception 

1.   Shang-Haî,  1870-1872.  7  br.  in  fol. 

a.  Il  a  publié  un  grand  nombre  d'ouvrages,  parmi  lesquels  je  citerai  : 
Etchings  of  a  Whaling  Cruise,  i846  ;  Yusef,  or  the  Jonrney  of  the 
Frangi,  a  Crusade  in  the  East;  An  American  Family  in  Germany  \ 
The  Land  of  Thor,  etc. 

3.  .ilta  California,  citée  par  le  North  China  Daily  News,  22  jan- 
vier 1876. 

GORDIER.  I.    —   ai 


I 


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3a  a  NOUVELLE    EXPLORATION    DU    YANG-TSEU 

a  été  plus  amère.  M.  Browne  croyait  voir  s'ouvi'ir  devant  lui  et 
sans  cflbrt  toutes  les  barrières  qu»  jusqu'à  présent  personne  n'a 
pu  franchir  ;  il  ne  rêvait  qu'ouverture  de  mines,  construction  de 
chemins  de  fer,  établissement  de  télégraphes  et,  en  vrai  Yankee, 
il  avait  amené  avec  lui  parents  et  amis  afin  de  les  faire  profiter 
des  premières  aubaines.  » 

Il  fut  remplacé  par  un  autre  Californien,  Frederick  F. 
Low  (nommé  28  septembre  1869),  qui  occupa  le  poste 
de  ministre  américain  à  Péking  avec  beaucoup  de  dignité  et 
de  courtoisie  pendant  la  période  difficile  1869-1874  '. 


LE  GÉNÉRAL  VLANGALY 

L'année  1869  marqua  également  le  départ  de  deux  autres 
diplomates  :  Don  Garcia  de  Quevedo,  qui  avait  été  nommé 
ministre  d'Espagne  à  Péking  en  remplacement  de  DonSini- 
baldo  de  Mas  par  la  reine  Isabelle,  donna  sa  démission  à  la 
chute  de  sa  souveraine  (29  septembre  1868)  et  il  remit  à  la 
légation  de  France  les  intérêts  de  ses  nationaux.  Il  eut  pour 
successeur  M.  Palxot. 

Le  ministre  de  Russie,  Vlangaly,  représentait  avec  Burlin- 
game  l'élément  pacifique  du  corps  diplomatique  de  Péking  : 

«  M.  le  Général  Vlangaly,  ('»crit  un  diplomate,  Péking,  10  mai 
1869,  nous  a  également  quittés,  remettant  les  affaires  à  M.  Bul- 
zow,  précédemment  Consul  de  Russie  à  Ilakodadi.  M.  Vlangalv 
laisse  un  vide  à  Péking  :  spn  caractère  conciliant  et  sa  bienveil- 
lance naturelle  lui  avaient  acquis  l'estime  et  l'aflection  des  Chi- 
nois et  des  Européens.  Avant  son  départ  l'envoyé  de  Russie  a 
fait  avec  le  Tsoung-li  Yamen  deux  ou  trois  règlements  impor- 
tants ;  deux,  je  crois,  relatifs  à  des  délimitations  de  frontières 
au  ^'ord  de  la  Mandchourie  et  au  Nord-Ouest  du  Kho-Ko-noor 
et  un  relatif  au  transit  des  marchandises  par  la  Mongolie  et  s'oc- 

I.  Il  donna  sa  démission  le  a8  mars  1874. 


ARRIVÉES  3a3 

capani  spécialement  du  thé  dont  le  commerce  menaçait  de 
quitter  la  Sibérie  par  suite  des  charges  énormes  occasionnées  par 
les  droits  de  douane  et  les  frais  de  transport.  Ces  règlements  ont 
été  tenus  secrets,  et  jusqu'à  présent  nous  n'avons  pu  nous  en 
procurer  le  texte.  » 


ARRIVÉES 

Les  nouveaux  ministres  d'Espagne,  M.  Palxot,  et  d'Italie, 
le  comte  Fé  d'Oslîani,  arrivèrent  à  Péking  au  milieu  de  1870; 
ce  dernier  offrit  vainement  son  appui  aux  franciscains  italiens. 
M.  t'Kint  de  Rodenbeek,  Tancicn  ministre  de  Belgique,  re- 
vint à  la  même  époque,  comme  représentant  de  l'industrie 
belge,  pour  offrir  aux  Chinois  des  chemins  de  fer,  des  ba- 
teaux, etc.  M.  Burlingame  avait  fait  miroiter  aux  yeux  des 
petites  puissances,  Belgique,  Danemark,  Hollande,  le  désir 
Je  la  Chine  de  faire  des  commandes  de  préférence  aux  nations 
qui  ne  lui  portaient  pas  ombrage.  Le  roi  Léopold,  avec  son 
grand  sens  pratique  des  affaires,  n'eut  garde  de  ne  pas  pro- 
fiter de  l'avis. 


'■ 


L 


CHAPITRE  XXIII 


LE  MASSACRE  DE  TIEN-TSIN 


NOUVELLE  DU  MASSACRE  DE  TIEN-TSIN 

Dans  raprès-midî  du  lundi  27  juin  1870,  à  a  heures,  le 
vapeur  Dragon^  appartenant  à  la  maison  Jardine,  Mathe- 
son  &  Co.,  jetait  l'ancre  dans  la  rivière  de  Chang-Haî  et 
apportait  de  terribles  nouvelles  de  Tien-Tsin  :  urte  popula- 
tion furieuse  avait  massacré  le  consul  de  France,  les  sœurs 
de  charité,  plusieurs  Français  et  incendié  le  consulat,  la 
cathédrale  ainsi  que  la  maison  des  sœurs.  Le  massacre 
avait  eu  Heu  après  le  départ  du  Dragon  qui  avait  été  rejoint 
à  Takou  par  un  cavalier  envoyé  en  toute  hâle  ;  le  vapeur 
s'était  à  peine  arrêté  à  Tché-Fou,  ayant  continué  son  voyage 
immédiatement  sur  la  demande  du  consul  anglais  \V.  F. 
M  a  vers.  Inutile  de  rappeler  que  le  télégraphe  n'existait  pas 
encore  entre  les  ports  du  Nord  et  Chang-Haï. 

Les  résidents  étrangers  convoqués  aussitôt,  formèrent  deux 
corps  de  volontaires  :  l'un  cosmopolite,  Tautre  français  ;  in- 
fanterie, cavalerie,  artillerie,  toutes  les  armes  furent  repré- 
sentées. On  retrouva  dans  les  magasins  de  la  municipalité 
française  trois  pièces  de  canon  hors  d'usage  qui  avaient  fait 
la  campagne  de  1860  ou  la  guerre  des  T'aï  P'ing  ;  elles  ne 
firent  du  mal  qu'à  ceux  qui  les  servirent  et  l'un  des  jeunes 
artilleurs  '  improvisés  eut  la  main  fracassée  par  une  explosion 

I.  M.  Léon  Rougelot,  inspecteur  des  Messageries  impériales. 


IfOUVELLE    DU    MASSACRE    DK    TIEN-TSIN  3a5 

prématurée;  nous  étions  armés  de  chassepols  de  rebut,  et 
c'est  miracle  que  quelqu'un  d'entre  nous  n'ait  pas  été  tué 
pendant  l'exercice  par  un  camarade  maladroit  ;  les  Anglais 
étaient  armés  de  fusils  Snider. 

Le  Dragon  portait  une  lettre  du  lieutenant  May,  com- 
mandant V Opossum  à  Tché-ibu.  au  commandant  Charles  J. 
VValker  du  Divarf  à  Chang-Haï  ;  ce  dernier  reçut  du  consul 
anglais  W.  H.  Medhurst  Tordre  d'appareiller  immédiatement 
pour  Tien-Tsin.  Pareil  ordre  était  donné  à  la  Flamme  par 
le  comte  Méjan,  consul  général  de  France  '  ;  d'autre  pari, 
la  maison  américaine  Russell  &  Co.  mettait  à  la  disposition 
des  consuls  le  vapeur  Shanlung  pour  porter  à  Tiçn-Tsin 
des  hommes  de  la  police:  dix  aiiglais  et  cinq  français.  Avis 
était  donné  également  aux  commandants  de  la  station  na- 
\ale  du  Japon  où  se  trouvait  le  chef  de  l'escadre  française,  le 
contre-amiral  Dupré. 

On  imagine  aisément  les  nouvelles  alarmantes  qui  circu- 
laient en  ville  :  les  Chinois  étaient  en  route  pour  détruire 
les  légations  étrangères  de  Pé^king  ;  le  chargé  d'afl'aires  de 
France,  comte  de  Rochechouart^,  avait  été  assassiné  à  Ho-si- 
wou  ;  le  mardi  1 2  juillet,  on  annonçait  que  dans  la  nuit  la 

1.  Méjan.  Eugène  Auguste t  comte,  né  le  i*»*  janvier  181 4  à  Milan; 
élève  consul,  34  septembre  1887;  attache  à  la  mission  du  baron  Gros  k 
Bogota,  la  mai  i838;  au  consulat  général  de  Barcelone,  a  novembre 
18^3  ;  gérant  du  consulat  de  Palma.  19  avril  i844  ;  de  Moscou,  i"*  oc- 
tobre 1845  ;  consul  de  a**  classe  à  Steltin,  11  décembre  iS'jô;  à  Manille 
(mais  n*occupe  pas  ce  poste),  3  mars  1849  ;  à  Leipzig,  i5  juin  1849  ' 
consul  de  i""**  classe,  aa  novembre  i854  ;  à  la 'Nouvelle-Orléans,  aa  juin 
.i856  ;  consul  général  et  chargé  d'affaires  à  Port  au-Prineo,  i4  janvier 
i865  ;  consul  général  à  Ghang-Haï.  3  avril  1869;  ^  ^^  Havane,  aa  mai 
1873  ;  mort  à  la  Havane,  le  a3  novembre  1874  ;  chevalier  de  la  Légion 
d'honneur,  t4  mai  i85o;  officier,  aa  juirt  1863. 

2.  Outre  M.  de  Rochechouart,  il  y  avait  à  Péking  au  moment  du  mas- 
sacre, MM.  Fourier  de  Bacourt,  secrétaire  (arrivé  à  Péking  le  10  aoAt  1869), 
G.  Devéria  et  P.  Ristelhueber,  interprètes,  le  médecin  de  la  légation, 
D""  Martin,  Anatole  Billequin,  professeur  au  T'oung  Wen  Kouan,  et  le 
vicomte  d'Arnoux,  employé  des  Douanes. 


3a6  MASSACRE    DE    TIEN-TSlîl 

concession  française  serait  brûlée  et  Tëglisc  Sainte  Joseph  du 
Yang-king-pang  détruite,  aussi  les  volontaires  patrouillè- 
rent-ils jusqu'à  cinq  heures  du  matin  ;  une  fête  indigène 
ayant  lieu  le  i8,  on  devait  se  préparer  à  repousser  une  at- 
taque des  Chinois  qui  seraient  siirement  surexcités,  mais  le  i5 
les  bâtiments  de  guerre  commençaient  à  arriver  :  YAshuelot 
(américain)  et  le  Barrosa  renforçant  le  Zébra  (anglais)  ;  le 
17  paraissait  le  Coëtlogon. 

On  racontait  que  les  sœurs  de  charité  avaient  été  massa- 
crées à  Canton,  et  le  consul  américain  aurait  été  assassiné  à 
Tchen-Kiang  en  revenant  de  Chang-Haï;  le  Lewn  (anglais) 
était  envoyé  pour  proléger  Ning-Po  ;  les  soldats  chinois 
campés  aux  collines  marchaient  sur  Chang-tlaï  !  Du. bruit! 
du  bruit  !  et  encore  du  bruit  !  Iieureusement. 

Le  Shanfting  rentré  à  Chang-Haï  le  samedi  16  juillet  ap- 
portait la  nouvelle  que  le  vice-roi  Tseng  Kouo  fan  était 
arrive  à  Tien-Tsin  et  allait  commencer  une  enquête. 


COUP  d'cEIL  RETROSPECTIF 


Avant  de  parler  du  massacre  de  Ticn-Tsin  qui  eut  lieu  le 
21  juin  1870,  jetons  d'abord  un  coup  d'œil  en  arrière. 

Depuis  longtemps  les  passions  populaires  étaient  surex- 
citées contre  les  étrangers  en  général  et  les  missionnaires  en 
particulier.  Toute  tentative  de  réforme  était  considérée 
comme  sacrilège  ;  les  efforts  mêmes  pour  améliorer  l'édu- 
cation chinoise  si  arriérée,  et  foire  pénétrer  dans  la  nation 
quelques-unes  des  notions  scientifiques  qui  lui  manquent 
complètement  étaient  dénoncés  comme  des  innovations  dan- 
gereuses, témoin  cette  supplique  adressée  au  Trône  par  un 
Ministre  de  la  Cour  pour  que  l'Empereur  éloigne  du  T'oung 
Wen  Kouan  les  professeurs  européens  chargés  d'enseigner 


-^■■fc',* 


SUPPLIQUE    A    l'kMPEREUR  827 

les  mathématiques,   Tannée   même    (1867)  *    des  réformes 
proposées  dans  ce  collège  : 


SUPPLIQUE    A  L^EMPEaEUA,    20    MARS    1867 

T*oung-tché,  6®  année,  a®  lune,  1 5®  jour  (âoniars  1867). 

Ce  discours,  cette  supplique  révcrcntieusc  en  la  sainte  présence 
de  Votre  Majesté,  a  été  dictée  par  la  crainte  que  Vadmission  des 
Européens  à  enseigner  les  mathématiques  et  Tastronomie  ne  de- 
vienne pour  nous,  avec  le  temps,  la  source  de  grands  maux.  J'ai 
vu  l'adresse  envoyée  à  l'Empereur  par  Tchang  Gheu-tsao.  écri- 
vain du  palais  ;  il  dissuadait  d'établir  des  cours  de  mathématiques. 
L'Empereur  avait  déjà  ordonné  de  préparer  le  palais  T'oung-Wen- 
Kouan  pour  l'école  d'astronomie.  On  a  toujours  regardé,  en 
elTet^  comme  étant  du  devoir  de  nos  philosophes  de  connaître 
les  sciences  mathématiques  ;  mais  il  ne  faudrait  pas  croire  que 
ces  sciences  font  partie  des  arts  libéraux  et  de  l'industrie.  Elles 
sont,  il  est  vrai,  comprises  dans  les  six  arts  libéraux  ;  de  fait, 
cependant,  elles  sont  du  domaine  des  philosophes  et  sont  bien  au- 
dessus  des  autres  sciences,  comme  le  remarque  très  bien  le  décret 
sacré. 

Selon  ma  vile  opinion,  ces  sciences,  pour  le  moment,  n'ont 
aucune  utilité  pour  nous  ;  elles  nous  sont  au  contraire  très  nui- 
sibles. Qu*il  me  soit  donc  permis  d'exposer  ce  que,  après  un 
long  examen,  j'ai  cru  nécessaire  de  dire. 

J'avais  toujours  pensé  qu'un  bon  gouvernement  était  basé  sur 
Tordre  et  la  justice  et  non  sur  la  puissance  et  la  fraude,  que  le 
point  principal  pour  la  conservation  de  l'Empire  -consistait  dans 
Tamour  du  peuple  et  non  dans  les  arts  ;  et  voilà  que  maintenant, 
pour  perfectionner  un  seul  art,  on  invile  des  maîtres  barbares  î  Je 
neveux  pas  affirmer  que  ces  barbares  si  fourbes  ne  livreront  pas 
enlièrement  leurs  secrets.  Supposé  qu'ils  enseignent  tout  parfai- 
tement et  que  leurs  disciples  mêmes  parviennent  au  sommet  de 
la  science,  nous  n'aurons  jamais  là  que  d'habiles  calculateurs  ; 
mais  depuis  le  commencement  du  monde,  il  est  inouï  qu'un 
homme,  ne  se  confiant  que  dans  Tart  du  calcul,  ait  jamais  pu 

I.  \oiT  3upra,  ip.  i63. 


3a 8  MASSACRE    DE    TIEN-T81N 

donner  du  courage  aux  faibles  et  éclairer  les  ignorants.  D'ailleurs 
sous  la  voûte  immense  du  ciel,  il  n'est  pas  croyable  qiril  ne  se 
trouve  aucun  bomme  capable  dans  cette  science.  Si  donc  la  con- 
naissance de  l'astronomie  est  absolument  nécessaire,  qu'on  cher- 
cbe  partout  et  on  trouvera  des  gens  capables  àc  perfectionner 
cette  science.  Qu'est-il  besoin  des  Barbares  ?  Pourquoi  les  pren- 
dre pour  maîtres  ?  Ce  sont  nos  plus  grands  ennemis. 

En  effet,  la  lo"  année  de  l'Empereur  Hicn -Foung  ils  ont  violé 
notre  ville  capitale,  envahi  les  domaines  impériaux,  ruine  les 
temples  de  nos  ancc^tres,  brûlé  nos  palais,  pillé  les  habiftations  des 
grands  et  du  peuple  ' .  Notre  dynastie,  depuis  plus  de  deux  cents 
ans,avait-ellc  jamais  reçu  un  tel  affront?  Aussi,  parmi  les  docteurs 
et  les  grands,  il  n'en  est  aucun  qui,  dans  son  cœur,  ne  soit  animé 
contre  eux  de  la  haine  la  plus  violente.  Cependant  notre  gouver- 
nement a  fait  un  traité  avec  eux  ^  !  Gomment  une  telle  honte, 
de  telles  inimitiés  ont-elles  pu  s'oublier  en  un  seul  jour?  Le 
traité  conclu,  la  religion  de  Jésus  a  pris  un  accroissement  im- 
mense dans  tout  l'univers^.  Une  partie  du  peuple  ignorant  a  été 
séduite  ;  parmi  eux  il  y  a  môme  des  lettrés  et  des  docteurs  qui 
sont  maintenant  les  soutiens  de  la  secte,  eux  qui  devraient  sou- 
tenir et  défendre  la  saine  raison,  rectifier  les  jugements  des 
hommes  et  ramener  au  sentier  de  la  vérité  les  gens  corrompus. 
Bien  plus,  cette  secte  a  gagné  aux  Barbares  ceux  mômes  qui  par 
leurs  talents,  leur  intelligence,  leur  élégance  d'esprit  avaient  mé- 
rité d'être  instruits  aux  frais  du  gouvernement,  et  en  qui  repo- 
saient toutes  les  espérances  de  l'empire.  Voilà  pourquoi  la  vérité 
opprimée  disparaît,  tandis  que  l'erreur  va  toujours  croissant.  El 
c'est  pourquoi  je  crains  fort  que,  si  dans  quelques  années,  tous  les 
habitants  de  la  Chine  ne  sont  pas  chasisés  de  leur  pays,  ilsnesoient 
au  moins  sous  la  domination  des  Eui*opécns.  J'ai  lu  avec  un  reli- 
gieux respect  les  paroles  que  le  très-clément  Empereur,  votre  très- 
sacré  prédécesseur,  adressait  aux  neufgrands  docteurs  de  l'empire  : 
«  La  Chine,  disait-il,  avant  peu  d'années,  souffrira  certainement 
de  graves  dommages  des  royaumes  d'EurojM*  ».  J'ai  lu,  dis-je,  et 
j'ai  compris  que  l'Empereur,  dans  sa  sainte  sollicitude  pour 
l'avenir,  bien  qu'il  ait  mis  à  profit  les  arts  des  Européens,  les 
détestait  cependant  et  les  haïssait  en  réalité  profondément.  11  y  a 

I.   Expédition  do  i8C)0. 

a.  Péking,  a 5  octobre  ï86o. 

3.  Dans  toute  la  Chine. 


AFFAIRES  DU  ROUANG  TOUNG  SqQ 

si  longtemps  déjà  que  le  monde  est  tombe  dans   la  corruption! 
Pourra-t-îl  jamais  se  relever  ? 

On  dit  que  les  Barbares  ont  de  la  haine  contre  les  lettrés  parce 
que  ceox-ci  repoussent  leur  religion.  Je  crois  donc  qu'ils  ne  pour- 
ront apprendre  parfaitement  les  mathématiques  sous  les  maîtres 
qu*on  a  choisis,  probablement  ils  seront  induits  en  erreur  et 
deviendront  dupes  des  Barbares. 

«  Ih'ostemé  devant  Votre  Majesté,  je  la  supplie  de  donner 
aussitôt  un  édit  qui  annule  le  décret  précédent  et  conjure  do  la 
sorte  tous  les  malheurs  qui  nous  menacent  :  alors,  sans  aucun 
doute,  la  prospérité  reviendra  dans  l'empire  et  la  félicité  dans 
le  monde  * .  » 

Mais  les  grosses  dilTicultés  furent  suscitées  par  le  règle- 
ment des  multiples  affaires  religieuses  qui  surgissaient  dans 
presque  toutes  les  provinces  de  la  Chine.  Elles  ne  contri- 
buèrent pas  peu  à  Técœu rement  du  ministre  de  France,  le 
comte  de  Lallemand. 


AFFAUiES   Di;    ROLANG    TOING 


Dans  le  Kouang-Toung,  M.  Verchère  ^  était  arrêté  à 
Tayong  (octobre  1867)  ;  en  août  1868,  M.  Dejean'  faillit  être 
victime  d'une  émeute  populaire  ;  le  2/1  décembre  1868,  dans 
le  district  de  Louei-tchéou,  Tabbé  Delavav  *  est  blessé,  sa 
chapelle  détruite,  une  centaine  de  chrétiens  sont  plus  ou 
moins  blessés  et  sept  ou  huit  tués.  Au  mois  de  juillet  1869 

1.  Missions  catholiques,  IV,  p.  ii5;  la  supplique  est  datée  avril  psit 
erreur  au  lieu  de  mars. 

2.  Verchère,  Philip pe-Jean- Marie,  miss.  étr.  de  Paris,  du  diocèse 
dWutun  ;  parti  pour  la  Chine  le  16  mars  i863. 

3.  Dejean,  Jean- François-Joseph,  miss.  étr.  de  Paris,  du  diocèse 
de  Ljon.  parti  pour  la  Chine  le  i5  mai  1867. 

A.  Delavay,  Jean- Marie,  miss.  étr.  de  Paris,  du  diocèse  d'Annecy, 
parti  pour  la  Chine,  1 5  juillet  1867;  mort  à  Yun-nan  fou,  3i  décembre 
1895.  Ce  fui  un  botaniste  distingue. 


r^v 


33o  MASSACRE    DK    TIEN-TSIN 

iiae  accusation  y  semblable  à  celle  qui  sera  dirigée  contre  les 
sœurs  de  la  charité  à  Tien-Tsîn  Tannée  suivante,  est  portée 
contre  une  chrétienne  qui  est  arrêtée  et  torturée  <c  sous 
prétexte  qu'elle  exerçait  la  magie  sur  de  jeuaes  enfants,  leur 
arrachant  les  yeux,  la  moelle  des  os,  même  Vdtue  pour  en 
faire  des  remèdes.  »  * 


LE    COMTE    DE    LALLEHAJ^ID 

«  Le  ministre  de  France  à  Péking,  comte  de  Lallemand,* 
écrit  le  D*"  Marlin  \  qui  fut  le  médecin  de  la  légation  à 
répoque  de  ce  diplomate,  arriva  à  son  poste  au  moisdeniiii 
1867  et  le  quitta  le  6*  novembre  1868,  laissant  la  géranceau 
plus  ancien  secrétaire,  M.  de  Rochcchouart,  et  lui  conseil- 
lant la  modération  vis-à-vis  du  Tsoung-U  Yamen. 

«  Bien  que  ses  relations  personnelles  avec  les  ministres 
chinois  eussent  toujours  été  courtoises,  il  s'en  allait,  fort  peu 
satisfait  de  leur  attitude  et  de  leurs  procédés.  Depuis  réchec 
de  Corée,  leur  hostilité  éclatait  en  toute  circonstance  ;  M.  de 
Lallemand  eut  beau  presser  son  département  de  ne  pas  lais- 

I.   Missions  catholiques^  II,  p.  Saa. 

3.  Lallemand,  Marie-Charles- Henri- Albert  (coitilc  de),  no  à  BeJ«an- 
çon  lo  II  mars  1833  ;  entré  au  Duparloment  au  commenccmont  de  i845; 
attaché  à  l'ambassade  do  Conslaotûioplo.  17  février  i845  ;  à  la  mission 
de  M.  Eugène  Bore,  dans  le  Liban,  septembre  18^7  ;  second  secrétaire  à 
Saint-Pétersbourg,  36  janvier  18^9  ;  secrétaire  de  légation  &  Dresde, 
30  févner  i85i  :  à  Bruxelles,  3  mai  i855  ;  secrétaire  de  i'«  classe,  3o 
août  i856  ;  maintenu  secrétaire  à  Bruxelles,  i3  septembre  i856;  i*^*"  se- 
crétaire à  Constantinoplc,  i3  mars  1857  ;  charge  d'affaires  spécial  à  Rome, 
à  la  fin  de  1863  i  y  reste  six  semaines  ;  ministre  plénipoleniiaire,  1 3  oc- 
tobre i863  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  en  Chine. 
38  novembre  1866;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  décembre  i85i  ; 
commandeur,  7  novembre  1866. 

3.  Revue  de  V Ejctrême-Orieniy  II,  p.  89. 

4.  Lire  le  7  novembre;  il  remit  le  5,  le  seniceà  M.  de  Rochediouart; 
il  s'embarque  à  Ticn-Tsin  pour  Chang-Haï,  sur  V Aspic. 


AFFAIRES    Dt'    SE-TCH*Ot'EK  33  î 

ser  là  Taffaire  de  Corée  :  il  était  décidé  à  Paris  qu'on  ne  sVn 
occuperait  plus. 

<t  II  eut  aussi  à  lutter  contre  la  mission  Burlingame  ;  mais 
de  ce  côté  il  ne  trouva  pas  un  appui  elBcace  de  la  part  de 
SCS  collègues.  La  mission  hit  reçue  à  Londres  par  lord  Cla- 
rendon,  et  le  ministre  de  France  vit  dans  ce  résultat  des 
conseils  de  sir  Rutherford  Alcock  un  coup  fatal  pour  les 
légations.  » 

A  ces  causes  de  mécontentement  du  comte  de  Lallemand^ 
il  faut  ajouter  la  non  remise  de  ses  lettres  de  créance,  l'in- 
solence à  son  égard  du  prince  de  Koung,  sa  mésintelligence 
a\ec  l'Amiral  Roze;  le  ministre  de  France  eut  de  meilleures 
relations  avec  le  successeur  de  ce  dernier,  Famiral  Ohier. 
M.  de  Lallemand avait  demandé  son  congé,  dès  le  3  avril  1868, 
j>()ur  des  raisons  de  santé,  h  cause  de  sa  mauvaise  vue  et  pour 
le  règlement  dé  ses  affaires,  disait-il. 


AFFAIRES    DU    SE-TCll'OLEN 


Dans  lo  Se-tch'ouen  oriental,  l'abbé  Rigaud  ^  fut  massacré 
à  Yeou-yang-tchéou  le  2  janvier  1869  et  sa  résidence  pillée 
et  inceûdiée  ;  cette  mission,  avait  été  créée  quelques  années 
auparavant  par  l'abbé  Mabileau*  (successeur  de  M.  Eyraud), 
qui  y  avait  également  trouvé  la  mort  trois  mois  après  son 
arrivée .(29  août  i865).  Le  vicaire  apostolique,  Mgr  Des- 
flèobes  ^,  écrivait  aux  directeurs  du  Séminaire  des  Missions 


1.  Rigaod,  Jean- François,  né  à  Arc-ct-Sonans  (Franche- Comté),  da 
diocèêe  de  Besançon;  miss.  élr.  de  Paris;  parli  pour  la  Chine,  3i  mars 
i86a. 

2.  Mabileau,  François,  né  le  i<^'*  mars  1829,  à  Paimbceuf,  diocèse  da 
Nantes;  miss.  élr.  de  Paris;  parti  pour  ia  Chine,  31  mars  i858. 

3.  Desflèches,  Joseph-Eugène- Jean- Claude t  né  à  Jonage,  dioc.  de 
Grenoble,  i3  février  j8i4;  niiss.  étr.  do  Paris,  1887;  parti  i5  mai  i838 


332  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

étrangères  le  i3  février  1869  :  «  Les  désastres  de  Yeou-jang- 
tchéou  sont  dus  à  la  connivence  des  mandarins  et  de  leur 
entourage,  car  il  était  facile  à  ceux-ci  de  prévenir  ou  d'arrê- 
ter ces  désordres  qui  heureusement  n'ont  pu  s'étendre  hors 
du  département  '. 

Le  D*"  Martin  donne  les  documents  suivants  '  relatifs  à  ce^ 
affaires  du  Se-tch'ouen  : 


(••r- 


Dépêche  adressée  par  le  maréchal  Tsoung  envoyé  par  le  gou\ei 
nenient  au  Se-lch'ouen  au  sujet  des  affaires  religieuses  :  cotlo 
dépêche  a  été  communiquée  à  la  légation  de  France  en  décembre 
1869: 

«  Apres  les  scènes  d'incendie  et  de  massacre  qui  eurent  lieu  à 
Tche-fan-tsi  entre  la  population  cl  les  chrétiens,  la  situation  ayant 
empiré,  le  gouverneur  du  Se-tch'ouen  déh»gua  le  préfet  sumunn'*- 
raire  de  deuxième  classe  Tseng  Chouan-tao.  Le  Tao-tai  déicjjur, 
Chi,  lui  transmit  des  instructions  verbales.  Accompagné  d'une 
suite  nombreuse  d'officiers  civils  et  militaires  et  de  soldats,  Tsen^ 
Chouan- tao  pénétra  dans  la  chrétienté  fortifiée  de  Tche-fan-tsi  où 
il  rencontra  le  prêtre  chinois  Tann. 

«  Ce  dernier,  sur  les  représentations  qui  lui  furent  faites,  fit 
désarmer  et  détruire  les  fortifications  et  licencier  les  défenseurs. 
Sur  ces  entrefaites,  le  Tao-tai,  Chi,  dont  le  caractère  conciliant 
est  connu  de  toute  la  population  de  Yeou-yang-lchéou,  arrivait 
dans  le  district  et  y  rétablissait  l'ordre. 

«  On  distribua  des  secours  sans  distinction  de  religion  à  tous 
ceux  qui  avaient  souffert  et  on  prit  des  mesures  pour  prévenir  de 
nouvelles  incursions  des  brigands. 

a  L'évêque  Desflèchcs  montre  en  vérité  une  grande  partialllc 
envers  les  chrétiens  qu'il  protège  :  le  Tao-tai,  qui  Ta  vu  à  son 
retour,  prétend  que  ce  missionnaire  a  fait  avec  lui  preuve  déplus 
d'éloquence  que  de  raison  ;  en  un  mot  cet  évêque  accuse  de  men- 
songes les  rapj>orls  des  autorités  locales  et  s'acharne  à  impliquer 
dans  les  affaires  le  notable  Tchang  Pe-tcho. 

pour  le  Se-tch'ouon;  ovéque  do  Sinite;  vie.  ap.  du  S«-toh*oUGn  oriootai. 
i856  ;  archovôcjuo  de  Claudianopolis  ;  mort  au  sanatorium  de  Montbotoo^ 
près  Monlauban,  7  novembre  1887. 

1.  Afissions  catholiques.  II,  p.  139. 

2.  Itevue  de  l' Extrême-Orient,  11,  p.  127. 


"îfÇn 


AFFAIRES    DU    SE-TCh'oUEN  333 

«  Si  Tévêque  pouvait  nous  aider  à  arrêter  ceux  des  siens  qui 
sont  les  instigateurs  du  meurtre  des  miliciens  et  autres,  tandis 
que  de  notre  côt^.  nous  nous  appliquons  à  arrêter  les  instigateurs 
du  meurtre  des  chrétiens,  nous  pourrions  aisément  trouver  leurs 
complices»  faire  justice  et  aplanir  les  diOicultés  ;  mais  il  est  loin 
d'en  être  ainsi  et  quand  Tévêque  écrit  à  la  légation,  il  raconte 
l'histoire  à  sa  façon. 

«  Les  états  des  pertes  supportées  des  deux  côtés  par  les  popu- 
lations de  Yeou-yang  sont  les  suivants  : 

«  Procès-verbal  n"  i  (Janvier  1869).  —  Le  cadavre  de  l'abbé 
Rigaud  a  été  trouvé  dans  l'Eglise.  Le  crâne  était  fracturé  et  cal- 
ciné ainsi  que  les  quatre  membres  ;  la  femme  Hoang-çan-ko  dé- 
clare avoir  ouï  dire  que  la  tête  a  été  jetée  au  feu  après  décollation. 
Dans  les  décombres  on  a  trouvé  39  corps  de  Tun  et  Tautre  sexe 
et  on  suppose  que  ce  sont  ceux  de  chrétiens  chinois  venus  à 
l'office  ;  ils  jx)rtent  des  traces  de  coups  de  sabre  ;  quelques-uns 
n'ont  pu  être  reconnus. 

«  Procos-verbal  n^  2  (Janvier  1869).  —  34  miliciens  et  autres 
non  chrétiens  ont  été  trouvés  morts  après  une  cérémonie  du  culte 
chinois  ;  t\l\  personnes  ont  été  blessées. 

oc  Procès-verbal  n®  3  (A>ril  18C9).  —  Il  comprend  la  liste  des 
gons  tués  par  les  chrétiens  sous  la  conduite  d'un  prêtre  indigène 
api^elé  Tann.  11  y  a  1 13  hommes  et  16  femmes  ;  quelques  corps 
ont  été  enlevés  en  cachette. 

«  Procès-> crbal  n°  4.  -  -  H  comprend  la  liste  des  gens  tués  par 
les  chrétiens  commandés  par  le  prêtre  Tann  :  il  y  a  16  cadavres 
dont  huit  mis  en  pièces:  3  femmes  violées  et  une  brûlée  dans 
l'huile. 

«  Procès-verbal  n°  5  (i"*  mars  et  i3  avril).  —  Il  mentionne  le 
nombre  des  maisons  incendiées  par  Ips  chrétiens  conmiandés  par 
Tann  ;  ce  chiffre  s'élève  à  io5  formant  800  chambres  :  il  y  a 
700  personnes  lésées  à  divers  degrés.  » 

Adresse  des  notables  et  des  popi4iations  de  Yeon-Yang. 

«  Depuis  la  conclusion  des  traités  entre  la  Chine  et  la  France, 
la  religion  catholique  a  pénétré  dans  toutes  les  provinces  et  la 
tranquillité  publique  n'a  pas  été  ti-oublée,  sauf  auSc-tch'ouen  où 
l'évêque  Desflèches  fait  des  prosélytes  sans  discerner  les  bons  des 
mauvais  ;  ces  derniers  commettent  des  exactions  et  ce  que  l'évê- 
que souhaite  par-dessus  tout,  c'est  de  les  voir  devenir  l'occasion 


..    ir   ••■. 


334  MAS8ACRB   Dfi   T1EN-T81N 

d'aiïaires  lucratives.  Ainsi  pour  Téglisc  de  Tchoung-king,  il  a  été 
pavé  une  indemnité  de  i5oooo  taôls  (près  de  a  millions  de  francs)  : 
  Yeou-ichan^,  au  sujet  du  meurtre  de  Tabbé  Mabileau  par  Lao-ou, 
ce  dernier  a  été  condamné  à  mort  et  on  ne  se  tiendra  satisfait 
chez  les  chrétiens  que  quand  ils  auront  reçu  une  indemnité  de 
80  000  taêls  ! 

a  Ce  qui  est  le  plus  révoltant,  c*eslquele  ridie  notable  Tdiang 
Pe-tcho  qui  ferme  loreille  et  sa  porte  aux  propos  malveillants, 
est  accusé  par  l'évéque  Desflèclies  cherchait  à  l'impliquer  dans 
le  procès  afin  d'en  tirer  de  l'argent  ;  c'est  Jà  un  système  de  chan- 
tage que  nous  payons  de  notre  sang  et  de  nos  sueurs.  Ainsi,  les 
chrétiens  nous  suscitent  partout  des  embarras  k  son  instigation 
en  vue  d'un  gain. 

«  L'an  dernier  à  Yeou-yang^tchéou,  s'éleva  une  rixe  entre  les 
chrétiens  et  nous  :  il  y  eut  des  morts  de  part  et  d'autre  ;  la  famille 
chrétienne  Lung-siou-yuan  était  sur  le  point  de  s'allier  à  la  famille 
des  Chou-yong-taï  par  un  mariage  ;  mais  ce  projet  fut  brisé  d'une 
manière  humiliante  pour  cette  dernière  qui  fut  dépouillée  de  ses 
biens  et  vit  ses  maisons  incendiées. 

a  Le  peuple  s'indigna,  les  milices  se  soulevèrent  ;  dos  deux 
côtés  il  Y  eut  des  morts  et  des  blessés.  Les  nolalJles  voulurent 
s'interposer  pour  calmer  le»  partis  ;  ils  allaient  réussir  quand  un 
chrétien,  Tann,  se  mita  la  tète  d'une  troupe  de  bandits,  nou> 
attaqua  a  deux  reprises  en  février  et  en  août  ;  nous  nous  étions 
dispersés  sans  armes,  lorsque  nous  apprîmes  la  nouvelle  d'une 
tuerie  de  plus  de  deux  cents  hommes  et  d'actes  horribles  de 
cruauté.  Si  nos  doléances  ne  sont  pas  prises  en  considération,  il 
ne  nous  reste  plus  qu'à  prier  le  Ciel  de  nous  venir  en  aide. 


AFFAIRES  DU    IIOUPE 

M*^  Zanoli  *,  franciscain,  vicaire-apostolique  du  Hou-Pé, 
écrivait  *  : 

«  Dès  le  premier  mois  de  1869,  le  vice-roi,  déjà  connu  pour 
ses  scnliinonts  hostiles  au  christianisme,  a  porté  un   édit  contre 

I.  Zanoli,   Eustache  Vite  Modeste,   né  à  Morbiraszo,  de  l'Emilie. 
19  mai  i83i  ;  mineur  réformé;  évèquo  d  Ëleutheropolis. 
a.  Missions  catholiques,  III.  1870,  pp.  ao3-4. 


AFFAIRES    DU    KOUEl-TCflÉOU  335 

fouies  les  sectes  et  religions  mauvaises,  et  surtout  contre  celles 
qui  corrompent  le  peuple  et  enlèvent  les  enfants.  Pou  de  temps 
après,  le  bruit  s'est  répandu  que  les  Europ/»ens  avaient  envoyé  ici 
des  personnes  qui  rendaient  les  enfants  hébétés  par  des  procédés 
magiques,  s'en  emparaient  et  les  leur  remettaient.  Les  Euro- 
péens, ajoutait-on,  se  nourrissaient  de  la  chair  de  ces  enfants  et 
se  servaient  de  leurs  crânes  pour  des  expériences  physiques  et  de 
leurs  yeux  pour  faire  des  lunettes.  Ces  bruits  prirent  une  telle 
importance  que,  dans  le  voisinage,  la  populace  se  rua  sur  une 
maison  où  quelques  Anglais  s'étaient  réunis  pour  un  repas,  les 
accusant  de  manger  des  petits  enfants  :  heureusement  que  les 
convives,  assez  nombreux,  purent  faire  bonne  contenance.  » 

Nous  verrons  de  semblables  accusations  être  portées  con- 
tre les  Européens  à  Tien-Tsin,  Tannée  suivante  \ 


AFFAIRES    DU    KOUEI-TCHÉOU 

Dans  le  Kouei-tchéou,  lo  1 4  juin  1869,  les  églises  et  les 
établissements  chrétiens  étaient  saccagés  à  Tsen-y  fou  et 
Tabbé  Gilles*  battu  fut  arrêté;  lo  1  3  aoiU  suivant,  il  suc- 
combait à  la  suite  des  mauvais  traitements  qu'il  avait  subis. 
L'n  plan  de  destruction  des  chrétiens  de  Tsen-y,  rédigé  en 
dix  articles,  était  formé  par  les  habitants  de  cette  ville  et  de 
la  campagne  environnante,  et  au  mois  de  mars  1870,  le 
P.  Lebrun  ^^  se  rendant  de  Toung-tseu  à  Kouei-Yang,  fut 
attaqué  le  5  dans  le  village  de  Sin-tchan  et  affreusement 
maltraité,  mais  il  put  néanmoins    atteindre    le  but   de  son 

1.  Voir  Médical  Superstitions  an  Incentive  ta  Anti-Foreign  Riots 
in  China.  By  D.  J.  Macgowan.  (^North-China  Herald^  July  8,  Ï892. 
pp.  60-3.) 

2.  Pierre-Etienne- A médée  Gilles,  né  le  i<^'  avril  1829  h  Valréas 
(diocèse  d'Avignon)  ;  entré  au  séminaire  des  Missions  étrangères,  ao  sep- 
tembre 186.^;  parti  pour  le  Se-tciroucn  i5  septembre  i865;  passa  au 
Kouei-tchéou  en  1868. 

3.  Lebrun,  Jean^  du  diocèse  de  Tulle;  miss.  étr.  de  Paris;  parti  pour 
la  Chine  le  i5  mars  i864. 


336  MASSACRE    DE    TIEN-TSIS 

voyage.  D'autre  part  le  prince  Koung  se  plaignait  à  M.  de 
Rochechouart,  que  le  vicaire  apostolique  de  la  pro\înce, 
M''''*  Faurie\  outrepassait  ses  droits  en  correspondant  di- 
rectement avec  le  Tsoung-li  yamen,  en  demandant  la  grâce 
d'un  tao-taï  destitué,  etc.  ;  il  est  incontestable  que  ce  prélat 
par  ses  exigences  et  ses  imprudences  causa,  dans  son  ardeur 
inconsidérée,  à  différentes  reprises  de  grands  soucis  à  la  lé- 
gation de  France,  et  il  est  fort  heureux,  dans  Fintérét  même 
des  missionnaires,  que  M^""  Faurie  n'ait  pas  eu  beaucoup 
d'imitateurs  parmi  ses  collègues. 


PLACARD    DU    HOU-NAN,     1869 

En  septembre  1869,  "^  placard  incendiaire  était  mis  en 
circulation  dans  la  province  de  Hou-Nan  ;  en  voici  quclcjues 
passages  caractéristiques  *  : 

«  lïélas  !  des  discours  dépravés  gagnent  journellejiicnt  du  ter- 
rain, et  les  principes  justes  graduellement  s*évanouisscnl  ;  les 
doctrines  étranges  progressent  avec  perversité  et  les  esprils  des 
gens  sont  tous  en  agitation. 

«  Quant  à  ces  chiens  d'Anglais  insubordonnés  qui  vivent  sur 
un  misérable  banc  de  boue  dans  l'Océan,  et  sont  gouvernés  ta nl6l 
par  une  femelle,  tantôt  par  un  mâle,  leur  caractère  propre  esl 
moitié  humain,  moitié  animal,  décrit  dans  les  annales  des  lies 
conmie  le  «  Reptile  nu  »  et  appelé  en  Chine  Téjin^, 

«  Sous  le  gouvernement  des  Ming*,  ils  firent  peu  de  progrès. 

t.  Faurie,  Louis,  né  le  i3  juin  iSa^i  dans  le  diocèse  de  Bordeaux, 
à  Monségur  ;  t'vêque  d'A.pollonie  ;  vie.  ap.  du  Kouci-tchéou  ;  mort  iS 
juillet  1871  à  Kouy-fou  dans  le  Se-tch'ouen  oriental. 

a.  North'Chi/ia  Herald,  29  septembre  1866. 

3.  Sorte  d' Ichthyanthropos,  un  inonslrc  de  la  tribu  des  Siluriens. 
(Note  du  A^  C.  Herald.) 

4.  Dynastie  chinoise  antérieure  aux  Mandchous,  qui  a   régné  de  i368 


PLACARD    DU    HOU-NAN  3^7 

Dans  la  période  SuenTê  (i/i36-i435)Matlco  Ricci  *,  Jules  Alcni* 
et  d'autres  introduisirent  les  premiers  leur  religion  nationale  de 
Jésus,  le  Seigneur  du  Ciel,  induisant  en  erreur  le  peuple.  Dans 
ce  temps-là,  il  y  avait  quelques  hommes  intelligents  qui  secrclo- 
mcnl  prirent  part  à  leurs  agissements,  jusqu'à  ce  que  Tempc- 
reur  ayant  reçu  un  mémoire  |X)ur  expulser  les  intrus,  ils  furent 
forcés  de  retourner  dans  leur  propre  pays. 

«  Notre  dynastie  poussant  à  Textrème  sa  bienveillance  pour  les 
gens  venus  de  loin,  leur  permit  d'ou>rir  le  commerce  à  Canton 
en  1775.  Maintenant  notre  souverain  sacré  n'entretient  pas  de 
pensées  au  delà,  ni  n'en  attend  aucun  avantage.  Qui  aurait  pu 
s'imaginer  le  caractère  insondable  de  leurs  cœurs  de  loups  ;  l'a- 
bîme de  leur  nature  cupide  est  dilTicile  à  remplir  ;  ils  ne  font 
pas  attention  à  la  surabondance  des  faveurs  qu'on  leur  octroie, 
mais  au  contraire,  donnent  un  libre  cours  à  leur  imagination 
sauvage  et  insensée. 

a  Ceux  qui  sont  venus  pour  propager  la  religion,  trompant  et 
égarant  les  niasses  ignorantes,  impriment  et  font  circuler  des 
compositions  dépravées,  osant  par  leurs  extravagances  décevantes 
de  relâcher  les  liens  établis  de  la  société,  complètement  sans 
regard  de  toute  modestie.  Tout  d'abord,  quand  ils  craignaient 
que  le  j^euple  les  attaquât,  ils  répandaient  leurs  principes  en 
privé;  mais  maintenant  en  tous  lieux,  ils  avancent  leurs  idées, 
pratiquant  délibérément  leurs  perversions  en  plein  jour;  le  trouble 
cl  le  désordre  pénètrent  de  toute  j>art  et  les  sentiments  du  peuple 
sont  dans  une  agitation  incessante.  Quand  la  conflagration  a  com- 
mencé, où  finira  la  calamité  ?  Si  le  jeune  serpent  n'est  pas  écrasé, 
([ue  pourra-t-on  faire  avec  le  reptile  entièrement  déxeloppé  ?  Pour- 
quoi hésiter  ou  retarder  pour  l'écraser  mortellement  ?  Nous  mar- 
quons ici  quelques-uns  des  principes  réprouvés  de  ces  individus. 

«  Premièrement.  —  Le  Ciel  est  un  et  indivisible,  gomerné 
par  Djeu"',  un  nom  qu'ils  ont  changé  en  Seigneur  du  Ciel*  dont 

I.  Li  Ma-teou,  né  h  Maccrala  le  6  octobre  i553  ;  arrivé  en  Chine  en 
i583  ;  mort  à  Pcking  le  11  mai  lOio;  fondateur  de  la  mission  des 
Jésuites  dans  celte  ville. 

3.  JVgai  Jou-iio^  S.  J.,  né  à  Brescia  en  lôSa  ;  arrive  en  Chine  en 
16 13,;  mort  à  Fou-tchéou  en  août  iG^g. 

II  j  a  donc  erreur  dans  la  période  citée. 

3.  Chang  Ti. 

4.  T'ien  Te  hou. 

CORDJER.  I.    —    23 


338  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

ils  font  Jésus  la  personnification.  Si  nous  examinons  Thistoire  de 
Jésus,  nous  trouvons  qu'il  naquit  la  deuxième  année  de  Youcn 
clicou»  pendant  le  r^gne  de  l'empereur  Ngai  de  la  dynastie  Han. 
Mais  avant  Youen  cheou.  le  Ciel  était-il  réellement  un  trône  va- 
cant, attendant  un  occupant?  ou  élait-il  gouverné  par  une  autre 
personne;  comme  les  générations  successives  dessixdjTiastiesP^ 


A  celle  proclamation,  furent  ajoutées  des  notes  marquant 
«  les  coulunies  les  plus  pernicieuses  des  étrangers  '  »  : 

(CI.  —  Les  sectaires  de  celte  religion  n'honorent  pas  leurs 
ancêtres  ni  les  pouvoirs  spirituels,  le  seul'  esprit  qu'ils  adorent 
étant  Joss  '.  Ceux  qui  ofïicienl  dans  le  culte  sont  les  |îères  de  la 
secte  et  sont  ap[>elcs  les  messieurs  noirs.  Quand  quelqu'un  em- 
brasse la  foi,  ils  le  font  jurer  que  sou  corps  vient  de  Joss;  et  il 
doit  en  premier  détruire  les  tablettes  de  ses  ancêtres  pour  mon- 
trer la  sincérité  de  son  cœur.  Hélas  !  ils  coujxïnt  leur  propre  ra- 
cine. Quand  la  racine  est  arrachée,  les  branches  et  les  feuilles 
doivent  inévitablement  périr. 

3.  —  Le  baptême  est  une  loi  de  cette  religion.  Pour  Taccom- 
plisseuient  de  ce  rite,  ils  preancnt  les  cadavres  des  prêtres*  et 
des  supérieurs,  qui  sont  bouillis  pour  en  faire  un  onguent;  celui-ci 
étant  mélangé  avec  un  médicament  stupéfiant  de  malsaine  in- 
fluence, l'application  en  est  accompagnée  par  un  charme*  sous 
la  direction  du  père  spirituel.  Quand  le  néophyte  a  terminé  son 
serment,  le  liquide  est  versé  sur  sa  tête.  Un  peu  de  ce  dernier  est 
aussi  versé  dans  de  l'eau  et  on  le  lui  donne  à  boire,  ceci  étant 
appelé  de  l'eau  purifiant  le  cœur.  De  cet  instant,  il  a  un  petit 
enfant  dans  la  poitrine,  qui  s'attache  au  cœur  ;  et  quoi  qu'il 
puisse  être  sévèrement  puni  et  amèrement  exhorté,  il  tient  à  sa 
folie  dépravée  d'une  façon  tenace  prêt  à  souffrir  la  mort  plutôt 
que  de  changer.  Donnant  à  ceci  un  joli  nom,  ils  l'appellent  le. 
cœur  de  Boddhisatva  ^.  En  vérité,  la  chose  est  inexplicable.  C'est 

I.  Wei,  Ts'i,  Liaog.  Tch'en,  Tcheou,  Soui. 

a.  .V.  C.  Herald,  octobre  6,  i86G, 

3.  Pidgin  Englisk  pour  Dieu. 

4.  Pâli,  Padre. 

5.  Buddha  prj^'dcsliiic. 


J 


PLACARD   DU    HOU-NAN  SSq 

comme  un  homme  mordu  par  un  chien  enragé,  dont  l*esprit  ani- 
mal étant  complètement  transformé,  un  plus  pelit  chien  se  pro- 
duit en  lui  ;  la  chose  est  analogue  dans  le  cas  en  question. 

3.  —  Les  adhérents  de  cette  religion,  quoique  originairement 
sains  d'esprit,  deviennent  certainement  fous,  après  avoir  prêté 
serment  et  bu  de  l*eau.  Premièrement,  ils  prennent  alors  la  ta- 
blette des  ancêtres  et  la  brisent  en  mille  pièces  ;  ensuite,  ils  atta- 
quent toutes  les  idoles  ;  après  quoi,  ils  rasent  jusqu'au  sol  chaque 
temple  qui  est  en  leur  pouvoir.  Mais  ce  qui  est  le  plus  extraordi- 
naire, c'est  que  la  rapidité  avec  laquelle  la  folie  fait  son  effet, 
dépend  de  la  dislance  à  laquelle  un  homme  se  trouve  de  chez  lui. 
S'il  est  en  voyage  d'un  ou  deux  jours,  la  folie  apparaît  au  bout 
d'un  jour  ou  deux.  S'il  est  seulement  à  un  jour  de  vovage,  la 
folie  prend  place  après  un  jour.  Cela  est  sûr  d'arriver  quelques 
heures  après  qu'il  arrive  à  domicile  :  c'est  une  méthode  ingé- 
nieuse pour  détourner  le  peuple. 

(Les  4%  5*  et  6"  articles  sont  trop  obscènes  pour  être  imprimés). 

7.  —  Quand  un  membre  de  cette  religion  est  sur  son  lit  de 
mort,  plusieurs  de  ses  coreligionnaires  viennent  et  éloignent 
ses  parents  pendant  qu'ils  lisent  des  prières  pour  son  salut.  Le 
fait  est.  que  tandis  que  le  corps  respire  encore,  ils  enlèvent  les 
yeux  et  arrachent  son  cœur,  qu'ils  emploient  dans  leur  pays 
pour  fabriquer  de  l'argent  faux.  Après  cela,  ils  enveloppent  le 
cadavre  dans  un  drap  et  laissent  les  membres  de  la  famille  rem- 
plir les  rites  funèbres.  Car,  ils  disent  que  le  principe  de  T intel- 
ligence humaine  est  dans  le  cœur,  et  l'efficacité  subtile  des  vis- 
cères dans  l'œil  ;  tant  que  l'homme  est  encore  vivant,  ils  lisent 
des  prières  pour  lui,  ce  qui  lui  assure  son  admission  dans  le  ciel  ; 
et  quant  à  son  corps,  ce  n'est  plus  qu'un  tabernacle  brisé.  (Com- 
ment peut-on  ne  pas  déplorer  cette  profanation  d'un  lit  de  mort, 
qui  devient  une  injure  personnelle  pour  soi-même  ! 

8.  —  En  attirant  les  gens  dans  cette  religion,  ils  comptent  en 
[weniicr  sur  de  l'argent  ;  la  \iclime  ne  sachant  pas  cela,  qu'en 
recevant  leurs  richesses,  elle  accepte  leurs  injures.  Cela  lui  im- 
porte peu  qu'en  étant  vendue  dans  la  création  des  brutes,  elle 
soit  volontairement  classée  ainsi,  si  elle  peut  ainsi  obtenir  quel- 
que argent  comptant  ;  en  sorte  qu'en  convoitant  un  j3eu  de  leurs 
richesses,  elle  crée,  sans  scrupule,  des  difficultés  cent  fois  plus 
lourdes,  dans  l'avenir.  C'est  ce  que  l'on  appelle  recevoir  dans  le 
dépôt  intérieur  et  emmagasiner  dans  l'extérieur.  Les  gens  de  ce 
temps  ne  peuvent-ils  pas  distinguer  entre  le  profil  et  le  mal. 


3l\0  MASSACRE    DE    TIEX-TSIN 

9.  —  Les  proinoleurs  de  celle  religion  engagent  de  nombreux 
diseurs  de  bonne  avenlure  et  de  physionomistes,  hommes  et  fem- 
mes, pour  se  rendre  dans  toutes  les  directions,  afin  de  tirer  dos 
horoscopes  et  de  révéler  le  sort,  vantant  et  flattant  outre  niosure. 
attirant  complaisammcnt  le  peuple  avec  leurs  paroles  douces.  Ils 
ont  aussi  des  gens  qui  cherchent  à  attirer,  et  qui  emploient  des 
acteurs,  des  charlatans  et  toutes  sortes  d'individus  afin  de  s'em- 
parer des  imprudents  et  ils  détournent  hommes  et  femmes  et  les 
vendent  aux  barbares  pervers.  Dans  les  cas  extrêmes,  ils  sont 
amenés  sur  la  cote  où  les  pécheurs  de  biche-dc-mer  *  emploient 
les  hommes  comme  amorces  ;  par  ces  moyens  ils  s'assurent  une 
pèche  abondante.  Ceci  est  tout  h  fait  méprisable. 

10.  —  Les  barbares  pervers,  vagabonds  rehgieux,  faisant  du 
commerce  sous  la  j)rotection  des  traités,  s'échappent  par  fraude 
aux  autorités  impériales,  lis  ne  peuvent  pas  être  examinés  aux 
passes  et  aux  barrières,  ni  arrêtés  par  les  mandarins,  quoique,  au 
fond  de  leurs  misérables  cœurs,  ils  soient  vraiment  en  principe 
avec  les  bandits  sans  loi.  Ceux  qui  sont  engagés  pour  répandrola 
religion  dans  toutes  les  directions,  sont  seulement  les  espions  de 
ces  voleurs.  Maintenant,  pendant  que  nous  supportons  leur  per- 
xersité  hautaine,  le  poison  s'échappera  un  beau  matin,  quand  il 
sera  trop  tard  pour  nous  sauver  nous-mêmes.  On  dit  aussi  que 
les  vagabonds  religieux  barbares  pervers  allèrent  à  Kinheou  dans 
le  Chan-Toung,  où  ils  détruisirent  la  tombe  et  le  temple  du  Sagc^. 
Les  descendants  du  Sage  étant  très  chagrinés,  l'un  d'eux  sur- 
nommé Maon,  prit  le  commandement  d'un  corps  de  troupes 
volontaires,  les  expulsa  et  les  tua  ;  depuis  lors  ils  n'ont  ps  osé 
entrer  dans  la  région.  Hélas  î  si  les  discours  de  Jésus  sont  répan- 
dus, et  les  doctrines  du  Sage  Gonfucius  ne  sont  pas  pratiquées, 
quel  genre  de  monde  deviendra  celui-ci  ?  Que  chacun  de  nous, 
lettrés,  fermiers,  artisans  et  marchands,  tire  l'épée  pour  la  ven- 
geance commune.  Si  quelques-uns  refusent  cordialement  de  se 
coaliser,  ils  sont  alors  pareils  à  ces  êtres  étranges.  » 


VOYAGE    DE  M.    DE    ROCHECHOl  ART,    CHA?Î-SI 

Préludant  à  son  voyage  dans  le  Yang-tseu,  M.  de  Rochc- 


I.  Haï  san,  Bicho  de  mar,  holothurin. 
a.  Gonfucius. 


• 


AFFAinCS    DU    MANG--NAN  34  f 

choiiarl*,  accompagné  de  M.  G.  Devéria,  interprète,  de 
plusieurs  personnes  appartenant  à  la  Légation  de  France  et 
de  M,  Lépissier,  professeur  au  T'oung  Wen  Kouan,  quittait 
Péking  le  17  juin  1869,  pour  se  rendre  dans  le  Chan-Si 
par  Suen-Houa  fou,  Kalgan,  Si-wan-tze,  visiter  la  mission  des 
franciscains  italiens;  il  faillit  être  assassiné  à  Taï-youen-fou, 
capitale  de  la  province.  11  rentra  à  Péking  par  le  Tché-li. 

«  Ce  petit  voyage,  écrivait  M.  de  Hochcchouart,  de  Péking,  le 
16  avril  1869,  avait  plusieurs  buts  :  1°  de  pouvoir  renseigner 
exactement  Votre  Excellence  sur  la  véritable  situation  de  nos 
missionnaires  dans  Tintéricur;  a**  de  \oir  quel  degré  de  foi  ou 
devait  ajouter  à  leurs  plaintes  qu'on  pourrait  croire  exagérées,  si 
elles  n'étaient  aussi  générales  ;  3**  prendre  sur  Télat  commercial 
tous  les  renseignements  capables  d'intéresser  notre  commerce; 
4^  de  faire  tomber  par  ma  présence  les  bruits  absurdes  que  les 
mandarins  de  bas  élage  font  courir  sur  Tépoque  prochaine  de 
notre  expulsion  de  la  Chine  ;  5°  enfin,  terminer  toutes  les  affaires 
pendantes  dans  ces  provinces  car  je  savais  par  expérience  qu'il 
sutlisait  de  demander  mon  passeport  pour  celle  excursion  pour 
que  des  ordres  partis  de  Péking  ordonnent  de  satisfaire  h  toutes 
les  réclamations  des  missionnaires  se  trouvant  sur  mon  passage. 
Ce  voyage  n'a  été  ni  sans  fatigue  ni  même  sans  danger. 

AFFAIKES   nu   RIANG-.NAN 

Les  Pères  Seckinger  ^  et  Ilcude  -'  malgré  de  grandes  diffi- 

1.  Rochechouart,  comte  de,  Louis 'Jules-Emilien,  dit  Julien,  at- 
taché libre  k  Téhéran  (5  avril  18G0);  secrétaire  de  3<^  clause  à  Téhéran, 
25  octobre  i86a;  à  Péking,  3  doc,  1866;  de  a^  classe,  à  Péking, 
3i  déc.  1867;  chevalier  delà  Légion  d'honneur,  i5  aoiU  i868;  secrétaire 
de  !*"•  classe  à  Péking,  12  déc.  1872;  placé  hors  cadre  et  nommé  agent 
tit  consul  général  à  Belgrade,  30  avril  r877;  ministre  plénipotentiaire  de 
2«  classe  à  Haïti,  16  novembre  1877;  mort  de  la  fièvre  jaune  à  Port-au- 
Prince,  le  i3  mai  1879.  h  l'âge  de  48  ans. 

2.  Seckinger,  Joseph,  né  à  La  Chapelle  (Haut-Rhin),  9  septembre 
1829;  entré  dans  la'Gompagnie  de  Jésus,  19  avril  i853  ;  arrivé  en  Chine, 
20  juillet  i86ï  ;  mort  h  Wou  Hou,  11  novemhre  1890. 

3.  Heude,  Pierre,  né  le  a5  juin  i836;  entré  dans  la  Compagnie  de 
Jésus,  i  novembre  i856  ;  arrivé  en  Chine,  9  janvier  1868. 


3ia  MVSSACRE    DE    TIEN-TSIN 

cultes,  avaient  réussi  à  établir  en  septembre  1869  une  mis- 
sion dans  le  Ngan-houei,  à  Mgan-king,  capitale  de  la  province, 
lorsque  le  mercredi  3  novembre  1869,  leur  résidence  fui 
pillée  aiiisi  que  celle,  voisine,  de  Kien-tée*. 

Le  chargé  d'affaires  de  France,  lecomtedeRocfaechouarl, 
prévenu,  accompagné  de  M.  de  Bacourt,  secrétaire  delà  léga- 
tion, le  comte  Méjan,  consul  général  à  Chang-Haï  et  de 
M.  Dillon,  interprète,  remonta  le  Kiang  avec  la  frégate 
Vénus^  commandant  Maudet,  battant  pavillon  de  Tamiral  de 
Cornulier,  la  corvette  Dupleijr^  le  Coëtlogon  et  la  canonnière 
Scorpion  ;  le  29  décembre,  il  obtenait  satisfaction  des  auto- 
rités de  Nanking  et  une  proclamation  du  vice-roi  devait  être 
affichée  dans  les  villes  principales  ÇFoii  Tchéou  et  Hieri^  du 
Ngan-Houci  et  du  Kiang-Sou  : 

«  Le  grand  en\oyé,  superintendant  du  commerce  avec  les  Eu- 
ropéens, vice-roi  des  doux  Kiang,  Ma,  pour  le  faire  savoir  à 
tous  î 

D'après  le  treizième  article  du  traité  conclu  avec  la  France, 
la  religion  du  Seigneur  du  Ciel  a  pour  fondement  d'exhorter  les 
hommes  à  ce  qui  est  bien.  Tout  chrétien  doit  obtenir  protection 
et  j)0ur  sa  personne  et  pour  sa  famille  (c'est-à-dire  a  le  droit  de 
\ivre  en  paix).  Ils  peuvent  se  réunir  pour  adorer  Dieu,  pour 
prier,  etc.,  comme  il  leur  plaît.  Les  mandarins  des  différentes 
villes  doivent  traiter  avec  bienveillance  et  protéger  efficacement 
les  prédicateurs  de  la  religion.  Tout  Chinois  qui  veut  croire  et 
pratiquer  la  religion  du  Seigneur  du  Ciel  et  qui  observe  les  lois 
de  l'Empire,  ne  peut  en  aucune  manière  en  être  empêché,  ni 
pour  cela  subir  des  dommages. 

Tous  les  édits,  qui  jusqu'à  ce  jour,  ont  été  publiés,  attenta- 
toires à  la  liberté  de  la  religion,  doivent  être  détruits  quelque 
part  qu'ils  se  trouvent. 

Dans  le  sixième  paragi*aphe  du  second  traité,  il  est  déclaré  que 
les  missionnaires  français  peuvent,  dans  toutes  les  provinces, 
louer  et  acheter  des  terrains  pour  y  bâtir  des  églises",  etc.  Il  est 

I.  Kien-téo  h'ien,  au  S.  de  Ngan-King,  dépend  de  Tchéou  tchéou 
fou,  près  du  Kiang-Si.  —  Voir  les  Missions  catk.,  HT,  p.  a6î). 


..--- 


AFFAIRES    DU    KIANG^>'AN  3^3 

prouvé,  après  d'exactes  recherches»  que  les  chrétiens  qui  suivent 
la  religion  du  Seigneur  du  Ciel,  demeurent  bons  citoyens,  et  la 
doctrine  que  celte  religion  professe  enseigne  expressément  aux 
hommes  à  respecter  TEmpcreur  cl  à  observer  les  lois.  C'est  pour- 
quoi il  faut  aimer  et  protéger  les  chrétiens  comme  les  autres 
sujets  de  TEmpire,  et  montrer  à  tous  les  mêmes  sentiments  d'af- 
fection. 

Déjà  le  Tsoung-Ii  Yamen  avait  demandé  à  l'Empereur  d'or- 
donner à  tous  les  vice-rois  et  à  tous  les  fou-taï  de  veiller  à  ce  que 
tous  les  mandarins  locaux  de  leur  juridiction  traitassent  avec 
justice  et  expédiassent  avec  promptitude  toutes  les  causes  concer- 
nant les  chrétiens,  leur  recommandant  bien  de  ne  pas  les  négli- 
ger ni  faire  traîner  en  longueur,  dans  le  but  de  les  opprimer  et 
de  leur  causer  des  torts.  Tout  ceci  est  connu  dans  les  tribunaux  : 
c'est  ainsi  que  l'on  doit  régler  ces  aiïaires. 

Mais  voilà  que  depuis  quelque  temps,  des  lettrés,  des  gens  du 
peuple,  font  parfois  opposition  ou  excitent  des  troubles,  afin 
d'empêcher  les  missionnaires  de  disposer  des  terrains  nécessaires 
à  la  construction  des  temples,  etc.  ;  ils  soulèvent  la  multitude  et 
commettent  des  désordres.  Ce  sont  des  faits.  Quoique,  à  plusieurs 
reprises,  les  vice-rois  et  les  fou-taï  aient  sévèrement  imposé  aux 
mandarins  des  villes  de  faire  rechercher,  saisir  et  punir  les  cou- 
pables, on  n'a  pas  toujours  pu  le  faire  de  la  môme  manière  et 
avec  la  diligence  convenable.  C'est  ce  dont  se  plaint  l'illustre  mi- 
nistre de  France,  Lou  ^  el  ce  qu'il  demande  à  régler. 

A  l'avenir  donc,  il  faut  que  chrétiens  et  paiens  vivent  toujours 
en  bonne  intelligence  ;  animés  de  bons  sentiments  les  uns  vis-à- 
vis  des  autres.  C'est  ce  que  nous  notifions  à  tous  par  cet  édit. 
C'est  pourquoi,  nous  ordonnons  à  tous  ceux,  quels  qu'ils  soient, 
qui  sont  soumis  à  notre  autorité,  militaires  ou  civils,  de  ne  pas 
l'oublier.  Sachez  tous  que  les  traités  permettent  de  propager  el 
d'embrasser  la  religion  du  Ciel  ;  et  ceux  qui  ne  veulent  pas,  on 
ne  les  force  pas.  11  est  par  conséquent  absolument  défendu  d'y 
mettre  obstacle  sans  raison  et  d'exciter  des  troubles. 

Les  missionnaires  viennent  d'Europe  avec  la  volonté  intime 
d'exhorter  les  hommes  à  la  vertu  :  c'est  un  motif  de  les  recevoir 
avec  une  bienveillance  d'autant  plus  grande. 

A  partir  de  ce  présent  édit,  observez  le  traité,  et   n'osez  pas, 

1.  Hochcchouart. 


344  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

on  disant  oui  cxléricurement,  dire  non  en  secret.  Que  si  des 
desordres  de  ce  genre  se  représentent  encore,  la  sévéritc  des  lois 
de  l'Empire  sera  appliquée  aux  transgresseurs  qui  s*y  soustrai- 
ront difficilement.  Craignez  dVn  faire  Tépreuve  î  Que  tous  et 
chacun  obéissent  avec  respect  à  cet  ordre  !  Qu'ils  le  connaissent  I 

C'est  l'édit. 

La  8"  année  de  T'oung-tché,  le  aô*  jour  de  la  1 1*  lune  *. 


VOYA(iE   DE   M.   DE   ROCIlECHOl  ART,    187O 

Afin  de  régler  toutes  les  questions  en  litige,  le  charge 
(raffaires  de  France  se  décida  à  se  rendre  lui-même  sur  les 
lieux;  il  prévint  le  prince  Koung  de  sa  résolution  par  une 
lettre  du  29  octobre  1 8G9  ;  il  était  à  Chang-Uaï  le  i*^'  décembre. 

Le  3i  décembre,  M.  de  Rochechouart  partait  de  Nan- 
king,  avec  le  Coetlogon  et  le  Scorpion^  commandant  de  la 
Jaillc,  pour  Ngan-king,  Kieou-kiang  et  Han-kéou  ;  là,  il  reçut 
imc  dépêche  de  Li  lloung-tchang,  vice- roi  des  deux  Hou, 
afllrmant  que  les  affaires  du  Sc-tch'ouen  (Yeou-yang  et 
Tscn-y)  étaient  réglées  grâce  à  nos  agents,  M.  Dillon  et 
M.  Guéneau  (Han-Kéou),  et  le  chargé  d'affaires  renonçant  à 
poursuivre  plus  loin  surlcKiang,  repartit  le  sîg  janvier  1870, 
pour  Péking  par  la  voie  du  Chan-Si.  V  son  arrivée  a  Péking 
(9  mars  1870)  M.  de  Rochechouart  proposa  la  création 
d'un  poste  consulaire  à  Tchoung-King.  On  a  prétendu  que 
le  voyage  du  chargé  d'affaires  de  France  dans  le  ^ang-tscu 
avait  surexcité  les  esprits  et  qu'il  n'avait  pas  été  étranger  au 
soulèvement  de  juin  1870.  Dans  tous  les  cas,  ks  fonction- 
naires mirent  la  plus  mauvaise  grâce  à  exécuter  leurs  pro- 
messes. La  corvette  française  le  Coëllogon^  commandant 
Régnaultde  Prémesnil,  mouilla  à  Ngan-king  le  19  mars  1870, 
et  fit  cesser  leurs  hésitations. 

1.  Missions  catholiques,  III,  p.  94. 


-#-ȕ- 


AFFAIHES    DC    TCIIÉ-LI  3^5 


AFFAIRES  DU  TCHE-U 

Dans  le  Pe  Tché-li  oriental,  à  Hien-Hien,  le  P.  Leboucq  ^ 
faillit  être  tué  en  février  1868  par  les  rebelles,  en  mai  par 
les  soldats  impériaux,  et  enfin  au  mois  d'août  par  la  fièvre 
typhoïde  !  A  la  suite  de  rallaque  dont  ce  missionnaire  fut 
1  objet,  Tch'oung  Ileou  publia  la  proclamation  suivante  : 

«  Dans  le  district  de  Hien-Iiicn,  pendant  la  quatrième  lune, 
Wang  Tai-cheng,  et  autres  gardes  mobiles  de  Tarmée  Tché, 
arrêtèrent  et  pillèrent  plusieurs  voitures.  De  L\  une  rixe  et  ses 
consocjuenccs.  Le  P.  Leboucq,  missionnaire  catbolique,  fut 
blessé,  ainsi  que  deux  de  ses  suivants.  Dès  lors,  je  Ils  amener  à 
Tien-Tsin,  pour  y  être  jugés  par  le  tribunal  de  préfecture,  les 
auteurs  du  brigandage  et  de  Tatten  lai,  savoir:  Wang  Tai-cheng, 
Wang  ïuei-eul.  et  Tollicier  Wang  Wam-cheng  coupable  de 
n'avoir  pas  arrêté  le  désordre  de  ses  soldats. 

«  W'ang  Tai-clicng  a  été  condamné  à  la  peine  capitale,  con- 
formément à  la  loi  concernant  le  vol  à  main  armée.  Mais  alors, 
le  P.  Leboucq  et  ses  collègues,  ont  prié  Son  Exe.  le  ministre  de 
France,  résidant  à  Péking,  d'intercéder  auprès  du  ïsoung-li 
Yamen,  afin  qu'une  commutation  de  peine  soit  accordée.  J'ai 
donc  très  humblement  soumis  ces  circonstances  à  l'Empereur 
([ui  a  jugé  à  propos  de  les  renvoyer  à  l'examen  du  ministre  de 
la  justice;  il  en  résulte  que  Wang  Tai-cheng  sera  déporté  au 
plus  loin  et  que  l'oflicier  Wang  Wain-cheng  sera  dégradé.  Tel 
est  l'arrêt  qu'a  daigné  ratifier  l'Empereur. 

Le  P.  Leboucq,  missionnaire  français,  prêche  sa  religion  en 
Chine  depuis  longues  années.  Sa  droiture,  sa  sollicitude  pour 
chacun  sont  en  grande  réputation.  Il  nous  a  prêté  ses  bons 
offices,  lors  d'une  expédition  contre  les  brigands  qui  infestaient 
les  provinces  du  Tché-li  et  du  Chan-Toung,  pendant  la  pre- 
mière année  du  règne  actuel,  et  souvent  il  a  donné  des  preuves 
de  son  courage  et  de   ses   mérites.  Aussi,    l'Empereur,  pour  lui 

I.  Leboucq,  Prosper,  né  à  La  Bellicrc  (Orne),  i*^»"  janvier  1828; 
entré  dans  la  Compagnie  de  Jésus,  9  août  1867  ;  arrivé  eu  Chine,  9/1  juin 
1859;  rentré  en  Europe;  cure  près  de  Lyon. 


•   i  -^^ 


346  MASSACRE    DE    TIEN-TSIX 

manifester  sa  satisfaction,  lui  accorda-t-il  la  décoration  de  FÉ- 
toile  et  de  la  Perle.  Les  chrétiens  chinois  et  étrangers,  qui  pra- 
tiquent fidèlement  leur  religion,  font  le  bien. 

Je  m'empresse  de  publier  tout  ce  qui  précède,  aûn  que  vous 
tous,  gens  du  peuple  et  soldats,  etc.,  sachiez  à  quoi  vous  en 
tenir. 

Vous  devez  en  paix  faire  votre  devoir,  et  si  quelqu'un  d'entre 
vous  vent  suivre  la  religion  catholique  du  Maître  du  Ciel,  vous 
devez  avec  lui,  vous  donner  mutuellement  de  bons  conseils; 
\ous  devez  volontiers  vous  entendre  et  vous  prêter  mutuellement 
assistance  ;  enfin,  n'avoir  qu'un  même  cœur  pour  faire  le  bien. 

Tel  est  le  but  de  cette  proclamation  qui  sera  affichée  à  Hien- 
llien,  devant  le  tribunal,  dans  le  faubourg  Sud,  et  à  ïchang- 
Kia-tchouang. 

Obéissez  en  tremblant  *  î 

Malgré  la  proclamation  de  Tch'oung  Heou,  rétablissement 
de  Kouang  ping  fou  fut  saccagé  le  18  mai  1869  ;  la  légation 
de  France  prévenue,  avertit  Tseng  Kouo-fan  qui  envoya  à 
Kouang  ping  fou  un  fonctionnaire  chargé  de  punir  les  cou- 
pables dont  le  principal,  un  bachelier  militaire,  Wei  Tchang- 
king  fut  arrêté,  dégradé,  obligé  de  replacer  une  croix  à  la 
place  de  celle  qu'il  avait  abattue  cl  de  payer  cent  taëls  d'ar- 
gent de  donmiages-i  nié  rets. 

1.  Missions  catfioliffues.  Il,  p.  16/4. 


-  -î^^JL-f  ^--7^  ' 


V         » 


CHAPITRE  XXIV 

LE  MASSACRE  DE  TIEN-TSIN 

(Suite) 


LA    VILLE    DE    TIEN-TS1> 


Tien-Tsîn,  Tune  des  villes  les  plus  considérables  de  la 
Chine,  est  située  sur  la  rive  droite  du  Pci-lio,  à  son  confluent 
avec  le  Grand-Canal  ou  Yun-ho.  On  peut  considérer  Tien-Tsin 
comme  le  port  de  Péking,  et  Ta  kou,  à  Tembouchure  du 
Pei-ho,  comme  le  port  de  Tien-Tsin. 

Jusqu'en  1782,  Tien-Tsin  n'était  qu'une  station  militaire, 
destinée  à  proléger  le  trafic  de  la  rivière,  mais  depuis  celts 
époque,  elle  a  été  élevée  au  rang  de  préfecture  (/b//).  La  ville 
forme  un  quadrilatère,  entouré  de  murailles  ;  sur  la  même 
rive  du  Pei-ho,  au-dessous  de  l'enceinte  murée  se  trouve 
Tseu  Tchou  Lin,  le  quartier  étranger,  qui  comprenait  deux 
concessions,  l'une  française,  plus  rapprochée  de  la  ville, 
l'autre  anglaise  :  depuis,  une  concession  allemande  s'est 
juxtaposée  à  la  concession  anglaise. 

De  l'autre  côté  du  Pei-ho,  se  trouvaient  d'immenses  mon- 
tagnes de  sel  et  c'est  là  qu'aujourd'hui,  aboutit  le  chemin  de 
fer.  Le  consulat  de  France,  reconstruit  depuis  à  Tseu  Tchou 
Lin,  était  installé  dans  un  ancien  pavillon  impérial  sur  la  rive 
droite  du  Pei-ho,  au  delà  du  Grand-Canal.  A  côté,  on  avait 
commencé  à  construire  au  printemps  de  1869  ^^^^  église 
ogivale  à  trois  nefs,  qui,  quoique  inachevée,  avait  été  lixréc 


3^8  MASSACRE    DE    T1EN-TSL\ 

a\i  culte  le  8  décembre  de  la  même  année  sons  le  vocable  de 
N.-D.  des  Victoires.  C'est  cette  église  qui  commandait  en 
quelque  sorte  le  Pei-ho,  lequel  après  une  courbe  très 
prononcée,  reçoit  le  Grand  Canal  et  descend  en  droite  ligne 
devant  le  monument,  qui  fut  déliiiite  Tannée  suivante. 

Tien-Tsin,  conmie  nous  Tavons  dit  plus  haut,  avait  été 
ouvert  au  commerce  étranger,  en  1861.  Sa  population  indi- 
gène est  estimée  h  i  000000  d'habitants  (1899). 


PUODROMES 

Dès  le  commencement  du  mois  de  juin,  de  sinistres 
rumeurs  couraient  la  ville  et  excitaient  les  esprits  déjà  aigris 
par  une  longue  sécheresse.  On  parlait  de  nombreux  enlève- 
ments d'enfants,  on  disait  que  trente  à  quarante  coi^ps  de 
nouveau-nés  avaient  été  trouvés  dans  les  cimetières  de  la  rive 
orientale  du  fleuve  ;  et  que  les  pauvres  petits  êtres  avcinl  été 
tués,  leurs  yeux  et  leur  cœur  avaient  été  arrachés  pour  en 
fabriquer  des  médicaments.  Ces  dernières  imputations  étaient 
naturellement  fausses,  ainsi  que  le  reconnut  plus  laixl  Tseng 
Kouo-fan,  mais  il  y  avait  malheureusement  quelque  chose 
de  vrai  dans  renlèvement  d'enfants  *. 

Le  6  juin,  on  avait  arrêté  deux  Chinois,  Tchang  Tchouen 
et  Kouo  kouei,  qui  avaient  enlevé  le  jeune  Li  Ta-yang,  après 
lui   avoir  administré  des  drogues.   Deux  autres  Kouei- tseii 


i.  Voir  sur  le  massacre  : 

—  China,  n'»  i  (1871).  Papers  relaiingto  thc  Massacre  of  Euro- 
penns  at  Tientsin  on  the  3ist  June,  1870.  —  Presented...,  1871. 
London,  in-fol.  [C.  — ^248.] 

—  i\otcs  sur  le  massacre  de  Tien-isin,  par  le  D*"  Ch.  E.  Martin. 
(^Rev.  de  l'EJirtréme- Orient,  H,  pp.  89  et  seq.) 

Le  D»*  Martin  était  médecin  de  la  légation  de  France  depuis  l'arrivée 
à  Pé-king  du  comte  Lallcmand. 

—  Bibliotheca  Sinica,  col.  laatj-iaGo,  ao3o. 


PRODROMES  3/49 

(voleurs  d'enfants)  avaient  été  également  pris  par  le  tipao  * 
de  Yang  feng-t'oun  et  exécutés  sans  jugement.  Enfin  le 
samedi  18  juin,  un  Wou  Lan-tchen,  jeune  homme  de  dix- 
neuf  ans,  né  à  Ning  Tcliin  h'ien,fils  de  Wou  ïsoun,  ayant 
volé  un  enfant  nommé  Li  So,  fut  arrêté  à  Fao  houa  Kéou  et 
envoyé  au  magistrat  de  Tien-Tsin,  auquel  il  expliqua  qu'il 
était  en  rapport  avec  Wang  San,  portier  de  la  cathédrale  et 
autres  catholiques  auxquels  il  vendait  les  enfants. 

Il  est  malheureusement  assez  probable  que  le  zèle  de  subal- 
ternes stimulé  trop  souvent  par  l 'appât  de  petites  sommes  de 
monnaie  faisait  rechercher,  à  Tinsu  des  Sœurs,  des  enfants 
pour  r Asile  de  la  Sainte-Enfance.  Le  but  humanitaire  pour- 
suivi avec  un  grand  désintéressement  par  les  Sœurs  de  Saint- 
Vincent  de  Paul  sous  l'empire  d'une  foi  ardente  ne  peut 
être  facilement  compris  par  des  gens  peu  cultivés,  prévenus 
déjà  contre  les  étrangers  par  les  fonctionnaires.  Les  Sœurs 
d'ailleurs  ne  voyaient  pas  le  danger  et  quelques  jours  avant 
la  catastrophe,  se  déclarèrent  pleinement  rassurées  malgré 
les  bruits  alarmants  qui  circulaient  dans  la  ville. 

Ce  même  jour  (18  juin),  il  y  avait  réunion  des  lettrés 
dans  le  y  amen  du  temple  de  Confucius,  à  la  suite  de  laquelle 
les  écoles  indigènes  étaient  fermées  et  le  tché-fou,  nommé 
par  Tseng  Kouo-fan  et  arrivé  depuis  peu  de  temps,  lançait  une 
proclamation  qui,  par  ses  allusions  à  l'enlèvement  des  enfants, 
excitait,  au  lieu  de  la  calmer,  l'agitation  populaire.  La  foule, 
en  témoignage  de  gratitude  de  cette  manifestation,  offrit 
au  magistrat  une  ombrelle  de  «  dix  mille  noms  »  (w^/i  min 
san)  et  une  tablette  du  «  Buddha  >ivant  de  Dix  mille 
Familles.  »  Le  massacre  des  étrangers  qui  devait  avoir  lieu 
le  jour  même,  était  retardé. 

Si  l'on  songe  que  les  corporations  de  pompiers  ainsi  que 


I.  Chef  de  la  population,  choisi  tantôt  par  les  fonctionnaires  locaux» 
tanlAt  par  les  habitants. 


4  :.  V 


35o  MASSACRE    DE    TIEX-TSIX 

les  volontaires  (^f-min).  jadis  organisés  pour  repousser  les 
T'ai  P'iug,  qui  prirent  une  part  active  aux  évéoenicnts,  avaient 
à  leur  l(^lc  des  lellrés,  on  ne  peut  douter  de  la  coraplicilc 
des  magislrals  de  Tien-Tsin.  et  en  particulier  du  tché-fou  et 
du  Iché-hien. 

Le  19,  le  surintendant  du  commerce,  Tch'oung  Heou, 
faisait  un  rap|)ort  dans  lequel  il  rappelait  que  le  4  du  mois, 
il  avait  déjà  dénoncé  les  voleurs  d'enfants  et  il  annonçait 
Tarrestadon  de  Won  Lan-tchen  ;  le  même  jour,  le  médecin 
anglais,  le  D'  Frazer,  était  attaqué  dans  la  ville  indigène  par 
la  populace  et  n'échappait  que  '^rXce  à  la  rapidité  de  son 
cheval. 

La  situation  était  donc  fort  alarmante.  Aucune  canonnière 
ne  se  trouvait  dans  le  {X)rt,  et  le  mardi  matin,  ai,  le 
dernier  vapeur  de  commerce,  le  Dragon,  levait  Tancre  pour 
Chang-Haï.  Le  consul  intérimaire  anglais,  W.  H.  Lay  *, 
écrivait  à  rofficier  supérieur  de  la  marine  anglaise  à  Tché- 
fou  et  à  M.  AA  ade  à  Péking  pour  réclamer  l'envoi  d'un  bateau 
de  guerre.  Quelques  heures  plus  tard,  Lay  écrivait  à  Wade 
pour  annoncer  que  ses  pires  craintes  étaient  réalisées,  et  dans 
son  trouble,  il  oublia  d'expédier  la  lettre. 

D'un  autre  côté,  notre  consul,  M.  Henri  Fontanier*,  écri- 
vait au  comte  de  Rochechouart,  notre  chargé  d'aflaiies  à 
Peking,  la  lettre  suivante  pour  exposer  la  situation  ; 


I.  Lay,  lyUliam  Hyde,  mort  6  août  1876;  il>  avait  été  nommé  élève 
inicrprote,  22  février  i854;  et  consul  à  Tché-fou,  u  janvier  1872. 

a.  Fonlaiiicr,  Henri-Victor,  né  à  Paris  en  septembre  i83o  ;  accom- 
pagna en  i8/t6  son  père,  consul  h  Singapore,  et  en  i853  à  Sainte-Marthe; 
chargé  provisoirement  de  la  chancellerie  de  Sainte -Marthe;  correspondant 
du  Muséum  d'histoire  naturelle  ;  élève-interprète  en  Chine,  a8  juillet 
i855;  chargé  des  fonctions  d'interprète  de  la  commission  franco-an- 
glaise à  Canton,  en  1860;  premier  interprète  intérimaire  de  la  légation 
de  Péking,  2  juin  i863  ;  interprète-chancelier  de  la  légation  de  Péking. 
8  mars  i865;  chargé  de  la  gérance  du  consulat  de  Tien-Tsin,  11  janvier 
i8(hj  ;  consul  de  a'"  classe,  3  février  1869. 


LETTRE    DE    M.    FONTAMER  35 1 


LETTRE    DE    M.    FONTAMER,    21    Jll?i    187O 

Ïicn-Tsin,  le  21  juin  1870. 

M.  LE  Comte, 

Noire  petite  \ille  deTien-Tsin,  d'ordinaire  si  tranquille,  vient 
d'être  troublée  depuis  quelques  jours  par  des  cris  et  des  attrou- 
pements aux  environs  de  rétablissement  des  Sœurs  de  Charité  et 
du  Consulat.  On  accusait  les  Sœurs  d'arracher  les  yeux  aux  en- 
fants ;  de  plus  hardis  déterraient  les  morts  provenant  de  leur 
hôpital.  Enfm  le  Tao-taï  vint  me  présenter  la  déposition  de  plu- 
sieurs témoins  déclarant  avoir  été  victimes  des  recruteurs  de 
petits  enfants  employés  par  nos  missionnaires.  Je  nVus  pas  de 
peine  à  lui  démontrer  que  tous  ces  bruits  étaient  l'œuvre  de  la 
malveillance;  mais  le  Tao-taï  s'étant  présenté  ofTicieusemenl,  je 
lui  promis,  sur  sa  demande  réitérée,  de  veiller  à  ce  que  nos 
Soeurs  de  Charité  n'employassent  désormais  que  des  individus 
d'une  moralité  éprouvée. 

Quelques  heures  après  (le  19)  le  Tché-h'ien  se  présentait  au 
Consulat  accompagné  d'un  délégué  de  Tch'oung-Hêou  dans  l'in- 
tention de  provoquer,  séance  tenante,  une  enquête  officielle  au 
domicile  des  Sœurs  et  des  Missionnaires  Lazaristes.  Mais  comme 
il  commit  la  maladresse  de  s'emporter,  et  même  de  me  menacer 
du  ressentiment  de  la  population,  en  paraissant  vouloir  exiger 
de  moi  ce  que  ses  Supérieurs  avaient  laissé  quelques  heures  au- 
paravant entièrement  à  mon  appréciation,  j'en  profitai  pour 
rompre  l'entretien,  en  rappelant  au  Tché-h'ien  ([ue  c'était  seu- 
lement avec  l'Intendant  des  trois  Ports  du  nord  que  j'entendais 
continuer  cette  affaire,  mais  que  je  ne  le  rendais  pas  moins  res- 
ponsable des  conséquences  des  troubles  dont  il  semblait  me  me- 
nacer, car  j'étais  persuadé  qu'il  en  était  seul  l'instigateur. 

Je  priais  le  délégué  de  Tch'oung  Hcou  d'informer  son  Excel- 
lence du  résultat  de  mon  entrevue  avec  le  Tché-h'ien,  en 
attendant  que  j'allasse  moi-même  lui  porter  une  plainte  contre 
la  conduite  peu  convenable  de  ce  Magistrat.  J'eus  le  plaisir  de 
recevoir  la  visite  de  Tch'oung  IIcou  le  lendemain.  11  me  parla  en 
fort  mauvais  termes  du  Tché-h'ien,  jLout  en  essayant  de  l'excu- 
ser.  11  se  plaignit  du  peu  de  cas  que  les  autorités  locales  avaient 


35a  '  MASSACRE    DE    TIEX-TSIN 

fait  de  ses  observations  quand  il  avait  essayé  de  démentir  les 
faux  bruits  répandus  contre  nos  missionnaires.  s*étant  finalement 
trouvé  dans  l'obligation  de  les  laisser  faire  une  démarche  à 
laquelle  il  avait  refusé  de  se  joindre,  ce  qui  lui  valut  de  nou- 
veau l'épitlièle  de  «  bras  droit  des  Européens  ». 

Co  petit  incident,  qui  aurait  pu  prendre  une  mauvaise  tour- 
nure sans  l'intervention  de  ïch'oung  Ileou,  parait  aujourd'hui  à 
peu  près  terminé:  Tch'oungHeou  m'ayanten  outre  promis  d'ici 
à  quelques  jours  de  publier  une  petite  proclamation  pour  apaiser 
les  esprits.   » 

Incident  à  peu  près  terminé  !  Quelle  illusion,  quand  les 
niimUes  de  la  vie  de  l'infortuné  consul  sont  comptées  et  que 
dans  peu  d'instants  aura  lieu  une  des  plus  terribles  tragédies 
qui  aient  laissé  leur  marque  sanglante  dans  rhisloire  de  nos 
relations  avec  rExtréme-Orient. 


MASSACRE    DE    TIEN-TSIN,     21    JUIN    187O 

A  rheure  même  à  laquelle  M.  Fontanier  écrivait  sa  lettre 
(dix  heures  du  matin),  les  gongs  retentissaient  et  le  tché-fou 
se  présentait  à  la  porte  de  la  catliédrale  pour  réclamer  Wang 
San  \  Il  étiût  accompagné  du  tao-taï  et  d'un  autre  fonction- 
naire; à  trois  reprises,  les  fonctionnaires  réclamèrent  vaine- 
ment le  portier  ;  «  la  foule  devient  turbulente,  enfin  les  enfants 
jettent  des  pierres  dans  la  porte  et  finissent  par  casser  une 
fenêtre.  Cinq  Chinois  vont  chez  le  consul,  la  porte  à  côté, 
pour  se  plaindre;  cl  cehii-ci  considère  immédiatement  les 
circonstances  comme  étant  de  la  plus  dangereuse  nature. 
C'est  pourquoi  le  consul,  M.  Fontanier,  se  rendit  au  yamen 
du  gouverneur,  accompagné  par  son  chancelier,  M.  Simon 
et  bientôt  suivi  par  M.  A.  Coutris.  Tciroung  Heou  promit 


I.  Wang  San  n  avait  que  20  ans,  ce  qui  parait  diminuer  sa  responsa- 
bilité. 


MASSACRE    DE    TIEN-TSIN,    31    JUIN    iSyO  353 

(l'envoyer  inmicdiatenicnt  des  mandarins  |)our  calmer  la 
foule,  mais  il  devait  envoyer  chercher  d'abord  les  mandarins. 
Le  consul,  devenant  de  plus  en  plus  impatient,  de  gros  mots 
furent  dits  ;  M.  Fontanîer  lira  son  épée  et  en  frappa  la 
table.  Tch^oung  Ileou  essaya  de  le  calmer;  mais  le  consul 
de  France  dit  qu'il  avait  déjà  entendu  la  foule  demander  sa 
>ie  et  que  sûrement  Tch'oung  Ileou  mourrait  le  premier. 
Après  avoir  parlé,  il  tira  deux  balles  de  revolver  sur  Tciroung 
lieou,  mais  elles  passèrent  près  du  bras  droit  du  gouverneur 
sans  le  blesser.  Plusieurs  petits  mandarins  s'interposèrent  et 
poussèrent  le  consul  jusqu'à  la  porte,  mais  le  premier  de 
ceux  qui  le  suivaient,  reçut  un  grand  coup  de  sabre  à  travers 
la  figure.  A  la  fin  M.  Fonlanler  désira  quitter  le  y  amen, 
M.  Simon  brandissant  son  épée,  pour  faire  place  devant  lui. 
Juste  sur  le  seuil,  ils  rencontrèrent  le  magistrat  de  Tien-Tsin, 
qui  entrait.  De  grands  mots  furent  encore  dits  et  M.  Fon- 
tanier  recul  de  nouveau  le  conseil  de  ne  pas  se  mettre  en 
colère;  mais  en  réponse,  M.  Fontanier  lui  tira  un  coup  do 
revolver,  le  manqua,  frappant  le  domestique  du  magistrat  à  la 
léle,  et  le  tuant  instantanément.  M.  Simon  tira  immédiatement 
deux  fois  dans  la  foule,  et  fut  alors  attaqué  furieusement  par 
la  populace,  et  sous  les  yeux  du  consul,  fut  tué  d'une  manière 
atroce;  son  ventre  étant  ouvert,  etc.  Le  moment  après,  le 
consul  lui-même  était  renversé  et  assassiné.  Les  deux  cadavres 
furent  jetés  dans  le  fleuve*.  » 

Ce  qui  nVmpêcha  pas  Tch'oung  Ileou  de  déclarer  à 
M.  Lay  que  le  corps  de  M.  Fontanier  était  resté  dans  son 
>amen;  le  négociant  Coutris  ayant  réussi  à  se  cacher  chez 
Tch'oung  Heou,  put  sortir  le  lendemain  sain  et  sauf.  Pendant 
ce  temps,  la  mission  des  Lazaristes  était  pillée  et  brûlée  ;  le 
P.  Chevrier  *  et  le   prêtre  canlonais   Vincent    Hou  étaient 

1.  Version  chinoise.  —  A  comparer  avec  la  disposition  de  M.  Coulris 
{f.e  /'/•o^r^s,  Shanghaï,  i8  avril  1871).    . 

2.  Claude- Marie  Chevrier,  ne  à  Saiul-Sjmphorien-de  Lay  (diocèse  de 

CoRDiER.  I.  —  aij 

I 


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: 

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r 


354  MASSACRE    DR    TIEN-TSIN 

assassinés  ainsi  que  Tinterprète  Thomassin  et  sa  feinme.  Le 
pauvre  M.  Thomassin  rentrait  du  congé  quMl  avait  pris  en 
France  pour  se  marier  et  allait  rejoindre  son  po&te  à 
Péking\  Sa  mauvaise  chance  Tavait  fait  descendre  au 
consulat  de  Tien-Tsin  le  jour  même  du  massacre;  son 
compagnon  de  voyage  depuis  Marseille,  M.  FernandScherzerS 
avait  échappé  au  même  sort  en  s'attardant  k  Chang-Haï.  Ce- 
pendant, de  la  paille  était  enlassée  dans  la  cathédrale;  de 
nombreux  chrétiens  y  étaient  enfermés,  et  en  peu  de  minutes, 
on  vit  de  longues  flammes  s'élever  vers  le  ciel,  anéantissant 
un  des  plus  beaux  édifices  chrétiens  de  rExtrême-Orient.  La 
foule  passa  alors*  le  pont  aux  cris  de  :  «  Tuez  d'abord  les 
Français  et  ensuite  les  autres  étrangers.  »  Le  tocsin  reten- 
tissait, les  gongs  résonnaient,  la  populace  hurlait,  bientôt  les 
malheureuses  Sœurs  étaient  la  proie  de  ces  hordes  de  bêtes 
féroces  \ 


Lyon),  19  août  1830;  servit  dans  la  nnarine  militaire;  entra  en  i85o  au 
séminaire  de  Lyon  ;  curé  de  Lamhessa  (province  de  Constantine)  ;  entra 
au  séminaire  de  Saint  Lazare  en  novembre  i858  ;  partit  |)our  la  Mongolie, 
août  1869  ;  puis  passa  à  Tien-Tsin. 

1.  Thomassin,  Ëd.,  élève  interprète  en  Chine,  a3  juillet  i86a  ;  inler- 
[irèle-chancelier  du  consulat  de  France  à  Ning-Po,  8  mars  i865;  ioler 
prèle-chancelier  de  la  légation  de  France  à  Péking,  26  février  1870. 

2.  Scherzer,  Fernand-Geor^es-Francis,  élève  interprèle  à  Péking, 
10  mars  1870;  inlerprète-chanoelicr,  1878;  du  consulat  de  Han  Kéou, 
i4  septembre  1876;  chargé  de  la  gérance  du  consulat  de  Canton,  mar» 
1879;  interprèle-chancelier  du  consulat  de  Tien-Tsin,  19  avril  1879; 
interprète  du  consulat  de  ChangHaï,  6  mars  i88o;  vice-consul  de  i'^'' 
classe  à  Han  Kéou,  21  février  1882  ;  consul  de  2<^  classe  à  Canton,  i*' 
mai  1884  ;  membre  de  la  délégation  française  h  la  Commission  de  déli- 
mitation franco-chinoise,  i/^aoûl  i885  :  chevalier  de  la  Légion  d'honneur, 
28  décembre  i885;  mort  le  i5  mars  1886,  dans  la  mer  Rouge,  à  bord 
du  Djemnaht  à  l'âge  de  36  ans. 

3.  L'établissement  des  Sœurs  était  dans  les  faubourgs,  juste  en  dehors 
de  la  porte  de  l'Est  ;  on  prétend  que  pour  préserver  de  l*incendie  les 
maisons  indigènes  environnantes,  leurs  toits  avaient  été  recouverts  de 
feutre  mouillé  ;  la  veille  du  massacre,  les  rues  voisines  avaient  été  barri- 
cadées pour  que  nul  étranger  ne  pût  échapper. 


MASSACRE   DE    TIEN-TSIN,    31    JUIN    187O  355 

Un  négociant  français,  M.  Challcraaison,  qui  demeurait 
près  du  consulat,  fut  également  tué  et  quand  son  corps  fut 
retrouvé,  les  yeux  avaient  été  arrachés  et  les  restes  étaient 
méconnaissables.  Sa  femme,  qui  avait  réussi  à  s'échapper, 
avait  été  cachée  dans  une  j>etite  maison  par  les  femmes;  le 
soir,  la  pauvre  créature,  voulant  rentrer  dans  sa  maison  et  la 
trouvant  abandonnée,  essaya  de  regagner  son  refuge,  mais  se 
trompant  de  porte,  fut  reconnue  comme  Française  et  mise  à 
mort. 

L'abbé  Lemonnier,  procureur  des  Missions  étrangères, 
écrit  de  Chang-Haï,  à  la  date  du  6  juillet  1870  : 

«  Plus  horribles  encore  sont  les  détails  :  Le  consul  de 
France  a  eu  la  tête  et  le  visage  littéralement  labourés  de 
blessures,  et  la  poitrine  transpercée  à  coups  de  lances  ; 
M.  Simon  a  été  mutilé  au  point  d'être  méconnaissable  ; 
M.  Thomassin,  affreusement  entaillé  à  la  tète,  au  visage, 
et  par  tout  le  corps,  a  eu  le  ventre  entr'ouvert;  sa  femme 
a  été  assommée  à  coups  de  massue  ;  M .  Tabbé  Chevrier  a  eu 
le  crâne  fracassé,  la  poitrine  et  le  ventre  ouverts.  Des  Sœurs 
de  Saint-Vincent-de-Paul,  cinq  ont  été  mises  à  mort  de  la 
manière  la  plus  barbare  qu'il  soit  possible  d'imaginer  : 
vivantes,  on  leur  a  arraché  les  yeux,  on  leur  a  coupé  les 
seins,  on  leur  a  fait  subir  les  derniers  outrages  ;  les  quatre 
autres  ont  été  brûlées  vives,  et  leurs  restes,  retrouvés  dans 
les  cendres,  n'étaient  plus  qu'un  hideux  amas  de  chairs 
carbonisées.  Les  cadavres  de  toutes  les  victimes  portent  les 
mêmes  traces  de  barbarie  \  » 

De  l'autre  côté  du  Pei-ho,  les  négociants  russes,  Bassov  et 
Protopo{X)v  et  la  femme  de  celui-ci,  sœur  de  M.  Startzov, 
furent  assassinés. 

A  cinq  heures,  on  battait  les  gongs,  les  pompiers  ralliaient 
leurs  chefs,  regagnaient  leurs  demeures,  détruisant  en  roule 

1.  Missions  catholiques,  lU,       281. 


I 


356  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

huit  chapelles  '  anglaises  et  américaines,  et  prenaient  tran- 
quillement le  repos  que  prend  généralement  le  bon  ouvrier 
après  une  journée  de  grand  travail.  La  nuit  tombait  sur  les 
dernières  lueurs  de  Tincendie  ;  les  vingt  cadavres  que 
charriait  le  fleuve  criaient  vengeance. 

Ils  ne  l'obtinrent  jamais. 

Deux  jours  plus  tard  (2.3  juin),  on  retrouvait  sur  le  bord 
du  fleuve,  M.  et  M*"'*  Protopopov,  complètement  dépouillés 
de  leurs  vêtements;  M.  Fontanicr,  abominablement  mutilé, 
n'ayant  plus  que  ses  bottines  et  ses  bas,  fut  repêché  ensuite. 
Un  peu  plus  tard,  ïch'oung  Ileou  envoyait  encore  cinq 
corps  :  M.  (le  seul  cadavre  intact)  et  M'""  Thomassin,  la 
pauvre  femme  semblait  dormir  ;  elle  portait  une  terrible  bles- 
sure derrière  la  tête  qui  avait  dô  amener  la  mort  instantané- 
ment ;  M.  Simon  à  peine  reconnaissable,  le  P.  Chevrier,  dont 
la  figure  ét^il  intacte  et  le  prêtre  chinois.  Les  corps  furent 
placés  dans  des  cercueils  numérotés.  Des  malheureuses  Sœurs, 
on  ne  recueillit  que  des  ossements  calcinés. 

11  y  eut  en  réalité  ili\v  religieuses  de  Saint-Vincent-de- 
Paul  massacrées  le  2 1  juin  : 

\  oici  leurs  noms  :  la  sœur  supérieure  Marie-Thérèse 
Mar(|uet,  née  en  Belgique,  àgôe  de  quarante-six  ans;  les 
sœurs  Marie-Séraphine  Clavelin  *,  née  en  France,  âgée  de 
quarante  huit  ans  ;  Marie-Pauline  Viollet,  née  en  France, 
âgée  de  trente-neuf  ans  ;  Marie- Anne  Pavillon,  née  en  France, 
âgée  de  ([uarante-sept  ans;  Amélie-Caroline  Legras,  née  en 
France,  âgée  de  trente-six  ans;  Adélaïde-Marie-Angélique 
Lenn,  née  en  France,  âgée  de  trente-huit  ans;  Marie-Clorinde 
Andreoni,  née  en  Toscane,  âgée  de  trente-quatre  ans;  Alice 


1.  ï. es  plus  imporlaiitos  étaient  :  l'East  Gâte  Chapcl  of  the  London 
Missionary  Society  et  celle  de  1* American  Board,  dans  l'intériour  de  la 
ville,  le  plus  vaste  des  établissements  protestants. 

2.  Sœur  du  P  Stanislas  Clavelin,  S.  .1.,  raort  à  Cliang-Haï,  9  juin 
i86a. 


RL'INK»    ET    TOMBEAUX  357 

O'SuUivan*,  née  en  Irlande,  âgée  de  trente-quatre  ans  ;  Marie- 
Joseph  Adam,  née  en  Belgique,  âgée  de  trente-quatre  ans  ; 
cl  Marie-Anne-Noémi  Tillet,  née  en  France,  âgée  de  quarante- 
quatre  ans*.  » 

H  est  probable  que  les  concessions  étrang{»res,  Tseu  Irhou 
Lin,  eussent  été  attaquées  à  leur  tour,  si  les  Chinois  n'a\ aient 
su  que  les  Européens  étaient  armés  et  prêts  à  les  recevoir. 
La  pluie  ne  larda  pas  aussi  à  calmer  Tardeur  des  massacreurs. 

Seuls  de  tous  les  Français  de  Tien-Tsin,  le  négociant  A. 
Coulris,  et  MM.  Lefebvre  et  Imbert,  des  Douanes,  et  les 
deux  frères  Borel,  associés  de  M.  Sandri  (alors  dans  le 
Chan  loung),  échappèrent  au  massacre.  L'agitation  fut  d'ail- 
leurs soigneusement  entretenue  par  de  fausses  nouvelles, 
la  mise  en  vente  d'éventails  représentant  Tincendie  de  la 
cathédrale  et  les  massacres,  etc. 


HUILES    ET    TOMBEAUX 

Je  suis  passé  à  Tien-Tsin  en  octobre  1872  et  en  septembre 
1875,  me  rendant  à  Péking;  les  ruines  de  la  cathédrale  pré- 
sentaient toujours  leur  aspect  lugubre,  et  Tenclos  dans  lequel 
étaient  renfermés  les  restes  des  victimes,  était  envahi  j)ar  les 
herbes.  Un  voyageur  anonyme  qui  visita  Tien-Tsin  cinq  mois 

I.  Elle  était  populaire  sous  lo  nom  de  sœur  Louise. 

«  De  nouvelles  informations,  rapportées  jiar  le  New- York  Freeman's 
Journal  du  37  août,  nous  apprenons  que  la  sœur  Louise  O'Sullivan... 
au  moment  du  massacre,  avait  pu  se  réfugier  chez  un  riche  marchand  de 
la  ville.  Quatre  heures  après,  étant  sortie  pour  se  rendre  à  rétablissement 
de  la  mission,  elle  fut  reconnue  à  ses  souliers  européens  et  arrêtée.  Elle 
souffrit  les  marnes  tortures  et  subit  les  mêmes  outrages  que  ses  compagnes. 
Son  corps  fut  trouvé,  doux  jours  après,  dans  la  rivière.  »  {Missions  ca- 
tholiques, III,  p.  3o2.)  Elle  était  née  à  Clonmel,  Irlande,  le  i «''*  décembre 
i836. 

a.  Hûbner,  Promenade  autour  du  monde,  II,  p.  349-35o;  les  noms 
donnés  dans  les  Missions  catholiques,  lll)p.  3oi-2,  olTrent  des  variantes 
dans  les  prénoms. 


358  MA8SACRE    DE    TIEN-T8IN 

après  le  massacre  nous  décrit  ainsi  l'apparence  des  ruines*  : 

«Cetleconslructionpa  cathédrale]  venait  d'être récerament  finie, 
bâtie  de  solides  briques  et  dans  le  style  durable  habituel  des  Ca- 
tholiques romains.  Les  Chinois  ont  été  très  peines  que  cette  impo- 
sante construction  soit  encore  debout,  reproche  continuel  de  leur 
barbarie  et  de  leurs  futiles  efforts  pour  la  détruire.  La  croix  qui 
reposait  sur  un  globe  doré  sur  Tcntrée,  étant  facile  à  atteindre, 
disparut  rapidement,  mais  la  croix  dorée  sur  le  sommet  de  la 
tour  reste  encore  debout  comme  emblème  du  christianisme  que 
ses  ennemis  cherchent  a  effacer.  Les  portes  d'entrée  portent  les 
marques  de  la  grande  violence  qui  a  été  employée.  La  cathédrale 
et  le  Consulat  sont  situés  là  où  était  autrefois  une  résidence  im- 
périale, à  la  jonction  du  Grand  Canal  avec  le  Pei  ho.  Ici  tous  les 
deux  tournent  à  angles  droits  vers  l'est,  donnant  la  forme  de  la 
lettre  ï,  la  cathédrale  au  côté  Nord  et  regardant  le  fleuve  du 
côté  du  pont  de  bateaux  et  commandant  aussi,  à  droite  et  à 
gauche,  le  Pei  ho  et  le  canal.  La  situation  est  la  plus  belle  de 
Tien-Tsin,  et  dans  n'importe  quelle  direction  et  de  chaque  point 
de  vue,  le  panorama  est  grandiose.  Les  Chinois  ont  dû  voir 
longtemps  avec  envie  sur  ce  site  impérial  s'élever  un  témoignage 
des  succès  et  de  la  puissance  des  armes  françaises.  Partie  du  bâti- 
ment impérial,  à  la  gauche  de  l'entrée,  est  demeurée  intacte  à 
travers  cette  épreuve.  Mais  aucun  vestige  de  construction  reli- 
gieuse ou  politique  qui  pouvait  être  détruit,  n'est  resté  debout. 
Deux  superbes  tablettes  de  marbre  couvertes  par  des  pavillons 
ont  été  aussi  la  proie  de  l'embrasement.  Je  ramassai  quelques 
feuilles  calcinées  d'une  Bible  française  et  latine,  avec  des  notes 
en  latin,  que  j'aime  à  garder  comme  souvenirs  de  cette  affreuse 
calamité.  Deux  ou  trois  des  piliers  calcinés  sur  lesquels  repose  le 
toit  existent  encore,  entourés  de  solives  cerclées  de  fer.  L'inté- 
rieur de  la  cathédrale  est  rempli  des  décombres  du  toit  tombe- 
Le  père  Chevrier  et  un  prêtre  chinois  furent  massacrés  ici,  ter- 
riblement hachés  et  jetés  ensuite  dans  la  rivière.  Les  trois  étages 
et  le  toit  de  la  principale  tour  et  des  deux  de  côté  ont  été  aussi 
incendiés,  et  la  belle  cloche.cn  bronze  fondue  en  France  gît  avec 
sa  suspension,  brisée,  ayant  eu  probablement  son  parcours  change 
dans  sa  chute  par  quelques  chevrons  non  brûlés,  quoiqu'il  y  ait 
évidence  qu'on  ait  éprouvé  la  qualité  du  mêlai.  Il  y  avait  là  trois 
fonctionnaires  en  activité  qui  aimablement  nous  montrèrent  le 

I.   The  Shanghai  Evening  Couriery  a5  novembre  1870. 


:/^*  • 


RUINES    ET    TOMBEAUX  35 9 

Consulat;  qui  est  voisin  et  nous  indiquèrent  les  tombes  des  vic- 
times. Ils  s*enquirent  ensuite  de  nos  noms  avec  Tintenlion  de 
relater  notre  visite  aux  mandarins.  Ici  l'idée  de  désolation  est  mo- 
difiée, l'enclos  ayant  été  dégagé  pour  les  funérailles  des  victimes. 
Le  Consulat  est  un  amas  de  ruines,  et  la  magnifique  verandah 
et  le  pavillon  qui  dominent  le  fleuve  et  qui  lui  donnaient  le 
nom  très  approprié  de  Wang  hai  leou  ont  aussi  disparu.  Ici  sont 
les  grands  monticules  de  briques,  sous  lesquels  dorment  les  mar- 
tyrs, circulaires  en  haut  et  plâtres  par  dessus  avec  de  la  chaux 
bleue  et  dans  Tordre  suivant  : 


OUEST     NORD 


Père  Chevrier 
Prêtre  indigène 


Cinq  Mf  urs  —  quelques 
08s«menls. 


Consul  Fontanier. 


GDp 

1      I I     M.  et 


Thomftsain. 


EST 


Ruines  du  ConsuUt.    ^ 


D 


Madtme  Thonuuuin. 
Madame  Challemaison. 


IJm. 


Simon. 


Cat 


hëdrale. 


n 
e 

U 

c 

c 

o 


PREMEDITATION 


Que  Taflaire  fut  préméditée  et  que  Tattenlat  n'était  pas 
uniquement  dirigé  contre  les  Français  et  les  catholiques, 
il  ne  saurait  y  avoir  de  doute  après  les  dépositions  des 
missionnaires  protestants  William  N.  Hall,  Jonathan  Lecs, 
C.  A.  Stanley.  Dès  le  i3  mai,  le  Rév.  J.  Lees  revenant  de 
Pé-King  constatait  l'attitude  hostile  des  habitants  de  Tien- 


36o  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

Tsin;  plus  tard  il  se  plaignait  à  M.  Lay  de  la  proclamation 
du  Fou,  et  le  consul  anglais  lui  donnait  Tavis  de  déposer 
une  réclamation  officielle,  ce  qui  fut  fait  le  samedi  i8  juin. 
Le  dimanche  19  juin,  une  démonstration  était  dirigée  contre 
la  chapelle  de  la  London  Mission,  située  à  la  porte  orientale 
de  la  ville  ;  le  Rév.  Mr.  Tumock  et  sa  femme  étaient,  ailleurs, 
assaillis  à  coups  de  pierres  ;  et  dans  une  autre  direction,  comme 
nous  Tavons  dit  plus  haut,  le  D''  Frazer  ne  devait  le  salut  qu'à 
la  raj)idité  de  son  cheval.  On  peut  même  ajouter  que  les  Chi- 
nois à  ce  moment  désiraient  la  guerre. 

Les  vrais  investigateurs  du  massacre  et,  partant  les  vrais 
coupables,  furent  le  Tché-fou,  Tchang  Kouang-tsao,  et  le 
Tché-h'ien,  Lieou  Tié,  deTien-Tsin,  ainsi  qu'un  certain  Tch'en 
Kouo-jouei,  originaire  de  Young-  tch'êng  dans  le  Hou-Pc. 
Tch'ên,  enrôlé  par  Houang  K'ai  pang,  depuis  commandant 
les  troupes  du  Kiang-Si,  avçit  servi  sous  les  ordres  de  Sêng- 
ko-lin-sin  contre  les  rebelles  du  Chan-lounget  il  était  général 
de  brigade.  «  C'était,  dit  le  D*"  Martin  *,  un  homme  intelligent 
et  énergique.  Mahométan  '  d'origine,  il  avait  eu  la  pensée 
d'embrasser  la  carrière  monastique  ;  la  doctrine  bouddhique 
l'attirait ,  il  se  fit  bouddhiste,  puis  il  déserta  la  secte  et  se  fit 
taoiste  ;  mais  bientôt,  fatigué  du  spectacle  des  rivalités  et  des 
luttes  perpétuelles  entre  les  sectateurs  de  ces  deux  religions,  il 
abandonna  la  carrière  et  se  jeta  dans  la  politique.  »  Il  avait 
été  disgracié  lors  du  voyage  de  M .  de  Rochechouart  dans  le 
Yang-tseu.  On  prétend  qu'il  avait  ourdi  une  vaste  conspiration 
contre  les  étrangers  qui  devait  s'étendre  de  Tien-Tsin  à  Nan- 
King  ;  il  avait  tout  préparé  pour  qu'un  soulèvement  éclatât 
dans  cette  ville  en  1870,  à  Tépoque  des  examens.  On  put 
craindre  aussi  des  troubles  à  Ngan-King,  Yang-tchéou  et 
Tchen-Kiang;  l'énergie  du  vice-roi  Ma  avait  fait  sans  aucun 
doute  avorter  ses  projets  à  Nan-King. 

I.  lievue  de  V Extrême-Orient,  II,  p.  99. 
a.  Ceci  doit  être  inexact.  H.  G. 


ARRIVÉE    DES    SECOURS  36 1 


ARRIVEE    DES    SECOURS 


Le  consul  anglais,  M.  W.H.  Lay,  montra  la  plus  louable 
activité  dans  ces  circonstances  difficiles  et  à  la  demande  de 
notre  chargé  d'affaires,  il  fut  nommé  consul  de  France/;.  /. 
(26  juin).  Les  deux  vapeurs  de  commerce  le  Shantun*;, 
capitaine  Sleele,  cl  VAppiny  capitaine  Russell,  qui  étaient 
remontés  à  Tien-ïsin,  furent  armés  et  reçurent  les  femmes 
et  les  enfants;  les  deux  commandants  montrèrent  la  plus 
fîrande  énergie  ainsi  que  M.  C.  G.  Beebe,  agent  de  la  maison 
américaine  Russell  à  laquelle  appartenait  le  premier  de  ces 
bâtiments-  Enfm,  le  matin  du  29  juin,  arri>'xiit  le  navire  de 
guerre  anglais  YAvoriy  armé  de  quatre  canons,  qui  avait  été 
précédé  le  27  par  V Opossum  qui  fut  renvoyé  à  Takou 
lorsque  le  Dwarf  arri\ii  le  2  juillet  ;  comme  nous  l'avons  vu, 
ce  dernier  avait  quitté  Chang-Haï  le  27  ;  plus  tard  enfin,  grâce 
a  rinfériorité  de  sa  marche,  paraissait  la  Flamme,  battant 
pavillon  français,  commandant  Méquet.  La  communauté 
étrangère  de  Tien-ïsin  n'avait  désormais  plus  rien  à  craindre 
des  Chinois. 


.J-jfF- 


CHAPITRE  XXIV 

LE  MASSACRE  DE  TIEN-TSIN 

(Suite). 


LETTRE    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE    AU    PROCE    KOUNG 

24  Jui>   1870 

Le  24  juin,  les  représentants  à  Péking  des  puissances 
étrangères  adressèrent  au  Prince  Koung  la  note  collective 
suivante  : 

Péking,  le  24  juin  1870. 

Monseigneur, 

C*est  avec  la  plus  profonde  douleur  et  indignation  que  les  sous- 
signés, Représentants  des  Gouvernements  étrangers  accrédités  en 
Chine,  ont  appris  la  nouvelle  du  crime  atroce  qui  vient  d'être 
commis  à  Ticn-Tsin,  a  une  des  portes  même  de  la  capitale  de 
l'Empire.  Le  Consul  de  France,  les  missionnaires  et  Sœurs  de  la 
Charité,  ainsi  que  les  nationaux  Français  résidant  à  Tien-Tsin. 
ont  été  massacrés  et  leurs  établissements  incendiés.  D'après  les 
renseignements,  peu  précis  il  est  vrai,  qui  jusqu'ici  sont  parvenus 
à  Péking,  il  est  à  craindre  que  la  populace  fanatisée  ne  se  soil 
portée  à  d'autres  excès  envers  les  résidents  étrangers  à  Tien- 
Tsin. 

Les  soussignés  ne  doutent  point  que  le  Gouvernement  de  Sa 
Majesté  l'Empereur  de  la  Chine,  dans  sa  haute  sagesse,  ne  par- 


jfV'T  -jr'.ï 


LETTRE    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE    AU    PRINCE    ROU>G  363 

tage  Tindignation  générale  ressentie  à  la  suite  des  atrocités  com- 
mises, et  qu'il  n'ait  la  conscience  de  la  responsabilité  grave  qui 
pèse  sur  lui,  ainsi  que  de  son  devoir  de  prendre  les  mesures 
indispensables  pour  empêcher  le  renouvellement  de  pareils  actes, 
qui  dans  le  cas  où  ils  se  reproduiraient,  ne  saurait  que  sérieuse- 
ment compromettre  la  position  du  Gou\erncmcnt  Impérial  vis-à- 
vis  du  monde  entier. 

Or,  les  événements  do  Ïien-Tsin  prouvent  que  les  étrangers 
ne  sont  pas  partout  sufTisammcnt  protégés  par  les  autorités  lo- 
cales en  Chine.  Il  est  donc  de  l'intérêt  du  Gouvernement  Impé- 
rial même  de  démontrer,  par  des  actes  irrécusables,  sa  ferme 
volonté  d'assurer  dans  toute  l'étendue  du  territoire  Chinois  la 
sûreté  des  résidents  étrangers  qui  sont  confiés  à  sa  loyauté.  Si 
une  pareille  catastrophe  peut  éclater  à  quatre-vingt  milles  de  la 
capitale  de  l'Empire,  les  Soussignés  ne  peuvent  s'empêcher  de 
craindre  que  dans  les  cas  où  les  coupables  ne  seraient  promple- 
inent  punis,  de  nouveaux  attentats  ne  se  produisent  sur  des 
jx)ints  plus  éloignés  de  la  capitale  où  l'action  de  l'autorité  cen- 
trale est  encore  moins  eflicace.  11  est  indispensable  que  le  monde 
entier,  en  apprenant  la  nouvelle  du  crime,  soit  en  même  temps 
informé  que  justice  est  faite,  et  qu'il  puisse  être  rassuré  sur  le 
sort  des  citoyens  confiés  à  la  protection  de  la  Chine. 

Les  Soussignés,  etc. 

(^Signe)  :  Hehfues. 
F.  Low. 

KiNT  DE  RoODENBEER. 

Patxot. 

De  Rocheciiouart. 

BUTZOW. 

T.  F.  Wade'. 

Le  27  juin,  le  Prince  Roung  accusait  réception  de  cette 
note  collective  à  laquelle  il  répondait  que  Tch'oung  Ileou  à  la 
suite  des  réclamations  des  consuls,  avait  pris  des  mesures 
pour  assurer  la  sécurité  des  étrangers  et  que  le  Yanien  avait 
donné  des  instructions  aux  autorités  provinciales  pour  pro- 

I.   Allemagne,  États-Unis,  Belgique,  Espagne,  France,  Russie,  Grande- 
Brotagne. 


364  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

légec  les  Euro|)éens  résidant  dans  leur  juridiction  et  pour 
punir  avec  toute  la  rigueur  des  lois  les  fauteurs  de  désordre. 
Comme  suite  à  la  note  collective  des  Légations,  M.  de 
Rochechouart  envoya  le  25  une  lettre  au  prince  Koung  qui  y 
répondit  le  26  juin  en  donnant  avis  des  instructions  donnera 
aux  gouverneurs-généraux  et  aux  gouverneurs  de  provinces, 
de  la  désignation  de  Tch'oung  Heou  comme  commissaire 
chargé  de  se  rendre  en  France  ;  le  prince  déplorait  la  mort 
des  victimes  du  21  juin  et  annonçait  qu'un  décret  avait 
donné  l'ordre  à  Tseng  Kouo-fan,  gouverneur-général  du 
Tché-li,  d'aller  à  Tien-Tsin  oii  il  ne  manquerait  pas  de  chà 
tier  les  coupables  et  de  faire  reconstruire  les  églises  et  les 
édifices  détruits  ;  le  sort  des  sœurs  de  la  Charité  était  digne 
de  pitié  et  M.  de  Rochechouart  voudrait  bien  donner  leurs 
noms,  pour  qu'il  soit  accordé  des  compensations  ;  le  gou- 
vernement craignait  de  voir  souffrir  ses  relations  amicales 
avec  la  France  et  c'est  pour  cela  qu'il  a  désigné  ïch'oung 
Heou  pour  se  rendre  en  France  ;  l'affaire  de  Tien-Tsin  n'a 
été  qu'un  mouvement  du  peuple  surexcité  pendant  une 
journée  ;  il  sera  calmé  en  peu  de  temps  et  les  relations 
seront  plus  amicales  que  jamais. 


ÉDIT    IMPÉRL\L,     28    JUIN     187O 

En  effet  un  décret  impérial  paraissait  le  28  juin  '  déplorant 
les  événements  qui  s'étaient  passés  à  Tien-Tsin,  donna  ni  Tordre 
à  Tseng  Kouo-fan  de  faire  une  enquête,  et  envoyant  des 
instructions  en  province  pour  assurer  la  tranquillité. 

«  Tchoung-IIcou  a  adressé  au  trône  un  mémoire  relatif  aux 
troubles  qui  ont  eu  lieu  à  Tien-Tsin,  entre  le  peuple  et  les  ca- 
tholiques romains,  demandant  de  fixer  la  punition  qu'il  a  mén- 

1 .  3o<^  jour  de  la  5*  lune  de  la  9*^  année  T'oung-tchc. 


ÉDIT    IMPÉRIAL  365 

tée  pour  avoir  permis  qu'un  tel  desordre  prit  naissance  dans  sa 
juridiction,  et  que  la  conduite  des  autres  ofTiciers,  soit  slriclc- 
mont  compulsée,  afin  que  les  coupables  soient  révoqués  de  leurs 
fonctions.  Le  désordre  est  provenu  en  partie  du  soupçon,  qui 
existait  dans  l'esprit  du  peuple,  que  les  canailles,  qui  emploient 
des  artifices  pour  dérober  les  enfants,  sont  en  relation  directe 
avec  les  catholiques  romains,  et  en  partie  aussi  de  la  conduite  du 
consul  français,  M.  Fontanier,  qui  a  tiré  un  coup  de  pistolet 
dans  le  yamen  de  Tch'oung  Heou,  et  a  tiré  sur  le  tché-hien,  ce 
(jui  a  excité  la  furie  de  la  foule  et  a  causé  la  mort  du  consul  et 
l'incendie  des  églises. 

Tch'oung  Heou,  comme  surintendant  du  conmierce,  n'ayant  pas 
su  maintenir  la  paix  dans  le  district,  le  tao  tai  Ilia  yuin  n'ayant 
pas,  comme  premier  officier  de  la  localité,  adopté  des  me- 
sures de  précaution  nécessaires,  le  Tché-Fou  Tchang  Rouang- 
Isao  et  le  Tché-H'ien  Lieou-tié,  par  leur  négligence,  ayant  pro- 
vocjué  une  telle  catastrophe,  sont  coupables,  et  sans  excuse.  Ils 
ont  été  livrés  au  Conseil  (de  punition)  pour  qu'il  soit  prononcé 
à  leur  égard  suivant  leur  culpabilité  réciproque. 

«  De  plus,  Tseng  Kouo-fan  a  reçu  l'ordre  de  se  rendre  à  Tien 
Tsin  pour  y  faire  une  enquête  minutieuse  sur  tous  les  événements 
et  en  adresser  un  rapport  au  trône,  et  aussi  de  faire  rechercher 
et  punir  les  canailles  de  voleurs  d'enfants  et  les  chefs  de  Té- 
meute.  Il  a  en  outre  reçu  des  instructions  pour  de  concert  avec 
Tch'oung  Heou,  découvrir  fa  véritable- et  [)remière  cause,  et  agir 
avec  stricte  impartialité  et  justice  (envers  tous  les  partis). 

Respectez  ceci  '.  » 

Le  nnêmo  jour  ('j^S  juin)  un  autre  décret  envoyé  au  Grand 
Secrétariat  marquait  que  Tclfoung  Heou,  un  des  vice-prési- 
dents du  Ministère  de  la  Guerre,  el  Ministre  Surintendant  des 
trois  Ports  (du  Nord)  devait  se  rendre  en  France  comme  En- 
voyé. Ce  décret  en  avait  un  autre  pour  complément  désignant 
Tcheng  Lin  comme  successeur  de  Tch'oung  Heou  dans  le 
poste  de  Surintendant. 


I.   Missions  catholiques,  lll,  p.  a83. 


• 


366  MASSACRE    DE    TIEW-TSI^i 


tch'ouîig  HEOU 


Nous  avons  déjà  vu  la  part  importante  prise  à  la  rédac- 
tion des  traités  étrangers  par  Tch'oung  Ileou.  /V  Tépoque  du 
massacre  de  Tien-Tsin,  il  était  non  seulement  Fun  des  vice- 
présidents  du  Ministère  de  la  Guerre  et  Surintendant  du 
commerce  de  Tché-fou,  ïien-tsin  et  Nieou-tchouang,  mais  il 
était  aussi  premier  précepteur  (7"^ i'  Pao)  de  rhérilier  pré- 
somptif, portait  les  insignes  du  premier  grade  et  la  plume  de 
paon  à  deux  yeux  ;  il  était  également  lieutenant-général  do 
la  division  Han-Kiun  de  la  Bannière  bordée  de  rouge  '. 

«  Ce  personnage  portait  en  chinois  les  noms  de  Wing-yen 
Tch'oung  Heou,  ce  qui  indique  suffisamment  qu'il  était  un 
descendant  de  la  dynastie  des  Kinou  Niu-ïchen.  Il  était  né 
en  1824  et  mourut  au  mois  d'avril  1893.  Il  avait  69  ans.  A 
l'âge  de  22  ans,  il  avait  acquis  ses  grades  littéraires,  grâce  à 
une  excellente  éducation  transmise  par  plusieurs  générations 
d'honmics  d'Étal  que  comptait  sa  famille.  En  i848,  il  fut 
nommé  magistrat  à  Kie-tchéou,  dans  la  province  du  Kan- 
Sou,  où  il  acquit  la  sympathie  de  ses  administrés  par  sa  bien- 
veillance et  son  intégrité.  Nommé  Tao-taï  de  la  pi-ovince  de 
Tché-li,  en  i854,  il  fut  plus  tard  adjoint  au  prince  mongol 
Sêng-ko-linsin,  pour  combattre  Tinsurrection  desT'aï  P'ing, 
qui  avait  en  1807  poussé  une  pointe  dans  le  nord  de  la 
Chine. 

«  Pendant  les  deux  expéditions  anglo-françaises  en  i85(S 
et  1860,  Tciroung  Heou  se  trouvait  à  côté  du  prince  mongol 
sus-dit,  en  qualité  de  Commissaire  Im[)érial  et  Vice-Roi  du 
Pé  Tché-li  par  intérim.  Il  prit  une  part  très  active  aux  négo- 
ciations du  Traité   de    18G0.    Devenu  conseiller  intime  du 

I.   La  sixième  des  huit  bannières  chinoises. 


LETTRE    DES    MISSIONNAIRES    PROTESTANTS  867 

prince  Koung,  il  fut  nommé  Commissaire  Impérial  des 
trois  ports  maritimes  du  Nord  de  la  Chine,  avec  résidence  à 
Tien-Tsin.  C'est  à  cette  résidence  qu'il  avait  été  chargé  de 
signer  huit  traités  avec  les  puissances  qui  étaient  venues  à  la 
suite  de  la  France  et  de  l'Angleterre  *,  » 

A  la  nouvelle  du  massacre,  Tseng  Kouo-fan,  gouverneur- 
général  du  Tché-li,  avait  bien  reçu  Tordre  de  se  rendre  de 
Pao-ting  fou  h  Tien-Tsin  ;  il  ne  donna  aucun  signe  de  vie 
pendant  trois  jours,  puis  il  se  prétondit  malade,  et  finale 
ment  n'arriva  à  Tien-Tsin  que  dix-sept  jours  (8  juillet)  après 
la  catastrophe.  TchengLin,  le  successeur  de  Tch'oung  Heou 
montra  aussi  peu  de  hâte  de  quitter  la  capitale  pour  rejoin- 
dre son  poste.  Tch'oung  Heou  redoutait  fort  l'arrivée  de 
Tseng,  et  il  suppliait  M.  Lay  de  lui  laisser  reconstniire 
immédiatement  les  chapelles  ;  il  essuya  un  refus.  Dès  son 
arrivée,  le  gouverneur-général  suspendit  de  leurs  fonctions  le 
Tao-laï,  le  Tché-fou,  et  le  Tché-h'ien,  et  commença  son 
enquête. 

LKTTHE    DES    MISSIONNAIRES    PROTESTANTS. 
CHANG  HAÏ,    5    JUILLET     187O 

«  Nous,  soussignés,  pasteurs  et  missionnaires  résidant  h  Cliang- 
llai,  nous  nous  empressons  de  vous  assurer  de  notre  profonde  et 
sincère  sympatliio  dans  les  circonstances  présentes.  En  ce  moment 
tous  nos  cœurs  éprouvent  un  sentiment  unanime  do  tristesse.  La 
perte  dotant  de  personnes  dévouées,  qui  ont  été  si  cruellement 
massacrées  ù  Tien-Tsin,  est  une  perle  poiu-  toute  la  chrétienté. 
Ce|>endant,  dans  cotte  éprouve  terrible,  qu'une  infAnie  j>erfidie 
nous  a  fait  subir,  nous  espérons  en  la  parole  do  Notre  Seigneur 
Jésus-Christ  qui  nous  a  promis  d'être  avec  nous  jusqu'à  la  fin 
du  monde.  Nous  nous  sentons  aussi  encouragés  par  les  enseigne- 
ments do  l'histoire  de  l'Église  ;  ils  nous  apprennent  que  «  le  sang 

I.  Tciring-lchang  (K'ing-lchang),  mini'^lre  de  Chine  à  Paris,  dans  le 
roM/ié'/'^io,  lV,p.  386. 


368  yAssACRE  de  tiex-tsix 

des  marUrs  est  une  semence  de  nouveaux  chrétiens  ».  Nous 
prions,  afin  que  les  faits  que  nous  déplorons  obtiennent  une  répa- 
ration complète,  et  qu*à  Tavenir  il  y  ait  protection  et  sûreté  pour 
tous  les  prédicateurs  de  la  religion  dans  Tempire  chinois.  » 

Suivent  douze  signatures. 
Chang-Haî,  5  juillet  1870'. 


REPONSE    DES    MISSIO?iNAUlES    CATHOLIQLES 

«  Messieurs,  en  réponse  à  la  lettre  collective  que  vous  avei 
bien  voulu  nous  adresser  hier,  nous  avons  Thonneur  de  vous  dire 
combien  nous  avons  été  touchés  de  celte  marque  de  sympathie, 
et  combien  nous  avons  apprécié  les  nobles  sentiments  qui  Tont 
dictée. 

«  Cette  marque  de  sympathie  nous  a  été  d'autant  plus  agréa- 
ble, que  nous  a\ions  été  pc'^niblement  affectés  de  certaines  corres- 
pondances livrées  au  public,  et  dont  le  caractère  n'est  pas  moins 
regrettable  par  la  i'aiisseté  des  récits  que  par  la  maheillance  des 
insinuations  qu'elles  contiennent. 

«  Nous  aurions  pu,  sur  le  champ,  rétablir  la  vérité  des  faits 
dénaturés,  et  justifier  l'innocence  calomniée;  mais  confiants 
dans  le  bon  sens  public,  et  assurés  que  la  vérité  saura  se  faire 
jour  quand  même,  nous  avons  préféré  garder  le  silence. 

«  Quelle  que  soit  l'amertume  de  notre  douleur,  ce  n'est  jjas 
pour  nous  une  faible  consolation  de  penser  que  Dieu,  qui  sait 
toujours  tirer  le  bien  du  mal,  fera  tourner  à  sa  plus  grande  gloire 
les  lamentables  événements  (jui  attristent  en  ce  moment  tous  les 
cœurs  honnêtes. 

«  Nul  doute  que  le  sang  de  tant  d'innocentes  victimes,  si 
inhumainement  répandu,  s'élevanl  de  l'autel  de  l'Agneau,  ne 
crie  pour  nous  et  n'obtienne  la  seule  vengeance  que  nous  ambi- 
tionnons :  une  plus  grande  diffusion  de  la  vraie  lumière  sur  ce 
peuple  assis  à  l'ombre  de  la  mort,  et  un  plus  libre  exercice  des 
œuvres  de  charité  à  l'égard  de  tous  les  malheureux,  et  surtout  de 


1.   Missions    catholiqucsy    III,    p.    390,    d'après    le    North-China 
Herald  du  7  juillet. 


ARRIVÉE   DE    L*AMIRAL    ET    DU    MINISTRE  869 

l'enfance  qui  fut  pour  notre  divin  Sauveur  l'objet  d'une,  prédi- 
lection si  marquée.  » 

A.  Aymbri  \  H.  Basuiau,  S-  J.  *. 

Prèlre  lazarisle. 

£.  Lemonnier  ', 
Procureur  des  Missions  Étrangères. 

Les  missionnaires  protestants  de  plusieurs  ports  de  Chine, 
à  Ning-Po  entre  autres,  suivirent  Texemple  de  leurs  con- 
frères de  Chang-Haï  et  adressèrent  leurs  condoléances  aux 
prêtres  catholiques. 


ARRIVÉE    DE    L*AM1RAL    ET    DU    MI?IISTRE 

Le  1 4  juillet  le  croiseur  Linois  et  les  canonnières  Scor- 
pion et  Aapic  arrivèrent  à  Takou  ;  le  lendemain,  ces  derniers 
bâtiments  remontaient  à  Tien-Tsin.  L^amiral  Dupré*  avait 
quitté  Yokohama  le  9  juillet  et  arriva  le  23  à  Tien-Tsin  ;  en- 
fin M.  de  Rochechouart  se  rendit  de  Péking  à  Tien-Tsin 
(19  juillet)  où  il  s'installa  à  bord  de  la  Flammey  comman- 
dant Méquet;  accompagné  de  M.  Lay,  consul  de  France 
j).  /.,  il  fit  une  visite  à  Tch'oung  Heou  qui  la  rendit  le  len- 
demain. Le  chargé  d'affaires  envoya  aussitôt  (19  juillet)  une 

I.  Aymcri,  Michel-Ange^  né  6  décembre  i8ao,  à  Carmagnole  (diocèse 
de  Turin);  entré  dans  la  Congrégation  de  la  Mission,  ag  septembre  i845  ; 
|)arti  pour  la  Chine  en  i848;  mort  à  Chang-Iiai,  6  mars  1880. 

a.  Basuiau,  Hippolyle^  S.  J.,  né  à  Douai,  10  janvier  i8a4;  arrivé 
dans  la  Mission,  a  septembre  i865  ;   mort  à  Chang-Haï,   ai   août   1886. 

3.  Lemonnier,  i?£/^éfi^,  du  diocèse  de  Coutances;  parti  le  6  juillet 
i855;  directeur  au  collège  général  de  Pinang;  procureur  à  Chang-Haï 
en  18C6;  procureur  général  à  Hong-Kong  en  1876. 

4.  Dupré,  Marie-Jules,  né  à  Strasbourg  le  i3  novembre  i8i3; 
aspirant  en  i83i  ;  contre-amiral,  août  1867  »  nommé  en  février  1870, 
Gooimandant  en  chef  de  la  division  des  mers  de  Chine  et  du  Japon  en 
remplacement  de  Tamiral  de  Cornulier-Lucinière;  gouverneur  de  la 
Cochinchine,  I3  janvier  187 1;  vice-amiral,  3  août  1870;  mort  à  Paris, 
8  février  1881. 

CORDIER.  I.  24 


S-yO  MASSACRE    DE   TlEN-TSlîi 

lettre  à  Tseng  Kouo-fan  lui  dénonçant  la  conduite  du  Tché- 
fou  et  du  Tché-h'ien  ;  dans  une  autre  lettre  du  3  août,  le 
jour  même  des  obsèques  des  victimes,  en  lui  accusant  récep- 
tion d'une  dépêche  du  2 1  juillet,  il  reprochait  au  vice-roi  son 
manque  d'énergie,  et  demandait  l'arrestation  des  coupables. 


DÉCRET    IMPÉniAL,     îîS    JUILLET     187O 

Dans  un  décret  publié  à  Péking  le  23  juillet  1870,  il  est 
dit  que  dans  le  mémoire  adressé  au  Trône  par  Tseng  Kouo- 
fan  et  Tchoung  Heou,  les  i5o  enfants,  garçons  et  iillcs, 
trouvés  à  TAsile  de  la  Sainte-Enfance  {Jen  Tsea  Tang) 
avaient  déclaré  qu'ils  y  avaient  élé  envoyés  par  leurs  familles 


ASSASSINAT    DE    MA    TSONG-TOU  S'Jl 

et  qu'ils  n^avaient  été  nullement  enlevés  ;  aucun  cas  d'yeux 
ou  (le  cœurs  arrachés  ne  furent  découverts  ;  en  outre,  aucune 
plaintt  pour  enlèvement  d'enfant  n'avait  été  adressée  aux 
magistrats  de  Tien-Tsin  ;  les  habitants  de  cette  ville  avaient 
été  induits  en  erreur  par  les  placards  affichés  dans  les  pro- 
vinces de  Hou-Nan  et  de  Kiang-Si,  à  Yang-tchéou,  Tien  Men, 
ainsi  qu'à  Ta-ming  et  Kouang-Ping  dans  le  Tché-H.  Les  racon- 
tars au  sujet  de  ces  mutilations  ne  reposent  sur  auame  preuve. 
La  publication  du  mémoire  de  Tseng  et  de  Tch'oung  Heou 
tendra  à  dissiper  les  soupçons  de  la  population.  Un  autre 
décret  de  la  même  date  rendu  à  la  demande  de  Tseng  Kouo- 
fan  dégradait  et  renvoyait  devant  le  Hing  Pou  (Ministère  des 
Châtiments)  le  préfet  de  Tien-Tsin,  Tchang  Kouang-tsao,  et 
Lieou  Tié,  autre  fonctionnaire  de  cette  ville,  pour  leur  fai- 
blesse et  leur  négligence  avant  et  pendant  le  massacre. 

ASSASSINAT    DR    MA    TSONG-TOU,    JUILLET    187O 

Au  mois  de  juillet,  le  vice-roi  des  Deux  Kiang,  Ma  Sin-yi, 
fut  assassiné,  lors  des  examens  militaires,  à  Nan-King,  par  un 
individu  qui  lui  plongea  un  poignard  dans  le  corps.  Ma  était 
un  mahomctan  de  grande  énergie,  jadis  gouverneur  de 
Jlang-lchéou,  à  qui  l'on  reprochait  d'avoir  en  maintes  occa- 
sions pris  la  défense  des  missionnaires.  Il  fut  certainement 
la  victime  de  sociétés  secrètes  et  peut-être  du  complot  orga- 
nisé par  Tch'ên  Kouo-jouei.  On  lui  donna  pour  successeur 
(septembre)  Tseng  Kouo-fan  qui,  comme  vice-roi  du  Tché- 
li,  n'avait  pas,  comme  on  le  verra  plus  loin,  donné  entière 
satisfaction  aux  minisires  étrangers  et  en  particulier  au  chargé 
d'affaires  de  France  dans  le  règlement  des  affaires  de  Tien- 
Tsin.  Li  Houng-tchang,  vice-roi  des  Deux  Hou  depuis  1867, 
qui  n'aurait  peut-être  pas  mieux  réussi  que  Tseng  mais  qui 
avait  eu  la  bonne  fortune  d'être  loin  du  lieu  du  massacre, 
recueillit  dans  le  Tché-li  la  succession  de  son  ancien  chef. 


372  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

La  proclamation  suivante  coiita  peut-être  la  vie  à  Ma: 

L'article  i3  du  traité  français  porte  que  la  religion  chrétienne 
mrne  leshoninios  au  bien.  (Suit  la  partie  relative  à  la  liberté  de 
conscience  et  du  culte,  auj,  égards  dus  aux  missionnaires,  à  Fa- 
bolition  des  anciennes  lois  prohibitives  contre  le  christianisme'). 

Il  y  a  une  clause  additionnelle  au  sujet  du  droit  qu'ont  les 
missionnaires  d'acheter  des  terrains  et  d*y  bâtir  des  églises  ;  les 
chrétiens  n'en  restent  pas  moins  sujets  chinois  :  leur  religion 
commande  le  res|iect  et  l'obéissance  envers  l'Empereur  et  les  lois 
de  la  nation,  et  dès  lors  ils  doivent  être  traités  avec  égards  comme 
tout  Chinois. 

Le  Tsoung-li  yamen  a  ordonné  de  régler  avec  équité  leurs 
aiVaires,  ce  (jui  fait  l'objet,  ainsi  que  l'attestent  les  archives,  de 
communications  oflicielles  répandues  dans  tout  l'Empire. 

Cependant  dans  ces  derniers  temps  les  lettrés  et  le  peuple 
entravent  les  acquisitions  de  terrain,  les  constructions  d'églises  : 
les  coupables  ne  sont  pas  encore  arrêtés  et  c'est  pourquoi  le 
chargé  d'alltûres  de  France  veut  faire  appliquer  le  traité.  Il  im- 
|)orte  que  l'entente  se  fasse  entre  les  deux  parties;  par  cette  pro- 
clamation on  doit  savoir  que  les  tr a iU^  autorisent  la  propagation 
de  la  religion  sans  qu'on  use  de  violence  pour  la  faire  embrasser. 

Les  missionnaires  exhortent  à  la  vertu. 

Après  cette  proclamation,  il  faut  se  soumettre  au  traité;  on 
punira  les  transgresseurs  :  obéissez  en  tremblant  *. 

FUNÉRAILLES,    3    AOUT     187O 

Le  mercredi,  3  août,  à  cinq  heures  du  matin,  à  cause  de 
la  chaleur,  eurent  lieu  les  funérailles  solennelles  des  victimes  : 
Tch'oung  ileou  recevait  la  procession  comprenant  les  chargés 
d'affaires  de  France  et  d'Angleterre,  le  Comte  de  Roche- 
chouarl  et  M.  \\  adc,  le  contre-amiral  Dupré,  le  vice-amiral 
Sir  H.  Kellelt,  les  consuls,  les  commandants  et  les  officiers 
des  navires  de  guerre,  et  presque  tous  les  étrangers  descon- 

I.  L'idée  (l'abolition  est  ici  substituée  à  colle  de  pardon  qui  ressort  du 
texte  chinois  du  traité. 

a.  D"*  Martin,  Hev.  de  l'Kxt. -Orient t  H,  p.  i3o. 


NOUVELLE    DU    MASSACRE  S'J^ 

cessions.  LVbsoute  fut  donnée  par  M.  Thierry,   supérieur 
tks  Lazaristes  de  Péking,  puis  des  discours  furent  prononcés 
par  M.  de  Rochechouart,  Taniiral  Dupré,  Tabbé  Thierry  et 
M.  Wade  : 
Le  premier  de  M.  Rochechouart  est  conçu  en  ces  terme^s  : 

«  Ma  langue  refuse  de  retracer  les  horreurs  commises.  Le  con- 
sul est  mort  courageusement  ;  les  sœurs  sont  tombées  en  mar- 
tyres. Merci  pour  les  sympathies  qui  sont  aujourd'hui  mani- 
festées. L'empressement  des  autorités  chinoises  à  assister  à  la 
cérémonie  est  une  garantie  de  la  sincérité  du  prince  Koung  cjui 
punira  les  coupables.  Le  gouvernement  de  la  (^hine  ne  s'ex|)o- 
sera  pas  au  ressentiment  de  la  France.  » 

Ce  discours  fut  suivi  de  celui  de  l'amiral  Dupré  qui  le 
prononça  avec  énergie,  ce  qui  contrasta  avec  Taccent  avec 
lequel  fut  débité  le  précédent  : 

«  Je  suis  affligé  au  spectacle  de  ces  cercueils  où  reposent  de 
nobles  victimes  si  lâchement  assassinées  ;  ces  sentiments  sont  parta- 
gés par  les  braves  marins  anglais  et  américains  qui  se  sont  joints 
à  nous.  Il  faut  que  justice  se  fasse.  L'empressement  des  autorités 
chinoises  témoigne  qu'elles  se  rendront  à  la  raison  et  à  la  justice 
|X)ur  châtieriez  massacreurs.  La  France  a  pour  devoir  de  punir 
ceux  qui  ont  tué  le  consul,  les  prêtres,  les  saintes  sœurs  et  ses 
nationaux  ;  nous  agirons  sans  cruauté  mais  aussi  sans  fai- 
blesse. » 

Le  ministre  d'Angleterre,  M.  Wade,  s'exprima  en  ces 
termes  : 

a  Ma  sympathie  est  grande  pour  le  sort  fatal  de  ceux  qui  sont 
morts  et  surtout  pour  les  pauvres  sœurs  de  charité  dont  une  était 
ma  compatriote.  Pourquoi  ont-elles  été  victimes  de  tant  de  bru- 
talités, elles  qui  ne  sont  venues  ici  que  pour  faire  te  bien  ?  Il 
faut  une  punition  sans  vengeance  ;  ces  événements  porteront  un 
jour  leurs  fruits  * .  » 

I.   D*"  C.  E.  Martin,  Rev.  de  l' Ext. -Orient,  II,  p.  129. 


874  MASSACRE    r)F.    TIEN-TSIN 

Les  troupes  du  Prince  Koung  et  de  Tseng  Kouo-fan  assu- 
raient Tordre  qui  ne  fut  pas  troublé. 

:>îOUVELLE    DU    MASSACRE    EN    EUROPE 

• 

Les  premières  nouvelles  du  massacre  arrivèrent  en  Euro|)c 
le  25  juillet  par  un  télégramme  du  lieutenant-gouverneur  de 
Hong  Kong,  Whitfield,  en  date  du  6  juillet,  adressé  au  comte 
de  Kimberley,  ministre  des  Colonies,  de  Pointe-de-Galle,  le 
28  juillet;  la  ligne  télégraphique  n'allait  pas  au  delà  de 
Ceylan.  La  guerre  était  déjà  déclarée  entre  la  France  et  TAl- 
lemagne,  et  naturellement  les  aflaircs  d'Extrême-Orient, 
malgré  leur  importance,  ne  pouvaient  recevoir  Tattention 
qu'elles  auraient  méritée  à  toute  autre  époque  et  dans  toute 
autre  circonstance.  Qui  sait  ce  qui  serait  advenu  de  la  poli 
tique  de  l'empereur  Napoléon  III  si,  alors  comme  aujour- 
d'hui, le  télégraphe  avait  fonctionné  du  Nord  de  la  Chine 
avec  l'Europe  ! 

Néanmoins,  notre  ambassadeur  à  Londres,  le  marquis  de 
La  Valette  se  mettait  en  rapport  avec  le  Comte  Granvillc, 
ministre  des  Aflaircs  étrangères,  pour  mettre  sa  politique 
d'accord  avec  la  sienne  en  Chine.  Lord  Granville  lui  répon- 
dit favorablement  et  envoya  des  instructions  à  Péking  pour 
que  M.  Wade  coopère  avec  la  légation  de  France,  au  châti- 
ment des  coupables. 

LETTRE    DE    M.    DE    LA    VALETTE    AU    COMTE    GRATVILLE 

Londres,  le  18  août  1870. 

M.  LE  CoMTK, 

Les  premières  dépèches  télégraphiques  que  le  Gouvernement 
de  TEmpereur  a  reçues  de  son  Chargé  d'Aflaires  à  Péking,  à  la 
suite  du  massacre  de  nos  nationaux,  avaient  permis  d*espérer que 
le   Gouvernement    Chinois    comprenait   la    nécessité    de   faire 


LETTRE  DU  COMTE  GRAN VILLE  A  M.  DE  L\  VALETTE     3']0 

prompte  et  sévère  justice  d'actes  aussi  odieux.  L*envoi  qui  nous 
otail  annoncé  d*un  Ambassadeur  Chinois  chargé  d'une  mission 
sjiéciale  se  rattachant  à  ces  événements  était  un  indice  de  dispo- 
sitions en  eflet  satisfaisantes  ;  el  le  Gouvernement  Français  se 
plaisait  à  croire  que  les  réparations  qui  lui  seraient  olTertes  répon- 
draient à  ce  qu'il  était  fondé  à  exiger.  11  résulte  d'un  nouveau 
télégramme  de  M.  le  Comte  de  Rochechouart  qu'un  revirement 
semblerait  s'être  effectué  dans  les  intentions  du  Gouvernement 
Chinois,  et  que  notre  Chargé  d'Affaires  a  réclamé  en,  vain  jus- 
qu'ici la  poursuite  des  misérables  qui  ont  pris  part  aux  crimes 
commis  à  Ticn-Tsin.  Bien  que  les  victimes  de  ces  attentats  soient 
prestjue  exclusivement  des  Français,  on  ne  saurait  contester  que 
des  faits  pareils  révèlent  l'existence  de  dangers  qui  menacent 
indistinctement  tous  les  étrangers  résidant  eu  Chine.  C'est  en 
considérant  leurs  intérêts  comme  solidaires  dans  ces  contrées  de 
TExtrèmc  Orient  que  les  Puissances  Européennes  peuvent  arriver 
à  assurer  à  leurs  nationaux  les  garanties  et  la  sécurité  stipulées 
dans  les  Traités. 

Le  Gouvernement  de  l'Empereur  ne  doute  pas  que  tel  ne  soit 
le  sentiment  du  Cabinet  de  Londres.  M.  le  Minisire  des  Affaires 
Éti*angères  me  charge,  en  conséquence,  de  faire  savoir  à  votre 
Excellence  que  nous  attacherions  un  grand  intérêt  à  voir  le 
Représentant  de  la  Reine  à  Péking  joindre  ses  efforts  à  ceux  de 
notre  Chargé  d'Affaires  pour  obtenir  le  châtiment  des  individus 
coupables.  Je  serais  tout  particulièrement  reconnaissant  à  Votre 
Excellence  de  vouloir  bien  me  mettre  à  même,  le  plus  lot  qu'il 
lui  sera  possible,  de  répondre  au  désir,  qui  m'est  exprimé  par 
M.  le  Prince  de  la  Tour  d'Auvergne,  et  je  saisis,  etc. 


LETTRE*    DU    COMTE    GRANVILLE    A    M.    DE    LA    VALETTE, 

20    AOUT     1870 

Foreign  Office,  a5  août  1870. 

Monsieur  l'Ambassadeur, 

J'ai  l'honneur  d'ac<;user  réception  de  la  lettre  de  Votre  Excel- 
lence du  18  courant  se  rapportant  au  récent  malheureux  massa- 

I.  Traduction. 


376  MASSACRE    DE   TIEN-TSIN  * 

cre  de  sujets  français  à  Tien-Tsin,  et  demandant  que  l*appui  du 
Représentant  de  Sa  Majesté  soit  accordé  à  M.  de  Rochechouart 
dans  ses  demandes  pour  la  punition  des  malfaiteurs. 

En  réponse,  j*ai  Thonneur  d'informer  Votre  Excellence  que  le 
Gouvernement  de  Sa  Majesté  n*a  encore  reçu  aucun  détail  des 
événements  en  Chine  auxquels  Votre  Excellence  se  réfère  ;  mais 
qu'il  ne  peut  hériter  à  donner  des  instructions  au  Représentant 
de  Sa  Majesté  en  Chine  pour  coopérer  avec  la  Légation  de  TEm- 
pereur  afin  d'obtenir  la  punition  de  ceux  qui  ont  pris  part  aux 
attentats  dont  les  sujets  français  ont  été  les  victimes. 

Je  suis,  etc. 

(Signé)  Granville. 


lettre'    du    COMTE    GRAîSVlLLE    A    M.    WADE,     3o     AOUT     187O 

Foreign  Office,  3o  août  1870. 
Monsieur, 

Je  vous  transmets,  pour  votre  information,  une  copie  d*une 
communication  de  T  Ambassadeur  Français  à  Londres  relative  au 
massacre  de  sujets  .français  à  Tien-Tsin,  et  demandant  que  le 
Représentant  de  Sa  Majesté  en  Chine  reçoive  des  instructions 
pour  appuyer  les  demandes  de  M.  de  Rochechouartpour  la  puni- 
tion des  malfaiteurs. 

Je  remets  aussi  ci-inclus  copie  de  ma  réponse,  et  j'ai  à  vous 
donner  instruction  de  coopérer  avec  la  Légation  de  l'Empereur 
afin  d'obtenir  la  punition  de  ceux  qui  ont  pris  part  à  cet  attentat. 

Je  suis,  etc. 

(Signé)  Granville. 

I.  Traduction. 


TT^ 


CHAPITRE  XXVI 

LE  MASSACRE  DE  TIEN-TSIN 

(Fin), 

M.  de  Rochechouart,  rentré  à  Péking,  après  les  funérailles 
des  victimes,  remettait  au  Tsoung-li  Yamen  un  ultimatum 
déclarant  que  si  le  3 1  août,  les  tètes  des  trois  fonctionnaires 
coupables  ne  sont  pas  tombées,  il  amènera  son  pavillon. 
Vaine  menace  !  à  laquelle  le  Prince  Koung  répond  par  une 
dépêche  renfermant  des  propositions  inacceptables. 

Sur  la  demande  de  M.  de  Rochechouart,  les  représentants 
des  Puissances  se  réunirent  le  2 4  septembre  à  la  Légation 
des  États-Unis  pour  prendre  connaissance  de  la  communi- 
cation peu  satisfaisante  qu'il  avait  reçue  dw  Prince  Koung. 
A  la  suite  de  la  réunion  une  note  collective  fut  adressée  au 
prince  par  les  diplomates  étrangers  : 


NOTE    COLLECTIVE,    PÉKIKG,    2^    SEPTEMBRE    187O. 

Péking,  ce  24  septembre  1870. 

Les  Soussignés,  Représentants  des  Ëtats-Unis  de  FAmérique, 
de  la  Grande  Bretagne,  de  la  Prusse  et  de  la  Russie,  ont  Thon- 
neur  d'informer  Son  Altesse  Impériale  le  Prince  de  Koung  que  le 
Chargé  d'Affaires  de  France,  ainsi  qu'il  en  avait  prévenu  hier  les 
membres  du  Yamen,  a  provoqué  une  réunion  des  Soussignés 
pour  leur  faire  part  des  résolutions  du  Gouvernement  Chinois  à 


fyyf^*' 


^1^  MASSACHE   DE    TIEN-TSIN 

Icgard  des  Mandarins  et  autres  prévenus  compromis  dans  les 
massacres  de  Ïien-Tsin. 

Les  Soussignés  croient  de  leur  devoir  de  faire  sans  reUrd 
savoir  à  Son  Altesse  Impériale  que  cette  décision,  prise  après  une 
attente  de  trois  mois,  n'est  nullement  satisfaisante,  tant  au  point 
de  vue  spécial  des  atrocités  commises  le  ai  juin  qu'à  celui  de  la 
sécurité  générale,  à  laquelle  tous  les  étrangers  établis  en  Chine 
sont  également  intéressés. 

Les  Soussignés,  etc. 

(Signé)  Rehfues 

Frederick  F.  Low 

Eug.   BuTZOW 
Thomas  Francis  Wade. 


LE    PRI?iCE    DE    KOL'NG   A    M.    DE    ROCHECHOUART, 

l5    OCTOBRE    1870 

Enfin  après  ces  longues,  humiliantes  et  pénibles  négocia- 
tions, voici  les  conditions  médiocres  qu'obtient  enGn  la 
France  : 

Pé-king,  le  i5  octobre  1870. 

Le  massacre  des  étrangers  à  Tien-Tsin  le  2 1  juin  dernier  a  été 
la  conséquence  d'enlèvements  de  personnes  que  Ton  mettait  sur 
le  compte  des  Chrétiens.  La  suspicion  se  changea  en  haine,  elles 
circonstances  qui  se  produisirent  de  part  et  d'autre  amenèrent  un 
soulèvement,  puis  bientôt  une  catastrophe. 

Le  jour  même  que  furent  rapportés  ces  faits  à  l'Empereur,  un 
Décret  ordonna  expressément  h  Tseng,  Vice-Roi  du  Tché-li, 
Grand  Conseiller  Militaire  de  l'Empire,  Tuteur  Impérial  Hono- 
raire de  deuxième  classe,  décoré  de  la  plume  de  paon  à  double 
œil,  Noble  de  première  classe,  Marquis  de  Yi-yong,  de  se  rendre 
h  Tien-Tsin  pour  procéder  aux  enquêtes  et  régler  cette  affaire. 

Parut  ensuite  un  Décret  ordonnant  aux  Vice-Roi  et  Gouver- 
neur de  la  Province  du  Tché-li  d'exiger  que  les  autorités  sous 
leur  juridiction,  protègent,  suivant  les  circonstances,  tous  lieux 
de  commerce  étrangers  et  de  propagation  de  doctrines. 


LE    PRINCE    DE    ROUNG    A    M.    DE    ROCHECIiOUART  879 

L*Empercur  daigna  après  cela  désigner  Tchoung,  Tuteur  Im- 
périal Honoraire  de  troisième  classe,  Globule  de  premier  degré, 
décoré  de  la  plume  de  paon  à  double  œil,  Lieutenant  Général  de 
la  Bannière  bordée  de  Rouge,  Vice-Président  du  Ministère  de  la 
Guerre,  Surintendant  du  Commerce  des  Trois  Ports  du  Nord,  pour 
se  rendre  officiellement  auprès  de  votre  noble  Gouvernement  et 
donner  ainsi  une  noble  marque  de  la  sincère  amitié  dont  sont 
animées  les  deux  nations. 

Gelle  catastrophe  se  produisit  pour  nous,  Prince  et  Ministre, 
d'une  manière  tout  inattendue.  Nous  déplorons  profondément 
que  des  fonctionnaires  et  des  sujets  de  votre  noble  Empire  aient 
été  les  malheureuses  victimes  d'un  pareil  attentat. 

La  Chine  étant  depuis  beaucoup  d'années  en  relations  d'ami- 
tié avec  votre  noble  Empire,  nous  ne  pensions  pas  que  les  popu- 
lations pussent  jamais  commettre  un  acte  aussi  inimaginable  et 
incompréhensible. 

A  de  nombreuses  reprises  nous  vous  avons  commimiqué  offi- 
ciellement, noble  Chargé  d'Affaires,  les  Décrets  ayant  trait  à  ces 
événements.  En  même  temps  nous  vous  envoyions  des  dépêches 
vous  donnant  l'assurance  que  les  malfaiteurs  compromis  dans 
cette  affaire  devaient  étrearrêléset  sévèrement  interrogés  ;  que  les 
meurtriers,  à  quelque  rang  qu'ils  appartiennent,  seraient  con- 
damnés suivant  la  loi,  et  que  les  autorités  locales  fautives  seraient 
traduites  devant  le  Tribunal  du  Mandarinat  ;  que  les  établisse- 
ments religieux,  l'hôtel  Consulaire,  et  autres  immeubles  détruits 
seraient  remis  en  état  à  l'aide  d'une  indemnité  ;  que  nous  regret- 
tions encore  plus,  s'il  était  possible,  la  mort  des  Sœurs  de  Charité  ; 
et  finalement  nous  vous  prions  de  nous  donner  une  liste  des 
victimes  afin  d'avoir  une  base  de  calcul  pour  les  indemnités 
pécuniaires. 

Tel  était  le  sujet  dos  dépèches  que  nous  avons  successivement 
fait  parvenir. 

Conformément  à  ce  que  nous  avions  l'honneur  de  vous  annon- 
cer, Tseng,  membre  du  Conseil  de  l'Empire,  Vice-Roi  du  Tché-li, 
et  autres,  rapportaient  qu'ils  avaient  procédé  à  une  enquête 
des  circonstances  au  milieu  desquelles  eut  lieu  le  soulèvement  ; 
ils  ont  nettement  déclaré  qu'en  fait  d'extractions  d'yeux  et  de 
cœurs  il  ne  s'agissait  que.  de  fables,  et  de  pareille  chose  n'avait 
pas  eu  lieu;  ils  ont  prié  l'Empereur  de  faire  paraître  un  Décret 
dissipant  tous  les  doutes  qu'on  pouvait  encore  conserver  à  cet 


38o  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

égard,  et  ordonnant  avec  sévérité  aux  autorlics  territoriales,  civiles 
et  militaires,  de  poursuivre  activennent  les  meurtriers.  Les  mêmes 
hauts  fonctionnaires  priaient  en  même  temps  TEmpereur  de  dé- 
grader et  de  faire  traduire  devant  le  Hing-pou  (Tribunal  des 
Châtiments)  le  Préfet  de  ïien-lsin,  Tcliang  Kouang-tsao,  et  le 
Sous-Préfet  Lieou-Tié,  tous  deux  coupables  de  n'avoir  su  main- 
tenir Tordre,  et  de  n'avoir  pas  immédiatement  après  les  événe- 
ments fait  arrêter  les  coupables. 

Le  5  octobre  parut  un  Décret  par  lequel  TEmpereur,  consi- 
dérant que  le  Préfet  et  le  Sous-Préfet  de  Tien-Tsin  n'avaient 
pris  aucune  mesure  capable  de  prévenir  ce  qui  survint  entre  le 
peuple  et  les  Chrétiens,  et  ensuite  n'avaient  su  mettre  de  suite 
la  main  sur  les  coupables,  donnait  son  approbation  aux  mesures 
qui  lui  étaient  soumises. 

En  conséquence,  Tseng  Kouo-fan  et  autres  firent  le  procès  de 
ces  deux  fonctionnaires  dégradés  et  les  envoyèrent  sous  bonne 
garde  au  Hing-pou.  qui  proposa  à  l'Empereur  d'appliquer  la 
peine  prévue  par  l'Article,  —  «  Soulèvement  criminel  de  la  po- 
pulace, incapacité  des  autorités  civiles  et  militaires  territoriales 
à  réprimer  le  désordre  et  à  protéger  »,  c'est-à-dire,  destitution  ; 
peine  qui,  vu  la  gravité  des  faits,  s'augmente  de  l'exil  et  d'un 
concours  obligatoire  aux  travaux  des  armées  de  frontière. 

L'Empereur  était  prié,  vu  l'extrême  gravité  des  circonstances, 
(le  désigner  lui-même  le  lieu  d'exil. 

Le  Préfet  et  Sous-Préfet  sus-nommés  étaient  responsables 
dans  leur  arrondissement  respectif;  ils  n'ont,  cependant,  pas  su 
aviser  au  moyen  d'empêcher  les  populations  de  Tien-Tsin  de  se 
lever  en  masse  et  de  commettre  les  faits  qui  eurent  lieu.  C'est 
ainsi  que  des  malfaiteurs  eurent  l'occasion  de  mettre  tout  h  feu 
et  à  sang,  et  de  tuer  beaucoup  de  monde,  et  comme  circons- 
tance aggravante  ils  n'arrêtèrent  pas  les  coupables  aussi  vite  que 
les  circonstances  l'exigeaient:  Tchang  Kouang-tsao  et  Lieou  Tié 
sont,  en  conséquence,  condamnés  à  être  déportés  au  fleuve 
Amour  pour  expier  leur  crime  par  des  travaux  pénibles.  Par 
une  pareille  punition  l'Empereur  a  voulu  donner  un  avertisse- 
ment à  tous  :  — 

«  La  populace  de  Tien-Tsin,  mue  par  le  doute  et  la  colère,  ne 
tenant  pas  compte  de  ce  que  faisaient  les  autorités  locales  pour 
le  rétablissement  de  l'ordre,  poussa  l'audace  jusqu'à  faire  plus 
de  vingt  victimes,  parmi   lesquelles  se  trouvèrent  les  Sœurs  de 


LE    PRINCE    DE    ROUNG    A    M.    DE    ROCHECHOUART  38 1 

Charité  cruellenient  massacrées.  Ce  fait  accuse  davantage  la  lâ- 
cheté des  meurtriers. 

«  Tseng  Kouo  fan  et  autres  viennent  de  juger  les  individus 
arrêtés  et  compromis  dans  cette  affaire  :  le  châtiment  a  été  pro- 
portionné à  la  gravité  des  crimes  de  chacun.  Feung,  dit  «  le 
Boiteux  »,  et  quinze  autres  coupables  ont  été  condamnés  à  mort: 
Wang-ou,  dit  «  le  Poinçon  »  et  vingt-et-un  autres  individus 
sont  condamnés  au  bannissement  (décennal)  aux  frontières  les 
plus  éloignées.  Les  châtiments  se  trouvant  mérités,  l'Empereur 
a  approuvé  les  sentences  rendues,  et  a  ordonné  pour  Feung  et  ses 
complices  Tapplicalion  sans  sursis  de  la  peine  de  mort,  pour 
Wang  et  autres  l'envoi  au  lieu  Gxé  pour  l'exil. 

a  Après  ces  actes  de  sévérité  les  autorités  locales  de  la  Province 
du  Tché-li  devront  adresser  des  proclamations  aux  habitants  afin 
qu'ils  fassent  leur  devoir  et  respectent  les  lois  et  que  de  pareils 
événements  ne  se  renouvellent  plus. 

«  Toutes  les  fois  qu'il  se  présentera  une  affaire  intéressant  les 
étrangers,  on  devra,  conformément  aux  Traités,  la  régler  avec 
justice  et  d'une  manière  satisfaisante. 

a  Notre  espérance  est  de  voir  l'ordre  régner  en  tous  lieux,  et 
par  conséquent  la  paix  entre  les   négociants  indigènes  et  étran- 


gers. 


«  Respectez  ceci.  » 

A  ce  Décret  succéda  un  autre  qui  parut  le  9  octobre,  et  fut 
rendu  sur  un  rapport  supplémentaire  de  Tseng  Kouo  fan.  Voici 
les  termes  de  ce  Décret  :  — 

«  Les  coupables  dont  Tseng  Kouo-fan  et  autres  donnent  la 
liste  après  jugement  doivent  être  condamnés  ainsi  que  l'a  décidé 
le  \  ice-Roi. 

«  Leou-eul  et  quatre  autres  individus  subiront  la  peine  capi- 
tale. 

«  Tang-Iao  et  trois  autres  individus,  subiront  un  exil  propor- 
tionjié  à  la  gravité  de  leurs  crimes. 

«  Respectez  ceci.  » 

Tous  les  Décrets  cités  ci-dessus  vous  ont  été  communiqués 
olTiciellement. 

Dès  le  début,  vous  avez  parlé,  noble  Chargé  d'Affaires,  de  la 
mise  à  mort  du  Préfet  et  du  Sous-Préfet  de  Tien-Tsin  et  du  Gé- 


38a  MASSACRE    DE    TIBN-TSIN 

ncral  Tch'en  Kouo-jouci.  Notre  solution  d'aujourd'hui  ne  satis- 
fait pas  tout  à  fait  votre  Excellence. 

Notre  acquiescement  à  vos  désirs  avait  de  graves  inconvénients 
{X>ur  la  Chine,  et  l'explication  do  ceci  pourra  naturdlement  être 
donnée  de  vive  voix  par  Son  Excellence  Tchoung  à  votre  noble 
Gouvernement. 

Je  vous  rappellerai  à  ce  sujet  qu'il  a  été  constaté  après  enquête 
du  Vice-Roi  Tseng  et  autres  que  les  événements  de  Tien-Tsiii 
doivent  leur  origine  au  crédit  qu'ajoutait  le  peuple  de  Tien-Tsin 
à  certaines  fables  et  ne  sont  pas  le  résultat  de  l'instigation  des 
autorités  locales. 

Les  meurtriers  sont  punis  de  mort,  et  les  Préfet  et  Sous-Préfet 
sont  envoyés  dégradés  au  fleuve  Amour  pour  expier  leurs  crimes 
en  concourant  aux  travaux  pénibles  dos  armées  occupant  la  fron- 
tière . 

Cette  condamnation  est  déjà  des  plus  sévères  et  sera  une  leçon 
pour  l'avenir.  C'est  par  hasard  que  le  Générai  ïch'cn  Kouo- 
jouei  se  trouvait  à  Tien-Tsin  ;  cetofticicr  était  malade  et  en  voyage: 
il  n'est  pour  rien  dans  ce  qui  s'est  passé.  Il  n*est  donc  pas  besoin 
de  s'étendre  davantage  §ur  ce  sujet. 

Quant  à  la  mise  à  mort  des  condamnés  à  cette  peine,  la  Chine 
a  déjà  fidèlement  agi  et  n'a  montré  aucune  partialité. 

Une  dépêche  do  votre  Excellence  admet  le  remboursement  des 
pertes  subies  ])ar  les  établissements  religieux  et  autres  soit 
2IO  ooo  taols. 

Notre  Souverain  déplorant  profondément  que  des  fonction- 
naires, des  négociants  et  leurs  femmes,  des  Sœurs  de  Charité, 
aient  été  victimes  des  événements  de  Tien-Tsin,  a  fixé  à  ao  ooo 
taëls  le  chiffre  d'une  indemnité  pécuniaire  dont  nous  vous  a>ons 
déjà  envoyé  ofliciellement  un  compte  de  i-épartition. 

Quoique  l'afTaircde  Tien-Tsin  soit  terminée  nous  devons  encore 
nous  occuper  des  mesures  à  prendre  contre  toute  fâcheuse  éven- 
tualité ;  aussi  le  nouveau  Vice-Roi  du  Tché-li,  Tuteur  Impérial 
Honoraire  de  deuxième  classe,  membre  suppléant  du  Grand  Con- 
seil de  l'Empire,  décoré  de  la  plume  de  paon  à  double  œil,  Noble 
de  première  classe,  Comte  do  Sou-y,  demeure-t-il  à  Tien-Tsin 
dans  le  but  d'exercer  une  protection  elficace. 

Voici  déjà  bien  des  années  que  la  Chine  est  liée  d'amitié  avec 
votre  noble  Gouvernement  C'est  inopinément  que  se  sont  pro- 
duits de  la  part  du  peuple  les  é\énements  de  Tien-Tsin,  ainsi 


CONDAMNATIONS  383 

donc  ils  ne  peuvent  en  rien  diminuer  la  confiance  et  porter 
atteinte  à  Thonneur  national.  La  question  qui  nous  a  occupés 
jusqu'ici  se  trouve  éclairée  et  résolue. 

Son  Excellence  Tch'oung  a  reçu  de  l'Empereur  Tordre  d'aller 
en  personne  remettre  une  lettre  du  Gouvernement  Chinois  au 
vôtre  en  témoignage  de  son  désir  de  voir  le  bon  accord  régner 
perpétuellement  entre  les  deux  Etats.  Son  Excellence  Tchoung  a 
exposé  à  l'Empereur  qu'il  emmènerait  avec  lui  comme  Secrétaires 
MM.  Novion  et  Imbert,  tous  deux  sujets  Français. 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication.  J'en  adresse  une 
autre  au  ministre  des  Affaires  Étrangères  de  votre  noble  Gouver- 
nement. Je  prie  votre  Excellence  de  vouloir  bien  la  prendre  en 
considération. 


CO:«DAMNATIOTNS 


Liste  des  Chinois  condamnés. 


CONDAMM-S    A    LA    PEINF.    CAPITALE. 


1.  Feung,  dit  «  le  Boiteux  »,    a  reconnu  avoir   tué  M.   Fon- 
tanier  à  coup  d'épicu. 

2.  Lcou-eul  a  reconnu  avoir  tué  M.    l'abbé  Chevrier  à  coup 
de  bâton  (erré. 

3.  kiang-ou    a  reconnu    avoir   tué  des   Russes   à    coups  de 
lance. 

4-  Kien-eul  a  reconnu  avoir  tué  un  Russe  à  coups  de  sabre. 

5.  1^  Tcheng  Rouo-tan-tse  a  reconnu  avoir    tué  à  coups  de 
bâton  une  Sœur  de  Charité. 

6.  ïcheou  San  a  reconnu  avoir  tué  à  coups  de  bâton  M.   de 
Challemaison. 

7.  Tchang  Li  a  reconnu  avoir  tué   d'un  coup  d'épée  M.  de 
Challemaison. 

8.  AVoi-lao  a  reconnu  avoir  tué  d'un  coup  de  barre  de  ferme- 
ture de  porte  un  des  Européens  du  Wang  llai-leou . 

9.  Ma  Iloung-leang  a  reconnu  avoir  tué  d'un  coup  d'épée  un 
des  Européens  du  Wang  Hai-leou. 

10.  ()u-ta  a  reconnu  avoir  tué  d'un  coup  de  coutelas  une  des 
Sœurs  de  Charité. 


384  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

1 1 .  Toann-la  a  reconnu  avoir  tué  un  Russe  et  avoir  jeté  son 
corps  dans  la  rivière. 

12.  Fan  Young-tcu  a  reconnu  avoir  tué  d'un  coup  de  planche 
un  des  employés  de  la  Mission  Catholique. 

i3.  Leou-eul  a  arraché  le  sabre  d'un  Européen  et  l'en  a  tué. 

i4.  Tchang-eul  a  reconnu  avoir  tué  à  coups  de  sabre  une  des 
personnes  employées  chez  les  Sœurs. 

i5.  ïsoeui  Tou-tse  a  reconnu  avoir  tué  à  coups  de  sabre  une 
Sœur  de  Charité. 

16.  Tchang  Kouo-tchouen,  dit  «  la  Tête  de  Mort  ».  a  reconnu 
avoir  tué  à  coups  de  sabre  une  Européenne,  et  a  ajouté  avoir  tué 
ensuite  une  dame  russe. 

17.  Siao-eul  a  reconnu  avoir  tué  une  Sœur  de  Charité. 

18.  ïcheng  Ma-ly,  d'après  le  témoignage  de  Leou-eul,  Tsao- 
ta  de  la  femme  Kao-ou,  a  tué  un  Européen  de  la  Mission  Callio- 
lique. 

19.  Wang-leou,  d'après  les  témoignages  du  préposé  à  la  po- 
lice, Wang  ïing-y,  de  Leang  Wen  tche,  garde  du  tribunal  du 
Tché-hien,  a  tué  des  Sœurs  de  Charité  à  coups  de  lance. 

20.  Ko-san,  d'après  les  témoignages  deLi  Wan-yeou,  LiWan- 
tcheng,  du  garde  Tchao  ïchou-tang  et  autres,  a  tué  des  Sœurs 
de  Charité  à  coups  de  gafle. 

EXILÉS  POUR  VOL  ET  BLESSURES  (lO  ANs). 

Wang-ou,  dit  «  le  Poinçon.  » 
\u-Ki. 
Pan-eul. 
Mao-san. 

Teng-lao  a  blessé  d'un  coup  de  bâton  une  personne  emplbyée 
chez  les  Sœurs. 
Yang-eul. 

EXILÉS    POUR    VOL    ET    BLESSURES    (3    ANS). 

Nie  ïchong-san. 

Li-ta. 

Souen-eul. 

Li-ta. 

Mou  Tchao-ou. 

Yang-eul. 


LETTRE  DU  PRINCE  DE  KOUNG  A   M.   DE  ROCHECDOUART         385 

Kouo-san. 

Li-ssc. 

Wang-vou. 

Tsouei-lchao. 

Kou  Tchang-ho. 

ïong-sse. 

Ma  Tchang-lchoueii. 

Chang-teu. 

Leou  Tou-Kouoi. 

Tcuiig-yong. 

Sûuen-eul. 

Koan-san. 

Ho-sse. 


LETTRE  DU    PIU>CE    DE    KOUNG    A    M.    DE    ROCHECHOUART. 

I?iDE\U«ITKS 

Voici  maintenanl  le  prix  du  sang  : 

Le  ï8  octobre  1870. 

J'ai  eu  l'honneur  de  recevoir  de  votre  Excellence  et  relative- 
ment aux  événements  de  Tien-Tsin  une  dépêche  exprimant  l'in- 
dignation et  la  douleur  qu'ils  avaient  produites.  A  cette  pièce 
était  jointe  la  liste  des  victimes. 

La  nouvelle  de  malheurs  aussi  inattendus  l'ut  pour  nous  une 
cause  de  bien  grande  affliction. 

Voici  bien  des  années  que  la  Chine  et  la  France  sont  en  rela- 
tion d'amitié,  personne  ne  s'attendait  à  une  pareille  catastrophe. 
Encore  maintenant  nous  en  sommes  couverts  de  confusion  et 
émus. 

11  a  été  décidé  qu'il  serait  pavé  une  somme  de  25  000  taëls  à 
litre  d'indemnité,  que  suivant  les  décisions  du  Ministère  des  Fi- 
nances votre  Excellence  pourra  toucher  de  l'Administration  des 
Douanes  du  Kiang-Nan  et  du  Kouang  Toimg  pour  répartir 
ensuite  conformément  au  compte  ci-annexé  entre  les  familles  du 
(jonsul  Fontanier,  des  autres  fonctionnaires,  et  des  négociants. 
L'Eglise  touchera  ce  qui  lui  roient. 

Le  I  a  courant  m'est  parvenu  votre  dépêche  m'inforniant  que 

CoRDiBH.  1.  —  20 


i 


r 


386 


MASSACRE    DE    TIE.\-TS1\ 


les  pertes  matérielles  subies  par  les  établissements  religieux  et 
autres  montaient  à  la  somme  de  aïoooo  taêls  ;  le  Hou-pouadcjà 
décidé  que  le  versement  de  ce  remboursement  sera  effectué  par  la 
douane  maritime  de  Tien-Tsin. 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

Répartition  des  Indemnités  accordées. 

TAELS 

Le  Consul  Fontanier 3o  ooo 

Le  Chancelier  S.  Simon 20  000 

Le  Chancelier  J.  et  M.  ïhomassin.     .  5o  000 

M.  de  Challcmaison,  négociant.           .  îoooo 

M°  de  Challemaison 10  000 

TAELS 

120000 
Pour  rfigllse i3oooo 

Total 260000 


CIRCL'LVIUE    DE    M.    DE  ROCHECIIOlJAnT    AUX    CONSULS    DE    FRANCE 

EN    CHINE,     22    OCTOBRE    187O. 

Le  chargé  d^affaircs  fait  part  des  conditions  qu^il  a  enfin 
obtenues  aux  consuls  de  France  en  Chine. 

Légation  de  France  en  Chine,  le  22  octobre  1870. 

J'ai  l'honneur,  pour  votre  information  particulière,  de  vous 
faire  connaître  la  liste  des  satisfactions  que  le  Gouvernement 
Chinois  s'est  décidé  h  offrir  au  Gouvernement  Français  au  sujet 
des  massacres  de  Tien-Tsin.  Je  n'ai  ni  à  approuver,  ni  à  désap- 
prouver ce  programme,  qui  n'était  pas  le  mien  et  qui  d'ailleurs 
est  exécuté  à  l'heure  actuelle.  Le  Gouvernement  Chinois  a  sur 
ma  demande  envoyé  Son  Excellence  Tchoung-Hcou  comme  Am- 
bassadeur en  France  pour  expliquer  sa  conduite  et  la  faire  agréer 
s'il  le  peut  ;  je  ne  saurais  donc  jusqu'à  l'issue  de  celte^  mission 
préjuger  la  décision  définitive  de  mon  Gouvernement,  mais  ce 
que  je  puis  et  que  je  dois  porter  à  votre  connaissance  dèsaujour- 


CIRCULAIRE  DE  M.  DE  ROCHECHOUAUT  AUX  CONSULS  DE  FRANCE    887 

d'hui  c'est  ma  conviction  qu*îl  n'y  a  pour  le  moment  du  moins 
aucun  danger  de  voir  se  renouveler  sur  d'autres  points  de  la 
Chine  les  douloureux  événements  de  Tien-Tsin  ;  et  je  vous  prie, 
M.  ,  de  vouloir  bien  rassurer  les  personnes  qui  vien- 

draient vous  consulter  sur  ce  sujet,  elles  peuvent  sans  crainte 
vaquer  à  leurs  aiïaires  et  à  leur  commerce  comme  par  le  passe 
conformément  aux  droits  inscrits  dans  les  Traités. 

Le  Gouvernement  Chinois  s*est  engagé  a  prendre  les  mesures 
nécessaires  pour  assurer  partout  cette  sécurité,  et  dans  le  cas  où 
je  ne  serais  pas  suffisamment  convaincu  de  rdlicacité  de  cette  pro- 
messe j'aurais  soin  de  prendre  les  précautions  nécessaires  pour  ga- 
rantir la  \ie  et  les  propriétés  de  mes  compatriotes  contre  toutes 
les  éventualités  fâcheuses. 

Je  profite  également  de  cette  occasion,  M.  ,  pour  rec- 

tifier quelques  inexactitudes  qui  se  sont  glissées  dans  l'opinion 
publique  et  qu'il  importe  de  faire  disparaître  : 

I.  Je  n'avais  jamais  entendu  prononcer  le  nom  de  Tch'cn 
Kono-jouei  avant  les  événements  de  Ïien-Tsin,et  ce  personnage 
ne  s'était  jamais  trouvé  mêlé  à  aucune  des  aflaires  que  j'avais 
eues  à  traiter  jusqu'à  ce  jour. 

a.  11  est  parfaitement  faux  que  j'aie  adressé  au  Gouvernement 
Chinois  plusieurs  ultimatums  pour  exiger  telles  ou  telles  satis- 
factions. J'ai,  il  est  vrai,  insisté  sur  certains  points,  mais  je  n'ai 
jamais  formulé  d'exigences  sine  qud  non. 

3.  Je  ne  crois  pas  qu'il  ail  existé  de  complot  h  Péking  dans  le 
but  de  massacrer  les  Européens  établis  dans  cette  ville.  Il  se  peut 
(jue  dans  les  premiers  jours  qui  ont  suivi  les  événements  de 
Tien-Tsin  nous  ayons  eu  à  craindre  le  contre-coup  de  cette 
lugubre  tragédie,  mais  ces  appréhensions  se  sont  heureusement 
vite  dissipées  en  songeant  à  la  composition  de  la  population  de 
Péking,  où  l'élément  Tartare  domine  et  ferait  par  conséquent 
obstacle  à  toute  émeute,  à  moins  d'y  être  poussé  par  le  Gouver- 
nement Central,  qui  dans  ces  circonstances  n'avait  aucun  intérêt 
à  aggraver  la  situation. 

4.  Il  est  parfaitement  vrai  qu'une  lettre  écrite  par  M.  Fonta- 
nier  le  jour  même  de  son  massacre  a  fourni  le  plus  fort  argu- 
ment en  faveur  de  l'innocence  de  son  Excellence  Tcli'oung  Heou, 
mais  il  est  faux  que  pendant  mon  séjour  à  Tien-Tsin  ce  |)er- 
sonnagc  ait  déjeuné  chez  moi  ou  que  j'aie  déjeuné  chez  lui. 
Lorsque  ce  haut  fonctionnaire  est  venu  me  voir  à  bord  de  la 


388  MASSACRE    DE    TIEN-TSIN 

a  Flamme  »,  il  n*a  même- pas  reçu  les  honneurs  mililaircs 
dus  à  son  rang. 

5.  Le  plus  parfait  accord  n*a  cessé  de  régner  entre  les  différents 
Chefs  de  Mission  résidant  à  Péking,  et  chaque  fois  que  j*ai  eu 
recours  à  mes  collègues,  je  les  ai  toujours  trouvés,  tous  sans 
exception,  prêts  à  seconder  mes  efforts.  Quelques-uns  d'entre  eux 
même  se  trouvant  plus  particulièrement  intéressés  à  la  question 
par  suite  de  la  nationalité  un  peu  cosmopolite  des  Sœurs  de  la 
Charité,  n*ont  cessé  d'insister  de  la  façon  la  plus  énergique  auprès 
du  Gouvernement  Chinois  pour  obtenir  le  châtiment  des  meur- 
triers de  leurs  compatriotes. 

Vous  voudrez  bien,  M.  ,  saisir  toutes  les  occasions  pour 

remercier,  au  nom  du  Gouvernement  Français,  vos  collègues  et 
les  différentes  communautés  des  ports  de  la  sympathie  qu'ils 
nous  ont  constamment  témoignée  dans  ces  pénibles  circons- 
tances. 


CONCLUSIONS 

Le  Chinois  avait  payé  le  sang  des  victimes  avec  de  l'argent 
que  refusa  M*'"'  Delaplace'  et  la  vie  de  comparses  qui  avaient 
exécuté  les  ordres  reçus.  Les  grands  coupables  échappaient 
alors  à  un  châtiment  bien  mérité  comme  leurs  imitateurs  de 
1900  réfugiés  à  Tabri  du  trône  impérial.  Les  principaux 
instigateurs  du  massacre,  le  Tclié-Fou  et  le  Tché-Hien  furent 
temporairement  suspendus  de  leurs  fonctions  et  T'chen  Kouo- 
jouei,  qui  mourut  paisiblement  plus  tard,  fut  honoré  à  l'égal 
d^un  héros  et  des  temples  furent  élevés  à  sa  mémoire'. 

Tch'oung-IIeou  envoyé   en    Europe    pour   présenter  le^ 

I.  Il  est  juste  d'ajouter  que  les  i3oooo  laôls  refuses  par  Mk»"  Dela- 
place le  3  janvier  1871,  à  son  retour  de  Rome,  avaient  été  encaissés  par 
M.  Aymeri,  procureur  à  Chang-Haî,  qui  refusa  de  les  rendre  sans  ordre 
de  M.  Etienne,  supérieur  général  de  la  Congrégation  de  la  Mission. 

3.  En  juillet  187 1,  il  fut  dégradé  et  envoyé  au  service  en  Mongolie: 
cette  disgrâce  fut  considérée  comme  un  succès  de  Koung  contre  Tseng  : 
mais  comme  Tch'en  était  fort  riche,  la  disgrâce  fut  plus  apparente  que 
réelle . 


y 


CONCLUSIONS  389 

excuses  du  gouvernement  chinois,  n'avait  pas  trempé  direc- 
tement dans  l'assassinat  des  étrangers,  mais  il  est  impossible 
qu'il  ait  ignoré  ce  qui  se  tramait,  surtout  après  la  procla- 
mation du  Fou  du  18  juin  ;  un  mot  de  lui  aurait  tout  arrêté  ; 
comme  Ponce  Pila  te,  il  se  lava  les  mains  de  ce  qui  pouvait 
arriver.  Les  complications  européennes  auraient  pu  faire 
excuser  le  choix  d'un  tel  agent  s'il  avait  été  fait  après  que 
la  nouvelle  de  la  guerre  entre  la  France  et  T Allemagne  fut 
parvenue  en  Chine;  il  est  inexplicable  au  lendemain  du 
crime. 

L'attitude  insolente  de  Li  Ilounglchang  vis  à-vis  de  notre 
consul  à  Tien-Tsin.  M.  Ch.  Dillon,  en  avril  187 1,  souligne 
encore  la  mauvaise  volonté  des  Chinois  au  courant  de  nos 
revers.  Nous  eûmes  toutes  les  peines  du  monde  à  obtenir 
Tachèvement  du  cimetière  qui  devait  recevoir  les  corps  des 
\ictimes. 

J'avais  donc  raison  de  dire  que  les  victimes  du  massacre 
de  Tien-Tsin  n'ont  jamais  été  vengées. 

La  politique  française  en  Chine  a  toujours  manqué  de 
suite  ;  elle  a  été  faite  d'à-coups.  Aucun  progranmie  préparé 
d'avance  soigneusement.  Tantôt  le  Parlement  à  la  remorque 
du  Gouvernement,  plus  souvent  le  Gouvernement  à  la  re- 
morque du  Parlement,  ont  donné  la  plus  grande  instabilité 
aux  divers  projets  qui  demandaient  une  longue  durée  d'exé- 
cution. En  outre,  la  majorité  des  Français,  quoi  qu'on  en 
dise,  est  hostile  à  une  action  s'exerçant  dans  un  pays  loin- 
tain ;  le  bien-être  présent  empêche  la  moyenne  des  citoyens 
de  voir  le  danger  devant  lequel  ils  s'endorment  dans  une 
trompeuse  sécurité.  Jamais  le  passé  ne  sert  d'exemple  au 
présent.  Pour  en  revenir  à  la  Chine,  il  est  un  fait,  brutal, 
il  est  vrai,  mais  c'est  un  fait  :  que  la  force  seule  nous  a  fait 
pénétrer  et  nous  maintient  dans  l'Empire  du  Milieu;  toute 
longanimité  de  la  part  du  vainqueur  est  considérée,  non 
comme  une  marque  de  générosité,  mais  comme  un  indice 


-^if'T'- 


390  MASSACRE    DE    TIEX-TSI.N 

de  faiblesse.  Les  vrais  coupables  du  guet-apens  de  T'oung- 
Ichéou  en  1860,  échap[)èrenl  à  un  châtiment  bien  mérité; 
de  même  que  les  assassins  de  1870.  Pareille  impunité  est 
assurée  aux  massacreurs  de  1900.  Les  Chinois  ne  compren- 
nent pas  les  théories  de  nos  néo-philanthropes  et  les  chimères 
généreuses  de  la  Ligue  pour  la  paix.  I^  triste  maxime:  «  La 
force  prime  le  droit  »  doit  être  appliquée  dans  toute  sa  ri- 
gueur en  Chine  :  sinon,  plions  bagages. 


1 


dTv.-r-T 


CHAPITRE  \XVII 


AMÉRICAINS  EN  CORÉE.  —  T.-F.  WADE.  -  TRAITÉ  JAPONAIS 


NAVIRES   AMERICAINS   ATTAQUES   EN   COREE 

Le  24  juin  1866,  le  schooner  américain,  Surprise,  échoua 
sur  la  côte  de  Corée  ;  le  capitaine  M^"  Caslin,  Téquipagc  et 
le  cuisinier  chinois  furent  bien  traités  par  le  Taï  Wen  Konn*, 
et  purent  regagner  Nieou  tchouang.  En  revanche  un  autre  na- 
vire, le  General  Shermnn^  qui  avait  quitté  Tien-Tsin  le  29 
juillet  1866  pour  se  rendre  en  Corée,  par  la  voie  de  Tché- 
fou,  disparut  et  son  équipage  fut  sans  aucun  doute  massa- 
cré. Le  vaisseau  de  guerre  américain  WachusseU,  comman- 
dant Shufeldt,  envoyé  par  le  contre-amiral  Rovvan  pour  ob- 
tenir des  renseignements  sur  le  General  Sherman^  quitta 
Tché-fou  le  21  janvier  1867  et  jeta  Tancre  deux  jours  plus 
lard  sur  la  côte  coréenne  ;  il  lui  fut  impossible  d'obtenir  le 
moindre  renseignement.  En  mai  1867,  l'amiral  Rowan  en- 
voya de  nouveau  en  Corée  un  navire  de  guerre  le  Shenan- 
doahy  commandant  Febiger,  qui  eut  confirmation  du  mas- 
sacre près  de  Ping-Yang. 

Le  Ministre  des  Etats-Unis  avait  insisté  auprès  de  M.  Ber- 
ihemy,  ministre  de  France,  pour  une  action  commune  en 
Corée. 

A  la  suite  de  la  dernière  aflaire  et  d'un  rapport  (i/j  octobre 

I.  Rcgcut. 


C^92  AMÉUICAINS    EN    CORÉE    TRAITÉ    JAPONAIS 

1868)  (lu  consul  général  à  Chang-Haï,  Geo.  F.  Seward', 
les  États-Unis  résolurent  d'ouvrir  la  Corée  au  commerce 
américain.  Le  ministre  à  Péking,  Frederick  F.  Low,  fut 
chargé  de  se  rendre  à  la  capitale  de  la  Corée  avec  le  contre- 
amiral  John  Rodgers,  commandant  en  chef  de  l'escadre 
asiatique,  en  remplacement  de  Tamiral  Rowan.  Entre  temps 
le  ministre  allemand  au  Japon,  M.  von  Brandt  allait  avec  le 
navire  de  guerre,  la  Hertha,  à  Fousan,  pour  se  mettre  en  rap- 
port avec  les  Coréens  (i*""  juin  1868)  ;  il  n'y  réussit  pas. 

Une  autre  attaque  dirigée  contre  les  Russes  par  les  Coréens 
à  Tendroit  où  avait  combattu  Tamiral  Roze  fiit  c<ichéc  et 
nous  est  connue  seulement  par  une  correspondance  de  Péking. 
du  25  mai  1869  : 

«  Une  canonnière  russe  fut  envovée  de  Nicolaïevsk  avec  une 
mission  hydrographique  sur  les  côtes  de  Corée  ;  le  commandant 
de  ce  bâtiment  essaya  d'entrer  en  relation  avec  les  indigènes  et 
croyant  les  voir  animés  de  bonnes  intentions,  il  descendit  à 
terre  avec  un  seul  marin,  mais  à  peine  débarqué,  il  fut  ac- 
cueilli par  une  fusillade  des  plus  y'i\os  et  eut  toutes  les  peines 
du  monde  à  rejoindre  son  bord  ;  il  fit  feu  lui-même  sur  un  petit 
fort  placé  au  bord  de  la  rivière,  mais  se  trouvant  trop  faible 
pour  prolonger  le  combat,  il  se  relira  sans  savoir  quel  avait  été 
le  résultat  de  son  tir.  » 


AMÉRICAINS  EN   COREK.  MAI-JUIN   187I 

Le  16  mai  1871,  Tescadro  américaine  composée  du  vais- 
seau amiral  Colorado,  des  corvettes  Alaska  et  Benicia,  des 
canonnières  Monocacy  et  Pa/os,  quitta  Nagasaki  et  arriva  le 
23  à  Tile  Eugénie  ;  le  3o,  elle  jetait  Tancre  entre  les  ilcs 
Boisée  et  Guerrière.   Trois  fonctionnaires  Coréens  vinrent 


T.  Depuis  minisire  à  Péking;  neveu  de  William  H.  Scward,  le  célèbre 
homme  dxlat. 


•r:.T 


NAVIRES    AMÉRICAINS    ATTAQUÉS    EN    CORÉE  SqS 

s'enquérir  auprès  de  M.  Low  du  but  de  la  visite  de  cette 
flotte  et  remirent  au  ministre  américain  la  note  suivante  : 

Pendant  l'année  1868,  un  homme  de  votre  pays  nommé  Fe- 
biger  vint  ici,  eut  des  relations  avec  nous  et  partit  ensuite.  Pour- 
quoi n'agissez-vous  pas  de  même?  En  l'an  i865,  des  gens  appelés 
Français  débarquèrent  ici,  et  vous  pouvez  leur  demander  com- 
ment ils  furent  reçus.  Les  habitants  de  ce  pays  et  le  pays  lui- 
même  sont  depuis  l\  000  ans  satisfaits  de  la  civilisation  dont  ils 
jouissent,  et  n'en  désirent  pas  d'autre.  Nous  n'importunons  au- 
cune autre  nation.  Pourquoi  viendraient-elles  nous  importuner? 
Notre  pays  est  situé  à  l'Extrôme-Orient,  le  vôtre  aux  confins  de 
l'Occident.  Pour  quel  motif  avez- vous  donc  traversé  tant  de  mers? 
Est-ce  pour  vous  enquérir  des  faits  concernant  votre  bâtiment 
détruit  (/^  général  SliermanT).  Son  équipage  avait  commis  des 
actes  de  piraterie  et  des  assassinats,  ils  ont  été  punis  de  mort. 
Voulez-vous  notre  sol  ?  C'est  impossible.  Voulez-vous  commer- 
cer avec  nous  ?  C'est  impossible. 

Il  leur  fut  répondu  que  la  mission  était  pacifique,  que  les 
Américains  désiraient  l'envoi  d'un  plénipotentiaire  coréen  et 
qu'ils  allaient  remonter  la  rivière  pour  exécuter  des  travaux 
hydrographiques.  En  effet,  le  i^*"  juin,  le  Monocacy  et  le 
Pa/osy  et  quatre  chaloupes  à  vapeur  remontèrent  la  rivière  ; 
ils  furent  accueillis  à  coups  de  canon.  Dix  jours  plus  tard, 
ces  bâtiments  avec  vingt  embarcations  portant  65 1  hommes, 
débarquaient,  malgré  le  feu  de  l'ile  de  Kang-hoa.  Dans  l'atta- 
que de  la  citadelle  coréenne,  le  lieutenant  M*"  Kce  fut  blessé 
mortellement  à  la  tête  de  ses  hommes  dont  deux  furent  tués 
et  dix  blessés.  Cinq  forts  furent  pris  ainsi  que  cinquante 
drapeaux  et  48i  pièces  d'artillerie  (ii  juin). 

Il  n'y  avait  donc  aucune  chance  d'obtenir  un  traité  ; 
Tamiral  Rodgers  quitta  le  mouillage  de  l'île  Boisée,  le  3 
juillet  et  arriva  à  ïché-fou  le  5.  Sa  retraite,  comme  jadis 
celle  de  l'amiral  Roze,  fut,  par  les  Coréens,  considérée  comme 
une  reculade. 

Il  fut  de  nouveau  question  d'une  action  commune  de  la 


SgA  AMÉRICAINS    E.N    CORÉE    TRAITÉ    JAPONAIS 

France  et  des  Etats-Unis.  M.  Low,  ministre  américain,  et  le 
comte  de  Rochechouart  y  étaient  favorables  ;  lès  ressources 
devaient  être  tirées  de  la  Cochinchine,  sans  avoir  recours  à 
la  métropole.  Mais  un  vent  de  prudence  souillait  en  France 
depuis  la  guerre  allemande  ;  d'ailleurs  le  nouveau  gouverne- 
ment se  souvenait  avec  inquiétude  de  la  campagne  du 
Mexique,  de  l'expédition  malheureuse  de  Tamiral  Rozc  en 
Corée,  de  l'annexion,  pourtant  si  facile  et  si  utile,  des  trois 
provinces  de  l'Ouest  de  la  Basse-Cochinchine  (1867)  P^*^ 
l'amiral  de  la  Grandière,  aussi  M.  Jules  Favre,  ministre  des 
Affaires  étrangères,  télégraphiait-il  de  Versailles,  18  juillet 
1871,  au  chargé  d'affaires  de  France  : 

Le  gouvernement  entend  que  nous  restions  dans  la  plm 
grande  neutralité.  Notre  amiral  devra  donc  se  borner  à  obser- 
ver ;  il  s'abstiendra  d'agir. 

La  France  perdait  une  bonne  occasion  de  rétablir  son 
prestige  compromis  dans  l'Extrême-Orient,  et  l'amiral  (îi- 
zolme,  successeur  de  l'amiral  Dupré,  la  chance  de  venger  Tin- 
succès  de  son  prédécesseur  Roze. 

Ce  que  n'avaient  pu  faire  ni  les  Français,  ni  les  Américains, 
les  Japonais  l'entreprirent  avec  succès  en  1876. 


T. -F.    WADE 


Celte  même  année  1871,  sir  Rulherford  Alcock  ayant 
donné  sa  démission  \  il  fut  reniplacé  comme  ministre  d'^Vn- 
gleterre  à  Péking  (juillet  1871)  par  Thomas  Francis  Wade, 
alors  Chargé  d'Affaires.  M.  Wade',  fils  aîné  du  colonel  Tho- 
mas Wade,  C.  B.,  est  né  vers  1818  ;  après  avoir  suivi  les  cours 

I.  \oiT  supra t  p.  a58. 

a.  Henri  Cordier,  dans  le  Journ.  Royal  Asia tic  Society  elle  Toun^ 
Paoy  VI,  p.  4o7-4ia. 


ç.r^.    / 


T.    F.    WADE  395 

k  Harrow,  il  entra  dans  Tarmée  comme  enseigne  au  8i*^  régi- 
ment (2  novembre  i838)  qu'il  quitta  l'année  suivante  pour  le 
/|2®  Highlanders  (28  août  1889).  Envoyé  en  Chine,  il  fut 
promu  lieutenant  (16  novembre  i8/|i)el  il  changea  encore  une 
fois  de  régiment  pour  le  98^(17  novembre  i84i);  il  fit  cam- 
pagne à  Tchen-Kiang  et  à  Nan-King.  Il  quitta  l'armée  le  22 
juin  1847.  Entre  temps  il  fut  nommé  interprète  (18^8)  de  la 
garnison  de  Hong-Kong  qui  venait  d'être  cédé  à  l'Angleterre 
par  le  traité  de  Nan-King  ;  puis  en  18^6,  interprèle  pour  le 
dialecte  de  Canton  à  la  Cour  suprême  du  même  port.  Il  fut 
successivement  assistant-secrétaire  chinois  (3o  mars  18.^7)  et 
vice-consul  à  Chang-Haï  (i852).  Nous  l'avons  vu  dans  ce 
dernier  poste  remplir  les  fonctions  de  commissaire  des  doua- 
nes (1854  *)•  Promu  secrétaire  chinois  à  Hong-Kong  le  6  juil- 
let i855,  il  accompagnait  le  mois  suivant  Sir  John  Bovsring 
en  mission  spéciale  en  Cochinchine  ;  il  rendit  également  les 
plus  grands  services  à  Lord  Elgin  lors  de  ses  deux  missions 
auxquelles  il  fut  attaché.  Le  25  janvier  1862,  Wade  fut 
nommé  secrétaire  chinois  (premier  interprèle)  et  traducteur 
de  la  Légation  d'Angleterre  à  Péking.  Au  départ  de  Sir  Fre- 
derick Bruce  et  de  Sir  Uutherford  Alcock,  il  fut  Chargé 
d'Affaires  du  28  juin  i864  à  novembre  i865,  et  de  novembre 
1869  à  juillet  1871,  époque  h  laquelle  il  fut  nommé  envoyé 
extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  et  surintendant  en 
chef  du  commerce  en  Chine  *. 

La  communauté  anglaise  en  Chine  n'a  pas  toujours  rendu 
justice  aux  efforts  de  ce  diplomate  distingué.  Dans  l'Extrême- 
Orient,  les  étrangers  sont  portés  à  croire  que  l'allention  du 


1.  \oir  supra,  p.  lÔQ  et  161. 

2.  Wade  a  été  nommé  Compagnon  du  Bain,  G.  B.,  le  i4  mai  1861  ; 
chevalier  Commandeur  du  Bain,  K.  C.  B. ,  qui  lui  donnait  droit  à  Tap- 
pcllalion  de  Sir^  en  novembre  1875,  et  G.  G.  M.  G,  grand  croix  de 
Saint-Michel  et  Saint  George  en  1889  ;  il  se  retira  en  i883  et  mourut  le 
5  juillet  1895,  5  Salisbur}- Villas,  Cambridge. 


396  AMÉRiCAIMS    EN    CORÉE    TRAITÉ    JAPONAIS 

monde  entier  est  fixée  sur  eux  et  que  leurs  intérêts  priment 
tous  les  autres  ;  ils  ne  semblent  pas  se  douter  que  les  pro- 
blèmes, môme  les  plus  importants,  de  la  politique  chinoise, 
ne  sont  souvent  que  des  facteurs  secondaires  dans  la  politique 
générale  à  laquelle  ils  sont  parfois  subordonnés. 

Alcock,  Wade  et  Parkes  forment  le  triumvirat  des  diplo- 
mates anglo-chinois  ;  ils  étaient  différents  d'aptitudes  et  de 
caractères,  tous  mus  par  rinlérêt  supérieur  de  leur  pays, 
mais  employant  des  moyens  différents  d'action.  Je  ne  repar- 
lerai pas  d'Alcock  *,  qui  fut  comme  ministre  en  Chine  ce 
que  les  Anglais  appellent  une  fai/ure.  Wade,  quoique  soldai, 
fut  surtout  un  homme  d'étude  ;  Parkes,  dans  une  carrière 
civile,  fut  un  homme  d'action  ;  le  premier,  homme  de  cabi- 
net ;  le  second,  homme  de  plein  air.  Wade  était  un  tempo- 
risateur et  Parkes  un  autoritaire,  mais  tous  les  deux  ont  bien 
mérité  de  leur  pays  et  leur  disparition  a  coïncidé  avec  la 
décadence  de  l'influence  anglaise  dans  l'Kxtrême-Orient. 


RÉVOLUTION  A.L-  JAPON,    1868 

Un  facteur  nouveau  allait  se  mêler  au  concert  des  puissan- 
ces étrangères  en  Chine  :  le  Japon,  en  1868,  avait  transformé 
son  gouvernement  par  une  révolution,  qui  détruisit  l'orga- 
nisa lioa  du  Shogounat  qu'Iyeyas  lui  avait  donnée  en  i6o3. 
Le  shogoun,  qui  était  un  véritable  maire  du  palais,  désigne 
aussi  sous  l'appellation  de  tai-koitu^  d'origine  chinoise, 
exerçait  le  pouvoir  k  Yedo,  tandis  que  le  véritable  empereur, 
le  tennô  ou  fulkado^  menait  une  vie  effacée  à  Miaco  (Kioto). 
Nous  n'avons  pas  ici  la  place  de  raconter  la  révolution  du 
Japon.  Rappelons  seulement  que  le  mikado  Komei  Tennô 
étant  mort,  son  fils  Mutsu-hito,  né  à  Kioto  le  3  novembre 


a.  Voir  supra,  p.  a58. 


IIKVOLCTION    AU    JAPON  897 

i852,  le  remplaça.  Le  nouveau  souverain  prit  le  nom  de 
règne  (nengo)  do  Mei-djl  (1868)  ;  la  révolution  ayant  éclaté, 
le  shogounal  fut  aboli  ;  les  Tokugawa  (descendants  d'I- 
yevas)  furent  écrasés  par  les  Impériaux  qui  triomphèrent  de 
leurs  dernières  résistances  à  Hakoda te  en  1869.  Mutsu-hito 
traita  avec  les  étrangers,  ouvrit  les  ports  de  Kobé,  Osaka 
(1868),  Nii-gala,  Yedo  (1869)  au  commerce  et  transféra  sa 
capitale  de  Kioto  h.  Yedo,  dont  le  nom  changea  en  Tokyo 
(cour  de  TEst  ;  équivalent  de  Tong-king).  Une  transforma- 
tion complète  de  Tempire  du  Soleil  Levant  allait  s'opérer. 

Cette  soudaineté  et  celle  rapidité  du  Japon  dans  le  désir 
de  se  transformer  et  surtout  de  singer  les  puissances  euro- 
péennes me  paraît  avoir  été  justement  expliquée  dans  le  pa- 
rallèle suivant  entre  Chinois  et  Japonais. 

«  C'est  la  mode  de  louer  le  Japon  pour  Tesprit  de  progrès 
qu'il  a  montré,  aux  dépens  de  la  Chine,  qui  reste  fidèle  aux 
\ieilles  méthodes  et  aux  coutumes  passées.  Quelque  admira- 
lion  que  nous  puissions  avoir  pour  le  merveilleux  progrès 
que  le  Japon  a  fait,  ceci  est  à  peine  juste.  On  doit  se  souve- 
nir que  le  Japon  n'a  jamais  rien  créé.  Tout  ce  qu'il  a  su, 
jusqu'au  moment  de  ses  premiers  vrais  rapports  avec  les 
étrangers  il  y  a  quarante  ans,  il  le  devait  à  la  Chine.  Le 
Bouddhisme,  qui  a  remplacé  et  en  quelque  sorte  prospéré  la 
main  dans  la  main  avec  le  vieux  culte  des  ancêtres,  le  Shinto, 
la  lecture  et  l'écriture,  chaque  art  et  chaque  talent,  depuis  la 
musique  et  la  danse  jusqu'au  jeu  du  foot-ball,  tout  a  liltré  a 
travers  la  Corée  de  la  Chine  au  Japon,  et  les  dates  de  leur 
arrivée  ont  été  notées  solennellement  comme  faits  importants 
dans  le  O  Dai  Ichi  Rariy  «  Un  Aperçu  sur  la  génération  des 
Rois  »,  l'histoire  indigène.  Emprunteurs  depuis  le  commence- 
ment des  temps,  il  importait  peu  aux  Japonais  s'ils  emprun- 
taient une  fois  de  plus  ou  de  moins  et  lorsqu'ils  virent  que 
s'ils  désiraient  tenir  une  place  parmi  les  nations,  leur  seule 
chance  était  de  se  séparer  des  anciennes  formes  chinoises  et 


SgS  AMÉRICAINS    ES    CORÉE    —    TRAITÉ    JAPONAIS 

d'adopter  la  civilisation  de  TOccident,  ils  irhésilèrent  pas  — 
ils  firent  un  saut  dans  la  lumière  et  quittèrent  le  treizième 
pour  le  dix-neuvième  siècle.  A  entendre  parler  quelques  en- 
thousiastes, on  serait  presque  amené  à  croire  que  les  Japonais 
ont  inventé  le  dix-neuvième  siècle.  Ils  Font  trouvé  tout  prêt 
ot  sur  leur  mesure.  Il  était  impossible  de  traverser  les  siècles 
intermédiaires.  Ils  avaient  h  faire  un  saut,  et  ilsle  firent  avec 
volonté.  La  scène  de  la  transformation  fut  aussi  soudaine 
qu'elle  fut  complète.  Mais  elle  ne  coûtait  aux  Japonais  aucun 
sacrifice  d'orgueil  national.  Ce  qu'ils  abandonnaient  n'était 
nullement  de  leur  propre  invention. 

«  Del'autre  coté,  les  Chinois  ont  une  civilisation  autochtone 
dont  ils  sont  justement  fiers.  Cinq  cents  ans  avant  que  le  Christ 
ne  vint  sur  terre,  cjuand  les  indigènes  de  ces  îles  [britanniques] 
étaient  des  sauvages  sans  espoir  vêtus  de  peaux  ou  teints  de 
gaude  suivant  les  saisons,  si  les  vieilles  légendes  sont  \Taies 
—  Confucius  enseignait  le  respect  de  coutumes  qui  étaient 
déjà  anciennes.  Depuis  son  époque,  il  y  a  eu  treize  change- 
ments de  capitale  et  pas  moins  de  trente  dynasties,  mais 
même  lorsque  les  empereurs  tarlares  s'assirent  sur  le  trône  du 
Dragon,  ils  furent  obligés  de  suivre  les  règles  de  ce  Chinois 
et  la  civilisation  est  restée  ce  qu'elle  était  «  à  l'ombre  » 
du  Grand  Maître.  Il  n'est  pas  étonnant  que  les  fils  de  Han 
réfléchissent  longtemps  avant  de  jeter  aux  quatre  vents  du 
ciel  leur  passé,  ainsi  que  les  Japonais  l'ont  fait  sans  un 
sou])ir  *  »  ! 

Trois  ans  après  la  Révolution,  en  1 871,  le  Japon  allait  se 
mettre  à  l'unisson  des  autres  puissances,  et  lui,  aussi,  signer 
un  traité  avec  la  Chine. 


!.    TIte  Attaché  ai  Peking  b^'  \.  B.  Frccman  Milford.  Lond.,  1900, 
in-8.  pp.  VIII- 10. 


t^.^-    -  .  ?r;»  V 


TRAITÉ   AVEC    LF.    JAPON  899 


TRAITÉ  AVEC  LE  JAPON,   l3  SEPTEMBRE    187I 

Le  traite  entre  la  Chine  et  le  Japon  a  été  signé  en  chinois 
et  en  japonais  à  Tien-Tsin,  le  i3  septembre  187 1  ',  par  Li 
Houng-tchang et  Ilo*,  ministre  plénipotentiaire;  il  comprend 
dix-huit  articles  dont  nous  indiquons  celui-ci  quia  un  carac- 
tère spécial  : 

Art.  Vï.  —  Les  deux  états  correspondront  dorénavant,  la 
Chine  en  caractères  chinois,  et  le  Jajx)n  en  caractères  japonais, 
ou  seulement  en  chinois  comme  il  conviendra  au  gouvernement 
japonais. 

Un  traité  ou  plutôt  des  règlements  commerciaux  au  nombre 
de  32,  furent  ajoutés  en  exécution  de  Tarlicle  VII  du  traité  du 
1 3  septembre  ainsi  conçu  : 

Les  deux  gouvernements  s'indiqueront  réciproquement  les 
ports  ouverts  au  commerce  étranger  dans  les  deux  états,  et  les 
sujets  de  chacun  pourront  s*y  établir,  et  seront  soumis  aux  lois 
qui  seront  convenues. 

Voici  le  premier  article  des  règles  du  commerce  : 

Après  ratiQcation  du  traité  d'alliance  les  négociants  des  deux 

I.  ag*  jour,  7»  iune,  10*  année  T'oung-lché  =  4«  année  Mci-dji. 

3.  Ito  Hirobumi,  né  en  i84o,  est  un  samuraï  du  clan  de  Ghoshu.  Il 
s'échappa  tout  jeune  sur  un  vaisseau  étranger  et  finit  ses  études  en  Eu- 
rope. Vers  1867,  on  le  nomma  gouverneur  de  Kobé  ;  en  1868,  on  l'en- 
voja  en  Amérique  pour  y  étudier  le  système  des  monnaies.  Ministre  des 
travaux  publics,  Ito  décida  la  construction  du  chemin  de  fer  de  Tokyo  à 
Yokohama;  il  fit  ensuite  partie  de  la  grande  ambassade  de  1871-1872, 
reprit  en  1878  son  siège  dans  le  Cabinet,  entra  en  1875  dans  la  commission 
des  réformes  constitutionnelles.  Resté  seul  membre  de  cette  commission 
après  la  mort  ou  la  retraite  do  ses  collègues,  il  rédigea  la  constitution. 
Premier  ministre  de  i885  à  1888,  président  du  Conseil  d*État  de  1888 
à  1893,  puis  premier  ministre  de  1892  à  189G  et  de  1897  à  1898. 
(Marquis  de  la  Mazelière,  Essai  sur  l'Histoire  du  Japon,  1899, 
pp.  388-9.) 


400  AMÉRICAINS    E>'    COHÉE    TRAITÉ    JAPONAIS 

pays  établis  dans  les  ports  désignés  dans  le  présent  traité  pour- 
ront commercer  librement  entre  eux. 


L'article  II  désigne  les  \yoYi»  : 

Art.  II.  —  Les  ports  désignés  par  la  Chine  pour  les  relations 
commerciales  sont  :  Chang-Haî,  Province  de  Kiang-Sou,  Dépar- 
tement de  Soung-Kiang,  District  de  Chang-Hai  ;  Tchen^Kian<jt 
Province  de  Kiang-Sou,  Département  de  Tchen-Kiang...,  Mng- 
Po...\  KieoU'Kiang ...  ;  Ilaii'Kéon ...  ;  TiV/i-  Tsin ...  :  Nieou-  tchoaang ...  ; 
Tché'fou...  ;  Canton,.,  ;  Swalow,..  :  Kioang-tchéou...  ;  Fou- 
ichéou...;  Amoy,,.;  Tai-wan...',  Tam-soui... 

Les  ports  désignés  par  le  Japon  pour  les  relations  commerciales 
sont  Yokohama,  dans  le  Département  de  Eocudo,  Province  de 
Moroachi.sous  le  Gouvernement  de  Kanagawa;  Hakodadi,  Dépar- 
tement de  Hokkaïdo,  Province  Atictori,  Gouvernement  Carla- 
conclii  ;  Osaka,  Département  Kinnai,  Province  Setschan,  Gou- 
vernement Osaka  ;  Hiogo,  Département  kalikinai,  Province 
Setschan,  Gouvernement  Hiogo  :  Niigata,  Département  Hokaim- 
kando»  Gouvernement  Niigata  ;  Pezo,  Département  Hokaini- 
kando,  Province  Sadochan.  Gouvernement  Sago,  sous  Niigata. 

Notons  encore  : 

Art.  XIII.  —  Le  propriétaire  Chinois  de  marchandises  impor- 
tées de  Chine  au  Japon  ne  sera  pas  autorisé  même  après  avoir 
acquitté  les  droits  d* usage,  à  pénétrer  dans  Tintérieur  du  Japon 
jx)ur  les  vendre,  et  réciproquement,  après  que  les  droits  de 
douane  auront  été  payés,  les  marchandises  japonaises  importées 
en  Chine  ne  pourront  être  vendues  dans  l'intérieur  que  par  des 
Chinois.  Elles  seront  soumises  aux  droits  de  transit  à  chaque 
barrière. 

Les  négociants  japonais  transportant  des  marchandises  dans 
l'intérieur  de  la  Chine  seront  arrêtés  et  traduits  devant  leur 
Consul  pour  être  punis. 

Art.  XIV.  —  Les  négociants  Chinois  et  Japonais  sont  autori- 
sés dans  les  ports  ouverts  des  deux  pays,  à  acheter  les  marchan- 
dises qu'ils  trouveront  sur  la  place  y  compris  les  objets  de  pro- 
venance étrangère,  à  la  condition  d'en  informer  le  Consul  de 
leur  nation  et  d'acquitter  les  droits.   Ils  peuvent  également  les 


TRAITÉ    AVEC    LE    JAPON  ^OI 

exporter  après  avoir  acquitté  les  droits  de  douane  mais  il  ne  leur 
est  pas  permis  d'aller  les  acheter  dans  Tintérieur. 

Les  marchandises  achetées  par  les  Japonais  dans  Tinter ieur  de 
la  Chine,  ou  par  des  Chinois  dans  Tintérieur  du  Japon,  seront 
confisquées  et  Tacheteur  sera  remis  entre  les  mains  de  son  Con- 
sul pour  être  poursuivi. 

Les  articles  ci-dessus  ont  été  faits  dans  le  but  qu'il  soit  bien 
compris  que  les  transactions  commerciales  entre  les  deux  pays  ne 
peuvent  avoir  lieu  que  dans  les  seules  places  désignées  par  le 
présent  traité. 

Ce  dernier  paragraphe  est  caractéristique.  Les  articles 
suivants  ont  également  un  intérêt  particulier  aux  deux  pays  : 

Art.  XXL  —  L'exportation  du  riz  est  prohibée  dans  les  deux 
pays  ;  le  transport  du  riz  d'un  port  à  un  autre  du  même  pays  est 
seul  autorisé.  La  quantité  de  riz  nécessaire  à  la  nourriture  de 
l'équipage  des  bâtiments  s'obtiendra  au  moyen  d'un  permis  dé- 
livré par  la  douane. 

Art.  XXIL  —  Les  bâtiments  Japonais  faisant  le  commerce  avec 
les  ports  de  Powigchau  et  Nleou-ichouang  ne  pourront  en  exporter 
des  lourleaux  de  haricots.  L'exportation  de  cette  denrée  leur  sera 
permise  dans  les  autres  ports. 

Art.  XXIII.  —  Le  nitre,  le  soufre  et  le  salpêtre  étant  des  ar- 
ticles d'utilité  nationale,  les  autorités  auront  seules  le  droit  d'en 
drs|30ser  en  Cliine.  Les  négociants  Japonais  qui  voudraient  faire 
le  commerce  de  ces  articles,  devront  au  préalable  obtçnir  une 
permission  spéciale  des  autorités  chinoises.  Ceux  qui  se  livre- 
raient à  ce  commerce  sans  être  porteurs  de  l'autorisation  requise 
seraient  punis  de  la  confiscation  de  leur  marchandise.  Les  négo- 
ciants chinois  qui  dans  les  ports  japonais  se  livreraient  sans  auto- 
risation légale  à  l'exportation  du  nitre,  soufre  et  cuivre  blanc  se- 
ront également  punis  de  la  confiscation  de  leur  marchandise. 

Art.  XXIV.  —  La  poudre,  les  boulets,  les  balles,  les  canons,  les 
pistolets  et  généralement  toutes  les  armes  de  guerre  ainsi  que  les 
chevaux  chinois  et  les  nouveaux  engins  de  guerre  seront  consi- 
dérés comme  marchandise  de  contrebande  dont  les  négociants 
des  deux  pays  ne  peuvent  faire  commerce  entre  eux  à  partir  des 
détroits  :  ces  articles  seront  saisis  à  bord  des  bâtiments  qui  les 
auraient  à  leur  bord  et  les  coupables  seront  pris  et  remis  aux 
autorités  de  leur  nation  j)our  être  jugés  par  elles  selon  les  lois. 

COKDIER.  L  —  26 


403  AMÉRICAINS    EN    CORÉE   TR.\ITÉ    JAPONAIS 

Art.  XXV.  —  Les  sapèquesde  cuhre  peuvent  en  Chine  et  au 
Japon  être  transportées  d'un  port  ouvert  à  l'autre  dans  le  même 
pays,  mais  il  est  défendu  de  les  exporter  d'un  pays  dans  l'autre. 
Les  négociants  qui  seraient  reconnus  coupables  de  se  livrer  en 
secret  à  ce  commerce  seront  arrêtés.  Les  Japonais  ne  pourront 
pas  exporter  le  sel  chinois,  et  le  sel  du  Japon  ne  pourra  pas  da- 
vantage être  exporté  en  Chine.  Les  contrevenants  seront  punis 
conformément  aux  lois  de  leur  pays. 

Le  traité  ratifié  par  rEmpereur  de  Chine  en  septembre 
1871,  le  fut  avec  des  modifications  le  i*^*"  novembre  1871, 
par  le  mikado. 


'l 


CHAPITRE  XXVIII 
MISSION  DE  TCH'OUNG  HEOU  \ 


TCH^OUNG    HEOU    EN    EUROPE 


Nous  savons*  que  Tclfoung  Heou  avait  été  chargé  de 
porter  en  France  les  excuses  du  gouvernement  chinois  pour 
le  massacre  de  Tièn-Tsin;  il  quitta  le  28  octobre  1870, 
accompagné  de  deux  fonctionnaires  des  Douanes  chinoises  : 
MM.  Novion  *  et  Imbert '.  Il  était  impossible  au  plénipoten- 
tiaire chinois  d'arriver  dans  notre  pays  à  un  plus  mauvais 
moment.  Lorsqu'il  débarqua  à  Marseille,  la  France  était  en- 
\ahie  et  le  Gouvernement  de  la  Défense  Nationale  avait  d'autre 
souci  que  celui  des  victimes  du  Massacre  de  Ïien-Tsin. 
Tch'oung  Heou  fut  promené  à  Bordeaux,  h  Tours,  à  la 
recherche  d'un  ministre  insaisissable  ;  du  haut  de  la  terrasse 
de  Saint-Germain,  le  fils  de  Han  dut  faire  de  singulières  ré- 
flexions en  voyant  les  incendies  allumés  par  la  Commune. 
Affolé,  Tch'oung  Heou  s'enfuit  jusqu'à  New- York,  d'où  une 
dépèche  le  rappela  en  France.  M.  G.  Lemaire  arrivait  de 
Péking  avec  des  renseignements  qyi  permettaient  de  mener 
à  bonne  (in  les  négociations  qui  n'étaient  pas  aussi  faciles  que 


I.  Voir  p.  366. 

'2.  Novion,  Alfred,  entré  dans  les  douanes  en  janvier  i863  ;  commis- 
saire en  avril  1875. 

3.  Imbert.  Albert,  entré  dans  les  douanes  en  janvier  1867,  comme 
employé  de  4*  classe  ;  se  retira  en  mars  1877  comme  assistant- secrétaire 
chinois  de  Flnspectorat  général  avec  rang  de  député-commissaire. 


/io4  MISSION    DE    TCH*OU\G    HEOU 

le  (lisait  le  prince  Koung  à  notre  chargé  d^aflaires  :  a  Oh  ! 
sa  mission  [de  Tch'oung  Heou]  est  toute  simple  :  il  n'a  pas 
d'affaires  à  traiter  et  seulement  des  compliments  à  faire.  » 
M.  Louis  de  Geofroy,  sous-directeur  à  la  division  politique, 
Tun  des  plus  actifs  collaborateurs  de  M.  de  Chaudordv, 
avait  été  nommé  ministre  plénipotentiaire  auprès  de  TEnipe- 
reur  de  Chine,  le  6  juillet  1870,  en  remplacement  du 
Comte  de  Lallemand;  il  fut  désigné  comme  Commissaire 
pour  conférer  avec  Tch'oung  Heou  ^ 


LETTRE    DE    M.    DE    REMUSAT    AU    PR1?ICE  KOUNG, 

6    NOVEMBRE    187I 

Le  ministre  des  Affaires  Étrangères,  M.  de  Rémusat, 
exposa  les  vues  du  gouvernement  français  dans  la  lellre 
suivante  : 

Versailles,  le  6  novembre  187 1. 

Prince, 

J*ai  rhonneur  de  répondre  à  la  lettre  de  Votre  Altesse  relali>e 
aux  événements  de  Ïien-Tsin,  et  qui  a  été  remise  à   mon  prédé- 

I.  Geofroy,  François- Louis -Henri  de,  né  à  Avignon,  le  27  octobre  i8a3  ; 
attaché  sur  numéraire  aux  Archives,  i*^''  décembre  i848  ;  aspirant  diplo- 
maliquc.  attaché  à  la  mission  de  la  Plata,  a3  décembre  r85i  ;  dotaclié  à 
Kio,  juin-novembre  i852  ;  intérim  de  secrétaire  de  légation  à  Rio. 
mai-novembre  1854  ;  secrétaire  de  légation  à  Bogota,  4  décembre  i854  ; 
secrétaire  de  2*-*  classe,  3i  août  i856;  charge  d'aflTaires  à  Bogota,  mars 
1857-avril  i858;  secrétaire  de  i''<-*  classe,  1 3  octobre  i863;  chargé  d'af- 
faires à  Washington,  février  i864-raai  186Ô;  sous  directeur  &  la  division 
politique,  28  octobre  1866;  minisire  plénipotentiaire  de  2«  classe,  I3 
avril  1870  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  auprt's  de 
l'Empereur  de  Chine,  6  juillet  1870;  détaché  à  la  Délégation  de  Tours 
et  de  Bordeaux,  septembre  1870 -février  1871;  chargé  à  Versailles  et  à 
Paris  de  négociations  avec  l'ambassadeur  chinois,  mars-décembre  187 1  ; 
envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Tokyo,  3o  avril  1876; 


LETTRE  DE  M.  DE  RÉMLSAT  AU  PRINCE  ROCNG      4o5 

resseur,  dans  le  courant  du  mois  de  mars,  par   l'Ambassadeur 
Tch'oung  Heou. 

Lorsque  la  nouvelle  de  ces  horribles  événements  parvint  en 
France  Tannée  dernière,  et  qu*on  apprit  qu'un  Consul  du  Gou- 
vernement, des  prêtres  vénérables,  des  sœurs  de  charité  unique- 
ment dévouées  aux  bonnes  œuvres  et  dignes  de  tous  les  respects 
avaient  été  massacrés  par  une  populace  aveuglée,  sans  que  les 
Autorités  du  lieu  eussent  fait  ce  qu'elles  auraient  dû  jxjur  arrêter 
ces  malheurs,  une  indignation  générale  s'empara  des  esprits,  et 
Ton  put  croire  que  les  relations  des  deux  Gouvernements  allaient 
otre  sérieusement  troublées.  Mais  notre  Chargé  d'AlTaires  de 
France  à  Péking,  M.  de  Rochechouart,  ayant  fait  savoir  que  le 
Gouvernement  Chinois  avait  spontanément  ordonné  certaines  me- 
sures de  réparation,  et  décidé  l'envoi  d'un  Ambassadeur  près  de 
nous,  toutes  déterminations  furent  suspendues  jusqu'à  l'arrivée 
de  cet  agent. 

L'Ambassadeur  Tch'oun g  Hoou  arriva  en  effet  à  la  fin  de  l'hiver 
à  Bordeaux.  De  là  il  vint  à  Versailles,  où  il  fut  reçu  par  le  Mi- 
nistre des  Affaires  Etrangères  d'alors,  et  conformément  à  la  lettre 
de  Votre  Altesse,  il  fit  connaître  officiellement  que  le  Gouverne- 
ment Impérial  avait  puni  de  mort  une  vingtaine  des  coupables  de 
Tien-Tsin,  exilé  un  nombre  égal,  dégradé  et  déporté  le  Préfet  et 
le  Sous-Préfet,  convaincus  d'avoir  trempé  dans  l'émeute  ;  qu'une 
indemnité  était  destinée  aux  familles  des  victimes  et  à  la  recons- 
truction des  édifices  détruits,  et  qu'enûn  il  était  porteur  d'une 
lettre  de  l'Empereur  exprimant  ses  regrets  de  ce  déplorable  at- 
tentat, ainsi  que  sa  ferme  intention  d'aviser  à  ce  que  de  sembla- 
bles crimes  ne  se  renouvellent  plus  à  l'avenir. 

Un  Commissaire  fut  désigné  pour  examiner  ces  divers  points 
et  en  conférer  avec  votre  Ambassadeur. 

Le  choix  du  Gouvernement  s'arrêta  sur  M.  de  Geofroy,  haut 
fonctionnaire  du  Département  des  Affaires  Étrangères,  déjà  nommé 
précédemment  pour  remplir  les  fonctions  de  Ministre  Pléni- 
potentiaire en  Chine,  en  remplacement  du  Comte  de  Lallemand. 

ministre  plénipotentiaire  do  i'^^  classe,  3i  octobre  1876;  commissaire  du 
gouvernement  près  la  commission  mixte  chargée  du  règlement  de  certaines 
réclamations  motivées  par  des  dommages  de  guerre  à  Washington.  a8 
juillet  1880;  admis  à  la  retraite,  26  décembre  i883.  Chevalier  delà 
Légion  d'honneur,  i"  aoAl  1857;  officier,  9  août  i864;  commandeur, 
9  mai  187/1. 


4o6  MISSION    DE    TCH*Ot'>G    IIEOU 

Plusieurs  conférences  furent  tenues  successivement  au  Palais 
de  Trianon  et  ensuite  à  Paris. 

Tout  d'abord  il  parut  au  Commissaire  Français,  de  même  que 
le  Comte  de  Rochechouart  Tavait  déjà  représenté  à  V.  A.,  qu'en 
ce  qui  concernait  les  deux  magistrats  coupables  de  connivence, 
Taclion  de  la  justice  n'avait  pas  été  assez  sévère,  et  il  invita  votre 
Envoyé  à  rechercher  avec  lui  les  moyens  de  compléter  ce  que 
Tenscmblc  de  ces  réparations  présentait  d'insuflisanl,  en  stipu- 
lant au  moins  certaines  garanties  pour  l'avenir. 

L'Ambassadeur  ayant  allégué  qu'il  était  sans  pouvoirs  à  cet 
égard,  il  en  fut  référé  à  Péking. 

Dans  l'intervalle,  et  en  attendant  les  instructions  de  V.  A., 
votre  Envoyé  ne  fit  pas  difficulté  de  s'entretenir  de  plusieurs 
questions  qui  se  rapportaient  à  l'objet  limité  de  sa  mission.  Il 
examina,  notamment,  avec  M.  de  Gcofroy,  le  projet  de  règle- 
ment en  huit  articles  *,  relatif  à  l'exercice  de  la  religion  Chré- 
tienne en  Chine.  Les  deux  négociateurs  échangèrent  aussi  leurs 
idées  au  sujet  de  l'Audience  Impériale. 

-  En  ce  qui  concerne  le  projet  de  règlement  en  huit  articles,  il  a 
été  facile  à  notre  Commissaire  de  montrer  le  peu  de  fondement 
des  allégations  sur  lesquelles  on  a  prétendu  appuyer  cette  inno- 
vation, et  l'impossibilité  d'y  donner  suite  sans  violer  manifeste- 
ment les  traités.  Il  n'a  pas  hésité,  du  reste,  à  admettre  la  jus- 
tesse de  quelques-unes  des  observations  de  votre  Ambassadeur. 
Procè.s-verbal  a  été  dressé  de  ces  conférences,  relu  et  reconnu 
exact  par  les  deux  parties. 

Nous  avons  appris  plus  tard  que  le  projet,  réfuté  victorieuse- 
ment par  les  principales  Léfçations  Etrangères  à  Péking,  aussi 
bien  que  par  nous,  venait  d'être  retiré.  Nous  ne  pouvons  que 
louer  le  ïsoung-li  Yamen,  de  la  prudence  qu'il  a  montrée  dans 
cette  circonstance. 

Un  autre  point  d'une  haute  importance  a  été  abordé  ainsi  que 
je  l'ai  dit  plus  haut  :  c'est  celui  de  l'audience  Impériale  et  de  la 
réciprocité  que  s'accordent  en  pareil  cas  tous  les  gouvernements 
suivant  les  usages  internationaux.  Après  avoir  rappelé  les  précé- 
dents et  les  réserves  formelles  faites  à  l'occasion  de  la  mission  de 
M.  Burlingame,  le  Commissaire  Français  a  fait  ressortir  la  né- 
cessité de  régler  enfin  cette  affaire  conformément  au  droit  et  à  la 


I.  Voir  plus  loin,  p.  l^^S, 


TFT 


LETTRE    DE    M.    DE    RÉMUSAT    AU    PRINCE    KOUNG  ^07 

dignité  des  deux  Gouvernements  en  établissant  leurs  relations 
officielles  sur  le  pied  d'une  parfaite  égalité  et  d'une  considération 
réciproque.  Votre  Ambassadeur  a  reconnu  que  ce  règlement  ne 
pouvait,  en  effet,  être  plus  longtemps  retardé,  et  qu'il  en  rcsul- 
lerait  un  grand  bien  pour  les  rapports  mutuels  et  pour  rcxpcdi- 
tion  des  affaires, 

Cependant  M.  Lemairc'  était  venu  de  Chine  porteur  des  ins- 
tructions supplémentaires  de  V.  A.  pour  rAmbassadcurTch'oung. 
et  il  nous  fit  en  même  temps  connaître  les  décisions  prises  par 
le  Gouvernement  Impérial  au  sujet  du  cimetière  de  Tien-Tsin. 
Nous  avons  vu,  dans  ces  nouvelles  mesures,  qui  ne  pourront 
manquer  de  faire  impression  sur  l'esprit  du  peuple,  une  preuve 
de  bonne  volonté  et  d'un  sincère  désir  de  nous  satisfaire  ;  d'au- 
tre part,  l'Ambassadeur  ïch'oung  nous  ayant  déclaré  par  écrit, 
qu'aussitôt  après  son  retour  à  Péking,  il  saisirait  l'Empereur  lui- 
même  de  toutes  les  difficultés  pendantes,  et  en  presserait  respec- 
tueusement la  solution,  le  Président  de  la  République  Française 
prenant  acte  de  ces  assurances,  et  voulant  donner  une  marque  de 
son  esprit  de  conciliation  et  de  la  considération  particulière  qu'il 
professe  pour  l'Empereur,  a  décidé  qu'il  recevrait  en  audience 
solennelle,  des  mains  de  votre  Ambassadeur,  la  lettre  Impériale 
dont  il  était  porteur. 

V.  A.  aura  déjà  eu  connaissance  des  détails  de  cette  cérémo- 
nie et  des  paroles  qui  y  ont  été  prononcées  par  le  Président. 
Elle  aura  vu  que  le  Gouvernement  Français  ne  souhaite  pas 
moins  que  vous  de  voir  s'effacer  toute  trace  de  la  mésintelligence 
créée  par  les  déplorables  événements  de  Tien-tsin. 

Le  Président  pense  que  les  supplices  et  les  indemnités  ne  sont 
des  réparations  efficaces  qu'autant  que  des  garanties  morales  les 
accompagnent,  et  il  croit  que  le  plus  sûr  moyen  de  protéger  les 
Missionnaires  Français,  et  en  général  les  Étrangers,  c'est  ([ue  le 
Gouvernement  Chinois  leur  donne,  par  ses  édits,  des  marques 
publiques  de  l'estime  à  laquelle  ont  droit  des  hommes  honnêtes 
qui  font  le  bien  et  qui  respectent  les  lois.  De  la  sorte  s'évanoui- 
ront promptemenl  les  préjugés  populaires  et  les  accusations 
malveillantes.  Car  nous  savons  que  le  peuple  Chinois  est  do- 
cile et  écoute  avec  soumission  la  voix  de  ses  magistrats. 

Le  Président  de   la  République  Française  veut   aussi  que  les 

I.  Gabriel  Lemaire,  interprète. 


4o8  MISSION    DE    TCh'oUNG    HEOU 

agents  de  son  Gouvernement  en  Chine  s'appliquent  par  une  cor- 
diale entente  avec  les  Autorités  Chinoises  a  prévenir  et  à  dénouer 
pacifiquement  toutes  les  complications  qui  pourraient  survenir. 
Il  désire  que  vous  ne  doutiez  pas  de  Tesprit  d'équité  qui  l'anime, 
aussi  bien  que  de  ses  intentions  amicales. 

Le  séjour  prolongé  de  l'Ambassadeur  Tch'oung  en  France 
aura  eu  pour  elTet  de  le  convaincre  pleinement  de  nos  disposi- 
tions, et  il  sera  en  mesure  de  vous  en  porter  l'assurance,  ^oiis 
espérons  que  sa  mission,  à  ce  point  de  vue,  produira  les  meil- 
leurs résultats,  et  nous  aimons  à  espérer  qu'elle  sera  le  prélude  de 
rapports  plus  intimes  entre  nous,  auxquels  contribueraient  puis- 
samment l'établissement  d'une  Légation  Chinoise  permanenle  en 
France,  et  l'envoi  d'un  certain  nombre  de  jeunes  Chinois  qui 
viendraient  étudier  chez  nous  notre  langue,  nos  arts  et  notre 
industrie. 

Du  reste,  au  moment  où  votre  Ambassadeur  va  nous  quitter, 
je  me  plais  à  dire  h  Votre  Altesse  que  nous  avons  pleinement 
apprécié  ses  qualités,  son  entente  des  allaires,  la  modération  de 
son  esprit  et  sa  parfaite  courtoisie.  Nous  souhaitons  cjue  tous 
ceux  qui  lui  succéderont  lui  ressemblent.  Je  dois  aussi  rendre 
un  bon  témoignage  de  l'intelligence  et  du  zèle  des  deux  Secré- 
taires Français  que  V.  A.  lui  a  adjoints,  MM.  Novion  etlmbcrt. 
En  servant  loyalement  vos  intérêts,  comme  c'était  leur  devoir, 
ils  ont  par  cela  môme  servi  ceux  de  leur  pays,  qui  ne  diffcrenl 
pas  des  vôtres. 

.De  notre  côté,  notre  Envoyé  P^xtraordinaîre  et  Ministre  pléni- 
potentiaire, M.  de  GeofroY,ne  tardera  pas  h  se  rendre  à  Péking, 
pour  y, suivre  et  y  terminer  avec  V.  A.  les  négociations  qu'il  a 
commencées  ici.  11  sera  nmni  également  des  pleins  pouvoirs  né- 
cessaires pour  procéder  à  la  révision  des  traités.  Enfin,  outre  ses 
lettres  de  créance  ordinaires,  il  sera  chargé  par  le  Président*  de 
la  République  d'une  lettre  spéciale  pour  l'Empereur  en  réponse 
à  celle  que  l'Ambassadeur  Tch'oung  a  apportée.  Je  ne  doute  pas 
que  V.  A.  et  le  Gouvernement  Impérial  n'aient  pleinement  à  se 
louer  de  notre  nouvel  Envoyé. 

Rémcsat. 

Nous  verrons  plus  loin  quelle  a  été  la  nature  du  règlement 

en  huit  articles  auquel  M.  fie  Rémusat  fait  allusion. 

Enfin,  Tch'oung  Heou,  descendu  à  THôtel  des.Réservoirs, 


"Ti     V * 


DISCOURS    DE    TCn'otNG    HEOf  409 

à  Versailles,  fut  reçu  le  23  novembre  1871,  en  audience 
publique,  par  le  Président  de  la  République,  M.  Thiers, 
ayant  auprès  de  lui  les  Ministres  des  Affaires  Etrangères, 
delà  Guerre  et  de  la  Marine,  ainsi  que  M.  Louis  de  Geofroy. 
Le  plénipotentiaire  chinois  prononça  le  discours  suivant  : 


DISCOURS  DE   TCu'oiWr.-HEOl' 


Monsieur  le  Présidem*, 

Moi,  ïch'oungiloou,  anibassadinir  dn  f?raiid  empiro  desTsing, 
ai  reçu  Tordre  de  mon  auguste  Empereur  de  \enir  ici  pour  sa  - 
luer  à  sa  place  Fillustrc  Président  de  la  grande  nation  française 
et  lui  présenter  respectueusement  une  lettre  impériale. 

Le  3  r  juin  de  l'année  dernière,  des  malfaiteurs  ayant  volé  des 
enfants  à  Ticn-Tsin,  y  donnèrent  lieu  à  une  émeute.  L'Empereur 
envova  Tseng  Rouo-fan,  l'un  des  ministres  secrétaires  d'PUat, 
vice-roi,  gouverneur  général  duTchéli,  et  autres  officiers,  pour 
tout  examiner  avec  écpiilé  et  justice.  Il  promulgua  en  même 
temps  un  décret  aux  vice-rois,  gouverneius  de  provinces  et  auto- 
rités locales  pour  assurer  partout  la  sécurité  à  qui  de  droit.  Tseng 
Kouo-fan  et  ses  assistants,  après  avoir  destitué  les  deux  magis- 
trats Tcbang  et  Lieu,  pour  avoir  manqué  à  leurs  devoirs,  les  re- 
mirent au  département  de  la  justice,  qui  les  condamna  au  ban- 
nissement dans  la  Tartarie.  Quant  aux  émeutiers,  vingt  coupa- 
bles furent  décapités,  vingt-cinq  autres  déportés.  Un  nouveau 
décret  enjoignit  aux  autorités  locales  de  provinces  de  faire  des 
proclamations  au  peuple  pour  qu'il  n'v  ait  plus  d'émeutes. 
l'Empereur  déclarant  sa  ferme  volonté  que  les  Français  en  Chiue 
jouissent  de  la  paix  et  de  la  tranquillité. 

L'Empereur,  mon  maître,  en  regrettant  cette  affaire,  espère 
qu'après  son  règlement  satisfaisant  et  défmitif,  elle  n'apjx)rlera 
absolument  aucun  préjudice  aux  relations  des  deux  pays.  Pn»- 
nant  donc  poiu'  base  ce  qui  avait  été  convenu  entre  le  cliargé 
d'affaires  de  France,  de  RocluTliouart,  et  le  ministre  des  affaires 
étrangères  à  Péking,  j'en  ai  délibéré  ici  avec  le  plénipotentiaire  de 
France,  de  Geofroy.  Et  connue  j'ai  rencontré  en  lui  l'esprit 
d'équité,  de  justice  et  de  libéralité,  cette  affaire  est  terminée 
d'une  manière  satisfaisante. 


4lO  MISSION    DE    TCH'oUNG    HEOU 

J'ai  donc  riionncur,  moi  ambassadeur,  de  remettre  à  l'illus- 
tio  Président  la  lettre  impériale  dont  je  suis  porteur.  Je  lui  offre 
en  m^me  temps  au  lieu  et  place  de  mon  auguste  maître,  les  re- 
merciements pour  raccueil  libéral  qui  m'a  été  fait.  L'amitio 
entre  les  deux  nations  n'en  sera  que  plus  ferme,"  plus   durable. 

Si  l'illustre  Président  a  une  lettre  nationale  à  transmettre  on 
des  paroles  à  communiquer  à  mon  auguste  maitre,  moi  ambas- 
sadeur, suis  prêt  à  m'en  cbarger. 


DISCOURS    DU    PRESIDENT 

Le  Président  de  la  République  répondit  : 

Monsieur  l'Ambassadeur, 

Je  reçois  avec  satisfaction  la  lettre  que  vous  me  présentez  do 
la  part  de  votre  souverain.  Elle  est  pour  moi  un  gage  du  regret 
qu'il  a  éprouvé  des  déplorables  événements  de  Tien-Tsin.  et  de 
son  sincère  désir  d'en  prévenir  à  jamais  le  retour.  Vous  me  par- 
lez des  nombreux  supplices  infligés  aux  coupables,  ^.a  nation 
française  est  trop  bumaine  pour  se  complaire  dans  l'eiTusion  du 
sang.  Elle  ne  réclame  que  les  sé\érit66  nécessaires  pour  contenir 
les  mécbants.  et  elle  croit  qu'aux  moyens  de  rigueur  il  faut  en 
ajouter  d'autres.  Le  devoir  des  gouvernements,  en  même  temps 
qu'ils  répriment  les  excès  de  la  foule,  est  de  calmer  ses  passioiiî». 
de  dissiper  ses  préjugés,  de  lui  faire  entendre  la  voix  de  la  rai- 
son et  de  l'bumanité. 

Votre  gouvernement  est  trop  éclairé  pour  ne  pas  apprécier  le 
mérite  de  ces  missionnaires,  parfaits  liommes  de  bien,  s'expa- 
triant  pour  porter  dans  le  monde  les  principes  de  la  civilisation, 
contre  qui  des  malintentionnés  n'ont  pas  craint  dernièrement 
d'ameuter  la  liaine  populaire.  Qu'il  le  proclame  dans  ses  d(Wts, 
qu'il  saisisse  toutes  les  occasions  d'en  rendre  un  solennel  témoi- 
gnage ;  le  peuple  res])ectera  les  étrangers  quand  il  les  verra  hono- 
rés par  ses  propres  magistrats. 

Nous  voulons  supposer  aussi  que  le  peuple  chinois  n'a  pas 
compris  l'énormité  du  crime  qu'il  commettait  lorsqu'il  a  porte 
la  main  sur  la  personne  d'un  consul  de  France.  Il  appartient  en- 
core au  gouvernement  chinois   de   donner,  par  son  attitude  et 


DISCOURS    DU    PRÉSIDENT  4ll 

SCS  procédés  à  l'égard  des  agents  diplomatiques  cl  consulaires,  la 
mesure  de  la  considération  toute  particulière  qui  est  due  à  leur 
caractère  public,  en  vertu  des  règles  universellement  admises 
chçz  toutes  les  nations. 

Ce  n*est  qu'à  ces  conditions,  et  lorsfpie  votre  gouvernement 
sera  entré  franchement  dan»  cette  voie,  que  nous  poun'ons  arri- 
\er  à  une  application  sincère  des  traités,  cl  que  nous  éditerons 
(le  nouveaux  incidents  qui  compromettraient  gravement  les  rap- 
ports de  rOccidentavec  l'Orient. 

Je  répondrai  à  l'Empereur,  et  je  lui  ferai  parvenir  ma  lettre 
par  le  ministre  de  la  République  à  Péking.  Assurez-le,  en  atten- 
dant, de  notre  vif  désir  de  vivre  en  bonne  intelligence,  de  multi- 
plier nos  relations  et  par  suite  d'accroître  notre  confiance  et  notre 
estime  mutuelles.  Jeconsidérerais comme  utile,  à  cet  effet,  qu'une 
légation  chinoise  résidât  en  France  d'une  manière  permanenle, 
de  même  qu'une  légation  française  réside  à  Péking.  Si  ce  projet 
se  réalisait,  nous  ne  pourrions  que  souhaiter  de  voir  à  la  tète  de 
la  future  mission- un  haut  fonctionnaire  qui  vous  ressemblai, 
Monsieur  l'Ambassadeur,  et  qui  y  apportât  le  même  esprit  de 
justice,  les  mêmes  dispositions  sympathiques  dont  vous  avez  fait 
preuve  et  que  je  me  plais  à  reconnaître  ici. 

Veuillez  saluer  l'Empereur  de  ma  part. 

L'ambassadeur  a  répliqué  : 

A  mon  retour  en  Chine,  je  communiquerai  à  l'EmjKîreur  les 
paroles  de  Monsieur  le  Président  de  la  République  '. 

Cette  réception  n'avait  pas  été  obtenue  sans  peine  et  sans 
délicates  négociations.  M.  Thiers  avait  tout  d'abord  refusé  de 
recevoir  Tch'oimg  Ileou,  parce  qu'à  la  suite  de  la  réception 
de  M.  Burlinganie,  une  audience  impériale  n'avait  pas  été 
accordée  au  ministre  de  France  à  Péking. 

Les  tribulations  du  pauvre  mandarin  étaient  finies  ;  un  de 
nos  écrivains  les  plus  spirituels  les  a  jadis  contées. 


I.  Journal  officiel,  a4  novembre  187 1. 


4ia  MISSION    DE   TCn'oUNG    HEOU 


LETTRE    DE    M.    THIERS    A    l'eMPEREUR  DE    LA    CHINE 


Le  Président  de  la  République  Française  salue  TEMPEUErR 
de  la  Chine. 

L'ambassadeur  Tch'oung  Heou  m'a  présenté  la  lettre  dont 
V.  M.  I.  l'avait  chargé.  J'y  ai  trouvé  le  témoignage  de  vos  dis- 
positions amicales  envers  la  France,  et  de  votre  sincère  désir  do 
maintenir  en  les  affermissant  les  bonnes  relations  entre  les  deux 
pays.  Ces  sentiments  répondent  h  ceux  que  j'éprouve,  et  j'ai  éU* 
heureux  d'en  recueillir  l'expression. 

F^e  soulèvement  populaire  qui  s'était  produit  à  Tien-Tsin  au 
mois  de  juin  1870,  et  les  attentats  dont  un  Consul  Français  et 
plusieurs  de  ses  nationaux  avaient  été  victimes  étaient  de  nature 
à  nous  aflcctcr  d'autant  plus  péniblement  que  ces  déplorables 
cvonements  pouvaient  devenir  une  cause  de  mésintcllîgenre 
entre  nous.  Mais  la  sévérité  déployée  contre  les  principaux  auteurs 
du  massacre,  et  les  décrets  de  V.  M.  L  ordonnant  aux  grands 
officiers  des  provinces  d'assurer  la  sécurité  des  Français  résidant 
clans  ses  vastes  domaines  nous  montrèrent  bientôt  que  V.  M.  l. 
n'entendait  pas  laisser  compromettre  par  la  foule  ignorante  ou 
par  des  gens  mal  intentionnés  l'amitié  déjà  ancienne  qui  nous 
lie,  qu'EUe  voulait  fermement  que  nos  bons  rapports  ne  fussent 
plus  troublés,  et  que  les  deux  peuples  pussent  désormais  jouir,  a 
l'abri  de  toute  inquiétude,  des  avantages  garantis  réciproque- 
ment par  nos  traités  d'amitié  et  de  commerce. 

Votre  Ambassadeur,  ïch'oung  Heou,  nous  ayant  donné  de  son 
côté  l'assurance,  en  votre  nom,  et  nous  ayant  fait  j>art  des  décla- 
rations satisfaisantes  pour  l'avenir,  nous  résolûmes  de  le  recevoir 
en  audience  solennelle,  et  avec  les  honneurs  dus  au  Représentant 
d'un  Grand  Prince  et  d'un  ami.  Tch'oung  Heou  aura  rendu 
compte  à  V.  M.  I.  de  la  réception  que  je  lui  ai  faite.  Il  lui  aura 
également  présenté  son  rapport  sur  les  diverses  questions  dont 
il  s'est  entretenu  avec  nous. 

Depuis  de  longues  années,  un  Ministre  et  des  officiers  diplo- 
matiques français  résident  dans  la  capitale  de  votre  illustre 
Empire,  leur  présence  est  pour  V.  M.  I.  un  témoignage  perma- 
nent de  l'estime  et  du  bon  vouloir  de  la  France  ;  ils  s'attachent 
à  entretenir  des  relations  amicales  et  courtoises  avec  les  fonc- 


'•Jï^r 


RETOUR    DE   TCti'oUNG    HEOC  4ï3 

tîonnaîrcs  Chinois,  et  sont  chargés  à  veiller,  en  ce  qui  nous 
concerne,  à  Texéculion  des  traités.  Ils  s'appliquent  à  connaître 
les  lois,  les  mœurs  et  les  coutumes  de  la  Chine,  et  l'expérience 
qu*ils  acquièrent  peut  nous  suggérer  à  l'occasion  les  moyens  de 
resserrer  et  de  rendre  plus  solides  les  liens  qui  unissent  les  deux 
pays.  Pour  que  de  votre  côté  vous  puissiez  concourir  plus  direc- 
tement à  ce  résultat,  il  serait  désirable  qu'une  mission  chinoise 
résidât  aussi  d'une  manière  permanente  dans  notre  capitale,  et 
si  V.  M.  I.  juge  à  propos  d'en  envoyer  une,  je  serais  charmé 
que  son  choix  tombât  sur  un  fonctionnaire  d'un  caractère  aussi 
élevé  que  l'ambassadeur  Tch'oung  Ileou,  car  j'ai  pu  reconnaître 
combien  est  méritée  l'estime  flatteuse  dont  V.  M.  I.  l'honore. 

L'époque  de  la  révision  des  traités  étant  arrivée,  j'ai  choisi 
pour  en  conférer  avec  les  hauts  dignitaires  qui  seront  délégués 
par  Y.  M.  I.,  M.  de  Geofroy,  Ministre  plénipotentiaire,  à  qui  je 
donne  pour  cette  occasion  des  pouvoirs  extraordinaires,  qui 
l'accréditent  auprès  de  V.  M.  I.  en  qualité  de  ministre  ordinaire 
et  permanent.  Investi  de  toute  ma  confiance,  M.  de  Geofroy 
sera  le  meilleur  interprète  des  sentiments  amicaux  qui  nous 
servent  de  règle  de  conduite  dans  nos  relations  avec  l'Empire 
Chinois,  et  j'attends  de  la  mission  que  je  lui  ai  confiée  des 
résultats  à  la  fois  conformes  aux  intérêts  mutuels  des  deux 
nations,  et  aux  vœux  sincères  que  je  fais  pour  la  prospérité  et  la 
gloire  de  V.  M.  I. 

Écrit  à  Versailles,  le  28  mars  187a. 


RETOIR    DE    TCÏl'oi.VG    HKOL ,     1872 

Tch'oung  licou  rentra  en  Chine  avec  le  Mekon*^  ;  il  arri- 
vait à  Hong-Kong  le  i8  janvier  1872  et  quittait  Chang-Haï 
le  26,  après  avoir  l'ait  visite  au  Consul  Général  de  France. 
«  Au  dite  de  la  (uizette  de  Péking^  à  son  passage  à  Tien 
Tsin,  le  i*""  mars  renipresscmcnt  était  tel  pour  le  voir  que 
plusieurs  milliers  de  personnes  étaient  sorties  de  la  ville 
pour  aller  à  sa  rencontre,  et  à  son  départ  après  un  séjour  de 
deux  heures  seulement  chez  un  ami  de  son  père,  la  même 


4  [4  MISSION    DE   TCH  OUNG    HEOU 

aiïïuence  de  curieux   Taccompagna  encore  pendant  Tespace 
d'un  mille'.  » 

Tch'oung  Heou,  rentré  à  Péking  le  5  mars,  déjà  vice- 
président  du  ministère  de  la  Guerre,  fut  nommé  membre 
assistant  du  Tsoung-Ii-Yamen  (6  mars  1872),  après  une 
audience  de  l'Empereur  qui  se  déclara  fort  satisfi»t  de  la 
manière  dont  il  avait  dirigé  sa  mission. 


M.    DE    GEOFROY 


Le  nouveau  ministre  de  France  en  Chine,  M.  Louis  de 
Geofroy*,  arriva  à  Hong  Kong  le  9  mai  1872  en  route  pour 
Péking,  il  y  trouva  le  nouveau  commandant  en  chef  de  Fos- 
cadre  de  Chine,  l'amiral  Garnault,  remplaçant  l'amiral  Gi- 
zolmc,  parvenu  au  terme  de  son  commandement,  et  les  mem- 
bres de  sa  légation  arrivés  par  un  paquebot  avant  lui  ;  il  visita 
Canton,  Swatow,  Fou-tchéou,  les  Chou-san  et  Ning-Po  ; 
il  quitta  Chang-Haï,  le  3o  juin,  sur  le  navire  de  guerre 
LinoiSy  avec  une  escorte  de  neuf  gendarmes  à  cheval.  II 
avait  avec  lui  comme  secrétaire  de  Légation,  M.  Guillaume 
de  Roquette,  comme  attaché,  M.  de  Kergariou,  et  comme 
attaché  militaire,  M.  Guy  de  Contenson  ;  M.  de  Bezaure, 
débutait  comme  élève-interprète.  M.  de  Geofroy  arriva  à  Pé- 
King,  le  3  août  1872.  M.  de  Rochechouart  prenait  un  congé 
bien  mérité,  après  cinq  années  de  résidence  à  Péking,  dont 
trois  à  la  tête  de  la  légation. 

LETTRE  DE  M.  DE  ROCHECHOUART,  lO  JUIN  1872 

Notre  chargé  d'affaires,  le  Comte  de  Rochechouart  qui 
avait   rendu   les   plus   grands  services    aux    missionnaires. 

I,  Nouvelliste  de  Shang-Ha'i\  i8  mars  1872. 
a.  Voir  p.  4o4»  note. 


LETTRE    DE    M.    DE    ROCHEGHOUART  l^lb 

adressa  la  lettre  suivante  aux  évoques  de  Chine  en  quittant 
son  poste  qu'il  devait  retrouver  plus  tard  : 

Poking,  îojuin  1872. 
Monseigneur,  ^ 

Avant  de  quitter  la  Chine,  apros  y  avoir  fait  un  long  et  pénible 
séjour,  je  tiens  à  vous  exprimer  tous  mes  remerciements  pour  le 
concours  que  j'ai  toujours  trouvé  auprès  de  vous.  Nous  avons 
traversé  des  circonstances  douloureuses  qui  m'ont  permis  d*aj)- 
précier  à  leur  juste  valeur  le  dévouement,  la  charité  et  l'énergie 
des  missionnaires  ;  aussi,  j'emporte  de  vos  œuvres  l'admiration 
et  la  sympathie  la  plus  sincère. 

Recevez,  Monseigneur,  l'assurance  de  ma  plus  respectueuse 
considération. 

R0C11ECUOUART. 


t 


CHAPITRE  XXIX 


LE  MEMORANDUM  CHINOIS 


Vers  le  milieu  de  1871,  la  Chine  crut  le  moment  favo- 
rable pour  se  faire  rétrocéder  par  les  étrangers  quelques-uns 
des  avantages  qu'ils  avaient  si  péniblement  acquis  depuis  dix 
ans.  11  est  bien  certain  que  le  chàliment  des  principaux  cou- 
pables du  massacre  de  Ïien-Tsin  n'ayant  pas  été  exigé,  le 
gouvernement  de  Péking  devait  être  singulièrement  enhardi 
par  cette  marque  de  faiblesse  apparente  ;   d'autre  part,  les 
revers  de  la  France,  principale  protectrice  des  intérêts  des 
missionnaires  on  Chine,  avaient  pu  faire  croire  que  ce  grand 
pays  accepterait  bénévolement  le  mémorandum  ou   circu 
laire  que  le  Tsoung-li  Yamen  adressa  aux  Légations  étran- 
gères au  sujet  des  missions  et  un  projet  de  règlement  en  huit 
articles  relatifs  aux  missionnaires  chrétiens. 

Voici  ce  document  important,  signe  par  Wen-Siang  et 
Clieun  Kouei-feun,  avec  des  extraits  des  considérants  qui  le 
[)récèdent  ^  : 

I .  Le  Mcraorandum  a  élc  public  dans  la  plupart  des  journaux  de  CliiiiP, 
dan»  la  brochure  de  P.  Giquel,  citée  plus  loin,  etc.,  ainsi  que  dan*  If 
livre  bleu  suivant  : 

—  67«'/ifl,  n»  3(1871).  Circular  of  the  Cinnese  Government  corn- 
municated  by  the  French  Chargé  d'affaires.  Prescnted...,  1871- 
Lond.,  in -fol.  [G.  —  366  ] 

Voir  aussi  : 

—  China,  n"  i  (1872).  Correspondence  rospeciing  the  Circular  oj 
ihe  Chinese  Government  of  Fehruary  9,  1871,  relating  to  Mission- 
aries.  Presenled 1872.  Lond.,  in  fol.  [G.  —  468.] 


'Ï3«"V 


LK    MEMORANDUM    CHINOIS  /Jl" 

«  Le  commerce  n*a  donné  lieu  à  aucun  diflerend  entre  l'Élat 
central  et  les  États  extérieurs  ;  il  n'en  est  pas  ainsi  des  missions 
qui  sont  une  source  d*abus  incessants  ;  elles  ont  pour  but 
d'exhorter  à  la  vertu  et  elles  produisent  un  effet  inverse.  Partout 
où  paraissent  les  missionnaires,  ils  s'attirent  l'animadversion  du 
peuple.  Les  premiers  qui  vinrent  dans  l'État  central  étaient  dé- 
signés sous  le  nom  de  «  Lettrés  de  l'Occident  ».  La  plupart  des 
conversions  se  faisaient  parmi  des  gens  respectables,  tandis  que 
depuis  la  conclusion  des  traités,  en  1860,  la  plupart  des  convertis 
sont  des  gens  sans  vertu  ;  aussi'  cette  religion  resle-t-cUe  sans 
considération  ;  aussi  les  consciences  sont  devenues  la  proie  du 
besoin.  A  l'ombre  de  l'influence  des  missionnaires,  les  clu'élicns 
ont  continué  à  opprimer  le  peuple  et  à  le  tromper  ;  de  là  des  que- 
relles et  finalement  dos  luttes  incessantes  entre  les  chrétiens  et 
les  non-chrétiens.  Les  missionnaires  se  liguent  et  s'insubordon- 
nent  avec  les  chrétiens  contre  les  autorités  légitimes...  D'anciens 
rebelles  mis  hoi*s  la  loi,  cherchent  un  refuge  dans  l'église  cl 
abritent  leurs  désordres  sous  sa  protection...  Le  peuple  ignore  la 
différence  entre  le  catholicisme  et  le  protestantisme  et  il  confond 
les  deux  religions  sous  la  première  appellation.  11  confond  aussi 
tous  les  Européens  sous  le  vocable  d'hommes  du  dehors  ;  aussi 
quand  des  troubles  éclatent,  tous  sont  exposés  aux  mêmes  dan- 
gers. Le  prince  Roung  et  les  membres  du  yamen  ont  été  depuis 
dix  ans  en  proie  à  une  incessante  anxiété  ;  leurs  craintes  ont  été 
justifiées  par  les  événements  de  Tien-Tsin  dont  la  soudaineté  a 
été  accablante...  Cette  affaire  est  aujourd'hui  arrangée,  mais  le 
prince  et  le  yamen  restent  sous  le  coup  d'un  malaise  incessant... 

En  fait,  si  cette  politique  est  la  seule  à  laquelle  on  puisse  re- 
courir pour  régler  les  diflérends  entre  chrétiens  et  non-chrétiens, 
elle  deviendra  de  plus  en  plus  précaire  si  le  besoin  de  l'invoquer 
se  répète  et  alors  de  nouveaux  désordres  semblables  à  ceux  de 
Ticn-Tsin  éclateront  plus  terribles  encore. 

Le  prince  et  le  yamen  ont  appris  que  les  prêtres  d'Europe  res- 
pectent les  lois  et  les  coutumes  des  pays  qu'ils  habitent  sous  j)eine 
d'être  sévèrement  punis.  Si  les  missionnaires,  axant  de  construire 
leurs  églises,  ne  se  rendaient  pas  odieux  aux  mandarins  et  au 
peuple,  si  leurs  actes  étaient  en  accord  avec  leurs  enseignements, 
s'ils  évitaient  en  se  récusant  toute  inler>ention  locale,  ils  pour- 
raient vivre  en  bonne  harmonie  avec  nos  indigènes  et  nos  fonc- 
tionnaires. Mais  ils  constituent  un   nombre  indéterminé  d'Étals 

CoRDiEK.  L  —  27 


r. 

t 


4l8  Li:    MEMOUAXDIM    CHINOIS 

dans  l'Étal.  Gomment  alors  empêcher  que  les  gouverneurs  cl  les 

gouvernés  s'unissent  contre  eux  ! 

•      •      •      •      •      •      •      •      ••...••,...• 

En  vue  de  protéger  les  intérêts  de  tous  et  d'arrêter  les  abus 
sus-menlioimés.  le  prince  cl  levamen  ont  T  honneur  de  souineUre 
à  l'examen  de  Votre  Excellence,  un  règlement  en  huit  arliclc^. 
lequel  a  été  communique  aux  représentants  des  autres  puissances. 


PROJET    DU    GOUVERNEMENT    CHINOIS 

Art.  premier.  —  Les  chrétiens,  lorsqu'ils  fondent  un  orphe- 
linat, n'en  donnent  pas  avis  aux  autorités,  et  paraissent  agir 
avec  m\sl(*re.  De  là  les  soupçons  et  la  haine  du  peuple.  En  ces- 
sant de  recevoir  des  enfants,  les  mauvaises  rumeurs,  qui  sont 
maintenant  en  circulation,  disparaîtraient  en  même  temps.  Si 
cependant  on  désire  continuer  l'œuvre,  on  ne  doit  recevoir  que 
les  enfants  des  chrétiens  nécessiteux,  et  alors  les  autorités  doivent 
être  informées,  pour  prendre  note  de  la  date  de  l'entrée,  du  nom 
des  parents,  et  du  jour  de  la  sortie.  11  serait  aussi  nécessaire  que 
pouvoir  fut  donné  aux  étrangers  d'adopter  ces  enfants,  et  l'on 
arriverait  alors  à  un  bon  résultat.  En  dernier  lieu,  lorsqu'il  est 
question  d'enfants  non  clirétiens,  les  hauts  mandarins  de\ronl 
donner  des  ordres  aux  autorités  locales,  qui  choisiront  des  agents 
convenables  jx)ur  prendre  toutes  les  mesures  qui  leur  paraîtront 
convenables. 

En  Chine,  les  lois  qui  régissent  les  orphelins  sont  :  qu'à  l'en- 
trée et  au  départ  des  enfants,  il  est  pris  note  de  la  personne  qui 
les  laisse  ou  de  la  personne  qui  les  adopte,  de  la  déclaration 
faite  aux  autorités,  et  de  la  permission  donnée  aux  parents  de 
AÎsiter  leurs  enfants.  Lorsque  ceux-ci  sont  devenus  plus  grands, 
ils  peuvent  être  adoptés  par  une  personne  sans  enfant,  ou  repris 
par  les  j)arents  eux-mêmes,  et  alors,  quelle  que  soit  la  religion 
dans  laquelle  ils  ont  été  élevés,  ils  retournent  à  la  religion  de 
leurs  pères. 

En  toutes  choses  les  enftints  doivent  aussi  être  bien  traités. 
L'exercice  de  cette  œuvre  de  charité  devient  un  acte  très  reconi- 
mandable. 

Nous  avons  entendu  dire  que  dans  cliaque  pays  les  affaires  î»o 
conduisent  à  cet  égard  à  peu  près  comme  en  Chine.  Comnienl 
se   fait-il  qu'une  fois  arrivés  dans  notre  pays,  les  étrangers  ne 


PROJET    DU    GOUVERNEMENT    CHINOIS  ^IQ 

suivent  plus  ces  coutumes?  —  Ils  ne  prennent  aucune  note  de 
la  famille  à  laquelle  appartient  Tenfant,  et  ne  donnent  aucun 
a\is  aux  autorités?  Une  fois  que  Tcnfant  est  entre  dans  la  mai- 
son, il  n'est  pas  loisible  à  d'autres  personnes  de  l'adopter,  et  les 
parents  n'ont  pas  la  permission  de  le  reprendre  ni  m(>me  de  le 
visiter.  Tout  ceci  entretient  les  soupçons  et  excite  la  haine  du 
peuple,  et  c'est  ainsi  que  par  degrés  se  produit  un  cas  comme 
celui  de  ïien-ïsin.  Quoique  nous  ayons  démenti  dans  un  rapport 
toutes  ces  rumeurs  d'yeux  et  de  cœurs  arrachés,  le  peuple  ce- 
pendant conserve  encore  des  doutes  à  cet  égard,  et  quand  même 
nous  par\ iendrions  à  lui  fermer  la  bouche,  nous  ne  saurions 
chasser  ces  doutes  de  son  esprit.  C'est  ce  genre  de  malaise  qui 
donne  lieu  à  de  terribles  événements.  Ce  serait  une  bonne  chose 
d'abolir  les  orphelinats  étrangers,  et  de  les  transporter  en  Eu- 
rope, où  ils  pourraient  pratiquer  leur  charité  à  leur  aise.  Il  ap- 
partiendrait alors  aux  Chinois  de  venir  au  secours  de  ces  enfants. 
Nous  avons  d'ailleurs  dans  chaque  province  de  nombreux  orphe- 
linats, ce  qui  iiVmpéche  pas  les  étrangers  de  vouloir  nous  prêter 
à  tout  prix  une  assistance  dont  nous  n'avons  pas  le  plus  léger 
besoin.  C'est  certainement  a>ec  de  bonnes  intentions  qu'ils  agis- 
sent ainsi  ;  mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  leur  conduite 
produit  le  soupçon  et  excite  la  colère.  11  serait  de  beaucoup  pré- 
férable que  chacun  exerçât  sa  charité  dans  son  pays,  et  alors  au- 
cun événement  lamentable  ne  pourrait  surgir. 

Art.  2.  —  Les  femmes  ne  devraient  pas  plus  longtemps  en- 
trer dans  les  églises,  et  les  sœurs  de  charité  ne  devraient  plus 
>ivre  en  Chine  pour  enseigner  la  religion.  (]ette  mesure  ne  fera 
(|ue  rendre  les  chrétiens  plus  respectables,  et  aura  pour  résultat 
d'imposer  silence  aux  mauvaises  rumeurs. 

En  Chine  une  bonne  réputation  et  la  modestie  sont  des  points 
très  importants.  Les  hommes  et  les  femmes  n'ont  pas  même  la 
permission  de  se  donner  la  main,  ni  de  vivre  ensemble.  Il  de- 
vrait y  avoir  une  ligne  de  démarcation  infranchissable.  Après  le 
traité,  liberté  pleine  et  entière  a  été  donnée  aux  chrétiens,  et 
alors  les  hommes  et  les  femmes  sont  allés  ensemble  à  l'église. 
De  là  des  rumeurs  parmi  le  public.  Il  y  a  quelques  endroits 
inèine  où  hommes  et  fenmies  se  trouvent  ensemble  non  seule- 
ment à  l'église,  mais  encore  dans  l'intérieur  de  la  maison.  Le 
public,  qui  voit  cela  a  la  légère,  élève  des  soupçons,  et  pense 
qu'il  se  passe  des  choses  peu  convenables. 

Art.  3.  —  Les    missionnaires   résidant    en   Chine  doi\enl   se 


k 


4^0  LE    MEMORANDUM    CHINOIS 

conformer  aux  lois  cl  usages  de  la  Chine.  Ils  n'ont  pas  la  per- 
mission de  se  placer  dans  une  sorte  d'indépendance  exccplion- 
nelie,  de  se  montrer  réc^ilcitranls  à  l'aulorilc  du  gouvernement 
et  des  mandarins,  de  s'attribuer  des  pouvoirs  qui  ne  leur  appar- 
tiennent pas,  de  porter  atteinte  à  la  réputation  des  gens,  d'op- 
primer le  peuple,  de  médire  de  la  doctrine  de  Confucius,  toutes 
choses  par  lesquelles  ils  donnent  prise  aux  soupçons,  au  ressen- 
timent et  à  l'indignation  des  masses. 

Les  missionnaires  doivent  se  soumettre,  comme  tout  le  monde, 
à  l'autorité  des  mandarins  locaux  ;  et  les  Chinois  chrétiens  doi- 
vent, en  tout  cas,  être  traités  selon  la  loi  commune.  A  l'excep- 
tion des  dépenses  des  solennités  théàlrales  et  du  culte  des  di\i- 
nités  protectrices  du  lieu,  auxquelles  ils  sont  dispensés  de 
contribuer,  les  chrétiens  ne  peuvent  échapper  aux  réquisitions  et 
aux  cordées,  et  sont  tenus  d'acce])ter,  comme  tout  le  monde, 
les  charges  inq>osées  par  l'administration  locale.  \  plus  forte 
raison  ne  peuvent-ils  refuser  de  payer,  intégralement,  les  taxes 
territoriales  et  les  rentes,  et  les  missionnaires  ne  peuvent  ni  leur 
conseiller  une  infraction  à  la  loi  commune  ni  les  v  aider.  Lon 
cas  de  litige  entre  les  chrétiens  et  non-chrétiens  sont  soumis  à 
l'équitable  juridiction  des  autorités,  et  ne  peuvent  être  laissés 
au  patronage  des  missionnaires.  Ces  derniers  ne  peuvent  écarter 
des  tribunaux  les  chrétiens,  demandeurs  ou  défendeurs,  ce  qui 
dans  un  jugement  conduit  à  des  délais  et  lèse  les  parties  inté- 
ressées. Dans  le  cas  où  des  missionnaires  se  permettent  de  s'im- 
miscer dans  des  affaires  qui  ne  sont  pas  de  leur  domaine,  les 
autorités  locales  doivent  envover  leurs  conununications  verbales 
ou  écrites  aux  hauts  fonctionnaires  provinciaux,  qui  en  référe- 
ront h  leur  tour  au  Tsoung  Li  Yamen,  afin  qu'une  décision 
puisse,  le  cas  échéant,  être  prise  pour  le  rapatriement  desdils 
missionnaires.  Au  cas  où  des  chrétiens  engagés  dans  des  procès 
relatifs  à  des  alliances  matrimoniales  ou  à  des  propriétés  imnnv 
bilières  se  prévaudraient  de  leur  condition  de  chrétiens  pour 
invoquer  l'intervention  des  missionnaires,  ils  seront, sévèrement 
punis  par  les  autorités. 

La  Chine  honore  la  religion  de  (Confucius.  Le  culte  de  Boud- 
dha et  du  Tao,  aussi  bien  que  la  doctrine  des  Lamas,  y  sont 
égalcnjent  professés.  Il  est  contraire  à  l'usage  que  les  derniers, 
bien  qu'ils  puissent  ne  pas  être  Chinois,  puissent  ignorer  les  dé- 
cisions des  autorités  chinoises,  et  les  approuver  ou  les  blâmer. 
Nous  entendons  dire  ([ue  les  missionnaires,  dans  les  pays  élran- 


PROJET   DU    GOUVKHNKME.NT    CHINOIS  421 

gers,  sont  sonmis  l\  la  législation  du  pays  où  ils  vivent,  et  qu'il 
leur  est  dt'fendu  de  se  rendre  indépendants,  de  contrevenir  aux 
lois,  d'usurper  l'autorité,  d'attaquer  le  caractère  des  gens,  de 
leur  nuire,  de  susciter  les  soupçons  ou  le  ressentiment  du  peu- 
ple. De  iiK^ine  les  missionnaires,  qui  enseignent  leur  religion  en 
Chine,  devraient  se  soumettre  à  l'autorité  des  magistrats  de  ce 
pays;  tandis  qu'ils  se  \antent  d'être  indépendants  et  de  ne  pas 
reconnaître  raulorité  des  mandarins.  Ne  se  placent-ils  pas  aii>si 
en  dehors  du  giron  de  la  loi  ?  Les  chrétiens  en  Chine  restent 
sujets  chinois,  et  n'en  sont  que  plus  astreints  a  demeurer  fidMes 
à  leurs  devoirs.  En  aucun  cas,  il  ne  peut  être  étahli  de  diffé- 
rence entre  eux  et  le  reste  de  la  nation.  Les  chrétiens  dans  les 
villes  et  à  la  campagne  doivent  vivre  en  honne  harmonie  avec 
leurs  compatriotes.  Cependant,  dans  les  questions  qui  alTectent 
le  public,  lorsque  des  souscriptions  populaires  s'ouvrent  et  que 
des  corvées  sont  requises,  ils  mettent  en  avant  leur  position  de 
chrétien*  pour  échappor  à  ces  charges.  Ils  créent»  eux-mêmes, 
une  exception  en  leur  faveur.  Gomment  éviter  que  le  reste  de 
la  nation  ne  sVmpare  de  cette  exception  contre  eux?  Bien  plus, 
ils  refusent  les  taxes  et  les  corvées,  ils  intimident  les  mandarihs, 
ils  oppriment  ceux  qui  n'appartiennent  pas  h  leur  religion.  Les 
missionnaires  étrangers  ne  comprennent  pas  complètement  la 
situation.  Non  seulement  ils  donnent  un  asile  aux  chrétiens 
criminels,  et  refusent  de  les  li\rer  à  la  justice  ;  mais  encore  ils 
consentent  à  protéger  injustement  ceux  qui  ne  se  sont  convertis 
que  parce  qu'ils  avaient  commis  quelque  crime.  Dans  les  pro- 
vinces, les  missionnaires  se  font  les  avocats,  devant  les  autorités 
locales,  des  chrétiens  qui  ont  des  procès.  Témoin  cette  femme 
chrétienne  du  Sè-tch'ouen,  qui  exigeait  de  ses  tenanciers  des 
paiements  d'une  nature  qui  ne  lui  étaient  pas  dCis,  et  qui  tinit 
par  commettre  un  meurtre.  Un  évoque  français  prit  sur  lui 
d'adresser  aux  autorités  une  dépêche,  où  il  plaidait  pour  cette 
femme,  et  obtint  son  acquittement.  Ce  fait  excita  l'animosité  des 
|X)pulations  du  Se-tch'ouen,  laquelle  a  duré  jusqu'à  ce  jour.  Dans 
le  Kouei-lchéou,  les  chrétiens  qui  comparaissent  devant  les  tri- 
bunaux se  qualifient  eux-mêmes  de  chrétiens  dans  l'acte  d'accu- 
sation, dans  le  seul  but  de  gagner  leiu*  cause.  Ceci  est  un  abus 
bien  connu.  11  arrive  aussi  que  de  deux  familles,  unies  par  des 
liens  matrimoniaux,  l'une  se  convertit  au  christianisme,  et  force 
l'antre,  qui  n'est  pas  convertie,  à  rompre  l'alliance.  Parmi  des 
gens  de  même  sang,  on  a  vu  des  pères  et  des  frères  aînés,  une 


l\22  LE    MEMORANDUM    CHINOIS 

fois  convertis,  intenter  une  accusation  pour  non-accomplissement 
des  devoirs  de  famille  à  leurs  enfants  cl  à  leurs  plus  jeunes  frè- 
res» par  l'unique  raison  que  ceux-ci  avaient  refusé  de  se  con- 
vertir. Ces  actes  sont  encouragés  par  les  missionnaires.  De  pa- 
reilles pratiques  ne  sont-elles  pas  de  nature  à  exciter  au  plus  haut 
degré  Tindignation  populaire  ? 

Art.  /|.  —  Les  Chinois  et  les  étrangers  vivant  ensemble  de- 
vraient être  gouvernés  par  les  mêmes  lois.  Par  exemple,  si  un 
homme  en  tue  un  autre,  il  doit  être  puni,  8*il  est  Chinois, 
selon  la  loi  chinoise,  et  s'il  est  étranger,  selon  la  loi  de 
son  pays.  En  agissant  ainsi,  l'ordre  régnera.  Peu  importe  la 
manière  dont  les  Chinois  et  les  étrangers  traitent  la  cause.  La 
châtiment  est  nécessaire.  Mais  ce  châtiment  une  fois  infligé,  on 
ne  doit  pas  venir  réclamer  des  indemnités,  et  surtout  chercher 
le  soi-disant  instigateur  du  crime  pour  exiger  de  lui  une  certaine 
somme.  11  appartient  aux  autorités  locales  de  prononcer  sur  les 
différends  qui  peuvent  s'élever  entre  les  chrétiens  et  le  peuple. 
Si  c'est  un  païen  qui  a  eu  des  torts  envers  un  chrétien,  il  doit 
être  puni  plus  ou  moins  sévèrement,  selon  la  gravité  de  la  faute; 
et  de  même  s'il  est  question  d'un  chrétien  accusé  par  un  païen. 
Le  magistrat  doit  prononcer  avec  la  plus  parfaite  justice  et  la 
plus  grande  impartialité.  Si  un  chrétien  se  conduit  contrairement 
aux  lois,  l'autorité  locale  fait  une  enquête,  et  si  l'on  accuse  ce 
chrétien,  celui-ci  est  arrêté  et  jugé.  Mais  les  missionnaires  ne 
doivent  pas  alors  se  présenter  pour  le  défendre  et  le  disculper. 
S'il  arrive  qu'un  missionnaire  empêche  un  chrétien  de  déférer 
aux  ordres  de  l'autorité,  non  seulement  le  chrétien  sera  puni  ; 
mais  encore  le  missionnaire  ;  ou  tout  au  moins  celui-ci  sera  ren- 
voyé dans  son  pays. 

Dans  la  sixième  année  du  règne  T'oung-Tché,  un  mission- 
naire, M.  Mabileau,  fut  tué  dans  le  Se-tch'ouen.  Le  meurtrier, 
nommé  Yang-lao-wong,  fut  arrêté  et  condanmé  à  mort.  Mais  en 
outre,  M.  Mihières  accusa  un  homme  qui  faisait  partie  de  la 
classe  des  lettrés,  d'avoir  été  l'instigateur  de  ce  meurtre,  alin 
d'exiger  de  lui  une  indemnité  de  80  000  taols. 

Les  individus  qui  commettent  des  désordres  appartiennent 
d'ordinaire  aux  plus  basses  classes  de  la  société.  Lorsqu'ils  sont 
coupables  de  quelques  crimes,  ils  sont  arrêtés  et  punis;  mais  des 
accusations  ne  doivent  j)as  être  portées  contre  les  lettrés,  pour 
exiger  d'eux  de  larges  indenmités.  l  ne  pareille  conduite  excite 
la  haine. 


T^ 


PROJET    DU    GOi;VBRNKME.NT    CHINOIS  4^3 

Dans  Ja  huitième  année  du  règne  T'oung-Tché,  un  mission- 
naire, M.  Rigaud,  fut  tué  dans  le  Se-tch'ouen.  La  cause  du 
meurtre  était  la  rupture  d'une  alliance  entre  deux  familles. 
Tchong  Tyang-tum  et  Li  Tchoung-tang  jugèrent  ce  cas.  Ils  firent 
arrêter  le  meurtrier  de  M.  Rigaud  et  celui  d'un  chrétien,  les 
nommés  Hoo-tsaé  et  Liong-fou,  appartenant  tous  deux  aux  plus 
basses  classes.  L'un  fut  condamné  à  la  décapitation  et  l'autre  à 
la  j)endaison.  Les  chrétiens  tuèrent  plus  tard  quelques  personnes. 
Tous  les  ans  il  y  avait  des  conflits  entre  les  créanciers  cl  les  dé- 
bitenrs,  des  rapts  et  des  incendies. 

Les  instigateurs  de  tout  ceci  étaient  Wang  Chouc-ting,  Tchang 
Tiën-chen  et  autres.  On  voulut  les  arrêter  et  les  punir  ;  mais  ils 
ne  se  rendirent  pas  aux  ordres  de  l'autorité.  Plus  lard,  les  chré- 
tiens sous  la  conduite  d'un  prêtre  nommé  Tan  Fou-tchouen, 
tuèrent  Tchao  Yong-lui  et  deux  cents  personnes.  On  demanda 
de  livrer  ce  missionnaire  à  la  justice  chinoise  ;  mais  l'abbé 
Mihières*  dit  qu'il  était  parti  pour  l'Europe,  et  qu'il  n'y  avait 
aucun  moyen  d'arranger  l'affaire.  De  là  une  grande  colère 
parmi  les  habitants  du  Se-tch'oucn, 

Art.  5.  —  Les  passeports  délivrés  aux  missionnaires  français 
qui  pénètrent  dans  l'intérieur,  doivent  clairement  mentionner  la 
province  et  la  préfecture  où  ils  ont  l'intention  de  se  rendre.  Les 
noms  et  titres  du  |x^rteur,  et  les  conditions  qu'il  ne  doit  pas  se 
transporter  clandestinement  dans  une  autre  province  et  que  le 
passeport  est  personnel,  seront  également  compris  dans  ce  docu- 
ment. Le  missionnaire  ne  doit  point  passer  en  contrebande  par 
la  douane  et  les  barrières  des  articles  soumis  aux  droits.  A  son 
arrivée  à  une  destination  autre  que  celle  indiquée  sur  le  passe- 
port, ou  si  cette  dernière  pièce  a  été  remise  à  un  Chinois  chrétien 
dans  le  but  do  le  faire  passer  comme  missionnaire,  ledit  passeport 
sera  annulé.  Si  d'un  autre  côté  on  est  assuré  que  le  porteur  se 
Test  procuré  à  prix  d'argent  ou  qu'il  a  conmiis  quelque  autre 
infraction  sérieuse  à  la  loi,  l'individu  qui  aura  faussement  as- 
sumé la  position  de  missionnaire,  sera  puni,  et  le  vrai  mission- 
naire sera  renvoyé  dans  son  pays. 

Afin  que  le  contrôle  puisse  s'exercer  partout,  le  nom  du  mis- 
sionnaire sera  inséré  dans  le  passeport,  en  caractères  chinois,  qui 
feront  preuve.  Le  passeport  sera  annulé,  au  cas  où  le  titulaire 

I.  Mihièrcs,  Simon  Jude-Alphonse,  du  diocèse  d'Aix  ;  né  le  12 
février  i8ai  ;  mort  iG  octobre  1871,  à  Konci-Yang  (Kouci-tchéon). 


4'j4  le    MEMORANDUM    CHINOIS 

relourncraîl  dans  son  pays,  Tiendrait  à  mourir  ou  abandonnerait 
l'œuvre  des  missions.  On  n'accordera  poiht  de  passeports  pour 
les  provinces  où  il  \  a  des  rebelles,  ni  pour  celles  où  opère  l'ar- 
mée impériale.  Cette  disposition  ayant  évidemment  pour  objet 
d'assurer  loyalement  la  sauvegarde  des  missionnaires. 

A  l'appui  du  précédent  projet,  le  yamen  rappellera  le  cas  d'un 
missionnaire  qui  s'est  présenté  dans  le  Kouei-tcbéon,  où  un  cer- 
tain Tchao  lit  le  missionnaire,  quoique  son  nom  ne  figurai  ps 
dans  le  registre  des  passeports.  Le  Yamen  reçut  une  lettre  à  ce 
sujet  de  M.  l'interprMe  Dcvéria,  où  celui-ci  montrait  commwil, 
d'après  un  vieux  registre  français,  le  missionnaire  assassin  Tchao, 
avait  reçu  un  passeport,  daté  du  3  delà  6*  lune  de  la  4''annéefdc 
T'oung-Tclié,  où  il  était  appelé  Joné  Losse;  que  ce  nom  de  Tchao 
était  erroné  ;  que  la  victime  était  réellement  le  dit  Joné  Lossc, 
était  inscrit  sous  le  n°  330,  comme  allant  au  Se-lch'ouen  et  de  là 
au  Kouei-tchéou.  Cependant  le  yamen  était  à  même  de  se  con- 
vaincre que  ni  le  nom  de  Tchao  ni  celui  de  Joné  Losse  ne  figu- 
rait sur  le  registre  des  passeports.  Il  y  avait  donc  une  double 
erreur  sur  le  nom  du  nu'ssionnaire,  et  sur  celui  de  sa  résidence. 
Comment  alors  pouvait-on  établir  l'identité  et  assurer  à  la 
partie  intéressée  une  protection  efficace  ? 

Il  y  eut  aussi  une  affaire  de  meurtre,  commis  par  le  mission- 
naire Splingacrt  sur  la  personne  d'un  Russe.  Ce  Splingaert  était 
d'abord  missionnaire,  puis  il  entra  à  la  légation  de  Prusse  comme 
constable.  Il  n'en  conserva  pas  moin^  son  passeport,  en  sorte 
(juc  s'il  l'avait  donné  à  un  autre  ou  l'avait  jjerdu,  non  seule- 
ment il  y  aurait  eu  abus  de  la  part  de  celui  qui  aurait  passé  pour 
missionnaire  ;  mais  de  graves  inconvénients  dans  les  affaires  pu- 
bliques pouvaient  en  résulter,  si  ledit  passeport  était  tombé  dans 
les  mains  des  rebelles.  D'un  autre  côté  la  dignité  des  mi-ssion- 
naires  nous  semble  sérieusement  compromise  par  de  pareilles 
irrégularités. 

Art.  6.  —  Le  but  des  missionnaires  étant  d'exhorter  les  hom- 
mes à  la  vertu,  il  est  convenable  que,  avant  d'admettre  un  indi- 
>îdu  aux  privilèges  de  la  religion,  on  examine  s'il  a  été  frappé  de 
([uelque  sentence  judiciaire  ou  s'il  a  commis  quelque  crime.  Si 
rcxamen  est  en  sa  faveur,  il  peut  dcAciiir  chrétien  :  sinon,  celte 
faculté  lui  scr»  refusée.  On  devra  de  plus  agir  comme  les  mi- 
nistres de  noire  religion,  qui  donnent  avis  aux  déceniers  ou  ins- 
pecteurs de  dix  familles,  et  font  inscrire  dans  ce  but  le  nom  du 
néophyte  sur  un  registre  spécial.  De  même  les  missionnaires  de- 


__J^.  _^  ^. 


PROJET    DV    GOUVEKNEMEiNT    CHINOIS  ^25 

vront  avertir  les  autorités,  qui  prendront  note  du  jour,  du  mois, 
et  de  Tannée  de  Tadmission  d'un  converti,  de  son  lieu  de  nais- 
sance, de  sa  position  sociale,  et  s'assureront  s'il  a  subi  une  con- 
damnation, ou  s'il  a  changé  de  nom.  En  agissant  ainsi,  toute 
confusion  sera  écartée.  Si  un  chrétien  est  envoyé  en  mission  et 
meurt  en.  route,  avis  sera  donné  à  l'autorité  compétente.  Si 
après  sa  conversion,  quelqu'un  commet  un  crime,  il  sera  exclu 
de  la  communion  des  fidèles,  et  regarde  comme  n'appartenant 
plus  à  la  religion  chrétienne.  Chaque  mois  ou  au  moins  chaque 
trimestre,  les  autorités  doivent  être  informées  du  nombre  des 
conversions.  Les  autorités  agiront  aussi  comme  elles  le  font  à 
l'égard  de  nos  temples,  c'est-à-dire  elles  inspccleront  les  missions 
tous  les  mois  ou  au  moins  tous  les  trois  mois.  Cette  méthode, 
loin  de  nuire  à  la  religion,  assurera  au  contraire  sa  tranquillité. 

Dans  la  neuvième  année  du  règne  T'oung-Tché,  le  gouverne- 
ment du  Kouei-tchéou  informa  le  yamen  qu'à  Kouei-ting  h'ien 
quelques  personnes,  qui  précédemment  n'étaient  rien  autre  chose 
que  des  voleurs,  formaient  une  partie  de  la  milice,  dont  les 
chrétiens  Yen  Yu-ching  et  Lia  ïchang-chin  étaient  les  chefs.  Se 
faisant  eux-mêmes  passer  pour  chrétiens,  ces  hommes  inspiraient 
une  haute  idée  :  cependant  ils  provoquèrent  toutes  sortes  de 
troubles,  tuèrent  Wang-Tiang  pao  et  Tsouo  Ying-ho,  blessèrent 
grièvement  trois  autres  personnes,  et  emportèrent  de  leurs  mai- 
sons non  seulement  l'argent,  mais  encore  tous  les  objets  qu'elles 
contenaient,  jusqu'au  bétail. 

Dans  la  huitième  année  du  règne  T'oung-Tché  le  gouverneur 
du  Kouei-tchéou  informa  de  nouveau  noire  yamen  qu'à  Tsoun 
Y'i-h'ièn,  une  pétition  avait  été  adressée  aux  autorités  poin*  dé- 
clarer que  quelques  rebelles,  dont  les  chefs  étaient  Soung  \  u-chan, 
Tang  Cheua-hien,  Tang  Yen-choui,  Tien  Youen-souen,  avaient 
embrassé  la  religion  catholique,  et  qu'ils  continuaient,  dans  la 
ville  comme  au  dehors,  de  causer  des  troubles  et  des  émeutes 
sans  nombre.  Dans  la  même  place  encore,  quelques  gens  nom- 
més Yang  Chi-pouo,  Leou  Kai-wen,  Tchang  Sio-ming,  Houo 
'Wen-tieou,  Tchao  Wen-ni^an  avaient  embrassé  la  religion  catho- 
lique, et  étaient  même  employés  à  rintérieur  de  la  mission. 
Cependant  au  dehors  ils  pratiquaient  toutes  sortes  d'exactions 
sur  les  orphelins,  et  intimidaient  les  pauvres  d'esprit.  Ils  venaient 
perpétuellement  au  yamen,  et  entreprenaient  de  redresser  les 
jugements.  Dans  une  alTaire  entre  un  chrétien  et  un  paysan,  si 
le  mandarin  se  prononçait  en  faveur  du  dernier,  ils  ameutaient 


/|a6  LE    \lEMORA?iDUM    CHINOIS 

les  chrétiens,  eavaliissaient  le  yamen  et  forçaient  le  juge  à  re- 
venir sur  sa  sentence.  Si  nonobstant  le  mandarin  ne  voulait  pas 
leur  remettre  le  chrétien,  ils  revenaient  avec  la  carte  d'un  mis- 
sionnaire, et  réclamaient  en  son  nom  la  mise  en  liberté  de  leur 
ami. 

•  En  outre  ils  commettaient  toutes  sortes  d'attentat*  contre  les 
personnes  et  les  propriétés.  S'ils  rencontraient  de  la  résistance, 
ils  prodiguaient  les  coups  et  ne  reculaient  pas  devant  un  meur- 
tre, et  se  rendaient  coupables  de  plusieurs  autres  crimes. 

Art.  7.  —  Les  missionnaires  doivent  observer  les  couLuines 
chinoises,  et  ne  s'en  écarter  en  aucun  point.  Par  exemple,  ils  ne 
doivent  pas  faire  usage  de  sceaux,  dont  l'emploi  est  réservé  aux 
seuls  fonctionnaires.  11  -ne  leur  est  pas  permis  d'adresser  des 
dépèches  à  un  yamen,  quelle  que  soit  leur  importance.  Si  ce- 
pendant, pour  un  cas  pressant,  il  était  absolument  nécessaire 
d'écrire,  ils  peuvent  le  faire,  mais  en  prenant  bien  soin  de  ne 
pas  parler  de  choses  étrangères  k  la  question,  et  en  employant, 
comme  les  gens  appartenant  à  la  classe  des  lettres,  l'expression 
Pin-t'ié  (pétition).  Lorsque  les  missionnaires  visitent  un  grand 
mandarin,  ils  doivent  observer  les  mêmes  cérémonies  que  celles 
exigées  des  lettrés.  S'ils  visitent  un  mandarin  de  rang  inférieur, 
ils  doivent  aussi  se  conformer  aux  cérémonies  d'usage.  Ils  ne 
doivent  pas  entrer  dans  les  yamens  sans  les  prescriptions 
réglementaires,  et  amener  le  désordre  et  le  trouble  dans  les 
a  flaires. 

Dans  la  sixième  année  du  règne  T'oung-Tché,  le  gouverneur 
du  Se-tch'ouen  nous  écrivit  que  l'évoque  français,  Mk*"  Pinchon, 
avait,  dans  une  lettre  envoyée  aux  autorités,  fait  usage  d'un 
sceau  ofliciel  fabriqué  par  lui.  Dans  la  septième  année  du  règne 
ï'oung-ïché,  M^'**  Faurie,  évèque  du  Kouei-tchéou,  remit  à  Tof- 
ficier  chargé  de  la  transmission  des  lettres  au  gouvernement, 
une  dépêche  à  l'adresse  du  yamen  pour  demander  que  des  mar- 
ques de  distinction  fussent  accordées  à  un  tao-taï  nommé 
ïouo-wcn,  et  à  d'autres  personnes. 

Dans  le  Ghan-Toung,  un  missionnaire  se  lit  passer  comme  siun- 
fou  (gouverneur  provincial). 

Dans  le  Se-tch'ouen  et  le  Kouei-tchéou,  des  missionnaires 
prirent  sur  eux  de  demander  le  rappel  de  mandarins  qui 
n'avaient  pas  arrangé  leurs  afl'aires  à  leur  satisfaction/  Ainsi  ce 
n'est  pas  seulement  l'autorité  de  simples  fonctionnaires  qu'ils 
assument  ;  ils  réclament  en  outre  les  pri\ilèges  que  le  souverain 


PROJET    DU    GOtVERNEMEÎST    CHINOIS  4 27 

seul  possède.  Après  de  tels  actes,  comment  l'indignation  géné- 
rale pourrait-elle  ne  pas  se  manifester  ? 

Art.  8.  —  Les  missionnaires  ne  doivent  pas  être  autorisés  à 
réclamer,  comme  appartenant  à  Téglise,  les  propriétés  qu'il  leur 
plaît  de  désigner.  De  cette  manière,  il  ne  s'élèvera  aucune  diffi- 
culté. Si  les  missionnaires  désirent  acheter  im  lot  de  terrain 
pour  y  bâtir  une  église,  ou  louer  une  maison  pour  y  fixer  leur 
résidence,  ils  doivent  avant  de  conclure  le  marché,  aller  avec  le 
propriétaire  vrai,  et  faire  une  déclaration  à  l'autorité  locale,  qui 
examinera  si  le  Foung-ehoui^  présente  quelques  obstacles.  Si  le 
mandarin  décide  qu'aucun  inconvénient  n'existe  sous  le  rapport 
du  Foang-choui,  il  sera  alors  nécessaire  de  demander  le  consen- 
tement des  habitants  du  lieu.  Ces  deux  formalités  remplies,  il 
sera  encore  nécessaire,  dans  le  texte  du  contrat,  de  suivre  les 
règles  publiées  dans  la  quatrième  année  du  règne  de  Toung- 
Tclié,  c'est-à-dire  de  déclarer  que  la  terre  appartient  en  pleine 
propriété  h  des  chrétiens  chinois.  Il  ne  sera  pas  permis,  dans 
l'acbat  des  propriétés,  d'employer  un  nom  autre  que  celui  du 
véritable  acheteur.  Il  sera  également  défendu  d'ellecluer  des 
transferts  contraires  à  la  loi,  selon  les  conseils  de  gens  déshonnétes. 

Les  missionnaires  résidant  constamment  en  Chine  doivent 
s'efforcer  d'inspirer  la  confiance,  et  de  ne  pas  exciter  le  mécon- 
tentement et  l'aversion  du  peuple,  mais  au  contraire  de  vivre 
en  bons  termes  avec  tout  le  monde,  sans  même  exciter  les  soup- 
çons. En  ce  moment  il  y  a  presque  toujours  désaccord  entre  les 
deux  partis,  et  la  cause  est  la  conduite  des  chrétiens.  Ainsi,  en 
ce  qui  regarde  les  propriétés  de  l'église,  il  y  a  eu  des  réclama- 
tions durant  ces  dernières  années  dans  toutes  les  provinces,  et 
les  missionnaires  en  exigent  la  restitution,  sans  s'inquiéter  s'ils 
blessent  la  susceptibilité  du  peuple,  ou  s'ils  nuisent  à  ses  inté- 
rêts. Il  y  a  en  outre  de  belles  maisons  appartenant  à  des  lettrés, 
sur  lesquelles  ils  élèvent  des  réclamations  et  dont  ils  expulsent 
le  propriétaire  dans  le  plus  court  délai.  Mais  ce  qui  est  pis,  et 
ce  qui  blesse  la  dignité  du  peuple,  c'est  qu'ils  réclament  souvent 
comme  leur  propriété  des  yamens,  des  lieux  de  réunion,  des  teni- 

I.  Littéralement  Vent  et  Pluie;  c'est  un  mélange  do  superstitions 
grossières,  dont  une  élude  incomplète  des  phénomènes  de  la  nature  est 
la  source,  et  des  pratiques  dénuées  de  sens  commun  le  résultat.  C'est  le 
Foung  Ckoui  qui  guide  le  Chinois  dans  les  actes  de  la  vie  :  achat  d'une 
maison;  heure  de  départ  du  vovage;  etc. 


438  I.K    MEMORANDUM    CIlIXOrS 

pics  tenus  en  grande  vénération  par  les  lettres  et  les  habitants 
du  voisinage. 

Certainement  dans  chaque  province  se  trouvent  des  maisons 
qui  appartenaient  jadis  à  TÉglise  ;  mais  on  doit  tenir  compte  du 
nombre  d'années  qui  se  sont  écoulées  depuis  et  songer  que  des 
chrétiens  ont  vendu  ces  maisons  et  qu'elles  sont  peut-être  j>as- 
sées  entre  les  mains  de  plusieurs  propriétaires.  11  faut  aussi  con- 
sidérer que  la  maison  a  pu  être  vendue  vieille  et  délabrée,  et 
que  Tacquéreur  a  peut-ôlre  fait  de  grosses  dépenses  pour  la  ré- 
parer ou  même  en  a  construit  une  nouvelle.  Les  missionnaires 
ne  considèrent  rien  de  tout  cela.  Ils  exigent  la  restitution  et 
n'offrent  pas  même  la  moindre  indemnité.  Quelquefois  mùme, 
ils  demandent  à  ce  qu'on  fasse  des  réj)arations,  ou,  sinon,  une 
certaine  somme  d'argent.  Une  telle  conduite  excite  l'indignation 
du  peuple  qui  voit  les  missionnaires  d'un  mauvais  œil  ;  partant 
il  ne  peut  exister  d'amitié. 

Lp;s  faits  qui  sont  consignés  dans  ce  mémorandum  ont  été 
choisis  comme  exemples  parmi  bien  d'autres  pour  montrer  ce 
qu'il  y  a  d'irrégulier  dans  les  actes  des  missionnaires,  et  prou- 
ver l'impossibilité  pour  les  chrétiens  et  non-chrétiens  de  vivre 
en  bonne  harmonie. 

Il  est  donc  urgent  de  chercher  à  remédier  au  mal  ;  les  uns  et 
les  autres  y  trouveront  leur  avantage,  et  l'on  évitera  que  cette 
seule  question  des  missions  devienne  fatale  aux  grands  intérêts 
entre  la  Chine  et  l'Occident.  \ous  renonçons  à  énumérer  les 
nombreuses  aiïaires  qui  surgissent  dans  les  provinces.  Il  importe 
de  séparer  l'ivraie  du  bon  grain,  de  sévir  contre  les  médisants 
dans  l'intérêt  des  bons.  Pour  ce  qui  est  du  commerce,  par  exem- 
ple, on  punit  sévèrement  les  négociants  coupables  de  délits  aïin 
de  sauvegarder  l'honneur  du  conmierce  en  général.  Du  moment 
que  les  missionnaires  admettent  tout  le  monde  sans  prendre 
soin  de  distinguer  entre  les  bons  et  les  mauvais,  ces  derniers  af- 
fluent dans  la  communauté»  chrétienne  et  s'appuient  sur  les 
missionnaires  pour  molester  les  gens  de  bien  et  mépriser  l'auto- 
rité des  magistrats.  Dans  ces  conditions  le  ressentiment  de  la 
multitude  devient  profond.  Si  le  peuple  chinois  tout  entier  en 
arrive,  comme  las  gens  de  Tien-Tsin,  h  détester  les  étrangers, 
l'autorité  suprême  elle-même  ne  pourra  plus  s'interposer  elli' 
cacement.  Tels  sojit  les  dangers  que  la  situation  pré-sente  im- 
plique. 

Les  règlements  que  nous  proposons  aujourd'hui  sont  la  dcr- 


PROJET    DU    GOLVER?iEVENT    CHINOIS  [{^Q 

ilière  expression  de  noire  ferme  volonté  de  proléger  les  mission- 
naires et  ne  comportent  rien  de  malveillant  pour  eux.  S'ils  s'ef- 
forcent smcèrement  de  s'y  conformer,  la  bonne  harmonie  pourra 
Htq  maintenue  ;  si,  d'un  autre  côté,  les  missionnaires  consi- 
dèrent ces  mêmes  règlements  comme  attentatoires  à  leur  indé- 
pendance ou  contraires  à  leurs  rites,  ils  peuvent  renoncer  à 
prêcher  leur  religion  en  Chine.  Le  gouvernement  chinois  traite 
ses  sujets  chrétiens  ou  non-chrétiens  sur  un  pied  d'égalité  par- 
faite ;  c'est  la  preuve  évidente  qu'il  n'est  pas  contraire  à  l'œuvre 
des  missions.  En  revanche,  les  missionnaires,  se  laissant  duper 
par  les  chrétiens,  ne  restent  pas  fidèles  à  leurs  devoirs.  De  cet 
état  de  choses  doivent  résulter  une  haine  des  masses  contre 
laquelle  il  sera  bien  dilTicile  de  lutter,  cl  un  ébranlement  géné- 
ral du  bon  ordre  qui  rendra  toute  protection  impossible.  Mieux 
vaut,  dès  h  présent,  dire  franchement  la  vérité.  » 

Il  faut  avouer  que  dans  rOuest  de  la  Chine,  quelques 
missionnaires,  par  un  zèle  exagéré  ou  des  prétentions  exces- 
sives, ont  suscité  beaucoup  de  difficultés  à  la  légation  de 
France.  M**"  Faurie,  dans  le  kouei-tchéou,  et  M"  Desflèches, 
dans  le  Se-tch'ouen,  ont,  par  leur  attitude  et  leurs  exigences, 
rendu  fort  délicat  le  règlement  de  certaines  affaires. 

Notre  ministre  à  Péking,  M.  Berlheiuy,  adressait  en  jan- 
vier i864,  la  lettre  suivante  h  M^*"  Pinclum,  vicaire  aposto- 
lique du  Se-tch'ouen  septentrional,  qui  en  dit  long  sur  les 
prétentions  de  certains  évêques  de  Chine  : 

«  J'ai  reçu  la  lettre  que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de  m'écrire 
le  29  novembre  dernier  pour  m'exprimer  le  désir  d'être  autorisé 
à  intervenir  officiellement  auprès  des  autorités  locales  dans  les 
affaires  qui  concernent  les  Chrétiens  de  votre  vicariat  ;  je  regrette 
de  me  trouver  dans^i'impossibilité  de  satisfaire  à  cette  demande. 

«  Les  pouvoirs  dont  V.  G.  voudrait  être  investie  ne  peuvent 
lui  être  conférés  que  par  le  Gouvernement  de  l'Empereur  ou  par 
le  Gouvernement  Chinois  ;  or  Elle  comprendra  sans  peine  que 
le  premier  ne  saurait  déléguer  à  une  personne  irresponsable  et 
placée  en  dehors  de  son  contrôle  un  protectorat  dont  l'exercice 
peut  dans  certains  cas  engager  sa  politique,  tandis  que  le  second, 
déterminé  à  atténuer  autant  qu'il  est  en  son  pouvoir  les  effets 


/J30  LE    MEMORANDUM    CHl!<iOIS 

d'une  propagande  dont  il  n'est  déjà  que  trop  porte  à  prendre 
ombrage,  se  refusera  toujours  à  reconnaître  aux  missionnaires  le 
droit  d'ingérence  dans  les  afTaires  qui  concernent  ses  propres 
sujets.  (]c  sont  précisément  ces  considérations  qui  ont  engagé  la 
Légation  à  demander  cpi*en  l'absence  d'un  agent  consulaire  dans 
le  Se-tch'ouen,  Tch'oung  IVjen  fut  chargé  des  aflaires  qui  intc- 
rofient  la  communauté  chrétienne  de  cette  province. 

<r  L^infenrentioB  offieieuêe  est,  à  mon  avis,  la  seule  à  laquelle 
les  missionnaires  puissent  avoir  recours  lorsqu'il  leur  semble 
préférable  d'agir  directement  sur  les  autontês  kaks  que  de 
faire  appel  aux  bons  offices  de  la  Légation  et  j'ai  des  motifs  de 
penser  que  leurs  démarches  seraient  plus  souvent  couronnées  de 
succès,  s'ils  évitaient  de  leur  donner  un  caractère  propre  à 
blesser  des  susceptibilités,  dont  je  n'examinerai  pas  la  valeur, 
mais  qu'il  importe  de  ménager  dans  l'intérêt  des  Chrétiens  eux- 
mêmes.  » 

M'^'  Pinchon  appartenait  aux  Missions  étrangères  de  Paris  ; 
copie  de  la  lettre  qui  lui  était  adressée  fut  envoyée  en 
février  i86/|  à  M"''  Baldus,  vicaire  apostolique  du  Ho-Nau, 
lazariste,  qui  émettait  des  prétentions  semblables;  notre 
ministre  écrivait  en  outre  à  ce  dernier  :  «  Je  ne  puis  oublier 
qu'une  question  d'étiquette  a  été  l'origine  de  la  persécution 
qui  a  coiitc  la  vie  au  regrettable  abbé  Néel'.  » 

Néanmoins  le  gouvernement  français,  protecteur  des  mis- 
sions, ne  pouvait  pas  accepter  les  propositions  de  la  Chine, 
faites  au  lendemain  du  massacre  de  Tien-Tsin,  et  son  Chargé 
d'afTaires  prit  le  soin  de  les  réfuter  dans  une  dépêche  au 
Tsoung-li  yamen  du  i^  novembre  1871. 


RÉPONSE    DE    M.    DE    ROCHECHOrART     AL    MEMORANDUM 

«  Le  gouvernement  français,  après  avoir  étudié  le  projet  de 
règlement  en  huit  articles  proposé  par  le  gouvernement  chinois 

I.  Voir  p.  i3i. 


RÉPONSE    DE    M.    DE    HOCUECIIOUART    AU    MEMORANDUM  43l 

aa  sujet  des  missionnaires,  vient  de  formuler  une  réponse  ; 
mais  il  a  cru  devoir  en  suspendre  l'envoi  à  S.  E.  Tcli*oung-Heou 
jusqu'au  moment  où  il  aura  pu  s'entendre  avec  les  autres  pays 
et  notamment  avec  T Angleterre  à  ce  sujet. 

Comme  lenvoi  do  ce  document  par  Vos  ExoeUenoe»  était  en 
quelque  sorte  officieux,  je  crois  également  pouvoir  officiensetnent 
vous  donner  le  sens  de  la  réponse  qui  vous  sera  faite. 

L*émotion  que  le  projet  de  Vos  Excellences  a  fait  naître  en 
France  se  justifie  d'elle-même.  Si  la  pensée  qui  l'a  dicté  pré- 
valait, nos  rapports  avec  le  Céleste  Empire  seraient  profondé- 
ment troublés,  peut-être  rompus.  11  accuse  d'ailleurs  un  état  de 
choses  qui  appelle  notre  plus  sérieux  examen,  et  nous  met  en 
demeure  de  nous  tracer  une  ligne  de  conduite  nette  et  raison- 
née.  C'est  pourquoi  il  ne  sufïit  pas  d'apprécier  le  projet  chinois, 
do  l'admettre  ou  do  le  repousser;  il  faut  se  rendre  *  compte 
de  ses  causes  et  se  demander  quelle  situation  leur  constatation 
nous  révole. 

La  réponse  du  ministre  des  Klals-Unis  peut  déjà  être  consi- 
dérée comme  un  élément  de  décision  parfaitement  acceptable. 
Elle  est  empreinte  d'un  esprit  libéral,  ferme,  modéré,  qui  cer- 
tainement aura  produit  une  salutaire  impression. 

Les  accusations  du  gouvernement  chinois  contre  les  missions 
catholiques  sont  fort  anciennes,  elles  ont  été  bien  des  fois  exa- 
minées et  réfutées.  Elles  se  résument  à  l'heure  actuelle  dans  les 
propositions  soumises  à  la  France  par  les  huit  articles  si  heu- 
reusement commentés  par  la  note  américaine. 

Article  premier. —  Relatif  aux  orphelinats.  Le  gouvernement 
français  pense  avec  M.  Low.  qu'il  n'y  a  aucune  raison  de  res- 
treindre la  liberté  laissée  à  nos  missionnaires.  Ils  ont  rendu  de 
grands  services  en  recueillant  de  pauvres  créatures  abandonnées, 
et  l'on  peut  avoir  confiance  en  leur  inépuisable  charité.  Il  im- 
jX)rte  néanmoins  que  celte  charité  soit  toujours  tempérée  par 
une  extrême  prudence.  Les  missionnaires  iront  d'eux-mêmes 
au-devant  de  toutes  les  mesures  de  précaution  qui  pourraient 
être  réclamées;  du  reste,  ils  ne  s'y  sont  jamais  refusés. 

L'article  l®""  suppose  que  les  enfants  élevés  dans  les  orphe- 
linats y  sont  l'objet  d'une  séquestration  véritable,  soustraits  ainsi 
à  toute  surveillance  de  leurs  parents,  et  il  en  tire  celte  consé- 
quence que  les  missionnaires  doivent  exercer  leurs  bonnes  œu- 
vres chez  eux  en  ne  s'imposant  pas  aux  Chinois  qui  ne  les  de- 
mandent pas. 


^; 


/|33  LE    MEMORANDUM    CHINOIS 

La  rr[)onse  à  ces  récriminations  est  bien  simple.  Si  les  mis- 
sionnaires méconnaissent  les  règlcmenU  qui  protègent  rautoriie 
paternelle  et  renfance,  il  faut  signaler  leur  conduite  à  la  léga- 
tion, qui  la  fera  cesser.  Mais  détruire  Tinstitution  parce  quo 
quelques  abus  peuvent  s'y  être  glissés,  supprimer  une  liberté 
consacrée  jxir  les  Irailés  de  iSGo  sous  le  prétexte  qu'elle  peut 
dévier  en  actes  arbitraires,  c'est  une  atteinte  directe  portée  au\ 
droits  que  la  convention  de  Tien-Tsin  a  reconnus.  Nous  devons 
donc  nous  y  opposer  nettement  tout  en  recommandant  aux  mis- 
sionnaires d'établir  des  règles  qui  écarteront  de  leurs  maisons  des 
plaintes  ou  même  des  soupçons  mal  fondés. 

Article  II.  —  InterdicUon  de  Fenlrée  des  Églises  aux  femmes. 
Il  n'y  a  pas  un  mot  à  ajouter  aux  réflexions  ai  justes,  si  sensées, 
si  morales  de  la  note  américaine.  On  comprend  qu'une  fois  en- 
trés dans  la  voie  des  exigences,  les  rédacteurs  de  la  circulaire 
aient  voulu  imposer  leurs  mœurs  ;  |)eut-étre  même  ont-ils  com- 
pris quelle  action  favorable  à  l'établissement  du  culte  cbrélîen 
la  présence  des  femmes  dans  les  églises  pouvait  exercer  en  ga- 
rantissant aux  cbrétiens  la  libre  pratique  de  leur  religion.  Le 
traité  de  Tien-Tsin  a  diplomatiquement  tranclic  la  question  en 
faveur  de  celles  qui,  dans  nos  traditions,  ont  pour  protectrice  la 
Mère  même  du  Sauveur. 

Article  III.  —  Immirlion  des  missionnaires  dans  les  affaires 
intérieures  de  V Empire,  Cet  article  ne  peut  faire .  l'objet  d'une 
disposition  réglementaire  par  la  raison  que  le  droit  du  gouver- 
nement cbinois  qu'il  a  pour  but  d'établir  n'est  pas  contesté.  Si 
des  missionnaires  s'immiscent  dans  l'administration  civile  el 
politique,  ils  se  rendent  coupables  d'un  abus  que  nos  agents 
réprimeront.  Leur  liberté  religieuse  est  garantie  par  les  traités  ; 
tout  ce  qui  la  blesse  est  interdit  aux  fonctionnaires  chinois,  mais 
par  contre,  tout  fait  des  missionnaires  qui  usurperaient  dans 
une  mesure* quelconque  le  pouvoir  des  magistrats  ne  saurait 
être  toléré.  Le  gouvernement  français  a  constamment  proclamé 
cette  doctrine,  elle  est  la  base  de  toutes  ses  instructions.  Il  a  la 
ferme  résolution  de  les  faire  accepter. 

L'article  lll  est  donc  une  récrimination  inutile.  11  se  lx»'ne  à 
condamner  ce  que  nous  condamnons  nous-mêmes,  et  ce  que 
notre  action  commune  empêchera. 

Article  IV,  —  Patronage  accordé  par  les  missionnaires  aux 
chrétiens  devant  les  tribunaux.  Les  mêmes  réflexions  s'appliquent 
à  cet  article.  11  est  excessif  s'il  signiiie  que   nos   missionnaires 


nÉPONSE   DE    M.    DE    ROCHECIIO L'ART    AU    MEMORANDUM  4^3 

devront  s'abstenir  de  toute  démarche  en  faveur  d'un  chrétien. 
11  est  naturel,  au  contraire,  qu'ils  s'emploient  pour  lui,  et  nul 
ne  peut  le  trouver  mauvais.  Mais  il  y  aurait  abus  et,  par  là 
môme,  sujet  de  plainte  et  de  répression  si  les  missionnaires 
cherchaient  à  soustraire  un  coupable  ou  un  condamné  à  la  jus- 
tice. Ce  que  demande  à  cet  égard  le  gouvernement  chinois 
résulte  du  droit  commun  et  n'a  pas  besoin  d'être  stipulé. 

Article  V.  —  Spécialité  des  passeports  délivrés  aux  mission- 
tiaires.  Cet  objet  de  pure  j)olice  n'en  a  pas  moins  une  oxlréme 
importance.  11  a  été  prévu  et  réglé  par  l'article  i3  du  traité  du 
a5  octobre  1860,  dans  lec[ucl  on  lit  :  «  Une  protection  efficace 
sera  donnée  aux  missionnaires  qui  se  rendront  pacifiquement 
dans  l'intérieur  du  pays,  munis  de  passeports  réguliers  dont  il 
est  question  dans  l'article  8.  »  L'article  cite  des  irrégularités 
dans  l'exécution  de  ces  dispositions.  Sans  les  examiner,  il  faut 
répondre  qu'elles  ne  changent  rien  à  la  règle  qui  repose  sur  ces 
traités,  et  que  le  gouvernement  français  ne  s'est  jamais  refusé  a 
appliquer. 

Articlb  VI.  —  Examen  préalable  des  néophytes,  exclusion  de 
ceux  qui  auraient  été  condamnés  ou  qui  auraient  commis  quelque 
crime.  Les  raisons  sur  lesquelles  s'appuie  cette  prétention  ne 
sont  pas  un  instant  discutables.  Le  gouvernement  chinois  sem- 
ble ici  confondre  la  police  et  la  croyance.  Le  christianisme  n'est 
pas  une  association,  c'est  une  religion.  11  ne  re|X)usse  aucune 
créature  humaine.  Il  appelle  celles  qui  sont  déchues  à  se  re- 
pentir et  à  .se  réhabiliter.  C'est  en  restant  toujours  pur.  mais 
miséricordieux  qu'il  attire  les  pécheurs  et  les  sanctifie.  Les  mis- 
sionnaires chargés  de  les  prêcher  ne  se  laisseront  pas  prendre  à 
de  fausses  apparences.  Ils  n'encourageront  pas  l'hypocrisie,  ils 
auront  grand  soin  de  maintenir  dans  leurs  communautés  l'or- 
dre, la  probité  et  la  régularité  des  mœurs,  lis  sauront  éloigner 
d'eux  ceux  qui  ne  se  corrigent  pas  ;  mais  on  ne  peut  leur  inter- 
dire telle  ou  telle  conversion,  et  surtout  les  soumettre  h  un 
oxamen  préalable.  C'est  encore  l'arlicle  i3  du  traité  du  26  oc- 
tobre 1860  qui  repousse  cette  exigence  en  disant  :  a  Aucune 
entrave  ne  sera  apportée  par  les  autorités  de  l'empire  chinois  au 
droit  qui  est  reconnu  à  tout  individu  en  Chine  d'embrasser, 
s'il  le  veut,  le  christianisme  et  d'en  suivre  les  pratiques  sans 
être  passible  d'aucune  peine  infligée  |X)ur  ce  fait. 

L'Article  VII,  qui  demande  que  les  missionnaires  observent  les 
usages  locaux  et  s* abstiennent  d'employer  les  sceaux  réservés  aux 

GORDIER.  I.  —  a8 


43/|  LE    MEMORANDUM    CHIXOrS 

fonctionnaires,  ne  mérite,  pas  qu*on  s*y  arrête.  Les  missionnaires 
ne  sont  pas  dos  fonctionnaires,  ils  ne  peuvent  en  réclamer  les 
prérogatives. 

L'Article  VIU  émet  une  prétention  absolument  condamnée 
par  l'article  G  du  traité  du  20  octobre  18G0.  En  effet,  il  vou- 
drait interdire  aux  missionnaires  la  recberchc  et  la  revendica- 
tion des  immeubles  dont  ils  ont  été  dépouillés  par  des  faits  vio- 
lents. 

C'est  précisément  pour  leur  assurer  ce  droit  qu'il  a  été  con- 
venu, dans  l'article  G,  ce  qui  suit  :  a  Conformément  à  l'édil 
impérial  qui  a  été  rendu,  le  20  mai  184G,  par  Tauguste  empe- 
reur Tao-Kouaiig,  les  établissements  religieux  et  de  bienfaisance 
qui  ont  été  confisqués  aux  chrétiens  pendant  les  persécutions 
dont  ils  ont  été  victimes,  seront  rendus  à  leurs  propriétaires  par 
l'entremise  de  S.  Exe.  le  ministre  de  France  en  Chine  auquello 
gouvernement  impérial  les  fera  délivrer  avec  les  cimetières  et  les 
autres  édifices  qui  en  dépendaient.  » 

Les  missionnaires  ne  sont  donc  pas  libres,  et  ils  n'ont  jamais 
émis  la  prétention  de  se  faire  délivrer  les  immeubles  qui  leur 
plaisent  le  mieux.  Ils  ne  peuvent  réclamer  que  ceux  qui  leur  ont 
appartenu,  et  ils  sont  tenus  de  prouver  leur  droit.  Les  usurpa- 
teurs dépossédés  n'ont  pas  de  prétexte  pour  se  plaindre  el  s'ils 
ont  amélioré  ce  qu'ils  ont  ainsi  enlevé  à  la  mission  catholique, 
il  Y  aura  lieu  d'examiner  leur  plus  ou  moins  réelle  bonne  foi  el 
la  valeur  des  améliorations.  Cp  sont  là  des  questions  de  détail. 
Nous  ne  saurions  trop  insister  cependant  \youT  qu'elles  soient 
toujours  tranchées  de  la  manière  la  plus  équitable.  C'est  dans  la 
vie  privée  une  manière  certaine  d'attirer  l'estime  et  d'éloigner 
les  embarras  que  de  toujours  décider  contre  soi  quand  on  est 
dans  le  doute.  Cette  règle  morale  a  une  eflicacité  particulière 
quand  elle  s'applique  à  des  populations  disposées  à  la  déûance; 
elle  les  désarme  en  les  désintéressant.  Que  sur  cela  les  mission- 
naires consentent  h  avoir  souvent  tort,  et  ils  feront  une  plus 
ample  moisson  qu'en  se  montrant  les  défenseurs  acharnés  du 
moindre  de  leurs  droits. 

Cet  examen  des  huit  articles  conduit  le  gouvernemenl  français 
à  cette  conclusion  qu'aucun  n'est  acceptable,  qu'aucun  même 
ne  lui  paraît  sérieusement  proposé.  La  circulaire  est  une  escar- 
mouche destinée  à  éclairer  le  terrain,  à  le  sonder.  Le  gouverne- 
ment français  croit  que  les  chrétiens  causent  des  soucis  au  gou- 
vernement chinois  :  il  croit  encore  plus  fort  qu'on  se  sert  d'eux 


RÉPONSE    DE    M.    DE    ROCIIECHOUART    AU    MEMORANDUM  /l35 

comme  d'un  prétexte.  Les  adversaires  systématiques  des  étran- 
gers font  grand  bruit  des  dangers  que  fait  courir  la  soctc  occi- 
dentale, les  habiles  créent  par  là  une  agitation  dont  ils  profitent. 
Au  fond,  néanmoins,  le  danger  existe,  il  s'est  accru  depuis  quel- 
ques années  ;  il  pourrait  devenir  irrémédiable  a  moins  d'une 
entente  entre  les  deux  gouvernements. 

Il  est  certain  que  si  le  niemorandum  avait  été  envoyé  sous 
forme  de  dépêche,  le  Chargé  d'affaires  de  France  n'aurait  eu 
qu'à  demander  ses  passeports  ;  c'était  un  ballon  d'essai  et  le 
prince  de  Koimg  disait  à  M.  de  Rochechouarl  :  «  Vous  savez 
bien  que  ce  niemorandum  n'avait  rien  de  comminatoire; 
c'est  une  simple  étude  de  la  question  à  notre  point  de  vue  et 
dont  la  discussion  trouvera  sa  place  à  Tépoquc  de  la  revision 
des  traités.  » 

La  China  Mail  disait  :  «  La  dépêche  du  comte  de  Ro- 
chechouarl au  Tsoung-li  Yamen  en  réponse  à  la  fameuse*^ 
circulaii'e  concernant  les  missionnaires  est  sans  aucun  doute 
le  meilleur  document  diplomatique  traité  de  main  de  maître 
qui  ait  jamais  été  adressé  à  nos  astucieux  amis  de  Péking.  » 
Le  ministre  plénipotentiaire  américain  avait  répliqué  le 
20  mars  1872,  en  se  plaçant  au  point  de  vue  desmisvsions  en 
général*. 

I .  Il  fit  cette  observation  pleine  de  bon  sens  : 

«  Aux  États-Unis,  chaque  individu  jouit  de  la  liberté  la  plus  illimitée 
dans  les  discussions  de  toutes  sortes  ayant  rapport  soit  au  gouvernement, 
<^oit  ^  la  religion.  Le  peuple  écoutant  do  la  sorte  toutes  les  opinions  finit 
par  discerner  aisément  la  vérité  du  mensonge.  Si  les  religions  des  Boud- 
dhistes, des  Taoïstes,  des  disciples  de  Confucius  et  la  religion  chrétienne 
pouvaient  être  toutes  expliquées  sans  qu'on  y  mit  obstacle,  chacun  pourrait 
juger  des  mérites  de  chacune  d'elles  et  embrasser  colle  qui  lui  paraîtrait 
la  plus  raisonnable  et  la  plus  vraie.  Chacune  do  ces  religions  trouvera 
des  partisans  et  des  disciples,  mais  ce  nVsl  nullement  une  raison  pour 
faire  preuve  à  ce  propos  de  mauvais  vouloir,  de  jalousie  ou  de  haine  contre 
les  partisans  des  autres  religions.  Le  gouvernement  chinois  ferait  sagement, 
je  crois,  en  s'initiant  davantage  aux  coutumes  des  nattons  étrangères,  et 
en  examinant  si  une  meilleure  entente  entre  les  indigènes  et  les  étrangers 
(entente  qui  n'affaiblirait  en  rien  Tautorité  du  gonvernoment  ni  le  respect 


^36  LE    MEMORANDUM    CHINOIS 

Les  prétentions  de  la  Chine  étaient  si  hors  de  propos  que 
le  ministre  d'Angleterre,  M.  AVade,  indifférent,  après  un  assez 
long  retard  néanmoins,  répondit  au  Mémorandum  par  une 
lettre  adressée  au  vieux  ministre  Wen  Siang. 


LETTRE    DE    M.    WADE 

Péking,  8  juin  1871. 
Monsieur, 

Selon  la  promesse  que  je  fis  a  Votre  Excellence  quand  j*eus  le 
plaisir  de  vous  rencontrer  au  Yamen  des  alTaircs  étrangères,  il 
y  a  quelques  jours,  je  demande  à  vous  soumettre  quelques  ob- 
servations sur  le  mémorandum  concernant  la  question  des  mis- 
sionnaires, qui  me  fut  envoyé  par  vous-nu^me  et  le  président 
Chcn  le  9  février  dernier. 

Vous  devez  vous  rappeler  que  lorsque  ce  mémorandum  me 
fut  en\o\é,  je  m'elTorçai  d*cn  faire  retarder  la  publication  jus- 
ci  u*à  ce  que  certaines  parties,  qui  semblaient  sujettes  h  la  criti- 
que, pussent  être  revues  :  et,  dans  ma  note  du  1 1  février,  je 
proposai  de  vous  faire  counaiire  par  écrit  mes  vues  sur  ce  sujet. 

J'allais  vous  soumettre  un  mémoire,  quand  je  reçus  votre 
pressante  note  du  i3,  m'annonçant  que  vous  adressiez, au  même 
moment  le  mémorandum  à  toutes  les  légations.  Je  me  rendis 
au  Yamen  raprès-midi  suivant,  avec  Tintention  de  m*expliquer 
en  personne  ;  mais  je  ne  fus  pas  assez  bcurcux  pour  voir  Votre 
Excellence,  et,  après  mes  informations  prises,  j'appris  que  le 
mémorandum  avait  été  mis  en  circulation  la  soirée  précé- 
dente. 

Deux  raisons  en  particulier  m'avaient  fait  craindre  celte  jm- 
biication  précipitée.  La  première  était  de  mettre  trop  en  avant 
le  nom  de  la  France  et  celui  de  la  religion  catboliquc  romaine, 
ce  qui  pouvait  être  injurieux,  non  seulement  à  la  France,  mais 

du  peuple  pour  ses  magistrats)  ne  serait  pas  io  résultat  probable  de  plus 
de  liberté  accordée  à  Texercice  du  culte  de  toutes  les  religions,  et  de  la 
faculté  laissée  aux  citoyens  d'embrasser  le  culte  de  leur  choix  sans  avoir 
à  craindre  l'ing^Tcncc  du  gouvernement.  » 


■  v> 


LETTRE    DE    M.    W.VDE  /jSt 

aux  autres  gouvernements  dont  les  nationaux  sont  mission- 
naires en  Chine.  L'autre  raison,  c'était  que  Texamen  de  la 
question  des  missionnaires  semblait  tendre  spécialement  à  ex- 
cuser le  massacre  de  Ïicn-Tsin.  Or,  ce  massacre  ne  peut,  par 
aucun  moyen,  assurer  au  gouvernement  chinois  celte  sympathie 
et  cet  appui  que  le  mémorandum  recherche  évidemment.  Ce 
fut  alors  à  mon  grand  regret  que  je  trouvai  le  mémorandum  en 
circulation,  et  le  silence  que  j*ai  gardé  jusqu'à  présent  doit  être 
attribué,  entre  autres  raisons,  en  grande  partie  au  décourage- 
ment que  je  sentis  à  cette  découverte.  En  cette  occasion,  comme 
en  tant  d'autres  circonstances,  je  reconnais  que  mes  avis  ont 
peu  de  chance  d*ètre  écoulés. 

Cependant,  comme  Voire  Excellence  m'a  une  fois  de  phis 
exprimé  le  désir  d'entendre  ce  que  j'ai  à  dire,  je  m'impose  moi- 
môme  cette  tache. 

L'article  1**^  concerne  les  asiles  d'enfants.  Les  missionnaires 
protestants  n'ont  pas,  à  ma  connaissance,  établi  de  tels  asiles, 
mais  je  suis  assuré  que,  dans  ceux  des  catholiques  romains,  ja- 
mais aucune  opposition  n'est  faite  à  la  visite  des  parents  et  des 
amis.  Plusieurs  de  ces  enfants  n'ont  ni  parent  ni  ami  ;  ce  sont 
des  enfants  abandonnés  de  tous.  Il  serait  diflicile  d'en  trouver 
un  qui  n'ait  été  laissé  sur  le  chemin  prêt  à  mourir. 

Comme  j'ai  déclaré  ci-dessus  qu'il  n'y  a  pas  d'asiles  pro- 
testants en  Chine,  il  est  certain  qu'il  est  délicat  pour  moi  d'ex- 
primer une  opinion  louchant  l'utilité  d'établissements  fondés 
et  soutenus  par  des  personnes  qui  ne  partagent  pas  mes 
croyances. 

J'accorderai  cependant  que,  comme  ces  enfants  sont  sujets 
chinois  sans  aucun  doute,  il  n'est  pas  déraisonnable  d'exiger 
qu'un  registre  d'admission  soit  tenu  sous  l'inspection  des  auto- 
rités chinoises  ;  que  ces  mômes  autorités  soient  libres  de  visiter 
les  asiles  de  temps  en  temps,  et  que  les  décès  des  enfants  soient 
dans  tous  les  cas  déclarés  aux  autorités. 

L'article  3  dispose  qu'aucune  femme  chinoise  ne  sera  admise 
dans  les  chapelles  et  que  les  Sœurs  de  charité  ne  pourront  de- 
meurer en  Chine. 

L'usage  maintenant  en  vigueur,  produit,  asaure-t-on,  une 
impression  défavorable  à  la  réputation  des  femmes  chrétiennes 
et  conséquemment  discrédite  entièrement  les  chrétiens. 

Je  ne  puis  croire  qu'aucun  gouvernement  prolestant  ou  ca- 
tholique, consente  h  l'expulsion  de  ses  sujettes  de  l'empire  chi- 


438  LE    MEMORANDUM    CULNOIS 

nois,  OU  que,  en  présence  des  différent  traités  qui  assurent  la 
liberté  de  prêcher  et  de  pratiquer  le  christianisme  aux  natifs  et 
aux  étrangers,  ils  essayent  d'interdire  h  leurs  sujettes  plus  qu'à 
Jeurs  sujets  renseignement  des  vérités  chrétiennes. 

Confucius  enseigne  que,  tant  que  nous  ne 'manquons  pas 
nous-mêmes  à  la  pratique  de  la  vertu,  nous  ne  devons  pas  nous 
lasser  de  corriger  les  autres,  et  cela  est  certainement  le  devoir  de 
la  femme  aussi  bien  que  de  Thorame. 

Pour  ce  qui  concerne  la  question  de  décorum,  Votre  Excel- 
lence n*est  évidemment  pas  avertie  que,  durant  les  exercices  du 
culte  chrétien,  les  chapelles  catholiques  ou  prolestantes,  sont 
ouvertes  à  tous,  non  chrétiens  ou  chrétiens,  qui  se  conduisent 
de  manière  à  ne  pas  troubler  le  service  divin  ;  que  tout  ce  qui  se 
passe  à  l'intérieur  ou  à  l'extérieur  peut  être  observé,  et  que, 
dans  les  églises  catholiques  en  Chine,  les  sexes  sont  générale- 
ment séparés,  pendant  les  cérémonies  du  culte,  par  respect 
pour  le  sentiment  chinois  sur  ce  sujet.  Je  l'ai  vu  de  mes  pro- 
pres veux  à  Chang-hai,  et  je  crois  que  c'est  la  règle  générale. 

L'article  3  se  plaint  de  la  position  que  se  sont  arrogi»e  les 
missionnaires  en  Chine  dans  leurs  relations  avec  les  autorités 
du  pays,  de  leurs  procédés  qui  irritent  les  autorités  et  le  peu- 
ple, pour  leur  manière  d'interAenir  entre  les  chrétiens  chinois  et 
la  loi. 

Les  preuves  des  griefs  ci-dessus  mentionnés  ne  sont  pas  nom- 
breuses, et  se  réfèrent  aux  provinces  éloignées  du  Kouei-tchéou 
et  du  Se  Ich'onen.  Les  cas  dénoncés  aflectent  seulement  encoi-c 
les  catholiques  romains.  Je  suis  assuré  par  le  représentant  de  la 
France,  que,  quoiqu'il  regarde  comme  très  désirable  que  les 
évoques  catholiques  et  leurs  missionnaires  aient  accès  auprès  des 
autorités  en  chef  de  la  juridiction,  pour  représenter  le  mal  qui 
peut  être  fait  à  leurs  congrégations  en  ce  qui  concerne  la  liberté 
religieuse,  la  légation  française  ne  reconnaît  pas  la  réclamation 
de  ces  mêmes  ecclésiastiques  pour  intervenir  entre  les  Chinois 
chrétiens  dans  les  questions  qui  ne  concernent  pas  le  libre  exer- 
cice de  la  religion. 

Si,  comme  on  le  prétend,  les  missionnaires  étrangers  ont 
l'habitude  de  s'interposer  dans  les  procès  civils  ou  criminels,  ou 
de  peser,  soit  en  personne,  soit  par  correspondance,  sur  les  au- 
torités d'une  manière  peu  respectueuse  ou  offensive,  le  remède 
me  parait  être  dans  les  mains  des  autorités  elles-mêmes.  Les 
autorités  outragées  n'ont  qu'à  se  plaindre  au  plus  proche  consul 


LETllKE    DK    M.    WADK  1\Zq 

OU,  par  \o  yamcn,  à  la  légation  du  pa\s  auquel  le  missionnaire 
appartient.  Je  ne  puis  sûrement  répondre  que  pour  mon  propre 
gouverncmenl,  mais  je  suis  convaincu  que  le  gouvernement  de 
Sa  Majesté  ne  soutiendrait  aucun  missionnaire  anglais,  soit  en 
intervenant  dans  les  procès,  soit  en  appuyant  un  Chinois  dans 
son  opposition  aux  lois  de  la  Chine. 

Quant  aux  souscriptions  ouvertes  dans  un  intcn^t  public,  il 
me  semble  y  avoir  ici  quohjue  confusion  entre  les  diverses  caté- 
gories de  contributions.  Dans  l'opinion  des  gouvernements 
élrangers.  la  conversion  d*un  Chinois  au  christianisme  ne 
Texempte  pas  d'obéir  aux  magistrats  et  aux  lois  de  son  pays,  ni 
d'acquitter  les  impôts  dus  à  ht  Chine. 

Mais  au  sujet  de  certaines  contributions  que  ses  compatriotes 
s'imposent  d'eux-mêmes,  le  Chinois  chrétien  peut  en  être 
exempte,  et  le  gouvernement  chinois  est  lié  avec  les  pouvoirs 
étrangers  pour  assurer  cette  exemption  parce  qu'il  s'est  engagé 
par  traité  à  garantir  à  toute  personne  la  liberté  d'enseigner  et 
de  pratiquer  le  christianisme  dans  toute  l'étendue  de  l'empire. 
Les  Chinois  ont  une  foi  qui  n'est  pas  admise  par  les  chrétiens  ; 
lorsqu'ils  obligent  un  chrétien  à  prendre  part  à  des  cérémonies 
condamnées  par  la  religion,  ou  à  souscrire  de  l'argent  pour 
venir  en  aide  à  ces  mêmes  cérémonies,  les  Chinois  alors  inter- 
viennent dans  le  libre  exercice  de  la  religion  d'un  chrétien  et  le 
gouvernement  du  pays  doit  protection  h  ce  dernier. 

Prenons,  par  exemple,  le  cas  de  la  prière  pour  la  pluie  ;  la 
différence  des  us  et  coutuuïes  a  été  plus  d'une  fois  le  sujet  de 
mésintelligence  entre  les  Chinois  chrétiens  et  les  non-chrétiens. 
Prier  pour  la  pluie,  pour  d'autres  bienfaits,  pour  la  cessation  de 
la  sécheresse  ou  d'autres  calamités  n'est  pas  particulier  h  la 
Chine.  Mais  en  Angleterre,  où  nous  a>ons  protestants,  catholi- 
ques, juifs  et  autres  croyances,  aucune  de  ces  croyances  ne  peut 
obliger  les  autres  à  ofl'rir  des  prières  contraires  à  leur  rite  pro- 
pre, ni  les  forcer  à  souscrire  des  fonds  autrement  que  pour  balir 
leurs  propres  églises  ou  pour  acquitter  les  dépenses  de  leur  culte. 
La  même  tolérance  est  stipulée  en  faveur  des  chrétiens  chinois 
dans  les  traités  avec  les  gouvernements  étrangers,  qu'ils  soient 
grecs,  catholiques  ou  protestants. 

L'article  4  re|K)sc  sur  ce  principe  que,  là  où  les  Chinois  et  les 
étrangers  vivent  ensemble,  la  loi  doit  être  inq^artialement 
appliquée.  Cela  est  hors  de  doute.  Mais  il  semble  inq)li- 
quer  en   outre   que,    en   cas  d'homicide,   le   sentiment  popu- 


^^O  LE    MEMOUAXDl'M    ClflNOlS 

laîrc  n'est  pas  satisfait  jusqu'à  ce  qu'on  ail  donné  une  vie  pour 
une  vie. 

Sous  la  loi  anglaise  cela  n'est  pas  possible  comme  sous  la  loi 
chinoise.  L'expérience  a  démontré  que,  dans  beaucoup  de  cas. 
cette  dernière  condamnerait  im  coupable  à  mort,  là  où  la  loi 
anglaise  serait  satisfaite  par  une  peine  moins  sévère.  II  est  vrai- 
ment regrettable  que  des  malentendus  puissent  provenir  de  la 
difTérencc  de  nos  codes  ;  mais  je  ne  vois  aucun  remède  jusqu'à 
ce  que  la  Chine  juge  convenable  de  reviser  le  mode  d'instruction 
criminelle  en  usage  maintenant  dans  ses  cours.  Aussi  longtemps 
que  les  aveux  seront  arrachés  par  la  torture,  aussi  longtemps  il 
sera  difficile  aux  autorités  des  gouvernements  étrangers  de  s'as- 
socier avec  la  Chine  dtins  les  procès  d'un  cas  criminel;  et,  à 
moins  que  les  autorités  des  deux  nations  ne  soient  présentes,  il 
existera  toujours  un  doute  d'un  côté  ou  d'un  autre. 

Cette  difficulté  surmontée,  il  n'y  en  aura  plus  pour  rédiger 
un  code  de  lois  concernant  les  différents  cas  criminels  ;  aucune 
ditliculté  certainement  de  la  part  de  l'Angleterre  ;  aucune,  à 
mon  avis,  de  la  part  d'aucun  autre  gouvernement. 

Quant  à  la  complicité  des  personnes  autres  que  celles  qui  sont 
directement  accusées,  et  par  laquelle  ilpeut  être  démontré  que 
le  coupable  fut  poussé  à  commettre  le  crime,  je  ne  vois  pas 
pourquoi  il  leur  serait  permis  d'échapper  à  la  peine  ou  à  Tin- 
demnité.  Mais  l'instruction  criminelle  est  bien  différemment 
comprise  par  les  Chinois  et  les  étrangers,  et  sur  ce  point,  je 
désespère  d'une  meilleure  entente,  jusqu'à  ce  que  le  code  inlei-^ 
national  qui  a  déjà  été  suggéré  ait  été  agréé. 

L'article  se  termine  avec  cette  remarquable  proposition,  que 
si  uil  missionnaire  protège  contre  les  autorités  un  Chinois  cou- 
pable, le  missionnaire  doit  être  puni  comme  la  loi  punirait  ou 
exilerait  le  Chinois. 

Je  me  perds  à  comprendre  comment  un  missionnaire  peut 
prévenir  l'arrestation  d'un  Chinois  accusé  d'une  offense  contre 
la  loi.  Un  missionnaire  essayerait-il  une  telle  intervention,  le 
meilleur  moyen,  comme  je  l'ai  indiqué,  serait  un  appel  immé- 
diat au  consul  ou  au  ministre  de  sa  nationalité. 

Art.  5.  —  Le  passeport  dont  il  est  question  dans  cet  article 
ne  me  semble  pas  avoir  besoin  d'aucune  remarque  particulière. 
Les  exemples  cités  de  l'échange  des  passeports  ou  de  la  confusion 
des  noms  des  porteurs,  ne  sont  au  nombre  que  de  deux  ou 
trois.  Je  ne  peux  pas  penser  que.  quand  des  erreurs  de  la  sorte 


.»•  • 


LETTRE    DR    M.    WADE  ^^  I 

arrivent»  la  légation  qui  s'en  trouve  chargée  soit  incapable  de 
fournir  une  explication  satisfaisante  ;  ou  que,  si  un  passeport 
était  délivré  d'une  manière  douteuse,  ou  transféré  à  une  autre 
personne,  missionnaire  ou  non,  les  autorités  de  sa  nation  refu- 
sassent  d'en  prendre  note.  Je  serais  bien  aise  que  chaque  ques- 
tion que  la  Chine  a  à  résoudre  avec  les  autres  gouvernements, 
fût  aussi  facile  a  résoudre  que  celle-ci. 

Dans  l'article  6,  il  est  proposé  que  pas  un  Chinois  do  niauvaise 
réputation  n'obtienne  la  permission  d'embrasser  le  christia- 
nisme;  et  des  exemples  sont  donnés  de  personnes  \enant  des 
provinces  occidentales  éloignées  ([ui,  après  avoir  embrassé  le 
christianisme,  continuèrent  ù  commettre  de  gi'avcs  oflenses.  S'il 
en  est  ainsi,  pourquoi  les  coupables  ne  sont-ils  pas  saisis  et  ju- 
gés par  les  autorités  du  district  P  II  est  vain  de  faire  tomber  le 
blâme  de  leur  inaction  sur  les  quelques  missionnaires  de  leurs 
juridictions.  Us  n'ont  pas  hésité,  à  l'occasion,  de  mettre  violem- 
ment la  main  sur  les  missionnaires  eux-mêmes.  Dans  le  Kouei- 
tchéou,  l'avant-dernière  année,  trois  missionnaires  catholiques 
furent  saisis  par  les  autorités  et  un  d'eux  mourut  des  mauvais 
traitements  qu'il  reçut.  Je  ne  comprends  pas  comment  le  l)ou- 
voir  des  mandarins  peut  être  moindre  sur  leurs  propres  com- 
patriotes. Quant  à  cmpèclier  les  hounncs  qui  ne  sont  pas  ver- 
tueux de  devenir  chrétiens  ce  n'est  pas  possible,  puis({uc  la 
religion  chrétienne  a  pour  but  d'enseigner  aux  hommes  à  de- 
venir vertueux,  puisque  le  devoir  des  missionnaires  est,  conmie 
le  dit  le  philosophe  Mencius,  de  ne  renvoyer  aucun  de  ceux  qui 
désirent  être  convertis.  «  Il  ne  faut  pas  examiner  le  passé,  ni 
rejeter  ceux  qui  faiblissent  eux-mêmes.  » 

Si  les  Chinois  violent  de  nouveau  la  loi,  leur  titre  de  chré- 
tiens ne  peut  les  mettre  à  l'abri  de  la  pénalité  de  la  loi.  Pour 
ce  qui  regarde  l'enregisUement,  si  le  gouvernement  chinois 
oblige  tous  ses  sujets  chrétiens  à  se  faire  enregistrer  d'une  cer- 
taine manière,  il  a,  c'est  certain,  le  pouvoir  de  le  faire.  Mais  je 
ne  vois  pas  pourquoi  il  soumettrait  à  cette  formalité  les  mis- 
sionnaires étrangers.  Je  ne  vois  pas  non  plus  que  ce  soit  là  un 
acte  de  bonne  administration  ;  c'est  exposer  le  gouvernement  au 
soupçon  de  malveillance  contre  les  chrétiens,  et  jeter  ainsi 
l'alarme  chez  les  gouvernements  étrangers  en  relations  avec  la 
Chine. 

La  population  de  la  Chine  était  estimée,  avant  la  révolte  des 
ï'aï  P*ing,  à  environ  4oo  millions.  Quelques-uns  pensent  que  ce 


I\tx2  hE    MEMORANDUM    CUINQIS 

total  doit  être  réduit  de  moitié.  Hé  bien  !  sur  ces  300  millions 
de  Chinois  il  y  a  peul-ôtre  5ooooo  chrétiens,  lesquels  certaine- 
ment ne  sont  ni  moins  commandés,  ni  moins  imposés  que  les 
autres  Chinois.  Je  me  perds  à  comprendre  pourquoi  le  gouver- 
nement chinois  met  de  Tinsistance  à  démontrer  le  retour  pro- 
bable de  vexations  qui,  si  elles  se  réalisaient,  provoqueraient  les 
remontrances  des  gouvernements  étrangers. 

L'article  7  prescrit  les  formes  de  communications,  entre  les 
missionnaires  et  les  autorités.  Pour  nos  missionnaires,  je  d'y 
vois  pas  d'objection.  Le  gouvernement  anglais  n'établit  aucune 
diflerence  entre  le  missionnaire  et  tout  autre  sujet  britannique 
non  officiel,  car  l'article  11  du  traité  de  Nanking  détermine  la 
forme  dans  laquelle  les  sujets  n'ayant  pas  de  position  officielle 
doivent  s'adresser  aux  autorités  chinoises. 

L'article  8  et  dernier  traite  de  la  restauration  des  bâlimenis 
appartenant  autrefois  aux  chrétiens. 

Cette  question,  née  des  engagements  contractés  par  le  gou- 
vernement chinois,  dans  l'article  6  de  la  convention  française 
du  35  octobre  1860,  concerne  seulement  les  catholiques,  et  sa 
solution  regarde  exclusivement  le  gouvernement  français  ;  il  ne 
m'appartient  point  de  la  discuter.  J'ajouterai  seulement  que,  si 
le  gouvernement  chinois  trouve  ses  engagements  difficiles  à 
remplir,  il  devrait  profiter  de  la  présence  de  son  ministre  en 
France,  pour  obtenir  un  adoucissement  aux  condition:»  acceptées 
par  lui  en  1860. 

Cela  m'amène  à  ce  que  j'ai  si  fréquemment  répété  au  Yamen, 
sur  le  moyen  d'échapjîer  aux  difficultés,  quand  il  s'élève  un 
conflit  entre  le  gouvernement  chinois  et  un  gouvernement 
étranger.  Il  est  tout  à  fait  impossible  que  la  Chine  arrive  à  une 
juste  appréciation  de  ce  que  les  étrangers  attendent  d'elle,  et  à 
persuader  ces  gouvernements  de  ce  qu'elle  attend  d'eux,  avant 
qu'elle  ait  elle-même  arrêté  avec  eux  les  conditions  de  relations 
officielles,  seules  garanties  contre  des  malentendus  internatio- 
naux. La  première  de  ces  conditions  est  un  échange  de  repré- 
sentants. Je  ne  dis  pas  que  ce  soit  une  panacée  pour  tous  les 
maux  ;  mais  il  est  incontestable  que  sans  cela  les  guerres  seront 
plus  fréquentes,  et  jusqu'à  ce  que  la  Chine  soit  représentée  dans 
l'Occident,  je  n'espère  pas  voir  finir  les  incessantes  récrimina- 
tions et  disputes  où  les  agents  diplomatiques  à  Péking  usent 
leur  vie.  Si  la  Chine  est  lésée,  elle  doit  se  faire  entendre,  et 
d'un  autre  côté,  si  elle  ne  veut  pas  s'exposer  à  blesser  les  gou- 


LETTRE    DE    M.    WADE  4^3 

Acrncinenls  étrangers,  elle  doit  apprendre  ce  qui  se  fait  dans  le 
monde  loin  d'elle. 

Les  gouvernements  étrangers  ne  seront  pas  disposés  h  ad- 
mettre que  leurs  relations  commerciales  avec  la  Chine  soient 
toutes  actuellement  telles  qu'ils  les  désirent. 

Revenant  encore  au  massacre  de  Tlen-ïsin,  Votre  Excellence 
explique  que  c'était  le  résultat  de  l'exaspération  du  peuple  contre 
les  catholiques  ;  et  vous  exprimez  la  crainte  qu'après  la  sévère 
punition  infligée  aux  coupables,  et  les  larges  indemnités  accor- 
dées, les  chrétiens  oseront  plus  qu'auparavant  persévérer  dans 
leur  voie  impopulaire. 

J'ai  communiqué  au  prince  Koung  l'expression  du  mécon- 
tentement de  mon  gouvernement  pour  la  lâcheté  avec  laquelle 
ce  crime  horrible  fut  préparé.  Je  suis  persuade  qu'aucun  gou- 
vernement étranger  ne  juge  différemment  l'action  du  gouver- 
nement chinois,  et  que,  loin  d'enhardir  les  chrétiens,  le  faible 
châtiment  infligé  aux  coupables  ne  peut  que  provoquer  des  évé- 
nements contraires  aux  prévisions  de  Votre  Excellence. 

S'il  est  inutile  ici  de  retracer  le  tableau  du  mal  accompli,  il 
ne  l'est  point  de  rechercher  qui  commença  le  soulèvement  contre 
les  catholiques.  Pas  un  enfant  n'a  disparu  ;  pourquoi  donc  cette 
atroce  calomnie  accusant  les  catholiques  de  dérober  les  enfants 
dans  d'abominables  desseins,  il  me  suffit  pour  le  moment  de 
répéter  ce  que  j'eus  l'honneur  de  faire  remarquer  au  prince 
Koung,  dans  ma  dépêche  du  9  juillet  dernier.  Le  gouvernement 
est  responsable  de  l'ignorance  du  peuple,  laquelle  seule  peut 
rendre  possible  un  acte  si  barbare  pour  un  prétexte  si  ridicule. 
El  le  fait  est  que  la  continuation  de  l'ignorance  où  le  peuple  est 
plongé  est  due  au  manque  de  lumières  que  le  gouvernement 
devrait  assurer  au  peuple.  Cette  ignorance  ne  saurait  donc  être 
une  excuse  auprès  des  gouvernements  étrangers,  qui  voient  les 
biens  et  la  vie  de  leurs  nationaux  exposés  au  milieu  d'un  peuple 
que  son  gouvernement  néglige  d'instruire*. 

Thomas-Francis  Wade. 


I.  Missions  catholiques,  IV.  p.  i3i-4»  d'après  la  London  Gazette 
du  13  décembre  187 1. 


iii  LE    MEIIOR^NDCM    CHINOIS 


LORD  GRAT^'ILLE 

Dès  le  21  août  1871,  Lord  Granville,  minislre  des  af- 
faires étrangères,  avant  même  d^avoir  eu  connaissance  de  la 
lettre  adressée  à  \\  en  Siang  par  M.  W  ade,  exposait  à  ce  der- 
nier les  idées  du  gouvernement  britannique  sur  la  question 
des  Missions  ;  voici  la  conclusion  de  sa  dépêche  : 

«  Le  gouvernement  de  S.  M.  espère  que  le  gouvemeinciil 
chinois  ne  supposera  pas  qu'en  refusant  son  approbation  aux 
articles  du  mémorandum,  le  gouvernement  anglais  veut  agir 
dans  un  autre  motif  que  celui  d'éviter  une  question  embarras- 
sante, s*ajoulant  à  d'autres  difficultés,  augmentées  elles-mêmes 
par  des  règlements  impraticables. 

Le  moyen  de  limiter  l'action  des  missionnaires  sur  les  chré- 
tiens chinois  qu'ils  protègent,  autre  giicf  invoqué  par  l'accusa- 
tion, ce  moyen  parait  au  gouvernement  de  S.  M.  suffisamment 
assuré  par  les  traités.  * 

Si  les  missionnaires  anglais  se  conduisent  d'une  manière  blâ- 
mable, qu'on  s'adresse  au  plus  proche  consul  pour  les  punir 
comme  les  autres  sujets  anglais,  ainsi  que  cela  est  prévu  par  l'ar- 
ticle 9  du  traité  deTien-Tsin.  Si  les  autorités  du  pays  trouvent  que 
\e$  consuls  de  S.  M.  ne  font  pas  de  réprimandes  assez  énergiques, 
ils  peuvent  en  appeler,  par  l'intermédiaire  du  gouvernement  de 
Péking,  au  ministre  de  S.  M.,  en  suivant  la  voie  ordinaire  des 
usages  internationaux.  Tous,  le  ministre  et  les  consuls  de  S.  M., 
ont  des  pouvoirs  étendus  pour  maintenir  la  paix,  l'ordre  et  le  bon 
gouvernement  des  sujets  de  S.  M.  en  Chine.  S'il  était  prouvé 
que  ces  jx)uvoirs  fussent  insuffisants,  le  gouvernement  de  S.  M. 
est  prêt  à  les  accroître  ;  mais,  jusqu'à  ce  qu'il  soit  prouvé  que 
le  ministre  et  les  consuls  sont  incapables  de  surveiller  leurs 
nationaux  en  Chine,  par  l'exercice  des  pouvoirs  qui  leur  sont  con- 
iiés,  le  gouvernement  de  S.  M.  doit  se  refuser  à  l'addition  d'arti- 
cles supplémentaires,  quand  même  ces  articles  ne  devraient  at- 
teindre qu'une  certaine  classe  de  sujets  anglais.  Ce  serait  exposer 
la  société  anglaise  qui  réside  en  Chine  à  de  perpétuels  conflits 
avec  les  indigènes,  et  créer  une  situation  des  plus  vexaioires'.  »> 

I.  Missions  catholiques,  IV,  p.  i/|6,   d'après  la   London  Gazette. 


CONCLVSION  t\l\i} 

CONCLUSION 

Les  missionnaires  trouvèrent  également  parmi  eux  en 
TabbéGennevoise  *  un  éloquent  défenseur,  dans  une  brochure 
anonyme  *  qui  eut  à  Tépoque  un  grand  retentissement  dans 
le  monde  religieux.  D^ailleurs,  il  était  difficile  à  une  cause 
gagnée  d'avance,  de  trouver  de  meilleurs  avocats  que  MM. 
de  Rochechouart  et  Wade,  et  que  Lord  GranviUe.  Le  mé- 
morandum fut  donc  un  coup  d'épée  dans  Teau,  mais  il  est 
important  en  ce  qu'il  nous  montre  Tétat  d'esprit  des  Chinois: 
il  était  un  moyen  détourne  de  revenir  sur  les  avantages  ob- 
tenus précédemment  par  les  étrangers  et  pas  autre  chose.  Le 
missionnaire  paraissait  plus  facilement  attaquable  que  le 
marchand  ou  le  consul  :  c'est  pour  cela  qu'il  fut  visé  dans 
le  mémorandum  '. 


1.  L*abbé  Félix  Gcnnevoise,  du  diocèse  de  Cambrai,  est  entré  chez  les 
Chartreux,  après  avoir  quille  les  Missions  élrangères. 

2.  Le  Mémorandum  chinois  ou  violation  du  Traité  de  Peking. 
Exposé  et  réfutation,  par  un  missionnaire  de  Chine.  Rome,  Imp.  de  la 
Propagande,  1873,  pel.  in-8.  pp.  74. 

3.  Voir  aussi  sur  le  Mémorandum  -..La  Politique  française  en  Chine 
depuis  les  traités  de  i858  et  de  1860.  par  Prosper  Giquel...  Paria, 
Gnillaumin,  décembre  187a,  br.  in-8.  Los  Minisires  de  Russie  et  d'Alle- 
magne répondirent  au  Mémorandum,  le  3  et  le  27  mars  1871. 


CH\PITRE  X\X 


MORT  DE  TSENG  KOUO-FAN.  —  MÉMOIRE  DU  PRINCE  KOUNG 


MORT    DE    TSENG    KOIO-FAN,    12    MARS    1872 

Le  12  mars  1872,  le  grand  vice-roi  de^  deux  Kiang, 
Tseng  Kouo-Fan,  mourait  à  Nan  King.  «  Le  26"  jour  de  la 
I  '*  lune  (5  mars)  il  fut  tout  h  coup  saisi  d'un  tremblement 
des  membres,  et  sa  langue  était  tellement  paralysée  qu'il  ne 
pouvait  plus  rien  articuler.  Les  médecins  furent  appelés 
immédiatement.  Le  jour  suivant  il  paraissait  mieux.  '  »  Le 
D"*  Macartney,  alors  directeur  de  Tarsenal  de  Nan-King,  m'a 
raconté  qu'il  était  en  visite  au  Yamen  du  vice-roi  lors  de  cette 
première  attaque,  ainsi  que  Sié,  secrétaire  de  Tseng,  depuis 
ministre  à  Paris,  et  qu'il  avait  recommandé  au  malade  le 
repos  le  plus  absolu  ;  son  conseil  ne  fut  pas  écouté. 

c(  11  paraîtrait  que,  huit  jours  environ  avant  sa  mort,  il 
avait  ressenti  quelques  symptômes  inquiétants.  Pendant  qu^il 
cx^nversait  avec  des  mandarins  qui  Tétaient  venu  visiter, 
ses  idées  se  troublèrent  tout  à  coup,  et  il  lui  devint  impos- 
sible pendant  quelques  minutes  d'articuler  aucun  son.  11  ne 
voulut  cependant  rien  changer  à  ses  habitudes  et  continua  de 
vaquer  à  ses  affaires  comme  par  le  passé.  Il  paraissait  com- 
plètement  remis,   lorsque,  le   12    de  ce  mois  (mars),  vers 


I.   Gazette  de  Péking,  traduite  par  Miss  L.  M.  Fay  {The  Phoenix, 
29  novembre  1872.) 


MORT    DE   TSENG    fcOtOFAN  l\f\'^ 

sept  heures  du  soir,  une  attaque  d'apoplexie  foudroyante  vint 
l'enlever  à  sa  famille  \  » 

Tseng,  vice-roi  du  Tché-li  à  Tépoque  du  massacre  de  Tien- 
Tsin,  avait  eu  une  attitude  douteuse  qui  fut  critiquée  par  les 
étrangers,  aussi  en  septembre  1870,  fut-il  pour  la  seconde 
fois  transféré  à  Nan-King.  11  était  cependant  un  homme 
digne  de  confiance  et  de  relations  infiniment  plus  sûres  que 
Li  Houng<tchang. 

«  Tseng  Kouo-fan  était  de  taille  moyenne,  d'une  consti- 
tution vigoureuse  et  pâle  de  visage.  Ses  yeux  petits  mais 
perçants,  vifs  et  investigateurs,  étaient  voilés  par  des  cils  et 
des  sourcils  épais.  Il  était  dans  sa  65°  année  et  avait  toute 
l'apparence  d'un  vieil  habitant  de  la  campagne.   Tous  ses 
traits  indiquaient  un  caractère  résolu.  Il  a  toujours  eu  parmi 
les  Chinois  une  grande  réputation  d'équité  tant  comme  chef 
civil  que  comme  chef  militaire.  Le  seul  reproche  qu'il  ait 
jamais  encouru  dans  le  public,  a  été  la  protection  qu'il  a 
toujours  accordée  aux  gens  de  sa  province.  Son   entourage 
était  presque  exclusivement  composé  de  gens  du  Hou-Nan 
dont  un  grand  nombre  avait  partagé  les  dangers  et  la  gloire 
de  ses  campagnes  ^.  » 

On  a  remarqué  que  les  prédécesseurs  de  Tseng  à  Nan- 
King,  sont  morts  occupant  leur  poste  de  vice-roi  :  Ta  chou, 
Tchen  nuan  (suicide),  Li  Kicn-yin,  tué  par  les  rebelles, 
I-liang,  Ho  Kouei-tsing,  décapité  à  Péking  ^,  Ma  assassiné*. 


i.  Nouvelliste  de  Shanghaï,  18  mars  1872. 
a.  Nouvelliste  de  Shanghaï,  a5  maw  187a. 

3.  «  Bien  des  personnages,  écrit  M.  Kleczkowski,  le  ai  janvier  i863, 
avaient  essayé  de  le  sauver,  depuis  6  à  7  mois  qu'il  était  arrive  à  Péking, 
comptant  sur  les  richesses  que  ce  condanmc  était  censé  posséder,  mais 
Tsicng  Kouo-fan,  Séng-ko-lin-sin  et  d*autros  personnages,  acquérant  de 
jour  en  jour  plus  d'importance,  s'y  sont  vivement  opposés  et  le  Prince  do 
Koung  a  décidé  de  faire  exécuter  la  sentence.  »  —  Voir  p.  aoi , 

4.  Voir  p.  870. 


',Tr    ■T'*^-'^"'*" 


4/18       MOUT  DE  TSENG  ROUO-FAN   —    MÉMOIRE  DU   PRINCE  KOUNG 


MÉMOIRE    DU    PRINCE    KOL>iG,   I7    MARS    1872 

Nous  avons  à  onregislrer  le  mémoire  dans  lequel  le  Prince 
Koung,  à  la  suite  d'une  réclamation  du  minisire  d'Angle- 
terre, commente  les  traités  et  indique  la  manière  de  les 
appliquer  exactement  : 

Les  très  humbles  serviteurs  de  V.  M.,  Yi  Sin  (Prince  Koung) 
et  ses  collègues,  lui  présentent  à  genoux  un  mémoire  dans  le 
but  d'expliquer  de  quelle  façon  les  clauses  des  traités  conclus 
avec  les  Européens  doivent  être  interprétées,  et  ils  supplient  \  . 
M.  qu*il  lui  plaise  d'ordonner  qu'on  s'y  conlbrnie. 

Ils  font  humblement  remarquer  que  dans  la  .10*  année  du 
règne  de  Hien  Foung  (1860),  un  traité  a  été  signé  entre  le  Ta 
Tsing  Kouo  (Empire  Chinois)  et  le  Ta  Ying  Kouo  (Royaume 
d'Angleterre).  Ce  traité  renferme  un  article  qui  dit  que  les  Mi- 
nistres Anglais  doivent  être  traités  avec  la  plus  grande  considé- 
ration. 

Quiconque  sera  convaincu  de  manque  de  rcspecl,  d'insolence 
ou  de  tout  autre  attentat  à  la  dignité  de  ces  personnages,  de>ra 
t^tre  sévèrement  puni  par  les  autorités  locales. 

Le  même  traité  établit  en  môme  temps  des  règles  pour  la  per- 
ception des  droits  cl  le  recouvrement  des  dettes. 

Pendant  les  dix  années  qui  se  sont  écoulées  depuis  la  ratiiica- 
lion  des  traités  de  commerce  conclus  entre  la  Chine  et  les  dive^^ 
états  de  l'Europe,  et  malgré  les  modifications  qu'ils  ont  subies, 
aucune  tendance  hostile  à  ces  conventions  n'a  été  remarquée 
parmi  les  personnes  bien  pensantes  et  d'un  esprit  pacifique  :  el 
les  étrangers  bien  pensants  ont  fait  preuve  aussi  de  toute  l'auié- 
nilé  désirable  dans  leurs  rapports  avec  les  autorités  de  Chine. 

Quant  aux  droits  sur  les  produits  étrangers  perçus  par  les 
différentes  douanes,  bien  que  les  traités  n'aient  pas  été  violés, 
des  surtaxes  ont  eu  lieu  sur  divers  points  de  l'intérieur.  Dans 
leur  commerce  entre  eux  il  est  arrivé  d'autre  part  que  des 
sommes  dues  depuis  longtemps  par  des  négociants  étrangers  à 
des  négociants  Chinois  restaient  impayées  ;  mais  il  est  juste 
d'ajouter  que  le  chiffre  des  dettes  contractées  par  les  coniiner- 


MÉMOIRE    DE    ROUNG  4^9 

çants  Chinois  et  non  encore  payées  aux  Européens  s'élève  à  une 
somme  importante.  Des  instructions  ont  du  reste  été  données 
aux  gouverneurs  des  provinces  afin  que  ces  affaires  soient  réglées 
le  plus  promptement  possible  et  avec  impartialité,  sans  favoriser 
les  Chinois  aux  dépens  des  étrangers. 

Voici  le  [passage  relatif  aux  relations  étrangères  : 

Le  ministre  d'Angleterre  est  venu  néanmoins  se  plaindre  aux 
Ministres  de  V.  M.  du  peu  de  resj)ect  que  les  sujets  chinois 
témoignent  aux  autorités  et  aux  résidents  étrangers.  11  a  ajouté  : 
i**  que  les  autorités  chinoises,  loin  de  prendre  les  mesures  néces- 
saires pour  faire  cesser  cet  état  de  choses,  permettent  au  contraire 
qu'il  continue  d'exister,  et  que  la  basse  classe  danoise,  sous  l'in- 
fluence de  ce  qui  se  passe  constamment  sous  ses  yeux,  témoigne 
d'une  animosité  de  plus  en  plus  inquiétante  contre  les  étran- 
gers; 3°  que  les  Commerçants  sont  surtaxés  par  les  Douanes 
Chinoises  ;  3°  que  la  surveillance  de  ceux  qui  doivent  l'exercer 
n'est  jMis  assez  active  d'une  part,  et  que  de  l'autre  les  Euro- 
péens, souvent  victimes  de  la  mauvaise  loi  des  banques  du  gou- 
\ernement  ou  de  celle  des  négociants,  voient  fréquemment  leurs 
débiteurs  échap|x»r  à  l'action  de  la  justice,  grâce  à  la  protection 
que  ceux-ci  reçoivent  de  leurs  magistrats  dont  le  devoir  serait  de 
les  obliger  à  paver  lem*s  dettes.  Un  grand  nombre  d'alfaires  de- 
puis nombre  d'années  n'ont  pu  être  réglées  pour  ce  motif. 

Il  demande  en  conséquence  que  V.  M.  veuille  bien  donner  les 
ordres  nécessaires  pour  que  les  Gouverneurs  des  provinces  veil- 
lent à  Texécution  de  ses  ordres. 

Vos  ministres  ont  en  outre  reçu  du  ministre  anglais  une 
réclamation  oilicielle  dans  la([uelle  il  est  dit  que  dernièrement,  à 
l'occasion  d'une  discussion  pour  affaires  dans  le  district  du 
Kouang-si  (Hou  Pé),  les  autorités  locales  ont  répondu  qu'elles 
n'avaient  jamais  lu  le  traité. 

V  os  ministres  sont  d'avis  que  les  autorités  et  les  particuliers 
des  nations  étrangères  qui  >iennefit  en  Chine,  soit,  revêtus  d'un 
caractère  ofliciel,  soit,  avec  l'intention  de  faire  le  commerce, 
doivent  être  (conformément  aux  conventions)  traités  avec  con- 
venance, d'autant  plus  que  les  étrangers  venant  en  Chine  avec 
des  intentions  pacifiques,  les  autorités  ni  le  |>euple  chinois  n'ont 
aucune  raison  pour  les  maltraiter. 

CoKDiER.  I.  —  29 


45o       MORT  DE  TSENG  ROUO-FAN    —  MÉMOIRE  DU  PRINCE  KOUNG 

Quant  à  la  perception  des  droits  de  douane,  elle  doit  se  fairo 
confonnéineiit  aux  traités  sans  aucune  surtaxé  et  pour  les 
dettes  contractées  entre  les  étrangers  et  les  Chinois,  il  nous  pa- 
rait dilTicile  si  le  gouvernement  chinois  ne  se  hâte  pas  do  statuer 
sur  les  réclamations  des  étrangers  contre  leurs  débiteurs  chinois, 
de  faire  droit  aux  négociants  chinois  qui  demandent  le  rembour- 
sèment  des  sommes  qui  leur  sont  dues  par  les  étrangers. 

Le  (louvernement  chinois  agissant  toujours  avec  équité  dans 
la  direction  de  ses  affaires,  nous  parait  être  d*autant  plus  obligé 
à  agir  avec  impartialité  dans  les  questions  où  les  Chinois  et  les 
étrangers  se  trouvent  avoir  leurs  intérêts  confondus. 

Il  est  en  conséquence  du  devoir  de  vos  ministres,  de  prier  V. 
M.  de  vouloir  bien  donner  aux  gouverneurs  des  provinces  les 
instructions  nécessaires  pour  la  stricte  observance  du  (ou  des) 
traités  consentis  dans  la  lo*  année  du  règne  de  Hien-Fouiig  ; 
leur  rappelant  en  outre  qu'il  est  de  leur  devoir  de  se  comporter 
avec  convenance  envers  les  autorités  et  les  particuliers  étrangers, 
et  de  le  faire  savoir  au  peuple  qui  peut  ne  pas  avoir  connaissance 
dos  traités  ;  de  leur  donner  Tordre  de  se  conformer  à  ces  pres- 
criptions, leur  rappelant  particulièrement  que  les  ministres  étran- 
gers résidant  dans  la  capitale,  ont  droit  au  même  respect  que 
celui  accordé  aux  dignitaires  chinois,  et  que  les  insultes  ou  les 
outrages  envers  ces  personnages  ne  manqueraient  pas  d'être 
punis  avec  la  plus  grande  sévérité. 

Les  Gouverneurs  des  Provinces  devront  également  recevoir 
Tordro  do  veiller  à  ce  que  les  autorités  locales  ressortant  de  leur 
juridiction  prennent  connaissance  des  traités. 

Quant  à  la  question  des  surtaxes  perçues  par  les  douanes  on 
aux  barrières  au  préjudice  des  négociants  étrangers,  lorsque  les 
réclamations  à  ce  sujet  seront  reconnues  être  fondées,  il  convien- 
drait de  les  soumettre  au  Ministre  du  Commerce,  aussi  bien  que 
les  dilTicultés  relatives  aux  dettes  contractées  par  des  Chinois 
envers  les  étrangers. 

Le  y  amen  de  V.  M,  a  fréquemment  invité  ces  Ministres  à  exa- 
miner (juclles  sont  les  réclamations  auxquelles  il  est  juste  de 
faire  droit  et  celles  qui  doivent  être  rejetées,  afin  de  donner  une 
prompte  solution  aux  causes  pendantes. 

Si  à  l'avenir  quelque  affaire  de  cette  nature  venait  à  être 
soumise  à  ce  ministère  elle  devrait  être  jugée  par  lui  avec  assez 
d'impartialité  pour  prouver  les  intentions  pacifiques  du  gouver- 
nement, et  son  désir  de  prévenir  toute  difficulté. 


MÉMOIRE    DR   KOUNG  ^5l  1 

Les  propositions  que  vos  humbles  serviteurs  sont  convenus  de  \ 

présenter  à  {^approbation  de  V.  M.  ont  pour  but  de  mieux  faire  : 

comprendre  les  traités.  Ils  les  lui  soumettent  Immblement  et  à 
genoux,  espérant  que  Votre  Majesté  sacrée  daignera  les  accueillir 
favorablement. 

Mémoire  respectueux  sur  lequel  ils  demandent  le  bon  plaisir 
do  V.  M. 

Les  Ministres  du  Grand  Conseil  ont  reçu  de  l'Empereur,  Tordre 
qui  suit. 

Qu*il  soit  ainsi  qu'il  a  été  proposé. 

Respectez  ceci. 

j 


CHAPITRE  XXXI 


M.  DE  GEOFROY.  —  LE  MARIAGE  IMPÉRIAL 


M.    DE    GEOFROY 


Lorsque  M.  de  Geofroy  arriva  à  Péking,  il  était  porteur 
de  deux  lettres  :  sa  lettre  de  créance  et  celle  qui  était  adresser 
à  l'Empereur  par  M.  Thiers  et  destinée  à  être  remise  en 
main  propre  ;  l'absence  de  cette  formalité  laisserait  ouvorle 
la  question  du  massacre  de  Tien-Tsin  ;  une  audience  impé- 
riale était  urgente  et  allait  à  nouveau  faire  revivre  un  dos 
grands  griefs  des  ministres  étrangers.  M.  Berlhemy  n'a^ait 
pas  parlé  d'audience;  il  écrivait  de  Péking  le  20  mars  i86'|,  a 
M.  Drouyn  de  Lhuvs,  alors  ministre  des  Aflaires  étrangères  : 

«  Comme  je  l'avais  fait  moi-mt^mc,  le  nouvel  Envoyé  de 
Russie  s'est  abstenu  soit  de  solliciter  de  l'Impératrice  Régente 
une  audience  qu'il  n'eut  pas  obtenue,  soit  de  remettre  au  Prince 
de  Koung  des  lettres  de  créance  auxquelles  il  eût  été  répondu 
en  termes  incompatibles  avec  la  dignité  de  son  souverain.  Je  ne 
pense  pas  d'ailleurs,  qu'à  moins  d'événements  imprévus  il  y  a»^ 
un  intérêt  réel  à  soulever  cette  question  avant  l'époque  de  la 
majorité.  Alors  sans  doute,  il  deviendrait  nécessaire  de  la  résou- 
dre; mais,  quelque  part  que  l'on  accorde  aux  progrès  éven- 
tuels de  l'influence  étrangère,  il  est  vraisemblable  que  ce  résultat 
ne  sera  pas  atteint  sans  une  lutte  des  plus  vives.  En  effet,  à  en 
croire  des  informations  qui  semblent  fondées,  bien  qu'il  soil 
didicile  d'en  contrôler  l'exactitude,  les  efforts  des  personnaj^es 
auxquels  est  confiée  l'éducation  du  jexine  Empereur  seraient 
loin  d'avoir  pour  objet  de  le  familiariser  dès  à  présent  avec  un 
ordre  d'idées  conforme  à  la  situation  actuelle  de  la  Chine,  et  il  > 


CHOIX  d'une  impératrice  453 

aurait  lieu  d'appréhender  que  les  préjugés  aveugles  de  son 
entourage  immédiat  n'exercent  sur  les  débuts  de  son  règne  une 
action  regrettable.  » 

Le  Comte  de  Lallemand  écrivait  en  1867  : 

«  Le  renouvellement  du  Traité  est  le  dernier  terme,  à  mon 
avis,  auquel  on  pût  ajourner  l'ouverture  des  rapports  diploma- 
tiques réguliers  avec  la  Chine  par  la  remise  en  audience  imjîé- 
riale,  des  lettres  de  créance  des  ministres  des  diverses  puissances 
accréditées  à  Péking.  » 

M.  de  Rochechouarl,  h  la  suite  de  la  réception  de  Burlin- 
gamc  à  Paris,  avait  le  27  août  1869,  demandé  à  être  reçu 
en  audience  impériale  pour  remettre  ses  lettres  de  créance  ; 
raudîence  lui  fut  refusée.  M.  de  Geofroy  dut  attendre  la 
majorité  de  l'Empereur. 

Le  nouveau  ministre,  M.  de  Geofroy,  était  muni  de  pleins 
pouvoirs  pour  la  revision  du  traité  de  i858,  ratifié  en  1860  ; 
deux  ans  auparavant,  M.  de  Rochcchouart,  avant  l'expiration 
du  délai,  25  octobre  1870,  avait  fait  savoir  au  Tsoung-li 
Yanien  que  le  gouvernement  français  était  disposé  à  examiner 
les  modifications  qui  pourraient  lui  être  soumises.  M.  de  Geo- 
froy, étant  données  les  mauvaises  dispositions  des  Chinois, 
ne  se  faisait  aucune  illusion  ;  tout  ce  qu'il  pourrait  obtenir 
serait  le  maintien  pur  et  simple  du  traité  ;  il  ne  fallait  pas 
songer  à  obtenir  une  extension  de  privilèges. 

Audience  et  revision  du  Traité,  tel  était  donc  le  programme 
de  M.  de  Geofroy.  Toute  l'attention  du  gouvernement  im- 
périal était  d'ailleurs  occupée  par  l'annonce  et  les  préparatifs 
du  mariage  du  jeune  Empereur. 

CHOIX  d'une  impér\tkice* 
En  1872  l'Empereur  T'oung-tché  allait  entrer  dans  sa  dix- 

I.   The  Marriage  of  tke  Emperor  of  China  at  Peking  on  the  iQth 


*^  ^«r  TT» 


454  ^'    DE    GEOFROY    —    LE    MARIAGE    IMPÉRIAL 

septième  année  et  dès  le  21  décembre  1870,  le  décret  sui- 
vant était  promulgué  : 

«  Le  39  de  la  dixième  lune  intercalaire  de  la  neuvième  annof 
du  règne  de  rEmpereur  T'oung-tché  (31  décembre  1870).  le  Mi- 
nistère des  Rites  et  l'Intendance  de  la  Cour  ont  reçu  de  l'Impé- 
ratrice Tseu-ngan  et  de  l'Impératrice  Tseu-hi  l'ordre  verbal  : 

1**  De  consulter  l'Encyclopédie  administrative  de  l'Empire 
(Houei-tien)  alin  de  savoir  quel  est  le  cérémonial  usité  pour  le 
mariage  des  souverains  ; 

3**  De  se  conformer  à  ce  qui  a  été  fait  la  quatrième  année  du 
règne  de  TEmpereur  Kang-hi  (i665)  quant  au  mode  de  remise 
d'un  livre  d'investiture  et  d'un  sceau  à  une  impératrice. 

3**  D'envoyer  des  gardes  du  corps  fei*mer  la  porte  Kien- 
tsing  men  *  lorsque  la  nouvelle  Impératrice  l'aura  franchie  et  v 
sera  descendue  de  palanquin  pour  se  rendre  au  palais  Kien-tsing 
Kong*  le  jour  de  son  installation.  » 

Enfin,  un  décret  fixait  le  choix  de  la  nouvelle  Impéra- 
trice : 

«  Le  troisième  jour  de  la  deuxième  lune  de  la  onzième  année 
de  T'oung-tché  (10  mars  1873),  les  Impératrices  Tseu-ngan  cl 
Tseu-hi  ont  décrété  ce  qui  suit  : 

«  L'Empereur  était  très  jeune  lors  de  son  avènement,  il  y  a 
1 1  ans.  Il  importe  aujourd'hui  qu'il  ait  une  compagne  légitime 
capable  de  l'aider  à  pratiquer  la  vertu  et  à  gouverner  l'empire  : 
aussi  avons-nous  choisi  pour  être  Impératrice  de  Chine,  la,  fille 
de  Ha-lou-t'o  chc  Tch'oung  ki,  docteur  de  l'Institut  Impérial 
(Han  lin  yuen).  Elle  est  douce  de  caractère,  diligente,  instruite 
et  sérieuse.  » 

Le  père  de  l'Impératrice,  Tch'oung  Ki  était  un  mandchou, 

Octoher.  1872.  From  the  Chinese  by  L.  M.  F.  Shanghaï,  «  Ching- 
foong  »  Prinling  office,  1872.  in-i6,  pp.  87.  —  L.  M.  F.  =  Lydia  Mary 
Fay. 

—  Un  Mariage  impérial  chinois.  —  Cérémonial  traduit  par  G. 
Devéria...  Paris,  Ernest  Leroux,  1887,  in- 18. 

I .  Porte  de  la  Pureté  céleste. 

3.   Palais  de  la  Pureté  céleste. 


CHOI\    n  INK    IMPÉHATKICE  l\hî^ 

frère  cadet  de  Tch'oimg  Heou.  C'est  le  seul  Mandchou  qui, 
aux  examens  littéraires,  ait  jamais  obtenu  le  premier  grade 
de  doctorat,  tchoiiang'}otien(i86by  Par  suite  du  mariage  de 
sa  fille,  Tch'oung  Ki  fut  nommé  duc  de  3*  classe. 

La  Cliina  Mail  donnait  les  renseignements  suivants  sur 
la  famille  de  Timpératrice  : 

«  Son  grand-père  était  un  nommé  ïsai-chang-a,  porte- 
drapeau  descendant  des  Mongols.  Il  fut  dégradé  à  la  suite 
de  défaites  éprouvées  en  i853  par  un  corps  d'armée  com 
battant  contre  les  rebelles  T'aï  P'ing.  Los  succès  oblc- 
nus  par  les  troupes  disciplinées  commandées  par  des  Euro- 
péens lui  inspirèrent,  dit-on,  contre  les  étrangers  une  haine  à 
laquelle  il  n'était  déjà  que  trop  porté  par  esprit  de  famille.  Il 
avait  en  effet  épousé  une  fille  de  feu  Touan  Houa,  prince  de 
Tcheng,  l'un  des  chefs  du  parti  anti-étranger  qui  après  avoir 
joui  d'une  grande  influence  sous  le  règne  de  Hien  Foung, 
fut  renversé  en  novembre  1861  par  le  prince  Koung  aidé 
de  rimpératrice.  Les  chefs  du  parti  vaincu  furent  jugés  et  exé- 
cutés. Touan. Houa  seul  obtint  la  faveur  de  se  suicider'.  » 

Le  8  octobre  1872,  lorsque  j'arrivai  à  Péking,  on  remet- 
tait en  état  les  chaussées  des  grandes  rues,  dont  quelques- 
unes  étaient  barrées  par  des  cordes  :  on  préparait  la  roule 
du  cortège  impérial.  Le  jeudi  matin,  11,  je  me  levai  dès  cinq 
heures  du  matin  pour  voir  les  meubles  de  la  future  Impéra- 
trice que  Ton  devait  transporter  au  palais  impérial  ;  ce  mo- 
bilier se  composait  d'un  lit,  d'un  miroir,  de  deux  armoires, 
de  chaises  et  de  huit  boîtes  en  bois  noir  sculpté  de  Canton. 
Il  m'arriva  une  aventure  qui  montre  bien  la  bonne  humeur 
des  Chinois  lorsqu'ils  ne  sont  pas  excités  d'avance  :  mon 
inspection  était  sans  doute  trop  indiscrète,  car  les  agents  de 
police,  pour  m'écarter,  m'invitèrent  à  prendre  une  tasse  de 
thé  à  leur  poste,  puis  ils  me  conduisirent  à  une  autre  rue,  en 

I.  Voir  p.  129. 


^56  M.    DE    GEOFROT    —    LE    MARIAGE    IMPÉRIAL 

me  priant  créviter  la  procession.  Ma  curiosité  eut  été  sans 
doute,  dans  une  ville  d'Europe,  punie  pour  le  moins,  d'un 
vigoureux  passage  à  tabac  ;  h  Péking,  les  soldats  indigènes 
s'amusèrent  beaucoup  de  voir  un  Vfrng  Kouei-tseu  fourvoyé 
parmi  les  meubles  impériaux. 

Le  treize  octobre,  deux  membres  du  Tsoung-li  Yamen, 
Tch'oung-Heou  et  Tchen-Lin,  se  prosentèrenl  dans  les 
diverses  légations  pour  prier  les  ministres  étrangers  de  s'abs- 
tenir de  se  trouver  sur  le  passage  du  cortège  impérial.  Cette 
singulière  démarche  suggéra  au  Ministre  de  France  la 
réflexion  suivante  : 

Dans  tous  les  pays  du  monde  généralement  lorsqu'il  y  a 
une  fête  de  cour  les  Ambassadeurs  sont  les  premiers  invités.  Ici 
on  les  enferme.  Il  y  a  trois  jours,  deux  membres  du  Tsoung-li 
Yamen  LL.  EE.  Tch*oung-Heou  et  Tchcnn-Lin  enx-oyés  par  le 
Prince  Koung  sont  >enus  me  dire  que  l'Empereur  se  mariait  le 
i5  et  que  S.  A.  I.  me  priait  de  ne  point  sortir  ce  jour-là  et  de 
ne  pas  me  trouver  sur  le  passage  du  cortège. 

D'ailleurs  les  collègues  de  M.  de  Geofroy  se  montrèrent 
encore  plus  froissés  que  lui  du  procédé  des  Chinois  : 

J'ai  trouvé,  dit-il,  ceux-ci  le  soir  très  montés,  beaucoup  plus 
montés  que  moi.  Ils  avaient  successivement  reçu  le  même  coin- 
pliment,  l'avaient  tous  fort  mal  pris  et  y  avaient  répondu 
chacun  à  sa  manière. 

Le  fait  est  que  la  mission  confiée  aux  deux  membres  du- 
Tsoung-li  Yamen  ne  fut  rien  moins  qu'agréable  pour  eux  ; 
ils  furent  reçus  par  «  M.  Wade  avec  emportement,  car  chose 
singulière,  M.  Wade  qui  en  fait  cède  tout  aux  Chinois,  est 
celui  qui  en  paroles  les  maltraite  le  plus.  »  Ils  furent  accueillis 
par  le  Ministre  de  Russie  avec  ime  verte  semonce,  par 
M.  Low  d'une  façon  gouailleuse  qui  dut  leur  être  infiniment 
désagréable;    à    la  légation   d'Espagne,  ils  essuyèrent  une 


MARIAGE    IMPÉRIAL  /|57 

véritable   tempête  ;   le  ministre   allemand    était    absent  ;   le 
ministre  italien  était  au  Japon. 

Tchen-Lin  était  inconscient  du  rôle  qu'on  lui  faisait  jouer  ; 
Tch'oxmg-Heou,  trop  expérimenté  pour  ne  pas  se  rendre 
compte  de  Timpression  causée  par  sa  visite  intempestive, 
maudissait  intérieurement  Wen-Siang  qui,  jaloux  de  lui, 
lui  avait  fait  confier  celte  désagréable  corvée. 

Méanmoins,  les  ministres  étrangers,  tout  au  moins  ceux 
(le  France  et  d'Angleterre,  firent  passer  les  circulaires  sui- 
vantes parmi  leurs  nationaux  : 

CIBCULAIRE    FRAÎSÇÀISE 

A  la  requête  du  ïsoung-li  Yamen  le  Ministre  de  France  à 
Péking  invite  ses  nationaux  à  éviter  de  se  trouver  sur  le  passage 
du  cortège  impérial  le  i5  et  le  i6  du  mois  courant. 

Péking,  le  it\  octobre  1872. 

Le  Ministre  de  France, 
\  Signé  :  de  Geofroy. 

CIRCULAIRE    ANGLAISE 

The  Prince  of  Kung  having  represented  to  II.  B.  M.  Minister 
ihat  certain  cérémonies  conneclcd  willi  the  marrîagc  of  thc 
Emperor  of  China  which  >vill  occupy  the  i5"'  and  16^''  days  of 
the  montli  oblige  the  authorities  to  kecp  clear  various  thorough- 
fares  in  the  City,  ail  British  Subjects  now  in  Péking  arc  requircd 
to  take  notice  that  thcy  musl  bc  careful  not  to  attempt  to  pass 
along  any  strecl  closed  by  a  barricade  or  in  which  guards  niay 
be  stalioned  for  the  purposeof  stopping  the  way. 


MARIAGE    IMPÉRIAL,     l6    OCTOBRE    1872 

La  future  Impératrice  devait  être  transportée  au   Palais 
Impérial  dans  la  nuit  du  i5  au  1 6  octobre;  malgré  la  cir- 


438  M.    DE    GEOFROY    LE    MARIAGE    IMPÉRIAL 

culaire  des  Ministres  étrangers,  qui,  sur  la  demande  du 
Tsoung-li  Yamen,  avaient  invité  leurs  nationaux  à  ne  pas  se 
trouver  sur  le  passage  du  Cortège  impérial,  je  me  rondin 
avec  M.  Charles  Vapereau,  professeur  au  T'oung  Wen 
Kouan,  h  Téglisc  catholique  de  l'Est,  le  Tonner  Tang,  où 
je  retrouvai  Tabbé  Humblot,  lazariste,  et  M.  Gabriel  Devéria, 
premier  interprète  de  la  Légation  de  France.  Voici  le  récit 
que  donne  ce  dernier  du  spectacle  qui  nous  fut  offert*  : 

«  A  partir  de  quatre  heures  du  soir,  les  postes  de  police 
avaient  élc  doubles,  les  soldats  des  huit  bannières  se  fonuaienl 
en  haie  dans  les  rues  où  devait  passer  l'Impératrice,  chassaient 
les  passants  et  faisaient  fermer  les  voleLs,  contrevents,  et  portoN 
de  toutes  les  boutiques  ou  maisons.  Toutes  les  ruelles  débou 
chant  sur  Je  parcours  du  cortège  étaient  mascpiées  par  des  len 
tures  de  toile  bleue  et  gardées. 

Aux  volets  de  chaque  boutique  étaient  accrochées  deux  iaii 
ternes  rouges  qui,  jointes  à  celles  Gchées  en  terre  le  long  de  la 
chaussée  centrale,  éclairaient  la  veste  écarlate  bordée  de  blanc 
des  factionnaires  immobiles. 

Vers  neuf  heures,  deux  cavaliers  passèrent  au  gi*and  galop  sur 
la  chausvsée  ;  l'un  d'eux  tenait,  dans  un  long  étui  de  soie  jaune, 
un  bâton  (sorte  de  fanion)  qu'il  portait  au  poste  le  plus  voisin 
comme  premier  a>ertissemcnt  de  l'approche  du  cortège. 

Ces  avertissements  qui  se  transmettaient  de  poste  en  poste 
jusqu'au  palais  impérial  se  renouvelèrent  trois  fois.  Bientôt  pas- 
s'>rent  a  cheval,  avec  leur  suite,  les  deux  principaux  incdialeurs 
du  mariage,  le  prince  Kong  et  S.  Exe.  Pao-Kiun,  ministre  des 
linances.  Ils  ne  précédaient  Tlmpératrice  que  de  quelques  mi- 
nutes. La  musicpie  impériale  arriva  silencieuse  et  marchant  en 
masse  compacte.  Les  musiciens  étaient  vêtus  de  longues  robe> 
de  couleur  sombre  et  coiffés  d'une  sorte  de  toque  surmontée 
d'une  aigrette  de  plumes  jaunes. 

Derrière  eux  se  pressaient  sans  ordre  des  centaines  de  valets  et 
porteurs  de  pahmquiii,  en  robes  rouges  à  rosaces  blanches:  le> 
uns  portaient  suspendues  au  bout  de  longne^s  perches  recour- 
bées des  lanternes  rondes  faites  de  corne  fondue  et  décorées  de 

I.   Un  Mariage  impérial  chinois,  pp.  ii-i5. 


•  «u- 


MARIAGE    1MPKRI\L  ^OQ 

dessins  rouges  ;  les  aiilres,  tout  aussi  nombreux,  portaient  les 
attributs  de  Tlmpératrice  et  tous  les  objets  faisant  partie  de  son 
train  officiel  :  trois  immenses  parasols  à  triple  volant  de  soie 
jaune  ornés  de  phénix  brodés  d'or,  des  brûle-parfimis,  des  cas- 
solettes, des  bassins  d'or,  des  fauteuils  portatifs,  trois  autres 
grands  parasols  dont  deux  jaunes  et  un  autre  rouge  de  forme 
carrée,  deux  hauts  éventails  dont  l'un  en  plume  de  paon,  un 
sceptre  d'or,  deux  grands  étendards  ornés  d'un  dragon  et  d'un 
phénix  enlacés,  une  grande  quantité  do  bannières  de  toutes 
sortes. 

Des  chevaux  tenus  en  mains  et  couverts  de  housses  jaunes 
suivaient  tous  ces  attributs  dont  le  délilé  ollVait  lui  coup  d'œil 
des  plus  pittoresques  et  presque  imposant  dans  ies  nuages  de 
poussière  que  soulevait  le  pas  des  chevaux  et  que  rougissait  la 
lueur  de^s  lanternes. 

De  nombreux  olFiciers,  à  pied,  précédaient  et  gardaient  les 
deux  châsses  portant  le  sceau  et  le  livre  d'or  de  la  nouvelle  sou- 
veraine. 

Enfin  parut  un  palanquin  jaune  de  grande  dimension  avec 
des  broderies  d'or  ;  c'était  celui  de  l'Impératrice.  11  était  fermé 
et  entouré  d'eunuques  vêtus  de  robes  jaunes  richement  brodées, 
d'officiers  à  pied  et  à  cheval  recouverts  de  leur  long  pardessus 
noir  à  plastrons  d'or  sm*  la  poitrine  et  dans  le  dos. 

Immédiatement  derrière  le  palanquin  se  tenaient  huit  cava- 
liers armés  de  lances  ornées  de  queues  de  .léopard  ;  lem*  robe 
était  brodée  de  rosaces  d'or  ;  quatre  cents  gardes  du  Oorps  ou 
Grands  de  la  Cour,  tous  à  cheval  et  en  costume  de  cérémonie, 
fermaient  ce  cortège  d'environ  deux  mille  personnes  qui  délila 
au  milieu  du  silence  le  plus  morne.  Aussitôt  qu'il  était  passé,  les 
gardes  se  repliaient  et  les  bouti(|ues  se  rouvraient  pour  rendre 
à  la  rue  des  flots  bourdonnants  de  curieux  qui  s'y  étaient  ca- 
chés.  » 

J'ai  remarqué  que  le  palanquin  de  soie  jaune  de  Tlmpéra- 
Irice  avait  i6  porteurs.  Il  y  avait  trente  chevaux  conduits  à 
la  main  avec  un  harnachement  jaune  ;  une  centaine  d'hom- 
mes avec  des  bannières  portant  des  dragons  noirs  ou  jaunes, 
suspendus  à  des  bâtons  rouges  ;  il  y  avait  trois  hérauts  por- 
tant un  bâton  de  soie  jaune,  se  succédant  à  quinze  minutes 


l\6o  M.    DE    GEOFROY    LE    MARIAGE    IMPÉRIAL 

trinlervalle,  mais  ce  qu'il  y  avait  de  plus  curieux,  c'était  le 
profond  silence  qui  régnait  :  n'était  la  gaieté  des  accoutre 
inents,  on   se  serait  plutôt  cru  à  un  enterrement  qu'à  un 
mariage. 

Voici  d'après  le  cérémonial,  ce  qui  se  passait  officielle- 
ment* ;  les  employés  du  Tribunal  des  Mathématiques  avaient 
marqué  le  moment  favorable  pour  que  rimpératrice  montai 
en  palanquin,  c'est-à-dire  le  i5  octobre  vers  onze  heures  el 
demie  du  soir,  de  manière  à  ce  qu'elle  entre  au  palais  à 
minuit  et  quelques  minutes  le  i6,  jour  fixé  pour  le  mariage  : 

«  Les  Médiateurs  porteurs  du  mandat  impérial  et  leurs 
adjoints,  tous  à  cheval,  ouvriront  la  marche. 

Le  grand-père,  le  père  et  les  frères  de  rimporalricc  iront  les 
reconduire  jusqu'à  la  grande  porte  extérieure,  ils  s'y  agenouille- 
ront. 

La  musique  marchera  en  avant  et  silencieuse,  puis  ensuite 
viendront  les  emblèmes  de  rimpératrice,  les  palanquins  conte- 
nant le  livre  d'investiture  et  le  sceau  de  l'impérati'ice,  et  enlin 
son  palanquin.  A  sa  sortie  de  la  grande  porte  de  la  rue,  les  eu- 
nuques accompagneront  à  pied  en  maintenant  le  palanquin  à 
droite  et  à  gauche. 

Les  Grands  ayant  charge  à  la  Gour  et  les  gardes  du  corps 
seront  à  cheval  derrière  le  palanquin  et  lui  serviront  des- 
corte. 

Ge  cortège  ira  par  l'ouverture  centrale  de  la  porte  Taï-lsln»; 
men  au  pont  de  l'Onde  d'Or^.  Là,  les  Médiateurs  mettront  pied 
à  terre  et  entreront  avec  le  mandat. 

Lorsque  le  palanquin  de  l'Impératrice  sera  arrivé  à  la  porte 
du  Midi,  la  cloche. et  le  tambour  se  feront  entendre  et  les  jk)!*- 
lenrs  d'omblènu^s  s'arrêteront. 

Le  parasol  jaune  aux  neuf  dragons  brodés  d'or^  et  au  manche 
courbé  ouvrira  la  marche  ;  les  Grands  ayant  charge  à  la  Cour  et 

1.  Un  Mariage  impérial  chinois,  p.  83. 

2.  Ce  pont  sur  le  canal  des  fossés  entourant  le  palais  est  situé  entre  la 
porto  Taï-tsing  men  et  la  porte  Tien-ngan  men. 

3.  Sur  celui  de  rimpcralricc,  les  dragons  sont  remplacés  par  aes 
phénix. 


—  t  ■ 


MARIA.GE    IMPÉRIAL  ^6l 

les  gardes  du  corps  mettront  pied  à  terre  au  pont  de  l'Onde  d'Or 
et  suivront  à  pied. 

Us  passeront  par  la  porte  du  Midi,  l'ouverture  centrale  de  la 
porte  ïaï-ho  rnen,  l'ouverture  centrale  de  la  porte  Heou-lso- 
nien  ;  arrivés  à  la  port«  Kien-tsing  men,  les  palanquins  à  dra- 
gons s'arrêteront  ;  les  Médiateurs  iront  rendre  compte  de  leur 
mission  et  les  Grands  de  la  Cour  ainsi  que  les  gardes  du  corps 
se  retireront. 

Les  Ministres  des  Rites  et  leurs  employés  porteront  respec- 
tueusement le  livre  d'investiture  et  le  sceau  de  Tlmpératrice.  Le 
surintendant  général  du  palais  les  conduira  au  palais  Kiao-taï 
tien,  pour  qu'ils  y  déposent  les  objets  dont  ils  sont  porteurs  sur 
les  tables  de  droite  et  de  gauche  disposées  à  cet  eflet.  Ce  après 
quoi  ils  se  retireront. 

Le  palanquin  de  l'Impératrice  entrera  dans  le  palais  Kien- 
tsing  Kong  en  passant  par  la  porte  centrale.  Les  gens  de  service 
se  retireront  tous.  Les  gardes  du  corps  de  ("action  ù  la  porte 
Kien-tsing  men  en  fermeront  les  battants. 

I^s  grandes  dames,  persoimiiication  du  bonheur  de  la  famille, 
et  les  dames  d'honneur  inviteront  respi^clueusemenl  l'Impéra- 
trice à  quitter  sou  palanquin  pour  passer  de  la  salle  Kiao-taï 
tien  dans  le  palais  central. 

Les  eunuques  remettront  le  livre  d'investiture  et  le  sceau  à 
celui  d'entre  eux  chargé  de  leur  garde,  puis  ils  se  retireront. 

L'Intendance  générale  du  |>a1ais  est  chargée  de  rédiger  et  de 
présenter  les  statuts  rituels,  d'après  lescjuels  l'Enipereur  et  l'Im- 
pératrice devront  nuitueilemenl  s'olTrir  le  vin  :  elle  précisera  le 
moment  favorable  auquel  de\ra  avoir  lien,  dans  le  palais  cen- 
tral, la  collation  des  é|K)u\  et  déterminera  le  costume  de  fête 
(jue  portera  TEnqx^reur  dînant  celte  cérémonie.  » 

Pauvre  et  jeune  impératrice  î  elle  ne  devait  survivre  que 
|3cu  de  jours  à  son  mari  et  les  deux  époux  rc[)osent  dans  le 
cimetière  de  TKst,  Toiiuff  ling. 

En  1861,  M.  de  Méritens,  rinlerprèlc  de  notre  légation, 
avait  été  moins  heureux  que  nous  car  il  avait  demandé  à 
l'abbé  Snioremburg  de  lui  trouver  une  maison  de  chrétien 
pour  voir  passer  l'empereur  T'oung  Tché  qui  revenait  de 
Djehol  cl  Péking.  (^e  missionnaire  lui  répondit  que  la  chose 


463  M.    DE    GEOFROY    —    LE    MARIAGE    IMPÉRIAL 

n'élait  pas  possible,  car  un  chrétien  qui  consentirait  à  le 
cacher  pour  voir  le  défilé  impérial,  serait  dénoncé  par  ses  voi- 
sins, aurait  sa  maison  détruite,  et  serait  banni,  si  même  il 
n'était  pas  puni  plus  sévèrement,  la  loi  étant  des  plus  rigou- 
reuses pour  ceux  qui  se  permettaient  de  regarder  dehors  lors 
du  pnssage  de  l'empereur.  Cotte  défense  était  justifiée  par  le 
fait  que  des  assassins  pourraient  se  glisser  parmi  les  habitants 
de  Péking  venus  des  dix-huit  provinces  de  l'Empire  *. 


ANÎiOKCE    OFFICIELLE    DU    MARIAGE' 

Ce  qui  racheta,  peut-être,  un  peu,  la  démarche  discour- 
toise de  Tch'oung-lléou  et  de  Tclicn-Lin  qui  n'était  après 
tout  qu'un  détail  dans  un  ensemble  de  la  situation  faite  aux 
diplomates  étrangers,  fut  l'annonce  officielle  du  mariage  de 
l'Empereur  aux  ministres  par  le  Prince  de  Koung  : 

Péking,  le  19  octobre  1872. 

J'ai  riionneur  de  porter  à  votre  connaissance  que  je  viens  do 
recevoir  du  Ministère  des  Rites  la  dépêche  suivante  : 

«  Nous  avons  reçu  avec  respect  de  l'Empereur  le  faire-jwirt 
ci-dessous  i 

«  Devant  mettre  tous  mes  soins  à  régner  de  manière  à  mériter 
les  faveurs  du  Ciel,  je  me  suis  appliqué  dans  l'intérêt  de  ma 
maison,  à  distinguer  la  sagesse  et  la  vertu  en  investissant  du 
litre  d'Impératrice  de  Chine,  la  fille  de  Tch'oung  Ki  de  la 
famille  A-lo-lo,  Docteur  de  l'Institut  Impérial. 

«  Respectez  ceci.  » 

Le  16  de  ce  mois,  ont  eu  lieu  les  différentes  cérémonies  du 
mariage.  Nous  devons  en  faire  part  comme  de  raison,  aux 
Puissances  amies  et  la  présente  communication  est  adi*essée  à 
V.  Exe.  ainsi  qu'à  ses  collègues. 

I.   Rennie,  Pekingj  II,  p.   109. 


V* 


BÉCOMPENSE    DE    KOUNG  ^fiS 

On  rcmarquora  Texprcssion  «  Puissances  amies  ». 

L'occasion  elait  lK)nne  de  soulever  la  question  de  Tau- 
dience  et,  sur  )a  proposition  de  M.  Lovv,  quelques-uns  des 
ministres,  en  accusant  réception  île  la  dépêche  du  prince  de 
Koung,  intercalèrent  la  phrase  suivante  dans  leurs  réponses  : 

«  Votre  Altesse  a  très  justement  pensé  que  cette  communication 
devait  intéresser  les  Puissances  amies  delà  Chine,  je  Ten  remercie 
et  je  vais  mVmpresser  delà  transmettre  à  iiiOn  Gouxernement 
qui  proiilera,  je  n'en  doute  pas,  de  la  plus  prochaine  occasion 
(jui  lui  sera  fournie  j)our  présenter  à  Sa  Majesté  Impériale  ses 
félicitations  d*unc  manière  conforme  à  l'importance  de  l'événe- 
ment et  \\  la  dignité  des  deux  gouvernements  ». 


BÉCOM PENSE    DE    KOUNG 


Le  20  paraissait  dans  la  (tazette  de  Pékin*:;  le  décret 
suivant  : 

«  Le  Prince  de  deuxième  rang,  Koung,  depuis  longtemps 
apporte  son  concours  au  gouvernement  de  l'État.  Il  a  exception- 
nellement hien  mérité.  Déjà,  la  10"  lune  de  la  ii*  année  de 
Hien-Foung,  on  lui  avait  expressément  conféré  l'hérédité  de  son 
titre  de  Prince  de  deuxième  rang,  mais  il  avait  remercié  à  trois 
reprises  alléguant  qu'il  attendrait  l'époque  où  l'Em|>ereur  régne- 
rait par  lui-même  et  qu'alors  il  pourrait  être  donné  suite  à  cette 
affaire.  » 

«  Maintenant  que  le  mariage  de  l'Empereur  est  un  fait 
acconq)li  et  que  le  moment  est  proche  où  l'Empereur  va  régner 
par  lui-même,  il  ajoute  à  ses  hienfaits  envers  le  Prince  Koung 
l'hérédité  de  son  titre  de  Prince  de  deuxième  classe.  » 

Le  Prince  de  Toun,  frère  aîné  de  Koung,  recevait  Pauto- 
risation  d'entrer  au  Palais  en  chaise  à  quatre  porteurs  et  son 
iils  Tsaï-Lien  était  fait  Duc.  Toun  était  [)résident  du  Tribunal 
des  Mathématiques  ;  c'était  un  famélique  quelque  peu  ivro- 
gne, dont  im  avait  été  ohligé  de  sortir  les  vêtements  du  Mont- 
de-Piété  pour  le  mariage  de  son  impérial  ne\eu. 


CHAPITRE  XXXII 

REVISION  DU  TRAITÉ  FRANÇAIS.  -  MAJORITÉ  DE  L'EMPE- 
REUR. —  L'AUDIENCE  IMPÉRIALE.  —  M.  BLANCHETON 
-  W.  F.  MAYERS. 


REVISION    ne    TRAITE    FRANÇAIS 

Nous  avons  vu  que  M.  de  Geofroy  était  muni  de  pleins 
pouvoirs  pour  la  revision  du  traité  de  Tien-Tsin  ;  il  en 
donna  avis  le  1 8  septembre  1872  au  Prince  koung  qui  lui 
lit  la  réponse  suivante  : 

Péking,  ce  10  octobre  1872. 

J'ai  riionneur  de  vous  accuser  réception  de  votre  dépèche  on  dalo 
du  18  septembre  par  laquelle  vous  ni'annontHî/.  qu*au  inoinciitoù 
expirait  le  délai  prescrit  pour  la  revision  des  règlements  commer- 
ciaux, il  V  a  deux  ans,  M.  le  comte  de  Rochechouart  nous  avant 
averti  que  le  Gouvernement  français  était  disposé  à  examiner  les 
dispositions  à  apporter  à  ces  règlements,  V.  Exe.  avait  reçu,  à 
son  départ,  des  pouvoirs  spéciaux  à  cet  elFet,  Tautorisant  égale- 
ment à  reviser  s'il  y  a  lieu  le  traité  général  dont  le  délai  expire 
le  25  octobre  prochain.  V.  Kxc.  ajoule  qu'Elle  espère  que  d'ici  à 
celte  date,  je  lui  ferai  connaître,  en  retour  de  cette  communica- 
tion, les  intentions  du  gouvernement  chinois,  etc.,  etc.,  etc. 

J'avais  reçu  au  mois  de  novembre  1870  une  dépèche  de  M.  de 
Kocbechouart  me  notifiant  que  d'api-ès  le  traité  de  Tien-Tsin,  le 
délai  prescrit  pour  sa  revision  allait  expirer.  Nous  avons  envo\é 
une  réponse  à  celte  dépèche  quelques  jours  après  sa  réception 
et,  vu  la  teneur  de  celle  que  vous  >ene«  de  me  faire  parvenir 


DÉCRET  DU  30  OCTOBRE  1872  /|()5 

nous  devons  procéder  de  part  et  d'autre  de  telle  manière  que  le 
lien  d*amitic  qui  unit  les  deux  Étals  ne  soit  jamais  briso. 
Agréez,  etc.,  etc.,  etc. 

En  effet,  un  mois  après  le  mariage  impérial,  la  lecture  des 
différents  articles  par  les  délégués  de  la  légation  de  France 
et  les  Secrétaires  du  Yamen  rommenç<iit  ;  il  fut  bientôt 
clair  que  les  Chinois  espéraient  introduire  le  mémorandum 
dans  Tarticle  XIII  de  notre  traité,  ixîlatif  au  libre  exercice 
de  la  religion  chrétienne  ;  nous  leur  annonçâmes  notre  fennc 
intention  de  conserver  le  texte  intégral  de  cet  article  qui,  à 
dire  vrai,  est  notre  véritable  force  en  Chine.  L'article  II, 
relatif  au  traitement  des  agents  diplomatiques,  ne  pouvait 
guère  être  traité  avant  la  déclaration  de  la  majorité  de  l'Em- 
pereur. On  ne  pressa  donc  pas  les  négociations  et  Ton  remit 
par  un  accord  tacite,  la  revision  à  une  date  ultérieure. 


MAJORITÉ    DE    l'eMPEREUR 


Le  mariage  de  l'Empereur  devait  forcément  amener  à  bref 
délai  la  déclaration  de  la  majorité  de  T'oung-Tché  et  la  fin  de 
la  régence  des  impératrices  ;  en  effet,  cinq  jours  après  la 
cérémonie  nuptiale,  les  deux  décrets  suivants  étaient  proiiml- 
gués  : 

DÉCHET    DU    S40    DE    LA    9"    Lt.XE    (tJ  I   OCTOBRE   1872) 

Les  Impératrices  ont  ordonné  ceci  : 

L'Empereur  était  tout  jeune  lorsqu'il  s'est  trouvé  sur  le  trône  ; 
au  milieu  des  circonstances  diflicilcs  que  nous  traversions  alors, 
ni  les  Princes  ni  les  Ministres  ne  pouvaient  cependant  se  passer 
de  conseils  et  de  directions.  Nous  dûmes  donc  accepter  la  Régence 
de  l'Empire,  ne  recourant  à  cette  mesure  extraordinaire,  qu'a- 
près avoir  annoncé  notre  intention  de  rendre  à  l'Empereur  son 
gouvernement  aussitôt  qu'il  aurait  terminé  ses  études. 

GoRDiER.  1.  —  3o 


l\C)i)        REVISION    DU    TR\ITK    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    l'eMPEREUR 

Voici  onze  ans  que  l'Empereur  étudie  sans  relâche,  son  assi- 
duité a  porté  SOS  fruits  et  sa  jeunesse  ainsi  employée  constitue  la 
base  la  meilleure  de  l'avenir  qu'il  a  devant  lui.  11  convient  donc 
que  réunissant  de  telles  conditions,  l'Empereur  prenne  en  main 
le  Gouvernement  général  de  l'Ktat  et  qu'il  s'cITorcc  de  concert 
avec  ses  ministres  et  ses  fonctionnaires  provinciaux  de  tout 
diriger  sagement  afin  de  remédier  à  nos  malheurs  dans  la  plus 
large  proportion  possible. 

C'est  ainsi  que  la  tète  haute,  S.  M.  pourra  s'acquitter  des 
lourdes  charges  que  lui  imposent  les  dernières  volontés  de 
son  père. 

Le  Tribunal  des  Mathématiques  devra  choisir  dans  le  premier 
mois  de  l'année  prochaine  les  jours  propices  à  la  célébration  des 
cérémonies  de  l'entrée  en  majorité  de  l'Empereur  conformément 
à  nos  anciennes  coutumes. 

Le  Conseil  Privé,  le  Grand  Conseil  de  l'Empire,  de  concerl 
avec  les  six  Ministères  et  les  neuf  administrations  de  la  Couronne, 
devront  s'entendre  à  ce  sujet,  et  nous  adresser  un  rapporL 


DÉCRET    DE    LV  MÊME    DATE 


Aujourd'hui  nous  rendons  un  décret  ordonnant  au  Tribunal 
des  Mathématiques  de  choisir  un  jour  propice  dans  le  i*^*"  mois 
de  l'année  prochaine,  pour  procéder  à  la  cérémonie  d'entrée  en 
majorité  de  l'Empereur.  Nous  pensons  que  l'adoration  aux  diffé- 
rents temples  est  une  chose  très  importante,  et  qu'en  signe 
de  vénération  pour  cette  coutume,  l'Empereur  doit  y  procéder 
en  personne;  aussi  cette  année  au  début  de  l'hiver  (ai  de  la 
1 1^  lune)  l'Empereur  ira  en  personne  au  Temple  du  Ciel  pour  y 
remplir  ses  devoirs.  Les  différents  Yamens,  chacun  en  ce  qui  le 
concerne,  devront  en  conséquence,  disposer  avec  une  crainte 
respectueuse,  tout  ce  qui  est  nécessaire  pour  l'accomplissement 
de  cette  cérémonie. 

Par  suite  de  ces  décrets,  la  Gazette  de  Péking  du 
6  novembre  1872  jniblie  un  rapport  du  Prince  Toun, 
Président  du  Tribunal  des  mathématiques,  en  conformité 
avec  Tordre  dos  Impératrices,  qui  se  termine  ainsi  : 


DÉCRETS    Dl"    23    FÉVRIER    1873  4^7 

J'ai  reçu  ce  décret  avec  respect  et  parmi  les  jours  de  la  i""*"  lune 
de  Tannée  prochaine,  nous  avons  choisi  comme  jours  exception- 
nellement propices»  le  i.  le  4.  le  a6.  Ces  jours  favorables  ont 
fait  l'objet  d'une  liste  que  je  vous  ai  présentée  avec  respect  et 
dans  laquelle  vous  avez  désigné  le  26'  jour. 

Le  26*  jour  de  la  i*"*"  lune  correspondait  au  23  février  1873. 

Le  jour  même  de  la  majorité  de  lompercur,  les  trois 
décrets  suivants  paraissaient  dans  la  (jazelte  de  Pékin ff,  les 
deux  premiers  peuvent  être  considérés  comme  les  testaments 
des  deux  impératrices  douai rieVes,  le  troisième  comme  une 
prise  de  possession  du  pouvoir  par  T'ounff-'IVhé  : 

1 

Nous  avons  reçu  des  Impératrices  Tseu-Ngan  Touan-Yu  et 
Tseu-Hi  Touan-Yeou  le  décret  suivant  : 

Lorsque  V.  M.  était  encore  enfant.  Nous  l'exhortions  à  étudier 
avez  zèle,  nous  lui  avions  donné  des  maîtres  pour  vous  enseigner 
matin  et  soir.   Voici  bientôt   12  ans  de  cela  et  maintenant  que 
vous   touchez  au   jour    de   votre  majorité,  il   faut   moins  que 
jamais  oublier  les  conseils  qui  vous  ont  été  donnés  ;  souvenez- 
vous  que  ce  n'eslt  qu'avec  le  savoir  qu'on  peut  avec  succès  s'oc- 
cuper  des  afTaires.   L'histoire  des  périodes  de  grandeur   et  de 
décadence  de  l'Empire  dans  les  temps  anciens  et  modernes  doit 
vous    servir   de  guide.   Les  talents   littéraires   et  militaires  dos 
Empereurs  vos  aïeux,  sont  là  pour  vous  servir  d'exemples  ainsi 
qu'à  ceux  que  vous  emploierez  dans  votre  gouvernement.  A  ous 
(levez  vous    appliquer  à  l'étude   du    mandchou,    notre   langue 
nationale.   Après  vous   être  acquitté  des  devoirs  qu'exige  votre 
cour,  vous  devez  encore  suivre  les  leçons   de  vos  maîtres    au 
Houng  Te  Kien  (École  des  Princes  dans  le  Palais)  et  les  écouter, 
vous  (le  souverain)  comme  si  votre  savoir  était  nul  et  comme 
s'ils  n'étaient  pas  vos  sujets.   Vos  maîtres  Li  lioung-tsao,  Sin- 
Tong,  Ling  Kien-lin,  kouei-Tsing,   Kouan-Tchéou,   continue- 
ront leurs  fonctions  comme  par  le  passé,  en  épuisant  leur  savoir 
en  explications  pour  vous  ;  leur  lumière  vous  est  indispensable. 
Vous  ne  devrez  pas  négliger  les  exercices  militaires  qui  malgré 
leurs  fatigues  doivent  être  familiers  à  un  souverain  ;  un   Prince 


/{GS        REVISION    DU    THAITÉ    FRANÇAIS    MAJORITÉ    DE    L  EMPEREUR 

doit  savoir  inonler  à  cheval  et  tirer  de  Tare.  J'ai  déjà  fait  des 
recommandations  dans  ce  sens  aux  deux  hauts  fonctionnaires 
que  cela  concerne. 
Décret  impérial. 

II 

Nous  avons  reçu  des  Impératrices  le  décret  suivant  : 

Voici  î  3  ans  que  le  Trône  a  été  remis  à  Votre  Majesté  et  à 
partir  du  26  de  la  i'*  lune.  Elle  remplit  les  conditions  d'âge  et 
d'instruction  |X)ur  prendre  en  mains  le  Gouvernement.  Nous 
nous  en  réjouissons  et  cependant  nous  sommes  inquiètes  à  la 
pensée  que  vous  ne  vous  edorciez  pas  autaut  que  l'ont  fait  vos 
prédécesseurs  au  Trône  d'administrer  et  d'aimer  le  peuple  en 
respectant  le  Ciel  et  les  traditions.  Ces  derniers  années,  les 
provinces  de  l'Est  cl  du  Sud,  quoique  pacifiées  maintenant, 
voient  encore  leurs  hahitanls  inquiets  ;  les  frontières  du  Yun- 
Nan,  celles  du  Nord^uest  et  du  Kan-Sou,  sont  encore  trou- 
hlées.  Les  ressources  de  l'Etat  sont  insuflisantes  et  la  situation 
actuelle  est  dilHcile.  Un  souverain  doit  le  même  jour  s'occuper 
des  dix  mille  ressorts  de  son  gouvernement,  car  c'est  du  Ciel  et 
de  ses  Ancêtres  qu'il  tient  sou  Trône  et  il  est  seul  à  l'occuper. 
L'intérôt  de  votre  Maison  vous  commande  de  vous  en  préoccuper 
dès  le  matin  et  de  repasser  le  soir  votre  conduite.  Votre  atten- 
tion devra  se  porter  aussi  bien  sur  les  affaires  que  vous  aurez  à 
diriger  que  sur  le  plus  ou  moins  de  mérite  de  ceux  que  vous 
emploierez.  Vous  devez  fuir  l'oisiveté  et  lorsque  les  affaires  de 
l'État  vous  laisseront  du  loisir  vous  devez  encore  l'employer  à 
l'étude  des  Classiques  et  de  l'Histoire  afin  d'apprendre  les  causes 
de  la  grandeur  et  de  la  ruine  de  chaque  dynastie  et  de  régner 
ensuite  avec  une  sage  économie  en  apportant  aux  affaires  toute 
l'autorité  qu'elles  réclament,  ainsi  que  nous  avons  fait  durant 
le  temps  que  nous  avons  été  les  Régentes  de  l'Empire  ;  bien 
que  nous  ne  le  soyons  plus,  nous  souliâitons  voir  Votre  Majesté 
animée  des  sentiments  qui  nous  ont  guidées.  Les  Princes  et  les 
fonctionnaires  devront  avec  vous  passer  avec  aussi  peu  d'indéci- 
sion qu'une  flèche  à  travers  toute  considération  d'intérêt  de 
personne  ou  de  parti.  Telles  sont  les  recommandations  que 
nous  leur  avons  faites  aujourd'hui.  Les  fonctionnaires  de  tous 
rangs,   grands  ou  petits,  devront  faire  chacun  leur  devoir,  se 


DÉCRETS    Di:    33    FÊVRIKU     18/3  4 69 

corriger  de  leurs  défauts  et  assister  l'Empereur  dans  les  temps 
difllîciles.  Telle  est  notre  plus  sincère  espérance. 

111 

L'Empereur  Hien  Foung  m'a  chargé  du  fardeau  de  l'Empire 
alors  que  j'étais  bien  jeune  et  que  les  affaires  étaient  bien  difli- 
ciles.  J'ai  du  élever  les  yeux  >ers  les  Impératrices  et  m'appuyer 
sur  elles.  Elles  ont  pris  en  mains  les  affaires  (en  abaissant  le 
rideau).  Elles  ont  choisi  avec  un  soin  tout  particulier  les  fonc- 
tionnaires et  ont  atliré  les  hommes  supérieurs.  C'est  avec  une 
sage  persistance  qu'elles  se  sont  efforcées  de  conduire  les  affaires. 
11  y  a  de  cela  lo  ans  et  plus,  les  deux  rébellions  des  «  Brigands 
aux  longs  cheveux  »  et  des  «  Nien  Fei  »  ont  été  peu  à  peu 
éteintes;  quant  aux  affaires  des  frontières  du  Yun-Nan,  Kan-*Sou 
et  Ghen-Si,  elles  vont  bientôt  être  réglées.  En  vérité  ces  faits 
ne  suffisent-ils  pas  pour  faire  voir  qu'elles  ont  entretenu  les 
fondations  de  paix  laissées  par  les  Empereurs,  nos  prédécesseurs. 
Elles  sont  arrivées  au  dernier  degré  de  la  vertu  ;  leurs  mérites 
sont  en  nombre  considérable.  Elles  ont  surpassé  les  modèles 
fournis  par  l'histoire  ancienne.  Pour  moi,  j'ai  élevé  les  yeux 
vers  lés  Impératrices  cl,  couvert  de  leur  égide,  j'ai  pu  travailler 
h  mon  éducation  qui  est  sur  le  point  d'être  complétée.  J'ai  reçu 
d'elles  l'ordre  de  prendre  en  mains  le  Gouvernement  et  la 
recommandation  de  respecter  le  Ciel,  de  marcher  sur  la  trace  de 
mes  aïeux,  de  m'occuper  activement  de  l'administration  et 
d'aimer  le  peuple,  recommandation  à  ne  pas  perdre  de  vue.  Le 
fardeau  qu'Elles  m'ont  imposé  est  très  lourd  et  j'ai  bien  peur 
de  ne  pouvoir  le  supporter.  Aussi  m'attacherai-je  à  suivre  leurs 
conseils  ;  ma  vigilance  ne  se  relâchera  pas  un  seul  instant.  N'ai- 
jc  pas  au-dessus  de  moi  l'exemple  de  mes  aïeux  qtii  ont  réussi 
à  cette  lâche  difficile,  et  au-dessous  les  fonctionnaires  et  sujets 
de  la  Gapilale  et  des  Provinces  qui  attendent  de  moi  le  bonheur  ; 
je  me  servirai  donc  des  méthodes  (de  gouvernement)  qui  m'ont 
été  léguées  (par  mes  ancêtres).  11  me  faut  ici  i*cmercier  mes 
Mères  vénérables  de  leurs  bienfaits. 

Aussi,  Princes  et  hauts  Fonctionnaires  de  la  Cour  et  hautes 
Autorités  provinciales,  devrez-vous,  conjointement  avec  moi, 
apporter  respectueusement  un  cœur  droit  dans  le  règlement  des 
affaires  et  venir  à  mon  aide  là  où  mes  forces  me  trahiront. 
Quant  à  vous  autres  fonctionnaires,  petits  ou  grands,  vous  devrez 


f\']0        REVISION    DU    TUAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    LEMPEREUR 

avoir  aussi  un  esprit  juste,  accomplir  votre  devoir  avec  con- 
science et  remplir  avec  soin  vos  fonctions  dans  le  but  d'assurer 
la  tranquillité  du  peuple,  enfin  vous  appliquer  assidûment  cl 
sans  relâche  à  professer  les  bons  principes. 

C'est  ainsi  que  nous  pourrons  répondre  aux  vœui  des  deux 
Impératrices. 

Respectez  ceci. 


PRÉLIMINAIRES    DE    l'aI  D1E>CE 


Depuis  les  conventions  de  Péking  et  les  traites  signés  par 
diverses  puissances,  jamais  les  ministres  étrangers  accrédités 
près  de  la  Cour  impériale  n'avaient  été  admis  à  présenter 
leurs  lettres  de  créance  en  audience  solennelle.  L'éloignement 
de  Hien-Foung  d'abord,  la  minorité  de  T'oung-lché  ensuite, 
avaient  été  les  prétextes  choisis  pour  retarder  une  cérémonie 
particulièrement  désagréable  aux  Chinois.  Mais  le  mariage 
de  l'empereur  marquait  la  fin  d'une  minorité,  et  le  coips  di- 
plomatique s'empressa  de  réclamer  l'audience  si  longtemps 
retardée. 

Enfin  le  aS  février  1878,  T'oung-lché  ayant  pris  en 
mains  les  rênes  du  gouvernement,  il  fut  impossible  de  re- 
mettre plus  longtemps  la  présentation  des  lettres  de  créance . 

Le  Prince  Koung  annonçait  officiellement  aux  ministres 
étrangers  la  majorité  de  rcmpereur,  le  jour  même  de  sa 
déclaration  : 

Péking,  le  33  février  1873. 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Conseil  des  Affaires  Étran- 
gères, etc.,  etc.,  etc.,  pour  : 

Aviser  qu'il  a  reçu  du  Ministère  des  Rites  la  dépêche  suivante  : 
Le  Ministère  des  Rites  a  reçu  avec  respect  le  décret  Impérial 
suivant  : 

Nous  (ÏEmpereur)y  avons  reçu  avec  respect  des  Impératrices  de 
run  et  de  C autre  Palais  un  ordre  nous  enjoignant,  va  notre  arrivée  à 


NOTE    COLLECTIVE  II"]  l 

un  dge  convenable,  de  diriger  nous-méme  les  dix  mille  ressorts  et  de 
concourir  avec  les  fonctionnaires  du  dedans  et  du  dehors  à  la  bonne 
administration  (du  pays).  Nous  nous  sommes  empressé  d* obéir  à  cet 
ordre  et  le  (26  Je  la  i""®  hxnè)  a 3  février  1878  nous  prenons  en 
mains  le  Gouvernement. 
Ordre  Impérial. 

Le  Ministère  des  Rites  a  obéi. 

Le  Prince  en  faisant  celte  coniniunication  aux  Puissances 
amies,  remplit  un  devoir  (dicté)  par  la  raison  et,  outre  cette 
dépêche  adressée  à  S.  Exct^l.  M il  en  est  expédié  d'identi- 
ques à  tous  ses  collègues. 

L^occasion  était  trop  bonne  pour  ne  pas  soulever  la  ques- 
tion de  l'audience;  il  fallait  à  tout  prix  éviter  une  action 
isolée  ;  dans  Tintérêt  même  de  la  réussite,  il  était  nécessaire 
que  le  corps  diplomatique  agît  collectivement  ;  l'entente  ne 
fut  obtenue  qu'avec  difficulté. 

Le  ministre  de  Prusse,  M.  von  Rehfues,  revenu  à  l'entrée 
de  rhiver  après  un  assez  long  congé,  avait  rapporté  de  nou- 
velles lettres.de  créance  de  son  souverain  et  dans  sa  première 
visite,  le  4  décembre,  il  les  avait  annoncées  au  prince  de 
Koung  ;  plus  tard,  il  en  avait  laissé  la  copie.  Les  Chinois, 
voyant  l'occasion  bonne  pour  désunir  les  étrangers,  avaient 
fait  dire  à  M.  von  Rehfues  qu'on  hii  donnerait  la  réponse  de 
l'empereur.  11  était  indispensable  que  le  ministre  de  Prusse 
refusât  de  recevoir  cette  réponse.  On  y  réussit.  Aussi  le 
lendemain  de  la  majorité  de  l'Empereur,  et  en  réponse  à  la 
communication  du  Prince  de  Koung,  le  corps  diplomatique 
signait  à  cinq  heures  du  soir  la  n(jte  collective  suivante  : 


KOTE   COLLECTIVE 

Péking,  le  34  février  1873. 

Les  Soussignés  envoyés  extraordinaires  et  Ministres  Plénipo-^ 
tentiaires  de  Russie,  d'Allemagne,  des  Étals-Unis  de  l'Amérique 


4/3         REVISION    DU    TRAITK    FHA^'ÇAIS    MAJORITÉ    DE    L*EMPEREUR 

du  Nord,  de  la  Grande  Bretagne  et  de  France,  oat  reçu ,  chacun 
respectivement,  la  note  identique  par  laquelle  S..  A.  L  le 
Prince  Kx>ung  leur  a  fait  savoir  que  S.  M.  TEmpereur  de  la 
Cbine  était  entré  dans  sa  majorité  et  qu'à  partir  du  ^3  février 
(26°  de  la  1'®  lune  du  règne  T'oung-tché)  Il  a  pris  en  mains 
Tadministration  de  ses  États. 

Les  Soussignés  ne  peuvent  que  se  réjouir  d'un  dvénemeal 
aussi  important  pour  la  prospérité  de  la  Chine.  Us  manqueraient 
h  leur  devoir  si,  en  celle  occasion,  ils  ne  demandaient  pas  à 
présenter  au  nom  de  leurs  gouvernements  leurs  respects  et  leurs 
félicitations  à  S.  M.  C'est  pourquoi  ils  prient  S.  A.  I.  de  vouloir 
bien  faire  parvenir  au  Trône  l'expression  de  leur  désir  et 
prendre  les  ordres  de  S.  M.  relativement  à  leur  réception. 

Les  Soussignés  prient  S.  A.  L  d'agréer  les  assurances  de 
leur  haute  considération. 

Suivent  les  signatures. 

Une  maladie  de  Wen-Siang,  ayant  fait  ajourner  lee  négo- 
ciations, une  seconde  note  collective  fut  adressée  an  Tsoung- 
li  Yamen  par  le  corps  diplomatique. 


SECOXDE    ^OTE    COLLEOTfVE 

Péking,  le  5  mars  i863. 

Les  Soussignés,  Envoyés  extraordinaires  et  Ministres  plénipo- 
tentiaires de  Russie,  d'Allemagne,  des  Élats-Unis  de  l'Amérique 
du  Nord,  de  la  Grande  Bretagne  et  de  la  France,  ont  l'honneur 
de  rappeler  à  S.  A.  L  leur  note  collective  du  a4  février  dans 
laquelle  ils  ont  exprimé  le  désir  de  présenter  à  S.  M.  l'Empereur 
de  la  Chine  leurs  félicitations  et  ont  pfrié  S.  A.  l.  de  vouloir 
bien  prendre  les  ordres  de  S.  M.  relativement  à  leur  réception. 
Avant  appris  des  Ministres  du  ïsoung-li  Yamen  que  leurs 
Excellences  s'étaient  proposé  de  se  rendre  chez  les  soussignés 
pour  s'entretenir  sur  l'objet  de  la  noie  collective,  mais  que 
l'indisposition  du  Grand  Secrétaire  Wen-Siang  les  avaient 
engagés  à  différer  leur  \isite,  les  soussignés  s'empressent  de 
témoigner  le  vif  regret  que  leur  occasionne  la  maladie  prolongée 
du  Grand  Secrétaire. 


SECOîn>E   ^OTE    COLLECTIVE  473 

La  question  soumise  à  S.  A.  I.  étant  néanmoins  de  la  plus 
haute  importance  ainsi  que  l'indiquait  la  forme  collective  de 
leur  note,  les  soussignés,  en  vue  d'arriver  prochainement  à  une 
solution,  s'adressent  derechef  à  S.  A.  I.  et  la  prient  de  vouloir 
bien  leur  accorder  un  entretien  à  l'heure  et  à  Tendroil  qu'elle 
jugera  convenable. 

Les  soussignés  prient  S.  A.  L  d'agréer  l'assurance  de  leur 
haute  considération. 

Signé  :  Vlangaly, 
Reufues, 
Low, 
Wade, 
Geofrov. 

Le  départ  de  M.  von  Rehfues  pour  raison  de  santé  faillit 
réduire  à  néant  toutes  les  démarches  faites  jusqu'alors. 
Heureusement  que  ses  collègues  réussirent  à  lui  faire  insérer, 
dans  la  note  qu'il  remit  au  Tsoung-li  Yamen  le  5  avril  1873, 
la  phrase  suivante,  relative  «  Taudie^ce  : 

Le  soussigné  ne  manque  pas  de  porter  leur  attention  au  fait 
que  son  éloigncment  de  Péking  n'est  causé  que  par  une  indispo- 
sition continuelle  et  ne  se  rapporte  poiint  à  la  question  de 
l'audience  laquelle  comme  il  l'infère  des  dernières  communi- 
cations parvenues  à  lui  et  à  ses  collègues  s'approche  de  sa 
soluUon. 

M.  von  Rehfues  lit  ses  adieux  au  Tsoung-li  Yanien  le 
7  avril. 

On  n'était  pas  au  bout  des  difficultés.  L'arrivée  de  deux 
nouveaux  ministres  à  Péking  modifiait  la  composition  du 
corps  diplomatique.  Le  premier  était  Soyésima,  envoyé  par 
le  Japon  avec  le  rang  d''ambassadeur  pour  ratifier  le  traité  de 
1 87 1  ;  il  était  accompagné  d'un  ancien  capitaine  de  l'armée 
française,  C.-W.  Legendre,  naturalisé  américain;  devenu 
général  pendant  la  guerre  de  Sécession,  il  avait  été  nommé 
consul  à  Amoy.  Ayant  été  nommé  minisire  à  Buenos- Ayres 


/|74         UEVISION    DU    THAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    L*EMPEREUR 

par  le  général  Grant,  mais  sa  nomination  n'ayant  pas  été 
ratifiée  par  le  Sénat,  Legendre  passa  au  ser\'ice  du  Japon 
qui  en  fit  un  conseiller  d'ambassade.  Le  second  minislre 
était  celui  de  Hollande,  M.  Ferguson,  porteur  de  lettres  de 
créance. 

Les  difficultés  étaient  donc  grandes  encore  ;  il  fallait 
les  aplanir  :  on  ne  pouvait  songer,  comme  au  xvm**  siècle,  à 
exiger  des  diplomates,  le  ko-teou,  c'est-à-dire  les  neuf  pros- 
ternations en  trois  génuflexions  —  on  les-  remplaça  par  des 
saluts.  Quel  serait  le  lieu  choisi  pour  l'audience?  Les  mi- 
nistres se  coatentèrent  d'un  pavillon  situé  dans  la  ville  impé- 
riale, non  dans  la  ville  interdite,  le  Tse  Konattg  Ko. 


LE    TSE    KOUANG    LO 


Le  Tse  Kouang  Ko  est  situé  dans  la  ville  impériale  à  Touest 
du  lac  central  (Tchonng  Hat)  près  de  l'ancienne  cathédrale 
Pé  T'ang  ;  il  s'est  «  appelé  aussi  Lèe-inn-ko\  c'est  là  que 
se  font  les  examens  militaires,  comme  les  examens  civils  se 
font  au  Pao-ho-tien,  On  y  reçoit  aussi  les  princes  et  ambas- 
sadeurs tributaires,  et  on  y  donne  les  grands  repas  aux  princes 
mongols  ;  enfin  Tempereur  y  a  reçu  les  ambassadeur^  euro- 
péens en  187^.  Le  palais  est  fort  beau,  les  murs  sont  dé- 
corés de  peintures  représentant  les  exploits  de  K*ien-lonng  ; 
un  trône  d'or  occupe  le  milieu.  A  l'étage  supérieur  sont  re- 
présentés tous  les  hommes  célèbres  qui  ont  illustré  l'empire  ; 
on  appelle  cette  salle  Koung-lchen-siang  ;  on  y  voit  aussi  les 
anciennes  armures,  cuirasses,  casques,  armes  diverses  des 
premiers  temps.  Derrière  le  Tse-kounng-koy  se  trouve  un 
autre  pavillon  qui  contient  divers  cadeaux  faits  à  Tempereur 
par  les  étrangers,  principalement  des  selles  et  des  chaises 
à  porteurs  de  toute  espèce.  De  là  on  a  une  vue  superbe  sur 
le   pont   Yu-ho-k*iao   et   sur   la  montagne    K'iouang-hoa- 


DÉCRET    1MP£:R1AL  l^']b 

tao^  ».  Un  témoin  oculaire  décrit  ainsi  la  salle  d'audience  : 
((  La  salle  mesurait  environ  cinquante  pieds  de  long  sur 
(juarante  de  large  ;  les  murs  et  le  plafond  étaient  couverts 
crélégantes  boiseries,  et  les  grands  piliers  avec  leurs  couleurs 
voyantes  ;  le  sol ,  dallé  de  marbre  et  les  arrangements  en 
général  de  bon  goût,  étaient  justement  calculés  pour  dépasser 
les  espérances  des  ministres,  et  ajouter  à  la  solennité  de  la 


cérémonie*.  » 


Après  quatre  mois  de  négociations  fastidieuses,  un  Décret 
impérial  par  lequel  l'Audience  était  accordée  parut  dans  Tédi- 
lion  manuscrite  de  la  Gctzette  de  Péking  du  i4  juin,  et  fut 
communiqué  le  lendemain  aux  légfiltions  par  le  prince  Koung 
dans  la  lettre  suivante  : 


DÉCRET    IMPÉRIAL,     l5    iVVS    iS'j'i 

Le  Prince  de  Roung  fait  une  coniniunicalion  ^. 

Le  Yamcn  ayant  présenté  un  Mémoire  au  trône,  nionirant 
que  les  Ministres  étrangers  résidant  à  Péking  ont  demandé*  une 
Audience  pour  présenter  des  lettres    de  leurs  Gouvernements, 
a  eu    l'honneur  de  recevoir,    le  20"  jour  de  la  &*  lune  de  la 
la**  année  du  règne  ï'oung-tché,  le  décret  suivant  : 

a  Le  Tsoung-li  Yanicn  ayant  présenté  un  Mémoire  à  l'efTet 
que  les  Minisires  étrangers  résidant  à  Péking  [nous] ont  imploré 
[d'accorder]  une  Audience  afin  qu'ils  puissent  remettre  des 
lettres  de  leurs  Gouvernements,  nous  ordonnons  qu'il  soit 
accordé  Audience  aux  Ministres  étrangers  résidant  à  Péking, 
qui  ont  apporté  des  lettres  de  leurs  Gouvernements. 

«  Respectez  ceci  !  » 

1.  Péking,  Histoire  et  Description^  par  Alph.  Favicr.  pp.  346-7. 

2.  Norddeutsche  All^emeine  Zeitung. 

3.  China  y  no  i  (1874).  Correspondence  respecting  the  Audience 
granted  to  I/er  Majesty's  Minister  and  the  otker  Foreign  Repré- 
sentatives at  Pékin  by  the  Emperor  of  China.  Presented...,  1874. 
London,  în-fol.  [C.  — Qoa.] 

!\     Yây  implorer. 


476         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    l'eMPEREI  R 

C'est  le  devoir  du  Prince  de  commuQÎquer  une  copie  du  Décret 
Impérial*  faite  respectueusement,  adx  Ministres  de  Russie,  des 
Ëtats*-Unis,  d'Angleterre  et  de  France  (nommés  comme  de  cou- 
tume et  les  titres  cbnnos  en  entier). 

Toung-tché,  12^  année,   5*  lune,  ai*  jour  (i 5  juin  1873) L 

Certains  ternies  du  Décret,  par  exemple  imploréfv,  parurent 
déplacés  ;  diflerentes  conférences  eurent  lieu  et  enfin  le  prince 
Koung  accepta  le  26  juin  le  memoranduiii  suivant  qui  ré- 
glait réliquette  devant  être  suivie  dans  raudience  impériale  : 


MEMORANDUM 

Les  Ministres  étrangers  amèneront  avec  euK  M.  Bismark 
comme  leur  commun  interprèle.  M.  de  Geofroy  amèoeraM.De- 
véria,  comme  son  interprète  particulier. 

Les  Ministres  descendront  de  leurs  chaises,  ou  de  leurs  che- 
vaux à  la  porte  FouHoua*,  et  là  ils  seront  reçus  par  les  Ministres 
du  Yamen  qui  les aocompi^gneront,  d'abord  au  Che  Ying Koung'. 
où  ils  se  reposeront  pendant  un  petit  ihomenl.  S'il  plait  à  Sa 
Majesté  de  leur  accorder  des  rafraîchissements  ^,  c'est  ici  qu'ils 
seront  servis. 

Leur  escorte  ^  restera  dans  une  tente  en  dehors  de  la  porte 
Fou  Houa,  où  il  y  aura  pour  eux  des  personnes  en  .attendancc. 
Leur  suite  ^  restera  aux  environs.  Ni  escorte,  ni  suite,  n'entrera 
par  la  porte  Fou  Houa. 

Aussitôt  que  Sa  Majesté,  venant  de  la  partie  orientale  du 
bâtiment»  arrivera  à  la  salle  la  plus  éloignée  du  Tsc  Kouaog  Ko, 
les  Ministres  du  Yamen  accompagneront  les  Ministres  étrangers 
et  les  Interprètes  à  ime  tente'  à  l'ouest  du  Tse  Kouang  Ko,  où 

I.  Traduit  de  l'anglais. 

a.  Porte  dans  le  rnur  nord  des  jardins  imp^>rîanx.  &  l'oncsl  de  la  pièce 
d'eau  connue  sous  le  nom  de  Nan-haï. 

3.  Temple  du  Roi  Dragon. 

■i.  Du  thé  et  des  gâteaux. 

5.  L'escorte  étrangère. 

6.  Les  indigènes. 

7.  Une  tente  plus  grande  que  la  précédente. 


MEMORANDUM  ^77 

ils  attendront  un  petit  moment,  jusqu'à  ce  que  Sa  Majesté  soit 
entrée  dans  le  Tse  Kouang  Ko  *.  Les  Ministres  du  Yamen  accom- 
pagneront les  Ministres  ^'trangers  et  l'Inlerprète.  M.  Bismark, 
en  haut  de  Tescalier  ouest  dans  le  Tso  Kouang  Ko  par  l'endroit 
ouest  •  [on  suppose,  de  Tendroit  central]. 

Le  discours  (ou  les  discours)  des  Ministres  étrangers  terminé, 
iU  déposeront  chaeun  leur  l^tUc  de  Créance  ^  sur  la  Table  Jaune. 

Sa  Majesté  l'Empereur,  faisant  quelque  signe,  spécial  d'affabi- 
lité (probablement  un  salut)  dira  (lit.  répondra)  que  les  Lettres 
de  Créance  ont  été  maintenant  reçues,  et  fera  de  gracieuses 
remarques  et  posera  des  questions  avec  bonté. 

Celles-ci  seront  interprétées  avec  un  respect  solennel  par  le 
Prince  de  Koung. 

[Les  Ministres  étrangers]  quand  ils  arriveront  à  la  porte  [de 
la  salle],  quand  ils  parleront,  ou  diront  leurs  noms,  ainsi  que 
lorsque  des  questions  leur  seront  adressées,  ou  qu'ils  répondront, 
aussi  quand  ils  se  retireront,  en  signe  de  respect  extraordinaire^ 
feront  des  saints,  ainsi  qu'il  a  été  convenu  [ou  proposé]  au 
début. 

Lo  cérémonial  sera  réglé  dans  une  répétition  avant  l'Audience. 
Quand  la  cérémotiie  sera  fiiée,  les  autres  quatre  Ministres  étran- 
gers et  l'ihterprète,  M.  Bismark, .  se  retirej'ont  par  l'escalier 
ouest.  Les  Ministres  du  Yumen  les  accompagnci'ont  au  Ghc  Ving 
Koung,  où  ils  attendront  un  petit  moment,  M.  Devéria  étant 
pendant  ce  temps  conduit  par  les  Ministres  du  Yaraen  dans  le 
Tse  Kouang  Ko. 

M.  de  Geofroy  parlera  et  déposera  sur  la  Table  Jaune  la  réponse 
à  la  lettre  du  Gouvernement  chinois  *. 

Sa  Majesté,  comme  avant,  accusera  réception  [de  cette  lettre]. 

L'Audience  Çlit,  l'affaire)  ainsi  terminée,  M.  de  Geofroy  et 
M.  Devéria,  l'inteiprèle,  se  retireront,  les  Ministres  du  Yamen 
les  accompagnant  au  Che  Ying  Koung.  De  là,  tout  le  monde 
élant  réuni,  ils  conduiront  les  Ministres  étrangers  et  leurs  inter- 
prètes dehors  la  porte  Fou  Houa. 

Les  arrangements  marqués  ci-dessus  sont  faits  parce  quel'Em- 

I .  La  partie  du  palais  où  sera  placé  le  tr6ne. 

3.  La  façade  formant  trois  ou  cinq  dtvisionfi.  La  division  indiquée  est 
celle  de  l'ouosl,  ou  à  gauche  do  la  division  centrale. 

3.  Kouo  chou. 

4.  La  lettre  portée  en  France  par  Tch'oung  Heou. 


478        RFA'ISION    DU    TRAITÉ    FHANÇAIS   —    MAJORITÉ    DE    i/eHPEREI'R 

pereur  ayant  à  recevoir  des  Lettres  de  CréuKe,  un  Décret  a  été 
reçu  de  Sa  Majesté  accordant  une  audience.  De  là  la  Hbéralilodu 
cérémonial*  *. 

Enfin,  on  reçut  le  27  juin  la  dépêche  fixant  la  date  de 
fandience,  qui  devait  avoir  lieu  le  surlendemain,  de  bonne 
heure. 


INOTE    OFFICIELLE    DU    PRINCE    KOUXG    AUX    CL\Q  MIXISTRES 

Péking,  le  27  juin  1873. 

Relativement  à  la  réception  par  TEmpereur  des  Ministres 
résidant  à  Péking,  Nous,  Prince  et  Ministres  [du  Tsoung-H 
Yamen],  avons  reçu  les  instructions  verbales  suivantes  : 

ce  Vaudience  aura  lieu  le  b'^jour  de  celte  lune  au  Tse  Kouang  Ko. 

«  Respectez  ceci.  » 

Nous  sommes  chargés  par  S.  M.  de  vous  faire  cette  commu- 
nication. 


LETTRE    DES    MEMBRES    DU    TAMEN   AUX    Mn«IISTRES 

Péking,  le  37  juin  1873. 

Nous  vous  avons  déjà  annoncé  officiellement  que,  d'après  les 
instructions  verbales  que  nous  avons  reçues  de  S.  M.,  votre 
réception  en  audience  aura  lieu  le  5  de  cette  lune  au  Tse 
Kouang  Ko. 

Il  nous  faut  espérer  qu'au  jour  fixé  vous  voudrez  bien  vous 
trouver  tous  réunis  au  Pé  T'ang,  lieu  que  vous  avez  choisi  pour 
y  attendre  que  des  membres  de  notre  Yamen  viennent  vous 
prendre  pour  vous  conduire  à  la  porte  Fou  Houa  Men  où  vous 
serez  reçus  par  nous  autres  et  accompagnés  jusqu'au  moment 
de  TAudience. 


I.  (iCtlo  phrase  implique  que  sans  Icllrc  de  créance,  ou  sans  une  lettre 
d'un  Souverain,  aucune  audience  ne  sera  accorder. 
3.  Traduit  de  l'anglais. 


l'ai'difnce  ^79 


REPONSE    DES    MINISTRES 

•    Poking,  le  28  juin  1878. 

Les  Soussignés  ont  Tlionneur  d'accuser  réception  de  la  noie 
^que  S.  A.  I.  le  Prince  Koung  leur  a  adressée  le  27  de  ce  mois. 

Ils  s'empressent  de  présenter  leurs  remerciements  pour  la 
communication  du  Décret  Impérial  auquel  ils  se  conforTneronl 
et  saisissent  cette  occasion  pour  renouveler,  etc. 

Signé  :  Vlaisgaly, 
Low, 
Wadf, 
Geofroy, 
Ferguson. 


l'aidiexce,   29  JVïN   187.1 

L'audience  fut  fixée  au  dimanche  29  juin,  jour  des  saints 
Pierre  et  Paul.  A  cinq  heures  et  demie  du  matin,  les  ministres 
se  réunirent  au  Pe  T'anff  (mission  catholique),  dans  la  >ille 
impériale,  à  Fouest  du  Tse  Konang  Ko,  le  pavillon  où  devait 
avoir  lieu  l'audience .  M.  Bismark,  comme  étant  le  plus 
ancien  des  interprètes  à  Péking  et  aussi  à  cause  de  l'absence 
du  ministre  d'Allemagne,  fut  choisi  pour  accompagner  les 
ministres  et  il  s'acquitta  de  sa  tâche  avec  un  tact  qui  lui  valut 
le  8  juillet  une  lettre  de  remerciements  du  corps  diploma- 
tique. A  six  heures,  Tch'oung-Heou  vint  chercher  les  mi- 
nistres et  les  conduisit  à  la  porte  Fou-Houa  où  ils  furent  reçus 
par  Wen-Siang;  ils  entrèrent  dans  un  pavillon  où  une  colla- 
tion leur  fut  servie  et  où  ils  trouvèrent  l'ambassadeur  japonais 
et  son  interprète. 

Seul  le  délégué  japonais,  Soyesima  Panéomi,  avait  rang 
d'ambassadeur,  aussi  les  autres  membres  du  corps  diploma- 
tique lui  avaîent-il  cédé  la  préséance,  ce  Je  puis  ajouter,  dit 


48o         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    MAJORITÉ    DE    LEMPERFXR 

M.  Wade*  que  Sovésima  avait  eu  ses  propres  difticultés  à 
surmonter.  Ses  conférences  avec  les  Ministres  chinois  avaient 
élé  séi^u-ées,  mais  par  ses  rapports  fréquents  avec  nous,  nous 
avions  été  tenus  au  courant  de  ce  qui  se  passait.  Je  nie  sens 
obligé  de  dire  que  le  Gouvernement  du  Japon  a  toute  raison 
d'être  satisfait  du  rôle  joué  j>ar  son  Ambassadeur  pendant 
les  négociations.  La  connaissance  que,  comme  Japonais^  il 
possédait  naturellement  delà  littérature  chinoise  et  des  usages 
de  la  Chine,  Ta  empêché  d'être  d'une  exigence  indue  sur  des 
points  de  forme,  mais  il  montra,  en  même  temps,  beaucoup 
de  fermeté  et  de  dignité  dans  le  maintien  de  ses  droits.  » 

Au  bout  d'une  heure  et  demie  d  attente,  on  annonça  que 
l'Empereur  s'avançait  vers  le  Tse  Kouang  Ko  et  les  ministres 
se  rendirent  h  la  tente  préparée  pour  eux  où  ils  furent  reçus 
|3ar  le  prince  koung.  Enfin,  à  9  heures,  l'Empereur  étant 
arrivé,  le  ministre  japonais  fut  d'abord  reçu,  puis  ensuite 
les  ministres  étrangers. 

Dans  le  fond  de  la  salle  d'audience,  une  plate-forme  en 
bois  d'environ  3  mètres  carrés,  élevée  de  près  d'un  mètre, 
avait  été  construite  ;  elle  était  entourée  d'une  balustrade  éga- 
lement en  lx)is,  peinte  de  toutes  les  couleurs  de  l'arc-en-ciel, 
«  sur  cette  plate-forme  s'élevait  une  chaise  plutôt  large,  faite 
de  simple  bois  noir  et  dépourMie  d'aucim  ornement  ;  et  sur 
celte  chaise,  avec  les  jambes  croisées  (ou  «  accroupi  »  s'il  est 
permis  d'appliquer  cette  expression  populaire  aux  faits  et 
gestes  d'un  Empereur)  était  assis  l'Empereur  de  Chine,  le 
chef  suprême  de  4oo  000  000  d'àmes.  L'Empereur  est  âgé 
d'environ  18  ans,  mais  son  apparence  extérieure  justifierait 
à  peine  une  estimation  plus  élevée  que  i4-  Paie  et  d'une 
figure  blafarde,  ses  traits  ont  une  expression,  s'il  en  a  une, 
enfantine  et  inoflensive  ;  et  ses  yeux  semblent  regarder  celte 
cérémonie  sans  précédent  dont  il  est  le  principal  objet,  avec 

I.  China,  n"  1  (1876),  p.  2. 


l*audieNciî  l\èt 

une  curiosité  mêlée  d'^anxiété.  Son  costume,  autant  que  nous 
|>ouy0ns  l'ftsèurer,  était  simple  au  plus  haut  degré  ;  une  lu- 
nique  de  gaze  lilas  foncé,  sans  ornement,  était  le  seul  vêle- 
ment Visible,  et  la  tête  était  couverte  d'un  bonnet  de  jolie 
paille  tressée  jaune,  '  couronné  d'un  gland  rouge,  et  d'un 
petit  faoutoii  de  ^oîe  ronge,  le  seul  insigne  dislînctif  de  la 
maison  Impériale.  » 

Leè  ministres  se  rangèrent  devant  la  Table  Jaune  en  ligne, 
par  ordre  d'ancienneté,  en  commençant  par  la  droite  :  le 
générarVlangaly,  pour  la  Russie,  F.  F.  Low,  pour  les 
États-Unis,  dont  Fhabit  noir  faisait  contraste  avec  les  brillants 
uniformes  de  ses  collègues,  Wadc,  pour  la  Grande-Bretagne, 
L.  de  GèofroT,  pc(ur  la  France,  et  J.  H.  Fergùson',  chargé 
d'affaires  dés  Pays-Bas,  le  dernier;  Pititerprète,  M.  Bismark, 
se  tenait  à  droite  et  un  peu  en  arrière  du  général  Vlangaly. 
Deux  membres  du  Tsoun^-lî  Vamen  se  tenaient  de  chaque 
cAté  du  corps  diplomatique. 

Le  doyen  du  corps  diplomatique,  général  Vlangaly,  prit 
alors  la  parole  en  ces  termes  : 

StRE, 

I 

Los  Représentants  de  la  Russie.  Vlangaly  ;  des  Étals-Unis 
d'Amérique,  Low  ;  de  la  Grande-Bretagne,  Wade  ;  de  la  France, 
Gcofroy  ;  cl  des  Pays-Bas,  Ferguson,  ont  l'honneur  d'offrir  au 
nom  de  leurs  Gouvornoments  à  Voire  Majesté  Imjjériale  leurs 
rélicHotions  à  roccasion  de  sa  majorité  et  font  des  vœux  pour  la 
durée-  de  ^n  règiie  et  la  prospérité  de  son  peuple. 

Ils  espèrent  voir  dans  le  règne  de  Votre  Majesté  la  oontinua- 
tion  du  règne  de  son  illustre  aïeul,  l'Empereur  K'ang-hi,  qui, 

1.  Ferguson, /an  Helenus,  né  à  Curaçao,  le  17  mai  i8a6:  il  a  été 
nonnaxé  consul  général  et  charge^  d'aflaircs  en  Chine,  par  décret  royal  du 
27  juin  167a,  n»  10;  il  était  auparavant  gouverneur^ur  la  c6ic  de  Guinée  : 
il  fut  nommé  ministre  résident  par  décret  royal  du  3o  juin  1876,  n°  aS  ; 
il  fut  mis  à  la  retraite  sur  sa  demande  le  22  janvier  i8g5  par  décret  royal 
n^  ao  et  remplacé  en  Chine  par  M.  Knobel. 

COKDIER.  I.   —  3i 


482         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    MAJORITÉ    DE    l'eMPKREIR 

en  élevant  la  Chine  au  soinmet  de  sa  gloire  et  de  sa  puissance. 
V  donna  accès  aux  sciences  et  aux  arts  do  l'Occident. 

La  Chine,  Sire,  retrouvera  sous  le  Gouvernement  de  \otre 
Majesté  ces  heureux  jours,  et  les  Puissances  étrangères,  qui  ont 
des  Traités  conclus  avec  Votre  Majesté  Impériale,  verront  avec 
plaisir  le  développement  des  relations  et  le  raffermissement  du 
bon  accord  qui  existent  avec  votre  vaste  Empire. 

Nous  avons  Thonneur,  Sire,  de  déposer  les  lettres  qui  nous 
accréditent  en  cjualité  d'Envoyés  Extraordinaires  et  de  Ministres 
Plénipotentiaires  auprès  de  Votre  Majesté  Impériale. 

M.  Bismark  traduisit  ce  discours,  puis  chaque  ministre 
déposa  tour  à  tour  sa  lettre  de  créance  sur  la  Table  Jaune, 
TEmpereur  faisant  une  inclination  de  la  tête  ;  ensuite  le 
prince  de  Koung,  à  genoux,  reçut  les  ordres  du  Souverain, 
et  se  relevant,  descendit  de  Peslrade  et  s'approchant  de  Tin- 
terprète  lui  dit  : 

«  Sa  Majesté  accuse  réception  des  lettres  de  ci-éance  des 
Ministres.  » 

Le  Prince  remontait  sur  Testrade,  recevait  de  nouveaux 
ordres  impériaux,  et  revenant  à  Pinterprèle  ajoutait: 

«  Sa  Majesté  esj)ère  que  les  Empereurs,  les  Rois  et  les 
Présidents  d'Etat  représentés  ici,  sont  en  bonne  sant^;  et  Sa 
Majesté  a  confiance  que  les  négociations  qu^ils  poursuivent 
avec  le  ministère  chinois  des  Affaires  étrangères,  seront 
menées  d'une  manière  amicale  à  une  fin  mutuellement  satis 
faisante.  » 

Les  ministres  saluèrent  et  se  retirèrent  sauf  M.  de  Geofroy 
auprès  duquel  deux  ministres  du  Yamen  conduisirent  im- 
médiatement   M.    Devéria*  ;   cette    seconde    audience  dans 

I.  Dcvéria.  Gabriel,  né  le  7  février  i844;  fils  d'Achille  et  neveu 
d'Eugène  Devéria  ;  ék^ve- interprète  pour  la  langue  chinoise  (6  fév.  1860)1 
chargé  de  la  gestion  du  consulat  à  Tien-Tsin,  du  i"""  septembre  i863  au 
9  aoiU  1860  ol  du  2a  mars  1866  au  i**''  avril  18C9;  interprète-chancelier 
à  Fou-Tchéou  (26  février  1870);  premier  interprète  de  la  Légation  i 
Péking  (3o  ocl.  1878);  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  (10  fév.  1875); 


i/audience  483 

laquelle  fut  remise  la  réponse  du  gouvernement  français  k 
la  lettre  d'excuses  pour  le  massacre  de  Tien-Tsin  portée  h 
Versailles  par  Ïclfoung-Heou  dura  à  peine  quelques  mi- 
nutes*. 

Voici  le  discours  de  M.  de  Geofroy  : 

Sire, 

Outre  la  lettre  qui  m'accrédite  près  de  V.  M.,  j*ai  riionneur 
de  déposer  entre  ses  mains  la  réjx)nsc  de  mon  Gouvernement  au 
sujet  de  la  regrettable  alTaire  qui  a  motivé  la  mission  de  S.  E. 
Tch'oung-IIeou  en  France.  Mon  gouvernement  a  reçu  les  décla- 
rations qui  lui  ont  été  portées  par  cet  Ambassadeur  de  la  part 
de  V.  M.,  et  confiant  dans  la  parole  de  l'Empereur,  il  espère 
<jue  désormais  aucune  mésintelligence  ne  viendra  plus  troubler 
les  bons  rapports  des  deux  Empires. 

11  était  neuf  heures  et  demie  quand  les  ministres  étran- 
gers cpaittèrent  la  porte  du  palais  où  ils  avaient  été  acconi 
pagnes   par    Wen-Siang   et     les    membres    du    Tsoung-li 
Yanien  -. 

Ces  audiences  qui  devaient  être  le  point  de  départ  de  rela 
lions  nouvelles,  n'eurent  de  lendemain  que  pour  les  minis- 
tres de  Belgique,  Serruys,  de  Russie,  E.  de  Butzov,  et  pour 

renlrc  en  France  en  187O;  inscrit  dans  la  première  classe  des  inlerprètcs 
(18  8<;pt.  1880);  consul  de  seconde  classe,  hors  cadre  (18  déc.  1880),  se- 
crétaire de  seconde  classe,  hors  cadre  (i""*^  section)  (26  février  1881); 
spcrélaire- interprète  h  Paris  (ao  fév.  i88a)  en  remplacement  du  comle 
Kleczkowski,  admis  à  faire  valoir  ses  droits  h  la  retraite;  professeur  à 
l'Ecole  des  langues  orientales  à  la  mort  de  Maurice  Jamctel  (17  mai  i889); 
secrétaire  do  i""*-*  classe  (12  sept.  i883);  consul  général  (22  mars  1888); 
officier  de  la  Légion  d'honneur  (3i  déc.  189G);  membre  de  Tlnstitut 
(iodée.  1897);  mort  au  Monl-Dore,  le  12  juillet  1899. 

i.  —  Voir  p.  4i2- 

a.  Il  a  paru  dans  la  lYorddeutsche  Allgemeine  Zeitung  un  excellent 
compte  rendu  de  l'audienco,  auquel  j  ai  fait  de  nombreux  emprunts  ;  je 
ne  crois  pas  me  tromper  en  l'attrihuant  à  l'interprète  allemand,  M.  Bis- 
mark. —  Un  compte  rendu  a  été  aussi  donné  dans  le  Journal  de  Sainl- 
Pétersbourg^  3o  juin-ia  juillet. 


484         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    MAJORITÉ    DE    L* EMPEREUR 

le  remplaçant  de  M.  Lovr,  démissionnaire  le  28  mars  iSyi 
M.  Benjamin  P.  Avery,  de  Californie,  nommé  ministre 
des  États-Unis  le  10  avril  1874,  qui  rejoignit  son  poste  le 
28  octobre  1874,  et  présenta  ses  lettres  de  créance  le  29  no- 
vembre suivant.  M.  Avery  mourut  à  son  poste  le  8  novembre 
1876  et  eut  pour  successeur,  M.  George  F.  Seward. 

Les  fonctionnaires  chinois  se  montrèrent  enchantés  de 
Tatlitude  des  ministres  étrangers  et  dans  un  moment  de 
bonne  humeur,  le  vieux  Wen-Siang  ne  put  s'empêcher  de 
s'écrier  qu'avec  quelques  années  de  fréquentation  chez  les 
Chinois,  les  étrangers  deviendraient  civilisés  ! 

Si  toutefois  on  désire  connaître  le  sentiment  intime  des 
Chinois,  qu'on  lise  le  document  suivant. 


VERSION    CHINOISE     ' 

Voici  comment  le  supplément  de  la  Gazette  de  Pékin^x^- 
conta  l'audience  accordée  aux  ministres  étrangers: 

«  Depuis  que  Tempercur  a  pris  les  r^nes  du  gouvernement,  la 
pluie  et  le  soleil  n'ont  pas  manqué  de  se  succéder  au  temps 
voulu,  et  les  hommes  vivent  en  bonne  harmonie. 

«  Les  ambassadeurs  de  plusieurs  royaumes,  ayant  sollicité  une 
audience  im|}ériale,  voulaient  entrer  en  palanquin  par  la  porte 
Taï  ho  mon,  monter  au  palais  avec  Tépée.  et  demandaient  même 
que  TEnipereur  descendit  de  son  trùne  pour  recevoir  de  ses  pro- 
pres mains  les  lettres  qu'ils  avaient  à  lui  remettre  de  la  part  de 
leurs  souverains.  Wen-Siang,  entendant  cela,  jette  sa  tasse  à  terre 
et  la  brise  en  mille  morceaux,  et,  d'un  air  sév^^e,  s'oppose  à  de 
telle.s  prétentions.  On  convient  enfin  que- le  0  delà  sixième  lune 
ils  ]K)urront  voir  l'Empereur  dans  la  salle  dite  Tsc  Kouang  Ko. 
Ils  allèrent,  la  veille,  au  Tsoung  li  Yamen  pour  s'y  exerwr  aux 
cérémonies;  mais  ils  le  firent  avec  un  dédain  arrogant,  au  miliru 
des  rires  et  des  plaisanteries,  sans  attention,  et  n'y  mettant  aucune 
bonn;»  volonté. 

«  Le  jour  fixé  étant  arrivé,  la   garde  cheu  ki,  revêtue  de  ses       j 


--.TT-'-»  ^:' 


VEKSH»    CHINOISE  485 

plas  beaux  insignes,  se  tenait  à  la  porte  du  Si^wan,  le  sabre  dé- 
gainé. Alors,  les  représentants  des  six  royaumes  de  France, 
Amérique,  Angleterre,  Russie,  Prusse,  Hollande,  en  tout  douze 
hommes,  h  qui  Ton  permit  de  porter  l'épée.  étant  conduits  par 
les  grands  mandarins  du  Tsoung  H  Yamen,  entrèrent  par  la 
porte  Si-wan;  mais  à  mesure  qu'ils  avaient  franchi  une  porte, 
elle  était  aussiièt  fermée  au  cadenas.  Lorsqu'ils  furent  parvenus 
au  bas  de  la  salle,  les  grands  mandarins  leur  en  firent  monter 
les  degrés,  et  les  introduisirent  devant  TEmpereur,  assis  sur  son 
trône,  qu'ils  saluèrent  non  à  genoux,  mais  seulement  par  une 
inclination  de  tête. 

(r  A  cèté  des  marches  du  tràne  était  placée  une  table  jaune, 
près  de  laquelle  les  ambassadeurs,  se  tenant  debout,  devaient 
chacun  à  son  tour,  lire  les  lettres  de  leurs  souverains.  Le  minis- 
tre d'Angleterre  commença  le  premier  ;  mais  à  peine  avait-il  lu 
quelques  mots,  qu'il  se  mit  à  trembler  de  tous  ses  membres, 
tellement  qu'il  ne  put  terminer  sa  lecture.  Vainement  l'Empe- 
reur l'interroge  et  lui  demande  si  son  souverain  se  jwrtc  bien  ; 
pas  de  réponse.  L'Empereur  ajouta  :  «  Souvent  vous  avez  de- 
mandé à  me  voir;  qu'avez-vous  à  me  dire?  »  De  nouveau,  [)as 
un  mot  de  réponse  ne  put  sortir  de  la  bouche  du  ministre.  Les 
autres  ambassadeurs  viennent  aussi,  à  leur  tour,  lire  les  lettres 
de  leurs  souverains  ;  mais  ils  sont  saisis  d'une  telle  crainte 
qu'ils  laissent  plusieurs  fois  les  lettres  tomber  à  terre,  ne  pou- 
vant ni  lire  ni  prononcer  une  parole.  Alors  le  prince  Koung. 
riant  et  se  moquant  d'eux,  les  appelle  des  poules  qui  couvent,  c'est- 
à-dire  terribles  et  fanfarons  de  loin,  mais  sans  force  devant  ceux 
qui  ne  les  craignent  pas.  Puis  il  ordonna  aux  gens  du  palais  de 
les  prendre  par  le  bras  pour  les  aider  à  descendre  les  marches. 
Mais  les  ministres  étaient  tellement  elTi'ayés  qu'ils  ne  purent 
remuer  le  pied,  et,  haletants,  couverts  de  sueur,  ils  s'assirent  par 
terre.  Invités  au  festin,  ils  n'osèrent  s'y  rendre  ;  ahuris  et  hors 
d'eux,  ils  retournèrent  chacun  à  leur  logis.  Le  prince  Koung 
leur  dit  alors  :  a  Ne  vous  avais-je  pas  dit  que  ce  n'est  pas  une 
bagatelle  de  voir  l'Empereur  ?  vous  ne  vouliez  pas  me  croire  ; 
aujourd'hui  vous  savez  ce  qu'il  en  est.  Nous,  Chinois,  nous 
appelons  de  tels  hommes  des  plumes  de  poules  qui  couvent,  mot 
de  raillerie  qui  a  cours  dans  tout  l'empire  pour  désigner  les 
hommes  futiles. 

«  Il  faut  noter  pourtant  que,  pendant  l'audience,  le  Iràne  im- 
périal n'était  entouré  d'aucune  pompe  ;  quelques  gardes  seulement 


ii86         REVISION    DU    TKAITK    FRANÇAIS    ~      MAJORITÉ    DE    L*RMPEREl'R 

se  tenaient  auprès.  Les  ambassadeurs  ont  avoué  qu*il  y  avait 
certainement  dans  l'Empereur  une  vertu  divine  ;  de  là  celte 
crainte  et  ce  tremblement  qu'ils  ont  éprouvés  alors  même  qu'ils 
ne  regardaient  pas  Sa  Majesté*.   » 

On  peut  juger  de  reflet  d'un  tel  récit  sur  les  populations 
provinciales  parmi  lesquelles  il  circulait. 


MISSION    DE    M.    BLANCHETON 


Les  missions  du  Se  tclfoucn  continuaient  à  causer  beaucoup 
de  soucis  à  la  Légation  de  France  ;  le  règlement  de  laffairc 
Rigaud^  n'avait  pas  satisfait  Tinlassable  M^*"  Desflèches  qui 
s'était  rendu  à  Péking  et  avait  essayé  de  traiter  directement 
avec  le  gouvernement  chinois.  «  Il  s'agissait  de  laver  les 
Chrétiens  de  son  vicariat  des  présomptions  défavorables  que 
laissaient  planer  sur  eux  les  jugements  rendus  en  1869  par 
le  commissaire  Li  Houng-lchang,  de  la  bonne  foi  duquel 
auraient  abusé  lés  fonctionnaires  chargés  de  diriger  les 
enquêtes.  » 

M.  Biancheton,  gérant  du  Consulat  de  Han-kéou,  fut 
chargé  le  6  décembre  1872,  d'une  mission  au  Se-tch'ouen, 
mission  AUnformalion  pour  étudier  les  griefs  de  M^^  Des- 
flèches.  M.  Blancheton'  de  retour  à  Ilan-kéou  adressa  le 
3i  mars  1878  un  rapport  remarquable  à  la  Légation  de 
France  à  Péking. 


I.  Missions  calholiqucs,  V,  p.  6ao. 

a.  Voir  p.  33i. 

3.  Blaiichclon,  Krnest-Juless  né  en  i84a;  élève- interprète  pour  le 
Chinois,  6  février  1860;  attaché  à  Péking,  !\  avril  1860;  à  Canton,  i86a; 
à  Péking,  septembre  i864;  interprète-chancelier  à  llan-Kéou,  i**""  sep- 
tembre i805;  à  Péking,  juin  1867;  à  Chang-Haï,  janvier  1869;  consul 
de  a«  classe  à  Han-kéou,  19  février  1878;  à  Bangkok,  a 5  février  1880; 
mort  du  choléra  dans  ce  poste  le  18  juillet  1881. 


MI.MSTKES    nUSSE    ET    BELGE  /187 


W.    F.   MATfERS    A    ^îAN-TCh'a^îG,    OCTOBRE    1873 

Le  i5  octobre  1878,  M.  Mayers*,  premier  interprète 
(Chinese  secretary),  accompagne  de  M.  Brenan  *,  partit  de 
Kieou-kiang  sur  le  navire  de  guerre  Ringdove,  remonta  le 
lac  Po-Yang  et  eut  une  entrevue  avec  le  gouverneur  du 
Kiang-Si,  Lieou  Kouen-i^,  à  Nan-tch'ang  au  sujet  des  droits 
sur  les  thés  et  des  empêchements  mis  au  commerce  d'im- 
portation avec  les  passes  de  transit.  L'année  précédente, 
M.  El.  C.  Baber  avait  été  accueilli  à  coups  de  pierres  à  Nan- 
tch'ang,  au  mois  de  mai*. 


MINISTRES  RI  SSE   ET    BELGE 

M.  de  Butzov,  nouveau  ministre  de  Russie  en  remplace - 
ment  du  général  Vlangaly,  arriva  à  Péking  dnnsles  premiers 
jours  de  mars  187^»  et  demanda  aussitôt  une  audience  pour 
remettre  ses  lettres  de  créance  ;  il  fut  reçu  par  rEmperour 

1.  Majers,  William  S.  Frederick,  élève  inlerprèle,  7  février  1859; 
Chincsc  Secretary,  a8  novembre  1871;  ce  sinologue  remarquable  est 
mort  le  a 4  mars  1878. 

2.  Brenan»  Byron,  élève  interprète,  28  juillet  1866;  3"  assistant.  8 
décembre  1868;  interprète  p.  i.  à  Canton,  i4  août  1871-20  mai  1872; 
2'*  assistant.  7  décembre  1872;  interprète  p.  i.  à  CbangHaï.  27  juin- 
22  septembre  1878;  assistant  de  i'"*'  classe,  24  octobre  1874;  interprète 
/;.  I.  à  Han  kéou,  27  février-19  octobre  1876;  acting  assistant  Cbinese 
secretary  à  Péking,  6  novembre  1870-28  février  1877;  29  juillet  1877- 
i5  mars  1878  ;  Chinese  secretary  p.  i.,  16  mars  1878-80  septembre  1880; 
4  octobre- 8  novembre  i88o,-  consul  à  Wou  Hou.  26  février  1880; 
aujourd'hui  consul  général  à  Chang-Haï,  i3  mai  1899. 

3.  Lieou  Kouen-I.  aujourd'hui  gouverneur  général    des  deux  Kiang. 

4.  China,  n«  4  (1874):  Report  of  Expédition  to  yan-chang-foo. 
By  Mr.  Mayers,  Chinese  secretary  lo  Ihe  Légation at  Peking.  Presented... 
1874    Lond.,  in-fol.  [C.  —  ioi3.] 


488         REVISION    DU    TRAITÉ    FRANÇAIS    —    MAJORITÉ    DE    L* EMPEREUR 

le  20  mai  ;  la  cérémonie  fut  semblable  à  celle  de  iSyS,  mais 
M.  de  Butzov  attendit  deux  heures  au  lieu  de  trois  :  c'était 
un  progrès  ! 

Le  ministre  belge,  M.  Serruys,  arriva  à  Péking  le 
i5  mai  1874  ;  comme  il  représentait  un  petit  pays,  pendant 
trois  mois,  on  lui  fit  attendre  son  audience  qui  eut  lieu  ic 
3i  août  1874. 


•^^ 


CHAPITRE  XXXIII 


CHANG-HAI 


HISTOIRE 


Un  grave  événement  qui  se  passa  le  3  mai  1874  dans  la 
concession  française  de  Chang-IIaï  nous  amène  à  parler  de 
celte  ville,  le  plus  considérable  des  ports  ouverts  au  com- 
merce étranger. 

Au  dernier  siècle,  lors  des  difïicultés  des  Anglais  avec  les 
autorités  de  Canton,  il  avait  été  question  de  transporter  le 
commerce  britannique  dans  un  autre  port;  outre  Amoy  et 
les  Chousan,  Chang-Haï  fut  un  des  points  désignés;  c'est 
ime  vUle  du  Kiang-Sou,  par  3i°iV33''  lat.  N.  et  iig'^S-W 
long.  E.  Le  rapport  de  Frederick  Pigou,  chef  de  la  factorerie 
anglaise  à  Canton,  qui  concluait  à  Tadoption  de  ce  dernier 
point,  resta  dans  les  cartons. 

Le  pays  dans  lequel  se.  trouve  cette  ville,  devenue  le  centre 
le  plus  important  du  commerce  de  l'Extrême-Orient,  a  subi 
de  très  grands  changements.  Sous  les  premières  dynasties 
chinoises,  il  faisait  partie  de  Yang-tchéou,  l'une  des  neuf 
provinces  établies  par  Yu  le  Grand  ;  sous  la  dynastie  Soung, 
au  commencement  du  viii°  siècle,  la  ville  de  Soung-kiang 
se  nommait  Houa-ting  et  son  port  Houa-ting  Haï  est  le  mo- 
derne Chang-Haï.  Le  pays  était  autrefois  appelé  Hou-tu,  et 
c'était  là  que  la  rivière  dite  de  Wou-soung,  d'après  le  nom 
du  village  qu'elle  baigne  à  sa  barre,  se  jetait  à  la  mer.  Jadis, 


4()0  CHANG-H4Ï 

ce  qu'on  appelle  aujourd'hui  la  rivière  de  Wou-soung  remon- 
tait jusqu'à  Sou-tchéou  et  portait  le  nom  de  rivière  de  Sou- 
Icliéou  ;  ce  dernier  nom  n'est  pjus  donne  au  cours  d'eau  que 
depuis  Chang-Haï  jusqu'à  Sou-tchéou.  Le  Ilouang  Pou. 
comme  on  désigne  généralement  la  rivière  qui  passe  à  Chang- 
Ilaï,  coulait  à  peu  près  depuis  Soung-kiang  jusqu'au  Kao- 
Ichang  miao,  où  se  trou>c  l'arsenal  actuel,  puis  se  jetait 
directement  dans  la  mer;  un  canal  ancien,  élargi  en  i/jo3, 
sous  l'empereur  Yong  lo,  de  la  dynastie  des  Ming,  nommé 
le  Fan-kia  Pang  ou  Van-kia  Pang  (VVan-kia  Pang)  réunit  le 
Ilouang-pou,  depuis  Kao-tchang  miao,  à  la  rivière  de  VVou 
soung  :  c'est  ce  canal,  désormais  désigné  sous  le  nom  de 
llouang-pou,  qui  baigne  la  ville  actuelle  de  Chang-Haï  et  les 
concessions  française  et  anglaise.  D'ailleurs,  le  terrain  d'allu- 
vion  sur  lequel  est  construite  cette  ville  s'est  beaucoup  mo- 
difié ;  ainsi  la  grande  île  de  Tsoung-ming  ne  date  que  de 
700  de  notre  ère  et  elle  fut  envahie  par  les  Japonais  dès  le 
\iv^  siècle.  En  i.'^Go,  Chang-Haï  fut  élevé  au  rang  de  /l'ien, 
c'est-à-dire  de  ville  de  troisième  classe;  en  1070,  les  mu- 
railles furent  construites  pour  ser\ir  de  remparts  contre  les 
pirates  japonais. 

Mais  la  grande  prospérité  de  Chang-Haï  ne  date  que  de 
Tarrivéc  des  étrangers. 

Les  environs  de  Chang Haï  furent  le  théâtre  des  efforts  des 
jiremiers  jésuites.  Le  célèbre  Ricci  trouva  un  appui  des  plus 
puissants  en  Siu  Kouang-ki  qui  était  Co-Lno  ou  Tchoun^- 
T\ifi^'  (grand  secrétaire),  ministre,  pendant  la  période  Wan- 
li',  auteur  d'un  grand  nombre  d'ouvrages  scientifiques  esti 
mes.  Le  village  de  Siu  Kia-houei  (^Zi  Ka-ivc/,  dans  le 
dialecte  local),  à  6  kilomètres  au  sud-ouest  de  Chang-Haï, 
ainsi  nommé  à  cause  de  la  sépulture  de  cet  homme  d'Etal 
célèbre,  est  le  siège  d'un   grand  étiiblissement  de   mission- 

I.  i5G2-i633. 


HISTOIRK  491 

naires,  créé  en  i85o,  qui  cumprend  a\ec  sa  dépendance  do 
Tou-8c-wè  un  observatoire  fondé  en  1872,  une  imprimerie, 
un  orphelinat,  etc.  Ce  fut  à  Zi  Ka-wei  que  Ton  construisit, 
dans  la  province  de  Riang-Nan,  la  première  église  d'archi- 
tecture européenne. 

Près  de  la  porte  méridionale  de  la  ville  chinoise,  le  P.  Bran- 
cati  avait  acheté  un  terrain  en  16/19,  P^>^iï'  >  établir  le 
cimetière  de  la  mission  qui  fut  désigné  sous  le  nom  do 
Cheng-Moti  T*ang  à  cause  de  sa  chapelle  dédiée  à  la  Sainte 
Vierge.  Le  corps  du  P.  Brancati*,  mort  à  Péking,  y  l'ut 
rapporté  par  les  PP.  Gahiani  et  Couplet;  les  PP.  le  Favre* 
et  E.  de  Forreira  *  prirent  place  près  de  lui  a\oc  deux  mis- 
>ionnaires  chinois  ^ 

Ce  ne  fut  que  beaucoup  plus  tard,  que,  par  suite  d'im 
intérêt  de  propagande  à  la  fois  évangélique  et  commerciale', 
Chang-Haï  fut  visité,  le  20  août  i83i,  par  le  missionnaire 
protestant  Gûtzlaff^,  qui  y  retourna  Tannée  suivante  (juin) 
à  bord  du  vaisseau  Lonl-Anihersly  en  compagnie  de  Ilugh 
Hamilton  Lindsay,  officier  au  service  do  riiast-India  Com- 
pany.  Son  exemple  fut  sui\i,  on  i835,  par  deux  autres 
missionnaires  protestants,  Medhurst®  et  Edwin  Stevens",  qui 
visitèrent  Chang-Haï,  à  bord  du  Huron. 


1.  François  Brancati,  Pan  Kouokouang,  né  en  1607  en  Sicile;  mort 
35  avril  167 1. 

2.  Jacques  le  Favre,  Lieou  Ti-ngo,  né  en  1610;  mort  a8  janvier  1676. 

3.  Emmanuel  de  Fereira.  Kin  Pe-Uen,  né  en  i636;  mort  i8  mai 
1681. 

/i.  Les  Origines  de  deux  Etahlissements  français  dans  L'Extrême- 
Orient,  Chang-fJaï-Aing-Po.  Documents  inédits  publiés  avec  une  intro- 
duction et  des  notes  par  Henri  Cordier...  Paris,  1896,  in  8,  pp.  xxxix^O. 

5.  Rarl  Friedrich  Vupust  Gulzlafî,  né  à  lVritz(I^oméranic  prussienne). 
8  juillet  i8o3;   mort  à  Hong-kong  le  9  août  i85i. 

6.  Waltcr  Ilenr)-  Medhurst,  ne  h  Londres,  29  avril  1796;  mort  2^ 
janvier  1857  h  Londres. 

7.  Edwin  Slevens,  ne  à  New  Canaan,  Connecticui,  en  1803  ;  mort 
5  janvier  1837,  à  Singaporc. 


'492  CHATfG-HAÏ 

Lors  de  Ja  guerre  d'opium,  après  la  prise  de  Ning-po,  la 
flotte  anglaise  arriva,  le  i3  juin  18I2,  devant  Wou-soung, 
dont  elle  s'empara  le  16.  La  ville  même  de  Ghang-Haï  tomba 
entre  les  mains  des  Anglais  trois  jours  plus  tard.  Les  troupes 
de  terre  étaient  commandées  par  le  lieutenant-général  Sir 
Hugh  Gough,  et  la  flotte  par  le  vice-amiral  William  Parker. 


C0!<CESS10!fS    ETRA7CGERES 

Sir  Henry  Pottinger,  qui  avait  négixîié  le  traité  de  Nan- 
king,  fit  choix  d'une  concession  (seulement)  à  Ghang-Haï, 
sur  les  bords  du  Ilouang-jxju,  entre  la  crique  de  Sou-tché<m 
et  le  Yang-king  Pang.  Un  capitaine  de  Tartillerie  de  Madras, 
G.  Balfour,  fut  nommé  consul  anglais  à  Ghang-Ha'û  où  il 
arriva  le  5  novembre  i8/43.  Le  i/J  du  même  mois,  il  lançait 
une  proclamation  dans  laquelle  il  déclarait  que  le  port  serait 
ouvert  au  commerce  dès  le  17  courant;  les  premiers  règle- 
ments relatifs  au  territoire  occujié  furent  signés  par  le  tao-Uï 
Koung  et  le  capitaine  Balfour,  et  traduits  par  Waller  HeniT 
Medhurst,  le  premier  jour  de  la  11®  lune  de  la  26*  année 
Tao-Kouang,  c'est-à-dire  le  ag  novembre  i845;  on  verra 
plus  loin  qu'il  y  eut  de  nouveaux  règlements  le  ai  septembre 
1846,  et  le  a 7  novembre  i848. 

A  la  suite  du  traité  signé  par  notre  envoyé  extraordinaire 
et  ministre  plénipotentiaire,  M.  'i'héodose  de  Lagrené',  nous 
imitâmes  Texemple  des  Anglais  et  nous  envoyâmes  comme 
agent  consulaire  a  Ghang-Ilaï,  M.  de  Montigny  -.  Déjà,  nos 

1.  Lagrené,  Théodose-Marie'Melchior- Joseph  de  y  né  en  Pijeardie.  lo 
il\  mars  1800.  —  Voir  p.  16-17. 

2.  Montigny,  I.ouis-Charles- Nicolas- .\faximiUen  de,  né  à  Ham- 
bourg le  4  tioûl  i8o5  ;  chancelier  de  l'ambassade  T.  de  Lagrené;  agent 
consulaire  à  Changllaï  le  ao  janvier  18^7  ;  consul  de  !«•«  classe  le  ad  oc- 
tobre i855  ;  chargé  de  mission  au  Siam  de  i855  à  1867  ;  consul  général 
le  5  juillet  i858  ;  à  Canton  le  a  février  1859  :  en  disponibilité  le  16  aoiil 


CONCESSIONS    ÉTRANGÈRES  Agi 

niis^onnaires  jésuites  avaient  repris  possession  de  leur  an- 
cienne province  de  kiang-Nan;  le  P.  Claude  Gotteland\  de 
Savoie )  fut  le  premier  supérieur  de  la  nouvelle  mission  ; 
mais  celui^qui  lui  donna  la  vie,  fut  évidemment  le  P.  Mathu- 
rin  Lemaitre^,  mort  à  Ghang-IIaï  le  3  mai  i863.  L'admi- 
nislrateur  du  diocèse  de  Nan-King,  M'^''  L.  de  Bési^,  do 
Vérone,  et  son  successeur,  M^"*  Maresca,  qui  appartenaient 
à  la  Propagande  et  servaient  d'intermédiaires  pour  la  prise 
de  possession  par  les  Jésuites,  avaient  trouvé  chez  les  étran- 
gers beaucoup  de  bonne  volonté.  Le  premier  rencontra, 
avant  l'arrivée  de  notre  agent,  beaucoup  d'appui  auprès  du 
consul  anglais,  le  capitaine  Balfour  et  Tagent  consulaire 
danois,  M.  jGalder*.  Le  choix  de  M.  de  Montigny,  qui  avait 
fait  partie  de  la  mission  de  Lagrené,  en  qualité  de  chance- 
lier, était  excellent. 

Montigny  se  trouva  avoir  comme  collègues  anglais,  M.  Al- 
cock,  qui  avait  remplacé  le  capitaine  Balfour;  américain, 
M.  Griswold.  Alcock,  depuis  lors  ministre  d'Angleterre  à 
Yeddo  puis  à  Péking,  ainsi  que  son  collègue  de  Ning-po, 
M.  Sullivan,  entretenaient  les  meilleures  i-ela lions  avec  notre 
agent. 

Nous  fîmes  choix  pour  établir  notre  concession  du  terrain 


i86a;  mort  i4  septembre  1868;  commandeur  de  la  Légion  d*honneiir 
le  II  aoAl  i8fia.  Auteur  de  :  Manuel  du  négoeiani  français  en  Chine 
ou  Commerce  de  la  Chine  considéré  au  point  de  s>ue  français. 
Paris,  i84C,  in-8. 

I.  GoUcland.  (-lande,  né  le  12  juin  i8o3,  arriva  à  Ghang-Haî  le 
12  juin  i8/|2  avec  le  P.  François  Eslève  (né  à  Paris  le  ao  mars  1807)  ; 
le  P.  Benjamin  Brueyre  (né  le  ao  mai  1810)  était  resté  aux  Tchousan, 
alors  aux  mains  des  Anglais,  et  il  n'arriva  à  Cbang-Haï  qu'au  mois  d'oc- 
tobre 184  a. 

a.  Né  le  i»*"  janvier  i8j0. 

3.  Il  était  auparavant  vicaire  apostolique  du  Gban-toung  et  du  Ho-nan, 
évèque  de  Canopc. 

/i.  Le  pavillon  danois  flottait  sur  la  maison  anglaise  Jardine,  Matbesoii 
and  G". 


4  94  CHANG-H\Ï 

situé  sur  les  bords  du  Houang-Pou  entre  le  Yang-king  Pang 
vl  les  murailles  de  la  ville  chinoise. 

Le  premier  document  chinois  que  noire  interprète  consi- 
dérait «  comme  devant  constituer  le  premier  acte  /oublie 
concernant  la  concession  française  de  terrains  à  Chang-Haï  » 
est  daté  de  la  ii°  lune  de  la  28"  année  Tao-Kouang,  qui  a 
commencé  le  mercredi  8  décembre  iS/Jy  (27*^  année  Tao- 
Kouang)  et  a  fini  le  lundi  20  décembre  i848  (28^  année 
Tao-Kouang);  mais,  en  réalité.  Lin  Tao-taï  a  signé  la  con- 
vention officielle  avec  M.  de  Monligny,  le  vendredi  6  avril 
i8/|(),  qui  correspond  au  i^i*"  jour  de  la  i"  lune  de  la  29'  an- 
née Tao-Kouang.  La  convention  de  M.  de  Montigny  fut 
depuis  approu>ée  par  le  ministre  de  France,  M.  Forlli 
Kouen,  et  le  Commissaire  impérial  à  Canton,  Seu. 

Les  Anglais  avaient  signé  la  leur  le  jeudi,  2'*  septembre 
1846,  qui  correspond  au  o**  jour  de  la  8''  lune  de  la  20*"  an- 
née Tao-Kouang;  M.  Rutherford  Alcock,  qui  remplaça  le 
capitaine  Balfour  comme  consul  britannique,  rej)ril  l'œuvre 
(le  son  prédécesseur  le  lundi  27  novembre  i848,  qui  répond 
au  2*"  jour  de  la  îi*'  lune  de  la  28®  année  Tao-Kouang. 

CVst  de  18^8  que  date  rétablissement  par  Tévécpie  proles- 
lant  Boone\  de  la  concession  américaine  sur  la  rive  gauclir 
de  la  crique  de  Sou-lchéou,  sur  la  route  de  ^Vou-soung.  On 
nomma  cette  portion  de  la  ville  non*(  que,  parce  qu'elle  se 
trouvait  à  rembouclune  keott  de  la  petite  rivière  Ilon^: 
depuis  l'usage  a  transformé  Hon^^  qtte  en  ffoni»  Xrn';  pour 
élre  logique,  il  aurait  fallu  écrire  en  anglais  ce  ken'  :  Xy>m\ 
comme  //an  kon',  eml)ouchui*e  du  Ilan. 

Les  consuls  des  trois  puissances  ayant  des  traités  a\ec  la 
Chine  :   Rutherford   \lcock   (Grande  Bretagne),   Robert  C. 


I.  Boonc  (Wew).  William-Joseph,  né  clans  la  Caroline  du  Sud: 
('vêque  en  18V1  :  arrivé  à  Cliang-Haï  le  lO  juin  1^45;  mort  17  juillet 
1864. 


CONCESSIONS    ÉTRANGÈRES  l^()0 

Murphy  (États-Unis  d'Amérique)  et  B.  Edan  (France,  p.  /.) 
donnent  en  juillet  i854  leur  approbation  aux  Nen^  Land 
Régulations  ;  toutefois  le  gouvernement  français  ne  les  a 
pas  ratifiées.  (Voir  meeting  du  lo  mars  1866,  North-China 
Herald,  supp.  17  mars  18C6;  et  extrait  d'une  lettre  de 
M.  de  Bourboulon,  ministre  de  France,  à  M.  Edan,  consid 
de  F'rance  p,  i.  à  Cliang-Haï,  insérée  par  M.  le  vicomte 
Brenier  de  Montmorand,  dans  le  North-China  Herald, 
19  mai  1866/.) 

Ajoutons  que  l'arrivée  des  rebelles  dans  la  ville  chinoise, 
on  i853,  amena  une  légère  intervention  des  Français  en 
faveur  des  lrou])es  impériales,  et,  j>endant  une  des  luttes, 
une  partie  du  faubourg  entre  les  remparts  et  la  rivière  ayant 
été  brûlée,  la  concession  française  fut  augmentée  à  la  suite  de 
re  désastre.  En  i863,  Tagent-voyer  Lagacé  dressa  un  plan 
de  la  concession  française,  qui  est  déposé  dans  les  Archives 
du  Consulat  général.  Celte  même  année,  i8G3,  les  conces- 
sions anglaise  el  américaine  se  réunirent  sous  la  même 
administration  municipale;  mais,  dès  1862,  un  conseil  mu- 
nicipal français,  comprenant  d'ailleurs  un  certain  nombre  do 
propriét<iires  fonciers  étrangers,  était  constitué  sous  la  prési- 
dence do  M.  Eugène  Buissonnet,  négociant,  et  conservait 
son  autonomie. 

(]hang-IIaï  se  compose  aujourd'hui  do  cinq  parties  dis- 
tinctes :  sur  la  rive  gauche  du  Houang-pou. 

1°  La  ville  chinoise,  entourée  do  remparts,  avec  son  ad- 
ministration spéciale,  enserrée  en  amont  par  lo  faubourg  do 
Ton-Kadou  (Tong'kia-ton)y  au  dolti  duquel  s'étend  l'arse- 
nal impérial  de  kao-tchang-miao  ; 

2**  Puis  la  Concession  française,  administrée  par  son 
conseil  municipal,  séparée  par  le  Yang-King-pang  ; 

3°  Du  British  Seulement,  Ce  quartier  anglais  est  le  plus 

1.  Cf.  Bibliotheca  Sinica,  col.  lo^Q. 


496  C11ÀT9G-IIAÏ 

beau  de  la  ville.  Le  Brilish-Seltlement  est  séparé  du  Settle- 
nienl  américain  par  la  crique  de  Sou-tchéou  ; 

4°  Le  Seulement  américain^  Hong-Kew.  C'est  de  cet 
endroit  que  partait  le  chemin  de  fer  qui  reliait  Chang-Haï  à 
^\  ou-soung  par  une  ligne  d'environ  quatre  lieues.  Ce  chemin 
de  fer,  que  les  Anglais  ont  été  obligés  de  céder  aux  Chinois, 
a  été  transporté  à  Formose.  Ces  concessions  étrangères  sont 
bordées  par  un  large  quai  que  l'on  nomme  Biind\  deux 
grandes  belles  rues  conduisent  de  ce  quai  hors  de  la  ville; 
Tune,  française,  appelée  dans  la  concession  rue  du  Consulat, 
conduit  au  village  de  Siu  Kia-wei  ;  l'autre,  anglaise,  le  Ma-lou, 
route  des  chevaux,  dans  le  Settlemenl,  jadis  Park-lane,  au- 
jourd'hui Nan-King  road,  forme  une  agréable  promenade 
jusqu'au  Bubbling-Well  ;  là,  elle  se  divise  en  deux  roules, 
dont  l'une  à  droite  conduit  à  la  ferme  de  Jessfield,  l'autre  à 
Siu  Kia-wei  ; 

5"  Do  l'autre  côté  de  la  rivière,  en  face  de  la  ville  chi- 
noise et  des  concessions  étrangères,  se  trouve  la  presqu'île 
de  PoU'toung,  occupée  par  des  chantiers,  des  docks,  des 
refuges  pour  les  marins,  etc. 

LA.    PAGODE    DE    NING-PO 

Lors  de  la  création  de  la  concession  française,  il  y  avait, 
on  dehors  des  questions  personnelles,  des  difficultés  reH- 
gieuses  provenant  des  scrupules  qui  rendaient  hasardeux 
l'enlèvement  de  nombreuses  sépultures  existant  sur  le  terrain 
destiné  à  la  concession  française.  Il  y  avait  en  particulier 
doux  dépôts  mortuaires,  We.i-kouei^  des  gens  du  Fou-Klen 
et  de  Ning-Po  ;  le  premier  a  été  remplacé  par  l'hôtel  actuel 
do  la  municipalité  française;  le  second'  a  causé  une  émeute 
populaire  parmi  les  Chinois,  le  3  mai  187^1. 

I.  Se  Min  fi  Kong-so,   d'après  les   Se  Ming  Chan,  collines  près  de 
Ning-Po. 


498  CH4NC-nAÏ 

Ce  \%'ei'koiiel  ou  pagode  de  Mng-Po  se  trouvait  à  Tangle 
des  rues  de  Ning-Po  et  de  Saigon,  près  du  canal  qui  entoure 
la  ville  indigène;  le  conseil  municipal  voulut,  en  1874,  à  la 
.suite  d'cnipièlenienls  des  Administrateurs  de  cette  Pagode 
«  maintenir  le  tracé  ancien  des  rues  de  Saigon  et  de  Ning- 
Po.  Elles  avaient  été  cédées  en  i863  à  la  Municipalité  par 
le  proprîélaiit?  des  terrains,  de  même  que  toutes  les  voies 
de  communication  qui  desservent  actuellement  la  Conces- 
sion, par  une  décision  des  Propriétaires  Fonciers  prise  en 
commun  par  eux  à  celte  éjMXjue.   » 

Les  Administrateurs  de  la  Pagode,  p<iur  qu-il  ne  fût  pas 
donné  suite  au  projet  trou>erture  d'une  route  à  travers  le 
cimetière  attenant  à  la  Pagode,  adressèrent  une  supplique  à 
M.  Ernest  (lodeaux,  consul  général  de  France  à  Chang-Haî', 
le  27  jan\icr  187^1,  suixic  d'une  seconde,  en  mars  187/1, 
que  voici  : 

<r  L'établissomcnt  et  le  cimetière  en  question  sittië  en  dehors 
de  la  \icille  porte  du  Nord  et  destiné  à  rerevoir  les  cercueils  des 
fjeiis  de  \ingjx>  qui,  diVédés  à  Changhaï,  ne  laissent  pas  de  quoi 
subvenir  aux  irais  do  transport  de  leurs  restes  mortels  jusque 
dans  leur  pavs  natal,  doivent  être  considérés  comme  le  sont  dans 
votre  noble  pays  les  établissements  irligieux  et  les  cimetières. 


1.  Godcaux,  Ernest'Na poléon- Marie ^  né  le  u  juin  i833^  à  Paris; 
élève-consul  à  prendre  rang  le  G  janvier  i85a  ;  élève-consul,  a4  octobre 
i8ô5;  aUaché  en  ceUe  qualité  à  la  mission  de  M.  de  Montignj,  à  Siam, 
i5  novembre  i855  ;  au  consulat  général  à  Londres.  11  mai  iSSg  ;  charge 
de  la  gestion  du  consulat  de  Port-Louis,  9  août  1861  ;  consul  de  a<^  classe. 
a5  août  j8()i  ;  à  Zanzibar,  22  janvier  1862;  à  Hong  Kong,  a8  juillet 
1863  ;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  9  août  i864  ;  consul  à  la  Nou- 
velle-Orléans. 18  novembre  i864  ;  consul  de  i"*»  classe,  8  novembre  1866, 
chargé  de  la  gestion  du  consulat  général  de  France  à  Ghang-Haî.  a 3  mai 
1873  :  consul  général  à  cette  résidence.  i4  juin  1878  ;  officier  de  la  Légion 
d'honneur,  9  janvier  1877  :  agent  consul  général  en  Ëgvpte.  5  novembre 
1878  ;  consul  général  à  Naplcs,  i3  décembre  1879  ;  mis  en  disponibilité. 
13  octobre  1881  ;  ministre  plénipotentiaire  de  3^  classe,  3i  août  i884  \ 
admis  à  la  retraite,  3i  décembre  i884- 


LA    PAGODE    DE    ÎSING-PO  ^99 

«  Les  Ambassadeurs  de  France,  à  la  demande  de  MM.  les 
Consuls-Généraux,  vos  prédécesseurs ,  ont,  à  plusieurs  reprises., 
déclare  qu'il  ne  serait  jamais  touché  aux  terrains  dont  il  s'agit  ; 
celte  propriété  a  même  été  exemptée  de  l'Imjwt  foncier  par 
M.  Brenier  de  Montmorand,  et  un  titre  à  cet  elTet  a  été  délivré 
par  le  Conseil  d'Administration  Municipale. 

«  Ce  terrain,  autrefois  clos  par  une  enceinte,  cpii  depuis  a 
été  délruit<^  par  les  soldats  anglais  à  l'épocpie  de  la  rébellion,  et 
(juc  le  manque  de  fonds  n'a  pas  permis  de  reconstruire,  n'est 
(îélimité  aujourd'hui  que  par  des  bornes.  L'ouverture  d'une 
roule  passant  au-dessus  des  cercueils  et  où  auraient  accès  che- 
vaux, voitures  et  piétons,  troublerait  les  débris  humains  dans  * 
leur  repos.  Si  l'on  nous  dit  d'enlever  ce*s  cercueils  et  de  les 
transporter  ailleurs,  nous  répondrons  :  a  Notre  cimetière  diffère 
essentiellement  de  celui  de  la  Société  Pou-jen-tang  qui  touche 
au  nôtre  et  où  sont  enterrés  des  morts  ramassés  sur  la  voie 
publique,  pôle-mèle  sans  distinction  de  province,  et  que  per- 
sonne ne  viendra  réclamer;  de  notre  colé,  au  contraire,  ce  ne 
sont  (jue  des  cercueils  de  gens  de  Ning-Po,  nos  amis  ou  nos 
parents,  les  transporter  ailleurs  amènerait  une  très  grande  con- 
fusion le  jour  où  l'on  viendrait  nous  les  réclamer  car  ils  sont 
très. nombreux  et  pres(}ue  détruits  par  la  Tclusté. 

«  La  création  d'une  route  sur  notre  cimetière  n'e.st  pas 
d'ailleurs,  de  première  nécessité,  puisque  d'un  côté  se  trouve  une 
routo  carrossable  et  de  l'autre  le  canal  qui  longe  l'enceinte  de  la 
Cité.  Les  soussignés  viennent,  en  conséquence,  prier  M.  le  Con- 
•*ul  Général,  de  vouloir  bien,  en  empêchant  l'ouverture  de  cette 
\oie  de  communication,  leur  épargner  le  désagrément  de  toutes 
ces  exhumations.  Les  habitants  des  six  districts  de  Ning-Po  et 
leurs  morts  lui  en  seront  éternellement  rcconnaissans  ». 


Signé  :     TciiA\G-TGnE-Ts\>', 

Sin\(>-TI-TSANG, 
Kl-WANG-SinvO, 

Lkoi-siiikn-lin, 

LlKN-UN-lIOL'A, 
\VAXG-TCIIKN-ÏCn\>(î. 
TCHOI  AN-LiKÎS-J  KN , 
TGHOt\N-TA-l»l>, 
ll0U>G-TSIN-LIN. 


OOO  CHVNG-ÏIAI 


«  Le  Conseil  municipal  exposait  qu'il  «  avait  donc  à  ré- 
pondre à  la  fois  à  deux  suppliques  des  Administrateurs  de  la 
Pagode  de  Ning-Po,  et  il  est  important  de  faire  remarquer 
combien  les  prélen lions  jx)sées  nettement  dans  la  première 
requête,  panenue  le  27  janvier,  se  sont  modifiées  dans  celle 
transmise  deu\  mois  plus  tard  par  le  Consulat  Général.  Dans 
la  nouvelle  requête  les  signataires  ne  prétendaient  rien  uioius 
que  ceci  —  «  c'est  que  le  droit  de  passage  finit  aux  limites 
de  la  Concession  et  qu'au  delà  les  propriétaires  ont  le  droit 
d'intercepter  la  roule  selon  leur  bon  plaisir.  »  C'était  simple- 
ment la  reprise  de  la  roule  de  Sicawey  décrétée.  Mais  dans 
la  seconde  requête  les  Administra  leurs  sont  moins  exigeants. 
Cetle  fois,  entrevoyant  sans  doute  Tobligation  morale  d'une 
exhumation,  ils  clierchent,  allant  au  devant  de  cette  idée,  à 
la  combattre,  cl  concluent  en  exprimant  l'espérance  que  par 
rinlermédiaire  du  Consulat  Général  le  désagrément  de  toutes 
ces  exhumations  leur  sera  «  épargné  en  empêchant  Touver- 
tures  des  rues  ». 

«  Malgré  tout  son  désir  de  respecler  les  sentiments  pieux 
des  Administrateurs  de  la  Corporation  de  Ning-Po  et  d'éviter 
tout  désagrément,  TAdminislration  Municipale  ne  crut  pas, 
pour  des  motifs  énoncés  plus  loin,  faille  droit  à  leur  requête, 
ainsi  qu'il  est  exposé  dans  la  délibération  suivante  extraite 
des  mimites  de  la  séance  du  Conseil  du  7  Avril  187^  :  —  w 

«  Coinnuiilicalioli  est  donnée  d'une  lettre  de  M.  le  Consul 
Général  do  France,  transmettant,  en  traduction,  une  supplicpie 
(|ue  les  Administrateurs  de  la  Pagode  de  Ni ng-po  lui  ont  adix*ss<H». 
à  l'elTel  d'empêcher  rouverlnre  des  rues  de  Ning-po  et  de  Saigon 
qui  cou|)enl  les  cimetières  constituant  la  pi'opriété  attenante  à 
cette  pagode,  et  demandant  à  connaître  l'accueil  dont  le  Conseil 
l'aura  jugée  susceptible. 

«  Communication  est  également  donnée  d'une  même  supplique 
adressée  directement  au  Secrétariat,  et  les  arguments  contenus 
dans  ces  deux  documents  —  consistant  à  dire  que  l'ouverturt» 
des  rues  passant  au-dessus  des  cercueils  et   où  auraient  accès. 


L\    PAGODE    DE    MNG^PO  5oi 

clic  vaux,  voilures  cl  pîélons,  troublerait  les 'débris  bumains  dans 
leur  repos,  et  que,  le«  transporter  ailleurs  amènerait  une  gi'ande 
confusion  le  jour  où  l'on  viendrait  les  réclamer  —  sont  soumis 
à  Tappréciation  du  Conseil. 

a  Appelé  donc  à  se  prononcer  sur  cette  question,  le  Conseil, 
tout  en  respectant  et  en  appréciant  les  sentiments  qui  ont  dicté 
les  argumensmis  en  avant  par  les  Administrateurs  de  la  Pagode 
de  Ning-po,  ne  saurait  cependant  les  admettre,  et  serait  disposé, 
au  contraire,  à  faire  se^s  elTorls  pour  que  les  débris  humains  des 
Chinois  soient  transportés  en  dehors  des  limites  de  la  Concession, 
ainsi  qu'il  a  été  fait  pour  ceux  des  marins  français  ([ui  reposent 
actuellement  dans  le  cimetière  municipal  sis  hors  de  la  Conces- 
sion. 

«  En  présence  même  des  elTorts  que  l'Administralion  a  faits  et 
des  sacrifices  qu'elle  s*est  imposés  jK)ur  transférer  hors  des  limites 
de  la  Concession  les  cimetières  européens  qui  s'y  trouvaient,  le 
Conseil  ne  peut  que  souhaiter  et  demander  qu'il  en  soit  de 
même  pour  les  cimetières  chinois. 

«  Considérant  que  Touverture  des  rues  dont  il  s'agit  n'est  pas 
récente,  puisqu'elle  date  de  i863,  et  que,  depuis  cette  époque, 
le  tracé  en  a  toujours  (iguré,  tant  sur  le  plan  de  la  (ionccssion 
que  sur  le  terrain  : 

«  Considérant,  en  outre,  qu'on  ne  pourrait  restituer  des  voies 
de  communication  reconnues  d'utilité  publique  et  livrées  au 
domaine  public  depuis  la  création  de  la  Concession,  sans  se  >oir 
obligé  de  détruire  toutes  celles  qui  ont  été  établies  sur  des  ter- 
rains employés  au  même  usage  que  ceux  de  la  Corporation  de 
Ning-po,  le  Conseil  décide  qu'il  n'y  a  pas  lieu  d'accueillir  la  récla- 
mation des  Administrateurs  de  la  Pagode  de  Ning-po  et  déclare 
les  rues  de  ?iing-po  et  de  Saigon  être  voies  publiques  et  inalié- 
nables. » 

A  l'appui  de  leurs  revendications,  les  .Administrateurs  de 
la  Pagode  de  Ning-Po  citaient  des  textes  : 


1 

T'oung-tché,  première  année,  troisième  lune  (avril  i86a), 
avis  verbal  est  donné  par  S.  E.  le  Consul  de  fMance  Edan, 
d'une  lettre  dans  laquelle  il  est   dit  qu'en  réponse  a  sa  dépêche 


,>oa  ciiA\c-n%ï 

à  r\nibassadeiir.  ce  dernier  «i  accordé  l'autorisation  de  consid»''- 
rcr  le  terrain  de  ia  Pagode  de  Ningpo  (Se-ming  Kong-so)  comme 
déiinilivemcnt  sacré  et  de  n'y  porter  ni  atteinte,  ni  trouble. 

ii 

T'oung-tclié,  troisième  Lune,  huitième  jour,  septième  année 
(3i  mars  18G8)  : 

Le  Président  du  (Conseil  Municipal,  en  réponse  à  ime  com- 
munication adressée  aux  Autorités  supérieures,  a  reçu  l'autorisa- 
tion d'accéder  à  la  requête  du  Tao-lai  tendant  à  ce  que  la  pro- 
priété de  la  Pagode  de  Ningpo  soit  exonérée  d'impôts.  En 
constV|uence  il  a  été  décidé  que  le  dit  terrain,  aussi  longtemp 
qu'il  conser\era  le  caractère  sacré  qu'il  possède,  csl,  j)ar  le  pré- 
sent, exonéré  d'impôts. 

Le  conseil  municipal  rétorquait  que  les  Chinois  n^avaient 
pas  le  droit  de  propriété  sur  la  concession  française  : 

«  Avant  d'aller  plus  loin,  il  est  essentiel  de  déterminer  en 
vertu  de  quels  actes  et  de  quels  documents  ce  droit  de  voirie  sur 
les  rues  de  Ningpo  et  de  Saigon  est  acquis  à  la  Municipalité. 

a  En  1861,  il  existait  sur  la  Concession  française  deux  Wei- 
kouei  ou  Pagodes  de  réunion  et  de  sépulture,  l'un  était  celui  du 
Fou-kien  qui  occupait  l'emplacement  de  l'Hôtel  Municipal  et  du 
quartier  coupé  par  les  rues  adjacentes  dans  tout  le  prolongemeni 
de  la  rue  actuelle  dite  du  Wei-kouei,  et  enfin  l'autre  était  celui 
de  Ningpo  entouré  de  ses  cimetières. 

a  Par  le  fait  de  la  cession  consentie  par  le  Gouvernement 
chinois  au  Gouvernement  français  de  tout  le  territoire  connu 
aujourd'hui  sous  le  nom  de  Concession  française,  en  vertu  du 
traité  de  1860,  tous  les  Chinois  possesseurs  originaires  du  ter- 
rain se  trouvaient  forcément  expropriés,  aucun  Chinois  ne  pou- 
\ an t  être  reconnu  comme  propriétaire. 

«  C'est  ainsi  que  les  terrains  formant  l'ancien  Wei kouei  du 
Fou-kien  devinrent  la  propriété  de  divers  étrangei's. 

a  Ceux  du  Wei-kouei  ou  Pagode  de  Ningpo  devinrent  la  pro- 
priété exclusive  d'un  seul  étranger,  M.  Victor  Eda!s.  par  acte 
de  cession  du  la  décembre  1861  consenti  par  la  Corporation  de 
Ningpo  déclarant  M.  Vurron  Edan  propriétaire  de   la  Pagode, 


*^ 


ÉMEUTE,    3    MAI     1874  5o3 

des  lerrains  et  cimetières  sis  tant  dans  Tintérieur  qu'à  l'extérieur 
de  la  Concession,  et  il  est  à  remarquer  que  M.  Victor  Edan  fut 
reconnu,  par  acte  légal»  propriétaire  des  dits  terrains  avant  toute 
occupation  militaire  de  la  Pagode 

«  Le  16  septembre  i863.  M.  Edan,  Consul  de  France  à  Tien- 
Tsin,  transmit  à  M.  Maubolssix,  Consul  Général  à  Chang-Haï,  une 
lettre  par  laquelle  M.  A  ictou  Kdan,  son  frcro,  renonçait  à  tous 
ses  droits  de  propriclairc  des  terrains  du  Wei-kouei  de  Ningpo  en 
déclarant  qu'il  n'avait  pas  pa\é  la  somme  slipulée  dans  l'acte 
primitif.  M.  Mauboussin  no  voulut  pas,  toutefois,  reconnaître 
comme  propriétaire  des  dits  terrains  la  Corporation  cleNingpo,  par 
la  raison  peu  connue  du  public,  qu'aucun  sujet  cbinois  ne  peut, 
aux  yeux  de  l'Autorité  française,  être  reconnu  légalement  pro- 
priétaire-foncier sur  la  Concession, 

a  La  supplique  des  Administrateurs  de  la  Corporation  de 
\ingpo  insinue  donc  à  tort  que  leur  possession  existe  en  vertu 
d'actes  authentiques.  Le  fait  de  leur  possession  n'existe,  au 
contraire,  qu'en  vertu  d'une  tolérance,  et  il  ne  peut  être  pro- 
duit par  eux  aucun  acte  de  propriété.  » 


KMEITE,    3    MAI    187^ 

Le  dimanche,  3  mai  187/1,  '^  populace  chinoise  s'assem- 
blait près  de  la  pagode  de  Ning-Po  ;  excitée  par  les  adminis- 
trateurs, elle  attaqua  la  maison  de  Tagenl  voyer,  AL  Perce 
bois,  maltraita  celui-ci  ainsi  que  sa  famille  ;  une  demoiselle 
Mac  Lean,  missionnaire  protestante,  qui  demeurait  à  côté 
de  l'agent  voyer,  fut  traînée  par  les  cheveux  ;  les  écuries 
d'un  marchand  de  chevaux,  M.  Charrier,  et  quelques  mai- 
sons chinoises  du  voisinage  furent  incendiées,  huit  Chinois 
furent  tués.  Les  volontaires  sortirent,  les  navires  de  guerre 
Conlenvre  (français)  et  Ashnelot  (américain)  débarquèrent 
des  marins,  et  Tordre  fut  rétabli  après  que  dans  la  soirée, 
de  nouveaux  troubles  eurent  éclaté. 

Il  est  bien  regrettable  que  notre  Consul  Général  criU  devoir 
céder  devant  les  clameurs  de  la  foule  et  rémeute  dans  la  rue. 


5o'l  rHA>C-HAl 

et  d'annuler  l»i  délibération  dii  Conseil  Municipal  relative  aux 
mes  de  Ninp-j)o  el  de  Saï«ron,  jusqu'à  ce  qu'il  eût  reçu  de** 
instructions  du  Ministre  de  France  à  Péking.  Je  me  s<.Knîen*» 
que  cette  faibles>c  causa  la  plus  fâcheuse  impression  dans  la 
colonie  étrangère  el  que  notre  agent  fut  l'objet  de  sarcasmes. 
dont  quelques-uns  d'ailleurs  étaient  d'un  goût  douteux.  Le 
(lonsul-fiénéral  eut  aussi  la  Relieuse  idée  de  pro{x>5er 
connue  solution  du  conflit  qui  existait  entre  lui  el  la  Muni- 
cipalité de  réunir  la  concession  française  iui  «  settlement  » 
international. 

Il  est  incontestable  également  que  le  Conseil  Municipal. 
inq>ré\oyanl  el  obstiné,  a  montré  trop  d'énergie  dans  ses  récla- 
mations et  qu'un  peu  de  diplomatie  de  sa  part  eût  éAité 
rémeule  du  3  mai  ;  ce  fut  l'avis  du  minisire  de  France  à 
Péking,  M.  L.  de  Ceofroy,  dans  une  Iclti-e  au  Président  du 
(jonneil  Municipal  '  : 


LETTUKS    1)1     MIMSTRE   DE    FRANCE 

Péking,  le  a 2  mai  1874 

MoNSIFAR   LE  pRÉSIDEM» 

J'ai  reçu  la  lellro  que  vous  m*avez  l'ait  Khonneur  de  urécriro 
le  13  (le  ce  mois  pour  me  prier  de  su.sj)endre  ma  décision  sur 
ralTaire  de  la  Pagode  de  Ning-po  jusqu'à  ce  qu'un  mémoire 
explicatif  el  juslificatif  ait  pu  être  mis  sous  mes  yeux. 

Après  les  déplorables  é\éncments  du  3  de  ce  'mois  et  au  jwinl 
où   en  sont  les  choses,   ce  mémoire  n'aura  plus  guère,   ce  nie 

I.  Ifapport  du  Conseil  d'administration  municipale  sur  ^affaire 
des  rues  de  Ming-po  et  de  Saigon,  adressé  à  Messieurs  les  Elec- 
teurs de  la  concession  française.  Br.  in  8,  pp.  16. 

—  Bulletin  d'administration  municipale  de  la  concession  fran- 
çaise à  Shanghaï.  —  Compte  rendu  de  l'affaire  des  rues  de  Ning^po 
et  de  Saïgon,  et  correspondance  échangée  à  ce  sujet.  Shanghaï,  187I. 
br.  in-8,  pp.  iii-85. 


LETTRE    DU    Ml^^TSTRE    DE    FRVNCE  aO.l 

setnble,  que  la  valeur  d'un  document  rétrospectif,  utile  tout  au 
plus  pour  faire  ressortir  le  prix  de  la  concession  que  nous 
avons  faite. 

Quant  à  retirer  celle-ci  \ous  en  reconnaissez  vous-même 
rimpossibilitc  lorsque  que  vous  dites  que  cela  en  traînerait  la 
nécessité  d'nne  nouvelle  répression.  S'il  est  fàclioux  d'avoir  eu 
à  céder  devant  l'émeute,  qui  conseillerait  d'en  provoquer  une 
seconde  pour  se  réhabiliter  ?  Ce  que  la  prévoyance  et  la  sagesse 
commandaient,  c'eut  été  d'accueillir  en  temps  opportun  la  péti- 
tion si  raisonnable  cl  si  con>enable  dans  sa  forme  des  Adminis- 
trateurs de  la  Pagode  de  \ing-po.  Je  m'étonne  que  le  Conseil, 
sachant  combien  ces  questions  de  tombeaux  passionnent  les  Chi- 
nois, n'ait  pas  craint  d'en  susciter  une  et  ensuite  de  s'y  obstiner 
pour  un  intérêt  secondaire  et  même  contestable. 

Mais  ce  qui  ne  m'étonne  pas  moins  et  qui  est  in  Uniment 
déplorable  c'est  la  lettre  que  le  Conseil  s'est  permis  d'écrire  au 
Consul-Général  de  France  et  de  faire  imprimer  dans  les  jour- 
naux, et  je  ne  doute  pas.  Monsieur,  que  la  première  émotion 
passée,  vous  n'ayez  été  vous  et  vos  collègues,  les  pi*emiers  h  la 
regretter. 

Recevez,  etc. 

Le  Ministre  de  France, 

Signé  :  L.  de  Geofhoy. 


Ayant  reçu  le  rapport  du  Président  du  Conseil  municipal, 
M.  de  GeofroY  lui  écrivait  encore  : 

Pékiiii?,  le  17  juin  187/4. 
Monsieur, 

J'ai  reçu  par  l'entremise  de  M.  Godeaux,  le  rapport  détaillé 
que  vous  m'avez  adressé  à  la  date  du  i"  juin,  ainsi  que  la 
lettre  du  même  jour  par  laquelle  vous  vous  plaignez  de  ce  que 
j'aie  rendu  une  sentence  en  refusant  de  connaître  toutes  les  pièces 
du  procès. 

Permettez-moi,  Monsieur,  de  vous  faire  remarquer  que  je 
n'ai  point  a  rendu  de  sentence  »,  que  je  n'ai  jugé  aucun  procès. 
Je  lie  suis  point  entré  dans  la  question  de  droit,  je  ne  pouvais 


5o6  CHAXG-IIAÏ 

y  entrer  n*ayâat  pas,  en  effet,  les  documents;  j'ajouterai  même 
que  je  n'ai  pas  voulu  y  entrer,  du  moment  où  les  éyènenients 
ne  donnaient  plus  à  cette  élude  qu'un  intérêt  spéculatif;  à 
priori,  j'étais  porté  a  croire  que  les  droits  de  la  Municipalité 
étaient  bien  établis.  La  lecture  des  pièces  que  vous  avez  bien 
voulu  m'envoyer,  n'a  point  changé  mon  opinion;  mais,  mon 
devoir  élaol  de  me  placer  au  point  de  vue  de  nos  intérêt»  géné- 
raux en  (jlûne,  je  ne  pouvais  et  je  n'ai  voulu  marquer  que 
deux  points;  d'abord  que  la  mesure  que  présentait  le  Conseil  était 
inopportune.  Il  est  arri\é  tous  les  jours  qu'on  se  désiste  d'un  droit 
incontestable,  ou  qu'on  en  suspend  l'exercice,  en  considéi»tion 
d'inconvénients  majeurs;  en  second  lieu,  que  vptre  lettre  au 
(Consul  Général  et  son  impression  dans  les  journaux  étaient 
regrettables.  J'ai  une  trop  bonne  opinion  de  votre  jugement  et 
de  celui  de  vos  collègues  pour  ne  pas  être  assuré  que  vous  l'avez 
reconnu  avec  moi. 

Vous  comprendrez  également,  je  me  plais  à  le  croire,  qu'au 
dessus  des  questions  personnelles  s'élève  avant  tout,  l'intérêt  de 
notre  Concession  et  combien  il  est  désirable  que  d'accord  avec 
le  Consulat  Général,  vous  continuiez  à  ^ous  consacrer  à  l'œuvre 
que  vous  avez  entreprise  en  tAchant  de  remédier  aux  difficultés 
actuelles.  Laissez-moi  espérer  que  je  n'aurai  point,  eu  vain,  fait 
appel  à  votre  patriotisme  et  à  votre  dévouement. 

Uecevez,  etc., 

iSigné  :   L.  de  Geofuoy. 


MV>QIE    DE    CO>CLLSION 

Le  ministre  de  France  avait  raison  de  couvrir  son  Consul 
Général  et  peut-être  la  mesure  du  Conseil  municipal  était-elle 
inopportune  et  prématurée;  dans  tous  les  cas,  nous  avions 
perdu,  sans  doute,  une  excellente  occasion  de  régler  une  fois 
pour  toutes  la  question  de  la  Pagode  de  Ning-Po  ;  elle  était 
enterrée,  mais  nous  la  verrons  renaître  en  1898. 

Il  ne  faut  pas  oublier  que  nous  étions  engagés  au  Tong- 
King  et  que  Paris  télégraphiait  d'éviter  toute  difficulté  avec 
la  Chine  (29  mai  iHy'i).  M.  de  (îeofroy  aurait  voulu  profiter 


MANQUE    DE    CONCLUSION  ,    5o7 

de  la  circonstance  pour  substituer  à  Tarlicle  XIII  du  Traité 
do  Tîen-Tsin  relatif  à  la  religion  chrétienne  un  règlement  en 
sept  articles  ;  les  Chinois  lui  opposèrent  ieur  propre  mémo- 
randum de  1871  en  huit  articles  qu'ils  lui  proposèrent  de 
prendre  comme  bases  de  nouvelles  négociations.  Preuve, 
disaient-ils,  de  leur  désir  d'arriver  à  une  entente  !  En  réalité, 
pure  ironie  !  Pour  comble  d'impertinence,  le  Prince  Koung 
introduisait  une  demande  reconventîonnelle  : 

«  Six  Chinois  ont  été  tués  a  coups  d'armes  à  feu  de  la  main 
des  Etrangers.  Si  on  ne  recherche  ni  n'arrête  les  assassins  pour 
les  juger  et  les  condamner  à  mort,  il  est  très  à  craindre  qu'on 
ne  puisse  satisfaire  le  cœur  des  gens  et  calmer  Tindignation  de 
la  foule.  Le  meurtrier  est  puni  de  mort.  Cette  loi  doit  être 
commune  à  la  Chine  et  à  l'Étranger  pour  que  la  justice  soit 
manifeste  »  (ai  mai  1874). 

M .  de  Geofroy  ne  pouvait  que  répondre  que  les  Chinois 
étaient  les  agresseurs  et  que  les  «  assassins  »  étaient  des  gens 
en  état  de  légitime  défense.  Le  Prince  Koung  ne  voulut  pas 
reprendre  sa  note  et  le  ministre  de  France  ne  put  que  la 
considérer  comme  non  avenue  et  la  laisser  sans  ivponse. 


CHAPITRE  XXXIV 


L'ÉMIGRATION  CHINOISE  (1874) 


CAL  SES    DE    L  EMIGRATION 

L'émigration  chinoise  comprend  ce  grand  flot  de  popula- 
tion, cette  grande  masse  de  travailleurs  qui,  sous  le  nom  de 
coolies,  se  sont  répandus  plus  particulièrement  en  Californie, 
aux  Antilles,  au  Pérou,  en  Australie. 

Le  nom  de  coolie  n'a  rien  de  chinois;  nous  Tavons  pris 
à  l'anglais  qui  lui-même  Ta  emprunté  au  mot  culiy  lequel, 
nous  disent  les  dictionnaires,  en  hindoustani  veut  dire  un 
laboureur  loué  à  la  journée,  en  turc  un  esclave  ou  simple- 
ment un  serviteur.  Le  coolie  est  pour  les  Chinois  un  tcliou 
tsaï,  l'équivalent  «  de  petit  cochon  ». 

l  ne  population  trop  nombreuse  dans  certaines  provinces, 
produisant  un  excédant  de  travailleurs  et  par  suite  une  main- 
d'œuvre  trop  bon  marché  et  une  rétribution  trop  faible  pour 
permettre  au  coolie  de  subsister,  est  la  cause  première  de 
rémigration,  à  laquelle  viennent  s'ajouter  d'autres  motifs 
d'intérêt  moindre  quoique  fort  importants,  par  exemple  une 
industiie  encore  dans  l'enfance  qui  n'emploie  qu'un  nombre 
hmilé  de  bras,  un  petit  commerce  encombn*,  la  facilité  des 
moyens  de  comnumicalion  avec  Tel  ranger,  etc.  N'oublions 
pas  en  outre  le  besoin  de  travailleurs  pour  de  grands  lra>au_\ 
comme  le  chemin  de  fer  transcanadien,  l'exploitation  des 
plantations  de  sucre,  etc. 


co.v  VENT  ION  d'émiguation,   i8G6  5o9 


CONVENTION  d'émigration,    i86G 

Quoique  rémigralion  se  produise  sur  une  grande  échelle 
depuis  fort  longtemps,  c'est  seulement  depuis  iSôg  qu'elle 
a  reçu  la  sanction  légale  des  autorités  chinoises  du  Kouang- 
toung,  agissant  à  Tinstigalion  des  Anglais  et  des  Français  qui 
occupaient  alors  militaireinont  Canton,  la  capitale  de  celle  pro- 
vince. Plus  tard,  cette  sanction,  de  locale  qu'elle  élf\it  devint 
générale  à  la  suite  des  traités  de  1860;  mais  ce  n'est  que  le 
5  mars  1866  qu'une  convention  en  22  articles  arrêtée  entre 
Sir  Rutlierford  Alcock,  ministre  d'Angleterre  à  Péking, 
M.  de  Bellonet  *,  chargé  d'affaires  de  France,  et  le  prince 
Koung,  établit  des  règlements  suivant  lesquels  était  autorisée 
rémigration  des  coolies.  11  est  juste  de  dire  que  cette  con- 
>enlion  n'a  été  ratifiée  ni  par  le  gouvernement  anglais,  ni 
jMir  le  gouvernement  français. 

Néanmoins  quelques-uns  des  articles  de  cette  convention 
méritent  d'être  signalés.  L'article  1\  limite  la  durée  des 
engagements  par  contrats  à  5  ans,  et  à  l'expiration  de  ce  laps 
de  temps  le  maître  est  tenu  de  fournir  la  sounne  spécifiée 
dans  le  contrat  pour  le  prix  du  passage  de  retour  en  Chine. 
Celle  clause  déclare  aussi  que  dans  le  cas  où  l'immigrant 

I.  Bellonet,  Claude-Henri-Marie,  altaclié  autorisé  aux  Archives, 
a 5  juin  i85o;  aliaché  libre  à  Naples,  ai  septembre  i85a  ;  k  Bruxelles, 
a  août  i853  ;  attaché  au  déparlement,  3i  août  i856;  désigné  à  Bruxelles, 
i3  septembre  i856;  secrétaire  de  3"-'  classe  à  Cassel,  a4  juin  1857  »  ^csi- 
gné  pour  remplir  les  fonctions  de  2«  secrétaire  à  Rio-dc- Janeiro,  17  août 
1857;  ^^*  ^^^  ^  demande  en  disponibilité,  a6  octobre  1867  ;  secrétaire 
do.  a«  classe  à  Téhéran,  a/|  janvier  1860;  chovalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur, II  août  1862  ;  secrétaire  de  a*^  classe  à  Péking,  ao  octobre  1862  ; 
à  Stockholm,  a4  janvier  1867;  secrétaire  de  f"  classe  à  Washington, 
16  juin  1870;  ministre  plénipotentiaire  h  Lima,  a8  octobre  187a  ;  admis 
au  traitement  d'inactivité  de  son  grade,  a3  août  1874;  décédé  à  Paris  le 
ii3  ou  le  24  avril  1881. 


5io  i/éhigkXtiox  chinoise  (1874) 

préférerait  rester,  et  si  les  autorités  Ty  autorisent,  il  recevra 
la  moitié  du  prix  de  passage  s'il  fait  ub  nouveau  contrat 
avec  le  mt^mc  maître,  celui-ci  devant  s'engager  encore  dans 
ce  contrat  à  lui  fournir  la  somme  entière  spécifiée  à  la  fin  du 
second  terme  de  5  ans.  D'un  autre  côté  si  le  Cli'mois  ne  se 
rengage  pas  avec  le  même  maître,  celui-ci  dcàt  lui  remettre 
immédiatement  cette  somme.  L'immigrant  a  de  plus  le  droit 
de  demander  cette  concession  s'il  devient  incapable  de  tra- 
vailler par  suite  de  maladie  avant  la  fin  de  son  contrat,  et  de 
requérir  l'assistance  des  autorités  si  cela  lui  est  refusé. 

L'article  X  stipule  que  sur  sept  jours  il  doit  y  en  avoir  un 
de  repos  et  que  le  coolie  ne  pourra  être  forcé  à  travailler 
plus  de  9  heures  et  demie  sur  24,  tout  travail  obligatoire  en 
plus  étant  défendu. 

L'article  XI  déclare  que  les  Chinois  au-dessous  de  ao  ans 
ne  pourront  pas  émigrer  à  moins  de  produire  une  autorisa- 
tion écrite  de  leurs  parents  scellée  par  Tautorité  locale  de 
l'endroit  où  ils  habitent  —  ou  s'il  est  impossible  de  produire 
ce  document,  une  autorisation  écrite  de  l'autorité  locale  seu- 
lement. 


DRAMES  DE  l'ÉMIGRATIO>' 


Les  engagements  de  coolies  étaient  pour  la  [4upart  du 
temps,  loin  d'être  volontaires;  par  la  ruse  ou  par  la  force, 
on  les  arrachait  de  leur  pays  ;  avant  les  règlements  qui  ont 
adouci  la  barbarie  d'un  commerce  qui  rappelle  à  beaucoup 
d'égards  celui  des  esclaves  de  la  côte  d'Afrique,  beaucoup  de 
Chinois,  étaient  enlevés  brutalement;  vis-à-vis  d'un  grand 
nombre  on  usait  de  violence  morale  pour  les  faire  partir; 
d'autres  cédaient  à  des  promesses  trompeuses  :  ces  malheu- 
reux, exaspérés  par  de  mauvais  traitements,  souvent  excite? 
par  leurs  compatriotes,  bandits  ou  pirates  qui  s'étaient  glis- 
ses parmi  eux  pour  cchapj)er  aux  lois  de  leur  pays  ou  dans 


DRAMES    DE    l'kMIGRATION  5iI 

Tespérance  de  faire  un  mauvais  coup,  se  révoltaient.  Il  se 
passait  alors  en  mer  de  sombres  tragédies  qui  égalaient  en 
hoiTeur  celles  qui  eurent  jadis  les  négriers  pour  théâtre. 

Le  navire  français  La  Nouvelle  Pénélope^  capitaine  Le 
Vigoureux,  quitta  Macao  le  i*""  octobre  1870  pour  le  Callao, 
a\ec  un  cbargemenl  de  3 10  émigrants  chinois;  le  4,  ceux- 
ci  se  révoltèrent  :  le  capitaine  et  six  eui*epéens  furent  massa- 
crés; le  second  ot  sept  matelots  survivants  eurent  la  vie 
sauve  pour  conduire  le  bâtiment  qui  fut  échoué  et  pillé  près 
de  la  baie  de  Tien-pak.  D'après  l'enquête  qui  fut  faite  par 
M.  P.  Dabry%  consul  de  Franco  à  Canton,  il  paraîtrait  que 
c'était  la  troisième  affaire  à  laquelle  était  mêlée  le  chef  des 
révoltés  ;  après  avoir  pillé  le  navire  étranger,  ils  retournaient 
à  Macao  dans  les  baraquements  de  coolies,  puis  se  faisaient 
embarquer  à  nouveau  pour  recommencer  de  plus  belle; 
c'était  donc  moins  un  drame  de  l'émigration  qu'un  acte  de 
piraterie  facilité,  d'ailleurs  ,  par  le  commerce  des  coolies  de 
Macao  qui  n'était  en  somme  que  la  traite  déguisée  des  esclaves. 
C'était  bien  en  esclaves  que  furent  traités  ou  mieux  mal- 
traités les  608  coolies  embarqués  à  la  fin  de  1870  à  Macao 
pour  Ilonolulu  à  bord  du  navire  Dolores  Ugarte^  du  San 
Salvador  ;  le  récit  des  souffrances  des  malheureux  est  révol- 
tant. Ce  même  bâtiment  rebaptisé  le  Don  Juan  remit  à  la 
voile  de  Macao  le  l\  mai  1871  avec  600  émigrants  à  desti- 
nation du  Pérou  dont   plus  de  5oo  furent  brûlés  avec  le 

I.  Dabry  deTbiersant.  Claude-Philibert ^  né  lo  5  avril  i8a6;  élève 
de  Saint-Cyr,  16  décembre  i845  ;  sous-Iieulenant,  i*""  octobre  1847  ; 
lieutenant,  19  février  i853  ;  capitaine  au  5i°  de  ligne,  16  septembre 
i856  ;  commissaire  du  gouvernement  français  ÀTchousan  ot  à  Tien-Tsin  ; 
chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  a6  mars  i86a  ;  chargé  de  la  gestion  du 
consulat  de  Han-kcou,  28  juillet  i86a  ;  du  consulat  général  de  Chang- 
HaT,  9  décembre  1868;  consul  de  3°  classe  h  Canton,  37  novembre  1869  > 
consul  de  i''^  classe,  3  août  1871  ;  consul  général  et  chargé  d'aflaires  au 
Guatemala,  a6  janvier  1878;  ministre  plénipotentiaire  de  a<^  classe,  et 
mis  en  disponibilité,  3o  avril  188/4  ;  admis  à  la  retraite,  i*^""  janvier  i885  ; 
mort  à  Lyon,  011  il  était  de  passage,  en  1898. 


ôra  i/kmigration  chinoise  (187^) 

naviro  deux  jours  plus  lard*.  Le  28  mai  1872,  la  Maria 
Lnz,  navire  péruvien,  parlil  pour  le  Callao,  mais  à  son  arri- 
vée au  Japon,  le  gouvernement  du  Mikado  remit  les  cf»r»lie> 
en  liberté  et  les  renvoya  dans  leur  pays. 

Le  vapeur  Ffl/r/foj-,  jadis  le  Vi.ten  (anglais),  fut  vendu  à 
Hong-Kong  en  juillet  1872,  acheté  par  une  maison  alle- 
mande, Paul  Elilers  et  Co.,  transféré  par  elle  au  i)avillon 
espagnol  et  envoyé  le  i®*"  août  à  Macao  après  avoir  fait  de 
IVau  et  du  charbon.  Là,  il  embarqua  1000  coolies  avec  le^^ 
quels  il  leva  Tancre  le  26  août  ;  le  même  jour,  une  révoltt* 
éclata  à  bord  et  fut  cruellement  châtiée  ;  le  Fatchoy  passa  à 
Anger,  Batavia  (9  septembre)  puis  à  Maurice,  au  cap  de 
Bonne-Espérance,  et  arriva  entin  l\  la  Havane:  cpialre-vingts 
coolies  moulinent  pendant  la  traversée  ;  la  saleté  et  Todenr 
étaient  horribles;  jamais  les  salles  de  malades  n'étaient  net- 
toyées. Quand  le  Fatchoy  reparut  à  Hong-Kong  le  i*^*"  mai 
1873,  le  capitaine  du  port  voulut  faire  une  enquête  à  borti. 
mais  le  vapeur  repartit  pour  Macao  avant  qu'il  ait  pu  accom- 
plir sa  mission  *. 

Rien  de  plus  instructif  que  la  liste  dressée  le  3i  mars  187^ 
par  M.  D.  B.  Robertson,  consul  d'Angleterre  à  Canton,  des 
navires  de  coolies  sur  lesquels  éclatèrent  des  révoltes  ou  qui 
subirent  des  désastres  de  i8/i5  à  1872^;  depuis  la  Lady  3/o«- 
/^^«^«e  (anglais),  i852,  jusqu'à  la  Maria  Luz  (péruvien),  je  ne 

I .  Corvespondence  respecting  thc  Emigration  of  Chinese  Coolies 
frotn  Macao.  Prosented..,,  1871.  Lond.,  infol.  [C.  —  4o3.] 

Correspondance  respecting  the  Emigration  of  Chinese  Coolies 
from  Macao  (In  conlinualion  of  Papers  prcscnted  on  tlio  i.'ith  Julv. 
1871).  Presented...,  1872.  Lond,,  in-fol.  (C.  —  oo^.] 

'À.  Corrospondeiicc  respecting  the  Macao  Coolie  Trade,  and  the 
Steamer  «  Fatchoy  »    Presented.. .y  1873.  Lond.,  in-fol.  [C.  —  797.) 

China,  11"  2  (187/1).  Correspondence  respecting  the  Macao  Coolie 
Trade.  Presented...   187/1.  Lond.,  in-fol.  [.  —  908.] 

China,  n®  3  (1875).  Correspondence  respecting  the  Macao  Coolie 
Trade:  i87'4-75.  Presented...,  1875.  Lond  ,  in  fol.  [C.  —  laïa.] 

3.  [C.  —  1212],  p.  6-7. 


LE    COOLIE  5f3 

compte  pas  moins  de  34  navires  qui  laissent  leurs  noms 
déshonorés  dans  les  annales  de  la  traite  des  coolies  ;  je  re- 
grette de  compter  six  français  dans  le  nombre. 

Les  grands  paquebots  qui  transportent  h  travers  le  Paci- 
fique les  Chinois  par  milliers  en  Californie  ne  sont  à  compa- 
rer en  rien  à  ces  bâtiments  trafiquant  de  l'homme  qui  étaient 
la  honte  naguère  des  mers  de  Chine. 

Le  22  août  1873,  au  reçu  de  Londres  d'une  ordonnance 
relative  aux  navires  étrangers  d'émigrants,  le  gouverneur  de 
Hong  Kong  donna  l'ordre  à  sept  bâtiments  faisant  la  traite 
de  quitter  la  colonie  :  un  battait  pavillon  italien  (le  vapeur 
Glensannox)y  un  belge  (le  vapeur  Nelusko)^  un  portugais 
(Cecilid)  et  quatre  étaient  péruviens  (JLuisa  Canei^ar'o, 
Columbia^  Agustinha,  YsabeC).  L'accusation  portée  contre  la 
colonie  britannique  de  servir  déport  d'équipement  aux  navires 
qui  se  rendaient  ensuite  à  Macao,  pour  embarquer  les  coolies 
tombait  par  suite  de  cette  mesure  radicale*.  Macao  restait  le 
grand  marché  du  bétail  humain  destiné  à  l'approvisionne- 
ment de  l'Amérique.  Une  proclamation  du  gouverneur,  le 
vicomte  de  S.  Januario,  du  27  décembre  1873,  a  mis  fin  à 
ce  honteux  trafic;  mais  Macao  a  perdu  la  principale,  on 
pourrait  presque  dire  l'unique  source  de  ses  revenus,  et  cette 
antique  métropole  est  aujourd'hui  plongée  dans  une  ruine 
qu'un  grand  typhon  a  rendue  plus  complète  encore  il  y  a 
quelques  années  (22-23  septembre  1874). 

LE    GOOLIE 

Le  Chinois  est  sobre,  travailleur,  économe;  ses  besoins 
étant  restreints,  il  se  contente  de  gains  minimes  ;  il  est  doué 

I.  Hongkong  Coolie  Trade.  —  Papers  relative  to  the  Measures 
taken  to  présent  the  fitting  out  ofships  at  Hong  Kong  for  the  Macao 
Coolie  Trade.  Presented...  Jul^  1878.  London,  1878,  in-fol.  [C.  — 
Sag.] 

CORDIER.  1.    —  33 


i 


♦    ' 


5r4  l'émigration  chinoise  (1874) 

d^une  constitution    extraordinaire  qui  s'adapte  assez  facile- 
nienl  k  presque  tous  les  climats  :  travail,  santé,  épargne,  ont 
toujours  été  des  auxiliaires  précieux  pour  celui  qui  les  pos- 
sède. Le  Chinois  arrivait  en  Californie,  travaillait  à  la  terre, 
exécutait  les  travaux  que  ses  rivaux  plus  avides  abandonnaient 
pour  se  livrer  à  la  recherche  de  Tor  ;  c'est  le  laborieux  Chi- 
nois qui  a  permis  au  mineur  de  vivre  ;  plus  tard  il  sVst  em- 
paré d'une  partie  du*  petit  commerce  et  il  a  été  employé  à 
construire  ce  grand  chemin  de  fer  qui  étend  sa  ligne  gigan- 
tesque de  Test  à  Touest  des  États-Unis,  de  TAtlantique  au 
Pacifique  ;  c'est  lui  aussi  qui  a  fourni  à  Flrlandais,  à  TAUe- 
mand,  à  l'Américain,  plus  habiles,  plus  instruits,  plus  forts 
que  lui,  un  prétexte  pour  réclamer  des  gages  plus  élevés.  Et 
que  lui  reproche-ton  ?  Il  reste  Chinois,  c'est-à-dire  qu'il  ne 
s'attache  pas  au  sol  où  il  a   vécu,  qu'il  retourne  dans  ses 
foyers  après  avoir  amassé  une  petite  aisance  qui  ne  suffirait 
pas  à  six  mois  de  l'existence  de  ceux  qui  le  veulent  chasser  ; 
ou  si  la  fortune  adverse  l'empêche  de  revoir  son  pays  natal, 
il  y  fait  transporter  son  cercueil  pour  reposer  près  de  ses 
ancêtres.  Mais  s'il  emporte  un  jx*u  de  cet  or  dont  il  a  fait 
gagner  une  si  grande  quantité  à  ses  patrons,   ne  laisse-l-il 
pas  derrière  lui  un  travail  équivalent  ?  Depuis  quand  et  pour 
((uelle  nation  l'or  serait-il  la   richesse  même  au  lieu  de  n'en 
être  que  le  signe?  El  puis  ce  Chinois  qui  part  est  remplacé 
par  dix  autres  ;  il  ne  fait  donc  pas  le  vide.  On  lui  reproche 
aussi  de  vivre  en  communauté,  de  ne  pas  se  mêler  aux  aulre^ 
races,  de  conserver  ses  habitudes,  ses  mœurs,  ses  coutumes. 
SCS  lois,  en  un  mot  de  former  un  Etat  dans  l'Étal.  Mais  s'est- 
il  jamais  montré  rebelle?  Il  n'oppose  à  ceux  qui  veulent  lo 
dominer  qu'une  force  d'inertie  qu'il  est  facile  de  combatlif 
en  assimilant  les  Chinois  aux  autres  habitants  du  pays  et  en 
leur  appliquant  les  lois  et  les  règlements.  Et  franchement,  î>i 
on  y)rend  la  question  de  plus  haut,  n'est-il  pas  dans  l'inlérêl 
de  la  civilisation  que  ces  vastes  territoires  encore  déserts  de    | 


I 


LE    COOLIE  5l5 

PAinériquc  du  Nord  soient  peuplés  par  une  race  laborieuse, 
active,  intelligente? 

D'ailleurs,  cette  antipathie  pour  la  race  chinoise  n'est  pas 
universelle.  Si  aux  Philippines  et  en  Australie,  par  exemple, 
le  Chinois  est  détesté,  il  est  recherché  au  Pérou  et  à  Cuba. 
L'antipathie  dont  il  est  l'objet  dans  un  pays  ne  se  retrouve 
même  pas  toujours  chez  toutes  les  classes  de  la  population  : 
ainsi  en  Californie,  si  le  travailleur  blanc  repousse  le  travail- 
leur jaune  comme  un  redoutable  concurrent,  le  riche  le  re- 
cherche comme  domestique.  On  remarquera  que  cette  anti- 
pathie qui  varie  non  seulement  suivant  les  pays,  mais  encore 
suivant  les  classes,  a  des  origines  diverses  :  la  crainte  d'un 
rival  dangereux  dans  certains  cas,  la  répulsion  pour  des  ha- 
bitudes et  des  mœurs  bizarres  dans  d'autres. 

Cette  haine  s'explique  mieux  en  Californie  qu'ailleurs, 
car  ce  pays,  étant  en  communication  directe  avec  le  Céleste 
Empire  el  offrant  de  grandes  ressources,  se  sent  le  plus  me- 
nacé par  celte  invasion.  La  Californie  a  un  commerce  des 
plus  importants  avec  TExtréme-Orient  où  elle  exporte  ses 
produits  en  grande  quantité;  mais,  le  jour  où  elle  expul- 
sera les  Chinois,  ceux-ci  useront  de  représailles  :  ils  défen- 
dront l'e'ntrée  de  leurs  ports  à  l'importation  californienne  et 
fermeront  les  nombreuses  maisons  américaines  établies  chez 
eux.  Aussi,  lorsque  la  loi  contre  l'émigration  chinoise  fut  vo- 
tée par  le  Congrès,  le  Président  Hayes,  invoquant  les  clauses 
du  traité  qui  lie  les  États-Unis  à  la  Chine,  (it  ressortir  les 
inconvénients  qui  résulteraient  de  sa  rupture  et  opposa  son 
veto  ^ . 

Dans  ime  lettre  adressée  deTien-Tsin,  le  i  \  novembre  1 860, 
par  le  baron  Gros  à  M.  de  Bourboulon,  il  est  dit  : 

«  L'émigration  des  coolies  étant  permise  dans  tous  les  ports 
ouverts  au   coininerce    étranger,   il   y  aura  encore  à  établir,  de 

I.   Henri  Cordier,  Jounwl  des  Débats^  ri  juin  i^l^- 


ï 

}  5l6  L*éll1GRAT10!«    CHf?(OISE    (187/i) 

concert  avec  les  autorités  chinoises,  les  règles  indispensables  pour 
donner  à  ce  genre  de  spéculation,  qui  a  amené  trop  souvent 
d*abominables  abus,  toute  la  moralité  possible,  et  toutes  les 
garanties  nécessaires  au  maintien  de  la  plus  entière  liberté 
d'action  à  laisser  aux  émigrants  '.  > 


MISSION    CHTIOISE    A    CVBA,     iSyS-^ 

En  1878,  une  Commission  composée  de  Tchen  Lan-pin  ', 
directeur  d'une  mission  d'instniction  aux  Etats-Unis,  et  de 
deux  directeurs  des  Douanes  Impériales  Chinoises,  MM.  A. 
Macpherson  '  (Anglais)  et  Alfred  Huber*  (Français),  fut  en- 
voyée k  Cuba  pour  se  rendre  compte  de  la  condition  des 
coolies,  qui,  dans  les  Antilles  et  dans  T Amérique  du  Sud  rap- 
pelle celle  des  anciens  esclaves.  Les  résultats  de  celle  mis- 
sion sont  renfermés  dans  le  rapport  suivant  : 


RAPPORT    DE    LA    MISSION    CHITfOlSE 

m  L'officier  délégué  Tchen  et  les  Directeurs  des  Douanes 
Macpherson  et  Huber  ayant  terminé  leur  enquête  (sur  les  con- 
ditions des  travailleurs  Chinois  à  Cuba)  adressent  cette  ré- 
ponse : 

Le  10*  jour  de  la  lo*  lune  de  la  I2*  année  de  T'oung  tché 
fut  reçue  la  communication  suivante  :  «  Attendu  qu'une  en- 
quête doit  être  faite  sur  les  conditions  des  Ëmigrants  Chinois 
dans  la  Colonie  Espagnole  de  Cuba,  le  Tsoung-li  Yamen  vient 

I.  Col.  part. 

a.  Du  Kouang  Toung;  avait  été  attaché  à  l'état-major  de  Lieou 
Tch'ang-ycou,  pendant  la  campagne  des  Nien-fei(i867). 

3.  Entre  dans  les  douanes  impériales  comme  4^  clerc,  octobre  1869  * 
commissaire  (directeur),  mars  i865;  mort  à  Paris,  janvier  1878. 

4.  A  quitté  rinterprétanat  pour  entrer  comme  clerc  de  i>^  classe  dans 
les  douanes  impériales,  avril  1869;  commissaire,  avril  1878;  a  donné  sa 
démission,  mars  i885. 


RAPPORT    DE    LA    MISSION    CHINOISE  617 

de  désigner  le  mandarin  Tghen  Lanpin,  oflicier  chargé  de  la 
mission  d'éducation  à  TËtranger  pour  aller  faire  cette  enquéle 
et  a  aussi  désigné  le  Directeur  des  Douanes  à  Han-kéou  Mac- 
PHERSON  et  le  Directeur  des  Douanes  à  Tien-Tsin  Huber  pour 
l'accompagner,  et  cette  mesure  a  été  approuvée  par  un  Décret 
Impérial  en  date  du  3o®  jour  de  la  7*  lune  de  la  la*  année  (le 
ai  septembre  1873)  de  ï*oung  tché.  En  conséquence  ce  man- 
darin attendra  l'arrivée  de  MM.  Macpherson  et  Huber  aux 
États-Unis  et  ils  se  rendront  ensemble  à  la  Colonie  Espagnole 
où  ils  feront  une  enquête  exacte  et  complète  ;  ils  adresseront 
ensuite  un  rapport  minutieux  qui  servira  de  base  pour  traiter 
l'alTaire,  etc.  » 

11  fut  tout  d'abord  accusé  réception  de  cette  communication 
le  la*"  jour  de  la  10''  lune  (le  i"  décembre). 

Le  Directeur  des  Douanes  Huber  arriva  aux  États-Unis  le 
aô®  de  la  la*  lune  (le  la  février  1874),  et  le  mandarin  Tch'en 
LANPipr  partit  avec  lui  pour  la  Colonie  Espagnole  de  Cuba  le  3'^ 
jour  de  la  i"  lune  (le  19).  Ils  arrivèrent  à  la  Havane  le  ag**  jour 
de  la  I"  lune  (le  17  mars)  et  prirent  leurs  logements  à  l'iiôtel  . 
où  était  le  Directeur  des  Douanes  Macpherson. 

Le  a*  jour  de  la  a*^  lune  (le  19)  une  visite  fut  faite  au  Capi- 
taine Général  de  Cuba,  au  Gouverneur  de  la  Havane,  aux  prin- 
cipaux membres  de  la  Commission  de  Colonisation,  et  ensuite 
aux  Consuls  d'Angleterre,  de  France,  des  États-Unis,  d'Alle- 
magne, de  Suède  et  Norvège,  de  Danemark,  de  Hollande,  d'Au- 
triche, de  Belgique  et  d'Italie. 

Le  3"  jour  (le  ao)  l'enquête  fut  commencée  dans  le  barracon 
de  Mr.  Ibanez. 

Le  4*"  jour  (le  ai)  elle  fut  commencée  dans  le  dépôt. 

Le  5'-  jour  (le  a  a)  elle  fut  continuée  dans  le  barracon. 

Du  G*-*  au  1 1*^  jour  (du  a3  au  a8)  elle  fut  continuée  dans  le 
dépôt. 

Le  i3'',  le  i4''  et  le  15"  jours  (le  3o  et  3i  mars  et  le  i*"" 
avril)  elle  fut  continuée  dans  la  prison. 

Le  17''  et  le  18*  jours  (le  3  et  4  avril)  furent  employés  à  vi- 
siter la  plantation  à  sucre  des  Las  Caîias. 

Le  a  a®  jour  (le  8)  nous  nous  rendîmes  à  Matanzas  et  pen- 
dant les  jours  suivants  nous  y  procédâmes  à  l'enquête  dans  le 
dépôt  et  la  prison  et  dans  les  plantations  à  sucre  des  environs 
San  Cayetano,  Concepcion  et  Armonia. 


Di8  l'émigration  chinoise  (1874) 

Le  28'"  jour  (le  i4)  nous  nous  rendîmes  à  Cardenas  el  pen- 
dant Jos  jours  suivants  nous  y  procédâmes  à  Fenquèle  dans  le 
dépôt  et  la  prison  et  dans  les  plantations  des  environs  Espe- 
ranza,  Hecreo  et  San  Antonio.  La  ville  voisine  de  Cimmarones 
fut  aussi  l'objet  d'une  visite. 

Le  3®  jour  de  la  S*"  lune  (le  18)  nous  nous  rendîmes  à  Colon 
el  pendant  les  jours  suivants  nous  y  procédâmes  à  Tenquèle 
dans  le  dépôt  et  la  prison  et  dans  les  plantations  des  alentours 
Espana  et  Flor  de  Cuba. 

Le  G**  jour  (le  ai)  nous  nous  rendîmes  à  Sagua-la-Grande  et 
pendant  les  jours  suivants  nous  y  procédâmes  à  l'enquête  dans 
le  dépôt,  la  prison  cl  les  plantations  Santa  Anna,  Santa  Isabella 
et  Capitolis. 

Le  Q**  jour  (le  34)  nous  nous  rendîmes  à  Cienfuegos  où  pen- 
dant les  jours  suivants  nous  procédâmes  h  l'enquête  dans  le 
dépôt  et  la  prison  et  dans  les  plantations  Juniata  et  Candcï- 
laria. 

Le  !  3''  jour  (le  28)  nous  nous  rendîmes  à  Guanajay  où  pen- 
dant les  jours  suivants  nous  procédâmes  k  l'enquête  dans  le  dé- 
pôt et  la  prison,  retournant  à  la  Havane  par  la  ville  de  San 
Antonio. 

Le  1 7''  jour  (a  mai)  nous  allâmes  à  Guanabacoa  et  le  même 
jour  procédâmes  à  l'enquête  dans  les  dépôts  à  sucre  de  Régla  el 
Santa  Catalina. 

Les  autorités  locales  fixaient  toujours  l'heure  à  laquelle  nous 
pouvions  aller  procéder  à  l'enquête  dans  les  dépôts  et  les  pri- 
sons, et  c'était  aussi  après  avoir  obtenu  au  préalable  leur  assen- 
timent que  nous  allions  visiter  les  plantations,  mais  en  chemin 
et  dans  les  hôtels  où  nous  descendions  nous  prenions  sans  cesse 
des  informations. 

Tous  les  interrogatoires  des  Chinois  étaient  conduits  verbale- 
ment par  nous-mêmes  en  personne. 

Il  ressort  des  dépositions  et  pétitions  que  les  8/10  du  nombre 
total  des  travailleurs  Chinois  ont  déclaré  qu'ils  avaient  été  en- 
levés de  vive  force  ou  amenés  par  la  ruse,  —  que  pendant  la 
traversée  la  mortalité  provenant  soit  de  blessures  causées  par 
des  coups,  soit  de  maladie  ou  de  suicide,  a  atteint  plus  de  10 
pour  100,  —  qu'à  l'arrivée  à  la  Havane  on  les  vendait  en  escla- 
vage, une  petite  proportion  étant  vendus  aux  familles  ou  dans 
les  bonti(|ues  où  ils  sont  maltraités,  pendant  que  la  très  grande 


RAPPORT    DK    LA    MISSION    CHINOISE  OIC) 

majorité  devenaient  la  propriété  des  planteurs  de  canne  à  sucre 
et  avaient  à  endurer  les  plus  grandes  cruautés,  —  que  le  travail 
est  par  trop  pénible  et  la  nourriture  trop  insuffisante,  que  les 
lieures  de  travail  sont  trop  prolongées  et  que  les  verges,  le  fouet, 
les  chaînes,  les  stocks  et  autres  châtiments  occasionnent  toutes 
sortes  de  souffrances  et  de  blessures.  Pendant  les  années  passées 
quantité  de  Chinois  ont  été  tués  sous  les  coups,  ou  sont  morts 
des  blessures  qu'ils  avaient  reçues,  ou  bien  se  sont  pendus,  se 
sont  coupé  la  gorge,  se  sont  empoisonnés  avec  de  Topium  ou  se 
sont  jetés  dans  les  chaudrons  remplis  de  sucre  bouillant.  Nous 
avons  pu  voir  nous-mêmes  un  assez  grand  nombre  de  Chinois 
avec  les  bras  ou  les  jambes  cassées,  les  yeux  aveuglés,  la  tète 
couverte  de  plaies  et  d'autres  à  qui  on  avait  cassé  les  dents, 
mutilé  les  oreilles,  lacéré  la  peau  et  la  chair,  preuves  évidentes 
de  cruauté  que  tous  pouvaient  voir. 

A  l'expiration  des  contrats,  les  maîtres  dans  la  plupart  des  cas 
refusent  de  donner  les  certificats  de  libération  et  insistent  pour 
qu'on  signe  de  nouveaux  engagements  de  plusieurs  années, 
quelquefois  de  plus  de  lo  ans,  pendant  lesquels  les  gens  sont 
maltraités  comme  auparavant.  S'ils  ne  veulent  pas  accepter  ces 
nouveaux  contrats,  on  les  envoie  au  dépôt  où  ils  sont  employés 
h  réparer  les  routes  enchaînés  et  surveillés  et  sans  aucun  salaire, 
traitement  qui  ne  dillere  en  rien  de  celui  des  criminels  dans  les 
prisons.  Ensuite  on  les  force  à  entrer  de  nouveau  au  service 
d'un  maître  et  à  signer  un  nouveau  contrat,  à  l'expiration  du- 
quel ils  sont  encore  conduits  au  dépôt.  C'est  ainsi  qu'on  pro- 
cède à  leur  égard  chaque  fois  qu'ils  ont  terminé  leur  contrat,  de 
sorte  cjue  non  seulement  ils  ne  j)euvent  jamais  retourner  en 
Chine,  mais  ils  ne  peuvent  même  pas  gagner  leur  vie  en  liberté. 

En  outre,  depuis  la  2^  lune  de  la  11"  année  (mars-avril  1861) 
de  Hien  Foung  on  a  cessé  tout  à  fait  de  délivrer  des  lettres  de 
domicile  et  des  cedulas,  de  sorte  que  tous  les  Chinois  sont  su- 
jets à  être  arrêtés.  Ceux  qui  étaient  déjà  possesseurs  de  ces  do- 
cuments ont  constamment  à  les  exhiber,  tant  dans  les  rues  ou 
routes  que  dans  leur  propre  maison,  aux  Agents  de  police  qui 
demandent  à  les  examiner,  et  il  arrive  constamment  qu'on  les 
en  dépouille  et  qu'on  les  déchire  et  qu'on  les  emmené  au  dépôt 
où  ils  ont  à  endurer  toutes  sortes  de  mauvais  traitements. 

Depuis  le  29"  de  la  i"  lune  (17  février),  époque  de  notre 
arrivée  à  Cuba,  jusqu'au  23  de  la  3*^  lune  (8  mai),  jour  de  noire 


5aO  L^fiMlGRATION    CHINOISE    (^^74) 

départ,  les  travailleurs  Chinois,  que  nous  vîmes  étaient  presque 
tous  maltraités,  et  nous  n'entendîmes  guère  que  des  paroles  de 
souffrance.  Tout  cela  nous  l'avons  vu  de  nos  propres  yeux  ou 
entendu  de  nos  propres  oreilles,  tous  trois. 

I  176  dépositions  ont  été  prises  et  85  pétitions  portant  i  665 
signatures  ont  été  reçues,  et  copies  de  ces  documents  avec  leur 
traduction  en  langue  Européenne  sont  annexées  ci-joint. 

Nous  transmettons  également  ci-joint  nos  réponses  aux  5r 
questions  contenues  dans  le  mémorandum  (du  Yamen)  reçu 
dans  la  ta''  lune  (janvier-février  187/1)  ^®  Tannée  dernière  — 
des  tables  de  statistique  des  Chinois  embarqués  pour  Cuba  cl 
arrivés  à  Cuba,  qui  nous  ont  été  fournies  par  le  Consul  Général 
d'Angleterre  et  par  la  Commission  de  Colonisation  —  une  co- 
pie des  règlements  applicables  aux  Chinois  à  Cuba  actuelle- 
ment —  une  copie  des  instructions  données  par  les  marchands 
de  Cuba  aux  Capitaines  des  navires  d'Ëmigrants  Chinois  — 
8  formes  de  contrats  anciens  et  nouveaux,  et  les  tables  de  sta- 
tistique de  la  population  Chinoise  à  Cuba  qui  nous  ont  été 
fournies  par  la  Commission  de  Colonisation.  Tous  ces  docu- 
ments sont  accompagnés  de  leur  traduction. 

Le  n*  jour  de  la  9*  lune  de  la  i3*  année  (20  octobre  1874) 
de  T'oung-tché*. 

II  est  utile  de  noter  quelques-uns  des  renseignements  re- 
cueillis par  la  mission  de  Tch'en  Lan -pin. 


RENSEIGNEMENTS    DE    LA    MISSION    CmNOISE 

c(  La  plus  grande  partie  des  Chinois  à  Cuba  sont  Canton- 
nais. Après  eux  les  hommes  du  Fou-Kien,  du  Hou-Kouang, 
du  Kiang-Sou  et  du  Tché-Kiang  sont  les  plus  nombreux.  Il 
y  a  en  outre  des  hommes  de  toutes  les  provinces  et  même  des 
gens  appartenant  aux  Bannières.  Pendant  le  cours  de  Ten- 

I.  Chinese  Emigration.  —  The  Cuba  Commission.  Report  of  ihe 
Commission  sent  by  China  to  ascertain  ihe  condition  of  Chinese 
Coolies  in  Cuba.  Shanghai  :  Printed  ad  the  Impérial  Maritime  Customs 
Prc58,  1876    in-Ji,  pp.  aSG. 


*^'  »\^  r     "-'« 


RENSEIGNEMENTS    DE    LA    MISSION    CHINOISE  5a  I 

quétc  la  commission  a  rencontré  des  officiers  militaires  et 
civils  et  des  gradués  littéraires  {Sieou-ts'ai)  mêlés  à  la  masse 
des  travailleurs  ordinaires.  Ils  avaient  été  amenés  par  la  ruse 

et  \endus  comme  les  autres Ils  sont  tous  traités  de  la 

même  façon,  comme  des  esclaves,  et  il  ne  leur  sert  à  rien 
d'être  capables'.  » 

La  population  chinoise  de  Cuba  au  moment  de  Tenquèle 
de  Tch'en  Lan-pin  était  estimée  à  68  826  hommes.  Quatre- 
vingt-dix  pour  100  sont  employés  dans  les  plantations  de 
sucre  ;  la  mortalité  est  énorme,  elle  est  causée  par  les  mala- 
dies engendrées  par  un  climat  malsain,  un  travail  excessif, 
une  nourriture  insuffisante,  et  surtout,  les  mauvais  traite- 
ments. Les  suicides  entrent  aussi  pour  une  part  importante 
dans  la  mortalité. 

«  Le  recensement  effectué  par  les  soins  de  la  Commission 
Centrale  de  Colonisation  embrasse  une  période  s'étendant  de 
la  6°  lune  de  la  27*  année  de  Tao  Kouang  à  la  7®  lune  de 
la  II*  année  de  Toung  tché  et  les  statistiques  montrent  que 
pendant  cinq  de  ces  années,  depuis  la  28*  année  de  Tao 
Kouang  jusqu'à  la  2"  année  de  HiE?i  Foung  inclusivement,  11 
n'est  arrivé  dans  Tîle  aucun  navire  transportant  des  Chinois, 
et  que  pendant  les  vingt  autres  années,  ii4o8i  ont  été  dé- 
barqués, sur  lesquels  il  ne  restait  à  ce  recensement  que 
58  4oo  hommes. 

«  Un  autre  tableau  préparé  également  par  la  Commission 
Centrale  montre  que  les  départs  en  1872  et  dans  les  premiers 
neuf  mois  de  1878  ont  été  de  235  Chinois,  ce  qui  ferait  une 
moyenne  de  \Z!\  partants  par  année.  Si,  pour  aider  les  calculs, 
nous  supposons  que  les  571  hommes  arrivés  en  tout  sous  le 
règne  de  Tao  Kouang  ont  tous  pu  quitter  l'île,  et  si  nous  con- 
sidérons que  les  hommes  arrivés  immédiatement  après  eux, 
c'est-à-dire  dans  la  3"  année   de  Hien   Foung,   n'ont    pas 

I.   The  Cuba  Commission,  p.  3o3. 


Oaa  L'ÉMICf RATION    CHINOISE    (iSyi) 

pu  commencer  à  partir  avant  la  ii*  année  de  Hien  Foijïg, 
nous  voyons  (en  prenant  la  moyenne  annuelle  de  partants 
admise  plus  haut)  que  pendant  cette  onzième  année  de  Hie> 
FouîiG  et  les  suivantes,  i  608  Chinois  ont  quitté  Tîle,  ce  qui 
donne  un  chiffre  total  de  2  179  partants.  En  retranchant  ce 
chiffre  du  nombre  de  Chinois  actuellement  vivants  à  Cuba, 
nous  trouvons  que  les  morts  se  sont  élevés  à  53  5o2,  et  à  ce 
chiffre  doit  s'ajouter  celui  des  morts  pendant  les  traversées 
qui  s'élève  pour  le  mémo  espace  de  temps  à  ï5  000,  jusqu'à 
la  7*  lune  de  la  1 1®  année  de  T'oung  tché  \  » 

Énorme  aussi  était  la  mortaUté  sur  les  bateaux  de  trans- 
port; sur  i^oooo  Chinois  émigrants,  on  a  compté  16000 
décès  à  bord  des  bâtiments,  où  rentassement,  la  malpro- 
preté, le  manque  de  nourriture  faisaient  autant  de  victimes 
que  les  mauvais  traitements,  voire  les  cruautés,  que  d'abo- 
minables mécréants,  qui  ont  déshonoré  la  marine  de  toutes 
les  nations,  infligeaient  à  leurs  malheureux  passagers. 

Les  grands  ports  d'émigration  étaient  Amoy,  Swatow, 
Canton  et  surtout  Macao.  «  D'après  le -mémoire  préparé  par 
le  consul  général  d'Angleterre  à  la  Havane,  1 42 /| 2 2  coolies 
Chinois  ont  été  embarqués  pour  Cuba  depuis  la  27*"  année  de 
Tao  Kouang  jusqu'à  la  3^  lune  de  la  iS*^  année  de  T'oung- 
tché.  Sur  ce  nombre  43  273  sont[)artis  de  Amoy,  Swalow, 
Hong  kong,  Canton,  Whampoa,  Annam  et  Manille,  tandis 
qu'il  en  est  parti  de  Macao  63  455  entre  la  27*^  année  de  Tao 
Kouang  et  la  fin  de  la  5*  année  de  T'oung-tché,  et  35  694  de- 
puis cette  époque  jusqu'à  la  3®  lune  de  la  iS*^  année  deï'oung- 
tché*.  » 

«  L'embarquement  de  ces  derniers  35  694  coolies  consti- 
tue  une  violation  des  stipulations  de  la  Convention  d'Emi- 
gration de  la  5*  année  de  T'oung-tché  qui  exclut  Macao  des 


I.    The  Cuba  Commission,  pp.  i85-6. 
a.    The  Cuba  Commission,  p.  ii5. 


REVENDICATIONS  533 

endroits  où  rengagement  des  travailleurs  est  autorisé,  et  de 
plus  la  manière  dont  la  plus  grande  partie  des  coolies  ont 
élé  introduits  à  Cuba,  constitue  une  violation  de  Tarticle  \ 
(lu  Traité  Espagnol*  signé  dans  la  3®  année  de  T'oung-tché 
qui  déclare  (jue  TEspagne  s'engage  à  ne  pas  donner  protec- 
tion aux  criminels  chinois,  et  à  ne  pas  tromper  ou  cendre 
les  sujets  de  la  Chine  ^.  » 

Les  règlements  les  plus  anciens  relativement  à  l'importa - 
lion  des  Chinois  à  Cuba  sont  renfermés  dans  le  décret  royal 
en  date  du  22  mars  186/4,  promulguée  la  Havane  le  10  mai 
de  la  même  année;  il  fut  annulé  par  un  décret  du  7  juillet, 
publié  le  /|  août  1860;. ce  décret,  combiné  avec  des  règle- 
ments du  i4  septembre  1872  et  du  7  mai  1873,  était  encore 
applicable  aux  émigrants  chinois  au  moment  de  l'enquête 
de  Tch'en  Lan-pin. 


REVENDICATIONS 

11  faut  bien  avouer  que  cette  commission  rapporta  des 
documents  qui  montraient  la  manière  cruelle  dont  les  mal- 
heureux étaient  traités,  et  elle  rédigea  un  rapport  détaillé 
aussi  concluant  dans  sa  simplicité  que  le  plus  terrible  réqui- 
sitoire. Un  exemplaire  de  ce  rapport  en  trois  langues,  chi- 
nois, français  et  anglais,  est  déposé  au  bureau  des  douanes 


I .  Art.  X.  —  Las  autoridadcs  Impériales  permilirân  que  los  siibditos 
Chinos  que  deseen  ir  â  trabajar  â  las  posesiones  Espafiolas  de  Ultramar 
cclebren  contratos  al  efecio  con  los  sùbditos  Ëspa fioles  y  se  embarqueii 
soles  6  con  sus  familias  en  cualquicra  de  los  pucrios  abiertos  de  China,  y 
las  autoridades  locales  estableceran  las  reglamentos  necesarios  en  cada 
puerto.  de  acucrdo  con  los  Représentantes  de  S.  M.  Catôlica  para  la  pro- 
tcccion  de  los  mcncionados  trabaj adores. 

No  podran  admitirse  los  dcsertores  ni  los  que  hayan  sido  cogidos  contra 
Ml  voluntad  ;  si  llegase  tal  caso,  le  autoridad  local  oficiarâ  al  Consul 
Espafiol  para  que  los  devuelva.  » 

a.   The  Cuba  Commission,  p.  11 5. 


534  l'émigration  chinoise  (1874) 

dans  chaque  port  ouvert  au  commerce  européen.  Un  mis- 
sionnaire protestant,  le  révérend  Daniel  Vrooman',  a  fait  des 
extraits  des  interrogatoires  des  coolies  et  il  en  a  composé  un 
Recueil  qui  a  paru  en  chinois  à  Canton  en  1875,  avec  des 
gravures  sur  bois,  sous  le  titre  de  Clieng  ti  yii  tou  chouo 
que  Ton  peut  traduire  par  Aperçu  de  l'enfer  illustré.  Nous 
avons  un  exemplaire  de  cet  ouvrage  ;  une  gravure  représente 
un  coolie  qui  pour  échapper  aux  mauvais  traitements  s^esl 
enfui  dans  les  bois  où  il  est  poursuivi  par  les  chiens  ;  ailleurs, 
un  malheureux  est  traîné  à  la  queue  d'un  cheval  ;  un  troi- 
sième est  pendu  par  les  pieds,  etc.  L'effet  de  cette  dernière 
publication  ne  peut,  du  reste,  qu'être  déplorable  en  attisant  la 
haine  des  Chinois  contre  l'étranger. 

Ce  n'est  pas  à  Cuba  seulement  que  le  sort  des  coolies  était 
lamentable  ;  il  en  était  de  même  au  Pérou  et  jusque  dans  la 
Guyane  anglaise.  M.  Edward  Jenkins',  jadis  l'un  des  mem- 
bres du  parti  ultra-libéral  du  Parlement,  l'auteur  bien  connu 
des  romans  sociaux  Ginx's  Baby,  Little  Hodge,  etc.,  a  publié 
à  la  suite  d'une  enquête  un  ouvrage  fort  intéressant  intitulé 
The  Coolie^  dans  lequel  il  examine  la  condition  de  ce  tra- 
vailleur, en  droit  libre,  en  fait  presque  esclave. 

Ce  coolie  que  certains  peuples  chassent,  que  d'autres  mar- 
tyrisent, est  réclamé  ailleurs  à  grands  cris.  C'est  lui  qui 
exécutera  les  grands  travaux  projetés  à  la  Réunion  ;  c'est  lui 
aussi  sans  doute  qui  tracera  le  canal  inter-océa nique,  car  les 
nègres  ne  seront  pas  en  nombre  suffisant  pour  mener  ce  tra 
vail  à  bonne  fin  ;  et  probablement  le  temps  n'est  pas  éloigne 
où  nous  le  verrons  appelé  en  Algérie  et  aux  Antilles  fran- 
çaises. Le  Brésil  envoya,  comme  nous  le  verrons  plus  loin, 
une  expédition  chargée  de  conclure  avec  la  Chine  un  traité 


I.  FoU'wen  ;  American  Board  of  Gommissioners  for  Foreign  Missions, 
arrivé  en  Chine  le  6  mars  i85a  et  à  Canton,  le  i5  mars  i85a. 
3.  Né  à  Mysorc,  Inde,  i838. 


REVENDICATIOKS  626 

pour  assurer  rémigration  des  coolies  dans  le  grand  empire 
portugais  de  T Amérique  du  Sud. 

On  peut  dire  que  la  vaste  émigration  des  peuples  venus  de 
FAsîe  au  Moyen  Age  recommence  ;  mais,  au  lieu  des  hordes 
dévastatrices  de  Tchinguis  Khan  et  de  ses  successeurs, 
nous  avons  affaire  à  des  troupeaux  paisibles  de  coolies,  et 
cette  conquête  pacifique  sera  plus  durable  et  produira  plus 
de  fruits  que  l'invasion  guerrière  qui  ébranla  un  instant  les 
grandes  puissances  de  l'Occident.  Il  est  possible  de  diriger  cet 
exode  et  de  le  ralentir,  mais  non  pas  de  le  combattre.  Toute 
force  humaine  est  impuissante  à  changer  la  loi  naturelle  de 
Toffre  et  de  la  demande,  et  l'emploi  des  coolies  n'est  qu'une 
application  de  celte  loi.  L'industrie  et  l'agriculture  réclament 
la  main-d'œuvre,  le  coolie  répond  à  cette  demande,  et  l'on 
est  obHgé  d'accepter  son  travail  puisqu'on  n'en  trouve  pas 
d'autre. 


CHAPITRE  XXXV 

TRAITÉ  PÉRUVIEN.  —  PRINCE  K0UN6  EN  DISGRACE.  — 
DÉPART  DE  M.  DE  GEOFROT.  —  MISSION  DE  M.  DE  RO- 
QUETTE. —  JAPONAIS  A   FORMOSE 


TRAITÉ    PÉRUVIEN,     26    JtlN     187/i 

Le  capitaine  de  vaisseau  péruvien  Aurelio  Garcia  y  Garcia. 
accompagné  de  MM.  J.-F.  Elmore,  secrétaire  de  légation, 
et  Freyre,  Garland  et  Benavides,  attachés,  arriva  à  Tien-Tsin 
le  23  octobre  1878  pour  conclure  un  traité  avec  la  Chine; 
il  choisit  M.  John  A.  T.  Meadows,  comme  interprète.  Le 
traité  fut  signé,  après  huit  mois  de  laborieux  débats,  le  26 
juin  187/i  à  Tien-Tsin,  dans  le  Tang-liang  Kong-so  par  Li 
Houng-tchang.  Le  traité  est  accompagné  d'une  convention 
spéciale  par  laquelle  il  est  entendu  qu'une  commission  chi- 
noise sera  envoyée  dans  ce  pays  pour  faire  une  enquête  sur  la 
situation  des  émigrants  dans  ce  pays.  Le  traité  lui-même 
comprend  dix-neuf  articles  ;  il  a  été  ratifié  à  Tien-Tsin  le 
7  août  1875.  L'article  VI  relatif  à  Témigralion  doit  être 
cité  : 

«  La  Repûblica  dcl  Poni  y  cl  Iinpcrio  de  la  China  reconoceri 
con  t(Klo  (Vanqucza  cl  dcrecho  inaliénable  é  inhérente  à  lodo 
liombro  para  cambiar  de  pais.  Sus  respectives  ciudadanos  > 
subdilos  puedcn,  en  consecuoiîcia,  ir  libremente  de  un  pais  al 
otro  con  les  objetos  de  paseo,  comercio,  trabajo  6  coino  résidentes 
estables.  Las  Altas  Parles  Contratantes  convienen,  por  le  tanto, 
en  que   les  ciudadanos  y  sûbditos  de  anibos  Eslados  eiiiigraraii 


DÉGRADATION    DU    PBISCE    ROUNG»     lO    SEPTEMBRE    1874       5a  y 

linicamente  de  su  libre  y  voluntario  consenti  mien  to  ;  y  de  comun 
acuerdo  reprueban  toda  otra  emigracion  para  los  mcncionados 
objetos  que  non  sea  enteramente  voluniaria,  asi  como  todo  acto 
de  violencia  6  engailo  que  para  extraer  sûbdilos  Gliinos  pudiera 
practicarse  en  Macao  6  en  los  puertos  de  China.  Asi  mismo  se 
compronieten  las  Allas  Parles  Coniratanles  d  casligar  severa- 
menlc,  con  arreglo  a  sus  leyes,  A  sus  respeclivos  ciudadanos  6 
sûbdilos  que  infringiesen  las  présentes  estipulaciones,  y  ademas 
a  procéder  judicial mente  contra  sus  respeclivos  buques  que  se 
dedicasen  a  esas  operacioncs  ilegales,  imponiendoles  las  multas 
que  para  taies  casos  se  hallan  establecidas  en  sus  leyes.  » 


DÉGRADATION    DU    PRINCE    KOUNG,     lO    SEPTEMBRE     iSj/l 

La  Gazette  de  Péking  Axx  lo  septembre  1874  renfermait 
un  décret  impérial  destituant  le  Prince  Koung  ;  le  prétexte 
choisi,  langage  empreint  de  plusieurs  manepiements  -à  la 
bienséance^  masquait  des  intrigues  de  palais  dont  le  prince 
devait  être  la  victime  ;  peut-être  aussi  la  question  du  Pé- 
t'ang*  et  sa  brouille  avec  son  ancien  ami  Wen-Siang  n'é- 
laient-elles  pas  étrangères  à  celte  disgrâce  : 

«  Un  décret  [au  pinceau  de  vermillon].  —  Que  tous  les  princes 
et  ministres  de  la  Cour  sachent  que,  depuis  que  nous  avons  pris  en 
nos  mains  le  gouvernement,  soit  le  a6"  jour  de  la  première  lune 
de  Tannée  dernière  (aS  février  1873),  jusqu'aujourd'hui,  toute» 
les  fois  que  nous  avons  eu  à  conférer  avec  le  prince  Koung,  le 
langage  de  celui-ci  a  été  empreint  de  plusieurs  manquements  à 
la  bienséance. 

«  Nous  ordonnons,  par  un  acte  spécial  de  grâce,  qu'il  sera  pour 
toujours,  et  dans  sa  succession  héréditaire,  destitué  de  sa  princi- 
pauté impériale  ;  qu'il  sera  abaissé  au  rang  de  second  prince 
(Kiun-Wang),  et  en  le  maintenant  au  Conseil  Privé;  que,  en 
outre,  comme  punition  et  avertissement,  Tsaï-Tchông  (fils  aîné 
du  prince  Koung),  est  privé  de  son  titre  de  Belle  Kiun-Wang^. 

1.  Voir  vol.  II. 

2.  Prince  du  S*' rang. 


5a8  TRAITÉ    PÉRUVIEN 


RÉINTÉGRATION    DU    PRINCK    KOUNG,     II    SEPTEMBRE    1874 

Le  lendemain,  1 1  septembre,  la  Gazette  de  PéAz/i^ publiait 
un  autre  décret  rétablissant  le  prince  dans  ses  fonctions  : 

a  Nous  avons  reçu  avec  respect  la  demande  en  grâce  qui  nous  a 
été  adressée  par  Leurs  Majestés  rimpératricc  douairière  et  l'Im- 
pératrice mère,  et  l'accueillons  de  la  manière  suivante  : 

«  Hier,  TEmpereur  a  promulgué  un  décret  par  lequel  le  prince 
Koung  était  dépouillé  pour  toujours  et  dans  sa  succession  héré- 
ditaire, de  sa  principauté  impériale  et  réduit  au  rang  de  second 
prince,  et  par  lequel  Tsaï-Tchông,  son  fils,  était  dépouillé  en 
même  temps  de  son  titre  de  BeiU  Kiun-wang. 

«  Il  est  vrai  que  le  prince  Koung  méritait  une  punition  pour 
son  manque  de  respect  lorsqu'on  conférait  avec  lui  :  mais  en 
souvenir  des  services  que  le  prince  Koung  a  rendus,  et  de  la 
manière  dont  il  s'est  acquitté  des  emplois  qui  lui  ont  été  confiés 
depuis  qu'il  a  commencé  à  s'occuper  des  alTaires  publiques,  il 
lui  sera  laissé,  comme  grâce  spéciale,  son  rang  de  prince  impé- 
rial avec  succession  héréditaire,  et  le  titre  de  BeiU  Kiun-wang 
sera  également  rendu  à  Tsaï-Tchêng. 

«  11  convient  que  le  prince  se  soumette  à  la  réprimande  de 
son  souverain  et  que,  à  l'avenir,  il  soit  de  plus  en  plus  dévoué, 
et  contribue  de  tout  son  pouvoir  à  écarter  les  difficultés  et  les 
embarras  en  remplissant  dignement  sa  charge.  » 

La  disgrâce,  comme  on  le  voit,  fut  courte;  elle  était  la 
seconde,  et  elle  ne  fut  pas  la  dernière  qu'essuya  le  prince 
Koung. 

DÉPART    DE    M.    DE    GEOFROT 

M.  de  Geofroy  quitta  Péking  le  24  octobre  1874  remet- 
tant le  service  au  Comte  de  Rochechouart  qui  pour  la 
seconde  fois  remplissait  les  fonctions  de  Chargé  d'Affaires  de 
France  dans  la  capitale  de  la  Chine.   Malgré  la  réputation 


MISSION    DF    M.    DE    ROQUETTE  520 

qui  l'avait  précédé  comme  collaborateur  de  M.  deChaudordy, 
M.  de  Geofroy  n'avait  pas  réussi  à  Péking  et  il  laissait  à 
son  successeur  un  grand  nombre  d'affaires  en  suspens  dont 
trois  particulièrement  graves  :  le  déplacement  du  Pé-t'ang 
que  réclamaient  les  Chinois  et  qui  ne  fut  évité  que  par  la 
mort  de  l'Empereur;  l'affaire  de  la  pagode  de  Ning-Po  ; 
enfin  le  meurtre  de  l'abbé  Hue  au  Se-tch'ouen.  On  allait 
en  outre  recevoir  la  nouvelle  de  l'assassinat  de  l'abbé  Bapti- 
faud^  au  Yun-Nan. 


MISSION    DE    M.    DE    ROQUETTE 

L'abbé  Jean  Hue*,  des  Missions  étrangères,  avait  été 
martyrisé  le  5  septembre  1878  à  Kien-Kiang  dans  le  Se- 
Ich'ouen  dont  les  missions  causaient  les  plus  vives  anxiétés. 
L'affaire  de  la  pagode  de  >iing-Po  avait  sei"vi  aux  Chinois 
de  prétexte  pour  retarder  toute  réparation.  D'autre  part, 
l'attitude  de  M*''  Desflèches  qui  terrorisait  les  fonctionnaires 
de  la  province  y  compris  le  gouverneur  général,  rendait 
difficile  tout  règlement.  D'accord  avec  le  Tsoung-li  Yamen, 
M.  de  Rochechouart  chargea  le  premier  secrétaire  de  la 
légation,  M.  Guillaume  de  Roquette,  de  se  rendre  accom- 
pagné de  M.  de  Bezaure  comme  interprète,  dans  cette  pro- 
vince, muni  d'un  passeport  chinois  ;  il  devait  examiner 
Tétai  des  affaires  de  concert  avec  un  fonctionnaire  local,  le 
lao-taï  Lo  désigné  par  les  ministres  de  Péking  (novembre 
1874).  Cette  mission  était  analogue  à  celle  qui  avait  été 
ccmfiée  à  M.  Blancheton^. 


I.  Baptifaud,  Jean -Joseph- Marie ^  i\é  le  !«>'  Juin  i845,  à  Nébouzat 
(diocèse  de  Glermont);  massacré  à  Picn-kio  dans  le  Yun-Nan  dans  la  nuit 
du  16  au  17  septembre  1874- 

3.  Hue,  Jean,  né  h  Fiers  (Orne),  21  janvier  1887. 

3.  Voir  p.  486. 

GORDIEK.  1.    —   34 


l 


53o  TRAITÉ    PÉRUVIEN 


SA.UVAGES    DE    FORMOSE 

La  côte  orientale  de  la  grande  île  Formose,  qui  s'étend  le 
long  de  la  côte  du  Fou-Kien,  est  habitée  par  des  peuplades 
sauvages  qui  échappaient  à  la  domination  chinoise.  Ces 
sauvages  se  sont  toujours  montrés  peu  hospitaliers  à  Tégard  des 
étrangers.  Le  9  mars  1867,  le  trois-mâts  américain,  Rover ^ 
ayant  quitté  Swatow,  fut  pris  dans  un  typhon,  son  équipage 
débarqua  sur  le  territoire  de  la  tribu  sauvage  des  Koalut  et 
fut  massacré.  Au  mois  de  juin  «  en  conformité  d'instructions 
qu'il  avait  reçues  du  cabinet  de  Washington,  l'amiral  Bell 
se  dirigea  vers  Formose  avec  deux  bâtiments,  le  Hartford 
et  le  Wroming  pour  exercer  des  représailles.  Le  19  du 
même  mois,  un  corps  de  cent  quatre-vingts  marins  débarqua 
sur  la  côte  Est,  et  après  un  vif  engagement  avec  les  sauvages, 
au  cours  duquel  un  officier  fut  tué  et  plusieurs  hommes 
blessés,  se  vit  obligé  de  se  rembarquer.  Les  difficultés  d'une 
entreprise  de  ce  genre  étaient,  beaucoup  plus  grandes  qu'on 
ne  l'avait  d'abord  pensé.  On  renonça  dès  lors  à  toute  tenta- 
tive de  représailles  »  \ 


LES    JAPONAIS 


En  décembre  1871,  une  grande  barque  de  pêche  des  îles 
Lieou-Kleou,  dépendant  du  Japon,  fit  naufrage  sur  la  côte 
habitée  par  les  Boutan  et  quarante-quatre  matelots  furent 
massacrés.  Le  gouvernement  japonais  qui  venait  de  remettre 
en  liberté  les  coolies  arrivés  par  le  navire  péruvien  Moria- 
Luz  (parti   de   Macao,   le  28  mai  1872)  et  avait  reçu  les 

I.  Imbault-Huart.  p.  ia5. 


LES    JAPONAIS  53 1 

remerciements  de  la  Chine  pour  cet  acte  (Inhumanité,  réclama 
à  Péking  contre  le  traitement  infligé  aux  sujets  japonais  à 
Formose.  Les  ministres  chinois  se  déclarèrent  irresponsables  ; 
entre  temps,  le*ministre  des  aflaires  étrangères  japonais, 
Soyesima  Taneomi,  était  reçu  à  l'audience  impériale  de  187.3 
et  le  Tsoung-li  Yamen  lui  déclara  qu'il  ne  désirait  pas  in- 
tervenir  à  Formose. 

Soyesima  sut  interroger  habilement  les  membres  du 
Tsoung-li  Yamen  sur  les  questions  intéressant  le  Japon  et 
voici  le  résultat  de  son  enquête  (juillet  1878)  : 

a  Sur  Macao,  les  Chinois  ont  affirmé  leur  souveraineté,  mais 
en  dégageant  leur  responsabilité  des  laits  d'administration  inté- 
rieure, c'est-à-dire  de  l'émigration,  dans  lesquels  le  Japon 
pourrait  se  trouver  intéressé. 

«  Au  sujet  de  Formose,  M.  Soyesima  a  dit  que  le  Japon  avait 
certains  comptes  à  régler  avec  les  aborigènes  de  la  côte  orien- 
tale ;  que  cette  partie  étant  limitrophe  de  celle  qui  est  occupée 
par  les  Chinois  et  qu'on  pourrait  peut-être  avoir  à  traverser,  il 
était  convenable  que  son  gouvernement  en  donnât  avis  au  gou- 
vernement chinois.  Les  ministres  chinois  lui  ont  répondu  qu'ils 
étaient  sensibles  à  cette  marque  d'égards  et  en  même  temps  lui 
ont  demandé,  comme  en  passant,  si  ce  serait  par  hasard  au  sujet 
des  gens  de  Lieou  Kiéou,  massacrés  par  les  Aborigènes  de  For- 
mose, que  le  Japon  songerait  à  une  expédition  contre  ces  derniers. 
Sur  sa  réponse  affirmative,  «  mais  vous  n'avez  pas  besoin,  ont- 
ils  répliqué,  de  prendre  cette  peine,  attendu  que  c'est  notre 
devoir  de  protéger  les  habitants  de  Lieou  kiéou.  »  La  question 
de  Lieou  Kiéou  ainsi  obliquement  abordée,  chacun  a  fait  valoir 
longuement  ses  arguments  et  ses  preuves.  La  conclusion  a  été 
que  personne  n'a  cédé,  mais  que  les  Chinois  ont  admis  la 
coexistence  de  deux  souverainetés,  la  leur  nominale,  telle  par 
exemple  que  celle  qu'ils  revendiquent  encore  sur  Siam  et 
FAnnam,  quelque  chose  comme  le  royaume  de  Chypre  ou  de 
Jérusalem,  et  la  domination  effective  des  Japonais.  [Cette  solu- 
tion] pour  des  Orientaux,  n'a  rien  d'illogique  et  d'inacceptable. 

«  Sur  la   Corée,    les    Ministres    chinois,...    paraissent    avoir 
décliné    complètement    toute    responsabilité    et   toute  intention 


:f^2  T«%niÉ  pônmc^ 

d"inp^i:roncp.  Au  total  il^  ont  peurdr^  Japonais  H  11.  So^reâmai 
(m  aura  emporté  la  certitude. 

Malgré  la  chute  de  Soyesima,  une  eiLpéditk*n  était  c-fsanî- 
M*e  par  le.s  Ja()onais  et  le  général  Saigo  ^orîoiîlî  fut  D<>nuDè 
commandant  en  chef  (187^).  Le  gouvememenl  japonais 
annonçait  oiTiciellement  les  motifs  qui  le  pou>?âient  à  une 
expédition  contre  Fonnrjse  [>ar  la  notification  suivante,  datée 
(lu  19  mai  1874  et  «(ignée  du  premier  ministre  d'Étal  ^: 

a  Durant  le  onzième  mois  de  la  quatrième  année  de  Meidji 
Cnovembrc  187 1).  cinquante  Riou-kians  (îrens  deLîeou-Kieou). 
jf'léft  Aur  le  rivage  de  la  partie  sauvage  de  Formose.  furent  mas- 
nii(:i'i*n  par  les  indigènes,  et,  dans  le  troisième  mois  de  la  siiiènie 
année  de  Meidji  (mars  1873),  quatre  hommes  de  la  préfecture 
d'Oda  (Jajwn)  y  firent  également  naufrage  et  se  \irenl  traité^ 
d'une  manière  inhumaine.  Ces  attentats  furent  l'objet  de  repn*- 
sentaiions  faites  par  notre  minisire  plénipotentiaire  au  gouver- 
nement chinois. 

Kormose  n'étant  pas  éloignée  du  Japon,  il  est  probable  qu*il  \ 
atira  d(»  tem{)s  en  temps  d'autres  cas  de  jonques  japonaises  jetée5 
Hur  le»  rivage  de  celle  Ile,  et  en  raison  des  progrès  accomplis  peu 
h  |M*n  |)ar  la  navigation,  on  peut  s'attendre  à  ce  que  les  Japo- 
nnis  aillent,  dans  un  avenir  prochain,  visiter  cette  contrée. 

Dans  (le  tell(>s  circonstances,  le  retour  de  semblables  outrages 
est  grundement  à  redouter,  et,  en  vue  de  le  prévenir.  Sa  Majesté 
vi(Mit  (le  nommer  Saigo  Yorimili,  général  de  second  ordre,  coni- 
mandani  d'une  exp('^dition  contre  celte  île.  Il  devra,  première- 
ment, rechercher  les  gens  qui  ont  été  coupables  d'attentats  sur 
nos  sujets  et  les  obliger  à  rendre  compte  de  leur  conduite,  et 
deuxièmement,    prendre  les  mesures  qui    lui  paraîtront  néces- 

I.  77//'  Jtipnnosc  Expédition  to  Formosn  by  Edward  H.  Housc. 
Toklo,  1875,  in- 8. 

—  l.'Ut*  Formoso.  ffistoire  et  description,  par  C.  Imbault-Fiuart. 
Pari».  K.  Lcîroux,  1898,  in-4. 

—  China,  rx'^  2  (1875).  Correspondence  res peeling  ihe  Settlement 
ofthr  Dif/icitltY  hetiveen  China  and  Japan  in  regard  to  the  I&land  of 
Forrnosa.  Presented...,  1875.  Lond..  in-fol.  [G.  —  ii64  ] 

—  China,  n"  G  (1875).  Furthrr  Correspondence...  (In  (M>ntinualion 
of  «  (iliina.  M"  a  )>...)  Presenled..  ,  1875.  Lond.,  in-fol.  [C.  —  1289.] 


CO^VENflON,    3l     OCTOBRE     187^  533 

saires  pour  assurer  à  Tavenir  la  sécurité  de  la  navigation  de  nos 
concitoyens. 

Ainsi  notifié  par  les  présentes*. 

(^Signe)  :  Sanojo  Saneyochi. 
Daidjo  Daidjen. 

Le  général  Saigo  débarqua  le  29  mai  dans  la  baie  de 
Liâng-Kiao  au  Sud-Ouest  de  Formose. 

Le  débarquennent  des  troupes  japonaises  provoqua  la  plus 
grande  émotion  à  Péking  et  le  gouvernement  chinois  expédia 
immédiatement  des  troupes  dans  le  Nord  et  à  TOuest  de 
l'île  ;  ime  commission  spéciale  composée  de  Chen  Pao-tchen 
et  Pan-Weï,  commissaires  impériaux  et  Yu  Hen-lin,  tao-taï 
de  Formose,  assistés  de  MM.  Giquel  et  de  Segonzac, 
directeurs  de  Tarsenal  de  Fou-  tchéou,  fut  envoyée  auprès  du 
commandant  en  chef  des  troupes  japonaises  pour  prévenir  une 
rupture.  D'autre  part,  Okoubo  menait  les  négociations  à 
Péking  ;  grâce  aux  bons  offices  de  M.  Wade,  une  convention 
fut  signée  le  3i  octobre  iSy^i  qui  évitait  entre  les  deux 
empires  la  guerre  qui  avait  failli  éclater. 

CONVENTION,  3l  OCTOBRE  1874 

Okoubo  ^,  Haut  Commissaire  Plénipotentiaire,  Conseiller 
d*Ëtat,  et  Ministre  de  l'Intérieur,  pour  le  Japon  :  et 

Le  Prince  de  Roung,  et  les  Ministres  du  Yamen  des  Affaires 
Étrangères,  pour  la  Chine, 

Se  sont  entendus  ensemble  sur  les  Articles  suivants,  et  rédi- 
gent ici  le  présent  document  en  témoignage  de  Tarrangement 
convenu,  c'est-à-dire  : 

Comme  les  sujets  de  chaque  gouvernement  ont  droit  a  sa 
protection  contre  tout  préjudice,  chaque  gouvernement  est 
obligé  d'adopter  des  mesures   par  lesquelles    leur   sécurité   doit 

X.  Imbault-Iluart,  pp.  i34-5. 

a.  «  Okubo  (1829-1878),  d'une  ancienne  famille  do  samurai  de  Sat- 
suma.  était  l'un  des  hommes  les  plus  instruits  du  Japon.  Sa  naissance  lui 
donnait  le  droit  de  siéger  dans  les  conseils  de  son  clan  ;  ce  fut  lui  princi- 
palement qui  fit  adopter  à  Satsuma  une  politique  liostile  au  shogunat. 


534  TRAITÉ    PÉRUVIEN 

être  assurée,  et  si  quelque  trouble  arrive  aux  dépens  des  sujets 
de  quelque  gouvernement  particulier,  il  incombe  à  ce  gouverne- 
ment le  soin  d'instruire  une  enquête  et  d*agir. 

Certains  sujets  Japonais  avant  été  méchamment  massacrés  par 
les  sauvages  insoumis  de  Formosc,  le  gouvernement  du  Japon, 
regardant  ces  sauvages  comme  responsables,  envoya  une  armée 
contre  eux  pour  obtenir  satisfaction.  Un  accord  est  actuellement 
intervenu  avec  le  gouvernement  de  Chine  que  cette  armée  se 
retirerait,  et  certaines  mesures  seraient  prises;  toutes  sont  con- 
tenues dans  les  trois  articles  suivants  : 

Art.  I.  —  Les  négociations  présentes  ayant  été  entreprises  par 
le  gouvernement  du  Japon  dans  le  but  humain  d'assurer  la  sé- 
curité de  ses  propres  sujets,  le  Gouvernement  de  la  Chine  ne 
peut  pas  les  blâmer  par  conséquent. 

Art.  II.  —  Le  gouvernement  chinois  donnera  une  certaine 
somme  comme  compensation  aux  familles  des  Japonais  naufra- 
gés qui  ont  été  massacrés  (à  Formose).  Le  Gouvernement  de 
Chine  est  décidé  à  garder  pour  son  propre  usage  les  routes 
construites  et  les  bâtiments  érigés  sur  ce  sol  par  les  Japonais 
et  convient  de  faire  un  paiement  à  ce  sujet.  Les  détails  de  cet 
accord  sur  ces  points  seront  déterminés  ailleurs. 

Art.  III.  —  Toute  la  correspondance  occasionnée  par  cette 
question  entre  les  deux  Gouvernements,  sera  annulée,  et  les  dis- 
cussions terminées  pour  toujours.  Ce  sera  le  devoir  du  Gouver- 
nement Chinois  de  prendre  les  mesures  nécessaires  au  contrôle 
sérieux  des  tribus  sauvages  dans  la  région  mentionnée  pour 
assurer  pour  toujours  la  navigation  [le  long  des  côtes)  contre 
aucune  nouvelle  atrocité  de  leur  part. 

lo'î  mois,  7*  année  Mei-dji. 
ge  mois,  i3®  année  T'oung-tché. 

(^Signe)  :  Okoubo. 

ÇSigne)  :  Les  Ministres  Chinois. 

Contresigné  :        Yanagiwara, 

Ministre  plénipotentiaire  japonais. 

Bien  que  de  vieille  noblesse,  il  haïssait  le  régime  féodal.  Conseiller  de 
gouvernement  en  1868,  ministre  des  finances  en  1871,  membre  de  la 
grande  ambassade  en  1872-73,  ambassadeur  à  Pékin  en  1874.  puis 
ministre  de  IHntérieur,  Okubo  fut  assassiné  en  mai  1878  par  des  samurai 
du  clan  de  Kaga.  On  lui  fît  des  funérailles  nationales.  »  (Marquis  de  la 
Mazeliorc,  Essai  sur  l'Histoire  du  Japon.  Paris,  1899,  in-ia.  p.  371.) 


IHOTE    ADDITIONNELLE  535 


NOTE  ADDITIONNELLE  (Certificat) 

Dans  Ta  (Taire  des  sauvages  de  Formose»  se  référant  à  Tar  ran- 
gement intervenu  avec  les  deux  gouvernements  [de  Chine  et  du 
Japon]  par  le  Ministre  Anglais,  M.  Wade,  et  au  document  signé 
aujourd'hui  rappelant  l'action  qui  doit  être  prise  respectivement 
par  les  deux  parties  contractantes,  le  Gouvernement  Chinois 
donnera  une  somme  de  cent  mille  taëls  immédiatement  comme 
compensation  aux  familles  des  Japonais  naufragés  qui  ont  été 
tués.  Comme  addition  à  cela,  le  Gouvernement  Chinois  ne  man- 
quera pas  de  payer  une  somme  en  plus  de  4oo  ooo  taôls  à 
cause  de  la  dépense  occasionnée  par  la  construction  de  routes  et 
l'érection  de  bâtiments,  que  le  Gouvernement  Chinois  gardera 
pour  son  propre  usage,  quand  les  troupes  japonaises  se  seront 
retirées.  11  est  de  plus  convenu  qu'au  30"  jour  du  13"  mois  de 
la  7*  année  du  règne  Mei  dji  (style  japonais)  et  au  13°  jour  de 
la  1 1"  lune  de  la  i3*  année  du  règne  de  ï'oung  tché  (20  dé- 
cembre 1874),  le  Gouvernement  du  Japon  retirera  la  totalité  de 
ses  troupes,  et  le  Gouvernement  de  Chine  paiera  la  totalité  de 
l'argent:  aucune  des  deux  parties  ne  devant  être  en  retard  à 
répoque  fixée  maintenant  :  le  paiement  de  la  somme  garantie 
ne  sera  pas  complété  par  le  Gouvernement  Chinois  tant  qu'une 
partie  des  troupes  du  Gouvernement  du  Japon  ne  serait  pas 
retirée. 

Cet  instrument  est  rédigé  en  garantie  de  l'accord.  Il  est  fait 
en  double;  chaque  partie  en  gardera  un. 

loe  mois,  7«  année  Mei-dji. 
ge  mois,  i3«  année  T'oung-tché. 

ÇSigné)  :  Oroubo. 

ÇSigne)  :  Les  Ministres  Chinois. 

Contresigné  :  Yanagiwara. 


CHAPITRE  XXXVI 


LAFFAIBE   MARGART 


LA    BIRMANIE  * 


L'année  187/i  marque  de  terribles  complications  qui  fail- 
lirent amener  la  guerre  entre  TAngleierre  et  la  Chine.  Une 
mission  anglaise  venant  de  Birmanie  au  Yun-Nan  avec  l'au- 
torisation du  gouvernement  impérial  avait  été  attaquée  à  la 
frontière  chinoise  et  son  interprète,  Margary,  assassiné. 

Il  est  temps  de  parler  des  routes  Sud-Ouest  de  la  Chine. 
Nous  laisserons  en  ce  moment  la  roule  française  ou  du  Tong- 
King  pour  ne  nous  occuper  que  de  la  route  anglaise  ou  de 
Birmanie. 

Le  conquérant  birman  Alompra  (Alaunghprâ)  avait  réuni 
en  1 753  toute  la  partie  occidentale  de  la  péninsule  indo-chi- 
noise sous  son  sceptre,  après  avoir  soumis  les  Pégouans  dont 
il  avait  envahi  le  territoire,  et  rebâti  dans  l'estuaire  de 
rirawadi,  sur  la  rive  gauche  de  la  rivière  Hlaing,  la  ville  à 
laquelle  il  donna  le  nom  devenu  célèbre  de  Rangoun  qui 
veut  dire  fin  de  la  guerre.  Après  la  mort  d'Alompra  arrivée 
le  i5  mai  1760,  le  trône  resta  dans  sa  famille  sans  internip- 
tion  jusqu'en  1 885-86,  époque  de  la  conquête  de  ce  qui  res- 
tait de  la  Birmanie   indépendante.   La    dynastie  d' Alompra 


I.   Uisloire  abrégée  des  relations  de  la  Grande-Bretagne  avec  la 
/iirmani'c,  par  Henri  Cordicr.  Paris,  Ernest  Leroux,  1894.  br.  in  8. 


•v\-' 


PREMIÈRES    RELATIONS    ANGLAISES  537 

comprend  dix  princes  depuis  son  fondateur  :  Naungdoagyî 
(1760),  Ilsenghpyusheng  (1763),  Singgu  Meng  (1775), 
Maung  Maung,  Badoun  Meng,  Bodoahprâ  (1781),  Sagaing 
Meng  ou  Phagyîdoa  (1819),  'Tharàwadi  Meng  (1837), 
Pugân  Meng    (i846),   Mengdoun    Meng   (i853),   Thibau 

(1878).. 

La  France  avait  laissé  le  champ  libre  sur  la  côte  birmane 
à  l'Angleterre  ;  quoiqu'ils  fussent  désormais  sans  concurrents, 
les  Anglais  devaient  lutter  un  siècle  pour  amener  l'annexion 
complète  à  la  couronne  britannique  de  la  partie  occidentale 
de  rindo-Chine. 

PREMIÈRES    RELATIONS    ANGLAISES 

Malgré  une  lettre  adressée  par  Alompra  au  roi  d'Angleterre 
en  1767,  et  remise  à  un  certain  Dyer,  à  llangoun,  maigre 
un  traité  signé  la  même  année  au  mois  de  juin  par  le  lieute- 
nant Newton  ou  plutôt  renseigne  Lister,  traité  qui  n'eut 
aucune  suite,  les  Anglais  eurent  beaucoup  de  désagrément  : 
en  1769,  les  agents  de  Negraïs  se  retirèrent  et  ceux  qui 
restèrent  furent  massacrés  en  octobre  par  les  Birmans. 
L'année  suivante,  le  gouverneur  de  Madras  envoya  le  capi- 
taine Alvcs  pour  obtenir  satisfaction  de  cet  attentat  et  porter 
en  même  temps  des  présents  qui  devaient  faciliter  les  négo- 
ciations. Mais  Alompra  était  mort  dans  sa  campagne  de  Siam, 
son  fils  Naungdoagyî  assiégeait  Ava  qui  était  en  révolte  et 
Alvesdut  s'en  retourner,  maltraité,  mécontent,  sans  bagages, 
car  tout  avait  été  pillé. 

D'ailleurs  les  Birmans  continuaient  leurs  conquêtes  :  une 
nouvelle  guerre  contre  les  Siamois  en  1771  fut  suivie  d'une 
autre  en  1786  et  la  paix  qui  fut  signée  en  1793  laissa  entre 
les  mains  des  Birmans  toute  la  côte  de  Tenasserim  et  les 
ports  de  Mergui  et  de  Tavoy.  Auparavant,  ils  avaient  conquis 
en  1783  l'Arakan:  la  chose  était  assez gra\e,  car  de  TArakan, 


538  l'affaire  margart 

ils  pénétrèrent  dans  le  Chittagong  qui  appartenait  aux  An- 
glais depuis  1760,  ce  qui  motiva  Tenvoi  d'une  mission  spé- 
ciale en  Birmanie. 

Michael  Symes,  capitaine,  puis  major  au  76"  régiment 
de  Sa  Majesté  Britannique,  fut  nommé  par  Sir  John  Shore, 
gouverneur  général  des  Indes,  agent  plénipotentiaire  pour, 
d'une  part  traiter  avec  le  roi  d'Ava,  alors  Badoun-Meng, 
fils  d'Alompra,  fondateur  d'Amarapoura,  de  Tautre  se  rendre 
compte  de  la  situation  des  sujets  anglais  dans  les  contrées 
qu'il  devait  visiter.  Il  s'embarqua  le  21  février  1795,  à  Cal- 
cutta, à  bord  du  Sea-Horse,  croiseur  armé  appartenant  à 
TEast-India  Company,  commandé  par  le  capitaine  Thomas, 
secondé  par  un  secrétaire,  Wood,  et  un  chirurgien,  le  doc- 
teur Buchanan.  Une  escorte  de  quatorze  cipayes,  avec  un 
sergent  et  un  caporal  indigènes,  un  Pandit  et  quelques  su- 
balternes composaient  une  mission  de  plus  de  soixante-dix 
personnes.  Sans  entrer  dans  le  détail  de  la  mission  de 
Symes,  dont  le  récit  est  extrêmement  intéressant,  nous  pou- 
vons dire  que  Tenvoyé  anglais,  reçu  avec  une  politesse  plus 
ou  moins  sincère,  signa  ou  crut  signer,  avec  le  roi  d'Ava, 
un  traité  en  septembre  1796,  qui  devait  procurer  à  la  Com- 
pagnie des  Indes  plusieurs  avantages  commerciaux. 

Cependant  le  gouverneur  général.  Sir  John  Sliore,  ne  vou- 
lant pas  perdre  les  avantages  du  voyage  de  Symes,  s'em- 
pressa en  1796,  d'envoyer  comme  résident  à  Rangoun,  le 
capitaine  Hiram  Cox,  de  l'infanterie  indigène  du  Bengale. 
Cox  était  arrivé  à  Rangoun  le  8  octobre  1796,  et  fut  bien 
reçu  par  le  roi  Badoun-Meng  au  mois  de  février  1797-  L<* 
voyage  de  Cox  est  curieux,  et  comme  il  le  dit  lui-même 
dans  son  récit,  il  ct^it  resté  absent  onze  mois  moins  quatre 
jours  en  se  rendant  de  Rangoun  à  Amarapoura.  En  1798,  le 
comte  de  Mornington  (marquis  de  Wellesley),  avait  rem- 
placé Sir  John  Shore,  comme  gouverneur  général  des 
Indes:  Cox,  revenu  de  Rangoun,  fut  chargé  d'une  seconde 


PREMIÈRES    RELATIONS    ANGLAISES  ÔSq 

mission  par  le  nouveau  gouverneur  général:  il  devait  se 
rendre  à  Chitlagong  pour  secourir  les  nombreux  réfugiés 
chassés  de  TArakan  par  la  tyrannie  des  Birmans.  Cox 
mourut  à  trente-neuf  ans,  à  la  suite  des  fatigues  de  cette  se- 
conde mission. 

D'année  en  année,  les  difficultés  continuent  avec  le  gou- 
vernement birman,  Wellesley  envoie  Symes,  devenu  colonel, 
une  seconde  fois  en  1802  à  la  cour  de  Badoun-Meng. 
Malgré  une  escorte  de  cent  cipayes,  la  mission  du  colonel 
Symes  échoua  piteusement  el  il  est  probable  que  c'est  la 
raison  pour  laquelle  on  n'en  a  pas  écrit  la  relation.  Les 
guerres  des  Anglais  avec  la  France  et  surtout  leurs  inquié- 
tudes en  Asie,  les  entraînèrent  à  des  démarches  qui  dans 
celte  période,  n'obtinrent  aucun  succès  tant  en  Chine  qu'en 
Birmanie.  En  1802  et  en  1808,  les  Chinois  les  empêchèrent 
de  débarquer  à  Macao  ;  en  mai  i8o5  et  en  1809,  Canning, 
lieutenant,  puis  capitaine,  agent  à  Rangoun,  fut  obligé  la 
première  fois  de  quitter  son  poste  six  mois  après  son  arrivée,  " 
la  seconde,  il  fut  reçu  à  Amarapoura,  ce  qui  ne  l'empêcha 
pas  d'être  chargé  pour  le  gouverneur  général  des  Indes  de 
deux  lettres  fort  impertinentes. 

Mais  ce  sont  les  diflicullés  avec  l'Arakan,  difficultés  com- 
mencées en  181 1 ,  qui  déterminèrent  un  conflit  direct  entre  la 
Birmanie  et  rAngleterre.  Le  gouvernement  du  comte  de 
Minto  (i  807-1 81 3)  avait  été  marqué  par  des  ambassades  en 
Perse  et  dans  l'Afghanistan  ;  celui  de  son  successeur,  le  mar- 
quis de.  Hastings,  le  fut  par  la  conquête  du  Ncpaul  (i8i4- 
i8i5)  et  par  la  dernière  guerre  des  Mahratles(i8ï7-i8i8). 
La  fin  des  guerres  de  l'Empire  avait  permis  à  l'Angleterre 
de  reprendre  sa  politique  indienne.  Elle  envoya  en  1816  une 
ambassade  à  Péking  dirigée  par  William  Pitt,  lord  Amhersl. 
Cette  ambassade  échoua  entièrement,  mais  Amherst  eut 
sa  revanche,  car  ce  fut  lui  qui  remplaça  Ilaslings  comme 
gouverneur  général  des  Indes  (1823-1828),  et  ce  fut  lui  qui 


54o  l'affaire  mahgary 

eut  la  chance  de  faire  la  première  guerre  birmane.  Lord 
Amherst  qui  mourut  le  i8  mars  1867,  fut,  à  la  suite  de 
cette  expédition  heureuse  que  nous  allons  raconter,  crée* 
comte  Amherst  de  Arakan  :  c'est  un  précédent  pour  le  lilre 
de  marquis  de  Dufferin  et  A  va. 


PREMIÈRE    GUERRE    BIRMANE,     iSs^ 

L'attaque  du  gouverneur  birman  d'Arakan,  sur  la  fron- 
tière sud-est  du  Bengale,  amena  Tinlervention  anglaise.  Au 
commencement  de  182/i,  il  fut  décidé  qu'une  armée  de  5  à 
6  000  hommes,  tirés  des  présidences  de  Fort- William  (Ben- 
gale) et  de  Fort  Saint-George  (Madras)  se  réuniraient  à 
Port  Cornwallis  dans  la  grande  Andaman,  sous  les  ordres 
du  major  général  Sir  Archibald  Campbell,  pour  s'emparer 
de  Rangoun,  la  ville  la  plus  importante  de  Fesluaire  do 
rirawadi,  dans  l'ancien  royaume  de  Pégou.  La  guerre  fut 
déclarée  le  5  mai  1824.  Du  2  au  [\  mai,  la  plus  grosse 
partie  des  troupes  de  l'expédition  était  réunie  à  Port  Corn- 
wallis, et  le  10  mai,  sans  que  la  cour  d'Ava  s'y  attendit,  la 
flotte  anglaise,  à  la  tête  de  laquelle  marchait  le  Lilf},  Com- 
modore Grant,  franchissait  la  barre  de  la  rivière  de  Rangoun. 
Rien  ne  pouvait  empêcher  l'occupation  de  la  \ille,  qui  eut 
lieu  le  II  mai. 

Naturellement,  les  Birmans  s'étaient  donné  beaucoup  de 
mal  pour  rassembler  toutes  leurs  forces  militaires,  et  leur 
premier  contact  avec  leurs  adversaires  eut  lieu  le  28  mai.  Deux 
envoyés  birmans  arrivèrent  à  Rangoun,  mais  ne  purent  s'en 
tendre  avec  les  Anglais,  aussi  après  une  attaque  des  Birmans 
le  i^^T  juillet,  leurs  ennemis  s'emparèrent-ils  le  8,  du  fort 
de  Kameroot. 

Au  lieu  de  rester  stationnaircs,  les  Anglais  envoyèrent  vers 
le  Sud  un  petit  corps  composé  du  89^  régiment  de  Sa  Ma- 


PREMIÈRE  GUERRE  BIRMANE,  18^4  5^1 1 

jesté  et  du  7''  régiment  d'infanterie  indigène  de  Madras,  sous 
les  ordres  du  lieutenant-colonel  Miles  :  Tavoy  capitula  el 
Mergui  fut  emporté  d'assaut. 

Pendant  trois  mois,  les  Birmans  étaient  défaits.  Mahâ 
Bandoula,  qui  commandait  dans  TArakan,  fut  rappelé  avec 
son  contingent.  Les  voisins  des  Birmans,  les  Siamois,  sui- 
>aient  d'un  œil  intéressé  les  opérations  anglaises;  c'était  pour 
eux  une  excellente  occasion  de  reconquérir  le  Tenasserim. 
Sans  compter  sur  le  succès  des  Anglais,  ils  espéraient,  à  la 
faveur  des  difficultés  que  rencontreraient  les  Birmans, 
pouvoir  reprendre  possession  de  leur  territoire  perdu. 
Aussi  s'agitaient-ils,  tout  en  assurant  les  Anglais  de  leur 
bonne  volonté. 

Les  Anglais  ne  furent  pas  dupes  de  ces  protestations  ;  pour 
couper  court  aux  projets  futurs  des  Siamois,  ils  envoyèrent 
de  Kangoun,  le  i3  octobre,  pour  Martaban,  sous  les  ordres 
du  lieutenant-colonel  Godwin,  une  troupe  composée  d'une 
partie  du  4i*'  régiment  de  la  Reine  et  du  3"  régiment  d'in- 
fanterie légère  indigène  de  Madras.  Malgré  des  vents  con- 
traires, et  la  résistance  du  gouverneur  M aha  Oudnah,  Yeh, 
qui  est  à  TEst  de  Martaban  et  de  Tavoy,  tomba  entre  leurs 
mains.  Cependant  la  saison  des  pluies  avait  cessé  :  Mahà 
Bandoula  s'avançait  avec  toute  son  armée  contre  Rangoun, 
et  du  i**""  au  7  décembre,  une  lutte  terrible  s'engagea,  qui 
amena  le  i5  l'attaque  du  fort  de  Kokien  et  la  retraite  des 
troupes  de  Bandoula  à  Donoobew. 

L'expédition,  organisée  à  nouveau  pour  faire  campagne, 
remonta  à  Tonghoo  et  établit  ses  quartiers  d'hiver  sur  l'Ira- 
wadi,  à  Prome.  A  la  suite  de  négociations  restées  infruc- 
tueuses, la  campagne  reprit  ;  l'attaque  des  Birmans  dont 
l'armée  était  composée  de  trois  divisions,  fut  repoussée  de- 
vant cette  ville  le  10  novembre  ;  ils  furent  obligés  de  se 
retirer  à  Mellonne.  Le  29  décembre,  les  Anglais  arrivaient  sur 
rirawadi,  en  face  de   Mellone,  et  un  traité  de  paix  prélimi- 


54  a  l'affaire   IIARGARY 

naire  était  signé.  Le  roi  refusa  de  le  ratifier,  et  le  feu  recom- 
mença. Le  i8  janvier,  les  Birmans  étaient  repoussés  de 
Mellonne,  et  le  20,  les  Anglais  continuaient  leur  route  sur 
la  capitale,  A  va. 

Une  dernière  défaite  h  Prahangniou  força  le  roi  d'Ava,  à 
envoyer  h  Yandabou,  à  une  quinzaine  de  lieues  de  la  capi- 
tale, de  nouveaux  plénipotentiaires.  Ils  étaient  accompagnés 
d'Adoniram  Judson  *,  missionnaire  américain,  et  de  sa  femme, 
d'un  négociant  anglais  Gouger,  et  de  quelques  autres  qui 
avaient  été  faits  prisonniers  pendant  la  guerre. 

TRAITÉ  DE  YANDABOU,  2^  FÉVRIER  1826 

Le  traité  de  Yandabou  se  compose  de  onze  articles  ;  il  fut 
signé  le  24  février  1826  au  nom  de  Thonourable  East-Inditi 
(]ompany,  par  le  Major  General  Sir  Arcliibald  Campbell, 
K.  G.  B.,  and  K.  G.  ï.  S.,  commandant  Texpédition,  prin 
cipal  commissaire  au  Pégou  et  a  Ava  ;  Thomas  Campbell 
Hobertson,  commissaire  civil  au  Pégou  et  à  Ava,  et  Henr> 
Ducie  Gliads,  capitaine  commandant  les  forces  navales  de 
Sa  Majesté  Britannique  et  de  THonourable  Company  sur  la 
rivière  de  Tlrauadi;  au  nom  du  roi  d'A>a,  par  Mengyce 
Maha  Men-lilah  kyan-ten  Wongyee,  seigneur  de  Lay-Kaing, 
et  Mcngyee  Maha-men-hlah-thu-hah  thoo  Atwen-Avoon,  l'un 
des  ministres  de  Tintérieur  chargé  des  finances.  Il  se  com 
pose  de  onze  articles,  dont  les  principales  clauses  sont  la 
cession  à  la  Grande-Bretagne  de  TAssam,  de  TArakan,  de 
Yeh,  do  Tavoy,  Mergui,  Tenasserim,  avec  les  îles  qui  en  dé- 
|>ondent  ;  les  Birmans  devaient  s'abstenir  de  toute  ingérence 
dans  le  Manipour,  le  Kachâr,  le  Jyntia  ;  la  clause  10  concerne 
le  roi  de  Siam  qui  comme  allié  fidèle  de   TAnglelerre,  est 

I.   Né  à  Maltlcn.   Massachiisselts,   9  août  1788;   mort   la  avril  i85o 
en  mer,  faisant  roule  pour  l'Ile  de  France. 


DIFFICULTÉS 


543 


considéré  partie  au  présent  traité.  Un  article  additionnel 
marque  qu^après  exécution  du  traité  et  le  paiement  de  25  lakli 
de  roupies,  c'est-à-dire  un  quart  de  l'indemnité  totale,  les 
troupes  anglaises  se  retireraient  à  Rangoun  ;  le  paiement  du 
second  quart  de  l'indemnité  devait  amener  le  retrait  de  toutes 
les  troupes  britanniques  ;  enfin,  la  dernière  moitié  devait  être 
payée  en  deux  versements  annuels  à  partir  de  la  date  du  traité. 
Gomme  on  le  voit,  le  traité  de  Yandabou  isolait  complète- 
ment la  Birmanie  du  Nord-Est  de  Tlnde  et  de  Tembouchure 
de  la  Salouen  ;  la  côte  occidentale  de  l'Indo-Chine,  c'est-à- 
dire  TArakan,  leur  étant  également  enlevée,  les  rois  d'Ava 
restaient  établis  sur  les  deux  rives  de  l'Iraw^adi,  ils  pouvaient 
étendre  leur  influence,  discutée  d'ailleurs,  sur  les  principautés 
de  la  haute  Salouen  et  de  la  rive  droite  du  Me-Kong  ;  leur 
seul  littoral  était  celui  de  l'ancien  royaume  de  Pégou,  c'est- 
à-dire  l'estuaire  de  l'Irawadi  avec  Rangoun,  dont  la  conquête 
lors  de  la  seconde  guerre  anglaise,  devait  priver  la  Birmanie 
de  toute  communication  directe  avec  la  mer. 


DIFFICULTES 


John  Crawfurd  écrit  lui-même  à  la  date  du  i*""  septembre 
1826  qu'il  était  depuis  six  mois  commissaire  civil  du  gou- 
vernement britannique  à  Rangoun  lorsqu'il  reçut  l'ordre  de 
se  rendre  en  mission  spéciale  à  Ava.  Il  devait  être  accompa- 
gné comme  second  par  le  lieutenant  Chester  ;  d'un  médecin, 
le  D*"  Steward,  d'une  escorte  commandée  par  le  lieutenant 
Cox  ;  du  lieutenant  de  Montmorency  et  enfin  d'un  interprète, 
le  missionnaire  américain  Judson.  En  outre,  un  naturaliste, 
le  D^  Wallich,  directeur  du  Jardin  Botanique  de  Calcutta, 
devait  étudier  les  essences  forestières  de  la  Salouen  et  de 
rirawadi.  Un  petit  vapeur  Vlndiana^  accompagné  de  cinq 
bâtiments  birmans,  devait  porter  les  membres  de  la  mission, 


5V»  l'affaire  margary 

vingt-huit  grenadiers  anglais  et  quinze  cipayes.  Le  secrétaire 
du  gouvernement  des  Indes,  George  Swinton,  avait  adressé  à 
Crawfurd  de  Fort  William,  à  la  date  du  3o  juin  1826,  les 
instructions  relatives  à  sa  mission,  qui  avait  en  réalité  pour 
but  de  conclure  un  traité  de  commerce  avec  la  cour  d'Ava 
et  d'adoucir  certaines  questions  irritantes,  par  exemple,  celles 
de  la  frontière  orientale  de  TAssam,  de  rétablissement  d'un 
fonctionnaire  anglais  principal  à  Rangoun,  des  affaires  du 
Manipour,  de  l'acquisition  de  l'île  de  Negrais  à  l'entrée  de  la 
rivière  de  Bassein,  de  la  frontière  de  Martaban,  etc.  Dans 
une  lettre  officielle  adressée  au  même  secrétaire,  de  Saugor, 
le  22  février  1827,  Crawfurd  écrivait  qu'il  avait  conclu  avec 
le  gouvernement  birman  un  traite  de  commerce  le  23  no- 
vembre précédent.  Le  roi  d'Aya  était  le  même  Sagaing  Meng 
ou  Pliagyidoa  qui  avait  signé  le  traité  de  Yandabou.  La 
})romesse  faite  par  ce  traité  commercial,  que  les  négociants 
anglais  de  Rangoun  ne  pourraient  être  l'objet  de  mesures 
spéciales,  fiscales  ou  tyranniques,  ne  fut  pas  plus  observée 
en  Birmanie  qu'en  Chine  avant  le  traité  de  Nanking  de  1842. 

Dans  l'Extrême-Orienl,  la  force  seule  a  fait  obtenir  et 

observer  les  traités.  Un  commissaire  anglais,  le  Major  Burney, 
s'était  installé  à  la  cour  d' A  va  "en  i83o  ;  sept  ans  plus  tard, 
le  roi  Sagaing-Meng  fut,  après  dix-huit  années  de  règne, 
détrôné  en  mai  1837  par  son  frère  Tharâwadi-Meng.  Ava  ou 
Awâ,  en  pâli  Ratanapoura  ou  ville  des  pierres  précieuses, 
avait  été  fondée  en  i364  sur  Tlrawadi,  près  de  l'embouchure 
do  la  Mytnge,  par  Thado-menge-bya.  La  chute  de  Sagaing 
Meng  fit  transférer  la  capitale  en  i838  à  Amarapoura.  Ama- 
rapoura  était  d'origine  plus  récente  ;  elle  avait  été  bâtie  sur 
la  rive  gauche  de  l'Irawadi,  à  environ  une  lieue  et  demie  au 
N.-E.  d'Ava  par  Badoun-Meng  (Bodoahprâ),  lils  d'Alompra, 
le  sixième  roi  de  la  dynastie  fondée  par  ce  conquérant.  Ce 
prince  occupa  le  palais  de  la  nouvelle  ville  le  10  mai  1783. 
Depuis  i838  jusqu'en  18G0,  époque  du  transfert  du  gouver- 


M^    LEOD    ET    RICHARDSON 


545 


nement  à  Mandalay,  par  Mengdoun-Meng,  Amarapoura  resta 
la  capitale  birmane. 

Le  Major  Henry  Burney  qui  s'était  installé  ainsi  que  nous 
Pavons  dit  plus  haut,  comme  résident  anglais  à  Ava  en 
avril  i83o,  fut,  après  un  séjour  extrêmement  pénible,  obligé, 
grâce  à  la  révolution  de  iSSy,  de  se  retirer  à  Rangoun, 
puis  à  Calcutta  et  enfin  en  Angleterre.  En  i838,  Lord 
Auckland  envoya  le  colonel  Banson,  comme  nouveau  rési- 
dent à  la  cour  d'A\a,  mais  il  échoua  comme  son  prédécesseur 
et  repartit  en  mars  iSSg  pour  le  Bengale.  Son  second,  le 
capitaine  Mac-Leod  se  retirai  Rangoun,  où  il  resta  jusqu'en 
janvier  i84o,  époque  à  laquelle  les* Anglais  se  retirèrent  de 
cette  ville  pour  n'y  reparaître  qu'à  la  guerre  de  i852. 


M'    LEOD    ET    RIGHARDSO?ï 


Le  i3  décembre  i836,  le  cap.  W.  C.  M*"  Leod,  assistant 
du  commissaire  de  la  province  de  Tenasserini,  E.  A.  Blun- 
dell,  quittait  Maulmein  et  se  rendait  h  Zimmé,  ou  Xieng- 
Mai,  sur  la  rive  droite  du  Me-ping,  où  il  arriva  le  23  janvier. 
Ce  petit  royaume  c/inn,  protégé  du  Siam,  s'étendait  du  Me 
Kong  à  la  Salouen  ;  au  Nord,  il  était  limité  par  les  territoires 
(le  Kiang  [Xieng]  Tsen  et  de  Kiang  [Xieng]  Toung  ;  au  Sud, 
par  les  territoires  de  Muang  Kam  peng,  appartenant  au  Siam  ; 
de  Zimmé,  W  Leod  repartit  (29  janvier  iSSy)  pour  Kiang 
Toung  nominalement  tributaire  des  Birmans,  pour  lesquels 
les  habitants  ne  paraissaient  pas  avoir  beaucoup  d'affection. 
Arrivé  le  20  février,  il  en  repartit  le  i****  mars  pour  Kiang 
[Xieng]  Iloung,  sur  le  Me-Kong,  où  il  parvint  le  9,  et  où  les 
t3irmans  lui  donnèrent  l'ordre  de  revenir  sur  ses  pas.  Il  quitta 
Kiang  Houng  le  26  mars,  repassant  à  Kiang  ïoung  le  3ï  ,  et 
Zimmé  le  ï8  avril  :    il  était  enfin  de  retour  à  Maulmein  le 


27  mai. 


\->î 


CoKDtER. 


I.  —  35 


À 


? 


546  l'affaire  MARCART 

Le  D'  Richardson  dans  un  quatrième  voyage,  suite  d  a> 
péditions  faites  en  i83o,  i834  et  i835,  dans  Fintérieurde 
Tenasserim  au  pays  des  Karens  Rouges,  ne  parait  pas  avoir 
eu  une  idée  aussi  favorable  du  pays  que  M**  Leod.  Il  quitla 
Maulmein  le  même  jour  que  M*^  Leod,  arriva  à  Moné,  \ille 
birmane  des  Etats  Chans,  et  enfin  parvint  à  Ava  le  28  mai, 
qu'il  quitta  le  17  juin  iSSy.  Je  ne  vois  pas  trace  dans  le 
journal  de  M*'  Leod  de  traité  qu'il  aurait  conclu  avec  un  des 
chefs  du  Laos  birman  ;  tout  au  contraire,  le  premier  fonc- 
tionnaire de  Zimmé  refusa  d'accéder  à  la  demande  de  ^fLeod, 
qui  demandait  pour  les  commerçants  le  passage  libre  de 
Zimmé  à  kiang  Toung.Il  déclara  même  que  le  roi  de  Siam 
avait  interdit  toute  communication  entre  les  deux  États,  car, 
quoique  le  Kiang  Toung  ne  fût  pas  birman,  il  était  soumis 
à  Ava,  et  que  la  haine  entre  les  Siamois  et  les  Birmans  ne 
serait  jamais  éteinte.  Somme  toute,  le  résultat  de  M**  Leod, 
fut  de  montrer  que  Tunique  route  praticable  pour  les  Chinois 
désireux' de  faire  le  commerce  avec  Maulmein  était  par  la 
voie  de  Kiang  Toung  et  de  Zimmé,  mais  qu'elle  était  fermée 
par  la  jalousie  des  cours  de  Bangkok  et  d'Ava*. 

SECONDE    GLERRE    BIRMANE,     l852 

Des  difficultés  de  toute  sorte,  soulevées  par  le  gouverne- 
ment birman,  des  entraves  mises  au  commerce  britannique, 
les  mauvais  traitements  subis  par  les  marchands  anglais, 
amenèrent  le  gouvernement  des  Indes  à  écrire  une  lettre  de 
remontrances  à  la  cour  d'Ava  pour  obtenir  satisfaction.  La 
guerre  n'en  éclata  pas  moins  ;  les  Birmans  ouvrirent  le  feu  à 
Hangoun,  le  10  janvier  i852  ;  un  vigoureux  combat,  à  l'entrée 
de  rirawadi,  le  12  et  le  i4  avril   i852,  amena  la  prise  de 

I.  Easl-India  filf''  Leod  and  Richardson\^  Journers),  Ordered  by 
fhe  Ilouse  of  Comnions,  to  be  P/'inted,  10  August  1869  [42o].  In-fol., 
pp.  i47- 


/ 

i 


SECONDE    GUERRE    BIRMANE,     l852  547 

Rangoun;  le  19  mai  suivant,  Bassein  tombait  également  au 
pouvoir  des  Anglais.   En  juin  i852,  une  première  attaque 
eut  lieu  sous  les  ordres  du  Major  Gotton  et  du  Commandant 
Tarleton,  contre  la  ville  de  Pégou,  enfin  le  20  décembre  i852, 
Lord  Dalhousie  lançait  une  proclamation  par  laquelle  il  dé- 
clarait le  royaume  de  Pégou  annexé  aux  autres  possessions 
anglaises.  Ce  qui  de  la  Birmanie  restait  indépendant  était 
complètement  isolé  du  reste  du  monde.  Sur  ces  entrefaites, 
le  roi  Pugan-Meng,  qui   régnait  depuis   i846,  était  détrôné 
à  Amarapoura  par  son  demi-frère  M engdoun-Meng,  en  février 
i853.  Dalhousie  eut  la  sagesse  de  ne  pas  vouloir  imposer  un 
traité  à  ce  nouveau  prince  (jue  ses  sujets  auraient  certaine- 
ment chassé  s'il  avait  reconnu  la  nouvelle  conquête  anglaise. 
L'occupation  du  Pégou  et  sa  prise  de  possession  ipso  facto 
est  un  des  précédents  en  Asie  qu'on  aurait  pu  faire  valoir 
dans  des  circonstances  plus  récentes,  lorsqu'on  montrait  une 
Irop  grande  hâte  pour  signer  des  traités.  Il  ne  faut  pas  ou- 
blier qu'en  Asie,  les  Occidentaux  n'y  sont  que  par  la  force  du 
canon  ;  il  faut  prendre  d'abord,  traiter  ensuite  ;  si  c'est  im- 
possible, ne  pas  traiter,  mais  continuer  l'occupation.  Je  ne 
défends  pas  la  théorie,  mais  la  pratique.  On  ne  fait  pas  un 
empire  colonial  comme  celui  de  l'Angleterre  avec  de  la  théo- 
rie, mais  avec  beaucoup  de  pratique. 

Mengdoun  abandonna  Amarapoura  définitivement  en  1860, 
[>our  transférer  la  capitale  à  Mandalay  qu'il  avait  fait  cons- 
truire. Ce  prince  s'aperçut  de  quelle  grande  importance  était 
pour  lui  le  maintien  de  bonnes  relations  avec  les  conquérants 
étrangers  de  l'Inde.  Il  comprit  qu'il  n'y  avait  rien  à  faire 
contre  le  fait  acquis  et  les  Anglais  se  rendirent  compte 
qu'exiger  la  signature  d'un  traité  pouvait  amener  des  compli- 
cations graves,  un  soulèvement  populaire,  peut-être  une 
guerre  nationale  comme  celle  d'Alompra  :  ils  tenaient  le 
.  gage,  il  leur  suffisait,  et  un  gouverneur  de  Pégou  fut  nommé, 
le  Major  Arthur  Phayre. 


; 
? 


5^8  L* AFFAIRE    MARGARY 

Montrant  sa  faiblesse  en  même  temps  que  sa  bonne  volonté, 
au  commencement  de  i855,  Mengdoun-Meng  envoya  une 
mission  particulière  à  Lord  Dalliousie,  pour  présenter  ses 
compliments  au  gouverneur  général  des  Indes.  Aussi,  dès  le 
i''  août  i855,  une  ambassade  spéciale  quittait-elle  Rangoun 
pour  rendre  au  roi  d'Ava  la  politesse  qu'il  avait  faite  à  Lord 
Dalliousie.  Le  chef  de  la  mission  était  Sir  Arthur  Phayre,  le 
secrétaire  qui  en  fut  aussi  Thistorien,  Henry  Yule,  alors 
capitaine. 

RICHARD  SPRTE 

La  prise  de  possession  du  royaume  de  Pégou  et  de  Tem- 
bouchure  d'un  grand  fleuve  comme  Tlrawadi  devait  néces- 
sairement amener  les  Anglais  à  chercher  des  débouchés 
commerciaux  vers  les  provinces  sud-ouest  de  la  Cliine,  et  en 
particulier  vers  le  Yun-Nan.  Ce  fut  le  capitaine  Richard 
Sprye,  oflicier  en  retraite  de  l'armée  de  Madras,  qui  émit  le 
premier  l'idée,  en  i858,  d'une  ligne  de  chemin  de  fer  qui  se 
rendrait  de  Rangoun  au  Yun-Nan  avec  des  embranchements 
sur  le  Siam,  le  Cambodge,  le  Tong-King  et  l'Annam.  En 
juillet  1860,  la  Chambre  de  Commerce  de  Manchester  s'était 
adressée  au  vicomte  Palmerslon  pour  demander  qu'on  obtienne 
du  roi  de  Birmanie  Taulorisation  de  passer  à  travers  ses  Ktats 
pour  se  rendre  en  Chine,  de  façon  à  créer  une  roule  commer- 
ciale directe  de  Rangoun  à  l'empire  du  Milieu.  Le  capitaine 
Sprye  avait  suggéré  trois  projets  distincts  de  chemin  de  fer 
qui  sont  analysés  de  la  manière  suivante  dans  le  mémoran- 
dum du  capitaine  J.  M.  \Mlliams,  de  l'armée  indienne*  : 

a  1°  Sa  route  enlièrornenl  do  terre,  approuvée  maintenant, 
a  commencer   à  Rangoun,   et  telle  qu'elle  est  indiquée  par  un 

I.  Hrin^oon  and  Western  China.  —  Copy  of  Afemorandum  hy  Cap- 
lain  >Mlliams,  Inspectai'  of  Public  Works,  Rangoon  Disnsion^  British 


UICII\RD    SPHYK  5/19 

trait  rouge  dans  la  carte  annexée,  suivre  un  cours  aussi  droit 
que  praticable  à  travers  la  frontière  nord-est  de  la  Birmanie 
anglaise,  à  Kiang  Toung,  et  de  là  à  Kiang  Houng  sur  le  Mei- 
kong  ou  haut  fleuve  Cambodge  ; 

2**  Une  route  de  terre  et  fluviale,  parlant  par  la  rivière  de 
Rangoun,  et  poursuivant  alors  à  Magwé,  sur  la  rive  gauche  de 
rirrawadi,  dans  la  Birmanie  propre  ;  le  chemin  de  fer  devra 
commencer  là,  et  prenant  une  direction  nord-est,  comme  il  est 
indiqué  par  la  ligne  verte,  marquée  A.  sur  la  carte  annexée,  à 
travers  Yemethen  et  Myoung  Yuwé,  pour  couper  le  bac  de  Ta- 
Lou  sur  la  Salouen,  et  ensuite  suivre  la  première  route  A  l'est  à 
Riang  Toung  et  Riang-ïloung  ; 

3"  Une  autre  route  combinée  de  terre  et  d*eau  de  Rangoun, 
par  la  rivière  Irrawadi  à  Mandalay  et  de  là  par  chemin  de  fer, 
voir  la  ligne  verte  marquée  B,  à  travers  Bamo  à  Ta-li  fou,  au 
nord-ouest  de  la  province  chinoise  de  Yim-Nan. 

On  peut  voir  que  la  première  route  embrasse  un  chemin  de 
fer  continu  de  Rangoun  à  Kiang-IIoung,  sur  le  Meikong  ou 
rivière  du  Cambodge,  où  il  sort  de  la  frontière  sud-ouest  de  la 
Chine,  et  où  l'actuel  Major-Général  Me  Leod,  en  1837,  rapporta 
cjue  ce  torrent  (nommé  Lan-tsang  Kiang  en  deçà  de  la  fronlière 
cliinoise)  est  dans  la  saison  sèche  large  de  34o  pieds  et  dépas- 
sant la  profondeur  de  16  pieds,  et  pendant  les  crues  large  de 
I  600  et  profond  de  60  pieds.  Ce  fleuve,  après  un  cours  méri- 
dional d'à  peu  près  i  aoo  milles  depuis  kiang- Houng,  à  travers 
les  États  du  Laos  et  le  royaume  récemment  restauré  du  Cam- 
bodge, se  jette  dans  l'Océan  dans  la  Cochinchine  française. 

La  distance,  en  ligne  droite,  entre  Rangoun  et  Kiang  Houng, 
est  sm-  les  caries  d'environ  480  milles  ;  la  première  et  la  plus 
importante  moitié  de  laquelle  ayant  son  terminus  sur  le  bord 


Burmah,  upon  liaiUvay  Communication  between  Hani^oon  nnd 
IVeslcrn  China,  wilh  Map  relaling thereto.  Orciered...,  i5junei865, 
373.  in- fol. 

—  China,  n"  5  (i864).  Momorials,  etc., on  the  subject  of  opening 
iip  a  direct  Commerce  tvith  the  M^est  of  China  from  the  Port  of 
Rangoon.  Presenied...,  186'».  Lond.,  in-fol.  [33i5]. 

—  China,  n'*  a  (i865).  Correspondence  respecting  direct  com- 
merce iK'ith  the  west  of  China  from  Rangoon.  Presented  to  the 
House  of  Lords  by  Command  of  lier  Majesty,  i865.   London,  in-fol. 

(3579]. 


55o  l'affaire  margart 

de  ]a  mer,  est  sur  territoire  britannique,  et  les  autres  portions 
principalement  dans  les  deux  ÈUtis  très  amis  Birman  Chan  de 
Kiang-Toung  et  de  Riang-lloung. 

La  seconde  route  implique  une  navigation  fluviale  de  Ran- 
goun  à  Magwé,  dans  la  Birmanie  propre  au  ao®5'  de  lai.  N. 
et  95**  long.  Est,  h  l\6o  milles  environ  par  eau  de  Rangoun,  et 
60  milles  au  delà  de  la  frontière  anglaise  ;  et  la  construction 
d'un  chemin  de  fer  à  partir  de  ce  point,  entièrement  sur  terri- 
toire birman,  à  travers  Yemethen  et  Myoung  Yuwé  au  bac  de 
Takou,  sur  la  Saloucn,  une  distance  directe  d'environ  aao  milles 
sur  la  carte,  pour  suivre,  de  Takou,  à  l'est,  la  route  de  la  pre- 
mière ligne  de  190  milles,  par  Kiang-Toung  à  Kiang-Houng  ; 
faisant  en  tout,  environ  460  milles  de  transport  par  eau,  et 
460  milles,  par  voie  ferrée  directe,  faisant  une  distance  totale 
de  870  milles. 

La  troisième  route  implique  la  navigation  fluviale  la  plus 
longue  d'environ  676  milles,  de  Rangoun  à  Mandalay,  la  capi- 
tale birmane  ;  avec  un  chemin  de  fer  de  là,  aussi  enlièremenl 
dans  la  Birmanie  propre,  à  Bamo,  à  160  milles  au  Nord  direct 
de  Mandalay,  pour  être  continué  au  Nord-Est  à  aao  milles  plus 
loin  à  travers  la  chaîne  de  la  Montagne  Noire,  à  la  ville  chinoise 
de  Ta-li  fou,  dans  le  Nord-Est  du  Yun-Nan  ;  en  tout,  une  dis- 
tance de  675  milles  par  eau  et  38o  par  voie  ferrée,  faisant  un 
total  de  I  o55  milles  * .  » 

Le  capitaine  Williams  concluait,  comme  ingénieur  de  la 
division  de  Rangoun,  que  la  route  directe  de  terre,  suggérée 
par  le  capitaine  Spryc,  de  Rangoun  à  Kiang  Houng  sur  le 
Me  Kong  via  le  bac  de  Ta-Kou  paraissait  pratique*.  De 
nombreux  livres  parlementaires  montrent  le  vif  intérêt  que 
l'Angleterre  prenait  à  la  question. 


MISSION   SLADEN,    1868 

La  nouvelle  de  Texploralion  du  Me  Kong  par  les  Français 

1.  Mémorandum t  by  Cap.  J.  M.  Williams,  p.  3. 

2.  Ih.,  p.  31. 


MISSION    SLADEN,     1868  55 1 

allait  stimuler  le  zèle  des  Anglais.  Le  25  octobre  1867,  un 
traité  de  commerce  fut  signé  entre  la  Birmanie  et  l'Angle- 
terre et,  dès  Tannée  suivante,  une  exploration  organisée  sous 
les  ordres  du  major  E.-B.  Sladen,  agent  politique  à  Mandalay  * . 
Le  principal  objet  de  la  mission  était  de  découvrir  la  cause  de 
l'arrêt  du  commerce  existant  jadis  par  les  trois  routes  qui, 
partant  de  Bhamo  sur  Tlrawadi,  se  réunissent  à  Nan-tien 
pour  former  la  grande  voie  à  Momein  et  à  Tali,  et  quel  était 
le  pays  occupé  par  les  Kakhyens,  les  Chans  et  les  Panthays 
(musulmans).  Sladen  était  accompagné  du  docteur  John 
Anderson,  du  capitaine  A.  Bowers,  de  MM.  T.  Stevvart  et 
F.  N.  Burn,  agents  commerciaux,  d'un  docteur  indigène, 
d'un  inspecteur  de  police  et  de  5o  hommes  de  police  armés  ; 
ringénieur,  capitaine  J.  M.  Williams,  n'alla  pas  au  bout  du 
voyage.  On  remarquera  que  la  Commission  d'exploration  du 
Me  Kong,  dirigée  par  Doudart  de  Lagrée(5  juin  1866),  était 
depuis  longtemps  partie  de  Saigon.  Sladen  quittait  Mandalay 
le  i3  janvier  1868,  il  était  à  trois  cents  milles  plus  loin,  à 
Bhamo,  le  21  janvier,  qu'il  laissait  le  26  février.  Un  séjour 
de  sept  semaines  à  Momein,  une  visite  à  Ta-li,  où  il  précé- 
dait Francis  Garnicr,  le  second  de  Doudart  de  Lagréo,  ne 
l'empêchèrent  pas  d'être  de  retour  à  Mandalay  le  20  septembre 
de  la  môme  année  '. 

La  révolte  musulmane  du  Yun-Nan  rendait  tout  com- 
merce impossible  entre  cette  province,  partant  avec  le  reste 
de  la  Chine,  et  la  Birmanie. 


1.  Le  major- général  A.  Fytche  était  alors  commissaire  en  chef  de  la 
Birmanie  anglaise. 

2.  East  India  (^ri/ÎA'/i  Burmah).  Ordered  by  ihe  House  of  Gom- 
mons, to  be  Printed,  8  June  1869  [^^i],  in-fol,  p.  98. 

—  EdiSilndïa.  (^British  Burmah").  Copy  of  Major  Sladen's  Beport 
on  ihe  Bhamo  route.  (In  continuation  of  Parliamcntary  Paper,  n"  a5i, 
of  Session  1868-9.)  Ordered,  by  the  ffouse  of  Gommons^  to  be 
Printed,  i7april  1871  [i65].  in-fol.,  pp.  161. 


M* 


rA:atr_: 


»!• 


M' 


^ 


FIN    DE    LA    RÉBFXLION    MUSULMANE,    JANVreR    1878  553 

FIN   DE    LA   RÉBELLION    MUSULMANE,    JANVIER  1878 

Nous  avons  vu'  que  les  Musulmans,  après  leur  grande 
rébellion,  s'étaient  réunis  dans  la  ville  forte  de  Ta  li  et  les 
places  environnantes,  formant  ainsi  une  sorte  de  royaume 
que  gouvernail  Tou  VVen  sleou  avec  le  titre  de  Sultan  ;  mais 
les  Chinois  avec  la  patience  qui  les  caractérise,  avaient 
attendu  une  occasion  favorable  pour  reprendre  la  lutte.  Tali, 
protégé  par  un  lac  et  des  collines  et  par  deux  petits  forts, 
était  quasi  imprenable  de  >ive  force.  La  famine  et  Tespion- 
nage  devaient  avoir  raison  de  la  résistance  des  derniers 
défenseurs  de  Tlslam.  . 

Le  drame  louche  à  sa  fin,  et  le  dernier  épisode  en  sera  en 
même  temps  le  plus  horrible.  Le  Sultan TouWen-sieou,  battu, 
enfermé  dans  sa  capitale  Ta  li,  voyait  s'évanouir  ses  dernières 
espérances  ;  il  eut  au  moins  la  sagesse  de  se  soustraire  aux 
tortures  que  lui  réservaient  sans  aucun  doute  ses  ennemis. 

«  Ses  femmes  et  plusieurs  de  ses  enfants,  ne  voulant  pas 
«  lui  survivre,  s'empoisonnèrent  sous  ses  yeux,  et,  im.  jour 
«  avant  de  quitter  son  palais,  il  lit  détruire  les  objets  de 
«  valeur  qu'il  possédait  et  jeter  dans  le  lac  ceux  qu'on  ne 
«   put  briser. 

«  Le  i5  janvier  1873,  Tou  VVen  sicou  revêtit  ses  plus 
«  beaux  habits  de  cérémonie  et,  agissant  jusqu'au  bout  de  sa 
c(  carrière  en  souverain,  fil  pré[)arer  son  palanquin  jaune, 
«  couleur  dont  l'empereur  de  la  Chine  a  seid  le  droit  de  se 
«  servir...  Avant  de  sortir  de  ses  appartements,  il  avala  une 
«   boule  d'opium  et  de  la  fiente  de  paon... 

«  Le  parcours  que  devait  suivre  le  cortège  pour  se  rendre 
«  à  la  porte  du  Sud  était  encombré  de  gens  du  peuple  qui 
«  ^enaient  se  prosterner  une  dernière  fois  sur  le  passage  du 

I.  Voir  p.  a38. 


554  l'affaire  margart 

«  Sultan  déchu  ;  ce  défilé  avait  un  caractère  solennel,  cl 
«  beaucoup  de  personnes,  bien  que  n'ayant  pas  eu  toujours 
«  à  se  louer  de  l'administration  du  Sultan  déchu,  ne  purent 
«  cacher  leur  émotion.  Tou  Wen-sieou,  dont  les  sens  coni- 
«  mencaient  à  être  paralysés  par  le  poison,  semblait  peu 
«  inquiet  de  ce  qui  se  passait  autour  de  lui  ;  en  arrivant  aux 
((  portes  de  la  ville,  il  fit  un  grand  effort  pour  sortir  de  son 
«  palanquin  afin  de  remercier  la  foule  elles  chefs  qui  l'avaient 
«  accompagné,  et  recommanda  ses  enfants  à  Yang-Wei.  Une 
«  escorte  de  soldats  impériaux,  envoyée  par  Yang-Yii-ho,  le 
«  conduisit  dans  le  village  occupé  par  ce  général...  Il  rendit 
«  le  dernier  soupir  vers  sept  heures.  Le  lendemain,  le  fou-taï 
«  fit  couper  la  tête  du  cadavre,  et  un  courrier  spécial,  chaîne 
«  de  ce  fardeau,  fut  expédié  en  toute  hâte  pour  la  capitale, 
«  où  elle  fut  mise  dans  du  miel  avant  son  envoi  à  Pé-king  '.  » 

Quatre  jours  après  la  mort  du  malheureux  Sultan  et  la 
capitulation  de  Ta-U,  le  fou-taï,  sous  prétexte  de  fêter  ladéli 
vrance  de  la  ville,  invita  tous  les  chefs  musulmans  à  un  grand 
dîner.  Au  moment  de  passer  dans  la  salle  du  festin,  des 
soldats  postés  à  cet  effet  s'emparèrent  des  invités  qui  leur 
furent  signalés,  et  dix-sept  tètes  roulèrent  à  terre.  Ensuite,  le 
fou-taï  donna  l'ordre  de  tirer  six  coups  de  canon,  signal 
convenu  pour  conmiencer  le  massacre  en  ville  : 

«  Ce  qui  suivit  est  indescriptible  :  les  soldats  se  ruaient 
«  sans  pitié  sur  ceux  même  qui  leur  avaient  donné  l'hospi- 
(t  talité  ;  de  sorte  que  la  population,  qui  croyait  tout  ter- 
ce  miné,  prise  au  dépourvu,  ne  songea  pas  à  se  défendre... 

«  Après  trois  jours  de  cette  boucherie  humaine,  Ta-li  et 
«  ses  environs  présentaient  un  spectacle  navrant  :  sur  5o  ooo 
«  hommes  qu'il  comptait  alors,  3o  ooo  avaient  péri  dans  ces 
«  journées  néfastes^  et  le  reste  fut  dispersé. 


I.  Rocher.  —  La  province  chinoise  du  Yun-nan.  Paris,  1880.  vol. 
II.  —  Henri  Cordier,  Journal  des  Débats^  a  octobre  1880. 


FIN  DE  LA  RÉVOLUTION  MUSULMANE,  JANVIER  1878     555 

«  A  la  suite  de  ce  massacre,  le  fou-taï,  pour  mieux  con- 
«  vaincre  les  habitants  de  Yun-nan-fou  qu'ils  n'avaient  plus 
ce  rien  à  craindre  de  la  rébellion,  expédia  à  la  capitale  vingt- 
«  quatre  grands  paniers,  formant  la  charge  de  douze  bêtes 
«  de  somme  et  contenant  des  oreilles  humaines  cousues  par 
«  paire.  Ce  trophée  de  la  prise  de  Ta-li  fut  exposé  au  pilori 
«  de  Yun-nan  fou  avec  les  dix  sept  têtes  des  chefs.  » 

Et  ceci  se  passait  il  n'y  a  pas  plus  de  vingt-huit  ans,  le  19 
janvier  1878  1 

C'est  rendre  service  aux  Chinois  que  de  dénoncer  la  ma- 
nière dont  ils  conduisent  leurs  guerres.  Quand  ils  auront 
appris  que  la  loyauté  envers  un  adversaire,  le  respect  de  la 
parole  donnée  à  un  ennemi,  la  clémence  à  l'égard  du  vaincu 
sont  des  vertus  et  non  des  fautes,  que  leur  conduite  invaria- 
blement cruelle  après  un  siège  ou  une  bataille  soulève  l'indi- 
gnation dans  les  pays  qu'ils  traitent  de  barbares,  ils  auront 
droit  à  cette  sympathie  que  de  tout  temps  on  a  été  disposé 
h  leur  accorder  en  EuropCj  souvent  trop  légèrement,  car  on 
ne  les  juge  qu'à  travers  le  prisme  trompeur  d'une  philoso- 
phie éclairée,  et  non  d'après  la  pratique  de  maximes  politi- 
ques dignes  d'âges  heureusement  loin  de  nous.  En  quarante 
ans,  le  guet-apens  de  Toung  tchéou,  où  des  Français  et  des 
Anglais  pris  contre  tout  droit  des  gens  furent  horriblement 
torturés,  l'exécution  des  chefs  T'aï-P'ing  parLi  Houng-tchang 
après  la  prise  de  Sou- tchéou,  malgré  la  promesse  que  leur 
avait  donnée  Gordon  qu'ils  auraient  la  vie  sauve,  les  atro- 
cités commises  dans  le  Yun-nan  sur  les  populations  musul- 
manes et  en  particulier  le  massacre  de  Ta-li,  le  carnage  des 
habitants  de  Manas  dans  la  Kachgarie,  les  derniers  événe- 
ments du  nord  de  la  Chine,  montrent  qu'en  fait  d'usages  de 
la  guerre  la  Chine  n'a  pas  fait  de  progrès  depuis  l'époque  où 
les  hordes  venues  du  fond  de  l'Asie  marquèrent  leur  route 
depuis  les  déserts  de  la  Mongolie  jusqu'au  cœur  de  l'Europe 
par  un  vaste  fleuve  de  sang  dont  la  source  ne  fut  tarie  que 


556  l'affaire  margart 

par  la  lassitude  de  ceux-là  même  qui  en  avaient  tracé  le 
cours.  Civilisation  théorique  et  partant  fausse  que  celle  qui 
n'offre  que  des  préceptes  et  des  maximes  de  morale  qu'elle 
ne  mot  pas  en  pratique  ;  civilisation  puérile  que  celle  qui 
invoque  la  sagesse  dans  les  livres  et  commande  les  masf^icres 
sur  les  champs  de  hataille  et  les  tortures  dans  les  Cours  de 
justice. 

Après  Ta  li,  Jes  \illes  fortes  de  Chouen  ning  fou  et  de 
Yun-tcliéou  furent  prises,  la  première  le  i®*"  mai  iSyS,  pillée 
et  les  chefs  exécutés.  Teng-yué,  la  dernière  place  forte  musul- 
îiiane,  lomha  entre  les  mains  des  Impériaux  le  lo  juin  iS'j^  : 
(]V*tait  la  fin  de  la  grande  réhellion  musulmane. 

UEPHISE    DES    l'UOJETS    DE    ROUTES    VERS    LA    CHINE 

Le  gouverncnjcnl  indien,  tenu  au  courant  des  événements 
par  ses  agents  et  en  particulier  par  son  agent  politique  a 
Hhanio,  le  capitaine  Lowndcs,  ne  perdit  pas  de  temps  jx>ur 
reprendre  ses  projets  de  route  h  travers  le  Yun-Nan.  Il  était 
probable  que  vers  le  mois  d'octobre  1873,  la  population  du 
\uii-Nan,  paciliéc,  aurait  repris  ses  habitudes:  «  Au  Sud, 
(lit  Hocher',  sur  la  lisière  de  la  province,  c'est-à-dire  entre 
l(îs  frontières  mal  définies  des  Chans,  des  Chinois  et  des 
Birmans,  il  restait  encore  (piclques  cantons  où  la  population, 
plus  sauvage  (|uc  rebelle,  refusa  de  se  ranger  sous  la  bannière 
(les  mandarins  chinois  ;  mais  afui  qu'on  la  laissât  en  paix, 
elle  consentit  h  payer  un  léger  tribut  en  nature  aux  autorités 
(les  dislri(Ms  les  plus  proches.  » 

Le  gouvernement  anglais,  et  en  particulier  son  représentant 
en  Birmanie,  clé[)loyait  la  plus  grande  activité,  préparait  la 
réussite  de  ses  projets  en  négociant  auprès  des  rois  de  Siam 
et  de  Birmanie. 

I.  II,  p.  190. 


MISSION    HORACE    BROWNE,     1 874-5  55^ 

Le  gouvernement  siamois  ayant  donné  son  consentement, 
le  gou\ernement  indien  proposait  (Simia,  22  septembre  1873) 
la  nomination  d'un  agentanglais  àZim-mé.  En  conséquence, 
au  mois  de  septembre  de  Tannée  suivante,  le  premier  assis- 
tant du  consulat  anglais  h  Bangkok,  M.  Edwards,  fut  chargé 
d^une  mission  spéciale  à  Zim-mé.  Déjà  le  Commissaire  en 
chef  de  la  Birmanie  avait  émis*  les  vœux  suivants  soumis  à 
la  considération  du  gouvernement  de  Tlnde  :   1°  L'établisse- 
ment d'un  oflicier  anglais  comme  Aide  (assistant)   Agent 
j>olilique  à  Zim-mé;  2°  l'envoi  d'une  mission   mixte  anglo- 
birmane  à  Ta-li  fou,  accompagnée  d'un  officier  devant  être 
délégué  par  le  Ministre  d'Angleterre  à  Péking  dans  le  but  de 
faire  un  rapport  sur  le  commerce,  et  d'essayer  d'ouvrir  des 
communications  par  la  route  de  Bliamo,  et  établir  des  sta- 
tions de  garde  pour  la  sécurité  des  voyageurs  ;  S''  rétablisse- 
ment d'un   Consul  h  Ta-li  fou,  subordonné  au    Ministre  à 
Péking  ;  /i'^  l'envoi  d'un  oflicier  à  Kiang  Houng  via  Manda- 
lay,  pour  faire  un  rapport  sur  le  commerce  par  cette  route  ^. 


MISSIO?«    HORACE    BROW?îE ,     1 87^-5 

Les  rapports  du  Conunissaire  en  chef  do  la  Birmanie, 
THon.  Asliley   Edon^,  convainquirent  le  Foreign  oflice  de 

i.   Rangoon,  17  juillet  1873. 

3.  Pflpers  connected  ivith  tho  J)e\'flopment  of  Trade  heUveen 
Brilish  Rurmah  and  Western  China  and  with  the  Mission  lo 
Yitnnan  of  187.V5.  London,  1876,  in -fol.   [G.  —  i/|56.J 

—  China,  w^  i  (1876).  Correspondence  respecting  tho  Attack  on 
the  Indian  Expédition  io  Western  China,  and  the  Murder  of  M. 
Margary.  Presented...,  187G.  Lond.,  in-fol.  [G.  —  i4a2.] 

—  China,  u^  (\  (1876).  Jùirther  Correspondence  respecting  the 
Atlack  on  the  Indian  Expédition  to  Western  China,  and  the  Murder 
of  M.  Margary.  (In  continuation  of  G,  i^aa»  presented  April  1876.) 
Presented...,  187G.  Lond.,  in-fol.  [G.  —  1600.] 

3.   Depuis  Sir  \  né  en  i83i  ;  troisième  fils  du  troisième  lord  Auckland  ; 


558  LAFrATftE    MARGART 

Futilité  d'une  exploration  de  la  roule  de  Chine  par  le  Yun- 
Nan  et  le  gouvernement  de  Tlnde  fut  prié  de  se  mettre  en 
rapport  avec  le  ministre  d'Angleterre  à  Pékingpour  assurer 
le  succès  de  la  mission  projetée  :  M.  Wade  fut  prévenu  et 
chargé  de  procurer  un  interprète.  Il  fit  choix  d'un  des 
meilleurs  agents  placés  sous  ses  ordres,  Margary,  qui  devait 
se  rendre  en  Birmanie  par  terre;  dans  le  cas  où  le  voyage 
de  ce  dernier  durerait  trop  longtemps  ou  qu'un  incident 
empêcherait  FarnSée  de  l'interprète  à  Bhamo  en  temps 
utile,  M.  Wade  envoya  par  mer  à  Rangoun  un  collègue  de 
Margary,  C.  F.  R.  Allen',  dont  les  services  n'eurent  pas  à 
être  utilisés. 

Le  3o  juillet  187^,  M.  Wade  télégraphiait  de  Péking  au 
vice-roi  de  l'Inde  que  des  passeports  étaient  signés  du  ïsoung- 
li  \  amen  et  de  la  légation  britannique  à  Péking  pour  quatre 
personnes  se  rendant  de  Birmanie  en  Chine  et  un  pour  une 
personne  se  rendant  de  Chine  en  Birmanie. 

Le  jour  suivant  (3i  juillet  1874),  le  Tsoung-li  Yamen 
envoyait  des  dépêches  officielles  au  gouverneur  du  Vun-Nan, 
aux  gouverneurs-généraux  du  Yun-Nan  et  du  Kouei-tchéou, 
du  Se-tch'ouen,  du  Hou-Kouang,  et  au  gouverneurdu  Hou-Pé, 
pour  les  prévenir  du  voyage  de  Margary  et  leur  demander 
de  donner  dos  ordres  pour  qu'il  obtienne  assistance  des  au- 
torités locales. 

Les  instructions  furent  envoyées  de  Péking  à  Margary  le 
7  août  1874.  Tout  était  donc  en  règle  du  côté  chinois. 

('levé  h  Rugbv,  Winchester  et  Hailoybury  ;  arrivé  aux  Indes,  avril  iSSa  ; 
(Commissaire  en  chef  de  la  Birmanie  anglaise,  187 1- 1877  ;  lieutenant- 
gouverneur  du  Bengale,  1877-1882  ;  à  la  retraite,  188a  ;  mort  à  Londres, 
9  juillet  1887. 

I.  Allen.  Clément-Francis- Romilh\  élève  interprète  en  Chine,  i4 
février  i863;  assistant  de  3«  classe,  i**"  avril  18C7  ;  aidasse,  8  décembre 
1868  ;  i**^  classe,  a6  janvier  187a.  Interprète  (faisant  fonction)  à  Âmoy  du 
19  juin  187a  au  a5  octobre  1878  ;  interprète,  7  septembre  1878  ;  en  charge 
du  consulat  de  Tchen-Kiang  du  8  décembre  1878  au  18  novembre  1874- 


MissfON  noBAGE  BHowTns,   1 874-5  559 

Augustus  Raymond  Margary,  troisième  (ils  du  major- 
général  Margary,  était  né  &  Bcigaum,  dans  la  présidence  de 
Bombay  y  le  26  mai  i846.  Après  avoir  suivi  les  cours  do 
Unîversity  Collège  à  Londres,  il  passa  les  examens  de  Tinter- 
prétariat  et  partit  pour  la  Chine  le  20  mars  1867.  Elève 
interprète  (2  février  1867),  puis  attaché  à  la  légation  de 
Péking,  il  fut  envoyé  en  1870  pour  gérer  le  consulat  de 
Formose  tantôt  à  ïamsoui,  tantôt  à  Ki-loung;  dans  ce 
dernier  port,  avec  l'aide  du  négociant  Dodd,  son  ami,  le 
9  août  1871,  il  sauva  quarante-deux  personnes  qui  allaient 
perdre  la  vie  dans  un  typlion.  Après  une  visite  en  Angleterre, 
il  retourna  à  Chang -Haï  (septembre  1878)  d'où  il  fut  envojé 
h  Tché-fou;  de  là  il  fut  transféré  à  nouveau  en  avril  1874  à 
Chang-Haï.  C'est  \h  qu'il  reçut  le  9  août  1874,  par  l'intermé- 
diaire du  consul  général,  W.  H.  Medhurst,  la  nouvelle  de  la 
mission  qui  lui  était  confiée,  et  le  1 5  et  le  21  les  instruc- 
tions de  M.  Wade. 

Le  22  août  1874,  Margary  s'embarquait  à  Chang-Haï  pour 
remonter  le  Yang-tseu  jusqu'à  Han  Kéou,  où  il  arrivait  le  28  ; 
le  4  septembre,  il  quittait  Han  Kéou,  remontait  le  Kiang  à 
Lochan,  quittait  le  Kiang  à  ^otchéou,  traversait  le  lac 
Toung  ting,  remontait  la  rivière  Youen,  et  passait  à  Tch'ang  te, 
Kouei-yang,  Yun-nan  fou,  Ta-li  fou,  Teng-yuê  (sous-pré- 
fecture, tirt{(,  dépendant  de  Young-tch'ang  fou)  ou  Momein, 
(|ui  avait  été  repris  par  les  Chinois  sur  les  rebelles  maho- 
métans  en  juin  1878,  et  où  résidaient  un  sous-préfet  et  un 
Lsong'ping  (général). 

Ce  voyage  remarquable  assure  à  Margary  une  grande 
place  parmi  les  voyageurs  on  Chine;  son  sort  funeste 
complète  l'auréole  scientifique  do  l'explorateur,  tombé  vic- 
time en  service  conunandé  \ 


1.   The  Joiirney  of  Augustiis  Haymond  Margary  from  Shanghae 
ta  Bhamo,  and  back  to  Mamvyne.  From  his  Journals  and  Letteis, 


SGo  l'affaire    IfARGART 

Arrive  à  Momein,  Margary  trouva  des  lettres  de  l'agent 
jK>lîtique  à  Bhamo,  le  capitaine  Cooke,  le  prévenant  cpie  le 
départ  de  la  mission  était  retardé  jusqu^'au  milieu  de  janvier 
et    le  laissant  libre  soit  d'attendre  son  arrivée,  soit  d'aller 
au-devant.  Margary  choisit  le  dernier  parti,  continua  sa  route 
à  N'a n -tien  et  à  Manwyne  où  il  fut  extrêmement  bien  reçu 
[)ar  Li  Sc-taï  :    «  Le  fameux  Li  Tchen-kouo  (alias  Li  Se 
ou  Li  Sieh-tai),  écrit-il  à  M.  Wadc  (Bhamo,  1 8 janvier  1875), 
c|ui  attaqua  l'expédition  Sladen,  et  a  été  appelé  brigand  et 
autres  noms  durs,  s'est  montré  un    homme  excessivement 
courtois,  intelligent  et  droit.  Il  a  fait  tout  pour  faciliter  la 
marche    de   Texf^édition,   et  m'a  traité  avec  une  politesse 
inattendue.  »  Li,  qui  se  trouvait  à  Manwyne  comme  com- 
missaire spécial  chargé  de  faire  un  traité  avec  les  sauvages 
Kakhyens  ef  d'établir  des  droits  réguliers  au  lieu  de  laisser 
les  caravanes  livrées   au  bon  plaisir  des  habitants  qui  les 
rançonnaient,  endormait  sa  proie  que  son  affabilité  imprévue 
avait  complètement  rassurée.  Margary  arriva  à  Bhamo,  le  17 
janvier  1875. 

DÉPART    DE    LA    MISSIO?i 

La  mission  se  composait  du  colonel*  Horace  A.  Brownc, 
chef  de  l'expédition,  de  Ney  Elias,  topographe,  qui  devait 
romplaccr  le  colonel  en  cas  de  besoin,  du  D*"  John  Anderson", 
médecin  et  naluraliste,  et  d'un  interprète,  de  domestiques  et 
d'une  escorte.  Dans  la  lettre  adressée  (Fort  William, 
i4  octobre  1874)  par  le  gouvernement  indien  au  commissaire 
en  chef  de  la  Birmanie  anglaise,  il  était  marqué,  entre  autres 
choses,  que  l'expédition  était  envoyée  simplement  dans  un 
but  d'exploration  et  de  renseignement,   qu'elle  devait  éviter 

with  a  liriof  Biof;raphical  Préface  :  lo  which  is  added  a  conclud- 
ing  Chapter  by  Sir  Rutlierford  Alcock...  London,  1876,  in-8. 
I.   Depuis  major  général. 


-^"^ 


NEY    ELIAS  56 1 

de  se  mettre  en  rapport  avec  les  rebelles,  consulter  l'interprète 
pour  les  relations  avec  les  Chinois,  etc.  Le  colonel  Browne 
avait  quatre  domestiques  (trois  Indiens  et  un  Chinois,  né  en 
Birmanie  anglaise)  ;  le  D*"  Anderson  avait  quatre  domestiques 
(trois  Indiens  et  un  Birman  parlant  le  chinois)  ainsi  que  trois 
assistants  indiens  pour  recueillir  des  spécimens  de  plantes  et 
de  minéraux;  il  y  avait  en  outre  un  Chinois  nommé  Li, 
parent  de  Li  Sieh-taï,  et  deux  grooms;  M.  Ncy  EHas  avait 
deux  domestiques  ;  M.  Allen  avait  amené  avec  lui  de  Chang- 
Haï  à  Rangoun,  deux  Chinois;  enfin  M.  Margary  avait  avec 
lui  son  lettré  et  cinq  domestiques  chinois  pris  à  Chang-IIaï, 
à  Han-Kéou  et  au  Yun-Nan.  Une  garde  de  dix-sept  Sikhs 
appartenant  au  28°  régiment  d'infanterie  indigène  du  Punjab, 
et  d'environ  cent  cincjuant^  Birmans  formaient  l'escorte. 


NEY   ELIAS 


En  réalité,  Ney  Elias  n'avait  pas  jusqu'alors  de  titre  offi- 
ciel. M.  AVade,  toujours  prudent,  disait  dans  une  dépêche  à 
Margary,  de  Péking,  i3  août  1874  :  «  H  est  très  possible 
qu'on  ait  conféré  une  position  officielle  ad  hoc,  sinon  perma- 
nente, à  M.  Ney  Elias,  autrement  il  vaudrait  mieux  qu'il  ne 
fût  pas  décrit  comme  un  négociant,  mais  comme  un  touriste  ; 
il  vaudrait  mieux  désigner  le  colonel  BroAvne  comme  un 
fonctionnaire  militaire  du  troisième  rang*.  »  Cependant  Ney 
Elias  hmi  entré  au  service  indien  le  20  mars  1874  ;  il  avait 
débuté  dans  le  commerce  à  Chang  Haï.  Il  était  déjà  fort 
connu  par  son  voyage  au  fleuve  Jaune  avec  H.  G.  HoUing- 
w'orth  lorsqu'il  entreprit  sa  grande  traversée  de  l'Asie  cen- 
trale (1872-1873).  Né  dans  le  Kent  en  i844,  il  fut  nommé 
agent  politique  à  Bhamo  (20  avril  1876)  et  commissaire  à 

I.  [C.  —  iii56J,  p.  38. 

CORDIEK.  I.   36 


56^  l'affaire  margary 

Ladakb  (i5  octobre  1877);  11  fut  ensuite  employé  pendant 
Texpédilion  du  Sikkim  du  7  novembre  1888  au  12  février 
1889.  Agent  politique  de  première  classe  le  4  septembre  1889, 
il  fut  ensuite  consul  général  à  Meshed  du  i4  décembre  1891 
à  septembre  1896.  Il  est  mort  à  Londres  le  3i  mai  1897. 


JOHN    ANDERSON 

Le  Dr.  John  Anderson  avait  déjà  fait  partie  de  la  mission 
du  Major  E.  B.  Sladen.  Fils  de  Thomas  Anderson,  secrétaire 
de  la  National  Bank  of  Scotland,  il  était  né  à  Edimbourg  en 
i833.  En  1881,  il  fut  chargé  par  les  Trustées  de  Tlndian 
Muséum,  Calcutta,  d'étudier  la  zoologie  marine  de  rarchi|)el 
Mergui,  sur  la  côte  de  Tenasserim.  Il  prit  sa  retraite  du  ser- 
vice indien  en  1887  ;  il  est  mort  en  août  1900  à  Buxton.  Il 
a  écrit  le  récit  des  deux  expéditions  auxquelles  il  a  pris  part*. 

Margary  se  mit  immédiatement  en  rapport  avec  le  colonel 
Browne  et  enfin,  après  quelques  jours  de  retard,  l'expédition 
se  mit  en  route. 

\ey  Elias  partit  de  Bhamo  par  la  route  dite  du  Sud,  par 
Sawadi,  accompagné  du  Chinois  Wang  Sieou-chang,  de  Han 
yang  et  du  capitaine  (]ooke.  Il  arriva  à  Maingmaw  le 
if)  février,  où  il  trouva  Li  Sieh-tai  avec  trois  cents  hommes, 
qui  lui  donna  le  conseil,  ou  plutôt  le  força  de  prendre  un 
autre  chemin,  celui-ci  étant  barré  par  un  des  chefs  sauvages 
et  par  lui-même.  Elias  quitta  donc  Maingmaw  le  18  et  re- 
tourna à  Kou-tloung  pour  attendre  des  nouvelles  qui  ne 
tardèrent  pas  à  lui  arriver  du  colonel  Browne  ;  tristes  nou- 
velles venues  de  Bhamo,  où  la  mission  était  rentrée.  Elias  se 
hâta  de  revenir  dans  cette  dernière  ville  le  2  mars. 

I .  Mandalay  to  Momein  :  A  Narrative  of  the  two  Expéditions  to 
Western  China  of  iSQS  and  1875,  under  Col.  E.  B.  Sladen  and 
Col.  H.  BrOKvne.  London,  1876,  in-8. 


i,^      -r- 


ATTAQUE   DE    LA    MISSION 


563 


ATTAQUE    DE    LA    MISSION 


Le  6  février,  le  colonel  Browne  s'était  mis  en  marche, 
prenant  la  route  de  Manwyne;  le  i8,  il  atteignait  le  cours 
d'eau  Nam  Phoung  Khyoung,  qui  est  considéré  comme  la 
frontière  entre  les  tribus  soumises  à  la  Birmanie  et  celles  qui 
relèvent  de  la  Chine.  Là,  un  Birman  venu  de  Manwyne 
annonçait  au  colonel  que  Li  Sieh-taï  et  le  chef  d'une  tribu 
sauvage  préparaient  un  guet-apens  pour  l'empêcher  de  pé- 
nétrer en  Chine.  Le  lendemain,  19  février,  quoique  peu 
d'importance  fût  attachée  à  la  nouvelle,  Margary,  sûr  de  la 
loyauté  de  son  hôte  de  quelques  jours  auparavant,  partait  en 
avant  avec  son  lettré,  ses  domestiques  et  le  parent  de  Li. 
Immédiatement  après  son  départ,  un  montagnard  vint  pré- 
venir BroAvne  que  des  troupes  chinoises  réunies  à  Manwyne 
sous  les  ordres  d'un  fonctionnaire,  Yang  Ta-jen,  et  du  chef 
sauvage  dont  nous  avons  parlé  plus  haut,  allaient  attaquer  la 
mission. 

Le  20  février,  lettres  de  Margary  qui  marquent  que  la 
roule  est  sûre  ;  le  22,  à  l'aube,  les  Anglais  se  trouvent  en- 
tourés par  les  Chinois  au  nord,  au  sud  et  à  Test,  avant- 
garde,  commandée  par  Shouk  goon,  neveu  de  Li,  des  troupes 
de  Momein  qui,  au  dire  d'un  chef  ami  accouru  en  toute  hâte 
pour  apporter  la  nouvelle  du  meurtre  de  Margary  et  de  ses 
domestiques,  la  veille,  à  Manwynù,  vont  exterminer  les 
étrangers*. 

Les  Sikhs  ouvrent  le  feu  sur  les  Chinois  ;  les  Birmans  de 
l'escorte  les  imitent,  mais,  mal  armés,  ne  font  pas  grand 
dommage  h  Tennemi.  Cette  résistance  permit  toutefois  au 
colonel  Browne  d'effectuer  sa  retraite  et  de  rentrer  à  Bhamo 


I.   China,  n»  i,  1876. 


564  l'affaire  margart 

(26  février)  où  Tagenl  anglais  lui  apprit  qu'il  lui  avait  écrit 
le  16  février  pour  le  prévenir  de  Tattaque  qui  menaçait  la 
mission*. 


ASSASSINAT    DE    MARGART,    31    FÉVRIER     1876 

L'infortuné  Margary  avait  été  en  effet  massacré  le  21  par 
les  gens  de  Moniein,  à  Manwyne,  avec  ses  Chinois,  sauf 
Wang  qui  réussit  à  s'échapper. 

Une  lettre  du  capitaine  C.  B.  Coole,  faisant  fonction 
d'agent  politique  à  Bhamo,  raconte  ainsi  la  mort  de  Margary 
dans  une  lettre  (7  mars  1876)  adressée  au  capitaine  G.  A. 
Slrover,  résident  britannique  à  Mandalay  :  «  ...Il  paraît 
qu'on  engagea  M.  Margary  d'accompagner  quelques  Chinois 
qui  disaient  qu'ils  allaient  lui  montrer  quelques  sources 
chaudes  et  également  un  endroit  propre  h  prendre  un  bain, 
ainsi  qu'il  en  avait  exprimé  le  désir.  Il  n'était  allé  qu'à  envi- 
ron un  mille  de  la  ville  lorsque  les  Chinois  l'arrachèrent  de 
son  poney  et  le  percèrent  de  lances  dans  le  dos.  Ils  retour- 
nèrent alors  à  la  ville  avec  la  tête  de  M.  Margary  et  firent 
irruption  dans  le  Kyoung  ou  monastère  Chariy  dans  lequel 
M.  Margary  avait  logé,  et  là  ils  tuèrent  quatre  de  ses  domes- 
tiques chinois.  Le  seul  homme  qui  restait  fut  épargné  parce 
qu'il  appartenait  au  Se-tch'oucn  ou  au  Yun-Nan,  tandis  que 
tous  les  autres  venaient  du  Hou-Pé,  près  de  Han  Kéou.  Celte 
information  fut  fournie  par  deux  Birmans  qui  étaient  à  ce 
moment  à  Manwyne  et  qui  assurèrent  avoir  fui  de  Tendroît 
parce  ([ue  les  Chinois  les  avaient  menacés. 

«   Le  meurtre  paraît  avoir  eu  lieu  dans  l'iiprès-midi  du 
21  février  1875  ou  le  i*''  Labyeegyaw  de  Tabodway -.    » 

Pauvre  Margary  !  J'avais  dîné  avec  lui  quelques  jours  avant 

I.  Voir  le  rapport  du  col.  Brownc,  p.  60,  de  G.  —  i456. 
a.  C.  l'iôO,  p.  71. 


MORT    DE    L* EMPEREUR    t'oUNG-TCHÉ  565 

son  départ  et  je  ne  me  doutais  guère,  à  voir  ce  robuste  et 
sympathique  garçon  plein  d'espoir  dans  un  avenir  brillant, 
que  si  peu  de  temps  le  séparait  de  la  tombe. 

L'attaque  de  la  mission  du  colonel  Browne  et  l'assassinat 
de  Margary  furent  incontestablement  le  résultat  d'un  complot 
local  dont  les  gens  de  Momein  étaient  entièrement  respon- 
sables. Il  n'y  avait  pas  connivence  des  autorités  provinciales 
du  Yun-Nan,  encore  moins  du  pouvoir  central.  Dès  lors,  il 
semblerait  que  les  choses  auraient  dii  s'arranger  facilement 
entre  le  Tsoung-li  Yamen  et  la  légation  d'Angleterre  à  Pé- 
king.  Nous  verrons  au  contraire  que  cette  affaire,  qui  aboutit 
à  la  signature  de  la  Convention  de  Tché-fou,  fut,  par  ses 
négociations,  la  plus  épineuse  du  début  du  règne  de  l'empe- 
reur Kouang  Siu,  par  ses  résultats  l'une  des  plus  importantes 
de  l'histoire  des  relations  de  la  Grande-Bretagne  avec  l'Em- 
pire du  Milieu. 

MORT    DE    l'eMPERELR    t'oi:SG-TCHÉ 

Le  cinquième  jour  de  la  douzième  lune  de  la  treizième 
année  de  son  règne,  entre  cinq  et  sept  heures  du  soir, 
l'empereur  T'oung-tché,  porté  par  un  dragon,  est  monté 
parmi  les  hôtes  célestes. 

En  termes  moins  fleuris,  T'oung-tché  mourut  le  12  jiui- 
vier  1875  ;  il  était  tombé  malade  un  mois  auparavant  (9 
décembre)  ;  la  petite  vérole  se  déclara  et  l'emporta  rapidement. 

La  marche  de  la  maladie  futfoudrojanle,  à  en  juger  par  le 
décret  suivant  qui  remet  le  pouvoir  aux  deux  Impératrices 
(i8  décembre)  : 

Décret, 

Attendu  le  bonheur  qui  nous  est  arrivé  de  fleurir  (c'est-à-dire 
d'avoir  la  petite  vérole) ,  vu  le  rapport  présenté  par  le  Prince 
Toun  et  autres  dans  lequel  on  me  prie  de  me  soigner  et  de  me 


566  L*AFFA1RE    MAR6ART 

reposer.  Moi,  l'Empereur,  pour  ne  pas  faire  souffrir  un  seul 
instant  les  affaires  si  importantes  et  si  nombreuses  qui  se  pré- 
sentent chaque  jour,  je  dois,  eu  égard  à  l'état  dans  lequel  je  me 
trouve  et  qui  ne  me  permet  pas  la  moindre  fatigue,  me  rendre 
aux  avis  qui  me  sont  donnés.  Aussi,  dans  la  crainte  de  laisser 
en  suspens  les  afiaires  de  TËtat,  je  prie  les  deux  Impératrices 
d'avoir  compassion  de  mon  état  et  de  me  permettre  de  me  soi- 
gner. C'est  donc  à  Elles  que  les  diflerentcs  administrations  de  la 
Cour  et  de  la  Province  devront  adresser  leurs  rapports  soumis 
autrefois  à  mon  approbation.  En  s'ocxrupant  provisoirement  des 
affaires,  les  Impératrices  mettront  le  comble  à  leurs  bontés 
pour  moi  et  je  leur  en  serai  reconnaissant  au  plus  haut  degré. 
Le  présent  décret  s'adresse  à  la  Cour  comme  aux  Provinces. 
Respectez  ceci  * . 

Quelques  jours  auparavant  (i4  décembre),  Yi-houan, 
prince  de  Tch'ouen,  fut  chargé  d'oflFrir  le  22  le  grand  sacri- 
fice au  temple  du  Ciel  à  la  place  de  rEmi)ereur. 

Ce  jeune  souverain,  qui  était  né  le  27  avril  i856,  ne  ré- 
gnait par  lui-même  que  depuis  deux  ans  ;  pendant  sa  mino- 
rité, le  pouvoir  avait  été  exercé,  non  sans  habileté,  par  le 
prince  de  Koung  sous  le  nom  des  impératrices  douairières. 
On  ne  peut  guère,  par  suite,  se  former  une  opinion  sérieuse 
sur  T'oung-tché,  qu'on  a  représenté  sous  des  aspects  étranges 
qui,  aux  uns,  faisaient  prévoir  un  Néron,  aux  autres  un 
K'ang-Hi. 

Peu  de  temps  avant  la  maladie  de  T'oung-tché  un  diplo- 
mate écrivait  (8  décembre  187^)  : 

Sa  Majesté  commet  chaque  jour  des  énormités  contre  l'éti- 
quette que  les  vieux  Chinois  considèrent  comme  le  fondement 
de  l'édifice  social  chinois.  Elle  joue  la  comédjé,  fréquente,  dit-on, 
la  nuit,  les  mauvais  lieux  de  la  ville  chinoise,  monte  à  cheval 
sans  suite,  dépense  l'argent  à  pleines  mains  pour  le  moindre 
caprice,  et,  chose  qui  passerait  inaperçue  en  Europe,  mais  qui, 

I.  Gazette  de  Péking,  éd.  manuscrite,  18  déc.  1874.  —  Traduction 
de  F.  Scherzer. 


MORT   DE    l'empereur    T*0UNG-TCHÉ  567 

en  Chine,  est  une  grave   atteinte  à  la  bienséance,  la   table  de 
TEmpereur  n*est  plus  approvisionnée  des  mets  ofTiciels. 

L'Empereur  était  peu  aimé  ;  la  population  semble  être 
restée  parfaitement  indiftérente  à  la  nouvelle  de  sa  mort  que 
la  superstition  fit  attribuer  au  passage  récent  de  la  planète 
Vénus  sur  le  Soleil  (8-9  décembre  187/4)  ;  la  tranquillité 
publique  n'en  fut  nullement  troublée. 

T'oung-Tché  léguait  à  son  successeur  une  grosse 
affaire  à  régler  :  l'attaque  de  la  mission  du  colonel  Horace 
Browne.  On  voyait  aussi  poindre  à  Thorizon  les  graves  ques- 
tions de  l'Asie  centrale  et  de  TAnnam,  qui  allaient  mettre 
l'Empire  du  Milieu  en  face  de  la  Russie  et  de  la  France,  et 
grandir  l'étoile  du  Jeune  Japon,  ambitieux  de  mesurer  ses 
forces  avec  le  vieil  empire  auquel  il  avait  jadis  emprunté 
sa  civilisation.  Les  mains  expertes  qui  avaient  conduit  les 
premiers  pas  de  T'oung-tché  allaient  de  nouveau  reprendre 
les  rênes  du  gouvernement  et  guider  Tenfancc  de  Kouang-Siu. 


TABLE  DES  MATIERES 


Ghapitrf.  I. 
Chapitre  II. 


cuapitrr 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 

Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 
'Chapitre 
Chapitre 
Chapitre 


m.  — 

IV.  — 

V.  — 
\I.  — 
VIT.  — 
VIIÏ.  — 

IX.  — 

X.  — 

XI.  - 
XIÏ.  — 

XIII.  - 

XIV.  - 

XV.  — 

XVI.  — 
XVIÏ  — 


Chapitre  XVIII.   — 

Chapitre  XIX.      — 

Chapitre  XX.  — 
Chapitre  XXÎ.  — 
Chapitre  XXII.     — 


Les  conventions  de  Pcking i 

Anciennes  relations  de  TAngletcrre    et  de 

la  France  avec  la  Chine 12 

Les  plénipotentiaires  à  Péking /|i 

Les  missions  catholiques 5i 

Les  missions  catholiques  («f/i/f).      ...  68 

Russes  et  Américains 79 

Le  gouvernement  chinois loS 

Derniers  résultats  de  la  guerre  de  1860.  lia 
Mort    de   Ilien-Foung.    —  Avènement  de 

T'oung-Tché. —  Le  comte  Klcczkowski.  119 

Divers  traités  étrangers i3^ 

Flottille  Oshorne.  —  Douanes i52 

Rébellion  dos  Taï-P'ing 168 

Rébellion  des  T'aï-P'ing  (suite).     ...  198 

Rébellion  des  T*aï-P*ing  (suite).     ,     .     .  2o4 

Rébellion  des  T'aï-P'ing  (suite).     .  219 

Rébellions  diverses 287 

Réorganisation  militaire.  —  Ruthcrford  Al- 

cock.  —  Mission  do  Pin 2^7 

M.  Berthcmy.  —  Affaires  de  Corée.  —  Le    * 

comte  de  Lallemand 262 

Missions  protestantes.  —  Affaire  do  Vang- 

tchéou 276 

Mission  Burlingarae 282 

Re vision  du  traité  de  Tien-Tsin 3o5 

Nouvelle    exploration    du    Yang-ïseu.  — 

Traité  autrichien.  —  J.-R.   Browne.  — 

Le  général  Vlangal)- 817 


Chapitre  XXUI. 
Chapitre  XXIV. 
Chapitre  XXV. 
Chapitre  XXVJ. 
Chapitre  XXVII. 

Chapitre  XXVIII. 
Cii.vpitre  XXtX. 
Chapitre  XXX. 

Chapitre  XXXI. 
Chapitre  XXXII. 


Chapitre  XXXIU. 
Chapitre  XXXIV. 
Chapitre  XXXV. 


Chapitre  XXXVI. 


TABLE    DES    MATIÈRES 

Le  massacre  de  Tien-Tsin 3a  4 

Le  massacre  de  Tien-Tsin  (suite').  ...  34  7 

Le  massacre  de  Tien-Tsin  (suite).  .  302 

Le  massacre  de  Tien-Tsin  (fin).      ...  377 
Américains  en  Corée.  —  T. -F.  Wade.  — 

Traité  japonais 391 

Mission  de  Tch'oung-Heou 4o3 

Le  mémorandum  chinois ^iG 

Mort  de  Tseng  Kouo-fan.  —  Mémoire  du 

prince  Koung 446 

M.  de  Geofroy.  —  Le  mariage  impériaL  .  43a 
Révision  du  irai  lé  français.  —  Majorité  de 
Tempereur.  — -  L'audience  impériale.  — 

M.  Blancheton.  —  W.  F.  Mayers.  .  464 

Chang-Haî 4^ 

L'émigration  chtnone  (1874).     ....  5o8 
Traité  péruvien.  —  Prince  Koung  en  dis- 
grâce. —  Départ  de  M.  de  Geofroy.  — 
Mission  de  M.  de  Roquette.  —  Japonais 

à  Formose 5a6 

L'aflaire  Margary.  —  Mort  deT'oung-lché.  536 


CHARTRES.    IMPRIMERIE    DURAND,    RUE    FULBERT. 


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AUG  1  0  1936